Ruy-Blas-Victor-Hugo-1996

RUY BLAS : [...]

"Madame, sous vos pieds, dans l'ombre, un homme est là
Qui vous aime, perdu dans la nuit qui le voile ;
Qui souffre, ver de terre amoureux d'une étoile ;
Qui pour vous donnera son âme, s'il le faut ;
Et qui se meurt en bas quand vous brillez en haut" (Acte II, scène 2)

Don Salluste, grand d'Espagne, est exilé par la reine pour avoir séduit l'une de ses suivantes. A partir de cet instant, il met tout en oeuvre pour se venger et l'instrument de sa vengeance sera Ruy Blas, son valet. Ce dernier est amoureux de la reine, "sous l'habit d'un valet", il a les "passions d'un roi". Ayant pris le déguisement de Don césar, cousin débauché de Don Salluste, Ruy Blas peut enfin approcher celle qu'il aime et participe activement à redresser la vie politique décadente de l'époque. La reine, étrangère, se meurt d'ennui, loin de son mari... et succombe, chastement, au charme de Ruy Blas.
Comme l'indique V. Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo, sur le site de la BNF), dans sa préface, cette pièce est un drame romantique alliant le grotesque et le sublime : "les trois formes souveraine de l'art pourraient y paraître personnifiées et résumées. Don Salluste serait le Drame, don César la Comédie, Ruy Blas la tragédie". Ainsi, on rit de don Guritan, comparé au héron des Fables de La Fontaine, amoureux malheureux et éconduit de la reine ou de la duchesse d'Albuquerque, prude et sorte de barbon au féminin. On frémit devant le sombre et machiavélique don Salluste, qui se joue cyniquement des personnes qui l'entourent, telles que Don césar ou Ruy Blas, uniquement et égoïstement préoccupé par sa vengeance. On pleure devant l'amour impossible de Ruy Blas, éminemment romantique.
Cette pièce est magnifique à lire : Hugo a si bien briser ce "grand niais d'alexandrin" qu'on croyait lire de la prose tant ses vers sont fluides. La critique de la noblesse castillane et sa décadence est faite à travers une peinture vive et surtout, on apprécie l'ambiance extravagante et emplie de rêve de ce drame : l'amour de la reine pour Ruy Blas lui paraît onirique tout au long des scènes. De même, don César semble ne pas croire à son aventure : devenu esclave, puis à son retour en Espagne, l'argent semble pleuvoir sur lui, ainsi que la nourriture... Une pièce d'une grande beauté, mêlant amour tragique, duel et peinture historique, délicieuse à lire et on comprend mieux à sa lecture, pourquoi Juliette Drouet, amante de V. Hugo, connaissait presque par coeur cette pièce...

V. Hugo, Ruy Blas, 198 p. Garnier Flammarion.

Lecture commune avec Fleur : son avis ici.