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26 juin 2019

En attendant le jour de Michael Connely : ISSN 2607-0006

 

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Couverture : Rémi Pépin 2019 – Photographies : Silhouette © Mark Owen / Arcangel Images ; Lune © Garry Solomon / Getty Images ; Los Angeles © Naphat Photography / Getty Images

Après les enquêtes d'Harry Bosh, Connely nous présente une nouvelle héroïne dans En attendant le jour. Renée Ballard est une jeune femme, qui a été reléguée au quart de nuit du commissariat d'Hollywood. Son ancien coéquipier l'avait accusée de fautes graves pour pouvoir monter les échelons. Mais cela n'empêche pas Ballard de garder son intégrité et son audace même dans un service sans prestige. Lorsqu'elle découvre qu'une prostituée transgenre a été sauvagement agressée et probablement enlevée au préalable, elle décide de garder l'affaire malgré les réticences de ses coéquipiers et de ses supérieurs. Dans la même soirée, une autre affaire retient son attention : une fusillade dans un club. Renée, va-t-elle réussir à résoudre ses enquêtes ?

Toujours lu avec brio par Caroline Klaus, (Vous pouvez écouter un extrait sur le site audiolib), ce livre audio nous fait découvrir une nouvelle policière digne d'Harry Bosh. Intelligente, perspicace, Renée Ballard reste intègre dans un milieu où règne la corruption des policiers ou celle des journalistes. Audacieuse, elle ne recherche pas la gloire mais un peu plus de justice, rejoignant par là le caractère d'Harry Bosh. Tout au long de l'enquête, on en apprend davantage, dans ce premier opus, sur sa vie personnelle, son enfance malheureuse, ses amours pour en faire un personnage attachant.

Quant à l'enquête, le suspense est bien maintenu et l'auteur ménage quelques rebondissements. Elle paraît un peu millimétrée et trop huilée mais l'intérêt réside dans la mise en place du caractère du personnage principal, son courage et sa manière de résoudre ses deux affaires.

Quoi de nouveau dans ce roman policier ? En bon ancien journaliste et romancier, Connely sait intégrer les aspects nouveaux de la société contemporaine en utilisant les sms, les portables, des avancées scientifiques. En outre, il aborde obliquement la place des femmes dans la société ou celle des transgenres. Toutefois, il a gardé cette écriture détaillée, précise pour parler des démarches judiciaires et policières de Ballard. N'hésitez pas à découvrir la nouvelle héroïne de Connelly et on attend avec impatience de nouvelles enquêtes.

En attendant le jour, Michael Connely, Audiolib, 11h08, lu par Caroline Klaus, Audiolib, 2019.

Autres romans : Sur un mauvais adieu,

Partenariat Audiolib.

Sur le web : Ferniot, En attendant le jour, Télérama, mis en ligne le 26 mars 2019. URL : https://www.telerama.fr/livres/en-attendant-le-jour,n6190288.php

L'invité d'Ali Baddou. 2019. "L'écrivain américain Michael Connelly : " J'essaie de raconter des histoires qui sont justes, vraies". Diffusée le 29 mars 2019.

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25 mars 2020

Dans la forêt de Jean Hegland : ISSN 2607-0006

Les dystopies et les romans post-apocalyptiques se multiplient reflétant les angoisses face aux catastrophes climatiques, industrielles, nucléaires... Aux célèbres romans tels que La servante écarlate de MArgaret Atwood, Le mur invisible de Haushofer, le paradoxe de Fermin de Boutine... s'ajoute Dans la forêt de Jean Hegland. En Amérique, il est devenu un best-seller adapté par Patricia Rozema.*

L'auteur imagine l'histoire de deux soeurs confrontées à l'extinction progressive de la civilisation - à commencer par l'absence d'électricité, puis l'absence de magasins, d'essence - et ne recherche pas le spectaculaire mais propose une vie pausible sans progrès scientifique. Une fois tout détruit, il ne reste que la nature, l'art et la littérature. L'art est incarnée par l'âinée Eva, qui s'est découverte une passion pour la danse très jeune et la littérature par la cadette Nell, passionnée par la lecture de l'encyclopédie. Malgré les difficultés, les deux soeurs apprennent à survivre dans leur maison isolée en Californie en s'appuyant sur la transmission des savoirs de leurs parents, qui vivaient déjà sans surconsommer, et des livres.

"La collaboration de la terre et de l'eau"

Cette fiction présente un modèle crédible de survie, dans une nature effrayante avec ses animaux sauvages mais aussi pleine de ressources. Elle s'inspire du destin de deux femmes réelles Sally Bell et Lone Woman, qui a survécu pendant une vingtaine d'années, seule sur une île de Californie. Le roman de Jean Hegland n'est pas particulièrement original - c'est lisse et même vaguement ennuyeux - mais il propose une vision optimiste de la fin de notre civilisation, avec un certain réalisme même si les dernières lignes sont porteuses de mysticisme...

Qui plus est, la lecture douce et fluide de Maia Baran nous fait immédiatement entrer dans cette histoire racontée par Nell, une jeune fille de 17 ans, qui tient un journal. Sa voix jeune convient parfaitement pour ce récit fait par une jeune fille encore naïve, pas sortie de l'adolescence.

Ce récit a l'avantage de rendre accessible la science-fiction et le roman de nature writting. C'est aussi un "miroir du réel, un outil de compréhension du monde"** rempli d'espoir contrastant avec des romans sensationnalistes ou pessimistes comme Je suis une légende de Matheson. Dans la forêt n'est pas un roman d'une grande orgininalité, les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais le récit rappelle l'importance de la nature et donne une place importance aux femmes tout en nous faisant penser le monde autrement, ce qui est déjà pas si mal !

Dans la forêt, Jean Hegland, Audiolib, lu par Maia Baran, France, 1 CD, 10h02, juillet 2019.

* Into the forest, Patricia Rozema, 2016, 1h41 avec Ellen Page et Evan Rachel Wood

** Estienne d'Orves Nicolas, "Et la science devint fiction", Hors-srie, Le point POP, Les chefs d'oeuvre de la science-fiction, novembre-décembre 2018.

Prix Audiolib 2020. Autres romans écoutés : Ici n'est plus ici de T. Orange, Le bal des folles de V. Mas

Sur le web : billet de Claudia, Lirelyne

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask
Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C'est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)[...]
https://www.franceculture.fr

INTO THE FOREST Trailer (2016)

12 février 2020

Ici n'est plus ici de Tommy Orange : ISSN 2607-0006

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D'après le design de Tyler Comrie Oio/E+/Getty Images

Plusieurs "indiens urbains" racontent leur histoire, leur vie, leurs rêves à Oakland, à San Francisco... Dans une astucieuse mise en abyme, l'un des personnage présente son projet : il veut filmer les aveux, les témoignanges d'indiens mais sans que ces dernierssoient contraints par des règles. dE fait, le lecteur écoute donc plusieurs bribes de vie de Cheyennes : Blue est une femme battue qui tente d'échapper à son mari. Edwin est un ancien étudiant en littérature qui développe une addictio pour internet mais qui finit par organiser un pow wow. On entend aussi la voix d'Opale jeune, qui relate l'arrivée des Indiens à fort Alcatraz, pour réclamer des droits. Plus tard, nous la retrouvons grand-mère, ayant adoptés des Amérindiens... Paraissant dominées par le hasard, les vies de ces différents protagonistes sont agencées ingénieusement autour d'un évément fédérateur : un pow wow qui va finir dramatiquement.

Tous ces personnages se croisent et, sans pathos, Tommy Orange arrive à décrire la souffrance et les drames vécus par ces personnes, qui n'ont plus vraiment d'endroits où ils se sentent vraiment chez eux. Obliquement, il évoque la culture amérindienne avec ses auteurs comme Louise Erdrich. Qu'appelle-t-on l'identité indienne ? Que deviennent les Amérindiens dans cette Amérique profondément intolérante ? Quel héritage pour tous ces enfants nés hors réserves, parfois adoptés, parfois délaissés... Que reste-t-il des traditions ?

Trois lecteurs, Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive donnent une voix à ces différents personnages (extrait à écouter ici): ces multiples récits deviennent ainsi plus réalistes grâce à ces changements de lecteurs. Ils permettent de bien différencier l'entrelacement des récits. Le rythme de la lecture et les intonations disent la détresse de tout un peuple sans jamais tomber dans la plainte ou l'exagération.

Toutes ces histoires poignantes sont racontées par Tommy Orange qui a, comme ses personnages, grandi en Californie et qui appartient à la tribu des Cheyennes du Sud. Ici n'est plus ici est son premier roman. Et quel roman !

Orange Tommy, Ici n'est plus ici, Audiolib, lu par Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive, 1 CD, 8h44, décembre 2019

Prix Audiolib 2020

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© Annie Starkey Photography

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© Annie Starkey Photography

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 © Annie Starkey Photography

10 mai 2020

Les mystères de Taisho de Kei Toume : ISSN 2607-0006

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©Delcourt 2006 Toume

Vous aimez les enquêtes, les mystères à résoudre, Sherlock Holmes et consort ? Les mystères de Taisho est un manga policier. Plus précisément, plusieurs nouvelles se succèdent dans ce premier opus : indépendants, ces récits construisent au fur et à mesure les figures de deux enquêteurs dans le Japon des années 1920. Dans "La nouvelle assistante", le premier " mystère", Matsunomya, détective privé rencontre sa nouvelle assistante, dont on ne saura rien jusqu'à la dernière enquête où elle semble faire preuve de prescience. Vient-elle du futur ? Mais revenons à la première intrigue : dans "La nouvelle assistante", Maya vient aider le maladroit Matsunomya et l'inspecteur, grâce à des connaissances extraordinaires malgré son jeune âge, à  retrouver un dangereux terroriste.

Dans l'intrigue suivante "L'étrange histoire d'une antiquité chinoise", il n'y a pas d'enquête mais un objet d'art "le faiseur de rêve", ayant été acheté par les parents de Maya, amène notre détective privé à faire d'étranges rêves qui semblent concerner Maya. Il voit une jeune enfant dont les parents auraient soudainement disparu. Les enquêtes suivantes " La disparition du kakemono", "Le chat chauve-souris", La maison hantée", "Un lointain visiteur" et "La galerie sans fin" sont tous des cosy mysteries. Dans des pièces closes, des personnes meurent, des objets disparaissent. Plus précisément, une des sources citées serait Edgar Allan Poe : " Du calme, on n'est pas dans un roman d'Edgar Allan Poe", réplique l'inspecteur à Matsunomya - qui le confond avec Edogawa Ranpo - dans l'affaire du "chat chauve-souris", qui rappelle singulièrement "Double assasinat dans la rue Morgue". "La disparition du Kakemono" et "La galerie sans fin" s'inspirent vaguement des ficelles de "La lettre volée".

MysteresDeTaishoLes_24082006Très simples, les dessins ne sont pas particulièrement remarquables, voire parfois, ils paraissent inachevés avec des visages laissés blancs. Les personnages présentent des traits réalistes mais certains ont de grands yeux typiques des mangas. De même, les exagérations des traits, les onomatopés sont des clichés aussi présents.

©Delcourt 2006 Toume

Malheureusement, Kei Toume n'arrive pas à créer le même type d'atmosphère que l'auteur du "Portrait ovale" et une aura de mystère autour de ses enquêtes, qui paraissent tirées par les cheveux et la résolution est souvent insignifiante. Certes, certaines intrigues comme "La maison hantée" donne de l'importance au contexte historique avec l'évocation de l'ère Meiji où le Japon s'ouvre à la culture occidentale ou avec le personnage d'Einstein dans " Un lointain visiteur". Ces récits - loin d'être déplaisants - prennent aussi une teinte fantastique à travers les origines mystérieuses de Maya et de son chien géant borgne, mais cela ne suffit pas à donner envie de découvrir la suite de ses aventures trop communes.

"Les Japonais sont férus de littérature policière, et particulièrement de l'école classique fondée sur les énigmes à la Agatha Christie, dont le montage complexe flatte leur goût pour l'ouvrage miutieux et pour ces figures imposées (kata !) que sont, à leur manière, "la chambre close" ou "l'horaire impossible". Sa transposition en manga rend le genre moins austère. Elle permet de visualiser d'un coup d'oeil les scènes de crime [...], de remplacer par de jeunes gens les Miss Marple croulantes et autres Hercule Poirot blanchis, et d'introduire une dose de fantaisie fantastique" (p. 397), déclare J.-M. Bouissou*. Certes, Dans Mystères de Taisho, les enquêteurs sont rajeunis, la maladresse de Matsunomya est amusante mais n'est pas Agatha Christie qui veut...

Toume Kei, Les mystères de Taisho, tome 1, (4 albums, série terminée), Delcourt, Ligugé, juillet 2006, 213 p.

*  Bouissou Jean-Marie, Manga, Histoire et univers de la bande dessinée japonaise, Piquier poche, Barcelone, Avril 2018, 477 p.

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Participation au challenge un mois au Japon de Lou et Hilde

4 avril 2019

Ca raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/ca-raconte-sarah-9782367628400

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard a été rapproché de l'écriture durassienne, que l'auteur cite (Hiroshima, mon amour). Effectivement, par la représentation de la passion - comme dans L'amant - et par les répétitions, le style de l'auteur d'Un barrage dans le Pacifique ne paraît pas loin. Truffaut, Bonnard, Shakespeare, Bach, Dumas (La dame aux camélias) nombreuses sont les oeuvres qui nourrissent la prose de P. Delabroy-Allard.

Les jeux d'échos se font bien entendre dans la lecture de Clara Brajtman, qui de sa voix mélodieuse nous transporte dans l'histoire (Vous pouvez écouter un extrait ici). Mais elle reste sobre pour lire ces courts paragraphes qui composent ce texte parlant de passion. Malgré cette lecture harmonieuse, peut-être que la lecture du support papier permet-il de mieux revenir sur ces jeux de sonorités.

Qui est Sarah ? La narratrice, jeune professeur de français et mère d'une petite fille, rencontre une musicienne Sarah. D'emblée, c'est la "tempête" : les deux femmes s'aiment mais de manière fusionnelle, funeste. La narratrice parsème des définitions du terme "souffre" lors de l'aveu mutuel d'amour, de l'élément chimique à son étymologie, " la foudre"  ou " subir une peine". Un tel amour peut-il durer ?

Styliquement, les entralacs et les répétitions de Marguerite Duras dans L'amant disent l'obsession d'une image et les souvenirs labyrinthiques. Il n'y a rien de tel dans le roman de Ca raconte Sarah. Comme les allitérations du titre l'indiquent, on est davantage du côté de la musique - en lien avec le personnage de Sarah la musicienne - et des rimes poétiques, des anaphores, des leitmotivs : "Ca raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l'allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l'étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d'une seconde à peine. Ca raconte Sarah, de symbole : S". Les très brefs paragraphes et les répétitions imitent un rythme rapide, celui du coup de foudre, puis d'une passion frénétique, versatile, dévorante.

L'écriture travaillée manque un peu de pudeur - par rapport à un récit comme L'amant de Duras - et de retenue mais on peut comprendre le succès médiatique de cette oeuvre (Prix du style 2018, Prix de la poste 2018, Prix de des libraires de Nancy-Le point, Prix du roman des étudiants France Culture) qui n'a rien de banal, même si c'est parfois moins poétique dans la deuxième partie. Laissez-vous tenter par la petite musique de P. Dellabroy-Allard.

Ca s'appelle Sarah, Pauline Dellabroy-Allard, lu par Clara Brajtman, Audiolib, 4h40, 2019.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019

Sur le web : Le masque et la plume. 2018. Animée par Jérome Garcin. Diffusée le 25 novrembre 2018.

Landrot Marine, Ca raconte Sarah, Télérama, mis en ligne le 5 septembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/ca-raconte-sarah,n5791621.php

Landrot Marine, "Pauline delabroy-Allard remporte le prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama", Télérama, mis en ligne le 11 décembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/pauline-delabroy-allard-remporte-le-prix-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama,n5928075.php

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22 décembre 2019

Ce que savait la nuit d'Indridason : ISSN 2607-0006

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 Design VPC - Illustration © Dhwee/Getty Images

Vous vous souvenez de la récente trilogie des ombres, le passage des ombres, Dans l'ombre La femme de l'ombre ? Dans ces romans policiers apparaissait Konrad, nouveau personnage récurrent. Dans ce volume Ce que savait la nuit, il est à la retraite et doit faire face à son passé. Il doit affronter des problèmes personnels comme l'assassinat de son père, un escroc se faisant passer pour un voyant. Son passé ressurgit avec son cortège de mauvais souvenirs... Un inspecteur à la retraite ? Comme dans la trilogie, une vieille affaire vient l'arracher à sa vie de grand-père gardant deux petits-enfants. Un homme tué lors d'une altercation réapparaît dans un glacier en train de fondre...

Vous reconnaissez certainement toutes les vieilles ficelles utlisées dans les précédents romans de l'auteur. Un cold case, une vie privée tourmentée, de nombreux dialogues, une enquête sans esbrouffe loin des incroyables rebondissements des polars nordiques de Nesbo. Dans les romans d'Indridason, c'est doucement mélancolique ( ce que rend bien la lecture de Martin Spinhayer qu'on peut entendre sur le site audiolib), ça ronronne un peu mais on se laisse prendre dans cette atmophère où les motivations des personnages, leurs sentiments sont plus importants que d'incroyables retournements de situations.

Certes le roman n'est pas follement orginal mais Indridason parle du quotidien, des réalités banales comme le harcèlement scolaire, des anciennes traces de l'occupation américaine, de la contrebande exitant à l'époque, la fonte du glacier Langjökull... Ce n'est pas le meilleur roman de cet auteur mais on croise à nouveau la route de Konrad devenu comme un vieil ami et on se laisse doucement emporter dans cette enquête...

Indridason, Ce que savait la nuit, Audiolib, lu par Martin Spinhayer, 7h59, novembre 2019, France.

Autres romans : La femme de l'ombre, Dans l'ombre, tome 1, Le passage des ombres, L'hiver arctique, L'homme du lac, Le lagon noir,

Sur le web : Champenois Sabrina, "Arnaldur Indridason, Actes dégueulasses au pays des glaces", Libération, mis en ligne le 7 février 2019. URL : https://next.liberation.fr/livres/2019/02/07/arnaldur-indridason-actes-degueulasses-au-pays-des-glaces_1707803

Partenariat Audiolib

 

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Glacier de Langjökull, Islande, National Geographic

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Glacier de Langjökull, Islande, Wikimedia

22 mars 2020

Le curé de Tours de Balzac : ISSN 2607-0006

Le curé de Tour

Quelle catégorie sociale Balzac va-t-il dépeindre dans Le curé de Tours ? Le clergé évidemment mais plus globalement les célibataires. Effectivement, on a les portraits antithétiques de deux hommes d'Eglise dans l'incipit de la nouvelle : l'abbé Birotteau est un homme simple, rond, joyeux. En revanche, le machiavélique abbé Troubert est "grand et sec", une figure avec une "expression pleine d'ironie ou de dédain", " une sombre physionomie" (p. 56). Leur antagonisme éclate lorsque le pauvre abbé hérite du logement de l'abbé Chapeloup, tenu par Mademoiselle Gamard.

Cette dernière harcèle le pauvre abbé lorsqu'elle s'aperçoit qu'il préfère la compagnie de la baronne de Listomère, vieille fille aristocratique tourangelle. Avec l'aide de l'abbé Trouvert, elle met en place mille mesquineries pour s'emparer de l'héritage de l'abbé Birotteau. Tout ceci se met lentement en place, le temps que Balzac plante le décor (la cathédrale Saint-Gatien), les habitudes de ses personnages, qui sont tous antipathiques, cupides et détestables. Même l'auteur de La comédie humaine se moque de ces petits événements ennuyeux, de ces querelles de chapelle : " C'était le combat du peuple et du sénat romain dans une taupinière, ou une tempête dans un verre d'eau" ( p. 90)

Soudainement, la vieille Gamard meurt et apparaît le génie balzacien ! Outre la peinture de célibataires - curés et vieilles filles - l'auteur de César Birotteau, le frère de l'abbé, entame le véritable sujet de son drame : la mainmise de l'Eglise sur l'Etat sous la Restauration. Madame de Listomère soutient le pauvre abbé mais elle se heurte à Troubert qui gravit les échelons écclésiastiques et possède le pouvoir de ruiner la carrière de son neveu, le baron de Listomère. Commence alors un formidable duel entre la baronne et Troubert qu'on peut résumer dans un génial duel langagier où le monologue intérieur apparaît en italique :

- "Le mal est fait, madame, dit l'abbé d'une voix grave, la vertueuse mademoiselle Gamard se meurt. (Je ne m'intéresse pas plus à cette sotte fille qu'au prêtre Jean, pensait-il; mais je voudrais bien vous mettre sa mort sur le dos, et vous en inquiéter la conscience, si vous êtes assez niais pour en prendre du souci.).

- En apprenant sa maladie, monsieur, lui répondit la baronne, j'ai exigé de monsieur le vicaire un désistement que j'apportais à cette sainte fille. (Je te devine, rusé coquin ! pensait-elle ; mais nous voilà mis à l'abri de tes calomnies. Quant à toi, si tu prends le désistement, tu t'enferreras, tu avoueras ainsi ta complicité" (p. 103). Et ainsi de suite...

Voici une peinture assez laide de la nature humaine et de la vie provinciale où dominent les rumeurs et l'hypocrisie, mais elle est rendue vivante par les trouvailles stylistiques et les expressions balzaciennes. Le curé de Tours complète ainsi la peinture politique sous la Restauration où tous travaillent à rétablir la religion...

Balzac, Le curé de Tours, suivi de Pierrette, Folio, France, mars 2018, 343 p.

LC avec Claudia. La prochaine LC aura lieu le 22 mars avec "Pierrette"

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : "Le curé de Tours", Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne :Ferragus, La maison Nucingen "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : " Fascino Cane",  Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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Cathédrale Saint-Gatien de Tours

27 novembre 2019

L'oiseau-tempête de Westmoreland : ISSN 2607-0006

L'OISEAU TEMPETE Trailer 2019

Inspiré d'un roman de la romancière anglaise Susanna Jones, L'oiseau-tempête s'ouvre mystérieusement sur la disparition d'une jeune fille américaine, dans un Japon contemporain. Lucy Fly, une jeune femme expatriée au Japon est accusée de meurtre lorsque l'on trouve des indices sur des liens entre ces deux femmes et un photographe japonais. Encore un triangle amoureux ! Evidemment, les apparences sont trompeuses et on découvrira peu à peu la part de mensonges et de vérités dans les déclarations de Lucy.

"On vit tous dans notre monde"

Ce n'est pas l'intrigue convenue qui attire l'oeil du spectateur mais bien plutôt l'atmosphère envoûtante : le quotidien laisse place à de nombreuses scènes nocturnes où les souvenirs du personnage principal s'insèrent, créant des doutes sur la véracité de que l'on voit. Le choix d'un point de vue subjectif nous entraîne dans le passé brumeux de Lucy et de son amant non moins névrosé... La croyance que la photographie happe l'âme de celui qui est dans le cadre, une jeune fille qui lit dans les lignes de la main, Lucy qui croit provoquer la mort d'une amie tombant dans les escaliers... créent une atmosphère troublante autour de personnages énigmatiques.

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L'oiseau-tempête © NETFLIX

Surtout, les cadrages choisis sont beaux comme des tableaux. A travers les déambulations des personnages, on découvre les rues de Tokyo, les fêtes nipones, les îles japonaises. Le réalisateur  - qui a tourné aussi Colette - nous entraîne dans la vie de cette ville, non pas comme dans un documentaire, mais éclairée doucement par les lueurs de l'aube ou colorée par les lumières nocturnes... Certes, le scénario est assez prévisible, les scènes d'interrogatoire classiques, mais ce long-métrage possède une très belle photographie.

L'oiseau-tempête, Wash Westmoreland, 1h46, 2019, Netflix, avec Alicia Vikander et Naoki Kobayashi.

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L'oiseau-tempête © NETFLIX

6 novembre 2019

La soif de Nesbo : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-policier/La-Soif

Vous ne connaissez pas Harry Hole ? Vous n'avez jamais lu Nesbo ? Voici trois raisons de commencer cette série et de lire La soif paru récemment chez les éditions folio :

kubin-der-vampyr-1915Der vampyr d'Alfred Kubin

1. Une intrigue retorse : Aux antipodes de l'ennui, Nesbo a su construire une intrigue pleine de rebondissements avec une hécatombe de morts, des intrigues amoureuses, des cours de psychologie, des faux suspects..., ce qui rend le style un peu bavard parfois. A un suspect évident, sont substitués, au milieu du livre, des meurtriers plus difficiles à trouver, à moins de s'appeler Harry Hole. En effet, des femmes meurent mordues. Est-ce un vampiriste ? Assez vite, les enquêteurs peuvent identifier un tueur en série rencontré dans le précédent volume Police. Pourtant, Harry Hole n'est pas satisfait du verdict rendu.

2. Les personnages singuliers : Harry Hole devenu heureux, sobre et professeur, est une légende aussi bien dans la vie réelle que dans son roman. Il existe même des "holehead", des admirateurs de cet inspecteur mythique. Mais l'auteur de L'homme chauve-souris ne développe pas qu'un seul personnage. Il montre à travers Katrine Brat, l'enquêtrice criminelle et la journaliste Mona Daa, combien il est difficile de s'imposer dans un milieu masculin. Avec l'utilisation des nouvelles technologies, la place des femmes, l'auteur n'oublie pas de prendre en compte l'évolution de la société. D'autres personnages ont pris de l'ampleur comme Oleg, le fils de la compagne de Harry, qui est maintenant élève à l'école de police... Des intrigues secondaires comme celle de l'arrivée d'un nouveau membre de l'équipe de K. Bratt, Anders, permet d'aborder le thème des liens familiaux... Chacun apprendra à porter un regard singulier : " nous devons penser autrement [..]. A certains égards, ça marche pour la religion, on a le réflexe immédiat de se dire que tant de personnes autour de soi ne peuvent pas se tromper. Eh bien, dit Harry en se levant sa tasse sans nom, elles le peuvent" (p.302)

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Christian Köhler (1859), Othello et sa femme endormie © Wikimedia Commons

3. La littérature : Rakel ne veut pas qu'on parle de meurtre pendant le dîner. "Que dites-vous de Shakespeare ?" demande son fils Oleg (p. 210). Quel est le lien entre Shakespeare et Nesbo ? c'est que l'intrigue tourne autour du syndrome d'Othello : la jalousie est-elle le mobile du meurtre commis par Othello ? Mais ce dernier n'est-il pas la marionnette de Iago, poussé par l'ambition ? Soif de pouvoir et jalousie sont illustrées par divers personnages comme l'ambitieux M. Bellman ou Truls l'opportuniste, les interrogations de Rakel. Nesbo s'approprie, réactualise et modernise la pièce de Shakespeare avec talent. Un roman, qui enchevêtre thriller et tragédie shakespearienne, à lire sans modération !

Nesbo Jo, La soif, folio, Italie, Juin 2019, 710 p.

Autres romans : Police, Le bonhomme de neige, Soleil de minuit,

Partenariat Folio.

Sur le web : piplo,

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La mort de Desdémone, Alexandre Colin © Wikipédia

12 octobre 2019

La malédiction de Locki de Hachi (volume 1): ISSN 2607-0006

 

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La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

Parmi les dernières sorties de septembre 2019, vous avez peut-être remarqué La malédiction de Locki, qui comporte une jaquette réversible. L'histoire est particulièrement

La malédiction de Locki Aysia

attrayante : une jeune sorcière peint avec son sang et donne vie à ses tableaux pour aider les gens à résoudre des problèmes de la vie quotidienne. Malheureusement, ces peintures se métamorphosent en monstres et la jeune fille Aisya charge Locki, une de ses créations, de détruire ses oeuvres.

Pl. 1 La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

Comme dans Dorian Gray d'O. Wilde et d'autres récits fantastiques tel que "Le portrait ovale" d'E. A. Poe, les peintures sont vivantes et de petites enquêtes se constituent autour des oeuvres d'art, dans lesquelles Locki cherche à enfermer les créatures dans leur tableau. Cela crée un scénario assez décousu avec des facilités narratives et des clichés du shonen : un repris de justice appartenant à une guilde apparaît soudainement non pas sorti d'un tableau mais de nulle part.

Les cases et les dessins en pleine page apportent de la variété à un trait stylistique assez banal (planche 1).

La malédiction de Locki tableau 002Comme pour l'intrigue, l'esthétique de ce manga oscille entre des passages très beaux, très travaillés (planche 2) et d'autres qui paraissent inachevés, remplis de blancs. Ce manga sort des cadres par son thème, son héros et ses caractéristiques mais entre dans les normes avec la présence de guildes, d'un duo comique. La dispersion de l'intrigue prendra-telle fin avec ce premier volume ? Vu l'originalité de certains aspects de ce shonen, peut-être qu'un deuxième volume est nécessaire pour se faire une idée sur cette série...

Pl. 2 La malédiction de Locki © 2019 Hachi by SHUEISHA Inc.

halloween logo 10 ansHachi, La malédiction de Locki, (6 volumes en cours), Delcourt Tonkam, Italie, 2019, 201 p.

Challenge Halloween 2019, les 10 ans, organisé par Lou et Hilde.

29 juillet 2019

Démokratia (volume 1) de Motoro Mase : ISSN 2607-0006

Demokratia

© Kazé - 2017

L'une des branches exploitées par la SF est le questionnement sur les intelligences artificielles, les robots. Démokratia interroge aussi un système politique : la majorité a-t-elle toujours raison ? Voter en groupe permet-il de trouver la meilleure solution ? En effet, dans ce seinen de Motoro Mase, deux ingénieurs, Igumi et Taku, décident secrètement de créer une intelligence artificielle qui aurait pour but d'atteindre la perfection en réalisant les décisions de plus de 3000 participants. Ces derniers ont le même champ de vision que Mai, le robot dont ils ont les commandes. Evidemment, plusieurs règles sont imposées : aucun participant ne doit rencontrer la machine, ni savoir où elle est. C'est pourquoi ses phrases et les visages qu'elle perçoit sont cryptés. Si un des participants n'est pas régulier, il sera immédiatement remplacé par une autre personne, etc...

Suivre la majorité est-ce juste ? Pour palier à ce défaut, l'ingénieur inscrit parmi les choix deux opinions minoritaires : "Je sais bien que les opinions minoritaires n'ont que très peu de chance d'être suivies... Mais après tout, l'homme n'est jamais à l'abri d'un éclair de génie ! Il s'agit de laisser une chance aux voix différentes de s'exprimer". Notre androïde va-t-il devenir un modèle à suivre en étant la somme des connaissances de 3000 personnes aléatoirement choisies ? De minuscules détails créent un sentiment de malaise. Si vous connaissez la série Black mirror, on se croirait plongé dans le même type d'univers dans lequel  l'angoisse est diffuse.

Ce premier tome pose longuement les bases du programme démokratia. Nous faisons aussi connaissance avec l'androïde, qu'il est impossible de différencier avec un humain ce qui lui permet de rentrer en interaction avec des gens. On suit aussi plus particulièrement trois participants, dont les vies personnelles - qui sont souvent d'une grande noiceur - influent sur les décisions qu'ils font prendre à Mai. Cependant si l'exposition est très longue, dès ce premier opus, un drame survient : Mai rencontre un désaxé. Que choisiront de faire les participants du programme Démokratia ? Qui sera responsable de ses actions ?

A travers des dessins dont le trait est plutôt réaliste, sauf pour l'androïde et le psychopathe, mais surchargé de détails (planche 1), le mangaka arrive à nous donner envie de poursuivre l'histoire alors même qu'il n'y a pas de personnages principaux. Justement, les cadrages subjectifs permettent une meilleure identification aux participants. Les choix pour représenter les discussions entre participants virtuels varient, évitant l'ennui. Surtout, on est curieux de savoir à quoi va aboutir le questionnement sur cette expérience dont la violence est sous-jacente. Sous un postulat en apparence simpliste, à savoir la majorité a-t-elle raison, Motoro Mase l'a renrichi de plusieurs données (la cyberculture, l'anonymat et la responsabilité des utilisateurs des réseaux sociaux...) qui incite à lire la suite de cette série.

Mase Motoro, Démokratia, volume 1 ( 5 volumes, série terminée), Kaze, février 2017, 198 p.

LC avec A girl from earth

Sur le web : minisites Kazé

ob_66837a_055-bPl. 1 Démokratia de Motoro Mase © Kazé - 2017

22 septembre 2019

Ursule Mirouët de Balzac : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-classique/Ursule-Mirouet

Ursule Mirouet condense de nombreux thèmes balzaciens : l'argent, l'héritage et le mesmérisme se côtoient dans ce sombre "drame" comme Balzac aime à appeler ce récit. Des héritiers veulent déposséder une jeune orpheline de la fortune que lui lègue son oncle. On assiste donc au déchainement de la cupidité et à la vénalité de ces personnages caricaturés à outrance : Minoret Levraut, l'un des héritiers, ressemble à "un Atlas sans monde", "un taureau relevé sur ses deux jambes de derrière" (p. 25).

Evidemment, pour peindre ce monde provincial, Balzac y a ajouté la chute d'un aristocrate, Savinien qui aime notre Ursule, symbole de la déréliction de toute la noblesse dans les années 1830. Ceci lui permet d'évoquer des personnages maintes fois rencontrés dans La comédie humaine : par exemple, Savinien se comporte comme d'Esgrignon, dont nous pouvons lire les aventures dans Le cabinet des Antiques. L'oncle du jeune aristocrate n'est autre que le vice-amiral de Kergarouët, qui épouse Emilie de Fontaine dans Le bal de Sceaux et quand on parle de nobles déchus, l'usurier Gobseck n'est jamais loin.

L'auteur de La peau de Chagrin joue sur les mots " revenus et " revenants" dans la dernière partie. L'éducation des jeunes filles, l'embourgeoisement d'une partie de la population ne sont pas moins importants, dans cette histoire, qu'une séance spirite et que des rêves où apparaissent des revenants. Ce roman passionnant cristalise de burlesques personnages cupides et d'autres angéliques, des machinations diaboliques et le triomphe de la vertu, le réalisme et le romanesque.

Balzac, Ursule Mirouët, Folio, Saint-Amant, octobre 2010, 407 p.

Partenariat Folio.

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Ursule Mirouët, Eugénie Grandet; Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : "La maison Nucingen", " Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : "L'élixir de longue vie", La peau de chagrin; Louis Lambert, suivi des Proscrits, et de Jésus-Christ dans les Flandre, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck, Le colonel Chabert

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

17 novembre 2019

Béowulf/ Grendel de Mako Oikama (volumes 1 à 3) : ISSN 2607-0006

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« Grendel ». © MAKO OIKAWA

Comment ne pas être attiré par ces magnifiques jaquettes ? Ce titre de manga fait référence à la légende de Beowulf, texte épique anglo-saxon qui date du VIII-XIeme siècle, mais M. Oikawa s'éloigne beaucoup de ses sources, tout comme on constate qu'elle s'éloigne de la dark fantasy à laquelle appartient cette série.

9782253082439-TPoème épique, Beowulf conte la geste héroïque d'un Gaut, personnage éponyme, venu délivrer le roi Schyld d'un monstre, Grendel. Puis le héros combat la mère du monstre et enfin un dragon. Ecrit au XIeme siècle, ce récit valorise les vertus chrétiennes alors qu'il se déroule dans un milieu païen. La brève introduction est très instructive pour qui s'intéresse à ce texte : on apprend ainsi comment le poème est construit sur des hémistiches, respecte des motifs traditionnnels comme la traversée du héros, les triples épreuves... Avec ses phrases formulaires, ses répétitions et ses thématiques comme les liens de vassalités, Beowulf ressemble aux chansons de geste telles que la chanson de Roland ou Le couronnement de Louis. Pour André Crépin, ce récit épique est "un miroir du prince" (p. 23), valorisant le bon roi qu'est devenu Beowulf. Vieux, face à l'adversité, le héros Gaut n'hésite pas à reprendre ses armes pour sauver son peuple :

" Venger la défaite de son clan fut par la suite

sa préoccupation. Il accorda alliance

à Eadgils qui manquait de tout : il soutint la cause

du fils d'Ohthere au-delà de la vaste mer

en envoyant hommes et armes. Il exerça ensuite sa vengeance

à coup d'expéditions cruelles, au roi il arracha la vie.

Ainsi le fils d'Ecgtheow avait surmonté

tous les obstacles, tous les heurts,

Tous les exploits héroïques jusqu'au jour unique entre tous où il dut se battre avec le dragon." (p. 191)

Dans la BD japonaise, une chevaleresse d'exception est emprisonnée pour avoir failli à ses devoirs, c'est-à-dire protéger l'une des princesses du royaume. Elle a d'ailleurs pour particularité de pleurer lorsqu'elle tue un adversaire... Pour se racheter, elle doit amener un enfant dragon dans un autre royaume, les jardins du roi. Evidemment, de nombreuses embûches se dressent devant nos deux protagonistes, notamment des magiciens, des sorcières, des lycanthropes comme dans tout univers de fantasy qui se respecte...

56HiObZMais l'attrait de ce manga ne réside pas dans les combats, qui ne sont d'ailleurs pas particulièrement mis en valeur par les dessins, mais dans l'évolution des personnages. Quête initiatique, Grendel nous donne à voir les changements de l'enfant dragon Grendel et de la guerrière Camélia. Ainsi les décors sont peu nombreux, les cases représentant souvent les personnages en gros plan ou en pleine page (Planche 1). Malgré les morts, les batailles, les monstres, la mangaka crée des touches

planche 1 Grendel © by MAKO OIKAWA

d'humour, de tendresse (on a rarement vu un dragon aussi adorable, illustration 1 ci-dessous), et des références littéraires. Sa deuxième série - une seule publiée en France comme nous l'indique la présentation sur la jacquette - mérite d'être découverte pour l'indépendance et la force de caractère de ses personnages et pour son univers d'héroïc fantasy atypique où les valeurs personnelles prennent le pas sur la force. Un excellent titre des éditions Komikku !

Oikawa Mako, Grendel (série en trois tomes), Komikku Editions, France, décembre 2018.

Beowulf, Livre de poche, France, août 2016, 248 p.

Sur le web : Monasterolo Bernard, manga : "Grendel", la bonne surprise de la dark fantasy", Le monde, mis en ligne le 31 mai 2018. URL : https://www.lemonde.fr/les-enfants-akira/article/2018/05/31/manga-grendel-la-bonne-surprise-dark-fantasy_5307417_5191101.html

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Illustration 1 Grendel © by MAKO OIKAWA

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Double page couleurs Grendel volume 1 © by MAKO OIKAWA

9 octobre 2019

Contes de Terremer d'Ursula Le Guin : ISSN 2607-0006

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Ursula Le Guin est devenue une figure emblématique de la littérature de genre ( fantasy et science-fiction) en créant notamment le célèbre cycle de Terremer. Elle nous incite dans son introduction à commencer par Les contes de Terremer plutôt que par Terremer, le premier tome : " Les cinq contes de ce recueil explorent ou prolongent le monde décrit dans les quatre premiers romans de Terremer. Si chacun forme un récit autonome, mieux vaut les lire avant, et non après, lesdits livres". Emer, un personnage, demande : " Oh ! vous êtes conteur ? [...] Vous pouvez me dire une histoire ? Vous feriez mon bonheur, et plus elle sera longue, mieux ce sera ! Mais buvez d'abord votre soupe, laissez-moi m'asseoir pour l'entendre..." ( p. 286). En effet, dans ces îles, les mots ont un pouvoir démiurgique, la parole est primordiale.

Le moins qu'on puisse dire c'est que la romancière refuse "cette fantasy marchande" - définie dans son introduction - pleine de clichés qui n'invente rien : "elle [la fantasy marchande] recycle les vieux thèmes pour les dépouiller de leur densité intellectuelle et éthique, et pour changer leur intrigue en violence, leurs acteurs en marionnettes, leurs vérités premières en platitudes. Les héros brandissent leur épée, leur laser, leur baguette magique, aussi mécaniques que des moissonneuses-batteuses : la récolte n'a d'objet que le profit".

Les contes de terremer raconte différentes histoires où la magie n'a qu'un rôle secondaire par rapport aux volontés et aux caractères des personnages. Certes, il y a des dragons, des métamorphoses d'hommes en animaux et des sorciers mais l'intérêt réside dans l'humanité des personnages qui recherchent un équilibre entre le bien et le mal. Effectivement, Le Guin a bien défini le genre dans lequel s'inscrivent ses nouvelles, loin de la "fantasy marchande" en développant le quotidien de ses personnages, certains renonçant même à leurs pouvoirs pour suivre celles qu'ils aiment. Ne cherchez pas d'épiques batailles comme dans Le Seigneur des anneaux ou l'humour de l'école des sorciers d'Harry Potter. Il y a bien une école des sorciers dans les nouvelles de Le Guin mais il s'en dégage plutôt de la simplicité, du calme et de la mélancolie. Avec Les contes de Terremer, Le Guin réussit à créer son propre univers de fantasy.

Les Contes de Terremer ( bande annonce )

Le premier film d'animation de Goro Miyazaki porte le nom des Contes de terremer mais adapte d'autres romans que les nouvelles de Terremer même si l'on retrouve le personnage de L'épervier par exemple. Mieux vaut connaître le cycle de Le Guin avant de visionner ce long métrage car le spectateur est projeté in medias res dans un monde complètement inconnu malgré la présentation initiale rapide. Les îles de Terremer voit la magie des sorciers s'amenuir et les terres sont l'objet d'un mal inconnu. Le prince Arren possédé tue son père et rencontre un mage, l'épervier, qui va l'aider à lutter contre un sorcier malfaisant.

L'ensemble paraît parfois un peu confus pour ceux qui ne connaissent pas le pouvoir de nomination des mages et des sorciers et pour celui qui n'est pas familier des personnages du cycle. Cependant, on retrouve des thèmes miyazakiens comme la recherche d'équilibre entre l'homme et la nature et son esthétique issue des studios Ghibli. Ce n'est pas le meilleur film produit par ces studios, son scénario étant mal cousu et ses séquences mal rythmées...

Le Guin Ursula, Les contes de Terremer, Livre de poche

Miyazaki, Les contes de Terremer, 116 min, 2006.

Challenge Halloween 2019 de Lou et Hilde.

Sur le web : Sotinel Thomas, "Les contes de Terremer" : Miyazaki, le fils, conte un parricide", Le Monde, mis en ligne le 3 avril 2007. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2007/04/03/les-contes-de-terremer-miyazaki-le-fils-conte-un-parricide_891242_3476.html 

Prolongueau Hubert, "Trois raisons de (re)lire... Terremer d'Ursula K. Le Guin, preuve que la fantasy peut se passer d'orcs et d'elfes", Télérama, mis en ligne le 18 novembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/trois-raisons-de-%28re%29lire...-terremer-dursula-k.-le-guin,-preuve-que-la-fantasy-peut-se-passer-dorcs,n5895170.php

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 © GND / HDDT / Buena Vista International

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 © GND / HDDT / Buena Vista International

1 avril 2019

C'est le premier, je balance tout (mars 2019) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marineLogo d'allez-vous faire lire

1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

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http://www.itiphoto.com/

Comme l'année dernière, vous pouvez vous rendre dans différents lieux bordelais, du 2 au 28 avril, pour voir "Itinéraires Photographes voyageurs". Vous pouvez avoir accès au dépliant sur leur site : http://www.itiphoto.com/

2) MES FILMS

CAPTAIN MARVEL Bande Annonce VF # 2 (NOUVELLE, 2019) Film Marvel

Le dernier Marvel vient de sortir : Captain Marvel semble marcher sur les traces du DC Universe, qui a sorti son premier film avec une héroïne, Wonder Woman, en 2017. L'héroïne Vers, une Kree, atterrit sur terre après avoir été capturée par les "méchants Skrulls", des métamorphes. Ils chercheraient à coloniser de nouvelles planètes. Croyant défendre une juste cause, Vers les combat avec acharnement tout en menant une quête identitaire...

Autant Thor Ragnarok était une succession de gags pas toujours réussie, autant Captain Marvel en est dépouvu. Les effets spéciaux sont plutôt bien faits, mais les personnages peu remarquables, sans grand méchant comme Thanos. Le film semble cumuler les références aux années 90 avec les musiques de Nirvana ou de No doubt, qui se marient maladroitement d'ailleurs avec l'intrigue, avec des tenues grunges ou avec des clins d'oeil à Top gun ( 1986), Star wars ( 1983), Men in Black ( 1997)... La super-héroïne sauve le monde mais pas le film, tant il est calibré sur le modèle de Marvel insignifiants comme Doctor Strange, Advengers, Advengers : l'ère d'Ultron. Une "Marvellerie" de plus...

Captain Marvel, Anna Boden, Ryan Fleck, 2019, avec Brie Larson, Jude Law, Samuel L. Jackson, Ben Mendelsohn (2 h 04)

Sur le web :thrillian

Mandelbaum Jacques, « Captain Marvel » : une super-héroïne en mal de charisme", Le monde, mis en ligne le 05 mars 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/03/05/captain-marvel-une-super-heroine-trop-bergmanienne_5431442_3246.html

3) MES LECTURES

Voici deux nouveaux audiolib écoutés dans le cadre du prix Audiolib 2019 : La toile du monde d'Antonin Varenne et Frère d'âme de Diop. 7 yeux de chats de l'auteur coréen Choi Jae Hoon a été une belle découverte ! J'ai enfin lu un classique de la littérature russe, Le maître et Marguerite de Boulgakov et un classique français avec la nouvelle "Pierre Grassou" de Balzac. La prochaine LC balzacienne aura lieu le 27 avril : nous lirons Melmoth.

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4) MES ACHATS

Après la lecture plaisante des Revenants, j'ai acheté Esprit d'hiver de Kasischke et après celle des Sept yeux de chats, j'ai acquis Le château du baron de Quirval de Choi Jae-Hoon. Le visionnage du Livre de la jungle sur Netflix m'a donné envie de lire le livre de Kipling. J'ai reçu un nouveau audiolib pour Le prix Audiolib 2019 : Ca raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard. Après une rencontre avec le journaliste David Grann, venu présenter son dernier livre intitulé Le Diable et Sherlock Holmes, j'ai aussi acheté La note américaine et The lost city of Z !

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15 mai 2019

La mémoire assassine de Kim Young-ha : ISSN 2607-0006

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http://www.editions-picquier.com/ouvrage/ma-memoire-assassine-2/

Parmi les auteurs sud-coréens, voici encore un auteur à découvrir, dont vous trouverez la biographie sur le site Picquier et une bibliographie.

Un ancien tueur en série, Kim Byeong-su, croit qu'on veut tuer sa fille adoptive Eun-hee. Ce narrateur écrit dans un carnet comment malgré la maladie d'Alzheimer et ses soixante-dix ans, il décide de la sauver et de supprimer cet homme. Mais comment faire lorsqu'on ne souvient même plus de son nom ? "Ce matin, j'ouvre les yeux et me retrouve dans un endroit inconnu. Je me lève d'un bond et enfile à la va-vite mon pantalon avant de sortir en courant de la maison. Un chien que je vois pour la première fois aboie en me voyant. Tandis que je m'agite en tous sens pour retrouver mes chaussures, j'aperçois Eun-hee qui sort de la cuisine. En fait, je suis chez moi. Heureusement que je me souviens encore de Heun-Hee. (p. 51)".

A personnage atypique, histoire atypique. Tout en philosophant et en écrivant de la poésie, le vieillard qui cite Montaigne ("Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie". (p. 12)) tente tant bien que mal - et plutôt mal - de commettre son dernier meurtre. La narration est fragmentaire, parcellaire et nous n'avons accès qu'à ce que note Kim. Rien de morbide, ni de macabre, l'auteur faisant de l'humour noir : " Lorsqu'on voit du sang goutter du coffre d'une Jeep de Chasse, on peut penser qu'il s'agit d'un chevreuil mort, mais moi, dans un cas comme celui-là, je pars plutôt de l'hypothèse qu'il contient un cadavre humain. Ca me paraît plus probable." ( p. 20). On retrouve beaucoup du ton et du style des films coréens comme The stranger de Na Hong-Jin ou Memories of murder, de Bong Joon Ho - cité par le narrateur - qui ont su renouveler le cinéma de genre. Ce court récit, savamment construit mais qui déconstruit les codes du roman policier, vous mènera à une fin surprenante  et donne envie de découvrir d'autres récits de cet auteur.

Kim Young-Ha, La mémoire assassine, Picquier Poche, 151 p.

Sur le web : A girl from earth,

2 juillet 2019

Dédale 1 et 2 de Takachimi : ISSN 2607-0006

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©Takachimi

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Illustration 1 : Dédale ©Takachimi

En 2009, Sword art online lançait la mode des joueurs de jeux vidéos prisonniers d'un monde virtuel. Voici deux héroïnes prises dans le même type de piège numérique. Etudiantes, tout oppose les deux personnages principaux : Yôko (illustration 1 ci-dessus) a un physique ingrat mais elle est rationnelle alors que Reika a un physique avantageux mais elle est complètement inadaptée à la vie réelle. Son métier consiste à trouver les bugs dans la conception des jeux : pour elle, les "bugs", c'est la beauté", " la porte vers des mondes inconnus dont personne, pas même le concepteur du jeu ne saurait imaginer l'étendue" (p. 6).

Ce manga, un seinen, commence alors que Reika et Yôko déambulent dans un monde familier mais étrangement agencé. Persuadées d'être dans un jeu vidéo, elles imaginent trois solutions pour sortir de ce lieu : 1 . "Trouver un moyen de prendre contact avec l'extérieur

2. Tout casser pour sortir de ce dédale de force.

3. "Rester ici et devenir la maîtresse des lieux". (p. 19)

Evidemment, ces deux personnages au caractère complètement opposé créent un duo comique. Reika s'amuse et emploie ses talents de gameuse pour trouver les clés de cet univers alors que Yôko ne rêve que de s'en échapper pour aller retrouver son conpagnon. Mais le jeu va bientôt se transformer en survival avec la rencontre de monstres.

A ce concept déjà vu dans Tron : L'héritage de Kosinski ( 2010), Ready player one de Spielberg ( 2018), Edge of tomorrow de Doug Liman (2014), le mangaka mêle plusieurs influences comme la science-fiction, les jeux vidéos avec les items, les peintures d'Escher (Planche 1, ci-dessous) ou des monstres comme pac man ou d'autres plus lovecraftiens pour créer un univers insensé. D'ailleurs une grande place est donnée aux arrières-plans, aux décors.

"Tu ne sers à rien dans la vraie vie, mais dans ce genre de situation t'es carrément au top !", déclare Yôko à Reika ou " La quête principale, le véritable but, c'est de trouver les failles du décor pour partir à la découverte d'une infinité de chemins ! Le concept est révolutionnaire" (p. 86) : Takachimi fait l'éloge des mondes virtuels tout en les commentant et en nous entraînant dans un univers toujours plus surprenant et renversant. Deux choix s'ouvrent devant vous ? Alors choisissez le troisième ! Il parle aussi de l'amitié et des rapports des gamers à la réalité augmentée, sujet éminemment contemporain. Visuellement très inventif, l'univers de Dédale fait aussi l'éloge de l'imagination, de tout ce qui va à l'encontre des concepts préétablis. Deux opus à découvrir !

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Pl. 1 : Dédale © Takachimi

Takachimi, Dédale, Ed. Doki Doki, 2 volumes, Italie, 2016, 244 p.

Tron : L'héritage de Kosinski, Netflix, 2010, 2h avec Jeff Bridges, Garrett Hedlund, Olivia Wilde

Edge of tomorow, de Doug Liman, Netflix, 2h, 2014, avec Tom Cruise, Emily Blunt

Sword art online de Reki Kawahara et Tomohiko Ito, Netflix, anime saisons 1 et 2

Sur le web : A girl from eart,

Jarno Stéphane, "Dédale de Takachimi", Télérama, mis en ligne le 16 août 2017. URL : https://www.telerama.fr/livres/dedale,147894.php

25 juin 2016

Dust de Sonja Delzongle : ISSN 2607-0006

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Embarquez pour l'Afrique avec Dust de Zonja Delzongle. En effet, l'enquête se déroule au Kenya même si son héroïne, Hanah Baxter est une profileuse française habitant à New-York. De nombreux meutres ont été commis à Nairobi mais les corps n'ont pas été retrouvés et seules de sanglantes croix indiquent les lieux des crimes. Est-ce que ce sont les méfaits d'un tueur en série ? Des crimes rituels ? Arrivée dans la capitale du Kenya, Hanah découvre le massacre des Albinos, considérés comme des êtres maudits ou portant chance...

L'auteur a cherché à sortir des sentiers battus en proposant une héroïne atypique car elle est utilise la radiesthésie pour faire avancer l'enquête. La tension narrative est bien présente et les nombreuses découvertes ou actions laissent peu de repos au lecteur.

Contrairement au polar de Moussa Konaté ( La malédiction du Lamantin), elle fait une peinture sans pittoresque du Kenya, là où se déroule aussi La ferme africaine de Blixen, qui est évoquée dans le roman. Le dépaysement, l'exotisme font place à une réalité sordide comme le montre cette phrase, presque un zeugme : "Des petits kiosques où l'on pouvait déguster de la banane plantain en barquette, frit à l'huile de palme ou de moteur. D'autres vendaient des mangues, des papayes ou des noix de coco percées, dont on aspirait le jus à l'aide d'une paille, en même temps que le virus de l'hépatite" ( p. 57). Un polar efficace, très bien documenté, mais d'une grande noirceur...

Sonja Delzongle, Dust, folio policier,

Partenariat Folio

12 septembre 2019

Le journal de ma disparition/ L'ombre de la baleine de Camilla Grebe : ISSN 2607-0006

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Couverture : Maquette : Alistair Marca / Photographie : © Mohamad Itani / Arcangel Images

L'ombre de la baleine est le dernier roman de Camilla Grebe. Elle a auparavant écrit Un cri sous la glace (2017) et Le journal de ma disparition ( 2018), qui a remporté le Glass Key Award, récompensant le meilleur polar scandinave, tout à fait mérité.

Encore un polar nordique ! Va-t-il être si différent des autres romans policiers ? De surcroît, Le journal d'une disparition repose sur un procédé répandu, celui de l'enquêteur amnésique. Déjà, dans La mémoire assassine, Young en profitait pour faire de l'humour noir, de même que dans Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet d'A. Bello dans laquelle l'auteur ajoutait une dimension réflexive. En revanche, Camilla Grebe l'emploie pour développer un problème sociétal de manière sérieuse et d'actualité sur l'immigration de ces dernières années en Suède. Dans cet opus, la romancière nous présente Malin, une jeune policière, qui travaille sur un "cold case" des années 1990, dans son village natal, Ormberg. Elle nous donne aussi un petit aperçu de l'histoire de ce village, de ses habitants, notamment celle des adolescents. On peut

mail-K15040-The_cotton_mill_68x80_cm_CPrint_2013-Hmême découvrir dans une ligne, en passant, les belles photographies de Hélène Schmitz... Suspense, rythme soutenu et bon développement des personnages font du Journal de ma disparition un excellent polar originalement construit, absolument pas superficiel ni superfétatoire.

Hélène Schmitz, The cotton mill, 2013.

Après l'enquête bien écrite et passionnante du Journal de ma disparition, on tombe sur une autre enquête prise en charge par trois narrateurs des plus ennuyeux : l'enquêteur Manfred, un père qui a laissé tomber sa fille d'un an de son balcon, un jeune garçon qui deale et sa mère faisant partie d'une congrégation. Quelle platitude dans les monologues intérieurs et dans l'intrigue ! L'ombre de la baleine ressemble tout à fait à une série policière des plus banales abordant tour à tour la drogue, la religion, les relations familiales... On a vraiment envie de vite en finir malgré une nouveauté dans cet audiolib. Le récit est lu par trois lecteurs différents mais cela n'est pas vraiment utile : les lectures étant souvent d'une grande qualité, on n'a guère besoin de lecteurs différents pour suivre les protagonistes habituellement (vous pouvez écouter un extrait ici). Une déception !

Grebe Camilla, L'ombre de la baleine, Audiolib, lu par Marie Eve Dufresne, Hugues Martel et Pierre-Henri Brunel, 1 CD, 11h40, France, juin 2019

Grebe Camilla, Le journal de ma disparition, Le livre de poche, France, avril 2019, 472 p.

Partenariat Audiolib.

17 octobre 2019

Le réseau secret de la nature de Peter Wohlleben : ISSN 2607-0006

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Photo : © International Rescue / Stone/Getty Images. Couverture : Sara Deux - © Pauline Darley / Le Crime.

 

 Après nous avoir montré les secrets des arbres, Peter Wohlleben continue de nous enchanter en nous introduisant au coeur de la nature. C'est d'ailleurs de nouveau Thibault de Montalembert qui lit cet essai avec naturel et fluidité. Notre célèbre forestier nous parle des cascades trophiques : certes l'exemple du loup gris du Yellowstone est assez répandu, et il est cité dans de nombreux articles dont celui du Larousse ( écosystème). Alors pourquoi écouter cet audiolivre ? Peter Wohlleben parle de son expérience, met en garde les amoureux de la nature contre les préjugés et vulgarise les connaissances. Pas facile de mémoriser toutes ces informations pour qui n'est pas familier de ces divers écosystèmes.

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https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Trophic_Cascade.svg

Déforestation, interventions inconscientes de l'homme, théorie des méga herbivores, la forêt amazonienne : Wohlleben arrive bien à montrer le "réseau secret de la nature", les liens entre passé et présent, entre des vers de terre et des sangliers. Dans les derniers chapitres, il reste optimiste en ce qui concerne les derniers bouleverments des écosystèmes et n'hésite pas à aborder les reproches qu'on lui a fait, notamment l'anthropomorphisation des arbres. Il a toutefois atteint son but qui est de "transmettre la joie que lui procure les créatures qui partagent notre terre et leurs secrets".

Le réseau secret de la nature, Peter Wohlleben, Audiolib, lu par Thibault de Montalembert, 7h15, France, 2019.

Autres essais : La vie secrète des arbres

Partenariat Audiolib

Sur le web : Daphné

Gesbert Olivia. 2019. "La nature est-elle faite de liens ?", La grande table idées, 2 avril 2019.

Rebeihi Ali. 2019. "Pourquoi la nature peut sauver le monde ?", Grand bien vous fasse. 26 avril 2019.

17 mai 2020

Dr Stone, tome 1 stone world de Riichiro Inagaki et Boichi : ISSN 2607

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DR. STONE © 2019 by Riichiro Inagaki, Boichi/SHUEISHA Inc.

Avec 15 volumes en cours et déjà une adaptation animée, Dr stone connaît un immense succès. De quoi parle ce manga ? L'humanité ayant été entièrement pétrifiée, seuls deux lycéens réussissent à se réveiller dans un monde où le genre humain a disparu. Le synopsis laissait croire à un roman historique se passant à l'âge de pierre ou à un survival post-apocalyptique. En réalité, le mot du mangaka sur le rabat de la jacquette oriente notre attente vers un tout autre domaine : "Quand vous imaginez un scientifique, que voyez-vous ? Un gars introverti, avec des lunettes, un peu maboul ? Mais en réalité, certains sont des vrais charmeurs et il doit même en exister des bodybuildés... Senku le personnage principal, est sans doute un peu différent de l'image que l'on se fait d'un scientifique. Mais c'est un vrai passionné. Ses amis et lui, confrontés à une situation sans précédent, ont besoin de votre soutien !"

 Illustration 1 : DR. STONE © 2019 by Riichiro Inagaki, Boichi/SHUEISHA Inc.

dr_stone_2Contre toute attente, vous pourriez bien apprécier ce shonen. Certains aspects négatifs ne doivent pourtant pas vous rebuter. En ce qui concerne l'arrière-plan, les décors sont réalistes et les personnages ont des traits reconnaissables dessinés par Boichi, dessinateur coréen (créateur aussi de Origin ou Sun-Ken Rock), en revanche, les personnages ont des réactions hyperboliques dans toutes les cases. Ci-contre (l'illustration 1), le personnage principal, Taiju, dit juste vouloir déclarer sa flamme à celle qu'il aime, Yuzuriha. Comme vous pouvez le constater, tout est "super-deformed". Véritables caricatures, Taiju est "l'insensé responsable du labeur physique" alors que "Senku", son ami est le " sensé responsable scientifique". L'un est caractérisé par la force et l'autre par son savoir. Senku ne cesse d'ailleurs de répéter " c'est follement excitant" à chaque nouvelle création scientifique qu'il doit faire pour les ramner vers la civilisation. A ce duo comique, vont s'ajouter Yuzuriha et Tsukasa "le lycéen le plus fort de l'ordre des primates", voire du règne animal, étant donné qu'il tue à mains nues un lion !

Se réveiller 3689 ans après une catastrophe, cela implique la destruction de toute la civilisation. Grâce à ses connaissances scientifiques, Senku recrée les toutes les innovations humaines pour atteindre l'ancien niveau scientifique. A quoi sert le calcium ? où le trouver ? La mangaka a parfaitement réussi à intégrer les connaissances simplifiées sur la fabrication du vin ou de savon ( illustration 2).

Outre cette dimension didactique, un dilemme moral surgit. Tsukasa ne veut sortir de la pétrification que les personnes pures tandis que Kensu désire réveiller l'humanité entière. Lequel des deux réussira à imposer son point de vue ? Etant donné la force de Tsukasa, nos trois héros fuient pour fabriquer un nouvel objet leur permettant de lutter contre la tyrannie de Tsukasa...

Voici un manga scientifico-historico-fantastique plutôt original, qui ne manque pas d'humour, ni de savoirs et qui pourrait vous faire aimer les sciences...

Inagaka Riichiro et Boichi, Dr Stone, tome 1, Stone world ( 15 volumes, série en cours), Glénat, juin 2019, Grenoble.

Challenge coréenParticipation au challenge coréen de Christie

sur le web : billet de Docbird

Croquet Pauline, "Survivalisme, matière grise et gros muscles : le manga " dr Stone" ne laisse personne de marbre, Le monde, mis en ligne le 23 janvier 2020. URL : https://www.lemonde.fr/les-enfants-akira/article/2020/01/23/survivalisme-matiere-grise-et-gros-muscles-le-manga-dr-stone-ne-laisse-pas-de-marbre_6027014_5191101.html

 

26 septembre 2019

Le Mur invisible de Marlen Haushofer : ISSN 2607-0006

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Illustration de couverture : © Jules Bastien-Lepage, 1879, The Metropolitan Museum of art, New York

 Même si vous avez déjà vu le film Le Mur invisible de Julian Roman Polsler (2012) adapté du roman de Marlen Haushofer (1963), on prend un immense intérêt à lire ce roman d'anticipation atypique. Pas de catastrophe atomique, pas d'aliens envahisseurs... Une femme tient un journal, dans une langue simple et descriptive. En voici l'incipit : "Je n'écris pas pour le seule plaisir d'écrire. M'obliger à écrire me semble le seul moyen de na pas perdre la raison. Je n'ai personne ici qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. Je suis seule et je dois essayer de survivre aux longs et sombres mois d'hiver".

Peu d'actions spectaculaires sont narrées mais l'héroïne décrit son quotidien, notamment les émotions qui furent les siennes lorsqu'elle constate qu'elle est seule face à une énigme insoluble. L'introspection menée dans la solitude comporte toutes sortes de réflexions sur notre société : la tyrannie des heures, la responsabilité des femmes au sein de leur famille.

Si l'on replace ce livre dans son contexte,  Le mur invisible a été écrit pendant la guerre froide, à une époque où l'on craignait une guerre atomique qu'elle évoque tout au début de son roman : " à cette époque, on parlait beaucoup d'une guerre atomique et de ses conséquences, ce qui poussa Hugo à stocker dans son chalet de chasse une provision de denrées alimentaires et d'objets de première nécessité" (p. 12).

Mais un lecteur du XXIeme siècle peut plaquer ses préoccupations sur ce livre. A l'inverse de notre consumérisme effrénée, la narratrice est obligée d'être attentive aux nombres d'allumettes, de cartouches utilisées lors de ses chasses :  "pourtant à cette époque déjà je ne souffrais plus autant d'envies impossibles à satisfaire. Mon imagination n'était plus alimentée de l'extérieur et les désirs s'apaisaient lentement. J'étais bien contente quand nous étions rassasiées, moi et mes bêtes, et quand nous n'avions pas à souffrir de la faim" (p. 238) et " maintenant que les hommes n'existent plus, les conduites de gaz, les centrales électriques et les oléoducs montrent leur vrai visage lamentable. On en avait fait des dieux au lieu de s'en servir comme des objets d'usage" (p. 259).

Ses actions quotidiennes provoquent d'innombrables réflexions sur sa condition de femme ("Quand je me remémore la femme que j'ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j'éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main. Encore jeune fille, elle se chargea en toute inconscience d'un lourd fardeau et fona une famille, après quoi elle ne cessa plus d'être accablée par un nombre écrasant de devoirs et de soucis" p. 96) ou sur son rapport à la nature ( "Les gens qui peuplaient mes nuits pendant le premier hiver ont complètement disparu. Je ne les vois plus jamais. Il ne se montraient pas particulièrement aimables dans ces rêves, alors que les animaux y sont amicaux et plein d'entrain. Mais à la réflexion il n'y a là rien d'étonnant, cela montre tout au plus ce que j'ai toujours attendu des hommes et ce que j'ai toujours attendu des animaux", p. 174) et replace l'homme dans l'histoire du temps : "Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à prendre parti de cette révélation. Il est difficile de se défaire de cette folie des grandeurs ancrée en nous depuis si longtemps. Je plains les animaux et les hommes parce qu'ils sont jetés dans la vie sans l'avoir voulu" p. 277.

A lecture de ce livre, l'envie vient de noter toutes ces réflexions ( d'où ces interminables citations) et de mener sa propre introspection, sa propre réflexion sur le monde qui nous entoure. De nombreuses lectrices ont déjà lu ce roman comme le rappelle la journaliste A. Bonte dans son article " Le mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963" ? Tant mieux, continuons à parler de ce livre formidable...

Haushofer Marlen, Le Mur invisible, Babel, Avignon, Février 2019, 345 p.

Sur le web : Bonte Arièle, "Le Mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963", RTL, mis en ligne le 31 janvier 2019. URL : https://www.rtl.fr/girls/identites/le-mur-invisible-des-centaines-de-francaises-se-passionnent-pour-ce-livre-de-1963-7796385264

 Schmitt Amandine, "Comment "Le mur invisible" est devenu la nouvelle bible écoféministe", Bibliobs, mis en ligne le 25 février 2019. URL : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20190213.OBS0132/comment-le-mur-invisible-est-devenu-la-nouvelle-bible-ecofeministe.html

31 mai 2020

Le bateau de Thésée de Toshiya Igashimoto : ISSN 2607-0006

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© VEGA / Toshiya Higashimoto

 Conseillés comme un des quatre thrillers en cours de publication à découvrir par le Parisien, Le bateau de Thésée est un seinen qui plaît autant par sa forme que par ses dessins. Ce manga nous plonge rapidement mais progressivement dans un monde fantastique. Pour ceux qui connaissent l'anime Erased adapté du manga de Kei Sanbe, seinen paru en 2014, on retrouve le même concept : un jeune homme, Shin, dont le père est un policier accusé d'un meurtre qu'il n'aurait pas commis, se retrouve brutalement dans le passé. Il arrive à modifier le cours des actions mais certaines ont lieu comme dans les articles des journaux rassemblés par sa femme.

Peut-il modifier le passé ? Cela changera-t-il sa vie future faite de peur et de honte ? En effet, être le fils d'un supposé criminel n'aide pas à s'intégrer et à se faire accepter, même par sa belle-famille. Shin, étant devenu lui-même père, doit-il léguer ce dramatique héritage à son propre fils ? Le héros commence donc une enquête où il rencontre tous les protagonistes des meurtres perpétrés quelques années avant. 

Quel rapport avec le bateau de Thésée ? Ce titre renvoie à un paradoxe : "Pour perpétuer le souvenir de Thésée, leur héros, les Athéniens ont entrenu son bateau... Le bateau de Thésée est le nom donné à un paradoxe. En remplaçant, petit à petit ses planches usées par des neuves, jusqu'à ce qu'il n'en ait plus une seule origine. Peut-on dire que ce navire est resté le même ? D'où ce paradoxe...".

bateauLa forme du "voyage temporel" n'est pas neuve, ni le trait des dessins plutôt classiques pour un manga. Les fonds sont blancs et le dessin est généralement très sobre, pour mieux mettre en valeur les expressions des visages et les personnages. Cependant, le mangaka a intégré des extraits de journaux (planche 1) pour reconstituer la vieille affaire de meurtres, manière originale de nous permettre de comprendre les faits. Rien d'innovant mais on est curieux de connaître la réponse

Pl. 1 Le bateau de Thésée © VEGA / Toshiya Higashimoto

du mangaka à la question inaugurale : à propos du paradoxe de Thésée, "qu'en est-il si on transpose cette réflexion à l'homme ?"

 Igashimoto Toshiya, Le bateau de Thésée, (10 volumes, terminé), Vega, 2019, 182 p.

Participation au challenge un mois au Japon de Lou et Hilde

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12 mai 2019

Dieu existe, son nom est Petrunya de Teona Strugar Mitevska : ISSN 2607-0006

DIEU EXISTE SON NOM EST PETRUNYA (2019) HD Streaming VOSTFR HD1080

Voici un film macédonien à ne pas rater ! Il était une fois une femme de trente ans, historienne sans emploi, victime des humiliations de sa mère, jugeant sa fille vieille, moche et incapable. Un jour, lors de la cérémonie orthodoxe de l'Epiphanie, elle assiste au lancer de croix qui apporte richesse et bonheur à celui qui l'attrappe. Seuls les hommes ont le droit d'aller la chercher. Sur une impulsion subite, Petrunya se jette dans l'eau et ressort victorieuse ! Rompant les traditions, les croyances et bravant l'autorité des hommes, elle est poursuivie comme une fugitive lorsqu'elle s'empare de la croix !

Si Dieu existe, son nom est Petrunya ressemblerait à un thriller féministe si la réalisatrice Teona Strugar Mitevska n'avait pas pris le soin de déconstruire bien des codes et des cadres filmiques. De nombreux regards face caméra interpellent le spectateur sur le sort des femmes, que ce soit celui d'une journaliste en prise avec ses problèmes familiaux, avec son cameraman ou que ce soit celui de Petrunya face à un patron qui tient des propos sexistes et des policiers machistes.

Mais la réalisatrice ne traite pas banalement que du féminisme, elle questionne plus globalement une société enfermée dans ses préjugés, "cimentée comme au Moyen Age" comme dirait la journaliste. Petrunya est donc "un mouton déguisée en loup" pour affronter les problèmes posés par la société contemporaine. Toujours séparée des autres par des vitres, des grillages ou une longue table d'interrogatoire, l'héroïne doit faire face à des convenances qu'elle saura dépasser.

Ne pensez pas que vous allez ennuyer vous car l'arc narratif ne cesse de surprendre à partir d'une situation initiale absurbe mais qui a réellement existée. Le film n'est pas dénué d'humour avec des scènes cocasses, où la mère de Petrunya profite d'un passage à la télévision pour pouvoir demander de l'emploi pour sa fille ou diverses interviews qui critiquent le non-sense de cette histoire. Surtout le film repose sur une actrice incroyable, attachante et rebelle par rapport aux conventions. La photographie du film est magnifique ! Ce long-métrage est une merveille !

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Copyright sistersandbrothermitevski

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Copyright Pyramide International

Dieu existe, son nom est Petruyna, de T. S. Mitevska, 2019, 1h40, avec Zorica Nusheva.

Sur le web : Dasola, billet dans lequel on trouve deux liens : Missfujii, Mymp,

Débat sur Dieu existe son nom est petruyna, Le cercle. Animé par A. Trapenard. Diffusée le 10 mai 2019. URL : https://www.mycanal.fr/cinema/debat-sur-dieu-existe-son-nom-est-petrunya-le-cercle-du-05-03/p/1534973

Sotinel Thomas, "Dieu existe, son nom est Petruyna" : échapper au joug du patriarcat par la nage", Le monde, mis en ligne le 1 mai 2019 . URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/05/01/dieu-existe-son-nom-est-petrunya-echapper-au-joug-du-patriarcat-par-la-nage_5456961_3246.html

16 septembre 2019

Une vie au zoo de Saku Yamaura : ISSN 2607-0006

index

 Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

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Illustration 1 : Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

Quand votre éditeur vous propose d'écrire un manga se déroulant dans un zoo que faites-vous (Illustration 1 : elle est dans un style graphique différent du reste de la BD. En une planche finale, la mangaka décrit sa démarche) ? Saku Yamaura décide de se rendre au zoo le plus proche, d'observer les soigneurs et de se documenter ( une bibliographie d'une douzaine d'ouvrages apparaît en fin de manga). De cette documentation naît Une vie au zoo à laquelle la mangaka a rajouté une petite dose de fantaisie : en effet, Haruko arrive dans la zoo, où malgré sa maladresse, elle parvient à trouver des solutions pour aider bêtes et humains. Elle a la particularité d'avoir un ordorat infaillible qui l'aide dans l'analyse des sentiments de chacun...

Ce manga retrace une tranche de vie nous permettant de découvrir la vie des soigneurs et leurs rapports aux animaux. Pourquoi badigeonner un hippopotame d'huile d'olive ? Comment amener une girafe à allaiter son petit ? Centré autour du personnage Haruko, on découvre son caractère et ses difficultés à s'intégrer dans la société depuis son enfance. Elle doit faire face à un directeur de zoo inflexible : "Un zoo, c'est une entreprise comme une autre", "ne cherche pas à sauver les animaux" (p. 40) ou "Content de voir que Mimiko [les hippopotames] va nous rapporter de l'argent".

une vie au zoo 2 001Ce jôsei présente des traits sobres et simples avec quelques caractéristiques de ce genre comme les fonds subjectifs avec des étoiles - mais la dessinatrice n'en emploie pas avec excès - ou des coeurs après certains dialogues. La narration graphique n'est pas complexe et un peu répétitive mais l'ensemble est intructif. Elle a donné une allure enfantine et mignonne à l'héroïne, particulièrement candide, et communique bien son entrain, son enthousiasme, sa passion pour les animaux, ce qui donne envie de connaître la suite de ses aventures mouvementées et d'en savoir davantage sur le fonctionnement des zoos...

Planche 1 : Une vie au zoo ©nobi nobi ! 2017 Yamaura

Yamaura Saku, Une vie au Zoo (tome 1), (4 volumes, série terminée), Nobi nobi, Jouve, octobre 2018, 172 p.

 


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