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Dans les dernières lignes du Colonel Chabert, le notaire Derville déclare :  "Nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer. Combien de choses n'ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! J'ai vu mourir un père dans un grenier, sans sous ni maille, abandonné par deux filles [...] J'ai vu brûler des testaments ; j'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes, des femmes tuant leurs maris en se servant de l'amour qu'elles leur inspiraient pour les rendre fous ou imbéciles, afin de vivre en paix avec un amant" ( p. 97)*. La comédie humaine montre donc les rouages de la société sous la Restauration, une société en mutation dominée par les intérêts personnels et l'argent.

A contrario, La bourse, qui semble aussi référer à l'argent, thème omniprésent de l'univers balzacien, semble une nouvelle bien optimiste dans toute cette noirceur. Un jeune peintre, Hippolyte Shinner, tombe d'une échelle, dans son atelier, et est secouru par deux femmes, Mademoiselle Adélaïde Leseigneur et sa mère, vivant au quatrième étage, juste au-dessus de son atelier. En voulant les remercier de leur aide, il découvre leur quotidien : elles vivent dans les débris d'un ancien faste, qui amènent des doutes sur leur position sociale. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme, qui l'aime réciproquement. Deux vieils hommes viennent tous les soirs jouer au piquet avec la mère d'Adélaïde, perdant systématiquement de petites sommes d'argent. Le jour où les deux femmes volent la bourse d'Hippolyte, il s'interroge sur le mariage qu'il espérait nouer avec Adélaïde... Sont-elles des femmes respectables ? Ont-elles volé intentionnellement la bourse ? Leur mauvaise réputation est-elle justifiée ?

Cette brève nouvelle s'insérant dans les scènes de la vie privée ne développe pas les personnages, ni un milieu et parle d'un des thèmes majeurs de la Comédie humaine : les liens matrimoniaux. Malgré quelques beaux portraits, les enjeux et les intérêts de ce récit sont bien minces et paraissent simples. Par exemple, Hipollyte est peintre mais cela n'est qu'accessoire. La Révolution, la Restauration ne sont évoquées qu'en sourdine. La bourse apparaît comme une oeuvre mineure face aux grands romans de La Comédie humaine.

La bourse de Balzac,Classiques et contemporains, Magnard, 76 p.

*Balzac, Le colonel Chabert, étonnants classiques, 97 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaine lecture commune : L'auberge rouge pour le 10. 11.

La comédie humaine :

1. scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4 scène de la vie privée : Mémoire de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck,

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée