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"Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre ce livre  d'une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : "Peut-être ceci va-t-il m'amuser". Après avoir lu les secrètes infortunes du père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dan son coeur peut-être ! "  La volonté de réalisme de Balzac apparaît dès les premières pages.

Fin observateur de la société parisienne, dans sa Comédie humaine, Balzac dénonce les apparences d'une société construite sur l'argent et le privilège de la naissance, à travers les trajets de trois individus, Rastignac, Goriot et Vautrin. Dans le titre du cycle, c'est bien la dimension de spectacle que l'auteur souligne... et cette comédie est celle de toutes les bassesses. Inspiré du procédé des romans historiques de Walter Scott, le romancier nous décrit l'histoire des moeurs, l'intimité des individus. Tandis que le père Goriot déchoit, Rastignac s'élève vers les hautes sphères de l'aristocratie.

Le père Goriot moqué par les autres habitants de la sombre et horrible pension Vauquer est en fait sublime dans ses sentiments. Aimant jusqu'à la déraison ses deux filles richement mariées, il va se sacrifier jusqu'au derniers liards pour elles, sans aucune reconnaissance de la part de ses filles bien plus préoccupées de leur tenue de bal que par leur vieux père mourant et agonisant. La description de la pension Vauquer relève du morceau de bravoure : Balzac réussit admirablement à nous montrer la petitesse de ses habitants et le sordide de l'endroit : "Une des plus détestables habitudes de ces esprits lilliputiens est de supposer leurs petitesses chez les autres". Les gravures de Daumier, qui a initialement illustré Le père Goriot, contribue à créer une horrible atmosphère de misère. Symboliquement, les pensionnaires sont décrits de bas en haut selon leur position sociale...  Autour de ce vieillard, on retrouve la figure de l'arriviste dans la personne de Rastignac. Ce dernier noble désargenté apprend douloureusement à survivre dans la société grâce aux conseils de sa cousine de Beauséant et de Vautrin. Cet homme est d'ailleurs étrange dans son comportement. Qui est-il réellement ?

En quatre chapitres, Balzac, nous décrit admirablement tous les milieux sociaux, du peuple à l'aristocratie, unis autour du "même égout moral". Le langage est imagée et fleurie : le vocabulaire de la chasse, guerrier, montre que la vie à Paris est une lutte incessante. Seule l'ascension compte  : "Le monde est infâme et méchant, dit la vicomtesse. Aussitôt qu'un malheur nous arrive, il se rencontre toujours un ami prêt à venir nous le dire, et à nous fouiller le coeur avec un poignard en nous faisant admirer le manche". Roman de l'ascension, roman de l'amour paternel, c'est aussi le roman de l'argent : "la fortune est la vertu" ou "monnaie fait tout" ! L'auteur dénonce une société gangréné par l'argent qui fait dire à Rastignac : "votre Paris est donc un bourbier ?" .

Le mystère n'est pas absent de ce roman avec des forçats cachés sous l'apparence de bons bourgeois, avec les dessous des aventures amoureuses des coquettes parisiennes et avec la secrète douleur du père Goriot que tout le monde méconnaît. Balzac débusque ces faux-semblants à travers le style typiquement XIXeme siècle, avec les citations latines, l'argot du peuple, les chansons d'époque et son génie de la description rendant vivante chacune de ses scènes... Un classique à lire ou à relire !

Le père Goriot, Balzac, Garnier Flammarion, Etonnants classiques 364 p.

Challenge "j'aime les classiques" de Marie L.