Canalblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
1001 classiques
Publicité
10 avril 2010

Le secret de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

th

Qui est-ce ? Si je vous dis que c'est un auteur victorien, qu'il est le précurseur du roman policier anglais, et qu'il est passé maître des intrigues mystérieuses et sensationnelles. Vous avez deviné ? Bien sûr, c'est Wilkie Collins ! "En cette nuit du 23 août 1829, sur la côte déchiquetée des Cornouailles, la résidence d'été des Treverton n'est plus que silence et ténèbres. Le manoir tout entier est suspendu aux battements du coeur de la maîtresse de maison qui rend bientôt son souffle, laissant derrière elle un époux accablé, une fillette en pleurs et beaucoup de questions sans réponses. Que contient par exemple, cette mystérieuse lettre confiée par Mrs Treverton à sa femme de chambre avant de mourir ? Et quel terrible secret Sarah Leeson préfère-t-elle dissimuler dans la demeure familiale avant de disparaître, s'opposant ainsi aux dernières volontés de la défunte ? Un secret suffisamment effroyable pour que, des années plus tard, la domestique sorte de son silence afin d'empêcher Rosamund Treverton de retourner sur les lieux de son enfance, au risque d'y perdre son âme... (Quatrième de couverture).

Voici trois bonne raison d'aimer Le secret :

- Quel est ce secret dont parle le titre ? Le suspense, dans ce roman est terriblement bien maintenu jusqu'aux derniers chapitres ! Bien qu'ayant des soupçons, le lecteur n'apprend la résolution de l'énigme que vers la fin du roman. L'intrigue se tisse autour de dialogues, qui en paraissent presque longs, tant on voudrait connaître le fin mot de l'histoire ! Ce qu'on aime aussi, c'est que la découverte du secret se fait toujours d'une manière littéraire...

- Que dire des personnages ? Contrairement aux personnages habituellement très troubles des romans wilkiens, ici, pas de "méchants". Pas de précipices pour y pousser un rival, pas d'étendues glaciaires pour y abandonner un compagnon détesté, dans Le secret, l'amour triomphe des apparences de la bonne société victorienne. Avec humour, Wilkie Collins développe une galerie de portraits d'excentriques, dont un misanthrope qui rappelle le "Scrooge" de Dickens, merveilleusement et humoristiquement dépeint, une jeune femme qui ne respecte pas les bienséances, une servante courageuse et mystérieuse. Voici un extrait du portrait de Andrew Teverton, le misanthrope : " On sut ensuite, et toujours par de vagues rumeurs, qu'il y menait la vie d'un avare, en compagnie d'un vieux domestique nommé Shrowl, encore plus misanthrope que son maître. [...] Andrew ne se rasait plus, et son domestique avait ordre de laisser, lui aussi, pousser la barbe. En 1844 (Ceci ne doit pas pas être perdu de vue), aux yeux de la partie la plus éclairée du peuple anglais, un homme était réputé malsain d'esprit par ce seul fait qu'il laissait son menton se couvrir de poils que la nature y fait pousser."

- Le secret est un imbroglio romanesque : un château, un fantôme, un secret, la description de la haute société anglaise, des rebondissements nombreux, tous les ingrédients wilkiens sont réunis. Si vous avez lu et aimé d'autres romans de Wilkie Collins  ( Profondeurs glacés, Hôtel hanté, Pierre de lune), celui-ci ne vous décevra pas...

Collins, Le secret, Edition du masque, 571 p.

Lu dans le cadre du challenge dans Wilkie Collins addict de Chryssilda

Merci Alapage pour ce partenariat et l'envoi de ce roman...

 

Publicité
7 avril 2010

La maison-musée de Victor Hugo à Villequier : ISSN 2607-0006

photo76_Seine_Villequier_1_hugo1_1_

Sur le bord de Seine, dans la petite ville de Villequier se dresse la maison-musée de celui qui a réuni le grotesque et le sublime dans ses pièces de théâtre, de celui qui voulait "la liberté dans l'art et la liberté dans la société"( Hernani), de celui qui s'est élevé contre Napoléon le Petit : Victor Hugo.

d8a200732033132arc_pht_1_Chaque pièce nous transporte dans l'atmosphère très XIXeme de cette demeure, comprenant une salle de billard, indispensable à l'époque, une reconstitution de la chambre de Léopoldine ou la chambre très rococo de Madame Hugo (Adèle Foucher) ainsi qu'un "bow window" dédié à Juliette Drouet... Actrice dans Lucrèce Borgia, cette dernière a vécu 50 ans dans l'ombre de l'écrivain, et a tout quitté pour lui, lui vouant une admiration sans borne, le suivant dans son exil et lui écrivant quotidiennement.

Chaque pièce comporte des souvenirs entourant le romancier : des photographies d'Auguste Vacquerie et de Charles Hugo, considérés vers 1852 comme des précurseurs de la photographie, ornent les murs ainsi que des magnifiques dessins au lavis, des illustrations de ses oeuvres, des lettres de Victor Hugo ou de ses enfants et amis. A côté de l'oeuvre de Hugo, on trouve de nombreux témoignages d'amis.
La chambre de Léopoldine est particulièrement émouvante, rappelant le destin tragique de la fille préférée du grand écrivain : sa vie et de celle de son mari est tragique à l'image de la destinée des héros romantiques des romans hugoliens.

La vie d'Adèle est moins présente mais mieux connue grâce au magnifique film de François Truffaut, Adèle H : suivant par passion, jusqu'en Nouvelle Angleterre le lieutenant Pinson, qui ne l'aime guère en retour, elle finit par devenir folle de chagrin. Sa destinée est tout aussi sombre que celle de sa soeur.

"Je veux être Chateaubriand ou rien" : dans la dernière pièce de la maison, sont rassemblées les oeuvres monumentales du célèbre écrivain,de L'homme qui rit (1869) au roman quatre vingt treize (1874) en passant par les Châtiments...
Qui était Victor Hugo ( une exposition virtuelle sur le site de la BNF est consacrée à Victor Hugo) ? Comment vivait-il ? Quelles ont été ses relations avec ses  proches ? Vous trouverez une partie des réponses au musée Villequier qui est une charmante visite à effectuer, enrichissante au niveau de la connaissance de la personnalité de Victor Hugo et de ses oeuvres... et la vue sur la Seine est tout à fait magnifique : ce musée propose une agréable visite.

15 août 2009

L'appareil photo de Jean-Philippe Toussaint : ISSN 2607-0006

50308852

" C'est à peu près à la même époque de ma vie, vie calme où d'ordinaire rien n'advenait, que dans mon horizon immédiat coïncidèrent deux événements qui, pris séparément, ne présentaient guère d'intérêt, et qui considérés ensemble, n'avaient malheureusement aucun rapport entre eux. Je venais en effet de prendre la décision d'apprendre à conduire, et j'avais à peine commencé de m'habituer à cette idée qu'une nouvelle me parvint par courrier : un ami perdu de vue, dans une lettre tapée à la machine, une assez vieille machine, me faisait part de son mariage. Or s'il y a une chose dont j'ai horreur, personnellement, c'est bien les amis perdus de vue".

Dès l'incipit, le ton est donné : quotidien et banalité. Un homme, dont on ignore l'identité jusqu'à la fin du roman, décide de passer son code. Il noue une relation avec la jeune femme languide qui s'occupe de l'auto-école. Un retour en arrière, permet au narrateur de raconter ses premières heures de conduite prises quelques années plut tôt...

 Paradoxalement, ce roman raconté à la première personne ne révèle rien sur le  narrateur : on ne connaît ni son âge, ni son métier, ni son physique. Les autres personnages n'ont d'ailleurs aucune épaisseur psychologique. Le narrateur évoque de nombreux moments de réflexions mais celles-ci ne sont pas révélées car il s'attache à décrire les infinis riens qui composent la vie quotidienne. De longues descriptions de détails insignifiants et futiles se succèdent. Même la rupture chronologique, n'interrompt pas cette longue et minutieuse description des journées du narrateur. Mais ce qui semble être une simple accumulation de l'anodin et du dérisoire aboutit, au fil des pages, sur une réflexion plus grave : la difficulté d'être. J'ai trouvé ce roman – que l'auteur qualifie « d'infinitésimaliste » - plutôt déconcertant...

18 mars 2010

Pofondeurs glacées de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

50981091

Après la Suisse (Hôtel hanté), l'Italie (L'abîme), Collins nous dépayse complètement avec un expédition polaire, très loin de l'Angleterre victorienne : très vite, on quitte l'univers d'un bal londonien pour les grandes étendues polaires. Mais même dans le grand Nord, on retrouve le style de Wilkie Collins, avec les déchirements  de personnages à la personnalité trouble, une place faite au destin ou aux coïncidences et son habileté à créer le suspense, sans oublier le surnaturel et l'aventure !  A conditions de vie extrême, sentiments extrêmes !

Richard est repoussé par Clara, qui aime Frank. Les deux hommes s'embarquent pour le Nord : c'est l'expédition Franklin. Richard arrivera-t-il à supprimer son rival ? La manière dont Richard apprend l'identité de son rival est tout simplement époustouflante ! L'aventure des hommes perdus dans la blancheur des étendues glacées se déploient lentement. L'affrontement des deux hommes est assez elliptique et l'auteur accorde quelque importance à son héroïne, qui est pourtant falote. Trahison, amour, suspense et un dernier rebondissement spectaculaire nous entrainent vers la fin de ce roman passionnant, ce qu'on ne pressent pas à la lecture du  titre ou de la quatrième de couverture. Certes, l'intrigue écrase un peu les personnages, qui manquent de consistance mais un roman de Wilkie Collins est toujours à découvrir !

La préface présente un grand intérêt : Le Bris nous décrit le rapport conflictuel entre les deux grands romanciers victoriens, que sont Dickens et Collins. Petite anecdote amusante, nos deux romanciers jouèrent cette oeuvre et lorsqu'on sait la rivalité qu'il existait entre les deux hommes, l'affrontement de Dickens en Wardour et Collins en Aldersley, sur les planches a dû être peu banale : Le Bris imagine " le plaisir qu'eut Collins, pour une fois, à se donner un rôle d'officier quand Wardour était simple matelot - mais aussi le plaisir qu'eut Dickens à délirer devant un Aldersley réduit à sa merci, rêvant d'assassiner dans les pires souffrances celui qui se croyait son ami...".

Collins, Profondeurs glacées, Phébus Libretto, 135 p.

 Lu dans le cadre du challenge Wilkie Collins Addicts organisé par Chryssilda.

16 août 2009

Tartuffe adapté en BD par Duval et Samzim : ISSN 2607-0006

42857693

En octobre dernier, lors du salon de la BD à Dieppe, j'ai eu l'occasion de rencontrer Fred Duval, le sympathique auteur des Travis et des Carmen. J'ai été agréablement surprise en découvrant sa dernière oeuvre, Le Tartuffe de Molière ( biographie sur le site Larousse), que je me suis empressée d'acheter. Est-il encore nécessaire de rappeler l'intrigue ? Orgon, un bourgeois est tombé sous l'emprise de Tartuffe, un homme dont il admire les vertus. En fait, celui-ci n'est qu'un hypocrite, un faux-dévôt, qui n'est intéressé que par la fortune d'Orgon. Malgré l'hostilité de toute sa famille, Orgon décide de marier sa fille Mariane avec Tartuffe alors que celle-ci aime un autre homme, Valère...

58606874

 Ce premier opus, qui adapte les 2 premiers actes de la pièce, est vraiment enthousiasmant. Etant une grande admiratrice de Molière, j'ai particulièrement apprécié de retrouver le texte intégral aussi bien illustré. En effet, je suis tombée sous le charme des dessins de Samzim, hautes en couleur, qui illustrent assez bien le ton de cette comédie entre sujet grave et comique. Dans les premiers actes, on assiste à la mise en place de l'intrigue et à la présentation des personnages. Un grand absent : Tartuffe n'est pas encore sur scène, mais on sent toute sa puissance dans l'omniprésence de son nom et de ses portraits dans les répliques des protagonistes. Qui est Tartuffe ? Est-il réellement un hypocrite ? Feint-il la dévotion ?

On ne peut que louer cette adaptation en bande dessinée d'un des chefs-d'oeuvre de Molière. En choisissant ce support, l'auteur et le dessinateur toucheront certainement un public rebuté par l'aspect un peu austère des pièces du dramaturge français. Les couleurs des images sont vives et l'enchaînement des cases rendent bien la dynamique de la pièce. Il me tarde de découvrir les images qui illustreront des actes suivants...

Le Tartuffe, Duval et Samzim, Delcourt, 56 p.

Publicité
6 mars 2010

Orgueil et préjugés adapté par Joe Wright : ISSN 2607-0006

50521052

Après avoir écouté de nombreuses remarques négatives de Lou, j'ai commencé à regarder le film de Joe Wright sans orgueil mais avec beaucoup de préjugés : résultat, je ne suis pas complètement convaincue par le film mais cette version est loin d'être un navet. Orgueil et préjugés n'est en rien une comédie sentimentale (sauf la scène où Elizabeth avoue ses sentiments sur fond de lever de soleil éblouissant de mauvais goût) et le scénariste a su garder les dialogues les plus ironiques du livre, notamment lorsque Darcy n'est pas dupe du comportement de Mrs Bingley, même si on peut déplorer la disparition de pans entiers de l'intrigue. On peut aussi noter des petites discordances, par exemple, en ce qui concerne le personnage de Georgina, soeur de Darcy, qui en le voyant, se jette sur lui, alors que dans le roman, elle est réservée et timide et montre un grand respect pour son frère ou Mr Bennet, plutôt falot et sentimental, loin de son caractère dans le roman... On peut crier à la trahison pour le décor de la maison des Bennet : jamais, Jane Austen n'a fait de la famille Bennet, de grossiers personnages vivant dans une ferme. A l'image de la jaquette, le film est parfois trop champêtre. Là où je rejoins tout à fait Lou, c'est dans le choix des costumes : les filles Bennet et surtout Elizabeth sont particulièrement mal fagotées et mal coiffées. Ce débraillé et ces problèmes capillaires se propagent aux autres personnages et Mr Bingley est affublé d'une coiffure complètement ridicule quant à Darcy, dans les scènes finales, il a les cheveux ébouriffés et une chemise entrouverte. Vous l'avez compris, les personnages sont très peu victoriens.
En revanche, Mrs Bennet et les plus jeunes soeurs sont assez proches de l'image que je m'en étais faite à partir du roman, jusqu'à la caricature. Ridicules à souhait et bruyantes. On peut louer aussi l'esthétique des images très lumineuses, aux couleurs  vives, et les paysages somptueux. J'ai retrouvé avec plaisir les personnages de Jane Austen et ce film se laisse regarder malgré un choix malheureux d'acteurs et un manque de piquant et de dynamisme... Je formule quasiment les mêmes reproches que Lou, envers ce film, mais cela ne m'a pas empêchée de passer un agréable moment...

En plus de l'avis critique de Lou, je rajoute celui, bien différent, de leslivresdegeorgeetmoi...

23 février 2010

Raison et sentiments adapté par Ang Lee : ISSN 2607-0006

50525271

L'adaptation de Ang Lee du roman de Jane Austen est tout à fait plaisante. Raison et sentiments narre les déboires sentimentaux de deux soeurs que tout oppose. A la mort de leur père, les soeurs Dashwood, la sage et vertueuse Elinor, l'impétueuse Marianne, et leur mère Margaret sont obligées de s'exiler dans un petit cottage dans le Devonshire prêté par un cousin, John Middleton car leur maison revient à leur frère, Mr Ferrars. Dans leur nouveau cottage, elles font la connaissance de la grossière et bruyante Mrs Jenning qui espère le mariage rapide de ses jeunes et belles voisines...
Ce film est une belle galerie de portraits de la société bourgeoise anglaise du XIXeme siècle. Elinor incarne la raison : elle s'accommode calmement de leur nouvelle situation et se montre pleine de retenue dans ses amours avec le timide Edward Ferrars. Même lorsqu'elle souffre véritablement parce qu'il s'est déjà engagé auprès d'une autre jeune fille, dans le passé, elle ne parle que de résignation, de devoir et  d'honneur et pleure délicatement dans son mouchoir brodé. Pour Marianne, l'amour c'est la spontanéité, symbolisée par des personnages littéraires passionnés comme Juliette, Guenièvre... Elle se moque de la pondération de sa soeur aînée. "L'amour est-il fantaisie ou folie ?". Elle-même croit trouver l'amour dans la personne de Willoughby... mais que vaut une fille sans dot, dans cette ère victorienne, face à une jeune fille avec une rente de cinq mille livres par an ?  On appréciera tout particulièrement les seconds rôles très soignés : la ridicule et bruyante Mrs Jenning et son rire hystérique prêtent à rire, le sarcastique Mr Palmer (Hugh Laurie dans un rôle qui lui va comme un gant) et la détestable Fanny Ferrars complètent cette peinture des caractères.
Ce film est aussi une belle reconstitution de l'époque aussi bien dans les scènes bucoliques que dans la somptueuse scène de bal : décors, costumes et calèches sont impeccables. Le film de facture très classique sert bien une ambiance délicieusement surannée. Ang Lee et Emma Thompson ont su mettre en scène le dilemme entre les exigences du coeur et les exigences de l'argent et la question du mariage au coeur de l'oeuvre austenienne, sans mièvrerie, au contraire avec légèreté et humour...

22 février 2010

Orgueil et préjugés de Jane Austen : ISSN 2607-0006

9782070338665FS

J'avais oublié combien Jane Austen pouvait être un auteur délicieusement ironique ! Je conçois bien tout ce qu'il y a de vain de parler d'une oeuvre très très connue mais j'ai tellement pris de plaisir dans cette relecture, que j'ai quand même voulu marquer quelques mots...

Jane Austen arrive à nous captiver avec l'histoire de la famille Bennet. Les soeurs Bennet sont toutes très différentes et en âge de se marier : la douce Jane, l'impétueuse Elizabeth, la laide et pédante Mary, et les deux cadettes, kitty et Lydia futiles et frivoles.  Lorsqu'un jeune célibataire, Mr Bingley, accompagné d'un autre jeune homme Darcy, s'installe dans la voisine et belle demeure de Netherfield, Mrs Bennet y voit tout de suite une opportunité de marier une de ses filles. Les filles Bennet se marieront-elles ? Surtout qu'un "entail", qui laisserait ces femmes dans le dénuement à la mort de l'original Mr Bennet, pèse comme une menace sur elles et attire, dans les parages, l'heureux bénéficiaire, Mr Collins.

Orgueil...
L'orgueil est incarné par Mr Darcy. Mille preuves de son orgueil vont être accumulées, tout au long de ce récit fort amusant : il dédaigne la société de Longbourn trop provinciale pour lui, pense qu'un mariage avec l'une des filles Bennet est une mésalliance... Mais peu à peu, il se sent attiré malgré lui, par la franche Elizabeth. L'amour sera-t-il vainqueur des préjugés ? Elizabeth épousera-t-elle un homme aussi orgueilleux ?
Et les préjugés...

Toute la bonne société anglaise est critiquée dans ce qu'elle peut avoir de rigide, d'hypocrite et de bienséant. Dans les premières pages, l'auteur entreprend de décrire les personnages en les installant dans un décor typiquement austenien, un bal. Mr Bennet, un homme sensé et sarcastique, est à l'opposé de son impétueuse femme obsédée par le mariage. Elle exulte de joie de savoir qu'il pleut dru sur la tête de son aînée, qui est allée rendre visite aux Bingley l'obligeant ainsi à rester chez eux, et la rapprochant ainsi d'un parti avantageux, sans se soucier que cette même pluie va se révéler dangereuse pour la santé de sa fille. Dès les premiers dialogues, elle est décrite de manière comique : "Oh ! mon cher Mr Bennet, s'écria-t-elle en entrant dans la pièce, quelle agréable soirée, quel bal réussi ! [...] Puis en voyant Jane, il [Bingley] a eu l'air charmé, a demandé qui elle était et, s'étant fait présenter, l'a invitée pour les deux danses suivantes. Après quoi il en a dansé deux avec Lizzy, la "boulangère" avec..."

- Pour l'amour du ciel, arrêtez cette énumération, s'écria son mari impatienté. s'il avait eu pitié de moi il n'aurait pas dansé moitié autant. Que ne s'est-il tordu le pied à la première danse!"

Le ridicule de Mrs Bennet n'a d'égal que le rire qu'elle suscite. Quant au coussin Mr Collins, tout aussi ridicule, il incarne l'ennui et la fatuité ! Tous les caractères et ses travers sont dépeints et les jeunes filles Bennet ne sont pas épargnées que ce soit Jane, l'aînée, parfaite femme victorienne, mesurée et retenue, ou les benjamines écervelées. Les préjugés des uns et des autres causeront bien du tort à certains de nos personnages et provoqueront plusieurs revirements de situation. Lydia pourra-t-elle épouser un homme endetté qui l'a enlevée et qui a mauvaise réputation ? Bingley verra-t-il la passion sous la retenue de Jane ? Sous couvert de bals et de mariage, la société bourgeoise anglaise est critiquée, moquée, caricaturée par l'écriture enlevée et légère de Jane Austen. Conventions, amour des apparences sont raillés sous la plume ironique de la romancière anglaise. On se laisse emporter par les différents revirements des sentiments des personnages. Quel bonheur que la lecture de ce roman ! Un véritable chef-d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne !

Et j'ajoute un lien vers un billet très détaillé et lu en anglais de Lou.

Autre lecture sur ce site : Lady Susan

 Austen, Orgueil et  préjugés, 10/18, 369 p.

17 février 2010

Mariage à la mode précédé de La Baie de Katherine Mansfield : ISSN 2607-0006

49834476

Mansfield, Mariage à la mode, précédé de La Baie, Folio, 79 p.

Quatrième de couverture :
"Dans le train qui le ramène chez lui pour le week-end, William savoure le bonheur de retrouver bientôt Isabel, sa ravissante jeune femme, et leurs deux enfants. Pourtant, depuis qu'Isabel s'est liée à un nouveau groupe d'amis, elle a changé et William ne sait trop qu'en penser...
Durant les longues journées d'été, Crescent Bay est le théâtre de la vie et des jeux de ceux qui y passent leurs vacances entre baignade, sieste et conversations.
Par petites touches lumineuses et justes, Katherine Mansfield esquisse des portraits pleins de finesse et de sensibilité".

Je suis entrée dans ces nouvelles sans rien connaître de l'auteur et de son écriture. Ces courts récits m'ont donc surprise par l'écriture impressionniste : La "Baie" est un long récit d'une "tranche de vie" sans véritable intrigue, suivant différents personnages et les décrivant de manière objective, sans jugement. Et pourtant le narrateur relève et révèle chaque entorse à la bienséance, chaque distorsion dans le caractère des personnages, comme une mère indifférente par rapport à ses enfants, une femme peu conventionnelle qui a épousé un bel homme plus jeune qu'elle, une jeune fille qui repousse les avances d'un jeune homme mais dans ses rêves. L'auteur va au-delà des apparences mais sans prendre parti. "Le mariage à la mode" est un titre ironique où l'on peut voir au contraire une femme qui s'éloigne peu à peu de son mari et de son idée traditionnelle du mariage, pour mener une vie de bohème. La remise en cause du mariage n'est pas explicite mais finement introduite en ridiculisant le mari.

L'écriture impressionniste transparaît aussi dans les descriptions colorées : " Très tôt le matin. Le soleil n'était pas encore levé, et Crescent Bay disparaissait entièrement dans une brume blanche qui s'élevait de la mer. Au fond, les grosses collines couvertes de broussailles étaient englouties. Impossible de dire où elle s'arrêtaient et où commençaient les enclos et les bungalows[...]. L'herbe était bleue. De grosses goutte restaient accrochées aux buissons comme par un fil ; le toï-toï argenté et duveteux retombait mollement sur ses hautes tiges, et, dans les jardins des bungalows, tous les soucis et les œillets se courbaient jusqu'à terre, saturés d'humidité. Les froids fuchsias étaient trempés, des perles de rosée parsemaient les feuilles plates des capucines. On eût dit que la mer s'était doucement soulevée dans les ténèbres, qu'une immense vague s'étaient étalée, étalée...". L'écriture poétique des sensations, de la lumière, d'un paysage, n'est pas sans rappeler celle de V. Woolf, de même que la métaphore récurrente de la mer. L'univers de K. Mansfield semblent remettre en cause, en douceur, certaines valeurs dépassées pour mieux poser les jalons d'une écriture moderne et séduisante.

Vous pouvez trouver l'avis enthousiaste de Lou sur son site My Lou book, accompagné d'une belle biographie sulfureuse de l'auteur.

16 février 2010

La troisième Miss Symons de Flora Mayor : ISSN 2607-0006

 

49802171

 

La troisième Miss Symons est un court roman de Flora Mayor (1872-1932) édité par V. Woolf. Chroniqué par Keisha, Titine ou Lou, je ne rajouterai donc qu'un ou deux mots sur mes impressions de lecture, pas des plus originales.
A quel destin peut rêver une fille cadette dans une famille bourgeoise du XIXeme siècle ?  C'est à cette question que répond F. Mayor à travers la vie d'Henrietta qui n'est pas celle d'une anti-héroïne mais celle d'une jeune fille malchanceuse sous l'ère victorienne : troisième fille d'une famille de sept enfants, Henrietta est une enfant banale, qui souffre d'un manque d'affection. Elle ne suscite ni l'affection de ses parents, ni celle de ses soeurs. Célibataire, elle voyagera à l'étranger toute sa vie, sans pour autant se cultiver ou s'attacher à d'autres personnes.
C'est donc la peinture d'un destin banal, celui de la vieille fille, et d'une époque, le début de l'ère victorienne. Ce qui est marquant dans cette narration, c'est le ton détaché qu'emploie le narrateur pour raconter les mésaventures d'Henrietta : ce détachement reproduit ainsi la cruauté d'une société victorienne où les apparences priment sur les sentiments, où la société écrase l'individu, notamment les femmes. Dans cette misogynie ambiante, une femme avec un caractère colérique est une "hystérique" et confier ses sentiments vaut la désapprobation de tous. De même, le mariage est une institution sociale qu'il faut respecter sous peine d'être un paria. Le personnage d'Henrietta est peut-être peu sympathique mais a-t-elle le choix d'une autre vie dans ce contexte difficile pour les femmes ?
Peinture de moeurs sans concession et portrait lucide d'une héroïne sans qualité, j'ai beaucoup apprécié l'écriture fluide, ironique et concise de Flora Mayor. Je remercie Keisha et Titine pour cette belle découverte et je suis comme elles, je voudrais bien découvrir les autres romans de cet auteur...

6 février 2010

Anna Karenine, c'est moi d'Elizabeth Jacquet : ISSN 2607-0006

49387243

 "Etre une héroïne de roman ne m'empêche pas de prendre le métro, au contraire. Portée par ma vocation, je m'y engouffre avec exaltation. Différents mondes superposés les uns aux autres ne nous apprennent-ils pas à vivre dans plusieurs dimensions ?"
Etablie avec succès dans sa nouvelle activité de traiteur à domicile, Alice Quester cherche toujours des réponses à ses multiples questions : en quoi consiste notre existence ? Comment lui donner l'intensité désirée ?
Son projet :
1. Lire et relire Anna Karenine
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi.
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman.

1. Lire et relire Anna Karenine : Dès les premières pages, on est entraîné dans l'univers de l'héroïne à travers les plus beaux extraits du roman de Tolstoi, Anna Karenine vue par Vronski. "Il s'arrêta pour laisser sortir une dame, que son tact d'homme du monde lui permit de classer d'un coup d'oeil parmi les femmes de la meilleure société. [...] Il se retourna, ne pouvant résister au désir de la regarder encore"... On découvre ainsi l'héroïne la plus célèbre du grand romancier russe, mais le personnage est aussi un véritable révélateur de sentiments pour Alice : "Anna est la part d'enfant perdu affolé que nous portons en nous lorsque notre désir excède les normes du monde qui nous entoure". Tour à tour, au gré de l'histoire d'Anna et des autres personnages du roman de Tolstoi, Alice s'interroge sur l'amitié, l'amour, la mort, la solitude, ses relations aux autres. "Comment combler nos vides intérieurs ?" "Dans le roman comme dans la vie on ne sait rien, où est l'erreur, le bien, l'existence qu'il nous faut, à quoi à qui peut-on s'en remettre, le hasard existe-il, y-a-t-il une providence ?"... Oui, il faut lire et relire Anna Karenine : on l'aime, on suit ses pas et on souffre avec elle.
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi. L'auteur s'est efforcé, tout en retraçant la vie d'Anna Karenine et de son héroïne Alice Quester, d'y mêler des éléments de la vie de Tolstoï et notamment la genèse du roman. On découvre ainsi un auteur russe préoccupé des problèmes de son temps, sensible à la misère sociale. Il est aussi décrit et perçu à travers le journal de sa femme comme un homme aimant l'action, heureux dans le mariage et obsédé par son roman, son Anna : on nous livre peu à peu la difficile écriture du roman, sa publication, sa réception. Des petites anecdotes au sujet de son amitié tumultueuse avec Tourgueniev sont tout à fait plaisantes : "7 février 1856. Disputé avec Tourguéniev. 13 février. Dîné chez Tourgueniev ; nous nous entendons de nouveau bien. 12 mars. Avec Tourgueniev, je crois que je suis définitivement brouillé. 20 avril. Eté chez tourgueniev et très gaiement bavardé avec lui [...]"
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue. Les personnages secondaires, sans consistance, viennent abîmer l'histoire centrée autour des trois personnages principaux : Tolstoï, Anna et Alice.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman. Dommage, les grandes et bonnes idées ne font pas forcément les bons romans. L'écriture est complètement décousue et parsemée parfois de certains mots et d'un style relâchés. L'impression de désordre est renforcée par la superposition des différentes vies des personnages, par les pensées erratiques de l'héroïne et par des citations agréables à lire mais en trop grands nombres. Certains passage ressemblent davantage à des prises de notes qu'à un roman ! L'auteur semble montrer que toute vie peut être un roman et tout roman est une vie. Ah ! Comme on regrette cette écriture désordonnée qui gâche le plaisir de la lecture. L'intrigue a un air d'inachèvement et de divagations portées par le hasard ou par le vent...

Lorsqu'on referme ce livre, on a aimé Anna Karenine, celle de Tolstoi mais celle de Jacquet, un peu moins. Alice Quester, héroïne du XXIeme siècle est beaucoup moins séduisante et romanesque que sa comparse. Ici, la véritable héroïne est Anna Karenine. Lisez le roman de Tolstoi...

Roman lu dans le cadre d'un partenariat : je remercie les éditions Philippe Rey et BOB pour cette découverte.

 Jacquet, Anna Karenine, c'est moi, Ed. Philippe Rey, 325 p.

9 février 2010

Les paupières d'Yoko Ogawa : ISSN 2607-0006

54478436

Attirée par la gracieuse couverture représentant une fragile fleur d'une couleur pourpre violacée, et connaissant très mal la littérature japonaise, j'ai voulu découvrir ce recueil de nouvelles dont le ton très divers et très étrange laisse le lecteur dans une sensation de confusion. Ce recueil est composé de 8 nouvelles :" C'est difficile de dormir en avion", " L'art de cultiver les légumes chinois", " Les paupières", " Le cours de cuisine", "Une collection d'odeurs", "Blackstore", "Les ovaires de la poétesse" et "Les jumeaux de l'avenue des Tilleuls".

Quatrième de couverture : " Une petite fille touchée par l'élégance d'un vieil homme le suit dans son île et devient son alliée face à l'hostilité du monde environnant. Dans la maison vit un hamster, au regard dépourvu de paupières. Une japonaise prend l'avion pour l'Europe. A ses côté s'installe un homme qui lui parle puis s'endort. dans l'obscurité du vol de nuit, l'inconnu lui révèle alors l'existence des "histoires à sommeil". Une jeune femme part en voyage pour tenter de fuir ses insomnies. En s'éloignant de son pays, de son amant et de ses habitudes, elle espère trouver suffisamment d'étrangeté pour, le soir venu, s'endormir tranquillement. Dormir, s'endormir, s'éloigner du monde pour retrouver le chemin de l'inconscient, tel est le propos de ce recueil de nouvelles à lire comme une très belle introduction à l'oeuvre de Yoko Ogawa, aujourd'hui mondialement reconnue."

Toutes les nouvelles sont très étranges car on saisit mal l'objet ou le sujet du récit. S'arrêtant abruptement, elles manquent de consistance et chaque fin est énigmatique. Un lien se tisse entre tous ces courts récits, celui du sommeil ou du rêve. Certaines nouvelles se teintent de fantastiques, d'autres cachent une réalité plus horrible sous une belle écriture, où sont notés d'infimes détails : la mutilation, l'inconnu terrifiant sont d'autres thèmes récurrents des récits où toujours une note discordante apparaît dans un quotidien anodin. Par exemple, le narrateur de" Blackstore" raconte comment son frère un champion de natation se réveille un jour le bras bloqué au niveau de l'oreille. Pourquoi ? Ce bras se fossilise et finit pas se détacher. A la fin de la nouvelle, le frère se retrouve dans un hôpital et nous n'avons toujours aucune explication... 

Même si l'écriture est impeccable, fine, fluide, et que les notations de sensations sont particulièrement réussies, je n'ai pas du tout été conquise par ces nouvelles, plutôt effrayantes, qui tournent court et qui n'arrivent pas à susciter une atmosphère dans laquelle on peut s'immerger.

 Ogawa,  Les paupières, Babel, 203 p.

27 janvier 2010

Madame Bovary de Flaubert : ISSN 2607-0006

product_9782070413119_195x320

Qui ne connaît pas le "bovarysme" ? Ce néologisme a été formé à partir du nom de la célèbre héroïne de Flaubert ( biographie ici) : Emma Bovary. Cette dernière est la fille d'un riche fermier. Son père blessé est soigné par Charles Bovary, un homme médiocre ayant fait un mariage médiocre dont le père est un ancien noceur ruiné. Charles, attiré par cette jeune fille, va l'épouser à la mort de sa première femme. Mais Emma, dès les premiers jours de son mariage ressent déjà une inadéquation entre ses rêves et la réalité : "Et Emma cherchait à savoir ce que l'on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d'ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres" . Partagé entre sa prosaïque vie et ses rêves romanesques, Emma déchante et déchoit.

Classique parmi les classiques, Emma Bovary m'avait pourtant fait une effroyable impression lorsque je l'ai lu, pour la première, fois jeune. Avec le temps, on s'aperçoit que la médiocrité décrite et la narration de l'ennui quotidien, des petits riens d'une vie peut provoquer un sentiment de rejet. Cependant à y regarder de plus près, Emma Bovary n'est pas seulement un chef-d'oeuvre de réalisme, il est aussi une réflexion sur la vie, la mort, l'amour.

Emma Bovary est un personnage emblématique : elle incarne la désillusion d'un personnage confronté à une vie décevante. Emma est imprégnée de lectures de Lamartine et Chateaubriand et elle se voit obligé de subir la "conversation de Charles [qui] était plate comme un trottoir de rue". Sa vie est morne ; l'ennui, le quotidien ronge l'héroïne et le bal chez le marquis de Vaubyessard ne va faire qu'exacerber ses rêves de luxe (fin première partie). Son déménagement à Yonville bouleverse-t-elle sa vie ? Elle qui dit détester "les héros communs et les sentiments tempérés, comme il y en a dans la nature", elle y retrouve la même routine et des personnages insignifiants. Bovary est plus stupide que jamais et ne comprend pas sa femme. Il passe à côté de sa vie mais sans se poser de questions, sans souffrir. Quant à Rodolphe, l'amant d'Emma, c'est un rustre : il n'est qu'une désillusion supplémentaire dans la vie de l'héroïne.

Roman scandaleux parce que l'auteur ne condamne pas son héroïne, Madame Bovary ne fait pas l'éloge de l'adultère mais montre la condition de la femme mal mariée au XIXeme siècle. L'auteur ne condamne pas la lecture de romans mais un certain romantisme larmoyant. A chaque événement, Emma se projette dans les rêves décrits dans les livres : pour elle le coup de foudre est annoncé par des éclairs, des tempêtes... Son voyage avortée avec Rodolphe devait lui faire découvrir des villes dont les dômes seraient d'or, et elle est "en plein Walter Scott" lorsqu'elle assiste pour la première fois à un opéra... Le bovarysme, pour schématiser, c'est prendre la fiction pour la réalité. Surtout, il dénonce violemment, à mots couverts, l'étroitesse d'esprit des personnages, leur médisance, leur suffisance. Le curé se dit "guérisseur" des âmes mais lorsqu'Emma lui dit souffrir, ce dernier lui répond qu'il souffre aussi de la chaleur et puis du moment qu'il y a du feu et de la nourriture, de quoi se plaindrait-on ?

La lecture de ce roman de Flaubert réussit à faire surgir tout un monde médiocre et désenchanté, tout en intéressant le lecteur sur le sort de sa malheureuse héroïne. Cette relecture a été une belle redécouverte.

Flaubert, Madame Bovary, Petits classiques Larousse, 318 p.

30 août 2009

Sherlock Holmes attaque l'Orient Express : ISSN 2607-0006

Sherlock_Holmes_attaque_l_Orient_Express

Watson est inquiet pour son ami Sherlock Holmes, à cause de sa dépendance à la cocaïne. Il décide, avec l'aide de Mycroft, frère du célèbre détective, de l'envoyer à Vienne pour se faire soigner... par Freud !

Ce film est une adaptation d'un livre de Meyer, La solution à sept pour cent, qui pastiche les aventures de Sherlock Holmes. On ne s'ennuie pas devant ce film policier rocambolesque, grâce à de nombreuses scènes burlesques : l'apparition de Holmes déguisé en éboueur, l'effacé Watson jette de rage un verre d'eau sur un baron, puis, il est attaqué par des chevaux tueurs !

L'idée d'une rencontre entre le célèbre détective et Freud est savoureuse et entraîne un morceau de bravoure où apparaît le génie de la déduction de Holmes : rien qu'à la vue du bureau du psychanalyste, il peut en déduire ses goûts littéraires, le nombre d'enfants...

Je regrette juste que le rôle de l'enquêteur ne soit pas joué par Jérémy Brett qui incarne si bien le célèbre détective dans la série télévisée diffusée par Granada. Toutefois, en surjouant leur rôle, les acteurs apportent une bonne dose de comique. De rebondissements en rebondissements, Holmes détourne un train, le détruit à moitié et se bat sur le toit dudit train ! Extravagant et invraisemblable ! Film divertissant et drôle, destiné aux admirateurs de Sherlock Holmes !

18 janvier 2010

Elémentaire, ma chère Sarah de Jo Soares : ISSN 2607-0006

Elementaire-ma-chere-Sarah

Dans les faubourgs du Brésil, un crime est commis : sur les lieux on découvre le cadavre d'une fille de joie égorgée. Le crin d'un Stradivarius, offert par l'empereur à une baronne, a été laissé sur le corps. Un deuxième meurtre est accompli dans les mêmes conditions. Dans le même temps, lorsque l'empereur est mis au courant de la disparition du violon, il fait part de cette découverte à la Divine, c'est-à-dire S. Bernhardt, en tournée au Brésil, qui propose de faire appel à Sherlock Holmes. L'inspecteur Mello Pimenta, qui enquête sur cette affreuse affaire de meurtres en série, finit par faire appel au célèbre détective anglais.

"Nous sommes tous plus ou moins fous" (Baudelaire), en exergue du livre.

Des personnages déjantés et originaux contribuent à créer une ambiance amusante : Sarah Bernhardt ne parle qu'en alexandrins, quant à l'inspecteur Mello présenté comme un homme ventru, il sait courir légèrement comme une gazelle. Une comparaison saugrenue ou comique vient agrémenter les descriptions pittoresques des personnages.  Watson est un véritable sot et ne comprend strictement rien car il ne parle pas portugais. De sa bouche sortent d'ailleurs les paroles les plus absurdes du roman : " comme le dit si bien un vieux proverbe écossais, les seuls oiseaux qui meurent tout éveillés sont le dindon et le cochon" ! Habilement, l'auteur mêle fiction et réalité. Des anecdotes amusantes ou croustillantes de la vie très romanesque de la Divine parsèment le roman. Même le personnage de fiction qu'est S. Holmes est parodique : il tombe amoureux, ne pense qu'à manger des plats exotiques et est maladroit : un véritable contre-emploi. D'ailleurs, l'affaire reste non résolue tant les facultés de déductions et la logique de S. Holmes sont fausses.

Le changement de narration contribue à donner une dynamique à ce roman : alternent tour à tour, les extraits des faits et gestes du meurtrier en italique, des reproductions de journaux et des narrations où dominent des dialogues cocasses. L'auteur passe dans différents lieux, décrivant aussi bien le palais impérial que les quartiers sordides de la fin XIXeme siècle. On regrette juste qu'à chaque personnage ou lieux nouveaux, l'auteur fasse une notice biographique ou une description, qui alourdissent le récit de quelques longueurs.

Burlesque et parodique, entre folie du langage et des personnages, ce roman est vraiment distrayant malgré quelques défauts et on ne peut qu'aimer ce récit qui fait de nombreuses références aux livres. Ironie du sort, dans La solution finale, Conan Doyle tuait son personnage, le détective S. Holmes, qu'il jugeait trop envahissant, mais celui-ci connaît de belles aventures posthumes : les auteurs ne cessent de faire revivre ce mythique détective, pour notre plus grand plaisir !

Merci aux éditions Livre de poche de m'avoir offert ce livre en partenariat avec blog o book

Soares, Elémentaire ma chère Sarah !, Livre de poche, 371 p.

4 janvier 2010

Millenium, tomes 2 et 3 de Stieg Larsson : ISSN 2607-0006

 

60826071

Tome 2 : "La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette"

Un journaliste travaillant temporairement pour Millenium, le magazine de Blomkvist, est assassiné ainsi que sa femme. Son article portait sur le trafic sexuel de femmes venues de l'Est. A-t-il été tué à cause des révélations de son article ? Tous les indices semblent désigner Lisbeth comme la parfaite meurtrière : les médias s'emparent avidement de l'affaire pour faire de Lisbeth une coupable avec un passé psychologique très lourd. Est-elle la véritable meurtrière ?

60826112

Tome 3 : " La reine dans le palais de courants d'air"

Lisbeth va être jugée pour coups et blessures aggravés sur la personne de son père. Elle-même a réchappé plusieurs fois de peu à la mort : enterrée vivante, avec une balle dans la tête, elle survit toutefois. Heureusement que M. Blomkvist et quelques amis luttent pour la sauver d'un complot de la SAPO, la police secrète d'Etat, qui cherchent à la faire enfermer à vie...

Ces deux tomes sont beaucoup plus étroitement liés que le premier tome. Si le premier opus est un véritable thriller, ces suites tombent dans le genre du roman d'espionnage. Ils mettent en scène une "théorie du grand complot"  où coexistent des espions de l'ex-URSS, un département secret à l'intérieur de la police secrète suédoise, la SAPO, des secrets défenses...
Le lecteur découvre le passé de Lisbeth Salander sur fond de querelle de guerre froide et de vengeance personnelle. "Démesure" et "invraisemblance" sont deux adjectifs qui pourraient qualifier ces romans qui usent de la surenchère dans la violence  des actions : des crimes et des tueurs à volonté, des héros hors normes et des longueurs qui deviennent de plus en plus longues...
J'ai été beaucoup moins convaincue par ces derniers tomes rocambolesques et peu crédibles...

 Larsson, Millenium, tome 2,Acte Sud, 653 p.

 Larsson, Millenium, tome 3, Acte Sud, 575 p.

Autres romans : Millenium, tome 1

3 janvier 2010

Millenium, tome 1," Les hommes qui n'aimaient pas les femmes" de Larsson : ISSN 2607-0006

 

59190327

Un vieil homme, Henrick Vanger, de quatre-vingt-dix ans reçoit une fleur séchée pour chacun de ses anniversaires. Seule sa nièce lui en offrait mais celle-ci a disparu ou a été tuée trente ans auparavant. Qui peut lui offrir ces fleurs si ce n'est le meurtrier ? Blomkvist, journaliste à Millenium, est condamné dans l'affaire Wennetrom pour avoir porté de fausses affirmations sur ce groupe. Il est contacté par Vanger pour retrouver le meurtrier de sa nièce... Lors de son enquête, il va être aidé par Lisbeth Salander, une jeune hacker quelque peu asociale... Commence une enquête où se mêle horreur et nazisme.

Voici un polar écrit de manière journalistique : chaque personnage est très fouillé, chaque événement est décrit minutieusement... Paradoxalement, ces descriptions n'empêchent pas le lecteur de se plonger au coeur de cette enquête, au côté de personnages attachants. Blomkvist est un charismatique journaliste mais naïf et bien pensant. Quant à Lisbeth, elle est présentée comme un véritable "concept" : c'est une écorchée vive avec des dons insoupçonnés, notamment en matière informatique.

L'enquête est une véritable énigme présentée comme insoluble : Harriet Vanger a été enlevée ou tuée sur une île dont toutes les issues avaient étaient fermées. Toutes les pistes semblent avoir été sondées, fouillées, vérifiées une centaine de fois. Une série de numéros va pourtant mettre le héros sur la piste d'un tueur en série et des horreurs inimaginables... Un huis clos sur une île, sur sombre fond de nazisme, passionnant...

 Larsson, Millenium, tome 1,Acte Sud, 711p.

22 décembre 2009

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles de Gyles Brandreth : ISSN 2607-0006

48152470

Par un bel après midi d'août 1889, un homme " grand, arborant un léger embonpoint et une tenue excessivement recherché" a rendez-vous avec un jeune homme, Billy Wood, qu'il découvre égorgé. Cet homme altier est "le phénomène littéraire de son temps": Oscar Wilde. Celui-ci revient, quelques heures plus tard, accompagné d'Artur Conan Doyle et de son ami Robert Sherard sur les lieux du crime : à leur grande stupéfaction, le corps a disparu. Heureusement, A Conan Doyle découvre des gouttelettes de sang, sur le mur, prouvant bien la véracité des dires d'Oscar Wilde. L'auteur des Sherlock Holmes recommande à O. Wilde de s'adresser à un jeune inspecteur de Scotland Yard, Fraser... Commence une quête de la vérité devenue obsessionnelle pour O. Wilde : qu'est devenu le corps de Billy Wood ? Qui aurait pu avoir un mobile pour le tuer ?

"La seule véritable ivresse est celle de la conversation"

Le mérite de ce roman policier très humoristique est de faire un portrait prestigieux de O. Wilde. "Il se plaisait à dire qu'il avait mis du génie dans sa vie et seulement du talent dans son oeuvre". O. Wilde est donc d'abord présenté comme un homme de goût, aimant faire des traits d'esprit, palabrant sans cesse au grand plaisir du lecteur qui peut retrouver les aphorismes de Wilde parsemés dans sa conversation mais à la grande exaspération des autres personnages. Il est aussi l'auteur du portrait de Dorian Gray, dont la genèse est ici racontée entre deux enquêtes. Oscar Wilde présente un aspect beaucoup plus comique en tant qu'enquêteur : dès les premières lignes, il rivalise avec les techniques de déduction de Sherlock Holmes, faisant preuve d'un don d'observation infaillible qui va d'ailleurs lui permettre de résoudre cette enquête retorse qui réserve bien des surprises. Conan Doyle admiratif dira vouloir en faire le modèle du frère de Sherlock Holmes ! Adulé et critiqué de son vivant, il devient même le rival de l'intrigue : on s'intéresse davantage à sa personne qu'à l'histoire.

Quant à Sherard, narrateur du journal de l'enquête, lui est dévolu le rôle du docteur Watson, c'est-à-dire crédule et vivant dans l'ombre du grand homme. Il n'est en quelque sorte que le humble transcripteur d'une célèbre aventure fictive de O. Wilde. Si la trame est fictive, les personnages sont bien réels : Sherard était un ami de l'écrivain et a écrit sa biographie à plusieurs reprises. Roman policier historique, mêlant fiction et vrais personnages, la résolution du meurtre aux chandelles, menée avec brio, est une lecture distrayante et amusante... 

" Qui donc voudrait toujours être cohérent ? Pas moi en tout cas ! c'est bon pour les fâcheux et les doctrinaires, ces gens ennuyeux qui poursuivent leurs principes jusqu'à les mettre en application, avant que la réalité ne les contredise par l'absurde" (Oscar Wilde).

Brandreth, Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, 10/18, grands détectives, 385 p.

21 décembre 2009

Pierre et Jean de Maupassant : ISSN 2607-0006

 

54478991

Roman réaliste de Maupassant ( biographie ici), Pierre et Jean est un chef-d'oeuvre du roman d'analyse. Pierre et Jean, les héros éponymes, sont deux frères rivaux, habitant le Havre, que tout oppose. Pierre est brun et emporté tandis que Jean est calme et blond. A partir du jour où ce dernier reçoit un héritage d'un ami de la famille, Mr Maréchal, Pierre ne cesse de se tourmenter et de tourmenter sa famille : est-ce Jean serait un fils illégitime pour recevoir ainsi une tel fortune d'un homme que tous deux connaissaient autant ? Commence pour Pierre une quête angoissante de la vérité.

Tout d'abord, l'intrigue est proche d'une enquête policière : Pierre mène l'enquête, tourmenté de savoir que sa mère est peut-être une femme adultère. Comme dans de nombreuses nouvelles de Maupassant, le thème de l'enfant illégitime parcourt tout le roman... Pierre et Jean est d'abord un drame familial mais dont l'intrigue est plutôt surprenante.

Les actions sont rares, ce qui prime ce sont les sentiments : la jalousie ronge Pierre. Il finit malgré lui par haïr ce frère à qui tout semble réussir : grâce à l'argent de l'héritage, il peut installer son cabinet d'avocat, il va se marier à une jeune veuve raisonnable. De nombreuses scènes décrivent les emportements, les doutes et la colère de Pierre.

Pierre et Jean est aussi un roman réaliste : la Normandie, le port du Havre, Trouville, servent de décor à ce drame. C'est un reflet de son siècle mais sans concession car Maupassant égratigne ces petits bourgeois qui recherchent le confort, l'argent, et la banalité d'une vie tranquille... Un roman psychologique passionnant...

26 septembre 2009

La Bête et la Belle de Thierry Jonquet : ISSN 2607-0006

52110435

En hommage à Thierry Jonquet, disparu depuis peu, de nombreux blogs ont chroniqué un roman cet auteur. Aimant beaucoup les romans policiers, j'ai décidé de lire la Bête et la Belle.

L'enquête semble terminée quand le livre commence : un Coupable a été arrêté ainsi que son prétendu complice. L'inspecteur Gabelou enquête pour savoir si le Coupable n'a pas commis d'autres meurtres : en effet, celui-ci a enregistré de  nombreuses cassettes, sorte de journal intime, dans lesquelles, il reconnaît avoir tué une Vieille, un Commis etc...

Original et complexe, cette intrigue vient à l'encontre des conventions du roman policier. Dès le titre, le romancier détourne aussi le genre du conte : les personnages ne sont pas nommés mais sont des fonctions : "le Coupable", "l'Emmerdeur"... Si d'emblée, on connaît le meurtrier, les éléments de l'enquête ne sont donnés que de manière détournée à travers les pensées des personnages : ainsi la voix de l'inspecteur Gabelou alterne avec celles du coupable et d'un témoin des meurtres...  Une enquête à rebours qui réserve bien des surprises...

L'auteur joue avec les codes de différents genres et renouvelle celui du roman policier. Déjanté et surprenant, j'ai vraiment apprécié ce livre et j'ai déjà acquis d'autres oeuvres de cet auteur.

15 décembre 2009

Lady Susan de Jane Austen : ISSN 2607-0006

 

54479170

Lady Susan est une roman épistolaire où correspondent plusieurs personnages : l'héroïne éponyme est une veuve spirituelle et jolie, contrainte de demander l'hospitalité à son frère, Mr Vernon, marié à une femme qui la déteste en raison de sa fausseté et sa réputation sulfureuse. En effet, Lady Susan  est obligée de quitter Langford où elle séjournait car elle a séduit l'hôte marié des lieux et un autre jeune homme, sir James, qu'elle destine à sa fille. Celle-ci refuse d'épouser ce jeune homme sot. La fureur de sa mère est à son comble. Lorsqu'elle arrive à Churchill chez son frère, elle séduit aussitôt Mr de Courcy, le frère de Mme Vernon... Va-t-elle l'épouser ? Ou épousera-t-elle Sir James pour sa fortune ?

L'intérêt de cette oeuvre réside dans la polyphonie de ce roman qui permet de rendre palpitante les affaires de coeur de Lady Susan : l'intrigante va-t-elle être démasquée ? De plus, l'auteur joue avec brio de la réception des lettres : une missive arrivant trop tard peut créer bien des quiproquos. Dans la première lettre, Lady Susan prend le masque de la veuve éplorée pour écrire à son frère mais la deuxième lettre fait contrepoint : elle dit détester Charles Vernon et craindre sa femme. Ainsi se met en place le portrait d'une intrigante, à rapprocher d'une autre grande  manipulatrice et dissimulatrice : Mme de Merteuil des Liaisons dangereuses. Ce portrait est confirmé par d'autres correspondants tels que Mme Vernon ou son frère, Mr de Courcy, qui la décrit comme " la coquette la plus achevée d'Angleterre". Cependant, ce dernier va bientôt tomber sous le charme de la coquette.
Ce personnage d'aventurière est plutôt étonnant dans l'univers de Jane Austen mais on suit avec délice ses machiavéliques plans pour se créer une situation, car elle est une veuve désargentée. Très vite, on plonge au coeur de ces histoires sentimentales, de ces jeux de masques où la raison semble dominer les sentiments. C'est avec brio que l'auteur entremêle, dans un style enlevé, toutes ces correspondances qui réservent une surprise finale. Un court roman épistolaire plaisant dans la même veine que Les liaisons dangereuses.

 Austen, Lady Susan, Folio 2 euros

11 décembre 2009

La dame blanche de Bobin : ISSN 2607-0006

47331821

La dame blanche de Christian Bobin, folio, 2007, 125 p.

Ce live de Bobin est une autobiographie subjective et poétique d'Emily Dickinson, poétesse américaine du XIXeme siècle.

Cette biographie se présente sous forme de courts fragments proche de la prose poétique, retraçant par petites anecdotes la vie d'Emily. Commençant presque à rebours, le récit de la vie de la poétesse commence par sa mort, de manière significative. La blancheur de cette dame, est la couleur de l'innocence mais aussi celle du linceuil. Toute sa vie, cette femme semble entourée de personnes dont la vie est fugace, elle-même est dépeinte comme une âme. Très tôt, elle connaît l'absence et le manque : l'absence d'une mère et la perte d'une personne chère, Benjamin Newton (secrétaire de son père). Bobin raconte ensuite, sans ordre chronologiques, quelques instants de la vie d'Emily, toutes imprégnées de religiosité.

Paradoxalement, celle qui a choisi la vie, vit en fait comme une recluse et une solitaire car "la tyrannie du visible fait de nous des aveugles". Cette biographie est davantage un portrait en creux, toute en intériorité. La dame blanche est le portrait d'une âme, toute en sensibilité, presque insaisissable. On regrette presque la grâce éthérée de cette prose car elle tend à effacer son sujet.

"Derrière la porte fermée à clé de sa chambre, Emily écrit des textes dont la grâce saccadée n'a d'égale que celle des proses cristallines de Rimbaud. Comme une couturière céleste, elle regroupe ses poèmes par paquets de vingt, puis elle les coud et les rassemble en cahiers qu'elle enterre dans un tiroir. "disparaître est un mieux". A la même époque où elle revêt sa robe blanche, Rimbaud, avec la négligence furieuse de la jeunesse, abandonne son livre féérique dans la cave d'un imprimeur et fuit l'Orient hébété. Sous le soleil clouté d'Arabie et dans la chambre interdite d'Amherst, les deux ascétiques amants de la beauté travaillent à se faire oublier". (quatrième de couverture)

3 décembre 2009

La dernière enquête du chevalier Dupin de Fabrice Bourland : ISSN 2607-0006

54479823

Nerval parlait de "l'épanchement du songe dans la vie réelle"... On peut en dire de même pour cette fiction qui parle de la mort de Nerval, l'auteur des filles du feu. Le poète s'est pendu à Paris à la fin du XIXeme siècle. Comme il était psychologiquement instable, on a tout de suite cru à un suicide. Mais cette thèse ne satisfait pas 3 de ses amis qui demandent au chevalier Dupin et à son fidèle compagnon de mener une enquête au sujet de cette mort...

Comme dans les romans policiers de Conan Doyle, le compagnon de l'enquêteur prend la plume pour narrer une aventure d'un célèbre détective. Personnage de fiction, Dupin est le héros des nouvelles de Poe (biographie sur le site Larousse) : il est aussi question de lui, dans ce court récit qui s'inspire de la véritable mort du poète sur laquelle repose l'intrigue.

L'intrigue est assez complexe puisque le narrateur fait de nombreux allers-retours entre le moment de l'écriture et l'époque où les événements se déroulent. L'écriture aussi se fait énigmatique, entre jeux de mots et jeu de l'esprit. On est amusé de voir apparaître Dumas témoigner dans cette enquête, parfois très fantaisiste, qui verse dans l'ésotérisme propre au XIXeme siècle. Et que dire des derniers mots ! "Traduction de Charles Beau de L'Ers".

Roman policier historique et littéraire, La dernière enquête du chevalier Dupin est une enquête amusante et un hommage à Edgar Allan Poe.

8 novembre 2009

La bête humaine de Zola : ISSN 2607-0006

54480386

Zola (une exposition virtuelle sur la BNF lui est consacré ici) désirait avec ce roman, appartenant au cycle des Rougon-Macquart, écrire un grand roman du crime et ferroviaire. En effet, dans ce roman, "la bête humaine" est une métaphore du train, qui symbolise la marche forcenée du progrès et que Zola personnifie. Mais "la bête humaine", ce sont aussi les Misard : un mari tente d'empoisonner sa femme pour lui prendre de l'argent, qu'elle a caché. C'est aussi Jaques Lantier, fils de Gervaise, dont la lourde hérédité le pousse à tuer toutes les femmes qu'il rencontre. Il y a aussi Séverine et son mari, les Roubaud, qui tuent Grandmorin, le mari étant jaloux de ce protecteur, qui aurait abusé de sa femme avant le mariage... Les destins de ces personnages vont se croiser autour de la ligne du Havre/ Paris où les êtres sont entraînés au rythme de la machine.

Avec sa verve épique, de nouveau, Zola illustre avec ses personnages, sa théorie de l'hérédité. Il dépeint avec fidélité le milieu ferroviaire ainsi que ces personnages, qui ne sont pas maîtres de leurs pulsions. Proche de l'intrigue de Thérèse Raquin, ce roman peint - avec des hyperboles et à grand renfort de descriptions - une intrigue policière, une histoire d'adultère mais qui a pour fond de toile, l'Histoire : de nombreuses fois, sont évoqués les troubles politiques liés au Second Empire. Si l'écriture naturaliste est bien présente, de part ses thèmes et le vocabulaire technique, les symboles n'en sont pas absents. Un chef-d'oeuvre !

4 novembre 2009

Musique pour caméléons de Truman Capote

45942569

Ce recueil de "roman non roman", c'est-à-dire des retranscriptions de conversations réelles et d'anecdotes vécues par l'auteur, contient des textes variés et assez inégaux dans leur qualité. Il se compose de 3 parties intitulées :
I . Musique pour caméléons
II. Cercueil sur mesure (que j'ai déjà chroniqué ici)
III. Portrait-Conversations

L'auteur définit lui-même ce nouveau genre qu'il a inventé, dans une préface tout à fait instructive sur la vie de l'auteur puisqu'il y détaille l'évolution de son écriture (qui révèle son côté narcissique) : " Ce que j'écrivis de plus intéressant durant cette période, ce furent précisément les simples observations quotidiennes enregistrées dans mon journal. Description d'un voisin. Longues transcriptions de conversations écoutées. commérages locaux. Une forme de reportage, un style du "vu" et l"entendu" qui devait plus tard sérieusement m'influencer [...]".

"Intéressant" n'est pas totalement vrai pour l'ensemble des "récits" présents dans ce recueil : si l'écriture de T. capote est captivante, les textes tournent souvent court et on reste sur notre faim par manque justement de fin... L'absence d'intrigue est à déplorer, mais la vie n'est pas un roman, et en revanche, les dialogues sont toujours enlevés, ciselés, les remarques de Truman Capote piquantes. Truman Capote possède un art de la conversation et une finesse d'observation que j'admire beaucoup.
NB : J'ai particulièrement aimé "bonjour l'inconnu"...

Publicité
<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>
Publicité
1001 classiques
Newsletter
62 abonnés
Publicité
Visiteurs
Depuis la création 510 721
Publicité