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Comme Balzac veut adapter les classifications des sciences naturelles à l'homme, il croque Paris, ses ruelles, ses travaux, ses piétons, ses enterrements : "N'y a-t-il pas d'abord le piéton rêveur ou philosophique qui observe avec plaisir, soit les raies faites par la pluie sur le fond grisâtre de l'atmosphère, espèce de ciselures semblables aux jets capricieux des filets de verre [...] ? Puis il y a le piéton causeur qui se plaint et converse avec la portière, quand elle se pose sur son balai comme un grenadier sur son fusil; le piéton indigent, fantastiquement collé contre le mur, sans nul souci de ses haillons habitués au contact des rues ; le piéton savant qui étudie, épelle ou lit des affiches sans les achever, le piéton rieur qui se moque des gens auxquels il arrive malheur dans la rue, qui rit des femmes crottées et fait des mines à ceux ou celles qui sont aux fenêtres [..]" ( p. 80). Je vous passe le piéton industriel, le piéton aimable, le vrai bourgeois de Paris...

A lire ces lignes, le lecteur croira que Ferragus se compose de nomenclatures interminables, de descriptions fabuleusement longues ou de morceaux de bravoure mais le génial auteur d'Ursule Mirouët introduit un mystère digne des romans-feuilletons dans cette vie parisienne : Auguste de Malincourt surprend la femme qu'il aime dans une ruelle mal famée. Cette dernière, Mme Jules, est mariée avec bonheur à Jules Desmarets, qui est l'agent de change de Nucingen. Que fait Mme Jules dans cette "boue" ? Qui est Ferragus ? Tentative de meurtre, lettre mystérieuse, lettre  codée, ancien forçat... Le lecteur est entraîné dans une incroyable histoire. Comme le dit si bien le baron de Malincourt : "C'était un roman à lire ; ou mieux, un drame à jouer, et dans lequel il avait son rôle" ( p. 77).

Avec ses morts à foison, ses secrets, ses sociétés secrètes, ses rebondissements, on se croirait dans Les mystères de Paris d'Eugène Sue. Paris y est montré commme un monstre qui broie ses habitants. Avec Ferragus, le roman noir côtoie La bouse et la tragédie classique les bourgeois. C'est finalement avec une écriture poétique, teintée de fantastique, que l'auteur de La comédie humaine arrive à montrer brillamment les changements de la société des années 1930.

Balzac, Ferragus, folio, Cher, septembre 2001, p. 256 p.

LC avec Claudia. Prochaine LC le 22 novembre avec la lecture de L'envers de l'histoire contemporaine.

La comédie humaine :

1. scène de la vie de province : Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen, "Pierre Grassou",La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques :Louis Lambert, "Melmoth réconcilié", La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. scène de la vie privée :"Le bal de Sceaux",  Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée