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5 mai 2016

La physique des catastrophes de Pessl : ISSN 2607-0006

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C'est en lisant l'avis très attrayant et pertinent de Lilly - on pense effectivement au Maître des illusions de Donna Tartt et à lire son prochain roman, intitulé, Intérieur nuit -  que j'ai eu envie d'ouvrir La physique des catastrophes de Marisha Pessl.

On a l'impression d'entrer dans un campus novel en découvrant l'histoire de Bleue Van Meer. Celle-ci a perdu sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant et son père, un enseignant chercheur, va d'université en université, enseigner les sciences politiques. Enfant précoce, Bleue a des difficultés pour s'intégrer dans les écoles qu'elle fréquente mais son immense savoir lui permet de décrypter le monde. Mais la vie peut-elle se conformer à un film ou à un livre ou aux théories d'un père idéaliste, épris de liberté et critiquant le consumérisme ?

Son père décide de l'inscrire en terminale, dans l'université St Gallway de Stockton, pour une année. Là, elle découvre un professeur Hannah Schneider, qui s'intéresse vivement à elle, contrairement à la bande d'étudiants qui l'entoure. Pourtant, ces derniers et Hannah fascinent Bleue qui ne cesse de s'interroger sur eux :  " Un adulte à l'intérêt marqué  pour les jeunes ne peut pas être totalement sincère ni équilibré, écrivait-il page 424, dans le chapitre 22 intitulé "Le charme  des enfants". Une attitude de ce genre dissimule souvent un dessein noir".

D'emblée l'on sait qu'Hannah est morte. Quelles en sont les raisons ? Peu à peu, la narratrice lève le voile sur cette tragique histoire et l'auteur joue avec son lecteur, laissant des indices qu'on ne comprend que restropectivement... Quelle structure livresque ingénieuse ! Quelle intrigue palpitante !

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"Bleue" : quel prénom  ! "voir leptotes cassius, dictionnaire des papillons Meld éd., 2001", nous explique la narratrice, dans une parenthèse. Non seulement le style, rappelle celui d'un universitaire avec des notes de bas de page parfois et avec une obsession de la littérature, mais elle montre aussi la propension du personnage à analyser, comme un entomologiste, le monde. Des supports visuels ( image ci-dessus, dont je n'ai pas réussi à trouver le nom du dessinateur) contribuent à cette précision, ce souci de documentation bien que nombres de références (je ne les ai pas toutes cherchées) me semblent parfois fantaisistes.

Le premier chapitre s'intitule "Othello", le deuxième "Portrait de l'artiste en jeune homme"... sa prof est mystérieuse comme un personnage de Faulkner, et elle tombe amoureuse d'un Heathcliff... Comme le souligne la narratrice, elle est " portée sur la bibliographie", ce qui donne un charme inimitable à ce roman extrêmement drôle, intelligent, au style original. Seule la fin est improbable et inouïe, longue et inutile. Le reste est fabuleusement raconté.

Pessl, La physique des catastrophes, Folio, 817 p.

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24 décembre 2015

Calligrammes d' Apollinaire : ISSN 2607-0006

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Cette branche de gui pour vous souhaiter une joyeuse année et de bonne fête de Noël !

"Afin que la beauté ne perde pas ses droits" et " Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté" ("Chant d'honneur", Calligrammes)

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Apolinaire écrit, entre 1913 et 1918, ses Calligrammes, dans un monde en mutation. Ses poèmes reflètent bien cette période de transistion entre modernité et tradition, passé et avenir, simplicité et complexité, mort et vie...

Amoureux, soldat, poète, Apollinaire chante son quotidien, entremêlant plusieurs thèmes, parfois proches d'images surréalistes, comme dans le poème " Il y a". Il condense admirablement ses obsessions dans un autoportrait : " Coeur, couronne et miroir".

app2On lui a reproché d'esthétiser la guerre. En effet, dans "Chant d'honneur" et d'autres poèmes, il compare les fusées à "une fleur qui s'ouvre et puis s'épanouit".

Cependant le poète n'oublie pas les morts de la guerre comme les " noms qui se mélancolisent/comme des pas dans une église" ( La colombe poignardée et le jet d'eau")

Un "calligramme" est un mot valise, forgé par Apollinaire qu signifie "belle lettre" et qui rejoint, me semble-t-il, sa perception de la vie qu'il énonce dans "La cravate et la montre" : " La beauté de la vie passe la douleur de mourir". Non, l'auteur d'Alcool ne déforme pas la vie mais la réenchante...

Apollinaire, Calligrammes, Garnier Flammarion, 315 p.

12 juin 2016

Va et poste une sentinelle d'Harper Lee: ISSN 2607-0006

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 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur était le seul roman publié par Harper Lee, récompensé par le prix Pulitzer en  1961, qui raconte l'enfance de Jean Louise Finch, la fameuse "Scout", en Alabama. Cette dernière admire son père, un avocat qui défend un noir accusé du viol d'une femme blanche.

Récemment un manuscrit du même auteur a surgi d'un coffre fort. Quelles sont les raisons de cette publication tardive ? On n'en saura rien puisque la romancière vit comme une recluse.

C'est un livre culte, à tel point que des statues représentent les deux héros du roman à Monroeville ( ci-dessous, comme l'Angleterre qui a son Peter Pan). Mais les lecteurs crient au scandale. On a désacralisé ces héros américains dans Va et poste une sentinelle : Atticus Finch n'est plus l'avocat des droits civiques mais un homme trônant dans des réunions du KKK. Jean Louise, de retour dans sa ville natale, découvre avec invraisemblance, que ses proches sont rascistes. La véritable déception est dans l'écriture qui est banale et les personnages médiocres, sans intérêt, même si l'histoire est racontée par la voix agréable de Cachou Kirsh. On est face à une description assez ordinaire d'une ville du Sud à l'époque de la ségrégation... Pourquoi ce manuscrit n'est-il pas resté dans son coffre-fort ?

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Harper Lee, Va et poste une sentinelle, 8h25, audiolib

Partenariat Audiolib. 

28 juillet 2013

Pour une nuit d'amour de Zola : ISSN 2607-0006

audiolib_001Dépoussiérons les classiques avec une écoute audiolib d'une nouvelle méconnue de Zola, lue par Robin Renucci  : "Pour une nuit d'amour" est parue en 1882 dans le recueil Le capitaine Burle où on peut lire aussi l'intéressante nouvelle "Comment on meurt". Tout en poursuivant l'écriture de son cycle somme de L'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, Zola écrit de petites nouvelles qui gardent des traces de son grand projet. Dans "Pour une nuit d'amour"," l'hérédité [qui] a ses lois comme la pesanteur" et "le  débordement des appétits"* sont aussi présents.

En effet, le héros de cette brève nouvelle est Julien, un pauvre hère, qui n'a d'autres plaisirs que de jouer de la flûte et regarder les eaux chantantes de la Chanteclair jusqu'au jour où Thérèse de Marsanne, une jeune noble, revient habiter le manoir face à sa chambre. L'hôtel de Marsanne a un " grand air mélancolique de tombe abandonnée dans le recueillement d'un cimetière" : oui, cet hôtel qui " restait mort" va soudain être le théâtre d'un meurtre ! Les cinq chapitres de ce récit sont comme cinq actes tragiques : peu à peu on découvre l'histoire de Thérèse qui a des "allures violentes" et de sa famille dont les " membres naissaient avec un mal étrange".  On nous narre aussi ses relations houleuses avec le petit Colombel qui finiront tragiquement.

Comme Zola sait habilement mêler atmosphère réaliste et registre fantastique ! Comme il a su bien illustrer sa théorie déterministe ! Et quel talent pour susciter notre curiosité et décrire des personnages et des lieux sociaux antithétiques ! Cette histoire est d'ailleurs magnifiquement lue par Robin Renucci, qui de sa voix lente, calme et sérieuse arrive à faire revivre cette nouvelle qui présente de nombreuses analogies avec Thérèse Raquin. Encore une très belle découverte grâce à audiolib....

Merci Audiolib pour ce partenariat. Site audiolib ici avec la fiche de" Pour une nuit d'amour", 1h24.

Autres romans : La fortune des Rougon, Thérèse Raquin, La bête humaine,

* Préface de La Fortune des Rougon ( 1871), Zola.

30 mars 2014

Le lieu du crime/ Le cortège de la mort d'E. George : ISSN 2607-0006

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Le lieu du crime est l'une des enquêtes menées par Thomas Linley, aristocrate, paraissant incongru dans le milieu policier. Il est chargé par son supérieur d'enquêter sur la mort d'une jeune femme Joy Sinclair qui souhaitait mettre sur pied une pièce qui devait révéler les terribles secrets familiaux des Stinhurst. C'est d'ailleurs un milieu aristocratique, le grand manoir écossais de Westerbrae qui va servir de décor au crime et où Thomas va retrouver le producteur, le comte de Stinhurst.

Ce qui pourrait apparaître comme une énième enquête sur le modèle des whodunits - chambre du crime close de l'intérieur, une douzaine de suspects, de nombreux mobiles... - est rendue plus complexe par la présence d'Hélène Clyde dont est amoureux Linley, développant ainsi une intrigue qui repose en grande partie sur la personnalité de T. Linley, l'aristocratie et ses secrets de famille, thématique très victorienne.  Quelques références à l'histoire et au théâtre agrémentent cette enquête bien ficelée mais pas des plus originales.

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" Véritable forêt vierge, avec de lugubres statues funéraires recouvertes de lierre, des arbres tombés au sol faisant des forteresses et des cachettes idéales, des pierres tombales écroulées et des monuments en ruine... On aurait dit un décor de roman fantastique, jusqu'aux arbres noueux présentant à hauteur d'épaule d'énormes médaillons sculptés  en forme de lune d'étoiles ou de visage sarcastiques" ( p. 140) : à l'image de ce cimetière où est retrouvée morte Jemina Hasting, Le cortège de la mort est construit sur une profusion d'intrigues secondaires qui s'enchevêtrent et qui finissent par toutes se rejoindre. On ne peut qu'admirer l'habileté de la romancière pour nouer tous ces fils épars. Qui est l'assassin et quel est son mobile ? Questions somme toute classique mais la narration l'est beaucoup moins. Dans l'intrigue policière s'intercale des extraits d'un rapport de Psychopathologie, culpabilité et innocence dans l'affaire John Dresser. Ce rapport raconte le meurtre d'un très jeune enfant commis par trois jeunes de milieux défavorisés et soulève de nombreuses questions sur le système judiciaire. Coupant sans cesse la progression de l'enquête, on ne comprend que tardivement son rôle dans celle-ci.

Mais revenons à Jemina : qui l'a tuée ? Est-ce que ce sont ses collocataires de la pension de Bella Mc Haggis ? Est-ce un fou qui se prend pour son ange gardien ou Gordon son ex-ami ? C'est Isabelle Ardery qui mène l'enquête, aidée de ses fioles d'alcool et de Thomas Linley. On retrouve aussi ses équipiers comme Barbara Havers, les Saint-James...

Cependant, on ne retrouve pas l'opposition des classes sociales comme dans Le Lieu du crime, mais une réflexion sur la place de la femme dans la société : Isabelle sait qu'elle va devoir s'imposer dans un milieu masculin. Elle doit aussi faire face à des remarques sexistes d'un collègue... Mais le ton n'est pas toujours grave et les déboires vestimentaires de B. Harvers amènent beaucoup de légéreté. Et comme si le roman n'était pas assez touffu avec son cortège de suspects et de personnages, l'intrigue se déroule dans deux lieux différents nous permettant de découvrir le métier de chaumier et les espaces verts du Hampshire... Finalement, cette enquête se révèle passionnante, haletante et tortueuse.

George Elizabeth, Le lieu du crime, Pocket, 478 p.

George Elizabeth, Le cortège de la mort, Pocket, 1015 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo et challenge myself de Romanza

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19 mars 2016

Palmyre, L'irremplacable trésor de Paul Veyne : ISSN 2607-0006

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Paul Veyne, spécialiste de l'Antiquité gréco-romaine se fait "guide de tourisme dans le temps" pour nous emmener au II siècle à Palmyre, à son apogée. Son livre témoigne, avec un cahier photographique en couleurs et des descriptions, de ce que fut " la splendeur de Palmyre qu'on ne peut plus désormais connaître qu'à travers les livres".

Tout en décrivant les monuments, dont le temple de Bêl, il nous dévoile les moeurs, le commerce, la religion, l'épopée de Zénobie, les rites funéraires de cette civilisation millénaire. Cet essai est extrêmement documenté, précis avec des notes de bas de pages, des sources, qui n'alourdissent pas la lecture car cet historien fait surtout l'éloge de la diversité culturelle de cette antique ville. Paul Veyne ne cesse de souligner la richesse des influences de cette ville syrienne qui s'allie harmonieusement avec leur propre culture aréméenne : "Les palmyréens sont donc des Araméens, mâtinés d'éléments arabes, qui ont persisté à parler araméen en famille comme tous les syriens mais aussi à l'écrire concurremment au grec, leurs riches mausolées familiaux ont souvent une inscription bilingue à leur porte, mais à l'intérieur l'épitaphe de chaque défunt n'est qu'en araméen ; la bilingue attestait l'intérêt que la famille portait au vaste monde".

Tout en étant un ouvrage érudit, Palmyre se lit facilement et agréablement. Quel cicerone ! Quelle étude passionnée ! Paul Veyne n'oublie pas de nommer les villes actuelles équivalent des cités antiques ou n'omet pas de donner des comparaisons avec les autres civilisations plus connues du lecteur, comme celle des Romains. Son livre est une belle manière de voyager dans la somptueuse Palmyre, de visiter les rues et de cheminer sur la route des caravaniers. Bel ouvrage de vulgarisation, Palmyre est un ouvrage achéologique mais aussi une ode à la liberté comme l'atteste ces deux citations présentes dans la conclusion : " loin d'aboutir à l'universelle uniformité, tout patchwork culturel, avec sa diversité, ouvre la voix à l'inventivité" ( p. 139) et " oui, décidément, ne connaître, ne vouloir connaître qu'une seule culture, la sienne, c'est se condamner à vivre sous un éteignoir".

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Temple de Baalchamîn, détruit par l'EI en 2015

Paul Veyne, Palmyre, Albin Michel, 141 p.

Un autre jour est possible. 2016. "Palmyre, l'apogée d'un lieu" par T. Hakem. Diffusé le 9 mars 2016.

19 août 2014

Cathédrales, 1789-1914 Un mythe moderne : ISSN 2607-0006

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Pensant aller voir les cathédrales de Monet et des impressionnistes, j'ai été agréablement surprise par la variété des représentations de cathédrales au XIXeme siècle jusqu'à nos jours, à travers des orientations savantes et romanesques. Monuments très bien représentés dans les oeuvres des romantiques, ils sont intégrés dans le paysage dans les tableaux de Corot ( tableau ci-dessous) ou de Friedrich. Ils alimentent aussi l'imagination de Chateaubriand dans Le génie du christianisme et l'oeuvre graphique et écrite de V. Hugo.

Mais ils font aussi l'objet d'une attention archéologique et on peut ainsi admirer de nombreuses photographies du XIXeme siècle : des relevés dessinés, des lithographies, des témoignages des restaurations de Viollet-le-Duc, montrent un goût pour le gothique. Mais le gothique entre aussi dans les intérieurs : Michelet parle de la "manie du gothique" qui se manifeste dans les arts décoratifs, décor appelé "à la cathédrale". Le goût pour le Moyen-Age apparu en Angleterre dès le XVIIIeme siècle - sans oublier les romans gothiques... - investit les bourdoirs, où on retrouve des croisées d'ogives et des remplages gothiques, mais aussi de menus objets comme des bijoux, encriers, chaises... Le service Du Gueslin fabriqué par la manufacture de Sèvre est particulièrement impressionnant.

Les cathédrales, un mythe moderne ? Plus proche de nous, la dévastation des cathédrales pendant la première Guerre Mondiale, notamment la cathédrale de Reims a servi de propagande. Elles ont continué de fasciner les artistes contemporains comme Picasso ou Brassai, qui a fait une magnifique photographie de Stryge ( photographie ci-dessous). Ainsi au-delà du symbole nationale qu'incarnent les cathédrales, elles ont aussi une dimension spirituelle présente dans les oeuvres oniriques de Moreau et Redon. Une belle exposition, qui donne à voir l'art monumental gothique, à découvrir jusqu'à la fin du mois d'août, à Rouen... Quelques ouvrages sur le sujet pour rester plongé dans l'univers des cathédrales :

- Notre Dame de Paris, Hugo

- De l'architecture allemande, Goethe, 1772

- Génie du christianisme, Chateaubriand.

- Un rêve, Zola

- Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, Nodier

- " La mort des cathédrales", Pastiches et Mélanges, Proust

- Histoire d'une cathédrale, histoire d'un hôtel de ville, Viollet Le Duc

- Connaissance des arts, hors de série, 65 p.

- Exposition du musée des Beaux-Arts de Rouen, 12avril-31 août 2014.

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16 septembre 2014

L'utopie de More : ISSN 2607-0006

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Planisphère de Martin Waldseemuler ( publié avec le texte d'origine)

Comme le Planisphère, à bien y regarder est aussi une vanité, le texte de More est au-delà d'un récit de voyage, comme un traité sur le meilleur gouvernement possible. Morus nomme ce procédé, la " menée oblique" : la fiction permet d'enrober l'aridité d'un essai de philosophie politique. Voguant sur les succès des publications des récits de voyages des explorateurs du XVeme siècle ( le Mundus Novus de Vespucci est un best-seller que tout le monde s'arrache à l'époque) , L'utopie est conçue comme la relation vraie d'un voyage d'un certain Raphaël Hythlodée, qui a participé au trois premiers voyages en Amérique d'Amérigo Vespucci, à Thomas Morus. Avant de révéler sa découverte de l'île, Raphael raconte un dîner avec les puissants de l'Angleterre. Là, il décrit les travers de la Grande Bretagne, une dystopie, notamment les peines infligées aux voleurs, l'orgueil des hommes...

Puis, il commence la description de l'Utopie. Comment se présente cette île ? Quelles sont ses moeurs ? Quel est le système politique et économique ? Grâce aux notes, nous pouvons voir que l'Utopie ressemble beaucoup à la Réplublique de Platon, ce qui n'est pas étonnant lorsque l'on connaît l'amour immodéré des humanistes pour les sources antiques. Ainsi, les utopiens ne connaissant pas la propriété, rejettent l'expansionnisme et n'idôlatrent pas l'or. En creux, cette description critique l'Europe à l'époque de More, notamment les enclosures ( en Angleterre), les conquêtes sanglantes du Nouveau Monde ou " le goût déraisonnable du luxe". Cette île du " non-lieu" présente des aspects modernes pour l'époque comme l'étude pour tous, la mise en valeur du savoir, une des préoccupations humanistes. C'est pourquoi, ils ont beaucoup de temps de loisir " afin qu'ils consacrent à cultiver et à affranchir leur esprit. Car c'est en cela, croient-ils, qu'est située la félicité humaine".

Cependant dans la conversation finale entre Raphael et Morus, nous comprenons que ce dernier est réticent face à certains aspects des propos du jeune voyageur : Morus n'est pas un idéaliste et a une approche plus aristotélicienne de la politique, en favorisant la pratique aux spéculations. Tolérance, vertu, équité, L'utopie est-elle la Res publica idéale ? Il faut surtout se demander si l'on pourrait l'expérimenter... Ce texte m'a permis de réfléchir sur la politique et la morale des utopiens mais aussi à renouer avec les auteurs antiques, notamment la philosophie des stoïciens...

T. More, L'utopie, folio, 382 p. avec le paratexte.

8 février 2015

De la mode : L'histoire du costume en Occident : ISSN 2607-0006

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C'est l'envoi d'une carte et la lecture d'un billet de Niki qui m'ont donné envie de cous parler d'un ouvrage magnifiquement illustré : L'histoire du costume en Occident de F. Boucher ( Flammarion, 500 p.). ce sont 500 pages de gravures de mode et de photographies accompagnées d'explications trs limpides.

Le chapitre XII intitulé " Les modes de 1915 à 1965" s'ouvre sur une magnifique photographie de robe de gala de C. Dior, "modèle Schumann" ( 1950). N'est-ce pas un beau nom pour une belle robe ? Qu'est-ce qui a provoqué les modifications en profondeur de l'habillement féminin au tournant du XXeme siècle ? Ce sont des changements de conditions de vie et d'état d'esprit. Une nouvelle manire de vivre s'impose, le costume s'adapte !

Paraît à cette époque la silhouette à la garçonne avec des jupes plus courtes et des cheveux courts grâce à Chanel, Vionnet... A partir des années 1940, les courturiers recherchent de nouvelles formules entre le "pratique" et "l'élégance". Le "new look" de Dior en 1949 révolutionne la mode.

L'industrialisation des confections, le contexte sociologique sont richement commentés et illustrés. Est-il besoin de dire que je trouve ce livre magnifique bien que difficilement maniable ? Sera continué... ( comme dans les romans feuilletons)

Boucher F., L'histoire du costume en Occident, Flammarion, 500 p.

8 juin 2016

Les caractères, "De l'homme" de La Bruyère : ISSN 2607-0006

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Dans Ridicule, P. Leconte mettait en scène le bel esprit des salons mondains du XVIIeme siècle. De même, La Bruyère ne cesse de définir l'honnête homme, cet idéal du classicisme, dans une langue spirituelle. Dans le chapitre " De l'homme", le portrait de Brancas a été pastiché par Mme de Sévigné. Il incarne le distrait, Gnathon est le fâcheux et Antogoras le plaideur : cette galerie de portraits n'est pas sans rappeler les comédies moliéresques... Le moraliste se place donc parmi les autres auteurs classiques...

Après Montaigne ( qui disait déjà que l'homme est "un sujet vain, divers et ondoyant"), La Bruyère questionne la condition humaine, en rejetant le stoïcisme mais en soulignant sa labilité et sa vanité : " Ne nous emportons point contre les hommes en voyant leur dureté, leur ingratitude, leur injustice, leur fierté, leur amour d'eux-mêmes, et l'oubli des autres ; ils sont ainsi faits, c'est leur nature c'est ne pouvoir supporter que la pierre tombe, ou que le feu s'élève". Le choix fait par folio de n'éditer qu'un chapitre n'est pas aberrant : Les caractères sont une suite de maximes, d'aphorismes, de portraits, qui sont autotéliques et tissés dans un réseau, réseau si cher à ces nobles de la Cour. La fragmentation de voix renvoie aussi à l'art conversationnel du Grand siècle.

Il y a des livres qu'on pourrait lire cent fois et qui semble encore nous résister. Il y a des livres qu'on aurait envie d'apprendre par coeur tant le style éblouit ! En effet, La Bruyère est un moraliste en décrivant les moeurs de son temps, mais sa réflexion critique s'accompagne de la séduction de son écriture. En voici un exemple vertigineux :

" Ménalque descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir, il la referme ; il s'aperçoit qu'il est en bonnet de nuit ; et venant à mieux s'examiner, il se trouve rasé à moitié, il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons, et que sa chemise est par-dessus ses chausses. s'il marche dans les places il se sent tout d'un coup rudement frapper à l'estomac, ou au visage ; il ne soupçonne point ce que ce peut-être jusqu'à ouvrant les yeux  et se réveillant, il se trouve ou devant un limon de charrette ou derrnière un long ais de menuiserie que porte un ouvrier sur ses épaules. On l'a vu une fois heurter du front contre celui d'un aveugle, s'embarrasser dans ses jambes, et tomber avec lui chacun de son côté à la renverse : il lui est arrivé plusieurs fois de se trouver tête pour tête à la rencontre d'un prince sur son passage se reconnaître à peine, et n'avoir que le loisir de se coller à un mur pour lui faire place. Il cherche, il brouille, il crie, il s'échauffe,  il appelle ses valets l'un après l'autre, on lui perd tout, on lui égare tout ; il demande ses gants qu'il a dans ses mains ; semblable à cette femme qui prenait le temps de demander son masque, lorsqu'elle l'avait sur son visage."...

La Bruyère, Les caractères, "De l'homme", folio sagesse, 84 p.

Merci Folio pour ce partenariat.

10 avril 2016

La revanche du petit juge de Gangemi : ISSN 2607-0006

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En Calabre, Alberto Lenzi est un magistrat peu considéré, un juge de peu d'envergure et de sucroît noceur. Lorsque son ami Giorgio Maremmi, un magistrat aussi, est assassiné, pour le venger, Alberto va risquer sa vie pour faire justice. Quelle enquête Giorgio menait-il pour que sa vie soit en péril ? Qui avait intérêt à le faire taire ? D'emblée, les preuves semblent accuser la 'Ndrangheta, la mafia calabraise. En effet, les hommes accusés du meurtre de Giorgio sont des 'Ndranghetistes, eux-mêmes retrouvés morts.

La revanche du petit juge s'inscrit dans la veine des "giallo" - les collections romans noirs italiens sont jaunes, d'où ce nom m'a expliqué la libraire - qui mêlent meurtres sanguinaires, politiques véreux, mafia, noirceur des personnages. Quelle immersion ! Quelle enquête tortueuse où la population préfère se taire que d'affronter les 'Ndranghetistes ! Gangemi décrit ainsi une société calabraise dominée par l'argent et des hommes ayant leur propre code et ne se référant pas à la loi. On découvre donc les codes d'honneur, le "chef de bâton", le fonctionnement et la structure de la mafia calabraise. En outre, Alberto, tout en faisant face à ses problèmes conjugaux, filiaux, amoureux, découvre que le parquet cache une taupe. Les morts pleuvent autour de lui et les assassins ont toujours une longueur d'avance... d'où un suspense jusqu'à la dernière page.

Après un temps d'adaptation, la traduction semble parfois faite mot à mot ( j'ai découvert des expressions étranges " vu qu'il ne mettait pas de sel s'il s'agissait d'ouvrir le feu et que tuer était pour lui un métier comme un autre", p. 18 ), j'ai pris plaisir à côtoyer tous ces personnages secondaires bien développés. Certes ce roman violent, parfois cru dans la narration des amours d'Alberto ne manque pas d'humour : l'excès caractérise tous les personnages, sans oublier de jolies descriptions de la Calabre. Il existe un cercle où les personnages ont pour principale activités le commérage, de véritables fantôches : " C'était surtout don Saro, propriétaire terrien, qui tenait le crachoir. Il revenait tout juste d'un long séjour en Australie. Et il en racontait des merveilles. Il parlait des farms à l'intérieur du pays, où la terre était si fertile que les pommes de terre y pesaient en moyenne trente kilos [...].( p. 307).

On découvre donc avec plaisir, une société de propriétaires terriens amoureux de leurs oliviers, une société en mutation où les pères ne comprennent pas que leurs filles fassent des études, où même la mafia modifie ses code en accord avec une société qui évolue, le fonctionnement du Parquet où officie Alberto, où Dieu et tous les saints sont régulièrement invoqués et où un simple mal de tête devient l'annonce d'une mort imminente ! Apparemment, un deuxième opus est en traduction, je l'attends avec impatience...

Gangemi, La revanche du petit juge, Points, 401.

18 avril 2016

Plus haut que la mer de Melandri : ISSN 2607-0006

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"Deux choses remplissent mon coeur d'admiration et de vénérération : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ( Kant)"

Dans les années 70, sur une île où se situe une prison de haute sécurité, trois destins vont se croiser. Luisa, agricultrice, vient rendre visite à son mari, qui est un homme violent et qui a, en outre, tué un gardien de prison. Quant à Paolo, c'est un professeur de philosophie, dont le fils a commis un acte terroriste tuant plusieurs personnes notamment une petite fille. Lorsqu'ils débarquent sur l'île, une tempête les empêche de regagner la terre ferme, les obligeant à rester sur les lieux, surveillés par un gardien du pénitencier, Nitti Pierfrancesco.

Au fur et à mesure de la narration, on découvre la vie de ces deux personnages ainsi que celle du gardien de prison. Leurs souvenirs, leurs souffrances nous sont décrits avec subtilité. Leur vie quotidienne et leur passé sont dévoilés peu à peu. Pensées, dialogues, descriptions sont développés au détriment de l'action. Comment vit-on lorsqu'un proche est en prison ? Comment faire face à la violence du monde pénitencier ? Pourtant leur rencontre va bouleverser leur vie mais sans aucune miévrerie. L'évocation de la vie carcérale et des " années de plomb" en Italie sont faites indirectement : c'est un roman d'ambiance où les noms des lieux et des événements ne sont pas nommément cités mais où se recrée obliquement toute une époque. Ce roman donne envie de découvrir le premier roman de cet auteur, Eva dort.

Melandri, Plus haut que la mer, Folio, 220 p.

Partenariat Folio

30 mars 2016

Fusées, Mon coeur mis à nu de Baudelaire : ISSN 2706-0006

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Fusées, mon coeur mis à nu est venu rejoindre mes livres baudelairiens. Certaines citations de ce livre posthume doit vous être familières comme : "Je ne conçois guère un type de beauté où il n'y ait du malheur", "le plaisir aristocratique de déplaire", "l'éternelle supériorité du dandy".

Tout d'abord quelle est l'intention de l'auteur ? Il l'explique dans une lettre à sa mère. Les notes prises sur la fin de sa vie reflètent l'amertume dont il est rongé et les critiques attribuent souvent à ses dettes et à sa dépendance envers sa mère (" Histoire des Fleurs du mal, humiliation par le malentendu et mon procès") : " Eh bien ! oui, ce livre tant rêvé sera un livre de rancune [...]. Mais tout en racontant mon éducation, la manière dont se sont façonnés mes idées et mes sentiments, je veux faire sentir sans cesse que je me sens étranger au monde et à ses cultes. Je tournerai contre la France entière mon réel talent d'impertinence. J'ai un besoin de vengeance comme un homme fatigué a besoin d'un bain" ( Lettre à Mme Aupick, Paris, 5 juin 1863, extrait)

En fait, ces écrits mêlent des principes esthétiques, des remarques misogynes, des critiques acerbes sur la politique et un souhait de faire le panorama de la vie sous le Second Empire, à partir de portraits de contemporains. Comme dans Le spleen de Paris, dont on retrouve des canevas de poèmes en prose, Baudelaire reproche la médiocrité et l'hypocrisie de son époque : il critique Sand et Rousseau, parle de "portrait de canaille littéraire", mais aussi de politique (" le 2 décembre m'a physiquement dépolitiqué") ou de la société matérialiste ( " être un homme utile m'a paru toujours quelque chose de bien hideux").

L'appareil critique est immense ! sur les 400 pages, seulement 200 concerne le texte écrit par Baudelaire. De fait, la lecture n'est pas aisée et je l'ai relu car la première lecture était entrecoupée par des notes, très longues, parfois inutilement savantes. Elles sont toutefois nécessaires pour éclairer certaines réflexions du poète. En revanche, d'autres liens auraient pu être faits avec les poèmes en prose. Il faut dire que ces notes sont déjà interminables... A ces notes s'ajoutent la correspondance de Baudelaire et des poèmes en prose en liaison avec Fusées ou mon coeur mis à nu et des textes moins connus comme des notes prises sur Les liaisons dangereuses que le poète devait préfacer. Fusées et mon coeur mis à nu contribuent à construire l'image d'un Baudelaire dandy et maudit.

Baudelaire, Fusées, Mon coeur mis à nu et autres fragements posthumes, Folio, p. 463.

Partenariat Folio .

26 février 2016

Des larmes sous la pluie de Rosa Montero : ISSN 2607-0006

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Après des études de journalisme et de psychologie, Rosa Montero est chroniqueuse à El Pais et un écrivain reconnu en Espagne. En France, elle s'est surtout fait connaître grâce à son roman de science-fiction Des larmes sous la pluie, qui vient de sortir en poche aux éditions Métailié. Un deuxième opus de la série vient de sortir : Le poids du coeur ( billet de Yueyin et Keisha).

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Blade runner, Ridley Scott

C'est sous l'égide de l'oeuvre de P. K. Dick, que se place ce roman futuriste. Mais Des larmes sous la pluie n'est pas une pâle copie de Blade runner. En 2109, sur terre, une réplicante de combat, Bruna Husky, enquête sur la mort d'autres techno-humains, mourant en faisant des victimes humaines. Pour quelles raisons a-t-on manipulé les mémoires de ces androïdes ? Un organisme politique a-t-il intérêt à inciter à la haine entre espèces ? Pourquoi des humains liés à un projet d'implants de comportement induit pour humains sont-ils tués ? Quelle intrigue policière ! Plusieurs suspects, des retournements de situation, des déguisements, des combats... Rien ne manque dans cette histoire enchevêtrée.

On avance donc, comme dans un labyrinthe, dans ce monde inconnu, mais qui paraît dans le prolongement du nôtre. Pour éviter les longues descriptions informatives, Rosa Montero a choisi d'intégrer intelligemment des pages d'archives synthétisant l'histoire des réplicants, de l'évolution climatique ou politique. Comme tous les romans d'anticipation, le monde évoqué critique indirectement la société actuelle. Comme dans Blade Runner, certains animaux ont disparu, comme les ours. Le climat s'est détérioré, l'air pur est payant... Les humains sont constamment surveillés, manipulés politiquement par des publicités abusives...

Et quelle héroïne ! Ce personnage d'androïde est extrêmement complexe : elle ne cesse de s'interroger sur sa nature, sa mémoire factice, sa mort. Mais elle éprouve aussi de l'agacement face à ses réflexes de combat de machine. Ce genre est d'ailleurs, selon l'auteur dans son entretien "Mauvais genre" diffusé sur France culture, le meilleur moyen d'interroger la condition humaine. Si elle refuse la mièvrerie, elle trouve émouvantes les paroles du réplicant de Blade Runner : " J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir". Les androïdes ont-ils une âme ? Lisez et succombez à l'immense richesse de ce roman haletant...

Montero, Des larmes sous la pluie, Editions Métailié, 404 p.

billet de Keisha, Cachou

Sur le web : Mauvais genre. 2016. Entretien avec Rosa Montero et Matthieu Letourneux. Diffusé le 20 février 2016. 

Blade runner, Ridley Scott, avec Harrisson Ford, Sean Young, 1982, 111 min

19 février 2016

Le café de Tresniek de Seethaler : ISSN 2607-0006

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photo de la couverture : visite d'Hermann Goering à Vienne, 1938

A quoi ressemble Vienne en 1937 ? Dans Le tabac de Tresniek, Seethaler l'évoque à travers l'histoire d'un adolescent de 18 ans, Frantz. Ce jeune garçon, originaire d'un petit village d'Autriche, Salzkammerzt, arrive dans cette ville, à une époque troublée : " C'était impressionnant. La ville bouillonnait comme une cocotte minute. Tout était perpétuellement en mouvement, rue, les murs mêmes avaient l'air de vivre, de respirer, d'onduler. C'était comme si on avait pu entendre les pavés gémir et les tuiles grincer".

Subtilement, Seethaler évoque l'ascension d'Hitler. A plusieurs reprises, Tresniek, un unijambiste qui s'est battu pour son pays en 1914, est inquiété par son voisin qui le considère comme l'ami des juifs. Un facteur ne se soucie pas de voir le courrier censuré par la Gestapo. Il se réjouit au contraire de voir son sac s'alléger. Dans les journaux, que lit Frantz, on apprend que chaque jour des communistes se suicident... De nombreuses évocations de la ville sont entrecoupées de descriptions extrêmement poétiques, richement évocatrices, de la campagne autrichienne, de la ville natale de l'adolescent.

Seul le personnage principal nuit partiellement à l'histoire : après la narration affligeante de son premier amour, on nous narre sa rencontre avec Freud, narration tout aussi insipide. Pourtant l'évolution du personnage, qui ressemble bien à un parcours iniatique, finit par le rendre moins insignifiant. Le tabac de Tresniek n'est pas un roman historique mais témoigne de l'ambiance d'une époque, à travers de splendides descriptions. Un livre moins anodin qu'il n'en a l'air.

Seethaler, Le tabac de Tresniek, Folio, 271 p.

Le billet de DasolaDominique

Partenariat Folio

7 février 2016

Le code Rebecca de Ken Follett : ISSN 2607-0006

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"La nuit dernière, j'ai rêvé que je retournais à Manderley..." est l'incipit de Rebecca de du Maurier. Mais pourquoi un agent du service de renseignement militaires britanniques trouve ce roman, à moitié calciné, dans les papiers laissé par l'Afrikakorps ? Cet événement provient aprè l'arrivée d'un espion allemand au Caire. De l'affrontement de ces deux hommes va déboucher la victoire des Alliés.

Le code Rebecca est d'abord un roman d'espionnage, jouant du suspense. On nous montre l'affrontement de deux hommes aux caractères totalement opposés : l'espion Alex Wolf et le major Vandam. Les points de vue alternent entre plusieurs personnages, suspendant l'action, créant une attente autour de l'enquête du major, sa quête de l'espion allemand, et empêchant un manichéisme facile. L'un des personnages, une Egyptienne, exprime sa haine pour l'occupant anglais. Le comportement des Anglais est d'ailleurs critiqué à plusieurs reprises.

Dommage que l'auteur n'ait pas donné ses sources. On ne sait pas vraiment jusqu'à quel point Ken Follett a romancé la réalité. Quelques pages sont consacrées d'ailleurs à des batailles réelles comme celle de Gazala ou d'El-Alamein. La vie quotidienne du Caire est aussi décrite, avec des descriptions de voyage en train, de bagarres dans la rue, des commerces... De ce point de vue là, l'arrière-plan est intéressant.

Malheureusement, deux histoires sentimentales mal écrites viennent gâcher le plaisir de lecture : le major Vandam tombe éperdument amoureux d'une Cairote. Alors que les personnages, qui lisent le roman de Daphné du Maurier se moquent de ce livre sentimental, Ken Follett fait d'affreuses envolées lyriques culminant dans une scène que n'aurait pas renié un écrivain d'arlequinades ! L'auteur a-t-il parodié les romans d'espionnage ? Une question qu'on se pose lorsque l'on voit ces tristes pages.

Follett, Le code Rebecca, Le livre de poche, 380 p.

3 janvier 2016

Le bonhomme de neige de Nesbo : ISSN 2607-0006

Une femme adultère découvre un bonhomme de neige en sortant de chez son amant. Avec son fils, ils rentrent chez eux terrifiés. S'ensuivent d'autres meurtres similaires. La septième enquête d'Harry Hole présente une mécanique parfaitement huilée, dans un Oslo enneigé.

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Dans cette enquête, une nouvelle recrue, Katrin Bratt, jeune et efficace, et Harry Hole mènent l'enquête tambour battant. Avec un machiavélisme incroyable, Nesbo accumule les fausses pistes, où chaque détail se révèlera a posteriori très important. On est loin de la frénésie des personnages psychotiques, de la surenchère de violence, d'horreur et des crimes spectaculaires présents dans Police, le dernier opus sur le fameux inspecteur.

Certes plus traditionnel, Le bonhomme de neige muliplie les fausses preuves et met à l'épreuve l'esprit de déduction du lecteur. C'est l'aspect le plus remarquable de cette enquête où chaque nouveau chapitre, très bref, présente un nouveau tueur potentiel, comme un inquiétant chasseur de champignons, venu assainir la maison de Harry.

Bref, l'intrigue est bien construite, ce qui ne nous empêche pas d'en apprendre davantage sur la vie alcoolisée du personnage principal et sur ses relations avec Rachel, une ex-compagne. En effet, c'est l'un des agréments des séries : on retrouve des personnages familiers et l'auteur réussit à reconstruire tout l'univers quotidien de son personnage.

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Habillé d'un élégant boitier cartonné noir, ornée d'une étoile blanche dentelée, ce beau livre vous ravira tant par son intrigue efficace que par son bel extérieur. Une enquête qui donne envie de poursuivre la découverte des précédentes aventures de l'inpecteur Hole.

Nesbo, Le bonhomme de neige, Folio policier, 584 p.

Billet de Miss Léo, de Niki où vous trouverez d'autres liens...

Autre roman : Police.

Partenariat Folio

29 novembre 2015

Sweeny Todd, le diabolique barbier de Fleet Street de Rymer : ISSN 2607-0006

 

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Ah ! Comme on savait écrire des intrigues créant le supense au XIXeme siècle ! Même si j'ai déjà lu ce roman, je n'ai pas hésité une seconde à replonger dans la lecture du roman feuilleton de Rymer.

Dès le premier chapitre, un barbier au physique effrayant brutalise son apprenti pour qu'il ne révèle pas d'éléments sur les événements pouvant survenir dans son échoppe. Mais quel événement peut-il bien advenir dans la boutique d'un barbier ? Un personnage inquiétant et une disparition inaugurale ouvrent mystérieusement cette diabolique histoire.

La préface rappelle que le roman a été d'abord publié sous la forme de feuilleton en 1850. Cela implique quelques redites - notamment l'histoire de Johanna et de son malheureux prétendant, Mark Ingestrie - qu'on nous raconte à de multiples reprises. Mais elles ne nuisent pas à l'intérêt qu'on peut porter à l'intrigue de ce roman, précurseur du genre policier gothique. En effet, Johanna se met en quête de son amant, à l'aide d'une romanesque amie, qui croit pouvoir trouver la solution dans la lecture de ses romans, et à l'aide d'un magistrat. A cette recherche, s'ajoute des déguisements, des rebondissemnts multiples, des brigands, des anciens caveaux abritant des secrets.

La publication en feuilleton - genre populaire - fait oublier que ce roman tient un discours ur la mentalité de son époque : des femmes sont enfermées dans des asiles pour leur usurper leur héritage, des bigottes sont ridiculisées, des fils refusent de suivre le destin imposé par leur père... Sous des apparences moralisatrices - le narrateur est souvent sentencieux - le récit se fait parfois surbversif ou humoristique.

Cette nouvelle édition du livre, nous dit la préface, a vocation de retoruner à l'origine de la légende du barbier, de nous faire découvrir un auteur et une histoire oubliée. Alors lisez cette histoire dont voici les premières lignes : " C'était bien avant que Fleet Street n'eût gagné l'importance que nous lui connaissons aujourd'hui. Geroge III était encore jeune et les deux stratues qui sonnaient habituellement les carionns de la vieille église de Saint Dustan étaient le sommet de leur gloire - c'est-à-dire qu'elles gênaient énorménent les garçons de course dans leur travail en faisant l'objet d'une vive curiosité parmi les campagnard"...

Rymer, Sweeny Todd, Le diabolique barbier de Fleet Street, 344 p.

Mon billet

Merci aux Tind Editions pour ce partenariat

8 novembre 2015

Avril et le monde truqué de Desmare : ISSN 2607-0006

 AVRIL ET LE MONDE TRUQUE - Bande annonce (2015)

Comment rendre vie à l'univers de Tardi ? Desmares et Ekinci y sont parfaitement parvenus. Dans Avril et le monde truqué, l'héroïne vit dans un monde régenté par la vapeur. Sous le règne de Napoléon V, de nombreux savants disparaisent : leurs savoirs doivent être mis au service de l'armée. Les parents d'Avril, des scientifiques, pourchassés par un policier borné, recherchent un sérum permettant de rendre invincible. Lorsqu'ils atteignent leur but, ils disparaissent brutalement. Leur fille se retrouve seule avec un chat nommé Darwin, qui parle.

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Cette uchronie est fabuleusement scénarisée par B Legrand qui rend un bel hommage à Tardi. On ne s'ennuie pas avec cette intrigue bien rythmée : course-poursuite, quête scientifique, histoire sentimentale, une vengeance inassouvie... De nombreuses références littéraires et des dialogues humoristiques s'ajoutent à l'histoire trépidante. Les personnages ressemblent à ceux de tardi, présents dans Adèle et la bête ou Adieu Brindavoine. De même, le mélange des genres, à la croisée du roman policier, d'aventures, de science-fiction, du roman-feuilleton, est caractéristique de l'oeuvre fictionnelle de Tardi

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Le chateau ambulant de Myazaki

Surtout cet univers regorge d'inventivité et de fantaisie. Les décors parisiens, noyés sous la pollution, évoquent l'époque de la Révolution industrielle, un XIXeme siècle dans l'esthétique steampunk. On peut penser à Jules Verne, mais aussi au poétique monde de Myazaki, avec ses animaux qui parlent, ses maisons qui marchent, la question écologique. Avril et le monde truqué mérite bien son cristal du long métrage du festival d'animation d'Annecy 2015 !

Avril et le monde truqué de Desmares et Ekinci, 1h44, 2015

1 novembre 2015

Au mois d'octobre 2015... ISSN 2607-0006

1) LES FILMS

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CRIMSON PEAK - Bande-annonce / Trailer [VF|Full HD] (Guillermo del Toro, Mia Wasikowska , Tom Hiddleston, Jessica Chastain)

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Alors que Lou et Hilde fêtait joyeusement Halloween, Guillermo del Toro nous fait pénétrer dans un univers terrifiant et pervers. Mia Wasikowsa incarne une jeune romancière dont on refuse de publier les histoires de fantômes. A la mort suspecte de son père, elle suit son mari ( Tom Hiddlestone) en Angleterre. Quel manoir ! L'immense maison sombre semble hantée par un sombre passé.

Les couleurs, les costumes victoriens et les décors sont splendides ! L'univers déployé par le réalisateur est visuellement somptueux. Mais des larmes de sang et des jeunes filles se battant à la hache rendent inutilement gore ce film, qui, du reste, présente une intrigue assez proche de La maison Usher de Poe, et dont le final grotesque paraît bien inutile dans ce film merveilleusement gothique...

Crimpson peak de Guillermo del Toro, 1h59, Mia Wasiowsa, Tom Hiddleston, Jessica Chastin, Etats-unis.

Billet de Dasola, Missycornish,Niki,

Regression - Bande-annonce VF

Qu'est-ce une régression ? Une technique permettant de faire ressurgir des souvenirs. En effet, un père, sous l'emprise d'une secte satanique, aurait commis des attouchements sur sa fille, mais il ne s'en souvient plus. La police locale, dépassée par les événements, décide de faire appel à un psychologue. Exploitant des événements réels, Amenabar nous embarque dans une enquête menée par le pugnace Ethan Hawke.

Mais où commence la réalité ? où s'arrêtent les fantasmes humains ? Comme dans Les autres, le réalisateur s'interroge sur les limites de l'esprit et celles des images. L'idée excellente de représenter une hystérie collective manque malheureusement de subtilité. Les scènes de ce film ressemblent à celles d'un film de série B, où aucun poncif des films d'épouvante ne manque comme la porte qui grince, des lumières qui s'éteignent opportunément...

Regression d'Alejandro Amenabar avec Emma Watson, Ethan Hawke, Davis Tewlis, Espage-Canada.

Billet d'Alex,

2) EXPOSITIONS

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Photo de Niki

En cette période d'Halloween, une promenade dans un cimetière s'impose : Niki nous emmène à Uccle (Bruxelles). De magnifiques photos illustrent des analyses sur l'art funéraire (billet de Niki). Une belle balade...

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Pour les amoureux de l'art nouveau ou d'Edmond Rostant, vous pouvez visiter la maison Arnaga, maison néobasque à Cambo-les-bains. Quelle magnificience ! Que les jardins français sont admirables ! Quel enchantement ! Surtout, la décoration est splendide : de multiples artistes, comme Gaston Latouche, George Delow ou Clémentine-Hélène Dufau, ont contribué à décorer les 19 salles qu'on peut visiter.

Actuellement, c'est l'univers de Rosemonde, la femme d'Edmond qui est mis à l'honneur dans une scénographie impeccable. Cette femme a sacrifié sa carrière littéraire pour s'occuper de ses enfants et ne pas nuire au travail d'Edmond. De nombreux tableaux, comme ceux de Dufau ou Pascau, soulignent son élégance. Elle a notamment été divinement habillée par Doucet lors de la cérémonie de la réception à l'Académie française. Site ici, si vous désirez en savoir plus sur " Rosemonde l'élégante, la muse, l'amante, la mère"...

3) LES LIVRES

Mrs Figgs a lu Dans l'ombre des Tudors d' Hillary Mantel. Elle nous vante ce roman historique, qui nous dévoile les intrigues de la cour anglaise, à travers le point de vue de Cromwell ( billet de Mrs Figgs)

Niki s'est, quant à elle, plongé dans un livre de Susan Hill, The mist in the mirror, le célèbre auteur de La dame en noir. Mystère, manuscrit, fantômes et brume viennent créer un roman à l'atmosphère gothique qu'on a furieusement envie de découvrir ! ( billet de Niki)

Quant à Agnès, elle a apprécié l'ironie et la description de la place des femmes dans la société victorienne dans Passion et repentir de Wilkie Collins ( billet d'Agnès).

Un roman policier nous est conseillé par Keisha : Opération Napoléon d'Indridason ( billet de Keisha). Ce livre combine suspense et des personnages attachants, bien que ce roman soit écrit avant la série mettant en scène Erlendur.

Et pour terminer avec le thème halloweenesque, je ferais mention de Salem's lot, qui a beaucoup plu à Miss Léo : "macabre" et " distrayant", nous dit-elle ! (billet ici).

Bonnes lectures à tous pour un mouveau mois hivernal...

18 juillet 2015

Les brèves du mois d'août 2015... : ISSN 2607-0006

On pourrait penser que l'été est synonyme de légéreté, de plage, de soleil, de farniente... Mais c'est le moment aussi où j'ai davantage de temps. Si certains livres peuvent se lire rapidement, d'autres demandent de la concentration, du temps... J'ai donc décidé de me lancer à la découverte de mes plus gros pavés de ma PAL* ( ce ne sont pas les seuls mais il a fallu faire un choix car l'été n'est pas illimité !). J'ai commencé par un roman enchanteur : Quelle époque ! de Trollope.

Voici donc ma liste rêvée de l'été  : Dreiser, Sister Carrie + La foire aux vanités, Tackeray + Les mystères de Paris, E. Sue + Tolstoi, Guerre et paix + Rousseau, Emile ou de l'éducation +Trollope, Le docteur Thorne

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C'est avec un peu d'avance que je fais mon bilan du mois. Cette fois-ci pas de liste d'envie, d'achats, de billets repérés mais je voulais évoquer une émission, diffusée sur France 5, "Les carnets de route" de F. Busnel. Si la présentation n'est pas très innovante  - interview d'auteurs - le choix des auteurs présentés m'a beaucoup intéressée. Connaissant assez peu la littérature américaine, "Les carnets de route, en route vers l'ouest" permet de rencontrer plusieurs écrivains connus comme Oates, Kasischke, Richard Power, dont keisha est une grande admiratrice, ou Erdrich. Mais d'autres, comme Dan Chaon, E. Léonard sont des romanciers que je connaissais pas. On fait donc la connaissance de ces auteurs à travers des anecdotes, l'évocation de la géographie américaine, les réflexions sur la littérature présentes dans leur roman... Qu'est-ce que le rêve américain pour Oates ? Que souhaite faire Laura Kasischke dans ses oeuvres ? Evoquer la classe moyenne en partant d'une atmosphère... Un petit périple littéraire qui donne envie de plonger dans les romans américain contemporain !

 " Le pays des chimères est en ce monde le seul digne d'être habité [...]. Il n'y a rien de si beau que ce  qui n'est pas" ( Rousseau).

Une petite pause estivale. Bel été à vous et bonnes lectures !

12 juillet 2015

Police de Nesbo : ISSN 2607-0006

 

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 L'homme chauve-souris a fait connaître Nesbo, un romancier norvégien. Police est le dixième opus des enquêtes de Harry Hole. Ce dernier est devenue professeur de l'école de police. Quant à ses collègues, ils font face à plusieurs meurtres de policiers, commis sur les lieux de crimes non élucidés. Harry acceptera-t-il de les aider ?

Ce roman policier, à l'intrigue trépidante n'est pas fondalement différents des autres romans nordiques. Il est difficile au début de d'entrer dans cette histoire car elle reprend certains éléments, des personnages des enquêtes précédentes et le rythme est soutenu. Lieux et actions s'enchaînent sans laisser de répit au lecture.

Ce n'est pas seulement l'inspecteur Harry qu'on suit mais chaque personnage dont le destin est parfois surprenant, comme la mort d'un des personnages principaux. L'intrigue est complexifiée à souhait : les suspects et les événements se multiplient. Le style est nerveux et les phrases brèves. Certaines phrases en anglais, très simples, ne sont pas traduites. Cette langue remplacera-t-elle les fameux mots en français en italique ?

Malgré l'intrigue bien menée et les rebondissements qui s'accumulent, ce roman policier est somme toute bien commun. Rien ne le démarque vértitablement des autres polars nordiques, si ce n'est les détails horrifiques, et l'enquête aurait pu se passer n'importe où. Fred Vargas fait entrer l'histoire dans ses intrigues, A. Christie a créé un personnage hors du commun mais pour Nesbo, je ne saurais dire...

Lassitude ? Absence de personnages charismatiques ? Clichés  ( corruption de la police, tueurs en série en pagaille, criminalité délirante !) ? Une lecture qui convient parfaitement pour l'été...

Nesbo, Police, Folio policier, 617 p.

Partenariat Folio

26 avril 2015

Les quatre soeurs de Malika Ferdjouk et Lucie dubiano : ISSN 2607-0006

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Un roman graphique :

Le roman graphique oscille entre deux genres, comme l'indique son nom, mais le travail du texte est plus développé que dans une BD. c'est un genre où s'est illustré Posy Simmons*. Celui de M. Ferdjouk est particulièrement réussi et plaisamment illustré par L. Dubiano : les illustrations sont empreintes de légèreté, de couleurs vives, dans surcharges de détails tout en étant très précis sur les expressions du visage, rendant avec justesse les sentiments des protagonistes.

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Les quatre soeurs :

C'est une série de romans jeunesse parue à partir de 2003. Je ne l'ai pas lue encore mais j'ai pu apprécier la prose et les intrigues de M. Ferdjouk dans Minuit-cinq ou Aggie change de vie. Contrairement aux récits précités, Les quatre soeurs se passe dans le monde contemporain. Enid, Hortense, Geneviève, Bettina, Charlie sont des orphelines. Elles vivent dans une grande maison au bout d'une falaise escarpée et dépendent de leur horrible et avare tante Lucrèce qui ne semble capable que d'offrir d'hideux tableaux...

Les quatre soeurs raconte le quotidien des filles : Quels sont les problèmes de ces adolescentes ? Comment leur cohabitation se déroule-t-elle ? Quel est le caractère de chacune des soeurs ? Vous pouvez le découvrir grâce à des petites anecdotes illustrées sur une double planche. Elles développent un petit récit se terminant par une chute - chacune peut se lire indépendamment des autres - et elles forment au final, une intrigue qui se complète par touches...

L'amour, les relations entre soeurs, les relations amoureuses, les tâches quotidiennes, tous les sujets sont abordés avec humour. J'ai particulièrement aimé la propension à la rêverie de ces cinq jeunes filles, très attachantes, un imaginaire peuplé de références filmiques ( allusion à Donny Jepp dans Corsaires des Antilles), livresques et d'inventions langagières comme le "supernoelman". Une vraie bouffée de légèreté et d'humour !

Ferdjouk, Les quatre soeurs, Je bouquine, 145 p.

*Posy Simmonds, Gemma Bovery, Tamara Drewe

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13 juin 2015

La dernière fugitive de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

 

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"En art, l'extravagant vaut mieux que le plat", disait T. Gautier pour défendre la graniloquence d'Hernani. En effet, si l'on s'ennuie dans le dernier roman de Tracy Chevalier, même si le récit se lit très facilement, c'est parce que tout est plat et convenu, aussi plat que les plaines de l'Ohio et de Faithwell où a atterri l'héroïne : après une déconvenue sentimentale, Honor Bright, une jeune fille quaker, traverse l'Atlantique avec sa soeur. Malheureusement, celle-ci meurt assez rapidement et Honor se retrouve seule dans ce vaste pays inconnu où commence à se manifester des abolitionnistes.

Ainsi voit-on que la trame est la même que celle des romans précédents de l'auteur : comme dans La jeune fille à la perle ou Prodigieuses créatures, le destin particulier de l'héroïne s'entremêle à l'histoire. Sans surprise, donc. L'histoire racontée d'une manière linéaire, pontuée des lettres d'Honor, avec une régularité de métronome, exploite mal les thèmes intéressants. L'auteur survole la question de l'abolitionnisme, du chemin de fer clandestin, de la vie des quakers, ou plutôt elle le fait d'une manière romanesque sans s'attacher aux détails, servant de toile de fond à la vie privée de l'héroïne.

"Le caractère régulier et répétitif de la tâche m'apaise" ( La dernière fugitive). L'histoire un peu plate est aussi en adéquation avec le caratère d'Honor qui recherche la quiétude, le silence, qui est sobre et timide. Même l'intrigue amoureuse se conclut en deux pages, rencontre et mariage compris ! C'est sans doute le mutisme, l'égalité de caractère d'Honor Bright qui donne cet aspect ouaté, cotonneux et morne de ses aventures, et même les nombreuses morts qui jalonnent le roman sont racontées sans dramatisation.

En outre, une réflexion amorcée autour de l'obéissance à une loi injuste est résolue de manière caricaturale. L'écriture fluide de la romancière, qui a la régularité des points de couture d'Honor, nous emmène jusqu'au dénouement facilement mais sans nous faire ressentir beaucoup d'empathie pour son héroïne...

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Etats-Unis, 1850, T. Chevalier, La dernière fugitive, p. 11

Sur le web : Partage de lecture, Nourritures en tout genre ont aimé ce roman, mais Lilly l'a moins apprécié.

Participation au mois anglais de Titine, Cryssilda et Lou.

Merci Folio et Anna pour ce partenariat.

17 avril 2015

Apnée d'Aurélia Frey et E. Landon : ISSN 2607-0006

"Le noir au réveil quand on essaie de se rappeler d'un rêve" :

C'est ainsi qu'E. Landon qalifie très justement le travail d'Aurélia Frey, une photographe dont vous pourrez découvrir les oeuvres sur son Site Aurélia Frey. E. Landon contextualise la naissance d'Apnée à la manière d'un poème en prose, texte qui précède les photographies d'A. Frey.

"L'unique apparition d'un lointain si proche soit-il" ( W. Benjamin) :

Ce sont des photographies crépusculaires, baignées de gris bleuté, de noir, émergeant d'un brouillard, d'une lumière rasante... Représentent-elles un rêve ? Un cauchemar ? Un tableau ? Les objets, les arbres, les pièces vétustes se métamorphosent en un univers mélancolique qui m'évoque immanquablement les oeuvres spleenétiques des romantiques du XIXeme siècle. Il se dégage une atmosphère particulière de ces brumeuses photographies, une véritable aura, telle que la définit W. Benjamin dans Paris, capitale du XIXeme siècle.

L'aura, c'est ce qui échappe à la reproductibilité, la captation d'un instant qui ne se reproduira plus, le caractère unique d'une réalisation, l'échange fugitif entre celui qui a fait l'oeuvre et ceux qui la reçoivent. Plongez sans hésiter dans ces spectrales natures mortes...

Apnée d'A. Frey, E. Landon, aux éditions non pareilles, 64 p.

Je remercie Claudia (Blog Ma librairie ) pour m'avoir fait découvrir cet ouvrage. Vous pouvez vous inscrire sur son blog pour découvrir ce livre voyageur. Il est parti chez Aifelle.

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 Apnée, Aurélia Frey

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