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1001 classiques
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12 février 2019

Wonder Woman de Patty Jenkins : ISSN 2607-0006

WONDER WOMAN Nouvelle Bande Annonce VF film 2017

Première héroïne icônique du DC universe, Wonder Woman est réalisé par la première réalisatrice de blockbusters adaptés de comics, Patty Jenkins. Ce long-métrage (voire très long) raconte les origines de Diana, sur l'île idyllique des Amazones. Avec l'arrivée de soldats de la Première Guerre Mondiale, Diana va être confrontée à la noirceur des hommes. Comme la plupart des films de super-héros, le message est simpliste : Diana veut protéger le monde grâce à un message d'amour, à sa foi dans l'humanité et dans l'amitié. 

Le film souffre de quelques longueurs, notamment dans l'exposition et dans les batailles finales très numériques et très dispensables. On n'échappe pas, non plus, à la sempiternelle histoire amoureuse et aux personnages manichéens, notamment dans le choix des méchants.

Le film a-t-il un autre enjeu que le grand divertissement offert par le DCU ou Marvel ? Si on ne peut pas qualifier l'héroïne de féministe car elle ne revendique aucun droit pour les femmes, Jérémie Maire rappelle dans son article " Wonder Woman, icône féminisme de 75 ans, devient ambassadrice de l'ONU" que le créateur de Wonder Woman, Marston, a été influencé par les suffragettes : "Promouvoir au sein de la jeunesse un modèle de féminité forte, libre et courageuse, pour lutter contre les idées que les femmes sont inférieures aux hommes et pour inspirer aux jeunes filles la confiance en elles et la réussite dans les sports, les activités et les métiers monopolisés par les hommes". Ainsi, dans l'univers très masculin des super-héros, celui du contexte de l'histoire de 14-18, ou de notre société patriarcale, de montrer une femme intrépide, forte, courageuse et plus déterminée que les hommes, dans des séquences montrées au ralenti pour mieux la mettre en valeur, n'est pas complètement vain.

Wonder Woman de Patty Jenkins, 2h21, avec Gal Gadot, Connie Nielsen, Robin Wright.

Sur le web : Mury Cécile, " Wonder Woman" en icône humaniste et féministe, ça change de l'objet sexuel", Télérama, mis en ligne le 7 juin 2017. URL : https://www.telerama.fr/cinema/wonder-woman-cette-desirable-icone-humaniste,159224.php

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26 février 2018

La forme de L'eau de Guillermo del Toro : ISSN 2607-0006

Bande Annonce la forme de l'eau (The Shape of Water) VF

Après Le labyrinthe de Pan et Crimson Peak, Guillermo del Toro met à nouveau en image une sombre histoire avec La forme de l'eau. On retrouve d'ailleurs une thématique del toroesque, celle des monstres (même si le vrai monstre n'est pas celui qu'on croit), déjà présente dans The strain ou Pacific Rim. Dans son dernier long métrage, on découvre donc la vie monotone et sans amour d'Elisa, qui est muette. Elle fréquente son voisin, un vieil homme, homosexuel, peintre talentueux, mais qui n'arrive pas professionnellement à s'adapter à la société en train de changer. Sa collègue de travail est une femme noire et elles doivent nettoyer un local gouvernemental, où un jour une créature est amenée. Elisa découvre qu'elle est capable de communiquer avec elle.

Dans les années soixante, se développe le rêve américain, incarné dans le film par Richard Strickland et sa jolie famille, vivant dans un joli pavillon, avec une jolie voiture. Elle est aussi représentée dans les dessins publicitaires du voisin Giles, à travers une famille blanche, aisée, et heureuse. Conséquemment, les noirs, les homosexuels, et les muets - et encore moins les créatures humanoïdes - n'ont pas de place dans cette société. D'ailleurs, G. del Toro dit avoir écrit cette romance car il ne supportait plus la xenophobie ambiante dans l'Amérique contemporaine ( cf. arte La forme de l'eau nommé aux oscars). C'est la partie la moins subtile du film : les personnages sont clairement stéréotypés. L'ambiguïté du Labyrinthe de Pan fait défaut à ce film.

En revanche, avec une télévision souvent présente à l'intérieur de notre écran, c'est tout le cinéma de l'époque qu'on regarde défiler : La forme de l'eau emprunte son esthétique  à des comédies musicales, une partie de l'intrigue ressemble à un film d'espionnage et une autre à un film fantastique ( inspiré de l'étrange créature du lac noir, un film des années 50). Surtout, avec ses teintes verdâtres comme l'eau et la créature, ses scènes noctures, son imaginaire personnel, Guillermo del Toro nous plonge dans son univers cinématographique reconnaissable, fantastique et onirique.

La forme de l'eau de Guillermo del Toro. Avec Sally Hawkins, Michael Shannon, Richard Jenkins (2 h 03), 2018
Sur le web :Niki,
Mandelbaum Jacques, "La forme de l'eau" : un monstre dans l'eau trouble américaine", Le Monde, mis en ligne le 20 février 2018. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/02/20/la-forme-de-l-eau-un-monstre-dans-l-eau-trouble-americaine_5259546_3476.html 
18 mai 2019

The Dead don't die de Jarmusch : ISSN 2607-0006

THE DEAD DON'T DIE - Official Trailer [HD] - In Theaters June 14

Une comédie avec des morts-vivants en ouverture du festival de Cannes ? Voici ce qui paraît étonnant, moins si l'on sait que c'est Jarmusch le réalisateur. Sur la lente musique country de The Dead don't die de Sturgilll Simpson, nonchalamment, deux policiers ( Cliff Robertson et Ronnie Peterson) d'une petite ville américaine assistent à des événements étranges dus à un dérèglement climatique. On déambule dans Centerville en compagnie d'un groupe de jeunes, d'un ermite, d'un fermier ou d'une légiste-samourai.

L'apocalypse de J. Jarmusch est décalé, ironique et même méta. C'est d'ailleurs l'aspect qui fonctionne le moins bien dans ce film mélancolique. Ronnie Peterson a déjà lu le script et sait que cela va mal se terminer. Cliff Robertson connaît la chanson de Dead don't die. Normal, c'est la musique du film... Ces réponses surgissent de manière importune dans le scénario. En revanche, les nombreuses citations de films telles que La nuit des morts-vivants de Romero ou Psychose de Hitchcock contribuent à créer une atmosphère poétique et politique.

L'humour pince-sans-rire, parfois noir, engendre un univers désenchanté où sont critiqués désastre écologique, consummérisme, les hispters... comme dans d'autres comédies zombiesques, Shaun of the dead de Wright ou Dernier train pour Busan de Yeon Sang Ho. Prenant à rebours l'ordre du cycle de la vie - les zombies ont l'air plus vivant que les vivants eux-mêmes - ou les codes cinématographiques (pas de cataclysmes apocalyptiques mais de nombreux plans fixes, ni d'hystérie de masse dans cette fin du monde jarmuschienne flegmatique) - le réalisateur promène le spectateur dans une plaisante balade crépusculaire.

The Dead don't die de Jarmusch, 2019, 1h40 avec Bill Murray, Adam Driver,

Sur le web : Guedj Philippe, "The dead don't die" : il vaut quoi le film d'ouverture de Cannes ?", Le point, mis en ligne le 14 mai. URL :https://www.lepoint.fr/pop-culture/cinema/the-dead-don-t-die-il-vaut-quoi-le-film-d-ouverture-de-cannes-14-05-2019-2312605_2923.php

"The Dead don't die", le film de zombies de Jim Jarmusch, est-il aussi raté qu'on le dit ?, L'obs, mis en ligne le 16 mai 2019, pendant le festival de Cannes. URL : https://www.nouvelobs.com/clash-culture/20190516.OBS13016/the-dead-don-t-die-le-film-de-zombies-de-jim-jarmusch-est-il-aussi-rate-qu-on-le-dit.html

Foubert Frédéric, "Cannes 2019 : The Dead don't die, à mourir d'ennui", Première, mis en ligne le 15.05.  URL : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Cannes-2019-The-Dead-don-t-die-a-mourir-d-ennui

17 juin 2019

Que dios nos perdone/ El reino de Rodrigo Sorogoyen : ISSN 2607-0006

QUE DIOS NOS PERDONE Bande Annonce (Policier, Thriller - 2017)

EL REINO Bande Annonce (2019) Policier

Que Dios nos perdone et El reino appartiennent à deux genres différents mais ils montrent les préoccupation de son réalisateur Sorogoyen. Un duo d'inspecteurs, en apparence assez traditionnel, avec un flic méticuleux, Luis, et un autre impulsif et violent, Javier, arrivent à lier plusieurs affaires de viol de femmes âgées. En période de troubles - pendant les émeutes à Madrid, l'été 2011 - la brigrade est particulièrement en difficulté, notamment à cause de la méfiance des gens envers les policiers corrompus et de la méticulosité de l'assassin. Au sein même de la brigade, les policiers sont loin d'être unis, créant des tensions propres à faire échouer leurs recherches.

Quant à El reino, on suit pas à pas un politicien Manuel Lopez-Vidal dont on ignore tout, notamment son parti et ses réelles fonctions. Assez vite, un des membres du parti est arrêté pour corruption mais c'est lui qui va être poussé vers la sortie. Supportant mal cette mise à l'écart, il décide de dévoiler une affaire qui implique la participation de personnages haut placés de tout milieux, presse, politique, entreprises... Mais chacune de ses tentatives échoue.

Si Que dios nos perdone ne présente pas de qualités visuelles particulières, ayant plutôt l'apparence d'un épisode policier de qualité comme on en trouve des douzaines à la télévision, en revanche, El reino utilise de nombreux plans séquences : on suit, au-dessus de l'épaule du personnage principal, l'engrenage politique, créant ainsi une tension incroyable et donnant un aspect documentaire. On éprouve une complète empathie pour cet homme corrompu que nous suivons à travers sa chute.

Cependant, là où le réalisateur réussit à hisser ses films vers une réflexion plus complexe, c'est dans la mise en scène de l'ambiguité des mécanismes humains : dans Que dios nos perdone, le policier qui paraît rigoureux et intègre, Luis, révèle une autre face de sa personnalité qui se manifeste progressivement à travers sa propre relation aux femmes et au meurtrier, illustrant parfaitement la citation souvent évoquée de Nietzsche : "Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi." La même problématique apparaît dans El reino : le héros a -t-il raison de se venger ? Veut-il dénoncer la corruption dans de louables intentions comme il l'affirme face à une journaliste ? Finalement qu'importe le genre, Sorogoyen universalise son propos en refusant tout manichéisme.

Que dios nos perdone, Rodgrigo Sorogoyen, 2h05, avec Antonio de la Torre, Roberto Alamo, Javier Pereira

El reino, Rodgrigo Sorogoyen, 2019, (2h 11min) avec Antonio de la Torre, Monica Lopez, Josep Maria Pou

Sur le web : Sotinel Thomas, ""Que dios nos perdone" :  serial killer de série", Le monde, mis en ligne le 09 août 2017. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2017/08/09/que-dios-nos-perdone-serial-killer-de-serie_5170288_3476.html

Le masque et la plume. 2019. "El reino de Rodrigo Sorogoyen". Animée par Jérôme Garcin. Diffusée le 21 avril 2019.

No ciné, El reino, immersion totale

30 mai 2019

Aliens de James Cameron : ISSN 2607-0006

ALIENS - 1986 - Trailer Recut HD

A l'occasion du quarantième anniversaire d'Alien : le huitième passager de Ridley Scott, vous aurez peut-être envie de visionner les films de la saga du monstre lovecraftien. Deuxième opus d'une franchise de 6 films, Aliens est un survival réussi, réalisé à un moment où J. Cameron n'est pas encore un cinéaste reconnu. Dans les commentaires audio, il explique qu'on lui a proposé d'écrire trois scénarios en même temps, ce qu'il a accepté : il a donc écrit Aliens en même temps que Terminator.

Dans ce qui est devenu un classique de la science-fiction, nous retrouvons Ellen Repley dérivant dans l'espace et atterrissant sur une station orbitale. Lorsqu'elle explique à la Weyland que le vaisseau le Nostromo a été attaqué par un alien sur la planète LV-426, la compagnie refuse de la croire car elle a envoyé des colonisateurs sur cette planète qu'ils ont terraformé. Les contacts avec LV-426 ayant cessé, Burke, l'avocat de la Weyland, décide d'envoyer une équipe de marines. Ripley se joint à léquipe finalement. Mais il s'avère que le vrai combat qu'elle mène n'est pas contre les aliens...

L'ambiance est brumeuse, inquiétante ; l'action se déroulant dans une ville terraformée désaffectée. Comment créer cette atmosphère et ces monstres ? Le film a reçu 7 oscars dont l'oscar des meilleurs effets visuels. Aliens a été tourné à une époque où les effets spéciaux et les retouches numériques n'étaient pas encore performants. L'équipe du tournage a toutefois réussi à recréer une ambiance et un décor crédibles et qui n'ont pas pris une ride ! Certes, le Sulaco, le vaisseau spatial des marines, et certains engins ressemblent parfois à des maquettes, ce qu'ils sont réellement. Mais l'illusion est parfaite dans la majeure partie du film.

L'autre atout de ce film est son héroïne : avant Katniss, Captain Marvel ou Wonder woman, Sigourney Weaver incarne parfaitement Repley, cette femme courageuse, confrontée à la compagnie et à un général incompétent. L'autre personnage important est une petite fille, qui est très convaincante dans son rôle alors que ce n'est pas une comédienne professionnelle et qu'elle n'a pas voulu faire une carrière dans le cinéma. Et les aliens ? Quel suspense ! Comme Spielberg dans Jurassic park, J. Cameron sait maintenir le suspense en ne faisant apparaître les aliens que tardivement et en les dévoilant progressivement ! Les personnages sont peu développés, l'action primant sur la psychologie, mais Aliens reste un classique de la SF à découvrir.

Aliens de James Cameron, avec Sigourney Weaver, 137 min, 1986.

Alien, le huitième passager, de Ridley Scott, 1979, Harry Dean Stanton (Brett), Jones the cat.

Alien (1979) Trailer

Sur le web : "Aliens, le retour : six choses à savoir sur l'Alien de James Cameron", Première, mis en ligne le 26 mai. URL : http://www.premiere.fr/Tele/Aliens-le-retour-six-choses-a-savoir-sur-l-Alien-de-James-Cameron

Audureau William et Pierre Stéphanie, "Quand le premier "Alien" était comparé à des nanars de zérie Z", Le monde, publié le 27 mai 2019. URL : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/05/27/alien-le-huitieme-passager-un-film-considere-comme-kitsch-a-sa-sortie_5468118_4408996.html?fbclid=IwAR3klw16onTdNI6_ZTxKN5j7ZBbyReKCpCISytVaw37dP4TsqCusvzM-Ock

Les chemins de la philosophie. 2018. "Philopsophie d'Alien : 1979 la naissance d'un monstre" (1/4). Animée par Adèle Van Reeth. Diffusée le 1 janvier 2018.

Les chemins de la philosophie. 2018. Philopsophie d'Alien : 1986 la guerre de l'homme contre l'homme (2/4). Animée par Adèle Van Reeth. Diffusée le 2 janvier 2018.

Les chemins de la philosophie. 2018. "Philopsophie d'Alien : 1992 comment tuer le mal en nous" (3/4). Animée par Adèle Van Reeth. Diffusée le 3 janvier 2018.

Les chemins de la philosophie. 2018. "Philopsophie d'Alien : 1997 une résurrection bien gore" (4/4). Animée par Adèle Van Reeth. Diffusée le 4 janvier 2018.

 

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11 mars 2019

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve : ISSN 2607-0006

BLADE RUNNER 2049 Bande Annonce VF (Nouvelle // 2017)

Faire une suite à Blade runner ? Etait-ce utile ? La suite n'est qu'une pâle copie du film de Ridley Scott : un blade runner, l'officier K, est chargé de tuer des Nexus VIII, des androïdes de nouvelle génération qui se rebellent contre l'être l'humain. Lors d'une de ses missions, l'officier K découvre une malle enterrée avec des ossements. Cela l'amène à des découvertes qui vont intéresser la Wallace entreprise, qui fabrique les androïdes.

Visuellement impeccable avec une ambiance de fin de monde glaciale, où tout est minimaliste, comme les dialogues, Villeneuve developpe tant bien que mal ( et plutôt mal) une enquête où tous les événements tirent en longueur, sans nécessité : la révolte des "réplicants" est évoquée puis oubliée, de même que les projets de la Wallace entreprise dont on voit le directeur, à deux reprises, mais qui est bien vite délaissé. Alors que les enjeux du transhumanisme se font plus présents de nos jours, le film se contente de développer une atmosphère mélancolique.

Simple copie de Blade runner, on retrouve les scènes iconiques du film du réalisateur d'Alien le huitième passager, comme le repas dans un quartier populaire, la mort d'un androïde non pas en slip sous la pluie, mais en manteau dans la neige ( et évidemment sans dialogue métaphysique), l'oeil s'ouvrant initiant le film... Dans cet interminable long-métrage, on peut voir des acteurs jouant mal, ayant une ou deux expressions à leur disposition, voire aucune ( Jared Leto ou Harrison Ford). On cherche les enjeux mais il semblerait qu'il n'y en ait pas. Une suite commerciale ? Que de lenteur ! Que de vide !

Blade runner 2049 de Denis Villeneuve, avec Harrison Ford, Ryan Gosling, 2017, 2h44

Autres films : Premier contact, Incendie, Enemy, Prisoners

Sur le web : Dasola

Morice Jacques, Blade runner 2049, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/blade-runner-2049,511409.php

No ciné. "Blade Runner 2049, réplicant sans répondant".

Débat sur "blade runner 2049", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

25 mars 2019

Ave César ! des Cohen : ISSN 2607-0006

AVE CÉSAR Bande Annonce VF (2016)

Après la parodie de film d'espionnage dans Burn after reading, les frères Cohen s'attaquent au film noir et plus globalement aux films hollywoodiens des années 50 : Eddie Mannix dirige les studios Capitole à Los Angeles et gère les problèmes de la vie personnelle des stars, de choix de casting... et d'enlèvement d'acteurs.

"L'usine à rêve" : ces deux mots antonymiques subsument l'univers des films hollywoodiens. Ave César ! n'est pas une simple parodie mais les mises en abyme permettent de montrer comment sont tournés les films et on assiste donc aux tournages de péplums, de films avec scènes aquatiques, de westerns... Dans les années 50, concurrencés par la télévision, les studios doivent opter pour des films à gros budgets et que ce soit dans l'image des acteurs ou que soit celle des films, ils cherchent à renvoyer une vision époustouflante du monde cinématographique. Et ces pastiches sont de véritables réussites, avec un George Clooney qui cabotine à merveille !

"C'est une histoire sans fin car son histoire est écrite dans une lumière éternelle" :  Ave César ! n'est pas un simple exercice de style, bien que les séquences semblent parfois juxtaposées sans trop d'effort de raccord, mais propose une réflexion sur les finalités de cet art.  Lorsque la voix off commente le film que nous regardons, nous constatons qu'un parallèle est tissé entre la religion et le cinéma, redoublé par de nombreuses allusions à la foi. Le cinéma permet-il de se rapprocher du bien et de la vérité. S'apparente-t-il à une forme de religion ? La politique, dans son lien avec le cinéma, n'est pas négligée avec l'intervention d'un groupe de communistes et avec les valeurs occidentales véhiculées dans les diverses parodies. Un bon film des Cohen !

Ave César !, d'Ethan et Joel Cohen, 2016, Netflix, avec George Clooney, Scarlet Johansson, Josh Brodin

Sur le web : Dasola

Guichard Louis, Avé César, Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/ave-cesar,500609.php

5 mars 2019

Burning de Lee Chang-Dong : ISSN 2607-0006

BURNING (2018) Official US Trailer | Steven Yeun Movie

Adapté d'une nouvelle de Murakami, qui transpose un roman de Faulkner ( Barn burning), Burning  dévoile la vie de Jongsu, un jeune coursier qui souhaite devenir écrivain et qui admire Faulkner. Il tombe amoureux de Haemi, une jeune femme qui a été sa voisine dans l'enfance. Mais celle-ci part en Afrique et lui demande de venir nourrir son chat. Elle revient accompagnée d'un riche jeune homme, Ben, le Gatsby coréen. Peu après, Haemi disparaît. Ben prétend ne plus avoir de ses nouvelles. Qu'est devenue Haemi ?

Avec les influences littéraires citées, on s'attend évidemment à un flou entre la réalité et le rêve (Murakami) ou à un univers non perceptible entièrement (Faulkner). La première partie avant le départ de la jeune femme est ancrée dans le quotidien et on découvre progressivement la vie de Jongsu dans un monde rural, à la frontière de la corée du Nord. Il ne s'y passe pas grand chose. En revanche, après sa disparition, Jongsu suit Ben et peu à peu, on se met à douter des faits : le chat de Haemi existe-t-il ? Est-ce le même que celui de Ben ? Ce dernier brûle-t-il des serres pour s'amuser ? Des montages cut montrent Jongsu en train de dormir après certains évémements : ce que nous percevons, est-ce la réalité ?

Toute la première partie manque un peu de rythme, ce qui provoque l'ennui. Cependant, elle semble nécessaire pour comprendre la deuxième partie : le banal contraste avec une réalité qui se délite, dans un entre-deux où le film s'installe, symbolisé par de nombreux passages crépusculaires. Un film où le mystère reste entier et qu'on apprécie qu'une fois les dernières minutes visionnées... Dans le livret de 24 pages qui accompagne le DVD, on peut lire un article de François Bégaudeau et un entretien de Didier Péron (Libération) avec le réalisateur, qui laisse toute l'opacité du film.

Burning de Lee Chang-Dong, (2h28), Avec Yoo Ah-in, Steven Yeun, Yun Jong-seo, 2018.

Sur le web : Mandelbaum Jacques, "Burning", un trio brûlant dans une Corée de cendre", Le monde, mis en ligne le 28 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/08/28/trio-brulant-dans-une-coree-de-cendres_5346863_3476.html

Le masque et la plume. 2018. "Les critiques du "Masque" enthousiasmés par "Burning" de Lee Chang-Dong". Animée par Jérome Garcia. Diffusée 7 septembre 2018.

Morice Jacques, “Burning” : c’était notre Palme d’or au dernier Festival de Cannes, Télérama, mis en ligne le 29 août 2018. URL : https://www.telerama.fr/cinema/burning-cetait-notre-palme-dor-au-dernier-festival-de-cannes,n5780944.php

Kaganski Serge, "Cannes 2018 : "Burning" de Lee Chang-dong, autre sérieux postulant à la Palme", Les Inrockuptibles, mis en ligne 17 mais 2018. URL : https://www.lesinrocks.com/2018/05/17/cinema/cannes-2018-burning-de-lee-chang-dong-autre-serieux-postulant-la-palme-111084154/

Débat sur "Burning", Le Cercle, présenté par Auguste Trapenard, 2018.

8 avril 2019

Minuscule, La vallée des fourmis perdues de Thomas Szabo et Hélène Giraud : ISSN 2607-0006

Bande annonce - Minuscule - La vallée des fourmis perdues (2014)

 "Il existe une très ancienne légende chantée tout l'été par les grillons et les cigales, l'épopée d'une coccinelle ayant combattu les fourmis rouges... Voici son histoire".

Des fourmis noires trouvent une boîte de sucre, laissée par un couple qui pique-niquait, dans une plaine aux allures de la comté de la Terre du Milieu. Une petite coccinelle, qui n'arrive pas à voler, les accompagne vers leur fourmilière. Mais chemin faisant, elles sont confrontées à des fourmis rouges.

La coccinelle-"Frodon" et la communauté de fourmis doivent aussi descendre un fleuve comme le hobbit descendant Auduin. Les fourmis "Uruk-hai" rouges font le siège de leur foumilière-"gouffre du Helm". Ce serait réducteur de faire croire que Minuscule est la transposition du  Seigneur des Anneaux  à l'échelle d'un monde minuscule. D'autres références - western, Star Wars - sont convoquées. A côté des aventures de nos héroïnes, de nombreux gags fourmillent créant une touche de comique. En outre, les insectes ne sont pas personnifiés mais l'absence de dialogue et les décors créent une immersion dans une nature colorée et poétique.

Dans le making-of ( 35 min), on apprend comment le film a été tourné, notamment les repérages des paysages dans le Mercantour, les reconstitutions en studio et ce qui a été créé en images de synthèse, la manière dont ont été conçue les insectes. Toute une partie est consacrée aux bruitages. Le travail est impressionnant !

Dans le minuscule livret du film, on nous rappelle les inspirations filmiques des réalisateurs ( Chaplin, Indiana Jones, Star Wars) et une double page concerne l'éco-attitude : " Le sujet étant la découverte du monde vivant, la production a choisi de s'engager dans une démarche responsable lors du tournage en prenant en compte l'impact de ses propres actions. Un long travail a été fait en amont pour avoir une empreinte écologique maîtrisée aux côtés des Parcs Nationaux, avec l'aide du proramme AGIR de la région PACA et accompagné par Eco Prod et l'outil Carbon' Clap  calculateur de carbone. Toute une série de points spécifiques ont été anticipés en préparation, ce qui a permis de réduire de façon importante l'incidence environnementale du tournage".

"Le film reflète la volonté partagée avec les Parcs Nationaux français de véhiculer des valeurs de respect et de partage, de sensibiliser à la fragilité de la nature et du petit monde qui nous entoure pour "naturellement" les protéger. L'ensemble des objets du films ont la même origine : la polution. La canette rouillée, la boîte d'allumettes, le pesticipe Butor les cotons tiges, les cure-dents ou encore les objets inombrables dans les réserves faites par les fourmis et la petite araignée noire... ces clins d'oeil subtils touchent notre inconscient et proposent une version singulière et originale du recyclage !"

Minuscule, La vallée des foumis perdues, Thomas Szabo et Hélène Giraud, 85 min, 2013

20 octobre 2018

Les mauvais esprits de Johannesson : ISSN 2607-0006

LES MAUVAIS ESPRITS Bande Annonce (2018)

A l'approche d'Halloween, Nefflix propose de nouveaux films horrifiques dans son catalogue, notamment Les mauvais esprits dont parle avec justesse Le bleu du miroir. Après les films d'horreur mexicains (L'échine du diable de Guillermo del Toro, L'orphelinat de Bayona), espagnols ( Les autres d'Amenabar) ou britanniques ( La dame en noir de James Watkins), un Islandais, Olaf de Fleur Johannesson, propose une variation autour du thème de la maison hantée.

Angela et son frère Jackson font croire qu'ils sont des chasseurs de fantômes. Ils sont aidés dans leur arnaque par la copine de Jackson, Beth, et un ami, amoureux d'Angela, Elliot. Avec des bruits de portes qui grincent, des voix d'outretombe pré-enregistrés, ils arrivent à duper les gens désireux de renouver avec des morts. Progressivement, Angela perçoit des formes fantomatiques : sa mère, avant elle, avait été internée car elle avait des visions. La nouvelle mission d'Angela paraît particulièrement éprouvante avec la visite d'une maison où ont eu lieu des crimes d'enfants.

Des plans fixes de la maison, des couloirs, des escaliers, et des chambres, font penser qu'il va y avoir des apparitions mais elles ne sont jamais là où on les attend. Pourtant, le réalisateur a le bon goût d'éviter les jump scares à outrance et le gore. Si ce long-métrage ressemble à un téléfilm sans photographie particulièrement belle, Johannesson a utilisé un twist pour nous tenir en haleine. Les mauvais esprits n'est pas véritablement effrayant mais arrive à bien jouer sur les frontières du vrai et du faux, du réel et de la folie. Mais ce film est trop fourre-tout ( une partie est filmé en found footage, l'héritage de la folie, une intrigue amoureuse...) et trop impersonnel pour marquer les esprits.

Les mauvais esprits, de Johannesson, netflix, avec Florence Pugh, Celia Imrie, Ben Lloyd-Hugues, 25 oct 2018, 125 min

26 septembre 2018

Battle royale de Kinji Fukasaku : ISSN 2607-0006

Battle Royale Official Blu-Ray Trailer - Cult Classic Movie (2000)

Semblablement à Hunger games, Battle royale met en scène, dans un Japon dysptopique, une classe de jeunes lycéens, tirés au sort, et cloîtrés sur une île, qui doivent se battre jusqu'à la mort. Il n'y aura qu'un seul survivant à la fin du massacre. Munis de collier émetteur, ils sont surveillés et tués s'ils ne respectent pas les règles pendant ces trois jours d'enfermement. Pourquoi sont-ils sur cette île ? Comment vont-il survivre ?

Si le principe est le même que dans Hunger games, la dénonciation est déplacée vers les conflits intergénérationnels et l'observation du comportement de jeunes gens dans une société restreinte. En effet, le film s'ouvre et se ferme sur la relation conflictuelle d'un professeur avec ses élèves et avec sa fille. De même, des flash-back évoquent la vie de certains des personnages comme le héros Shuya qui tire son courage des dernières paroles de son père. Certains décident de s'entraider, d'autres, plus individualistes, en profitent pour régler leur compte.

Ce survival est sanglant mais pas horrifique avec des morts nanardesques où malgré plusieurs salves de mitraillette, les personnages peuvent parfois se relever quelques minustes pour passer un coup de fil ou dire une dernière parole... Des déclarations d'amour naives s'intercalent entre deux tueries. Le film n'est pas mauvais mais il soulève moins de questionnements que dans Hunger games : alors que dans ce film, le peuple se soulève contre la tyrannie, ici, une fois la "battle royale" terminée, rien n'est remis en cause et le conflit entre générations n'est pas beaucoup évoqué. Apparemment, selon Pauline Croquet dans un article du Monde Pixels, le manga dont est inspiré ce film, présente une dimension politique, ce qui est moins visible dans le film.

Battle royale, de Kinji Fukasaku, Netflix, 114 mn, avec Takeshi Kitano, Tatsuya Fujiwara, 2000.

Sur le web : Croquet Pauline, "Manga iconique des récits de survie, "Battle royale" est réédité en France", Le monde Pixels, mis en ligne le 22 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/08/22/manga-iconique-des-recits-de-survie-battle-royale-est-reedite-en-france_5345036_4408996.html

Strauss, "Battle royale", Télérama. URL : https://www.telerama.fr/cinema/films/battle-royale,53958.php

10 octobre 2018

Mission : Impossible 3 de J.J. Abrams : ISSN 2607-0006

 Mission Impossible 3 ( bande annonce VF )

Mission : Impossible 3 appartient à une franchise - comme Alien, Harry Potter, Thor... - dont chaque film est réalisé par un cinéaste différent : après Bryan de Palma et John Woo, c'est J.J. Abrams qui est au commande de ce troisième opus. Cette franchise est assez connue pour que tout le monde puisse au moins imaginer le début : on propose à l'agent secret Ethan Hunt d'accepter une mission alors qu'il se fiance à Julia. En effet, un des agents qu'il a formé est enlevé et torturé. Il doit le sauver. Il est confronté à Owen Davian, qui le menace ainsi que sa femme. Davian cherche à se procurer un objet : "patte de lapin". Est-ce que Ethan arrivera à sauver sa femme à temps ? Quel est l'objet des convoitises de Davian ? Va-t-il pouvoir le récupérer ?

Certaines scènes d'actions sont mémorables, voire, J.J. Abrams se prend parfois pour Michael Bay : on peut donc voir des combats d'hélicoptères, des explosions et encore des explosions dans la première grosse scène d'action, lorsque Ethan Hunt cherche à sauver son agent. L'action est bien filmée, notamment les scènes noctures avec Shangaï illuminée, au moment où le personnage principal doit aller chercher la "patte de lapin". Heureusement qu'il y a toutes ces scènes d'actions, car toutes celles qui concernent la vie privée d'Ethan et de sa femme sont plutôt mièvres et stéréotypées.

Comme tous les films ayant comme acteur principal Tom Cruise, il vampirise complètement ce long-métrage en étant présent dans toutes les scènes. Il faut dire que l'acteur réalise lui-même ses cascades. Maquillage, déguisements, combats, le rythme est soutenu. C'est un honnête film d'action et d'espionnage, où la patte de l'auteur n'apparaît pas vraiment.

Mission : Impossible 3, J.J. Abrams, Netflix, avec Tom Cruise, P. S. Hoffman, 2005, 126 min.

Sur le web : Mury Cécile, Mission : Impossible 3 de Cécile Mury, Télérama. URL :https://www.telerama.fr/cinema/films/mission-impossible-3,260332.php

17 septembre 2018

Office de Hong Won Chan : ISSN 2607-0006

Office - Bande annonce HD VOST

Conseillé par Télérama, Office est un thriller coréen de Hong Won Chan, son premier film, projeté en séance de minuit au festival de Cannes en 2018.

Cette enquête policière est supplantée par d'autres aspects mis en avant : le monde de l'entreprise. Dans une boîte de vente, Monsieur Kim, un salarié laborieux et sérieux, tue soudainement toute sa famille à coups de marteau : ce meurtre sordide - hors champ - surprend tout le monde, notamment parce que c'est un homme effacé, gentil, sans histoire. Cependant, au fur et à mesure de la découverte du quotidien de cette entreprise, on perçoit une autre vérité.

Monsieur Kim semble s'être évaporé : tout le monde pense qu'il est encore dans les locaux. Les meurtres se poursuivent, effrayant toute l'équipe de cadres et une jeune stagiaire timide, ayant de nombreux points communs avec Monsieur Kim au niveau professionnel. Les open space permettent de créer un climat anxiogène par leur disposition, de lieux semi-clos. Surtout le montage crée des ellipes, qui laissent surgir le doute quand à l'identité du criminel, et des indices parsemés progressivement nous font peu à peu comprendre la réalité glaçante sur cette série de meurtres. La tension ne cesse de croître.

Les couleurs grises et ternes, les lumières artificielles des open-space, des orages et un climat pluvieux contribuent à créer une ambiance délétère et oppressante, introduite par la sauvagerie inaugurale des premiers meurtres. Même s'il y a quelques scènes englantées, le réalisateur évite le gore ou le grand-guignolesque car il montre plutôt la violence dans le milieu professionnel, la déshumanisation produite par le monde du travail. Un bon premier film...

Office, de Hong Won Chan, avec Ko Asung, Netflix, 1h51, 2015

 Sur le web : Douaire Samuel et Pierre Langlais Pierre, "A voir sur netflix un thriller coréen et une sitcom anglaise sur les geeks", Télérama, mis en ligne le 27 octobre 2017. URL :https://www.telerama.fr/cinema/a-voir-sur-netflix-un-thriller-coreen-et-une-sitcom-anglaise-sur-les-geeks,n5293439.php

13 novembre 2018

The chase de Kim Hong-Seon : ISSN 2607-0006

 The Chase Korean Movie Trailer

En lisant cet article de Première, vous pourrez apprendre que Netflix, après Dernier train pour Busan ou Psychokinesis, a acheté de nouveaux films coréens : The chase en fait partie.

Un viel homme acariâtre, Sim Deok-Soo, possédant plusieurs appartements, vient régulièrement harceler ses locataires d'un quartier misérable pour récupérer l'argent des loyers. Il est en outre serrurier. Cet homme brutal et grincheux va pourtant faire deux rencontres qui bouleversent sa vie : une de ses locataires est une jeune étudiante qui donne tout son argent à sa mère malade et qui se montre respectueuse envers lui alors que tout le monde le méprise. L'autre rencontre est celle d'un vieux locataire, un ancien inspecteur de police qui est obsédé par une affaire vieille de 30 ans et qui pense qu'un meurtrier en série a recommencé à tuer. Ce dernier est toujours en contact avec un ancien policier ( Park Pyong Dae) qui est atteint de la maladie d'Alzheimer et qui a vu les yeux du tueur. Malgré lui, notre vieux misanthrope va être embrigadé dans cette enquête lorsque la jeune étudiante disparaît après le meurtre de deux vieillards.

Si l'enquête policière structure l'ensemble du film, ce qu'on retient de ce long métrage, c'est sa dimension comique et sociétale. Le comique provient évidemment de ce duo d'enquêteurs improbables dont l'un a alzheimer et l'autre est misanthrope. On apprend d'ailleurs que Sim Deok-Soo aurait pu être soupçonné dans la première enquête, 30 ans auparavant, mais dans les papiers de l'inspecteur, on découvre qu'il a noté qu'il était trop "bête" pour les commettre, ce qui déclenche la colère de notre irascible anti-héros.

Le réalisateur met aussi en exergue la condition des personnes âgées - qui constituent une grande partie du casting - obligées d'aller manger à la soupe populaire, ou mourant seules dans de misérables logis. Néanmoins, point d'apitoiement, c'est ce même élément qui crée le comique, avec une course poursuite anti-héroïque : on voit, par exemple, notre bougon propriétaire, sur son scooter, poursuivre un jeune mais qu'il n'arrive pas à rattraper alors que ce dernier est éclopé ! Le tout culmine lorsque le vieux Park arrive à mettre au tapis une vingtaine de jeunes qui se moquaient de lui... Ainsi nous retrouvons avec plaisir l'hybridation générique commune aux films coréens.

The chase, Kim Hong-Seon, avec Yun-Shik baek, Chun Ho-Jin, 2017, Netflix, 1h50

2 juillet 2018

Psychokinesis de Yeong San Ho : ISSN 2016-006

PSYCHOKINESIS Bande Annonce (2018) SUPER-HÉROS

Film Netflix, Psychokinesis a été réalisé après l'excellent Dernier train avant Busan. Après avoir parodié les films de zombies, voici que Yeong San-Ho revisite le genre de film de super-héros. Pourtant, le personnage principal Seok Hyeon a tout d'un anti-héros : il a abandonné sa femme et sa fille et se contente d'être gardien d'un immeuble, lâche et égoïste. Un jour, en buvant une eau contaminée par un météorite extra-terrestre, il acquiert des super pouvoirs. Peu à peu, il devient télékinésique... Forcément, il veut utiliser ses nouveaux pouvoirs pour s'enrichir en se produisant dans un  cabaret. Pendant ce temps, sa femme et sa fille Roo-mi luttent contre une multinationale qui cherche à détruire leur quartier pour y construire un centre commercial. Ce conflit provoque la mort de la mère, ce qui va permettre au père de retrouver sa fille.

"Vous êtes plus fort que vous ne le pensez"

Un film de super-héros supplémentaire ? Quel est l'intérêt de visionner ce film coréen ? Contrairement à la vogue des films de super-héros actuels, on ne retrouve pas de débauche d'effets spéciaux, excepté à la fin. Au contraire, le film s'ancre dans une réalité contemporaine avec la vie difficile du quartier pauvre, où Roo-mi travaille comme restauratrice et avec leur lutte quotidienne pour contrecarrer les plans de la société de construction. Le méchant n'a pas la peau violette et ne vient pas d'une autre galaxie contrairement à l'univers parallèle marvélien. Cela permet au réalisateur de glisser, même superficiellement, une dénonciation d'un système gangréné par la corruption et l'argent. C'est donc paradoxalement un film de super-héros intimiste : le père va user de ses pouvoirs pour renouer des liens avec sa fille, non pour sauver l'univers. Drôle, avec ce personnage principal maladroit, original et divertissant !

Psychokinesis, Yeon San Ho, 2018, 101 min, Netflix

Sur le web : le bleu du miroir,

Béot Ludovic, " Psychokinesis", le premier film netflix réussi de 2018 ?", Les inrockuptibles, mis en ligne le 4 juin 2018. URL : https://www.lesinrocks.com/2018/05/04/cinema/psychokinesis-le-premier-film-netflix-reussi-de-2018-111079118/

Elodie Bardinet, "Envie de voir un film de super-héros original ? Psychokenesis arrive sur netflix", Télérama, mis en ligne le 27 avril 2018. URL : http://www.premiere.fr/Cinema/News-Cinema/Envie-de-voir-un-film-de-super-heros-original--Psychokinesis-arrive-sur-Netflix--critique

19 février 2018

Taxi Téhéran de J. Panahi : ISSN 2607-0006

TAXI TÉHÉRAN Jafar Panahi (Official Trailer) Goldener Bär Berlinale

Le réalisateur n'a plus le droit de filmer, ni de quitter son pays. Qu'à cela ne tienne : il met trois caméras dans sa voiture et s'improvise chauffeur de taxi, ce qui lui permet de filmer les rues de Téhéran, les passagers de son taxi.

On peut donc assister à différentes conversations : les deux premiers passagers évoquent la condamnation à mort des voleurs. Doit-on punir pour l'exemple ? Est-ce que cela sert à quelque chose ? A l'inverse, un ami de Panahi vient expliquer qu'il n'a pas dénoncé un voleur car il a reconnu cette personne qui vit dans une pauvreté extrême. Il n'y a pas de vérités assénées mais différents points de vue, un dialogue qui s'instaure entre les personnages et les différentes séquences du films.

Au-delà du quotidien iranien et du questionnement moral de la vie de ses habitants, Panahi met en abyme son film : un jeune étudiant s'interroge sur son futur film. Quelle idée doit-il prendre comme point de départ ? Puis, la nièce de Panahi monte dans la voiture et explique qu'elle doit filmer un cout-métrage : toutes les règles qu'elle énonce sont bafouées par le réalisateur ( il faut dire que selon sa maîtresse, un héros ne doit pas porter de cravate. Et celui qui en porte, est-il forcément mauvais ? ). La forme ingénieuse du docu-fiction force l'admiration mais montre aussi l'insoumission du réalisateur.

Panahi, Taxi Téhéran, 2015, 79 min,

26 mai 2017

Le tunnel de Kim Seong Hun : ISSN 2607-0006

TUNNEL Bande Annonce VF (2017)

Contrairement aux films catastrophes américains qui jouent des effets spéciaux et d'une surenchère de dramatisation, ce film coréen repose sur la sobriété et ajoute une question sociétale. Dans Tunnel, le héros Jun soo se retrouve coincé sous les décombres d'un tunnel qui s'effondre. Que faire ? Heureusement, le personnage principal a un téléphone portable qui lui permet de contacter les secours. Ces derniers entreprennent tout de suite des recherches, qui vont s'avérer extrêmement difficiles en raison de l'ampleur des dégâts et des problèmes techniques liés au sauvetage.

Comme dans les autres films coréens, Tunnel allie plusieurs genres, notamment l'humour au film catastrophe ( même cas dans The Host qui mêle humour et fantastique, ou la parodie de film de Zombie dans Dernier train pour Busan). Plusieurs scènes sont véritablement burlesques avec un chef des sauveteurs qui doit faire face à la maladresses physiques de co-équipiers. De plus, l'aspect sociétal n'est pas oublié : doit-on poursuivre des sauvetages de grande ampleur lorsqu'une seule personne doit être sauvée ? Doit-on continuer à construire des infrastructures sachant qu'elles ne correspondent pas forcément aux normes de sécurité ? La ministre et les politiques apparaîssent souvent, mais bien plus intéressés par les médias que par la victime. Un très bon film qui donne envie de découvrir Hard day du même réalisateur.

 Le tunnel, Kim Seong Hun, 126 min, 2017

Billet de Dasola avec d'autres liens et billet de Trillian.

21 mai 2017

Get out de Jordan Peele : ISSN 2607-0006

GET OUT Bande Annonce VF (2017)

Dans Qu'est-ce qu'un bon film ?, Jullier énonce 6 critères pour reconnaître un bon film, auxquels répond Get out. Dans ce film, Rose décide de présenter son copain noir, Chris, un photographe. Son ami Rod, un gardien de la sécurité, veut l'en empêcher, pressentant des problèmes. Avant leur arrivée dans un village caricatural avec les maîtres de maison blancs et les domestiques noirs, les deux jeunes gens heurtent un daim : commence alors une bonne alliance entre angoisse et humour...

1. Un succès commercial ? Avec 4,5 millions de dollars qui a engendré 172 millions de dollars de recette ( cf. Le monde, " Get out, Frankenstein à l'épreuve du racisme contemporain" ici), le film de Jordan Peele est un succès commercial inattendu.

2. Bonne technique : une ouverture qui ne prend sens que vers la fin du film, des échos d'images mais peu d'effets spéciaux inscrivent ce film dans la lignée des séries B, sans tomber dans le nanar.

3. Apprendre quelque chose : Le discours du film n'est certes pas nouveau mais amène une fois de plus à s'interroger sur les problèmes raciaux.

4. Cohérence : excepté certains moments pleins d'hémoglobines et un dénouement un peu brutal, au regard du reste du film qui installe lentement une atmosphère inquiétante, le film propose une narration très cohérente.

5 L'originalité : Jordan Peele arrive à parler du racisme ordinaire d'une manière renouvelée, en montrant une brutalité plus verbale et psychologique que physique. Le réalisateur joue avec adresse des codes des films d'horreur, notamment Frankenstein, les maisons hantés, les morts-vivants...

6. Emotion et plaisir : effrayant, intrigant, angoissant avec des moments hilarants, sans tomber dans la parodie ! Un film à voir !

Get out, de Jordan Peele, avec Allison Williams, Daniel Kaluya 2017, 1h44

Billet de Dasola

13 novembre 2015

"Ce qui ne me tue pas" de D. Lagercrantz : ISSN 2607-0006

" Ce qui ne tue pas" (Nietzsche) : Cette oeuvre de commande est foisonnante. Le successeur de Larsson a repris les principaux éléments larssonniens. Cependant, ce quatrième opus ressemble à un gigantesque imbroglio, rassemblant divers genres et intrigues : un scientifique spécialiste du domaine de l'intelligence artificielle, Frans Balder, se fait tuer sous les yeux de son fils autiste, doué en maths et en dessin. Son travail étant piraté, il devait rencontrer Mikael Blomvist pour lui faire d'importantes révélations. Commence alors une quête de la vérité qui nous amène à découvrir le passé de Salander et une enquête qui mêle une histoire d'espionnage et de hackers, l'histoire d'une femme battue... Comme l'intrigue est emberlificotée !

cette multiplication de fils narratifs et le fourmillement de personnages rendent indigeste l'écoute du livre. Si vous souhaitez l'écouter à bord d'un transport en commun, abandonnez-en l'idée ! De longues explications sur les nombres premiers, les craquages de cryptogrammes, des passages explicatifs sur l'autisme, auxquels s'ajoutent des considérations sur l'époque contemporaine sans subtilité, rendent laborieuses la poursuite de l'histoire et endorment notre attention. En outre, le style familier, voire grossier, et les personnages caricaturaux ne donnent pas davantage envie de continuer à connaître les aventures extravagantes de ces personnages, qui paraissent sans vie...

L'écoute dans une position confortable ou dans un lieu calme ne change rien. Malgré les efforts de E. Dekoninck pour rendre sa lecture expressive, ce roman a un singulier effet soporifique... Une suite fabriquée à des fins commerciales ? La fin ouverte le laisse malheureusement présager.

Millenium 4, ce qui ne tue pas, David Lagercrantz, texte lu par Emmanuel Dekoninck, traduit du sudéois par Hege Roel-Rousson, durée 16h15

Merci Audiolib pour ce partenariat : fiche de l'audiolib ici et vous pouvez écouter un extrait là

Billet de Nathalie, Dasola, Dominique, Claudia

9 mars 2015

Bodybuilder de R. Zem : ISSN 2607-0006

BODYBUILDER - la bande-annonce

Antoine est poursuivi par des petits malfrats car il leur doit beaucoup d'argent ainsi qu'à des voisins. Son frère, pour le soustraire à cette bande de voyous, l'emmène chez leur père, qui a quitté le domicile familial depuis longtemps. Ce dernier est le propriétaire d'une salle de musculation.

A travers Bodybuilder, nous découvrons l'univer du culturisme d'une manière réaliste, sans être caricaturale grâce au portrait sans fard du père, que l'on montre goguenard, prenant des anti-douleurs, des régimes protéinés... Tout l'oppose à son fil qui n'est pas un colosse : Antoine ment, vole mais va peu à peu évoluer au contact de son père, sans que cela soit sentimental ou invraisemblable. Antoine accumule les combines pour s'en sortir sans travailler alors que son père travaille sans relâche pour se sculpter un corps musclé pour les concours.

Relations familiales, sport, vie quotidienne sont filmés à la manière de Ken Loach. c'est une comédie sociale très réussie. Vincent, le père, n'est d'ailleurs pas incarné par un acteur professionnel. A une réalité parfois sordide, s'ajoutent quelques touches d'humour, à travers la scène finale, qui fait peut-être référence à Looking for Eric de Ken Loach, ou le personnage de la femme du coach de Vincent ( incarné par R. Zem)... Tous les acteurs sont excellents, notamment Vincent Rottiers qui incarne merveilleusement bien ce jeune sans repères. Une belle surprise !

Zem Roschy, Bodybuilder de Roschy Zem, avec Vincent Rottiers et François Mazoue, 2014, 1h40

31 octobre 2013

Le dernier pub avant la fin du monde, Edgar Wright : ISSN 2607-0006

LE DERNIER PUB AVANT LA FIN DU MONDE Extrait 2 VOST "Et un verre d'eau" - Au cinéma le 28 Août

Après avoir survécu à la vie exaltante dans un commissariat d'une petite ville provinciale anglaise dans Hot Fuzz et après avoir tué de nombreux zombies dans Shaun of dead, Edgar Wrigth revient avec ses joyeux acolytes nous concocter un hilarant film parodique pour passer une très bonne soirée halloweenesque avec the end's world qui clôture la Blood and Ice cream trilogy, dont le titre révèle toute l'ampleur de l'humour du réalisateur.

Le début du film verse dans le pathétique, avec un personnage qui est resté attaché à ses rêves d'adolescent ( et quel rêve ! Finir en une nuit la tournée des bars de New Haven) et qui peine à rassembler ses anciens camarades pour relever le défi. C'est visiblement à reculons que tous ces quadragénaires, bien installés dans leur routine, retournent dans leur village natal : quoi de plus ennuyeux que cette petite ville, " ce trou perdu" ?

Et pourtant, si en apparence le village ne semble pas avoir changé, Gary King découvre vite que les habitants se comportent diféremment : personne ne semble se comporter normalement, si on peut parler de " normalité" lorsque l'on voit ces cinq "mousquetaires" avoir comme unique but de survivre à l'alcool pour atteindre le dernier pub du village...

Commence alors le plus comique, le plus drôle, des films de zombies, avec des scènes de combats comiquement et impeccablement chorégraphiées sans compter les clins d'oeil aux cinéphiles qui reconnaitront des allusions à Terminator, aux westerns... C'est sur un rythme trépidant, ponctué de dialogues burlesques, que Gary et ses amis nous entrainent dans leur poursuite effrénée de pintes de bière et dans le sauvetage de l'univers. Have fun !

The world's end, d'E. Wright ( 2013- 1h49), avec Simon Pegg, Nick Frost, Paddy Considine.

autres films : Shaun of dead, Hot fuzz

Participation au challenge Halloween, de Lou et Hilde.

16 février 2013

Au mois de Février 2013...

Alex Beaupain - Brooklyn Bridge

J'ai l'impression d'être une revenante, après m'être absentée un petit moment, et après une grande inactivité livresque, je reviens pour vous parler des récentes découvertes sur la blogosphère qui, elle, n'a pas oublié de tourner...

 L'un des films qui me tente beaucoup est Anna Karenine de Joe Wrigth qui a plu à Eiluned; qui nous dévoile de nombreuses et belles images. Si Dasola nous conseille de voir le biopic de Hitchcock, Titine n'a pas vraiment apprécié ce film. Côté série, j'ai suivi avec intérêt la vie de Mildred Pierce : Céline et Romanza l'évoquent dans deux billets élogieux... de même que Retour à Whitechapel, qui bien que disparu des écrans ( ce qui est dommage, étant donné que les programmateurs préfèrent diffuser des navets), présentaient quelques aspects originaux pour une série policière - avec un fabuleux archiviste aux états d’âme amusants mais qui ne sert à rien ! - déjà évoqué par Lou.

Côté challenge, Céline en fait le tour dans son blabatage et je n'ai pas pu résister au challenge de British Mysteries organisé par Lou. Romanza se lance dans le challenge Myself, où nous devons choisir nos propres critères : j'ai choisi de lire les pavés de ma PAL, notamment le Ulysse de Joyce mais aussi Daniel Deronda, Guerre et paix etc....

Non, je ne travaille pas dans une librairie mais j'ai pu repérer la sortie poche des rééditions de Wharton comme les New-Yorkaises. Après Amélia Opie, Malice nous fait découvrir une biographie de l'ère victorienne écrite par David Waller. Quant à Niki, elle revient à un grand classique anglais que je rêve de lire : The mysteries of Udolpho. Le Japon est aussi à l'honneur avec La course au mouton sauvage de Murakami dont parle Miss Léo, et elle a aussi lu Un café maison, de Keigo Higashino qui est très en vogue et qui a été aussi analysé par Dasola....

J'ai beaucoup aimé le billet d'humeur du cabinet des curiosités, car j'aurai pu écrire la même chose, et paradoxalement j'adore aussi les amants de papier de Romanza : très belle idée où Romanza nous parle de ses coups de foudre pour les héros de roman ! Et pour finir en musique, Audouchoc nous fait écouter une chanson d'Alex Beaupin " les tempêtes de l'inéluctable" dont voici sa plus belle chanson " Brooklyn Brige" ....  Bon week-end à tous sans oublier mon traditionnel souhait de bonne lecture !

30 octobre 2012

Antoine et Cléopâtre de Shakespeare : ISSN 2607-0006

Tragédie de l'amour, formant un triptyque avec Roméo et Juliette et Troïle et Cresside, Antoine et Cléopâtre n'a pas l'éclat des autres pièces shakespeariennes  : pièce historique aussi, elle représente la chute des héros éponymes à cause d'un conflit entre les trois triumvirs que sont Antoine, Octave et Lépide. D'emblée des tensions sont mises en valeur par la présence d'Antoine à Alexandrie alors que Rome l'appelle pour faire face aux attaques de Pompée. Un devin annonce un destin funeste à Charmian, suivante de Cléopâtre : le désastre se tisse peu à peu. Tout au long de la pièce, le déclin et la destruction se mettent en place  - le devin viendra à nouveau annoncer la catastrophe à Antoine, mais entrecoupée de nombreuses scènes - par exemple la scène 5 de l'acte II, la scène entre Lépide, Agrippa et Mécène - dont on s'interroge sur la fonction. Ainsi des passages très poétiquement beaux côtoient d'autres insignifiants.

Swinburne parlait du " le plus grand poème d'amour de tous les temps". Tragédie ? Certes, oui, les héros semblent implacablement écrasés par un destin déjà tout tracé : "Les dieux sages alors nous aveuglent, dans notre boue ils noient notre esprit lucide, ils nous font adorer nos erreurs, et rient de nous qui nous en allons Fiers et contents à notre ruine".  Mais peut-on parler d'amour ? Antoine meurt parce qu'il est vaincu militairement mais aussi parce qu'il croit que Cléopâtre est morte et qu'elle l'a trahi, mais sans aucun lyrisme. Quant à Cléopâtre, elle aime comme une "querelleuse", comme "une enchanteresse" rusée : mentant, critiquant mesquinement Octavie lorsqu'elle croit qu'Antoine va l'épouser, elle ne recule devant aucun subterfuge. Ils n'ont pas la grandeur amoureuse des fameux Roméo et Juliette. N'ayant pas retrouvé la force dramaturgique de l'écriture shakespearienne, j'ai suivi avec indifférence le destin funeste de ces deux héros descendus du piédestal où les a mis la légende mais avec plus d'intérêt la décadence historique...

 Shakespeare, Antoine et Cléopâtre, GF, bilingue, 427 p.

Lecture commune avec Claudia et Océane, Miriam ; Participation au challenge Shakespeare organisée avec Claudia. Le récapitulatif ici.

22 octobre 2012

La dame en noir de James Watkins : ISSN 2607-0006

Après l'engouement suscité par le roman de Susan Hill, le film allait-il être à la hauteur ? La dame en noir peut décevoir bien que les principales composantes du livre soit présentes : le héros, Arthur kipps, un jeune notaire veuf, part trier les papiers d'une défunte étrange habitant un manoir isolé au milieu de marécages. En butte à l'hostilité des villageois de la contrée, là, il voit une étrange dame en noir. Le réalisateur a jugé bon de changer des détails : pourquoi avoir fait du héros un veuf, élevant seul son enfant ? Pour susciter notre compassion et orchestrer une fin sentimentale, étrangère au roman ? Grosso modo, le film respecte l'histoire, et on prend plaisir derrière notre écran à plonger dans cette atmosphère lugubre et funèbre, à découvrir ce manoir isolé, près d'un petit cimetière. La découverte de la maison délabrée est époustouflante. Le héros est bien campé par Daniel Radcliffe, et correspond assez bien à l'idée qu'on s'en fait à la lecture du roman. 
La déception vient de moments beaucoup moins subtils où une petite fille crache du sang comme celle de L'exorciste. Quelques scènes font réellement frisonner, mais comme beaucoup de films d'horreur, l'excès de recherche de sensations amène certaines séquences au bord du ridicules comme les scènes grandiloquentes de possession de Mrs Daily ou des multiples morts dont la mise en scène paraît redondante. Si les portes grinçantes sont les bienvenues, la bande sonore restant plutôt sobre, d'autres scènes sombrent dans l'épouvante grotesque... Le film aurait gagné à mettre en scène plus de mystère et moins de touches d'épouvante. C'est néanmoins avec plaisir qu'on plonge dans les marais perdus de Crythin Gifford...
La dame en noir, 1h35,réalisé par James Watkins, avec Daniel Radcliffe, 2011.
Participation au challenge halloween de Lou et Hilde, vu aussi par Niki, titine, Lou,.Donna Swann...
1 octobre 2012

Flaubert, une manière spéciale de vivre de Biasi : ISSN 2607-0006

A Ernest Feydeau, G. Flaubert écrivait en 1859 : "Après mille réflexions, j'ai envie d'inventer une autobiographie chouette, afin de donner de moi une bonne opinion:

1° Dès l'âge le plus tendre, j'ai dit tous les mots célèbres dans l'histoire : nous combattrons à l'ombre - retire-toi de mon soleil - quand vous aurez perdu vos enseignes et guidons - frappe, mais écoute, etc...[...]

3° J'annonçais une intelligence démesurée. Avant dix ans, je savais les langues orientales et lisais la Mécanique céleste de Laplace"

4° j'ai sauvé des incendies, 48 personnes ;[...]

10 ° Tous les éditeurs s'arrachent mes manuscrits ; sans cesse je suis assailli par les avances des cours du Nord; [...]

12° ( et dernier). Je suis religieux !!! J'exige que mes domestiques communient"

Cette autobiographie plus ou moins rêvée et comique apparaît au seuil de la biographie titanesque consacrée à Flaubert par P-M de Biasi : c'est symptomatique du travail fait par ce théoricien de la génétique des textes qui part des avant-textes, des brouillons, des carnets de l'auteur pour pour aller vers sa vie, son style, son oeuvre... A partir de la métaphore du dada de l'écriture, Biasi déroule la vie de Flaubert entre amour des chevaux, des femmes et de l'écriture. Il nous fait plonger dans les détails de l'oeuvre - l'analyse stylistique du mot "baquet" dans l'Education sentimentale, le "nous" de Madame Bovary... - entrant ensuite dans les méandres des oeuvres plus généralement, tout en suivant les anecdotes biographiques de "l'homme-plume". Les détails foisonnent sur le style de l'auteur qui l'a beaucoup commenté dans ses lettres. On retiendra notamment l'axiome de Goethe ou l'impersonnalité de Flaubert et sa documentation scientifique qui n'est pas celle plus ethnographique de Zola. "Madame Bovary, c'est moi" : qui a dit ça ? reposant sur des analyses sérieuses, vous apprendrez que l'ermite de Croisset n'a jamais énoncé cette célèbre formule.

Quelle est cette manière si spéciale de vivre ? Flaubert a vécu dans le culte de l'art, jouant la stratégie du rhinocéros ; isolé, il rejette la bêtise de son siècle : " Il n'y a plus de place dans ce monde pour les gens de goût. Il faut comme le rhinocéros, se retirer dans la solitude en attendant sa crevaison". Bien sûr, parmi toutes les citations de ses lettres, les analyses de ses oeuvres, il y a une place pour L. Colet, Maupassant, Sand et Tourgueniev... Oui, Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre est un véritable travail de titan, nous faisant redécouvrir une oeuvre oscillant entre tentation du réel et l'Orient...

Pour en savoir plus, écoutons H. Guillemin : quelle verve ! De manière pédagogique - illustrés par de nombreuses anecdotes, Guillemin génial orateur, souligne les mêmes éléments que de Biasi. De manière originale, il commence par comparer Flaubert à Rimbaud, ce qui a priori paraît bien étonnant ; mais c'est dans la désillusion du réel que se rejoignent ces deux écrivains et dans la plongée de tous les stupres. De même,  Biasi et Guillemin se rejoignent en finissant respectivement leur tour d'horizon flaubertien par la question de la religion de Flaubert... Deux grandes études d'un des auteurs les plus connus de la littérature française mais qu'on redécouvre encore...

Biasi , Gustave Flaubert, une manière spéciale de vivre, livre de poche, 578 p.

Archive rts. 1959. "Flaubert" présenté par Henri Guillemin. Diffusé le 1 novembre 1959.

Les chemins de la philosophie. 2011. "Flaubert 2/5 : biographie et correspondance". Présenté par Raphaël Enthoven. Diffusé le 10 mai 2011.

Les romans de Flaubert : Madame Bovary, Bouvard et Pécuchet...

Lecture commune avec Dominique.

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