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1001 classiques
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1 mai 2010

Drôle de temps pour un mariage de Strachey : ISSN 2607-0006

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" Le 5 mars, Mrs Tatcham, veuve de la bourgeoisie, mariait sa fille aînée, Dolly, âgée de vingt-trois ans, à l'honorable Owen Bigham. Il avait huit ans de plus qu'elle, et appartenait au corps diplomatique". Toute sa famille est présente le jour du mariage, un cousin ivre, son oncle, le chanoine Bob Dakin, les domestiques... et Joseph un ancien camarade, que Dolly a aimé, l'été précédent. Elle est consciente de rejouer avec lui, Le Bonheur conjugal de Tolstoi :

" Quoi, tu n'as jamais goûté de croquants ! s'était écrié Joseph à côté d'elle, la dévisageant sous son grand chapeau d'été. Mais tu dois absolument y goûter ! tu adorerais !" Or, en réalité, à travers sa physionomie, et principalement ses yeux, Joseph proclamait de tout son être, avec une ferveur violente, non pas " tu les adorerais" mais je t'adore". (Exactement comme le héros de la nouvelle de Tolstoï, Le bonheur conjugal, se tourne soudain vers l'héroïne pour lui parler de grenouilles, et qu'elle comprend, durant son récit, qu'il est en train de lui dire qu'il l'aime...". Dans le tapage des préparatifs du mariage, un drame se noue. Joseph lui avouera-t-il ses sentiments ?

"Il vaut mieux avoir aimé et perdu que ne pas avoir aimé du tout".
Avec une écriture délicate, élégante et fluide, Julia Strachey dessine des portraits comme un peintre, grâce à de magnifiques notations de couleurs. Mais elle sait être féroce pour décrire le passage du temps, le changement des sentiments et la stupidité des esprits bourgeois, matérialistes dont Mrs Tatcham en est le parfait exemple. Comparaisons animales et florales se combinent pour décrire cette galerie de portraits. Elle pose son regard d'artiste, sur  une journée et sur la faune petite bourgeoisie, présente ce jour-là. Elle a su admirablement dans le tumulte des préparatifs du mariage, mêler le tumulte des sentiments qui secouent Dolly et Joseph. A travers la banalité des conversations, dans "le bruit et la fureur", un drame psychologique se déploie, teintant d'une note de désespoir, un jour peu ordinaire. Un étrange roman sur l'opacité des consciences et l'inconstance des sentiments : " Pour compléter le tableau, le visage blanc de Dolly, avec ses lèvres épaisses et fortement ourlées, au-dessus de sa robe de laine mouchetée noire, scintillait d'une lueur pâle devant les fougères, telle une orchidée phosphorescente qui fleurirait isolée dans un marais crépusculaire.
Durant cinq ou six minutes, l'orchidée pâle et lumineuse demeura immobile, au centre de la surface sombre du miroir. Le plus étrange, c'était cette manière dont les yeux n'arrêtaient pas d'aller et venir, de changer de direction, de vagabonder, inlassablement, partout dans la pièce. De bouger constamment. c'était bizarre : ce visage d'apparence si passive et lointaine, et ces yeux si agités".

Lady swap, récapitulatif des lectures sur le site de Lou et Titine.. Avis de Titine, Lilly, Cathulu...

 Strachey, Drôle de temps pour un mariage, La petite Vermillon, 117 p.

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31 août 2011

La ferme africaine de Karen Blixen : ISSN 2607-0006

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Danoise, Karen Blixen a vécu quelques années en Afrique de 1914 à 1931, au Kenya. Son Afrique, ce sont d'abord des paysages sublimes qui suscitent aussitôt la magie de l'atmosphère sous nos yeux, un pays riche, vivant, changeant : "L'immense voûte au-dessus de nos têtes se remplissent lentement de clarté, comme un verre s'emplirait de vin, et soudain, avec une  douceur certaine, les cimes captèrent les premiers rayons du soleil et se mirent à rougeoyer. Toujours aussi lentement, à mesure que la terre s'inclinait vers le soleil, les herbages au pieds des montagnes et les forêts de la réserve massaï prirent une teinte dorée. Puis se fut au tout des faîtes des grands arbres de ma ferme de devenir rouge comme le cuivre" (p. 106).

Mais Karen Blixen, comme on le souligne souvent est une conteuse hors pair. "Nouvelle Shéhérazade", tout ce qu'elle raconte s'apparente aussitôt  au monde des Mille et une nuits et des grands mythes comme L'Odyssée, sont souvent convoqués, ainsi que des allusions à d'autres textes. N'a-t-on pas l'impression d'être au milieu de l'univers des contes orientaux lorsqu'elle décrit Lulu, petite antilope qu'elle a adoptée ? : " toutes ses manières témoignaient de la classe, de la grâce  et de la coquetterie. Elle montra de l'entêtement dès son plus jeune âge et quand je l'empêchais de faire ce qu'elle avait en tête, elle prenait un air qui semblait dire : "tout, mais pas de scène. [...]. elle était si jolie qu'en les [Lulu et Kamante] voyant ensemble, on songeait involontairement à une illustration à rebours de La Belle et la Bête" (p. 99).

Passage obligé des autobiographies d'écrivains, motif littéraire, elle décrit comment elle a commencé à écrire pendant une "année où la pluie fait défaut" : "J'écrivais dans la salle à manger, au milieu des multiples feuilles qui jonchaient la table, car il me fallait régler les comptes et les budgets et répondre aux petites notes désespérées du contremaître. Mes gens me demandaient ce que je faisais, et quand ils apprirent que j'essayais d'écrire un livre, ils virent cela comme une ultime tentative de nous tirer d'affaire, et ils me demandèrent souvent comment j'avançais." (p. 70). Son écriture imagée est magnifique, employant souvent des figures d'analogie très expressives : " Knudsen faisait une figure insolite dans une ferme des hautes terres, car c'était un marin corps et âme, et l'on avait l'impression d'avoir recueilli un vieil albatros malade aux ailes rognées". (p. 84)

Mais l'Afrique de K. Blixen, c'est aussi la relation à l'autre : elle découvre, émerveillée, différents us et coutumes et nous dévoile les habitudes, modes de vie des "squatters" de sa ferme ou des colons à travers diverses anecdotes. Chaque page vibre comme un hommage, un hymne à l'Afrique, qui est sa passion, sa folie... Kamante - son cuisinier, le peuple Kikuyu, Farah, les Massaïs, Denys, les lions, Nairobi et sa ferme emplissent les pages de ses souvenirs. La séparation avec ce pays est émouvante et déchirante, dans la dernière partie les "temps difficiles" : " Jusque-là, j'en avais fait partie, la sécheresse avait été une maladie de mon sang, la floraison de la plaine avait formé comme une nouvelle robe. Maintenant, le paysage se séparait de moi, il se retirait un peu pour m'observer, et aussi pour que je le voie nettement et comme un tout". (p. 434). Son imagination n'empêche pas ses analyses d'être fines et pleines de sensibilité, sans idéalisme. Ce magnifique autoportrait, pudique car la romancière danoise parle assez peu d'elle, nous montre un auteur hors pair et original : chasseuse, farmer (elle gère sa plantation de café), observatrice et conteuse... car ce roman nous envoûte par le pouvoir de ses images...

Blixen, La ferme en Afrique, Folio, p. 506.

21 août 2011

Lettres d'une péruvienne de Madame de Graffigny : ISSN 2607-0006

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Madame de Graffigny (1685-1758) a connu son heure de gloire tardivement grâce à Cénie, un drame larmoyant (1750), et aux Lettres d'une péruvienne qui s'inscrivent dans la perspective des Lumières. Pour la petite anecdote biographique, on peut rapporter le fait qu'elle a côtoyé les hommes emblématiques de son siècle comme Voltaire et Diderot, Mme du Châtelet... et a même invité Rousseau dans son cercle. Elle raconte, à travers 41 lettres, l'histoire d'une jeune fille inca, Zilia, enlevée par les Espagnols puis par un Français, le comte de Déterville qui tombe amoureux d'elle et qui l'emmène à Paris. Séparé de l'homme qu'elle aime, Aza, elle lui écrit son cœur lui exprimant de manière hyperbolique son amour tout en décrivant la société qu'elle découvre avec curiosité, étonnement mais aussi avec un esprit critique.

Proche des lettres monophoniques Les lettres portugaises, elle exprime son amour à Aza dans des termes assez conventionnels. L'intrigue amoureuse se dénoue comme une tragédie racinienne : Déterville aime Zilia d'une passion non récompensée, qui elle-même aime Aza qui se marie avec une étrangère... Mais cet amour trop stéréotypé, on peut relever des ressemblances avec La princesse de Clèves ou Bérénice, si elle plaisait au public de l'époque n'arrive pas à émouvoir.

Cette œuvre se rattache aussi aux Lettres persanes de Montesquieu, par l'emploi d'un vocabulaire étranger, influencé par le goût de l'exotisme en vogue, tout en permettant aussi de critiquer par le biais d'un regard naïf et étranger. Ce système narratif met en place une critique des moeurs très crédibles. Autant l'expression de l'amour est assez monotone et répétitive, autant les thèmes satiriques sont variées : les régimes politiques, les lois, la condition des femmes, celle des aristocrates... En voici un extrait de la Lettre XXXII :

" La censure  est le goût dominant des Français, comme l'inconséquence est le caractère de la nation. Leurs livres sont la critique générale des mœurs et leur conversation celle de chaque particulier, pourvu néanmoins qu'ils soient absents : alors on dit librement tout le mal que l'on en pense, et quelquefois celui que l'on ne pense pas. Les plus gens de biens suivent la coutume ; on les distingue seulement à une certaine formule d'apologie de leur franchise et de leur amour de la vérité, au moyen de laquelle il révèlent sans scrupule les défauts et les ridicules, et jusqu'aux vices de leur amis". (p.140; Lettre XXXII).

Pourquoi Mme de Graffigny est tombée dans l'oubli ? Malgré l'originalité de la remise en cause du mythe du bon sauvage ou du féminisme dont fait preuve cette romancière, ce roman paraît bien fade comparé aux romans pleins de verve et d'ironie de Voltaire ou de Diderot. Avec Mme de graffigny point de fantaisie débridée mais on trouve une belle plume empreinte de classicisme et son roman épistolaire n'en reste pas moins une critique percutante de la société du XVIIIe siècle.

 Madame de Graffigny, Lettres d'une péruvienne, Étonnants classiques, GF.

Challenge "demoiselle de lettres" (XVIII) de Céline.

13 août 2011

Le club du suicide de Robert Louis Stevenson : ISSN 2607-0006

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 Le club du suicide est une nouvelle humoristique comme son titre et son thème ne l'indiquent pas, très différente des chefs d’œuvre de Stevenson tel que le roman d'aventure  L'île au trésor ou comme la nouvelle fantastique L'étrange cas du docteur Jeckyll et M. Hyde.

D'extravagances en folie et de folie en extravagances, nos personnages vont vivre un imbroglio proche des intrigues de romans feuilletons. En trois chapitres, décors et personnages différents sont dépeints ainsi que des situations cocasses à foison... "Le jeune homme aux tartelettes à la crème", met en scène un excentrique prince accompagné de son écuyer, qui pour échapper à une vie qu'il aborde "avec la sérénité d'un laboureur", décide de chercher des aventures en se déguisant. Là, à Londres, dans une auberge, il découvre un jeune homme ruiné qui leur propose un étrange pacte : participer à un jeu de cartes qui aboutit à la mort d'un des participants et un autre joueur est désigné pour le tuer... Le président du club - qui transforme ces candidats au suicide en meurtrier - va être traqué par le prince Florizel... "Le docteur et la malle de Saragota" : A Paris, un jeune américain naïf et exalté a rendez-vous avec une inconnue mais en rentrant chez lui il découvre un cadavre dans son lit ! Que va-t-il faire ? "Aventure en fiacre" : Des hommes sont enlevés dans la rue et amenés à la soirée d'un mystérieux M. Morris. Quel est le lien entre ces trois histoires loufoquement morbides ?

En plus des situations cocasses, l'auteur sait donner vivacité au ton du récit en employant un conteur, habile à lier trois histoires créant suspense et attente, et surtout raconter avec humour - noir il est vrai - en dépeignant des personnages de manière caricaturale. Le récit débridé, avec des outrances, déguisements, fausses identités, meurtres, permet à Louis Robert Stevenson de nous parler du bien, du mal et de la mort avec beaucoup de fantaisie et de talent. Une nouvelle qui donne envie de poursuivre la lecture des œuvres de cet auteur...

Stevenson, Le club des suicidés, Folio, 138 p.

Autre roman : L'île au trésor

Challenge kiltissime, organisé par Lou et Chryssilda.

billet de Lou.

21 juillet 2011

Tristan et Iseult de Béroul : ISSN 2607-0006

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La légende tristianienne est constituée de différents textes, venant de traditions orales, contés dans les cours princières, mais le plus ancien fragment semble être celui de Béroul bien que lacunaire. Le fragment en vers de Béroul débute avec l'épisode où Marc écoute les amants en haut d'un pin :"Que nul senblant de rien en face/car ele aprisme son ami,/oiez com il la devance."* Si la légende fait frémir des générations de lecteurs, la version de Béroul est très archaïque et il manque tout le début et quelques passages. Mais pourquoi ce mythe perdure ? Tout d'abord, parce que la matière est très riche. Elle parle d'une passion impossible, irrépressible, due à un filtre. Nos deux amants doivent affronter de nombreux dangers avant d'être réunis... dans la mort.

Ces épreuves prennent des formes diverses comme un nain maléfique Frocin qui conseille le roi, elle prend aussi la figure de trois barons félons, d'une vie misérable dans la forêt du Morois, d'une justification d'Iseut devant la cour du roi Arthur... Mais ce n'est pas seulement une histoire d'amour, il y a aussi tout l'univers médiéval qui transparaît avec du merveilleux, notamment la malédiction du roi Marc et de ses oreilles de cheval, des visions prophétiques d'Iseut, avec la présence du blanc Husdent, chien de Tristan qui a les couleurs de l'Autre Monde : "S'il [Husdent] capture dans la forêt un chevreuil ou un daim, il le cache soigneusement en le couvrant de branchages, et s'il attrape au milieu de la lande (cela lui arrive souvent), il couvre d'herbe le corps de l'animal et retourne chercher son maître ; il l'emmène alors là où il a pris la bête. Oui les chiens rendent de grands services !"...

Entrez de plain pied dans l'univers des romans de chevalerie avec ses ermites, ses damoiseaux, des destriers et des vavasseurs... Et ses combats sanglants avec des détails très crus : "La flèche part si vite que Godoine ne peut l'éviter. Elle se plante en plein dans son œil, traverse son crâne et sa cervelle. L'émerillon et l'hirondelle n'atteignent pas la moitié de cette vitesse". Écoutez ces aventures, car les conteurs avaient l'art de tenir leur auditoire en haleine, avec des récits sans temps morts où ils intervenaient parfois : "Les conteurs disent que les deux hommes firent noyer Yvain mais ce sont des rustres ; ils ne connaissent pas bien l'histoire. Béroul l'a parfaitement gardé en mémoire. Tristan est bien trop preux et courtois pour tuer des gens de cette espèce". Si la langue du XIIe est fruste et si le récit contient de nombreuses redites, on se laisse complètement charmer par les aventures du couple mythique.

Tristan et Iseult, Livre de poche, Lettres gothiques,

* Le texte original est placé en regard de la traduction.

Participation au challenge mythe et légende de Céline (blog bleu).

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17 mai 2010

Dickens, Barbe à papa de Philippe Delerm : ISSN 2607-0006

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Jouant sur la métaphore "dévorer des livres", Philippe Delerm alterne descriptions ou anecdotes de souvenirs culinaires et de souvenirs de lectures. De même que la madeleine proustienne ressuscite toute l'enfance du narrateur, l'auteur développe dans ce court récit, des aliments qu'il associe à différents auteurs. Voici un exemple, intitulé "La lecture et l'anorexie " (p. 49):

"La chartreuse de Parme, Le Vicomte de Bragelonne, Monsieur de Camors, Le vicaire de Wakefield, La chronique de Charles IX, La terre, Lorenzaccio, Les Misérables... Voici quelques-uns des aliments dont se nourrit Juliette, la soeur aux longs cheveux de Colette. C'est un textes étrange qu'à écrit l'auteur de lLa maison de Claudine. Comme si parmi les sources vives de l'enfance, la fraîcheur de l'aube donnée en récompense, la sensualité des sources, des glycines, de l'abricot mûri sur l'espalier, il fallait qu'il y eût aussi un un lieu clos, une prison de fièvre. La chambre de Juliette. "J'avais douze ans, le langage et la manière d'un garçon intelligent, un peu bourru, mais la dégaine n'était pas garçonnière, à cause d'un corps déjà façonné fémininement, et surtout deux longues tresses". Ainsi se définit Colette sur le seuil de cette chambre à la fois familière et lointaine. cette phrase n'est pas sans équivoque. L'auteur y revendique d'emblée virilité et féminité mêlées. A l'âge où il faut choisir, elle aime trop la vie pour séparer. Si le début de la phrase marque sa singularité de sauvageonne, la fin, par chevelure longue interposée, fait de Juliette un double.

Qu'est-ce que Juliette ? Une enveloppe terrestre féminine qui se consume dans les livres jusqu'à la folie. Elle ne dort plus, ne mange plus, laisse refroidir indéfiniment la tasse de chocolat que Sido lui a préparé. A la fin, elle passe de l'autre côté du miroir, confond ses proches avec ses auteurs préférés qui viennent lui rendre visite dans son délire. comment ne pas penser que la jeune Sidonie Gabrielle Colette a dû être horrifiée autant qu'attirée par cette chambre absolue de lecture où Juliette s'est enfermée ? On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C'est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage. Colette l'a connu de trop près pour ne pas se sentir tentée. Une force en elle a donné sa réponse. On peut aussi manger la vie. Alors plus tard, peut-être, on en fera des livres."

Entre deux réminiscences d'instants de vie liées à la gastronomie, Delerm parle du style de Flaubert, dans L'éducation sentimentale, du travail du poète Carl Spitzweg, raconte des anecdotes sur Proust ou Dickens, fait aussi l'éloge d'Alain de Bottom. Si les textes ne présentent pas une égalité de qualité ou d'intérêt, selon les auteurs évoqués, Philippe Delerm arrive à nous faire partager ses plaisirs livresques et à faire ressurgir en nous, nos propres souvenirs d'enfance, que ce soit l'amour de la barbe à papa ou l'amour de Dickens...

26 juin 2011

Le faiseur d'histoire de Stephen Fry : ISSN 2607-0006

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Si vous avez lu des billets élogieux sur un livre de SF de Stephen Fry, comme celui de Cryssilda ou de Keisha vous saurez en lisant ce livre, chers lecteurs, qu'ils sont tout à fait mérités. De quoi parle Le faiseur d'histoire ? Justement de l'histoire avec un grand H. Notre héros Michael Young est un thésard en histoire à Cambridge : il étudie une des périodes les plus sombres, celle du nazisme. La rencontre inopée avec un professeur de physique qui a créé une machine permettant de regarder le passé et le vol non moins inopiné d'une pillule rendant stérile donne l'idée au jeune futur "docteur" de remonter le temps pour empêcher la naissance d'Hitler. Du déjà vu ?

Certes non ! L'originalité de ce roman vient du personnage principal et de la narration tout à fait surprenante. Tout d'abord le livre est lui-même écrit par un excentrique "de ceux dont la Grande Bretagne a le secret"*, mettant en scène un personnage... excentrique aussi ! Imaginez un thésard qui introduit des passages lyriques, pour essayer de capter l'attention du lecteur et révèle à son tuteur que c'est un peu comme un poème en prose ! Vous l'aurez compris, Michael Youg a beaucoup d'imagination et une propension naturelle à être maladroit... faisant s'envoler toutes les feuilles de sa thèse, bien évidemment non reliées, le jour où il doit les remettre à son tuteur qui le reçoit habillé en kimono (?). Bref, notre excentrique personnage décide de changer de monde. Mais peut-on défaire ce qui est fait ? Peut-on changer ce qui existe, empêcher la naissance d'un être malfaisant ? L’uchronie comme tout roman de science-fiction pousse à la réflexion en confrontant un autre monde possible au nôtre : l'auteur dénonce ainsi l'intolérance. Le faiseur d'histoire un livre sérieux ?

Non, car l'autre qualité de ce livre, c'est qu'il est raconté de manière originale. Fry est acteur, mais aussi écrivain, animateur radio... et il a aussi écrit des sketchs. Il écrit donc certains passages du roman comme un scénario, donnant une touche humoristique supplémentaire en jouant sur les clichés des films, s'ajoutant ainsi au comique créé par l'exaltation du héros. Si les événements et les personnages reposent sur des faits réels, de nombreuses situations sont complètement farfelues. Seule la fin sentimentalo-hollywoodienne est à déplorer... Et si vous croyez ne pas aimer la science-fiction, ce livre plein d'humour vous fera peut-être changer d'avis.

* postface; p. 630

 Fry, Le faiseur d'histoire, Folio, p. 645

5 mai 2010

Xingu d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

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Mrs Ballinger et ses amies, de la bonne société américaine, toutes plus vaniteuses les unes que les autres, ont décidé de recevoir  la célèbre romancière Osric Dane. Dans le club de lecture qu'elles forment, elles se veulent des "chasseresses de l'érudition" et Mrs Ballinger se veut avant-gardiste : "C'était là toute sa fierté : marcher au rythme des Idées du temps présent, et elle mettait un point d'honneur à ce que les livres disposés sur sa table exprimassent cette position avant-gardiste". Quant à Mrs Leveret, elle garde un livre de Citations classées mais n'est capable de retenir qu'une phrase : "Ce Léviathan que vous avez formé pour se jouer dans l'abîme" ! Face à ces lectrices ridicules et orgueilleuses, Osric Dane se montre grossière et méprisante. Seule Mrs Roby, déconsidérée par ces dames, finit par les mystifier. Quelle est leur dernier sujet de conversation, qui les a tenues en haleine, toute l'année ? Le "Xingu" selon Mrs Roby...
Vous apprendrez ce qu'est le "xingu" en lisant cette petite nouvelle d'Edith Wharton qui se moque de la prétention des lectrices mais aussi des écrivains vaniteux. Voici, par exemple, la définition du club par Mrs Ballinger : " "le but de notre club [...] est de regrouper, au plus haut niveau, tout ce que Hillbridge compte de courants de pensées ; de rassembler, de canaliser toute cette énergie intellectuelle." ! Amusante énigmatique, distrayant, ce court récit d'Edith Warthon fustige les travers d'un société new-yorkaise imbue d'elle-même et par là, ridicule. Ce récit vif et féroce caricature des femmes futiles, des nantis new-yorkaises à l'esprit étroit et mesquin. Un beau tableau acerbe où règne les faux-semblants...

Lu dans le cadre du challenge Edith  Wharton de Titine.

Lu aussi par Lou, Malice, Mea...

Wharton, Xingu, Mille et une nuits, 60 p.

Autres nouvelles de la romancière : Le triomphe de la nuit

27 septembre 2010

Coco avant Chanel d'Anne Fontaine : ISSN 2607-0006

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"J'ai le dégoût très sûr",  dit celle qui deviendra une des icônes de la mode. Coco avant Chanel est un film biographique, retraçant les premières années de la vie de Gabrielle Chanel qui met l'accent sur la spectaculaire ascension d'une jeune fille orpheline et de condition modeste. Dès les premières images où apparaît le rapport entre le noir et le blanc, qui deviendra l'une des marques de fabrique de Chanel, on voit l'arrivée de celle-ci dans un orphelinat assez sinistre puis ses premiers pas en tant que médiocre chanteuse de cabaret populaire. Parallèlement à son travail de couturière, elle fait la rencontre de deux hommes dont l'un, Balsan, deviendra son protecteur, et l'autre, l'homme d'affaire anglais Capel, l'amour de sa vie... La "cocotte" se révolte contre son époque et décide peu à peu de faire fortune.

Toute la première moitié du film est d'une lenteur soporifique, avec de nombreuses longueurs sur des scènes anodines mais la scénariste a évité l'écueil du pathos : à l'image de la personnalité de la styliste, le film ne tourne jamais au mélodrame. Ce début manque de rythme et les dialogues sans consistance sont plein d'anachronismes assez navrant. Et puis d'un coup, le film bascule.

A partir du succès de Chanel, notre intérêt s'éveille peu à peu : le vrai caractère de Coco s'affirme. Moderne et provocatrice, elle porte les cheveux courts et des chemises d'hommes ; elle refuse de se marier. Différente et originale, elle "veux faire fortune" en créant des chapeaux. Refusant les places et les conventions de la condition féminine, dans ce début du XXeme siècle, aidée au début par Capel, la femme entretenue devient peu à peu une styliste reconnue, une femme d'affaire assez masculine dans son comportement, celle qui n'est pas encore devenue Coco Chanel crée un style anticonformiste et original : tenues de garçon, robes sobres influencées par les robes de religieuses ou les tenues d'orpheline... Ces robes montrent la volonté de Chanel de libérer la femme à travers les simplifications des tenues, l'utilisation du jersey... 

En outre, Coco avant Chanel est aussi un film d'époque : le travail sur les décors est remarquable, de même que les scènes en extérieur comme les plages de Deauville, fleuries de femmes habillées en blanc, ou la campagne entourant le château de Balsan. Vous ne connaissez pas la vie de Chanel ?  Alors regardez ce film pour découvrir le destin inouï  d'une forte personnalité emblématique du chic français, qui n'est pas entièrement une réussite mais qui mérite le coup d'oeil...

Coco avant Chanel, Anne Fontaine, 2009, avec Audrey Tautou, 110 min

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2 mai 2010

La chasse au snark de Carroll : ISSN 2607-0006

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 Quatrième de couverture : " Un cireur de souliers, un fabriquant de bonnets, un boulanger, un avocat et un castor, entre autres personnages, partent à la chasse d'un animal fantastique : le snark. En espérant qu'il ne s'agira pas d'un boojum ! Moins connu qu'Alice au pays des merveilles mais aussi extravagant, La chasse au Snark conserve toute sa puissance comique. En regard du texte anglais, accompagné des illustrations originales de Henry Holiday, la traduction de l'oulipien Jacques Roubaud respecte l'oralité de ce long poème. Elle est suivie d'une analyse par le linguiste Bernard Cerquiglini. L'occasion d'une promenade savoureuse à travers l'oeuvre de Lewis Carroll pour redécouvrir, à l'aune des recherches de Joyce et d'Artaud, l'un des chef d'oeuvre de la littérature victorienne."

"Les mots n'ont que le sens qu'on leur donne"

Un castor qui sauve tout un équipage ? Un boulanger qui s'évanouit lorsqu'il voit un snark ? Bienvenue dans le monde du nonsense de Lewis Carroll. L'auteur crée ses propres animaux fabuleux, comme la description d'un mystérieux oiseau, le Jubjub, et du fabuleux Snark... C'est aussi un univers dominé par le rêve où la logique des sonorités des mots, des associations d'idées gouvernent les lois rationnelles : " Car le visage était tout noir/ C'est à peine si on pouvait voir/ avec le Banquier une vague ressemblance/ son effroi fut si grand / que son gilet devint blanc/ En vérité un phénomène étrange".

Ce court texte est fascinant par son extravagance et devient un beau sujet de rêverie grâce à son imaginaire déjanté et comique, proche de l'absurde : "Ils le chassèrent avec des dés à coudre/ Ils le chassèrent avec passion/ Ils le poursuivirent avec des fourchettes et de l'espoir/avec une action de chemin de fer/ Ils le charmèrent avec des sourires et du savon" !

Ce poème est suivi d'un bref essai posant la question de la traduction de jeux de mots, tels que les mots valises, d'une langue à l'autre, dans le célèbre poème du "Jabberwocky", présent dans Alice aux pays des Merveilles.  On peut noter aussi les magnifiques illustrations du peintre préraphaélite, Henry Holiday. Voici une gravure du peintre :

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Lecture dans le cadre du partenariat avec BOB que je remercie. Lu aussi par Praline, Alice, Mélisendre, Tortoise. Les avis de Cryssiylda, Lilly...

Carroll, La chasse au Snark, Folio, 131 p.

Du même auteur : Alice au pays des merveilles
Challenge "English classic" de Karine.

8 septembre 2010

Daisy Miller de Henry James : ISSN 2607-0006

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A côté des romans d'aventures d'un Jack London ou des romans "régionalistes" de L.M. Alcott, Henry James (biographie Larousse) développe des romans psychologiques où  le poids des conventions est omniprésent. Il décrit dans Daisy Miller le destin de deux jeunes héros : Winterbourne et Daisy. Leur rencontre en Suisse apparaît d'emblée sous le signe de l'opposition et du contraste : Winterbourne a les préjugés de sa classe tandis que Daisy semble indépendante et libérée. Aime-t-elle Winterbourne ?  "sembler", "paraître" sont des verbes qui conviennent parfaitement à l'héroïne éponyme, car à aucun moment les pensées de Daisy ne sont dévoilées laissant le jeune homme et le lecteur cerner le personnage de la jeune femme. Celle-ci pleine de contradictions ou capricieuse, ne rêve que de vivre entourée d'hommes et d'une société légère, ce qui est jugé inconvenant pour une jeune fille. Mais qui est vraiment Daisy Miller ? Est-elle victime de son caractère libérée, de son indépendance, de son manque d'éducation avec des parents complètement absents ou des préjugés ? Ainsi si on nous livre les atermoiements de Winterbourne, les pensées de Daisy Miller restent opaques...

Au fur et à mesure, le lecteur découvre que Daisy n'est pas si insensible à l'ostracisme qui la frappe mais le narrateur se tait et l'auteur reste dans le sous-entendu et le non-dit, laissant la psychologie du personnage impénétrable : Daisy Miller est un portrait de femme troublant et mystérieux à une époque où les rapports entre hommes et femmes sont inégalitaires. Sur fond d'opposition Europe / Amérique, Henry James brosse un destin individuel qui pose les questions de l'innocence et des préjugés : Daisy est-elle une femme émancipée ou est-elle innocente ? Cultivant une écriture du mystère, Henry James nous laisse juste apercevoir le portrait d'une femme ambiguë et mystérieuse et excelle à dépeindre la destinée d'une femme dans la deuxième moitié du XIXeme siècle.

James, Daisy Miller, Folio 2 euros, 106 p.

30 avril 2011

Miss Potter de Chris Noonan : ISSN 2607-0006

Miss Potter (2006) - trailer

Pourquoi la biopic Miss Potter commence sur un gros plan d'une main dessinant des aquarelles ? C'est parce qu'on va nous parler d'une artiste que vous connaissez certainement... Londres, 1902. Dans la société victorienne, Beatrix est une femme solitaire, vivant dans un monde imaginaire, qu'elle a cultivé dès l'enfance, constitué d'animaux, qu'elle considère comme ses amis et avec qui elle dialogue. Une femme célibataire qui court les maisons d'édition et qui ne songe pas à se marier suscite le mépris des éditeurs qui pensent que ses "livres à lapin" sont un art mineur. En outre, dès l'enfance elle est vouée au mariage comme toutes les femmes de son rang : " toutes les filles se marient", dit sa mère avec qui elle luttera pour s'imposer. Mais comme dans les contes de fée, le prince charmant apparaîtra bientôt sous les traits de Norman Warme ( Ewan Mc Gregor) pour changer le destin de Beatrix Potter.

Miss Potter présente une galerie de personnages bien croqués : les parents Potter sont l'incarnation d'une riche bourgeoisie, imbue d'elle-même. Helen Potter n'est d'ailleurs pas sans rappeler les mères hystérico-maniaques des romans de l'ère victorienne qui souhaitent à tout prix trouver le gendre idéal, c'est-à-dire richement doté. A l'opposé de ces représentants de la société bien pensante surgissent Millie Warme (Emily watson) une originale célibataire et Norman, magnifiquement joué dans ce rôle inattendu par Ewan Mc Gregor, à l'air imbécile, attentionné, mais finalement audacieux ! Les personnages sont caricaturaux mais non dénués d'humour comme la série de supides prétendants, dont un hennissant et chevalin à souhait.

"Ecrire les premiers mots d'une histoire est un moment délicieux" : cette biopic met aussi le travail de l'artiste en valeur, la montrant exigeante, et visitant même les imprimeries où elle supervise l'impression de ses livres. Surtout, le film rend hommage à l'imaginaire et l'imagination de Miss Potter :  les dessins s'animent, comme dans Neverland - biographie de Barry - l'imagination enfantine est très importante, on voit sous nos yeux, l'inanimé prendre vie ; la calèche des parents de Beatrix, se transforme en carosse de cendrillon tiré par six souris... Évidemment le charme de ce film est aussi de présenter de magnifiques paysages anglais, une large part étant donné à la nature car Miss Potter décide d'arracher des arpents de la campagne anglaise des mains de promoteurs peu scupuleux. Ca a l'air niais et sentimental, mais c'est frais et pétillant : Miss Potter est aussi une femme de caractère, une artiste avant-gardiste, qui a su défendre ses idées dans un monde masculin et bienséant.

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 Avez-vous déjà lu Miss Potter ? Vous connaissez au moins ses dessins anthropomorphiques de lapins, de chats, de souris portant "redingote et cravate blanche" qui sont délicieux. Inspiré d'une fable d'Esope, Petit-Jean des villes, est une réécriture d'une fable dont chaque page est illustrée : "Petit-Louis l'accueillit à bras ouverts.

- "Vous arrivez au meilleur moment de l'année ! Laissez-moi vous préparer une galette aux fines herbes : nous la mangerons au soleil.

- Hummm ! Ne fait-il pas un peu humide, dit petit Jean. Il portait sa queue sous le bras, pour qu'elle ne traine pas dans la boue". Loin du classicisme d'un La Fontaine, Beatrix Potter sait rendre son histoire charmante par des petits détails renvoyant à l'ère où elle vivait...

Miss Potter, de Chris Noonan, 2007, 92 min, avec Renée Wellweger, Ewan Mc Gregor, Emily Watson...

 Potter, Petit-Jean des villes, Gallimard, Bibliothèque de Pierre Lapin, 58 p.

Challenge back to the past, organisé avec Lou, spécial tea cup !

2 mai 2011

challenge Shakespeare : le récapitulatif : ISSN 2607-0006

 

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Wiliam Shakespeare

Voici le bilan du challenge Shakespeare que nous avons ouvert, Claudia et moi, il y a six mois, au mois de Novembre. Nous sommes 24 participants (les inscriptions sont toujours ouvertes) et pour l'instant 14 amoureux de Shakespeare ont participé.  Bien entendu, signalez-nous omissions et erreurs.

La participation s'ouvre sur cinq billets qui présentent des généralités sur Shakespeare :

-Dominique qui n'est pas inscrite au challenge a eu la gentillesse de nous permettre de citer son billet sur une biographie du dramaturge. Elle s'interroge aussi sur la traduction de la poésie dans les sonnets de Shakespeare :Biographie de Wiliam Shakespeare de Bil Bryson,  traduire la poésie, les sonnets

Flora, écossaise, professeur d'université, nous a envoyé un article sur le langage Shakespearien :  spot the quote (or crypto-quote): la richesse de la langue shakespearienne

 Wens laisse la parole à Woody Allen qui traite, à sa manière, pas très sérieuse vous vous en doutez, la question de l'identité du dramaturge : Shakespeare est-il Bacon, Marlowe ou... lui-même ?  Woody Allen : Shakespeare, Dieu et moi :Qui est Shakespeare?

Notre bilan (2) présente les participations de chacun au challenge Shakespeare en les regroupant, après les textes généraux sur le dramaturge, par pièces, adaptations au théâtre ou au cinéma, sonnets. Vous trouverez à l'heure actuelle des billets sur onze pièces différentes et un sonnet. A nous de continuer à enrichir ce bilan !

Maggie : Shakespeare in love.

Claudialucia : Le théâtre du Globe

Quand les écrivains parlent de Shakespeare

Claudialucia : Michel Quint : Les Joyeuses

Claudialucia : Gérard Donovan dans Julius Winsome

Wens : Extrait de Bill James :Skakespeare et le polar 

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Antoine et Cleopâtre

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Irrégulière  : Antoine et Cléopâtre

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Beaucoup de bruit pour rien

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Lewerentz : beaucoup de bruit pour rien (le film de Kenneth Branagh), Titine

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Hamlet

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claudialucia : Rimbaud : Ophélie , Hamlet : en guise d’introduction(1), Ophélie (2), Hamlet aime-t-il Ophélie?(3)

Wens : Hamlet de Zefirelli

Theoma :   Hamlet

Miriam : Hamlet de Laurence Olivier (1948)

Droopyvert : Hamlet

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La Mégère apprivoisée

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 Oh Océane: La mégère apprivoisée

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La Nuit des rois

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Maggie : La nuit des rois

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Le songe d'une nuit d'été

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droopyvert : Le songe d'une nuit d'été.

- Maggie : adaptation d'Hoffman.

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La Tempête

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Miriam : Lire-la-tempête-shakespeare-folio-trad-yves-bonnefoy/, Prélude pour la Tempête de Shakespeare Honnegger, prospero-ill-to-my-book/, Une Tempête de Aimé Césaire, La tempête : prosperos-books-greenaway-les-grimoires-du-magicien, La Tempête : john-gielgud-le-visage-de-prospero/

Claudialucia : La tempête : citations

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Le marchand de Venise

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Miriam  parle de Shylock au cours d'un voyage à Venise, Shakespeare : VO ou VF ? j’ai choisi l’édition Bilingue du Marchand de Venise, Le marchand de Venise est-elle un pièce antisémite?, Une livre de chair, En observant Venise de Mac Carthy, Le marchand-de-venise-film-de-Michael-Radford, Al Pacino : un shylock poignant

Claudialucia : Le marchand de Venise (1), Le marchand de Venise et l'antisémitisme (2), Le marchand de venise : Thèmes et citations (3)

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Macbeth

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Hathaway: Macbeth

Irrégulière : Macbeth 

Céline :Macbeth

Claudialucia  : Mise en scène de Macbeth :  Le film D'Orson Welles /  Mises en scène de Macbeth : Le Centaure/ Macbeth africain

Maggie :Macbeth

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Othello

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 Théoma  présente othello dans son blog Audouchoc :"Loin de moi la prétention de rédiger une analyse mais l'envie de donner envie de lire, de relire Shakespeare".  (lire la suite chez Theoma)

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Richard III

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Célinecommente Richard III.

Miriam : Richard III : une mise en scène contemporaine / Richard III : retour au texte / Richard III : looking-for-Richard Al Pacino

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Roméo et Juliette

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Ellcrys: Roméo et Juliette

L'Irrégulière Roméo et Juliette 

Flora dans Ma Librairie : Jouer Juliet and Romeo à 76 et 66 ans

Miriam : Romeo kiffe Juliette et Juliette kiffe Roméo / Roméo et Juliette au théâtre des Quartiers d’Ivry

Eiluned : Romeo et juliette

Océane : Roméo et Juliette

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Sonnets

Claudialucia : Un sonnet de Shakespeare : L'immortalité littéraire

17 avril 2011

back to the past : le récapitulatif : ISSN 2607-0006

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Voici un billet récapitulatif du challenge Back to the past. Merci de bien laisser vos liens par ici. J'ajoute dans la colonne de droite de mon blog, une catégorie "challenges" où apparaît ce lien et  vous pouvez retrouver les logos.

Lou a aussi créé pour vous un groupe FB Back :

"Si ce billet salon de thé est ouvert pour pouvoir aussi discuter des films et séries pendant que vous les regardez (avec spoilers et réactions à chaud évidemment), vous êtes également invités sur le groupe Face Book du challenge, que je viens tout juste de créer : Le groupe FB Back to the Past."

Un challenge organisé avec Lou.

Back to the Past, le bilan :

ROYAUME UNI

 

- An ideal husband : céline, Lou

- Brave Heart : Aymeline

- Daniel Deronda - BBC: Titine,

- Downton Abbey - BBC (2010),  : Maggie, Lou, titine

- Emma (1996) : Sabbio, Emma (2009) : Eiluned, Aymeline,

- Elizabeth, L'âge d'or : maggie

- Frankenstein : Maggie

- le discours d'un roi : Miss Alfie

- Miss Potter : Maggie

- Mary Reilly : Maggie

- Les Tudors (série), : Margotte, Saison 5 Margotte.

- le discours d'un roi : Sabbio

- L'éventail de Lady Windermere : titine

- Les piliers de la terre, Miss alfie

- Neverland : Lou

- North and south : Eiluned

- Pride and Prejudice : Eiluned, Orgueil et préjugés version 2005 : miss Alfie

- Raison et santiments : Aymeline

- Retour à Howards End : Céline,

- Shakespeare in love : Maggie

- The duchess : Margotte

 

ITALIE

- Casanova : Karine

- Le Guépard / Il Gattopardo (1963) : Sabbio,

 

Hongrie

- La comtesse : Margotte.

ETATS-UNIS

-The age of innocence : Choupynette

- The house of mirth : Maggie

- Pale Rider : Pascale.

CANADA

- Iron road : Jainaxf

FRANCE

- Beaumarchais, l'insolent : Maggie

- Contes et nouvelles de Maupassant, Margotte.

- Il ne faut jurer de rien : Maggie

- Impromptu : Maggie

- Le Nom de la rose : Choupynette

- Marie-Antoinette : Sofinet

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17 août 2011

Les quatre filles du docteur March adapté par Gillian Armstrong : ISSN 2607-0006

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Le livre : Gaie ou triste, Louisa May Alcott raconte la jeunesse de quatre jeunes filles au XIXeme siècle dans son roman Les quatre filles du docteur March. Qui sont-elles ? Il y a Margaret la romantique, Joséphine l'impétueuse, Beth la timide et Amy la vaniteuse, élevées par leur mère car le père s'est engagé volontairement au côté de l'Union dans la guerre de Sécession. Mille anecdotes dépeignent la vie du quatuor et de leur caractère, comme disputes, confidences, premiers amours, loisirs... travail aussi car les deux aînées doivent gagner de l'argent, étant donné que le pasteur s'est ruiné, ce qui ne va pas sans de nombreuses plaintes. Leur train-train est bouleversé par la connaissance d'un voisin Laurie et de son précepteur, le professeur M. Brooke.

Ce qui aurait pu être de beaux portraits de femmes se réduit à des descriptions quelque peu naïves et idéalisées, tout empêtrées de morale. Peut-être parce que le père est pasteur que la morale est si présente dans la vie de ces jeunes filles. Est-ce un reflet du puritanisme ambiant ? En outre, le père est absent à cause de sa participation dans la guerre de Sécession mais jamais un mot n'est rapporté sur les causes de cette guerre et sur ses désastres... Toujours est-il que le ton sentencieux et les bons sentiments abondent et finissent par lasser... ou ce livre est-il plaisant à lire qu'à l'adolescence ?

A côté de ces jeunes filles en fleur, le portrait caricatural de la tante, vieille fille insupportable avec un perroquet tout aussi insupportable, apportent une note de gaîté dans ce monde lénifiant. L.M. Alcott s'attache donc à décrire le monde de l'enfance en mettant en relief l'importance de l'imagination mais aussi la naissance d'un écrivain, Jo. Ce roman est très différent des sombres machinations et du suspense présents dans Derrière le masque et Secret de famille du même auteur, qui présentent des intrigues et une écriture beaucoup plus attrayantes...

Les quatre filles du Docteur March - BANDE-ANNONCE

Le film : Comédie gentillette, comédie qui ramène le sourire, ce film comporte les mêmes défauts que le livre, vraiment classique, mièvre et lisse, malgré de beaux décors et un casting d'actrices tout à fait remarquables. L'une des curiosités de ce film est de voir K. Dunst, toute jeune actrice incarnant Amy. Condensant la série de livres de L.M. Alcott, on suit la destinée de ces quatre jeunes filles, découvrant ainsi des moments bouleversants comme la mort d'une des sœurs, certainement la plus généreuse, et le destin littéraire de Jo, qui est en fait la véritable héroïne de ce film en s'accomplissant aussi bien professionnellement que dans sa vie amoureuse...

Alcott, Les quatre filles du docteur March, Folio junior, 375 p.

Les quatre fille du docteur March, Gillian Armstrong, avec Susan Sarandon, Wynona Ryder,114 min

Challenge back to the past organisé avec Lou.

23 avril 2011

Le Rhin, lettres à un ami de V. Hugo : ISSN 2607-0006

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"L'esprit de tout rêveur chausse les bottes de sept lieues" (préface) : V. Hugo écrit sa première lettre sur son voyage près du "rhenus superbus" en 1838, lors d'un périple avec J. Drouet qui va l'amener jusqu'en Allemagne, puis un deuxième voyage en 1839 l'amène en Suisse. "Que faire sur la banquette d'une diligence à moins qu'on regarde ?", écrit V. Hugo à son ami. Et V. Hugo ne cesse d'observer ce qui l'entoure, il loue la beauté des paysages tout en racontant mille anecdotes anodines, faisant la peinture en mouvement des gens, des villes, de la nature...

Ce qui étonne, c'est que le voyage est plus temporel que spatial : les descriptions de monuments sont souvent austères, précises et techniques. Transepts, absides, nefs, vitraux, rien n'est épargné aux lecteurs. L'évocation d'un nom historique entraine un inventaire aride d'hommes historiques. Citations, listes de noms, de villes, on retrouve dans le style épistolaire l'esthétique de ses romans. Mais la pesanteur des listes érudites est allégée par d'amusantes anecdotes notamment celle de la tradition des pourboires ou elles se font parfois poétiques car "la marche berce les rêves" : " le Rhin lui-même semble s'être assoupi ; une nuée livide et blafarde avait envahi l'immense espace du couchant au levant ; les étoiles s'étaient voilées l'une après l'autre ; et je n'avais plus au-dessus de moi un de ces ciels de plomb où plane, visible pour le poète, cette grande chauve-souris qui porte écrit dans son ventre ouvert: melancholia".

Mais V. Hugo (Une exposition virtuelle est consacrée à V. Hugo sur le site de la BNF) est bien un homme de son temps, le chef de file des romantiques. Son intérêt pour les ruines, les légendes anciennes et le passage du temps sont des thèmes typiquement romantiques. De même, l'importance de la nature ou la dimension fantastique de certaines descriptions, lors de la découverte du tombeau de Hoche, découverte dans le clair de lune à Weiss Thurm, reflètent l'engouement des Romantiques pour l'ailleurs, le surnaturel... Plus il s'approche du Rhin, plus les lignes sont hantées par des présences invisibles, les légendes de la dame blanche, de la tour des rats de Falkenstein...

Baudelaire disait de Victor Hugo ( Réflexions sur quelques-uns des mes contemporains, 1861) : "L'excessif, l'immense sont le domaine naturel de V. Hugo ; il s'y meut comme dans son atmosphère naturel". C'est effectivement des descriptions grandioses qui de dégagent de ces lettres, dépassant largement le cadre d'un simple récit de voyage, avec une évocation de l'histoire passée et présente. Ces lettres nous livrent un beau voyage dans le temps et l'espace, tout en savourant le style si particulier d'un poète, romancier et dramaturge représentatif du XIXeme siècle.

Hugo, Le Rhin, lettres à un ami, Le voyage littéraire, François Bourin éditeur, 564 p.

Autres oeuvres : Les travailleurs de la mer, Ruy Blas,

Merci BOB pour ce partenariat ainsi que les éditions François Bourin

18 août 2010

Les lettres Edith Wharton : ISSN 2607-0006

 

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Cette petite nouvelle Les lettres reprend des thèmes chers à Edith Wharton, issu d'un milieu mondain new-yorkais décadent, en pleine mutation, à la charnière du XIX et XXeme siècle : le poids des apparences, les sentiments amoureux et celui de l'argent.

A cause de la mauvaise volonté d'une élève, et de l'entrevue qui s'ensuit avec Mr Deering, le père de l'élève, Lizzie, institutrice peu fortunée, se retrouve à embrasser son employeur, un peintre qui a fait un malheureux mariage. Peu à peu, une complicité se tisse entre ces deux personnages. Deux mois plus tard, à la mort de sa femme, Deering retourne en Amérique. Quels sentiments éprouvent-ils ? Quel destin attend notre héroïne ? "La richesse de cette vie cachée - voilà ce que la surprenait le plus ! Elle n'en avait jamais eu le moindre soupçon et s'en était tenue à suivre l'interminable sentier étroit de la routine comme un voyageur qui grimpe un raidillon dans le brouillard pour se découvrir, soudain, sur un éperon rocheux noyé de soleil, entre infini de l'azur et les abîmes vertigineux des vallées. Le plus étrange, c'était que les gens autour d'elle - tout le petit monde de la pension Passy - semblait cheminer sur ce même et morne sentier, absorbés par les cailloux sous leurs pas, ignorants de la splendeur au-delà du brouillard." Elle lui écrit des lettres qui restent sans réponse. Lorsque leur chemin se croise à nouveau, elle est devenue une riche héritière tandis que lui est ruiné et sans avenir...

On retrouve ici la magnifique plume de la romancière américaine Edith Wharton. Le début  et la fin sont très rapides, abrupts comme si la narration d'une intrigue n'avait pas réellement d'importance car ce qu'elle cherche à développer c'est le sentiment amoureux. Les métaphores printanières abondent mais c'est pour mieux cacher une réalité sordide.  Elle décrit la cruauté de la vie et le bonheur reposant sur un mensonge... car Lizzie est moins naïve que prisonnière de ses sentiments. Lorsqu'elle saura la vérité sur son mariage, elle refusera de la regarder en face. T. S. Elliot, je crois, disait que les gens ne peuvent supporter trop de réalité. Dans cette nouvelle psychologique, Edith Wharton sonde l'âme d'une jeune fille enfoncée dans ses illusions. On ne peut que regretter la brièveté de cette nouvelle, qui ne permet pas de développer ce thème, mais elle a su merveilleusement et brutalement décrire le désenchantement et les désillusions de la vie...

Wharton, Les lettres, Folio 2 euros, 92 p. (extrait du recueil Le fils et autres nouvelles).

Autres romans : Xingu, Chez les heureux du monde, Le triomphe de la nuit

Lu dans le cadre du challenge Edith Warthon de Titine, site plaisir à cultiver.

9 avril 2011

The house of mirth de Terrence Davies : ISSN 2607-0006

 

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"Le monde est un théâtre, mais la pièce est mal distribuée "(Oscar Wilde ) : tel semble être le propos de l'adaptation très fidèle du sublime roman d'Edith Wharton, The house of mirth, par Terrence Davies. Lily Bart a raté son train et elle rencontre dans le hall d'une gare, Selden, un avocat qu'elle aime sans l'avouer. Lily désargentée n'a d'autre choix que de faire un beau mariage si elle veut continuer à évoluer dans les hautes sphères de la société new-yorkaise.

Le raffinement des objets et des costumes, les couleurs chatoyantes, les scènes rutilantes vont peu à peu laisser place à la grisaille. Aux fêtes mondaines succède la solitude, car les splendides intérieurs ne font pas oublier, sous la beauté de la reconstitution, la fausse bienséance et la vanité de ces aristocrates " comme il faut". L'apparence et l'argent ont plus d'importance que les valeurs morales auxquelles l'héroïne est attachée. A côté de ces aristocrates impitoyables, n'hésitant pas à user de Lily pour arriver à leur fins comme Bertha Dorset, Gus Trenor, évoluent aussi les arrivistes comme Rosedale, Mrs Hatch. Intrigues et coups bas précipiteront Lily dans la déchéance : plans fixes, gros plans, la lenteur des images mais la brièveté des scènes traduisent l'attente du mariage puis la déchéance. "Les gens disent toujours des choses malveillantes", dit Grace Stephney, qui contribue par ses révélations à la chute de Lily. L'histoire des lettres pouvant mettre à mal la malveillante Bertha illustre bien l'interrogation de Lily : où s'arrête la dignité, où commence la droiture ?

"Le mariage n'est-il pas votre vocation ?", demande Selden à Lily. Comme toute héroïne tragique, Lily subit un destin auquel on la destine. Mais elle hésite devant un dilemme : mariage d'amour ou d'argent. Les partis qui se présentent à elle sont des Percy Grace transpirant d'ennui tandis que Lily est véritablement attachée à Selden. L'atrice Gillian Anderson, par ses traits diaphanes et son élégance, semble tout droit sortir du roman d'Edith Wharton, tant elle incarne la beauté et la jeunesse puis le désespoir sans jamais se départir de ses bonnes manières et de sa grâce. G. Anderson est éblouissante et magnifique dans ce rôle : elle donne vie aux frémissements intérieurs du personnage d'E. Wharton. L'écriture de la suggestion de la romancière est bien rendue : sans lourdeur didactique, sans pathos, les dialogues sobres contribuent à rendre palpable la pression exercée sur Lily. Les images impeccables, la reconstitution fabuleuse n'empêchent pas l'héroïne d'être émouvante et le film, comme le livre, restent inoubliables.

The house of Mirth, 134 min, de Terrence Davies, avec Gillian Anderson

Autre film : Orgueil et préjugés

challenge "back to the past", organisé avec Lou.

challenge Edith Wharton de titine, blog, plaisir à cultiver.

'' house of mirth '' - official film trailer - 2000.

5 avril 2011

Back to the past : le challenge ISSN 2607-0006

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Vous frémissez en regardant The turn of the screw ? Vous êtes envoutés par les somptueux décors de Pride and prejudice ? Les tenues de Fanny vous fascinent dans Brigth star ? Tous ces films ont en commun d'être des "costume drama", des films d'époque à l'intrigue romanesque ou historique qui nous enchantent par la mugnificience des décors et des costumes, par l'ambiance particulière d'une époque. Ressuscitant des périodes passées, ils évoquent aussi bien la vie de personnalités, telles que Jane Austen dans Becomming Jane, ou une figure royale comme Marie Antoinette, que les moeurs de l'époque : Oliver Twist, Lady Chatterley ... Si vous aimez regarder des films victoriens, édwardiens..., plonger dans une époque révolue où on portait robes longues et capelines - parfois très seyantes comme le fait remarquer si judicieusement notre chère Lou, capes et perruques, inscrivez-vous au challenge "back to the past" que nous organisons avec Lou.

Voici une liste chronologique non exhaustive, s'inscrivant d'une période aux limites un peu floues, allant du  Moyen-âge au début du XXeme siècle (1930). Humoristiques, magnifiques, sensuelles ou historiques, Lou vous a concocté des logos "drama", pour orner vos billets.

*Vous avez jusqu'au 30 juin 2012 pour publier au moins un billet (mais aussi beaucoup plus, si vous voulez).

*Quelques idées et d'autres que vous trouverez sur le site films en costume :

-Dowton abbey ( GB, 1912), The king speech ( GB, 1925), Gosford Park (GB, 1932),

- Picnic at Handing rock, (1900), Une chambre avec vue, (1907), Lady Chatterley, A la recherche du temps perdu.

XIX : Neverland, Sherlock Holmes, Frankenstein, Oliver Twist, Les hauts de hurlevent, Les misérables, Madame Bovary, La dame de Windsor, Le portrait de Dorian Gray, Barry Lindon, Dracula, Les contes et nouvelles de Maupassant, Germinal, La bête humaine, Thérèse Raquin Manfield park ( 1806),, Persuasion (1814), Emma, (1815), Jane Eyre (1829), The youg Victoria, (1837), La leçon de piano (1851),  Little woman (1861), the portrait of lady (1872), FRom Hell ( 1888),Tess of the Ubervilles ( 1884)

- Marie Antoinette ( 1769), Valmont, Les liaisons dangereuses ( 1782), Sense and sensibility (1795), Becomming Jane ( 1795), Pride and Prejudice (1797), Northanger abbey ( 1798), Sleepy Hollow (1799)

* édit du 5/04

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*"Vous pouvez aussi opter pour l'option Tea Cup Special offer ! Mais pour devenir la reine de la tasse de thé, il vous faudra parler de dix films ou séries se passant en Grande-Bretagne, toujours à la même époque". Voici deux logos conçus spécialement pour nos british frendly. So ready ?

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3 avril 2011

Totally killer de Greg Olear : ISSN 2607-0006

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Quid pro quo : Nom d'un bureau de placement, cette expression latine signifiant "donnant donnant", cache dans le roman de Greg Olear, une organisation surprenante, à l'opposé du "politiquement correct". Lorsque Taylor Schmidt débarque à New York, fraîchement diplômée, elle va découvrir les rouages de cette agence. Désespérée, elle a fait appel à eux car le marché du travail est saturé. Le contrat qu'elle accepte va se révéler monstrueux, comme un pacte faustien. Mais Taylor est morte et le narrateur, 18 ans plus tard, commence à évoquer sa vie. Que se cache derrière l'organisation Quid pro quo ? La fin justifie-t-elle les moyens ? 

" En 1991, ma génération, la génération MTV, les tire-au-flanc, shin jin, rui, la génération X" : Des listes des objets cultes de la génération 1990 emplissent le récit comme dans Les choses de Pérec, les objets, séries TV, marque de t shirt, d'aliments, musique et films ressuscitent une époque pas si lointaine. C'est une pertinente réflexion, que le narrateur mène, sur un monde à peine disparu où même un proverbe comme "on ne va pas en faire tout un fromage" est devenu obsolète.

" C'était l'argent qui était à l'origine de notre mécontentement". L'un des leitmotiv du livre est la difficulté de ces jeunes de trouver du travail dans les années 90. Au-delà de la description de la société de consommation, c'est tout un système économique où "Le pouvoir corrompt mais le pouvoir fascine", que l'auteur critique.

Ce qui est déplaisant, c'est le style trash, parfois grossier, mêlant références antiques et culture populaire des années 90. Avec un narrateur complètement obsédée par la femme dont il retrace la vie, cher lecteur, ne vous attendez pas à une écriture racinienne. Mais ce mélange culturel, où Hadès côtoie des références à Batman, est bien le reflet de cette fin du XXeme siècle. Lecteurs, vous trouverez dans ce polar une critique sociétale doublée d'humour noir, cependant Totally killer est aussi  un thriller avec une intrigue passionnante dont la fin est renversante. La satire grinçante des baby-boomers, ne doit pas faire oublier que Totally killer est un très bon thriller machiavéliquement organisé avec du suspense et une fin étonnante, où le vrai et le faux sont difficiles à démêler. Un livre générationnel remarquable !

Olear, Totally Killer, Gallmeiter, 301p.

Merci BOB et Gallmeister pour ce partenariat.

L'avis de Stéphie.

15 avril 2011

Sarah Bernhardt vue par les Nadar, Préface de Pierre Spinekoff : ISSN 2607-0006

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"En ce temps sans beauté, seule encore tu nous restes, / Sachant descendre, pâle, un grand escalier clair, / ceindre un bandeau, porter un lys, brandir un fer,/ Reine de l'attitude, princesse du geste", écrit Edmond Rostand, qui comme tant d'autres auteurs peintres, photographes, ont été fascinées par "La divine", l'une des personnalités les plus marquantes du tournant du XIXeme siècle. Dans l'album de photographies Sarah Bernhardt vue par les Nadar, elle n'apparaît pas autrement que dans toute sa splendeur.

C'est en 1844 que naît Sarah Bernhardt (biographie Larousse) qui va conquérir les planches de Paris. Dans sa biographie qu'elle a elle-même romancée, elle apparaît toujours comme une femme volontaire et mystérieuse, extraordinaire. Après une vocation de religieuse née dans le couvent de Granchamp, elle est prise de passion pour le théâtre, passion qui ne se démentira jamais. En 1862, débute à la comédie française. Elle vole de succès en succès : 1872, Ruy Blas, 1874, Phèdre. elle mène une vie faite de scandales mais son génie et son talent éclate dans les photos et sur scène. Véritable personnalité de son époque, elle fait de nombreuses tournées triomphale en Amérique, en Angleterre. Superstitieuse et fantasque, elle s'entoure d'objets macabres allant dormir dans un cercueil. Extravagante, elle a serti une tortue de pierres précieuses. Femme fatale mais aussi courageuse, - sa devise est "quand même"- elle transforme l'Odéon en hôpital en 1870 et joue devant les soldats en 1914. Elle s'entoure d'artistes et rend célèbre Mucha. Des artistes comme Rostand lui rende hommage dans des poèmes. Elle-même sculpte et écrit ( ses mémoires intitulés Ma double vie, Les mémoires d'une chaise.). Elle incarne aussi Dona sol ou phèdre en 1874.  En 1916, infirme, amputée d'une jambe, elle repart en tournée en Amérique. Jusqu'à 68 ans, elle se donne corps et âme à son art, jusqu'à l'épuisement.

Seule ou avec d'autres acteurs, Les Nadars photographient Sarah dans des mises en scène théâtrales de Macbeth ou Gismonda, photographies accompagnées de poèmes qui ont chanté les beautés de l'actrice. De grande qualité, les images montrent la comédienne, tour à tour, en Médée, Hamlet, Gismonda. Ce beau livre rend hommage à une femme majeure de la scène française et à deux photographes de génie.

 Sarah Bernhardt vue par les Nadar, introduction de Spivakoff.

29 mars 2011

Musset à la scène et à l'écran au XXeme siècle : ISSN 2607-0006

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"C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui" (scène 4, Acte I, On ne badine pas avec l'amour). Les mots et les thèmes de l'oeuvre mussetienne résonnent d'universalité et de modernité. On parle de" Maison Musset", tant ses pièces sont jouées à la Comédie Française. Musset écrit après son dépit de l'échec de La nuit vénitienne, "Un spectacle dans un fauteuil". Certes, avec son marivaudage amoureux, le théâtre de Musset est un théâtre de la parole mais sa grande théâtralité lui permet d'être encore mis en scène et de laisser libre court à l'imagination de grands auteurs et réalisateurs.

Ecrivain majeur du XIXeme siècle, il influence aussi bien Hugo, qui dans Marion Delorme s'inspire de A quoi rêvent les jeunes filles, que Renoir dans La Règle du jeu ou Wilde dans L'important d'être constant. Ses pièces sont souvent coupées, retravaillés, adaptées. Pourquoi Musset fait-il l'objet de tant de changements ? L'hybridité des adaptations vient du mélange des registres et des genres dans les pièces de Musset qui se prêtent ainsi à de multiples remaniements.

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Si Les caprices de Marianne,* de Claude Loursais (1962) reste fidèle au texte dans sa version filmique, conventionnelle, Elena Hazanov* modernise la pièce en la situant dans un Paris contemporain, les guitares électriques remplaçant les sérénades d'antan et en coupant des répliques. Mais nos deux héros désenchantés restent les figures immortelles  d'une jeunesse désemparée. Les "fantaisies tristes" de cet écrivain continue d'inspirer les réalisateurs comme Eric Civanyan, qui a adapté Il ne faut jurer de rien en 2007, avec Gérard Jugnot et Jean Dujardin. De même, les réalisateurs se sont emparés de la vie de l'auteur. Après A Malibran de C. Guitry, Les Confessions d'un enfant du siècle de Santelli ou Les enfants du siècle de Diane Kurys, ( 1999, avec Juliette Binoche et B. Magimel), une adaptation de La confession d'un enfant du siècle de Sylvie Verheyde va être bientôt paraître sur nos écran avec Pete Doherty et Charlotte Gainsbourg : deux enfants du XXIeme siècle... Musset poussiéreux ? Espérons que S. Verheyde nous apportera une preuve supplémentaire qu'il ne l'est pas !

* Liens vers les films ou bandes-annonces.

* Les caprices de Marianne, film d'Elena Hazanov, 1h16.

* journée d'étude, " La scène est où on voudra", Musset à la scène et à l'écran au XXeme siècle, 16 mars, Université de Rouen.

13 mars 2011

La lettre écarlate d'Hawthorne : ISSN 2607-0006

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Un long prologue montre l'affection de l'auteur pour la ville de Salem. Il faut savoir que le trisaïeul du romancier, ainsi que le père de ce dernier,  furent des juges sans pitié. John Hawthorne (biographie Larousse) participa au fameux procès des sorcières de Salem (1692). Hawthorne y évoque sa vie d'inspecteur des douanes, dans un milieu très conservateur et poussiéreux. Un jour, parmi de vieux papiers, il trouve un énigmatique rouleau écrit par l'inspecteur Pue au XVIIIeme siècle, avec un tissu superbement ouvragé, sur lequel est brodé la lettre A. Mais quelle est l'énigme de cette lettre ?

Cette "relique" est intrinsèquement liée à l'histoire d'Hester Prynne : à son arrivée en Nouvelle Angleterre, sans son mari médecin resté étudier en Allemagne, Hester et le révérend Dimmesdale ont une liaison coupable. Lorsque naît leur enfant Pearl, la jeune femme doit porter le symbole de son péché : elle brode un A écarlate qu'elle porte sur sa poitrine, signe visible de sa déchéance. Son mari, Roger Chillingworth arrive au moment où sa femme est exposée aux yeux de la foule, pendant trois heures, sur le pilori de l'infamie. Il lui demande de ne pas révéler son vrai statut, tant qu'il ne sera pas vengé de cet outrage, car nul ne sait qui est l'amant d'Hester. Commence pour notre triangle amoureux, un drame non pas vaudevillesque mais tragique. Comment le mari va-t-il se venger ?

A l'image de la lettre écarlate, formidablement brodée par Hester, l'auteur entrelace différents motifs. Ce livre se teinte des couleurs symboliques tels que le rouge et le noir. Le doyen adresse à la foule" un discours sur le péché et ses pièges divers entremêlées de continuelles allusions à la lettre infamante" : ce discours est tel qu'il associe le rouge de la lettre aux flammes de l'enfer, exacerbant les terreurs des villageois. Mais cette lettre symbolise aussi l'expiation d'Hester tandis que le noir va être l'apanage de l'âme de son mari : la cruauté de sa revanche prend aussi une couleur infernale. La lutte entre le Bien et le Mal que mène le pasteur, dans sa paroisse et intérieurement, empreint le texte de religiosité, peignant ainsi la vie des puritains, dans la Nouvelle Angleterre du XVIIeme siècle.

Sous le joug de la religion, ces trois personnages se débattent et c'est leur combat intérieur que nous livre l'auteur. Au-delà du visible, Hawthorne se penche sur l'invisible en rendant les états d'âme imagés : le courage, la générosité et la solitude d'Hester, la souffrance allant jusqu'à la folie du pasteur lâche et la cruauté de Roger Chillingworth. mais une issues est-elle possible pour ces trois acteurs du drame ? Ces faits authentiques, rehaussés par l'imagination et l'écriture de Hawthorne permettent de témoigner d'une période de l'histoire de l'Amérique et brille d'un certain éclat dans cette littérature puritaine dont peu de récits perdurent...

 Hawthorne, La lettre écarlate, GF, 299 p.

20 mars 2011

Les sorcières de Salem d'Arthur Miller : ISSN 2607-0006

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Les sorcières de Salem : La fille du révérend Parris, Betty, ne peut plus bouger : sorcellerie ? Plusieurs jeunes filles, dont Mary, Abigaïl,... qui vont constituer le jury présidé par Hawthorne, sont prises de visions et accusent plusieurs femmes d'accointance avec le diable : parmi elles, se trouvent Elizabeth Proctor, dont le mari fut l'amant d'Abigaïl. quatorze femmes sont arrêtées et condamnées à la pendaison. Puis trente neuf. Au fur et à mesure que la vérité se fait jour, l'imagination, la folie collective, l'hystérie du jury composé des jeunes filles grandissent. De simples poupées, deviennent des objets vaudou, les vieilles dames venant mendier deviennent des sorcières et la lecture de romans devient diabolique. "Elle ne savait pas ses commandements, c'est une preuve accablante ! les juges l'ont dit", s'exclame Mary servante des Proctor. Le puritanisme, la peur de la pendaison, la superstition aveuglent chacun alors que la sorcellerie semble présente partout : John Proctor voulant sauver sa femme et se riant de toutes ses superstitions va bientôt être accusé. Cependant, derrière la chasse aux sorcières se révèlent des histoires de vengeance et de jalousie, des mobiles pécuniaires et de la rancoeur...

En trois actes, Arthur Miller, avec une écriture dépouillée mais efficace, crée  une tension qui ne  cesse de croître. Drame de la jalousie et de l'honneur, tous les sentiments exacerbés se succèdent sous la plume de l'auteur : dénonciation, cupidité, aveuglement : Arthur Miller scrute l'âme humaine. Où est la vérité ? Sorcellerie ou fanatisme ? Tandis que les arrestations pleuvent, les masques tombent aussi... Ce tristement célèbre épisode de l'histoire américaine fait écho à la chasse aux communistes sous McCarthy. A chaque époque, la justice semble se dissoudre sous les attaques d'une certaine Amérique puritaine, sous la bassesse et l'hypocrisie. Une pièce remarquable !

La Chasse aux sorcières (1996) - Bande-annonce officielle VF

La chasse aux sorcières : "Je hais l'hypocrisie", dit Abigail qui incarne avec force un amour passionnel mais destructeur. Dans ce film d'époque, dont l'atmosphère de suspicion est très bien rendue, l'iniquité du procès est renforcée par le dénouement : les méchants ne sont pas toujours punis alors que les innocents n'éhappent pas à la mort... Ce film visuellement très classique est porté par des acteurs magnifiquement possédés, notamment Winona Ryder, non par le diable, mais par leur rôle.

Miller, Les sorcières de Salem, Robert Laffont, Pavillon poche, 239 p.

La chasse aux sorcières, adapté par N. Hytner, Winona Ryder, Daniel Day Lewis, 1996 , 1h51.

 L'avis de Lou !

20 mars 2011

Le jardin du diable d'Atkins : ISSN 2607-0006

 

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S'il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark de Hamlet, l'Amérique de la Prohibition n'est guère plus reluisante. C'est ce que découvre à ses dépends le détective privé de l'agence Pinkerton, Samuel Hammett, qui deviendra l'écrivain Dashiell, l'auteur de la Moisson rouge et de La clé de verre.  Lors d'une fête orgiaque, présidée par un acteur comique du cinéma muet, Roscoe Arbuckle, une jeune femme, vaguement actrice, meurt. Aurait-elle été violentée par Roscoe ivre ? A-t-il tué cette femme ? Qui est réellement la jeune fille qui l'accompagnait ? Suit le procès du célèbre acteur parallèlement à l'enquête de Samuel. Aidée d'un agent de la Prohibition, il mène une enquête à San Fransisco tout en côtoyant les milieux cinématographiques, les milieux de la presse... ce qui lui permettra de découvrir une scandaleuse vérité...

Le jardin du diable est un livre à l'écriture cinématographique, découpée en courts chapitres ressemblant à des séquences filmiques, suivant plusieurs personnages de l'histoire simultanément. La lenteur de l'enquête, la lourdeur de l'écriture* rendent pénible l'immersion dans cette enquête véritable des années 1921. Mais petit à petit Atkins a su développer une histoire riche sur la peinture d'un milieu, ressusciter l'atmosphère délétère de l'époque, celui des starlettes, des arnaqueurs, des bootleggers... "ces gens sont des cannibales, ils vous dévoreraient jusqu'aux os" ,dit à Roscoe son avocat. Cette métaphore est bien l'expression d'un milieu sans pitié, sans morale où les bootleggers et les nantis font la loi. Au-delà du tableau de la corruption par l'argent, Atkins a su montrer la naissance d'un écrivain : il abandonne les histoires de fragiles vieilles dames pourchassant des criminels pour la vérité d'une Amérique corrompue. Les moeurs dépravées de l'époque inspireront à Sam Hammett la matière brute de ses futurs romans... Un bon sujet, mais l'écriture d'Atkins est empreinte de lourdeur et fastidieuse à lire...

 Atkins, Le jardin du diable, Les éditions du Masque, 462 p.

* Exemple de métaphore improbable : "quand elle se tourna vers elle, Maude remarqua une touffe de poils de bonne taille entre ses cuisses blanches, comme un caniche français étranglée" ?

Merci BOB pour ce partenariat ainsi que les éditions du masque.

voici le billet extrêmement complet de Wens.

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