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21 mai 2014

La fleur au fusil / Le der des ders de Tardi : ISSN 2607-0006

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On retrouve la touche des Adèle Blanc-sec dans Adieu Brindavoine : dans l'appareil didactique qui suit cette BD, on apprend qu'elle a été publiée dans un journal hebdomadaire. BD-feuilleton donc, elle met en scène M. Brindavoine, un dilettante, à qui Zarkhov promet un brillant avenir. Brindavoine part à Istambul à la rencontre de son mirifique destin où il fait la connaissance de Carpleasure, un exentrique anglais, qui n'hésite pas en pleine traversée du désert, menacé de mort, à boire son thé. Rêves, aventures rocambolesques, coincidences se succèdent de manière effrénée. Cette aventure très fantaisiste nous permet de faire connaissance avec un anti-héros, Brindavoine, qui va devenir soldat Dans La Fleur au fusil.

En quelques planches, où sont présents aussi les mêmes procédés de rêve, d'animation des objets, La fleur au fusil illustre la vision pacifiste de Tardi : condensés en quelques cases où domine le rouge sang, on voit des combats absurdes et sanglants mais aussi des fraternisations. Certains hommes sont métamorphosés en brute par la guerre, aveuglés par leur pouvoir. Avec des détails historiques réalistes, en employant l'argot des troupiers, Tardi dénonce la guerre avec l'évocation des désertions, des orphelines de guerre, des morts.

Tardi, Adieu Brindavoine, suivi de La fleur au fusil, Magnard Casterman, 79 p.

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Quelques thématiques sont récurrentes chez Tardi : comme les polars, la première Guerre Mondiale... Ce sont ces éléments que l'on retrouve dans Le der des ders. En 1920, le détective privé Eugène Varlot est engagé par un colonel, Fantin de Larsaudière qui soupçonne sa femme d'avoir des relations extra-conjugales. Dans des planches en noir et blanc, on découvre peu à peu une histoire de chantage, avec en arrière-fond, une description du Paris de l'entre-deux-guerres, avec mille détails historiques qui ne démentent pas l'intérêt de Tardi pour l'Histoire. De surcroît, un épisode sordide et trouble de 1917 est développé ; de même, les cauchemars de Varlot - ancien combattant - et l'évocation des gueules cassées permettent au bédéiste de développer sa critique de la guerre.

Même si les dessins me semblent souvent très surchargés, on peut voir, dans ces trois histoires, se déployer le talent de l'auteur de C'était la guerre des tranchées pour créer le suspense, les caricatures mais auss le comique.

Daeninckx, Tardi, Le der des ders, Magnard Casterman, 107 p.

Participation au challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie BD, mon bilan)

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13 avril 2014

La domination masculine de Bourdieu : ISSN 2607-0006

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La question des genres a fait son entrée fracassante dans les programmes d'histoire des lycéens en 2013. Elle a suscité une bien vive polémique en raison peut-être des amalgames faits autour de cette notion. Le sociologue Bourdieu, dans La domination masculine, analyse ce terme en tant qu'outil sociologique. S'appuyant, dans une première partie, sur une étude de la société Kabyle, de ses moeurs et de son langage révélateur, il démontre comment les sociétés méditerranéennes sont androcentriques. C'est l'école, l'Eglise ou l'Etat qui sont le lieu d'une élaboration et d'une imposition des principes de domination masculine. Par ailleurs, il parle de " violence symbolique" faites aux femmes et aux minorités car elle est invisible même pour ses victimes. Par exemple, au Nigéria, le " dénigrement intériorisé de tout ce qui est indigène" ont amené leurs habitants à parler anglais. En outre, il constate que l'homme est prisonnier de sa représentation et que c'est un long travail de socialisation qui l'amène à vouloir dominer les autres : "le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière comme universelle".

Si l'on remonte dans le cours de l'Histoire, on verrait que la reproduction de la domination masculine se fait de manière inconsciente : la monarchie de droit divin ou la "propagande iconographique" justifie une hiérarchie où la femme est exclue. En s'appuyant sur la notion de plafond de verre ou de " l'être perçue" ( la femme utilise la séduction comme arme car cela recouvre une image attendue de la collectivité). Un exemple, choisi par Bourdieu, est le choix du prénom des filles en Amérique qui est souvent français pour des raisons de séduction alors que les prénoms masculins sont souvent des prénoms choisis dans l'histoire du pays. 

L'auteur montre comment l'écart se maintient malgré des mutations sociales en faveur de la condition féminine. Ces changements visibles, selon lui, comme l'indépendance financière, l'apparition de nouveau type de famille, masque la permanence des structures. En s'appuyant sur des exemples précis et concrets, sans jargon excessif et de facto tout à fait accessible, Bourdieu définit la notion genre comme un outil d'analyse pour réfléchir sur les rapports des hommes et des femmes et de leur place dans la société, qui sont déterminés par l'histoire.

Bourdieu, La domination masculine, Points essais, 158 p.

Tomboy - Trailer

Le film commence sur un gros plan, celui du visage de Laure. Visage ambigu aux cheveux courts. Enfant déracinée, qui a connu de nombreux déménagements, Laure cherche ses repères dans sa nouvelle ville. Lorsque Lisa la prend pour un garçon, elle ne cherche pas à la détromper car cela lui permet de s'intégrer plus facilement à un groupe de garçons.

Les images de l'enfance, de ses jeux, de son insouciance ou de ses inquiétudes sont filmés très subtilement. On perçoit nettement une différence entre les jeux turbulents des garçons, habitués à se battre tandis que la petite soeur Jeanne reste sagement à la maison, jouant à la poupée. Les stéréotypes semblent à l'oeuvre dès l'enfance. Mais, me semble-t-il, Tomboy aborde moins la question des sexes que celle de la différence. C'est aussi un très beau film sur l'intégration de l'autre et sur l'innocence : comment Laure va-t-elle surmonter les problèmes liés à son mensonge ?

Le sujet du film a provoqué de nombreuses polémiques ( pétition "Non à la diffusion du film Tomboy dans les écoles !" en 2012) comme la récente pétition de civitas qui voulait empêcher la diffusion de ce film sur arte pour cause de "propagrande pour l'idéologie des genres". Vous pouvez lire l'article très justement ironique de Télérama.

Tomboy,Céline Sciamma, 2011 avec Zoé Héran.

Participation au challenge Le mélange des genres de Miss Léo, (catégorie essais, mon bilan ici)

9 avril 2014

Après / A l'ouest rien de nouveau de Remarque : ISSN 2607-0006

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 A L'ouest rien de nouveau : A travers le récit de Paul Baumer, nous assistons à l'enfer des tranchées, décrivant la vie quotidienne d'un soldat de 1914-1918 : " Feu roulant, tir des barrages, rideau de feu, mines, gaz, tanks, mitrailleuses, grenades, ce sont là mots, des mots, mais ils renferment toute l'horreur du monde".

Lors des permissions, Paul évoque la misère du peuple allemand mais aussi l'incompréhension de ce que vivent les soldats. Blessé, il se retrouve dans un hôpital catholique, ce qui ne l'éloigne pas des horreurs de la guerre : la description des malades est tout aussi insoutenable que celles des soldats tués dans les tranchées. La douleur est omniprésente que ce soit celle des soldats, celle des proches qui pleurent leurs morts, celle des animaux, de la nature. Le narrateur porte un regard lucide et critique sur l'armée et sur les mensonges que recouvrent les termes de devoir et patrie. Il montre aussi comment l'uniforme peut métamorphoser un homme : leur caporal Himmelstoss est un postier dans le privé mais il aime tourmenter les soldats dans les casernes. Un témoignage à lire d'une vision de la première guerre Mondiale sans idéalisation, ni héroïsation.

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Après décrit le retour des soldats qui étaient présents dans le roman A l'ouest rien de nouveau ( pour ceux qui ont survécu, la mort de Paul Baumer est évoquée), mais pour beaucoup, ce n'est pas un retour à la vie : marqués à jamais par l'apocalypse de la première Guerre Mondiale, ces jeunes gens n'ont plus d'espoir. Confronté à une société en proie à la misère ou aux mercantis, ils doivent faire face au désarroi qui envahit leur vie : que faire après avoir connu les atrocités des tranchées ? Ernst évoque le sort de différents soldats, ceux qui sont dans les asiles, qui retournent dans l'armée par fatalisme, ceux qui ne peuvent pas travailler parce qu'ils sont mutilés, ceux qui se suicident... Ils tentent de survivre dans cette Allemagne de l'après-guerre qui souffre à cause de l'inflation du marks et du manque de nourriture. Seul et se sentant " étranger" , Ernst passe ses examens pour devenir instituteur mais il n'arrive pas à s'accoutumer à une vie normale, hanté par les morts du passé.

Comme dans A l'ouest rien de nouveau, Ernst remet en cause l'idéologie enseignée dans les classes tout en soulignant l'absurdité de la guerre. "Je crois que nous sommes tous perdus", dit Rahe, camarade de Ernst. Dans ce récit, souvent le "nous" s'ajoute à la voix du narrateur mais même la camaderie née de la guerre s'étiole hors des combats. Comme A l'ouest rien de nouveau, E. M. Remarque a écrit un témoignage sur le chaos de l'Allemagne après-guerre sans pathos mais où s'exprime avec force le désespoir d'une génération sacrifiée, qui arrive à nous atteindre des années plus tard.

Remarque, A l'ouest rien de nouveau, Livre de poche, 254 p.

Remarque, Après, Folio, 398 p.

Partenariat avec Folio.

Lu aussi par Aaliz et Lilly.

Challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie classiques étrangers). Mon bilan et celui de Miss Léo.

19 mars 2014

Charles Dickens de Ohl : ISSN 2607-0006

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"Dire que la popularité de Dickens fut immense est un euphémisme. De son vivant déjà, tout bourgeois rondouillard portant bésicles avait de fortes chances de se faire appeler Pickwick. Le mot "gamp", du nom de l'un de ses personnages, était synonyme de "parapluie". Tout le monde lisait Dickens : la reine, le peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l'Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes". Dans son avant-propos Jean-Pierre Ohl montre à quel point l'auteur des grandes espérances est populaire en Angleterre, véritable légende dont les personnages semblent côtoyer chaque anglais. Mais cette biographie n'est pas une apologie : l'auteur dévoile une personnalité "complexe, " pétrie de contradictions encombrantes" et "patriarche incommode".

Tout en suivant la constitution de l'oeuvre titanesque de Dikens d'une manière chronologique, Ohl met en parallèle les fictions écrites par Dickens, dont il cite de larges extraits et sa vie hautement romanesque. Par exemple, dans Oliver Twist, la scène du gruau dénonce une réalité sordide contre laquelle se battra Dickens : les workhouses de l'époque font vivre les pensionnaires dans un état déplorable. Les école du Yorkshire font scandale et inspirera les premières pages de Nicolas Nickeby. Le biographe souligne le lien étrange qu'entretient Dickens et ses oeuvres, lien viscéral, qui pourrait être illustré par le tableau Dickens dream de Buss. Il joue le rôle de Wardour, dans une pièce adaptée de Glacial abîme écrit avec Collins, personnage trouble auquel il s'identifie complètement. Et que dire du mystère d'Edwin Drood ? Il continue à fasciner nombres d'auteurs, à tel point qu'il existe des "Writter on Edwin drood" !

Les meurtres et la souffrance sont omniprésents dans l'oeuvre dickensienne mais ils côtoient le comique et la caricature, proche d'un rire grinçant, très moderne selon Ohl. Evidemment dans cette biographie sont décrits les événements majeurs de la vie de Dickens, de son enfance malheureuse à sa fabuleuse popularité, en passant par son voyage en Amérique, ses séances d'hypnose sur une femme rencontrée en Italie. Paradoxalement, Dickens qui incarne l'auteur victorien par excellence semble avoir beaucoup souffert dans cette société rigide que ce soit à cause de son travail pendant l'enfance - traumatisme indélébile - ou son désir de sortir de l'ordre : " toute folie que vous proposez trouvera en moi un écho tout aussi insensé" ( Lettre à Collins). Cette biographie très documentée, qui s'appuie sur celles de P. Accroyd ou de F. Kaplan, fait une très belle place à l'oeuvre géniale du romancier anglais. Et on aurait bien envie de déclarer comme ce fervent admirateur de Dickens que cite J. Green, que toute personne n'aimant pas les romans dickensiens est "sérieusement dérangée" ( p. 186) !

Ohl, Dickens, Folio,277 p.

billet de titine.

Challenge mélange des genres de Miss Léo.

9 mars 2014

Le challenge, " Le mélange des genres" : ISSN 2607-0006

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Miss Léo propose un challenge " Le mélange des genres" - qu'elle présente ici - débutant le 24/02 et se poursuivant au 1er mars 2016. Que faire pour réussir ? Voici le principe : il s'agit de lire des ouvrages appartenant aux quatorze catégories ou genres littéraires figurant dans la liste si-dessous.

- Classique français

- classique étranger : A l'ouest rien de nouveau, Après de Remarque.

- essai : Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, A. Arendt, la domination masculine, Bourdieu, Les monuments men, Edsel,

- récit de voyage

- recueil de nouvelles : La maison des miroirs, Connoly,

- (auto)biographie et témoignage : Charles Dickens, Ohl, La déchéance de Mrs Robinson, Summerscale, L'autobiographie, Darwin,

- recueil de poésie

- pièce de théâtre : L'école des femmes, Molière, La locandiera, deGoldoni, Le Lysistrata, Aristophane,

- roman historique

- roman noir/policier/thriller : Elizabeth George, Le lieu du crime/ Le cortège de la mort,

- roman jeunesse

- roman SF/fantasy/imaginaire

- romance et chick-lit

- BD et roman graphique. Adieu Brindavoine, Tardi.

Alors n'hésitez plus à diversifier les genres de vos lectures et à nous rejoindre !

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9 mars 2014

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem : ISSN 2607-0006

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Il est impossible de résumer une oeuvre aussi dense et une pensée aussi complexe que celle de cette philosophe. Cependant, voici quelques aspects que j'ai retenus de ma lecture de ce livre indispensable aussi bien d'un point de vue humain que philosophique. Lorsque l'enlèvement d'Eichmann - responsable "des affaires juives et de l'évacuation" sous le troisième Reich - à Buenos Aires est annoncée, H. Arendt demande à The New Yorker de couvrir le sujet. Elle commence par décrire les juges, la Cour, les témoins... non pour en faire un simple compte-rendu mais une analyse du procès. Elle observe notamment de nombreuses irrégularités dans le procès et s'interroge sur la légitimité de ce tribunal qui a été formé à Jerusalem car, pour elle, le plus grand crime d'Eichmann est un "crime contre l'humanité", faisant par-là une distinction avec le "crime contre le peuple juif".

Elle analyse donc les arguments de la défense et de l'accusation d'un point de vue juridique. Commençons par les reproches qu'elle adresse à ce tribunal : tout d'abord, elle évoque le fait que les " tableaux", c'est-à-dire l'évocation de l'histoire des témoins, l'arrière plan historique interfèrent inutilement avec le procès. Les témoins n'ont pas de rapport direct avec Eichmann. Même si H. Arrendt nie faire de l'histoire, elle est amenée, à cause de la carrière d'Eichmann dans le parti SS, à évoquer des déportations du Reich, de l'Europe orientale, de l'Europe orientale d'une manière précise et documentée, en s'appuyant sur des sources historiques qui sont récapitulées dans le post-criptum.

D'autres analyses montrent comment Eichmann est devenu un bouc émissaire : on l'accusait d'avoir été à l'origine de l'organisation de la "solution finale", au point d'influencer Hitler. Ainsi constate-t-elle qu'on lui attribue des fonctions et un pouvoir qui n'étaient pas les siens. A contrario, elle remarque qu'Eichmann ne parle qu'à travers le langage du Reich, un langage plein de clichés. Dans le post-criptum, elle cite des sources mais elle revient aussi sur la définition de la banalité du mal ( p. 440), une notion clôturant son chapitre intitulé " Jugement, l'appel et l'exécution" et qui allait créer une polémique souvent par des gens qui n'avaient pas même lu le livre : Qu'on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point dénué de pensée, que cela puisse faire plus de mal que tous les mauvais instincts réunis qui sont peut-être inhérents à l'homme - telle était la leçon qu'on pouvait apprendre à Jérusalem" et elle souligne " l'étrange lien entre l'absence de pensée et le mal"( p. 495). Alors qu'on reproche à H. Arendt d'avoir défendu Eichmann, il semblerait plutôt qu'elle ait justement mis à l'épreuve la faculté de penser propre à chaque humain au lieu de suivre aveuglément les jugements rendus. En outre, l'ironie qui ne sied pas, selon certains, à ce type d'ouvrage et de circonstance, est aussi une forme d'insoumission, me semble-t-il, à une pensée toute faite...

Arendt, Eichmann à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

Billet de Nathalie ( la vie page à page) .Participation au challenge de Miss Léo, présentation ici.

24 février 2014

Une fille dans un caveau de Ruth Rendell : ISSN 2607-0006

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" Cette grandiose et grotesque nécropole aurait pu, si l'on avait récupéré le terrain servir à loger bien des sans-abri. C'était particulièrement sinistre et impressionnant. Jamais auparavant wexford n'avait ressenti si fortement ce frisson opressant de la mort. [...]. La victoire ailée retenait des chevaux, projetés en avant contre un ciel presque noir. sous les arches des colonnades, s'étendaient des ténèbres. Pour rien au monde il n'aurait marché entre ces arches et ces piliers frontaux pour déchiffrer les plaques de bronze fixées aux murs jaunes et humides. Jamais il ne passerait une nuit dans un tel lieu. Il avait gravi les marches pour visiter le cimetière." Et c'est dans ce cimetière de Kenbourne Vale que nous retrouvons Wexford, en convalescence à Londres, chez son neveu, commissaire à la brigade criminelle. Il ne peut s'empêcher de participer à cette mystérieuse enquête où une fille, avec une fausse identité, est retrouvé dans le caveau d'un sinistre cimetière.

La beauté romanesque de cette intrigue se situe dans la lecture de l'inspecteur Wexford : il n'a cure d'aller voir la statue de Peter Pan à Kensington park, en revanche, il va saluer la statue de T. More, auteur de l'Utopie. Des citations en exergue de ce livre ponctuent chaque début de chapitre : les cités idéales construites par les écrivains ont bien pour fonction de critiquer les sociétés dans lesquelles ils vivent. Les quartiers miséreux, le désarroi de certains habitants, la religion, tout est évoqué dans cette enquête où la vie privée de nombreux policiers et personnages, gravitant autour de l'enquête, sont évoqués pour mieux montrer les failles humaines et sociales.

Les recherches se concentrent notamment autour de la famille, des relations entre parents et enfants et du poids de la religion. En revanche, la déambulation dans un Londres pluvieux est charmante malgré la fameuse pluie londonnienne. Cette " dystopie" - c'est ainsi que Wexford surnomme l'enquête - s'attache aussi aux états d'âme de Wexford qui doit faire ses preuves à Londres : malgré ses problèmes de santé et son âge va-t-il réussir à trouver le fin mot de l'histoire ?

Rendell, Une fille dans un caveau, 285 p.

Participation au challenge I love London organisée avec Titine.

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8 février 2014

Le garçon dans le chêne, Fredrick Ekelund : ISSN 2607-0006

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" je marche sur le soleil, debout sur le soleil", " Le soleil remplit jusqu'au bord ma poitrine de miel exquis et dit : un jour toutes les étoiles s'éteindront ; et pourtant elles continuent de briller sans crainte"(edith södergran, poétesse finlandaise, cité p. 87)

Voici un polar venu du froid, qui est tout aussi intéressant et captivant que ceux d'Indridason ou de Mankel. L'auteur suédois F. Ekelund nous emmène au coeur de sa ville, à Malmö, ville industrielle du sud de la Suède, dans une sombre affaire de viol et de crime d'honneur. L'inspecteur Lindström et sa nouvelle stagiaire, Monica Gren, enquêtent sur des immigrés où deux cultures s'opposent radicalement, ce qui ne va pas sans heurts. La victime Yasmina - adolescente mystérieuse dont on nous dessine peu à peu un portrait fascinant, qui participe de beaucoup dans l'attrait de ce polar - était trop libre selon sa famille, vivant dans des conditions claniques, marquée par la tragédie de Sabra et Chatila. Cependant, un deuxième meurtre amène nos deux enquêteurs dans une toute autre direction, assez surprenante.

Comme beaucoup de polars nordiques, la dimension réaliste et sociale transparaît à travers l'enquête. Le quotidien, la culture suédoise, la politique, la littérature, de nombreux sujets sont abordés permettant de nous représenter les mentalités scandinaves. Et qu'en est-il de ce nouvel inspecteur ? Nous découvrons corollairement à l'enquête, la vie de Lindström, qui sans être aussi noire que celle d'un Elendur, vit difficilement le drame conjugal de l'éloignement...

Loin des enquêtes de l'univers atemporel des whodunits où la mécanique du mystère prime sur le reste, Le garçon dans le chêne reflète le monde contemporain, dans une écriture sans fioriture, avec des personnages ayant des failles, des défauts et des enquêtes qui ne suivent pas une ligne droite. On a hâte de découvrir les nouvelles enquêtes de Lindstrôm...

Ekelund, Le garçon dans le chêne, Folio policier, 335 p.

 avis de Lystig

Partenariat Folio

28 février 2014

Au mois de février 2014 : G. Doré, " l'imaginaire au pouvoir" : ISSN 2607-0006

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Que s'est-il passé en Février ? Titine évoque quelques films vus en février comme le vent se lève de Miyazaki ou Minuscule dont parle aussi Dasola ici (Minuscule). Dasola a aussi fait un billet sur 12 years a slave et YSL.

Envie de polars ? Vous pourrez découvrir cet auteur, K. Bruen et Dasola nous présente le dernier Indridason, intitulé le duel, ou opération Stweet Tooth de Ian Mc ewan qu'a aussi aimé Keisha ( d'autres liens sur son site). Keisha m'a d'ailleurs donné très envie de lire De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Baugé qui va bientôt sortir en poche (avril). Shelbylee nous conseille Depuis le temps de nos pères de Dan Waddell. En revanche, ne lisez pas le dernier E. George : voici une critique très drôle de Shelbylee ! Si la littérature japonaise est peu à l'honneur sur ce blog, vous pourrez retrouver le billet de Lilly sur un roman d'Ishiguro, Un artiste dans un monde flottant, qui semble fascinant.

Vous ne savez pas quel défi vous donner cette année ? vous pouvez lire la liste des 10 challenges choisis par cléanthe, ce qui est déjà pas mal ! Shelbylee s'est inscrite au challenge de la seconde guerre Mondiale, elle en parle ici et pour la première Guerre Mondiale, il existe aussi un challenge présenté par Soie. Quel bonheur d'apprendre que le challenge V. woolf, chez Lou,  devient permanent et que le challenge British Mysteries repart pour une deuxième édition !

Et n'oubliez pas d'aller jeter un oeil sur l'exposition Brassai dont parle Titine. Un documentaire " la photo surréaliste" de Luciano Rigolini pose les principes de l'esthétique surréaliste en évoquant les productions de Man Ray, Brassaï, Dora Maar... ( 52 min arte). Arte met aussi à l'honneur d'Henri Cartier Bresson avec le documentaire de P. Assouline ( " Le siècle de Cartier Bresson" 2012, 53 min). Quant à Niki, elle nous parle d'un peintre préraphaélite peu connu, Evelyn de Morgan. Si vous aimez G. Doré, un documentaire sur arte accompagne l'expo du musée d'Orsay : on peut ainsi découvrir des aspects moins connus de la carrière de G. Doré, notamment ses tableaux et ses caricatures ( Documentaire de P. Bouchénic, 2013, 52 min).

Et s'est ajouté à ma PAL, Le mystère Sherlock de J.M. Erre, Eichmann à Jerusalem de H. Arendt, L'encyclopédie de la Grande Guerre ( tome II) sous la direction de Rouzeau et Becker. Bon mois de mars et bonne lecture!

5 janvier 2014

Au mois de janvier 2014... : ISSN 2607-0006

C'est l'heure des bilans ! Vous avez pu lire les bilans des challenges chez Titine, les coups de coeur de Lilly et de Romanza, la liste de meilleurs films et livres de Dasola, "les belles rencontres littéraires" de Cléante, ... Quels sont Mes cinq meilleurs livres de l'année  (qui n'ont d'ailleurs pas été chroniqués) ? Le Rouge et le Noir de Stendhal et ses chroniques italiennes, lu et relu, La dame en blanc de Wilkie Collins,  mensonge romantique et vérité romanesque de Girard ( un essai fascinant abordant la folie livresque de Don Quichotte, Bovary, Julien Sorel...) et  Whodehouse que je suis en train de lire.

 Voici quelques films et séries dont je n'ai pas parlé mais qui m'ont passionnée cette année :

Top of the Lake - Bande-annonce - ARTE

 ♥ Top of the lake : Beaucoup de critiques ont rapproché cette mini-série de l'esthétique de Lynch et avec raison. Les plans d'ensemble montrant de grandes étendues naturelles, sauvages de la Nouvelle Zélande et l'histoire pleine de violence créent une atmosphère étrange, contrastée. Une policière fragile, Robin Griffin revient sur les lieux de son enfance, lieux cauchemardesques où les moeurs ne semblent pas avoir évolué. Elle est confrontée aux problèmes de drogue - et à un caïd local incarné par  le terrifiant Matt Mitcham -, aux violences sexuelles... Lorsque Tui, une jeune adolescente enceinte disparaît, elle mène avec ténacité une enquête qui va la mener aux confins de contrées sublimes et dans un monde de brutalité humaine. On retrouve bien là l'esthétique si singulière de Jane Campion.

Réalisé par Jane Campion, 2013, avec Elizabeth Moss, Holly Hunter, Peter Mullan...

ENQUETES CODÉES S1 bande annonce

Enquêtes codées : 4 jeunes femmes ayant travaillé pendant la guerre à Bletchley Park, dans le centre de cryptage de l'Angleterre, reprennent une vie normale dans les années 1950. Pour les unes, c'est le retour au travail, pour les autres, la vie de mère au foyer.  Susan Gray, douée d'une logique peu commune se rend compte des erreurs de la police au sujet d'une série de meurtres. Elle décide d'intervenir dans cette affaire après s'être souvenue des paroles d'une de ses anciennes copines : " ne sois jamais banale". Et ces quatre femmes ne le sont pas : bravant leur famille, la police, elles vont mener une enquête sur les traces d'un tueur en série. Ce qui apparaît d'abord comme une simple série policière supplémentaire est en réalité intéressante par l'arrière-plan historique même ténue, l'Angleterre de l'après-guerre, et la personnalité des quatre protagonistes.  J'attends la suite de leurs aventures avec impatience.                                                                                        

Bande Annonce Game of Thrones, Le Trône de Fer - Saison 1 [HD]

 ♥ Games of thrones : a priori cette série m'a paru très racoleuse en rassemblant les ingrédients très convenus - qu'on trouvait déjà dans Les Borgia - comme le sexe, la violence et de l'action. Cependant peut à peu, on est curieux de savoir ce que devient la famille Stark, notamment le sort de ses filles, dont l'une Sansa est des plus décidées à jouer un rôle important sans se contenter du mariage, contrairement à sa soeur Arya. Pendant ce temps, des créatures maléfiques s'approchent des portes du royaume des sept couronnes alors qu'une guerre civile va bientôt opposer Daenerys, fille du roi fou tué, et les Lannister. Sans temps mort mais avec beaucoup de sang, D. Benioff et D.B. Weiss développent un monde d'héroic fantasy très bien réalisé et finalement assez prenant...

MOTHER de Bong Joon-ho - Film-annonce

 ♥ Mother : Une jeune fille est trouvée morte et très vite les preuves se portent sur  Do-Joon, un homme de 28 ans se comportant comme s'il en avait 12. Sa mère enquête en croyant fermement à l'innocence de son fils en dépit du bon sens. On retrouve le même type de comique que dans The host, notamment à travers le personnage de Do-Joon, mais c'est surtout le portrait d'une mère qui nous est dressé, un portrait ambivalent et touchant. Mother est un film comique mais aussi dérangeant. C'est encore un très bon film de Bon Joon Ho dont Dasola chronique le dernier film ici.

Réalisé par Bon Joon Ho, 2009

Je remercie aussi les filles pour leurs cadeaux. Merci Niki pour Le secret derrière la porte, Shelbylee pour les Wodehouse; Lou, pour Corps et âme de Conroy et le joli miroir de poche et merci Martine pour les tasses et la boîte à gâteau !

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"Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais" disait O. Wilde. Alors, je vous souhaite une folle année 2014 et mes meilleurs voeux de lectures

27 décembre 2013

A christmas carol, Docteur Who : ISSN 2607-0006

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Lecteurs, vous passez certainement vos fêtes de fin d'année à chanter à tue-tête des chansons de Noël, autour d'un sapin richement décoré et autour d'une table garnie de délicieux mets, avec vos proches. Ce sont des moments agréables, joyeux et chaleureux. Mais ce n'est absolument pas le cas de la famille Pettigrew, dont l'un des membres (Abigaël) a été cryogénisée pour cause de dettes et pour le docteur who et ses acolytes ( Amy et Rory) qui tentent de sauver un vaisseau spatial coincé dans une atmosphère brumeuse au-dessus d'une planète contrôlée par le sordide Kazran Sardich, qui refuse de les aider.

Dans Les fantômes des noëls passés, on retrouve l'ambiance très dickensienne des Contes de Noel. Le docteur Who, incarné par l'incontrôlable et irrésistible Matt Smith, va comme les esprits de Noël, les revenants qui hantent Scrooge, tenter de faire changer la personnalité de Kazran afin que celui-ci vienne en aide au croiseur spatial. Il retourne donc dans le passé de Kazran pour l'amener à devenir moins avare et plus sensible. De facto, le plaisir de retrouver l'influence de Dickens - la famille Pettigrew est tout à fait similaire à la famille Cratchit, Kazran est un parfait clone de Scrooge -  est augmenté par des détails complètement déjantés : dans l'atmosphère brumeuse nagent des poissons, le docteur se marie avec Marylin, des hologrammes entonnent des chants de Noël, et un requin qui a avalé la moitié du tourvenis sonique tire un traineau de père noël... Que d'inventions ! Quelle belle réalisation !

Evidemment, l'épisode finit bien grâce au docteur ! Avec ses noeuds papillons," la supériorité aristocratique de son esprit " ( Baudelaire)  - le docteur veut toujours sauver le monde quel qu'en soit le prix - et avec "son plaisir d'étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné" ( Baudelaire), Le docteur incarne à merveille l'excentrique et le dandy britannique, moderne et lointain épigone d'un G. Brummel. Cet épisode n'est que l'un des enchantements de cette série incontournable qui vient de fêter ses cinquante ans ! Joyeux noël à tous !

Les fantômes des noëls passés, scénario de Moffat, avec Matt Smitt, 2010 BBC.

24 novembre 2013

Ce qu'il advint du sauvage blanc de François Garde : ISSN 2607-0006

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"Quand il parvint au sommet de la petite falaise, il découvrit qu'il était seul. La chaloupe , n'était plus tirée sur la plage, ne nageait pas sur les eaux turquoises. La goélette n'était plus au mouillage à l'entrée de la baie, aucune voile n'apparaissait même à l'horizon. Il ferma les yeux, secoua la tête. Rien n'y fit. Il étaient partis." Ce n'est pas l'incipit de Robinson Crusoe que vous lisez mais celui de Ce qu'il advint du sauvage blanc.  Comme Robinson - histoire romancée d'un véritable matelot tout comme pour le "sauvage blanc" - Narcisse Pelletier se retrouve abandonné sur une plage d'Australie. Mais la comparaison s'arrête là car, contrairement au célèbre naufragé, c'est le jeune français Narcisse qui va devoir adopter les coutumes d'une tribu arborigène : la solitude, le long désaprentissage de ses propres us et coutumes se révèlent difficiles pour ce très jeune matelot de 19 ans.

Dix-huit ans plus tard, il est ramené dans son pays par le vicomte de Vallombrun : ce dernier, qui incarne une figure icarienne de scientifique romantique, espère étudier d'une manière systématique les habitudes du " sauvage" mais il se heurte au silence de Narcisse. En faisant alterner récit du début de la vie australienne par Narcisse et les lettres du scientifique envoyées à la société de géographie française, une dialectique apparaît : comment définir le "barbare" et le "civilisé ? : "Mais quoi ? Il faudrait reconnaître comme civilisées les coutumes barbares que Narcisse révèle à chaque instant ? Cela ne se peut." (p.130).

La présence de Narcisse est une énigme dans cette époque où les sciences commencent à peine à émerger en tant que matière autonome, où des théories nouvelles comme celle de Darwin s'imposent. Ce roman n'est pas seulement le reflet scientifique d'une époque, il est aussi une réflexion sur l'apprentissage des langues, la construction d'une identité, et la question du relativisme et de l'ethnocentrisme... De nombreuses questions sont soulevées et de nombreux thèmes abordés, faisant de cette bistoire vraie une passionnante découverte sur la vision de l'autre, qui se lit comme un roman.

Garde F., Ce qu'il advint du sauvage blanc, Folio, 378 p.

FOLIO PARTENARIAT PLUS : Grâce aux éditions Folio, je vous propose de gagner 3 exemplaires de ce roman qui a reçu le prix Goncourt, bien mérité, du premier roman. Vous devez simplement laisser un commentaire en donnant un argument sur l'envie qui vous pousse à découvrir ce roman et un tirage au sort désignera les gagnants dans une semaine ( le 3/12/2013).

Merci Lise et Folio pour ce partenariat. Voici le billet de Lilly.

2/12/ 2013, voici les gagnantes du concours : Shelbylee, Claudia et Vanessa.

N'oubliez pas de m'envoyer votre adresse ( dans contactez l'auteur). Merci pour vos participations !

4 novembre 2013

Lady Hunt de H. Frappat

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Au seuil du roman, une citation de Stevenson en exergue, du docteur Jekyll et Mister Hyde, inaugure le récit H. Frappat : "It's ill to loose the bands that God decreed to bind ;/ Still we will be the children of the heather and the wind"(p. 21). Le thème du double et de l'inconscient. Le fantastique et la folie. A travers un rêve obsédant, surréaliste, où une jeune femme de brume cherche à entrer dans une maison, Laura s'interroge sur ses origines, tissant des fils autour de thèmes récurrents - une maison maudite, une pierre noire, la maladie d'un père - qui s'enroulent autour du lecteur, l'emprisonnant peu à peu dans le tissu du récit. La prose poétique de H. Frappat fait sombrer le lecteur dans le cauchemar de cette jeune femme prise au piège de ses propres angoisses, de ses propres rêves : quelle est la signification de ce songe ? A-t-elle la même maladie que son père ? Que dissimule les mensonges de sa mère ?

"Je suis à moitié malade d'ombres", disait la Dame de Shalott tout en tissant sa toile jusqu'au moment où "le miroir se brisa de part en part" ( Tennyson, p. 317). Des miroirs et des ombres jalonnent ce récit autour de la légende de la dame de Shalott. Laura réussira-t-elle à briser le miroir pour revenir dans le monde des vivants et dissiper ses peurs ? Légendes, suspense, irrationnel intriguent, mais lorsque les répétitions des mêmes procédés d'écriture deviennent des tics de langage, des affectations et lorsque le récit se fait aussi brumeux que le narcissique personnage principal, on se détache progressivement de cette narration, qui est une tentative de renouvellement du roman gothique qui ne tient pas ses promesses.

Frappat, Lady Hunt, Acte sud, 318 p.

participation au match de la rentrée 2013 Priceminister

20 novembre 2013

Le jardin blanc de Stéphanie Baron : ISSN 2607-0006

 

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Figure fascinante, autant par sa vie que par son oeuvre du groupe de Bloomsbury, V. Woolf (biographie sur le site Larousse) inspire encore de nombreux auteurs. Malheureusement, cela donne parfois de bien mauvaises idées aux auteurs : S. Baron imagine que V. Woolf ne meurt pas le 28 mars 1941, noyée, mais elle aurait survécu un mois supplémentaire et aurait peut-être été tuée... Cette idée saugrenue permet ainsi à la romancière de développer une intrigue très plaisante où se mêle - à une intrigue amoureuse entre le personnage principal Jo Bellamy et Peter, la personne chargée d'authenfier un manuscrit miraculeusement retrouvé de V. Woolf, - une chasse aux indices pour prouver la véracité du dernier manuscrit de V. Woolf, avec de nombreux poncifs : une boite entérrée au fond d'un jardin, une société secrète, un concurrent déloyal... Pas de temps morts, l'enquête se déroule sur un rythme trépidant.

Outre l'enquête haletante autour du manuscrit, l'intérêt réside dans les nombreux éléments sur la vie de Vita Sackville West et de son jardin de Sissinghurst. En effet, l'héroïne est une paysagiste américaine dont le commanditaire souhaite recréer le "jardin blanc" situé dans le Kent. La découverte d'un cahier qui semble appartenir à V. Woolf - dont le pastiche n'est pas particulièrement réussi - précipite la jeune femme dans une quête reposant sur des coincidences stupéfiantes.

Au détour de l'histoire, on en apprend davantage sur Albert Woolf et les apôtres. Quel est leur rôle joué pendant la guerre ? Comme un petit parcours touristique, on découvre les différents lieux où ont vécu la romancière et ses proches mais aussi les bibliothèques d'Oxford, et de Cambrige. Si l'évocation du groupe de Bloomsbury, de leurs oeuvres picturales et artistiques, est particulièrement intéressante, l'histoire romanesque entre la jeune jardinière et son patron, puis de Peter, semble se surajouter aux clichés créant ainsi un roman bien documenté mais cousu de fils blancs.

Baron, Le jardin blanc, NIL, 397 p.

Merci aux édition du Nil pour ce partenariat. Lu par Cryssilda, Lou, Titine... et participation au challenge V. Woolf de Lou

9 novembre 2013

Au lieu-dit de Noir-Etang... de Thomas H. Cook : ISSN 2607-0006

 

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 "La vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie" :  Fils du directeur de la Chatham school, Henry est un enfant solitaire, tourmenté, qui découvre avec l'arrivée de son professeur de dessin, Miss Channing - d'une Afrique qui paraît qui lointaine de la Nouvelle Angleterre - une nouvelle vision de la vie : " Nulle règle pour régler la vie". Son père, Arthur Griswald lui apparaît comme le modèle de l'ennui et d'un conformisme morne qu'il rejette au profit de visions de liberté.

Au fil d'une histoire proleptique - on connaît le dénouement tragique - se développe l'imaginaire de cet adolescent lié à deux destins dignes des héros de Bronte. Miss Channing et son amant, un professeur marié, incarnent pour cet adolescent révolté de véritables héros de romans gothiques, la passion absolue. Mais l'imagination exaltée du héros lui permet-elle de percevoir les événements de manière objective ?

Souvenirs après souvenirs, Henry reconstitue la sombre histoire de meurtres autour du lieu-dit du Noir-Etang.  Que s'est-il passé véritablement entre les deux amants ? Le procès de Miss Channing a-t-il été équitable ? Henry est-il un témoin fiable ? Dans l'atmosphère brumeuse de ce cap battu par les vents, un vent de folie semble s'abattre sur tous les personnages : Mr Pearson, le procureur, s'acharne sur la femme adultère, Henry construit des châteaux en Espagne, une petite ville est aveuglée par le puritanisme...

Plusieurs destins se nouent et se dénouent autour des trois protagonistes principaux : une jeune domestique rêve d'être cultivée, le désir d'ordre et de vertu d'Arthur Griswald s'effondre, une petite fille devient orpheline... Lecteurs, retenez votre souffle, pour suivre ce récit haletant, passionné, passionnant, pour enfin découvrir la vérité sur le drame du mystérieux Noir-étang.

billet de Titine et celui de Margotte !

Cook, Au lieu-dit de Noir-Etang, Editions Points, 378 p.

29 octobre 2013

Les faucheurs sont les anges d'Alden Bell : ISSN 2607-0006

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Les faucheurs sont les anges raconte le périple d'une adolescente de 15 ans, dans une Amérique ravagée par des zombies, jalonné de bonnes ou de mauvaises rencontres. A travers les souvenirs de Temple, s'élabore peu à peu la vie d'une personne n'ayant jamais connu que la destruction des autres pour survivre. Pourtant, elle ne semble pas insensible aux beautés d'un monde qui suscitent chez elle un questionnement métaphysique, moins manichéen qu'il n'y parait. Si le monde post-apocalyptique rejoint celui de La route de Mc Carty ou celui antérieur de Malevil de R. Merle, on ne perçoit pas l'originalité apportée au " mythe de Zombie" comme l'indique la quatrième de couverture...

Lector in fabula : Tout auteur, selon U. Eco pense à un archi-lecteur, un lecteur idéal à l'horizon de son roman. Quel est celui de A. Bell ? Les amoureux d'histoires de zombies ? Les adolescents, qui peuvent se projeter dans le jeune personnage ? Les amateurs de jeux-vidéos où l'objectif est de détruire  tout obstacle rencontré sur le chemin ? Peu habituée à la lecture de science-fiction, je n'ai pas du tout été intéressée par la personnalité de l'héroïne. La quête de Temple, ponctuée par de nombreux massacres, se fait mécaniquement, aussi automatiquement que les gestes des zombies hantant ce roman, et la fin du roman est des plus brutales, tournant court sur ce qui parait être une impasse du roman. Comme l'auteur ne décrit pas la société, comme il ne parle pas des autres personnages et évoque seulement la manière dont les gens réagissent face à un monde sans sens, le récit tourne vite dans le vide amenant un dénouement rapide et peu cohérent... On s'ennuie vite avec cette histoire qui se lit facilement mais qui n'aboutit sur aucun enjeu....

Bell, Les faucheurs sont des anges. Un avis positif ici.

Partenariat Folio.

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

29 septembre 2013

L'affaire Jane Eyre de Fforde : ISSN 2607-0006

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Quel monde attrayant Fforde construit avec L'affaire Jane Eyre ! Tout n'est que littérature ! Les OpSpecs sont des enquêteurs spéciaux qui traquent les faux et les vols de livres. S'ils se rendent dans un bar, il est forcément nommé le "chat de Sheshire". Les aéroports se trouvent ornés de shakesparleurs - des robots qui récitent l'oeuvre de Shakespeare - et les savants fous contruisent des portails qui permettent d'entrer littéralement dans les oeuvres. Dans le monde de Thursday Next, les querelles littéraires font rage : baconiens or not baconiens en ce qui concerne l'oeuvre de Shakespeare ? Lorsque le manuscrit Martin Chuzzlewit de Dickens est volé, notre héroïne est confrontée à un dangereux professeur de littérature égocentrique et démoniaque - appelé Hadès Achéron. L'intrigue plutôt décousue prolifère de toute part : l'imagination foisonnante de Fforde crée des tueurs de vampires, des chronogardes qui peuvent arrêter le temps, plusieurs intrigues amoureuses...

Si l'imaginaire ffordien se révèle plutôt séduisant, l'écriture est souvent décevante avec de ridicules dialogues entre l'héroïne et Hades, et un langage très familier et parfois grossier pour des amoureux de la littérature... Des détails inutiles et l'humour parfois outré des personnages finissent par lasser, sans parler du manichéisme des personnages.

Pourtant, le livre échappe à l'outrance technique des livres de science-fiction. En effet, L'affaire Jane Eyre semble aussi un hommage et un jeu autour de l'oeuvre de Charlotte Bronte. Reproduisant des passages entiers, l'auteur prend plaisir à revivifier l'histoire en créant une frontière poreuse entre la réalité et la fiction et en attribuant une vie propre aux personnages peuplant l'oeuvre de C. Brontë : qui n'a pas rêvé de rencontrer Rochester et de déambuler à Thornfield ?

Fforde, L'affaire Jane Eyre, 10/18

 

18 septembre 2013

Au mois de septembre 2013... " La recherche du romanesque et le mépris du simple" ( Dumas, Pauline) : ISSN 2607-0006

Après une pause estivale, voici le retour des billets mensuels où je vous parlerai, pour cette fois-ci, de... challenges. Tout d'abord, je voulais vous signaler que le challenge Shakespeare continue pour une durée indéterminée chez Claudia mais sans moi. Mon départ est dû, non à mon désamour de Shakespeare, mais depuis le début du challenge, l'organisation titanesque que demande un challenge permanent est complètement gérée par Claudia qui postera un billet récapitulatif bientôt.

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Allez-vous participer à l'opération d'envergure de priceminister pour la rentrée littéraire ? Avez-vous déjà choisi un roman ? Pour ma part, je lirai Lady Hunt, de Frappat...

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Et le challenge I love London ? Comme nous n'avions pas terminé nos lectures londoniennes, avec Titine, nous prolongeons d'une année le challenge ! Faites-nous part de vos visites livresques à Londres ! vous trouverez le récapitulatif de Titineet mon bilan ici.

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Je voudrais aussi signaler le challenge mythique - sixième année me semble-t-il - d' Halloween, organisé par Lou et Hilde. N'hésitez pas à vous causer des frayeurs, à baigner dans des atmosphères angoissantes... Voici d'ailleurs des timbres qui pourront orner vos courriers dans cette période horrifique ! Mais Cryssilda évoque aussi le challenge lacune ici, Purple velvet fait son propre bilan challenge et j'ajoute le challenge que signale Titine avec un magnifique logo, le challenge XIXeme... Lewrentz présente un livre très tentant, Les tribulations d'une cuisinière anglaise de Margaret Powell, alors que Lou nous fait découvrir lPauvre Miss finch de W. Collins, et Mrs Figg nous invite à voir  les impressionnistes italiens, sans oublier une liste de films noirs des années 40 par Dasola et la série BBC Little Dorit vu par Adalana. Ne ratez pas les sorties poche de Dickens intitulé Le choix d'Esther et La mystérieuse Lady Dedlock* ; bonne rentrée et bonne lecture !

* Les deux tomes de Bleak House comme le fait remarquer titine.

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6 octobre 2013

Le flambeau d'A. Christie : ISSN 2607-0006

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Enigme policière et nouvelle fantastique peuvent faire bon ménage dans les nouvelles d'A. Christie ( biographie sur le site Larousse). Mais les neuf nouvelles du recueil Le flambeau sont de teintes très différentes. "Le chien de la mort" est une bizarre nouvelle d'inspiration lovecraftienne avec l'évocation d'une surréalité et de mondes parallèles assez surprenants sous la plume de la romancière britannique. L'écrivain joue avec les codes du fantastique, de manière très traditionnelle dans "Le flambeau" avec une banale histoire de revenant hantant une vieille demeure mais doublée de la mort tragique d'un petit garçon. "Le cas étrange de sir Arthur Carmichael", "la dernière séance" abordent le thème de la possession avec des séances de spiritisme. "SOS" et "Le mystère du vase bleu" sont beaucoup plus proches des whodunits auxquels nous a habitués l'auteur avec une touche de prescience et la création d'une atmosphère étouffante propre à susciter l'angoisse. "Témoin à charge" est une véritable enquête policière, immortalisée par B. Wilder.

A priori, les thèmes semblent bien banals, ordinaires et pourtant l'auteur a su distiller un certain mystère et une certaine étrangeté. Dans "SOS", une jeune fille pense inconsciemment qu'un danger rôde, dans cette maison isolée par la neige, avec une famille qui a changé d'attitude... Le visiteur égaré saura-t-il la sauver ? L'inexplicable devient rationnelle dans la nouvelle "Le mystère du vase bleu" où un jeune homme est victime d'escrocs exploitant sa crédulité ou inversement basculer complètement dans l'étrange comme dans "La dernière séance" où une séance de spiritisme tourne tragiquement au drame. Sous des apparences toujours banales, A. Christie sait merveilleusement créer des atmosphères angoissantes où la folie n'est jamais loin. Loin des ambiances explicitement effrayantes et même si ce ne sont pas les meilleures nouvelles d'A. Christie, l'on referme le recueil en ressentant un étrange malaise...

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

 Autres romans : Poirot joue le jeu, La mystérieuse affaire de style, L'homme au complet marron,

5 août 2013

Les mystères d'Udolpho d'Ann Radcliffe : ISSN 2607-0006

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Des précipices. Après quelques lignes idylliques peignant une heureuse famille Saint-Aubert, le roman d'A. Radcliffe ne semble se composer que de précipices, d’abymes et de gouffres sans fond auxquels s'ajoutent toutes les quatre pages, des paysages "sublimes" ou "romantiques" ornés de coucher de soleil. Que ce soit l'Italie où se situe le château d'Udolphe ou les Pyrénées, ce ne sont que paysages grandioses et crépusculaires. Quant au château, essayez lecteurs de ne pas vous perdre dans le dédale des cachots, des chambres comportant des tableaux mystérieux et vivants, et surtout des multiples portes secrètes s'ouvrant seules, sans oublier les cachettes sous le parquet.... " tics, tics, tics", dirait Lautréamont ( Poésies )...

De la vertu de l'héroïne. L'héroïne de roman gothique est éminemment vertueuse. Même face à une tante ingrate, tyrannique et désagréable, - Mme Chéron - notre héroïne reste noble, généreuse et plus vertueuse que jamais. Mais que de larmes ! Que de pâmoisons ! Et les hommes ne sont pas de reste ! L'amant, valancourt, pleure de voir sa belle pleurer. Emilie pleure devant l'agonie de son père. Le père pleure de joie ou de tristesse, on ne sait guère car il pleure à tout propos. Mais cette profusion de larmes laissent indifférent le méchant, l'horrible et le démoniaque comte Montoni, et nous aussi lecteurs, croyez-moi !

Des stupéfiantes coïncidences. De nombreuses coïncidences ne cessent de jalonner le malheureux chemin de notre héroïne. Essayez aussi de ne pas vous perdre dans les multiples mystères entourant la vie d'Emilie. Qui est la Marquise de villeroi ? Qui est la femme représentée sur un médaillon caché par son père ? Alors qu'Emilie croit voir le cadavre de sa tante, elle la retrouve finalement dans une tour du délabré château. Elle trouve un Français à Udolpho, mais ce n'est pas Valancourt ! Elle fait connaissance des Villefort et aussitôt, cela lui permet de résoudre le mystère de la marquise ! Que de coïncidences ! Trop d'évanouissements, trop de déluges de larmes et trop de précipices stéréotypés nous font quitter ce roman avec soulagement même si le surnaturel et les énigmes sont savamment entretenus....

Radcliffe, Les mystères d'Udolpho, Archipoche,

25 juin 2013

So shocking d'A. Bennett : ISSN 2607-0006

So_shocking__So shocking  ! Mais qu'est-ce qui peut paraitre si choquant dans la vie de deux mères de famille "respectables" anglaises ? C'est la peinture d'une veuve joyeuse, Mrs Donaldson, qui après la mort de son mari, va se libérer sexuellement... Le voyeurisme est traité sur un mode censé être comique mais qui n'est malheureusement qu'ennuyeux. En outre, A. Bennett semble avoir été un peu trop influencé par toutes les séries américaines se déroulant dans le milieu hospitalier : le cadre de la première nouvelle est un l'hôpital où est mort Mr Donaldson dans lequel sévit un médecin cabotin et piètre séducteur. En effet, Mrs Donaldson participe à des cours à la faculté de médecine où elle feint d'être une patiente atteinte de différentes maladies. Cela permet donc à l'auteur de développer quelques personnages secondaires comme miss Beckinsale, excellence imitatrice de démence sénile, qui  amènent un peu de drôlerie dans la narration des frasques de Mrs Donaldson.

La deuxième nouvelle développe le thème de l'homosexualité. La peinture de la middle class anglaise - annoncée dans la quatrième de couverture - est bien présente avec la présentation des membres de la famille Forbes, qui ont construit leur vie sur les non-dits et les convenances. Derrière le mariage de Graham Forbes et sa réussite sociale sont cachés l'égoïsme, le narcissisme la vanité, la lâcheté et de nombreux secrets qui doivent être à tout prix célés pour ne pas choquer Mrs Forbes... Ce court récit paraît plus attrayant par son romanesque, avec la présence d'un maître chanteur, de multiples infidélités, d'un trio amoureux assez inattendu. Cependant, les clichés abondent ; on est loin de la légèreté et de l'irrévérence de La reine des lectrices et on s'ennuie vaguement en attendant la fin des histoires pas vraiment subversives ni impertinentes.

Bennett, So shocking, Folio, 194 p.

Partenariat Folio.

Participation au mois anglais de titine et lou. Lecture commune avec Miss Léo et Titine.

30 juin 2012

Monet " un oeil...mais bon Dieu, quel oeil !" de Sylvie Patin : ISSN 2607-0006

SDC12179Giverny, photo que j'ai prise en 2008

Si vous passez près de Giverny, arrêtez-vous pour visiter le jardin de Monet d'une beauté équivalente à ses fameux tableaux tels que les Nymphéas. Regardez aussi le documentaire  " Claude Monet à Giverny, la maison d'Alice" : à partir 1883 et jusqu'à sa mort, le peintre va vivre entouré de sa famille, au milieu de son jardin, peignant sans relâche les effets de lumière sur un même objet. A travers la lecture de lettres d'Alice Hodesché, seconde femme de Monet, et de nombreuses photographies, on nous dévoile la personnalité du peintre impressionniste tout en évoquant ses différentes oeuvres. On y découvre un homme passionné par la nature, et d'une grande exigence par rapport à son art : Monet détruit ses tableaux lorsqu'il est insatisfait et la femme à l'ombrelle reçoit même un grand coup de pied qui déchira la toile. Peintre de "plein air", les lettres évoquent aussi les sorties de Monet avec sa fille Blanche pour peindre les sujets à l'extérieur même si le temps pluvieux l'empêche souvent de sortir... Ce documentaire permet de découvrir un Monet plus intime...

 "- Que représente cette toile ? Voyez le livret. Impression, soleil levant.

- Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression la-dedans" : Louis Leroy, écrivait dans Le charivari en 1874 ce faux dialogue, à qui l' on attribue d'ailleurs l'origine du mot impressionniste, pour critiquer ces peintures d'une facture nouvelle. Raillé à ses débuts, Monet a bien des difficultés à vendre ses tableaux ou à les faire exposer dans les salons annuels. Boulevard des capucines*, Le pont du chemin de fer (1874) ou La gare Saint-Lazare ( 1877) font de Monet un peintre de la modernité, peignant la ville, les bouleversements haussmanniens, le fugitif : dans le Boulevard des Capucines, n'a-t-on pas l'impression qu'il a saisi un instant, un mouvement ? A partir des années 90, les "séries" permettent au peintre de trouver sa manière : il peint le même motif, du même point de vue, en faisant varier le moment. Jouant ainsi sur les effets de la lumière dont les exemples les plus spectaculaires sont la série des cathédrales et  des peupliers. Alors que le peintre chemine vers la reconnaissance officielle, sa vision devient plus audacieuse dans un tableau comme Londres le parlement, avec les effets de brouillard qui prime sur le sujet - qui n'est pas sans rappeler un Turner - ou  Falaise à Varengeville (1897), proche de l'abstraction. En regardant cette monographie sur Monet, très richement illustrée, on a envie de s'exclamer comme Cézanne : " Monet, ce n'est qu'un oeil... Mais bon Dieu, quel oeil ! ".

Monet " un oeil... mais bon Dieu, quel oeil ! ", Découverte Gallimard, Sylvie Patin, 167 p.

Participation au challenge "l'art dans tous ses états" de Shelbylee

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* Boulevard des capucines, 1873

9 juin 2013

Mysteries, Seule contre la loi de Vincent Wagner, Roger Seiter : ISSN 2607-0006

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Après la vogue des romans victoriens, voici la mode des BD victorienne : Mysteries, Seule contre la loi est l'adaptation d'un roman de Wilkie Collins. L'adaptation en images est aussi fidèle que possible et que le permet la réduction d'une intrigue de plus de 500 pages en seulement une centaine. Cependant, l'histoire reste tout à fait compréhensible : le rôle de Valéria en femme déterminée à découvrir le secret de son mari, qui porte un faux nom est bien mis en scène. Comme le personnage de Mariane dans La dame en blanc, Valéria n'hésite pas à enfreindre les codes de la bienséance pour prouver l'innocence de son mari. On retrouve une galerie de portraits comme dans beaucoup de romans de W. Collins avec la présence du "méchant" Misserimus Dexter - à la hauteur du Fosco de la Dame en blanc , Ariel, ou des excentriques comme dans  Pierre de Lune, et surtout de la présence du romancier lui-même, parfaitement et admirablement barbu !

La pluie battante de la première case annonce bien l'ambiance sinistre et glauque qui s'installe au fil des pages, où le dessinateur privilégie les couleurs froides et qui culmine avec la découverte de la maison délabrée de M. Dexter et ses abominables croutes. Mais surtout la dimension historique est particulièrement soignée : coupé, tilbury pour le décor, mitaine résille, crinoline et houppelande pour les vêtements, rien n'est oublié pour recréer l'ambiance de l'époque victorienne. L'appareil didactique final souligne le rôle joué par la système jusdiciare dans les romans de Collins, qui a fait des études de droit même s'il n'a jamais plaidé. Le format plus petit de Magnard Caterman permet, en outre, une lecture aisée en toutes circonstances !

Quelques BD victoriennes :  Le roman graphique Elinor Jones, (Lu par L'irrégulière), Le célèbre From Hell de Moor et Campbell, Peter Pan de Loisel, Professeur campbell de J. Sfar, Tea party de Nancy Pena ( lu par la petite marchande de prose), La madone de Pellini, Feredici, (Lu par Lou) , Emma de K. Mori, Clues de Mara ( lu par Clélie) .Scotland Yard, Dobbs et Perger (Lu par sookee), Venise hanté, Seiter et Vincent Wagner (lu par Cryssilda), La série Fog, Seiter et Bonin, lu par Lou, ..

Mysteries, Seule contre la loi, Vincent Wagner Roger Seiter, Magnard Casterman, 119 p. Lu par Cryssilda, syl, Titine,

Participation aux challenges British Misteries de Lou, Challenge I Love London organisé avec Titine et au mois anglais organisé par titine et Lou.

20 mai 2013

Au mois de mai 2013 : 2607-0006

 

thumb-l-ange-du-bizarre--nouvelle-exposition-au-musee-d-orsay-6978C'est sous de favorables auspices qu'a commencé ce nouveau mois : l'exposition " l'ange du bizarre" est envoutante, mettant en scène le "romantisme noir" selon l'expression forgée par M. Praz. Titine et Niki vous permettront virtuellement de voir les divers tableaux et mouvements scénographiés. Noukette nous informe ici d'une exposition sur Signac.

Que faut-il voir, lire, faire ce mois-ci ? Voici ma petite liste rabelaisienne écrite au fil des blogs :

- Cryssilda a découvert un nouveau victorien, Richard Marsh. Shelbylee a vu l'adaptation des Grandes espérances de Dickens que j'ai hâte de voir. Gaskell continue à faire fureur avec Romanza qui a lu Les confessions de Mr Harrison, Je meurs d'envie de lire Quelle époque de Trollope lu par Titine et par Céline, Lc organisé par Adalana ( son billet ici) . Lou chronique le dernier Linda Newberry, Graveney Hall, l'auteur de Pierre et de cendre ; de même que Malice. Lilly a beaucoup aimé Le roman du mariage de Jeffrey Eugenides. Les victoriens sont même présents dans les BD lu par Malice ( Posy simmonds, Tamara Drewe) et dans Mysteries, adapté de Seule contre la loi de W. Collins. 

- Parmi les essais, j'ai repéré La marche du cavalier de G. Brissac, chez Titine,

- En ce qui concerne les romans policiers, Miss Léo a été déçue par Nature morte de la romancière canadienne Louise Penny. En revanche, Margotte fait l'éloge de Au lieu dit Noir-Etang, de Thomas H. cook. L'énigme de Flatey a beaucoup intéressé Dominique

- Dans la littérature nordique, j'aimerai lire Entre ciel et terre de J. Kalman Stefàn chroniqué par lilly.

- J'ai vu la série Real Human, diffusée par Arte, très bien problématisée par Le cabinet des curiosités. Sur nos grands écrans, Dasola nous conseille Hannah Arendt de Margarethe Trotta.

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- Et je lis De l'amour de Stendhal et le très fascinant La dame en blanc de Wilkie Collins. Bonnes lectures et préparez-vous pour un mois de juin anglais chez Lou et Titine !

2 juin 2013

La dame en blanc de W. Collins : ISSN 2607-0006

w_wilkie_collins_dame_blanc_9510_L_2RDzMYQuel roman ! Même lorsque l'on connaît le style du célèbre romancier victorien, nous nous laissons envoûter une fois de plus par l'ambiance énigmatique de La dame en blanc. et il faudra bien 500 pages pour dénouer tous les fils de cette histoire extraordinairement fascinante. Avec beaucoup de modernité, W. Collins emploie des voix différentes pour raconter l'imbroglio de cette dame en blanc. Qui est-elle ? C'est à travers les yeux d'un jeune peintre, Walter Hartrigh, qu'on la découvre. Mais elle n'est pas au coeur de cette sombre histoire d'héritage : l'héroïne est miss Fairlie. Celle-ci doit épouser un homme qu'elle n'aime plus depuis sa rencontre avec le jeune peintre. Cependant, son futur époux, pressé de se marier n'est guère choqué par cet aveu. Brusquement, le récit de Walter s'interrompt pour laisser s'exprimer un notaire, ami de la famille. Il ne connaît pas toutes les ficelles en jeu dans ce mariage mais est outré par le sort réservé à la jeune fille. Le ton est alors celui d'un jurisconsulte : le notaire prend soin de mentionner toutes les lettres reçues et énumère les biens de la jeune fille. Le lecteur impatient en sait déjà un peu plus sur la dame en blanc... Mais le récit des mésaventures de Miss Fairlie est continué dans le journal de sa demi-soeur, Miss Marian Halcombe : le mariage a enfin eu lieu...

Mais quelle habileté dans la narration ! Et quelle richesse dans les thèmes abordés ! On parle souvent de la misogynie des auteurs du XIXeme siècle, cependant, W. Collins a conscience de la vulnérabilité des femmes et en décrit tous les méandres juridiques, qui fragilisent sa position dans cette société si corsetée où les hommes paraissent si cupides et si sournois. Vous vous doutez bien qu'outre toutes ces qualités, Wilkie Collins fait aussi preuve d'humour - même si le roman est d'une réelle noirceur - notamment lorsque miss Halcombe réfléchit sur le lien entre les personnes grasses et leur morale mais aussi à travers le personnage ridiculisé du mari ou de l'oncle Fairlie, malade imaginaire, avec une bouffonne collection de gravures, l'excentricité du comte Fosco et involontairement, lorsqu'on nous décrit la déchéance intellectuelle de Laura... Des faux rebondissements, l'importance des scènes nocturnes dans les cimetières, des usurpations d'identité, de diaboliques figures, le thème de la folie et les secrets dissimulés derrière des apparences nobles... font de ce roman le plus victorien des romans de W. Collins.

Collins, La dame en blanc, Phébus;

Autres romans : L'hôtel hanté, Pierre de lune, Le secret, Seule contre la loi, Profondeur glacé,

Participation au mois anglais organisé par Lou et titine, au challenge I love London organisé avec titine et au challenge myself organisé par Romanza

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