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22 août 2010

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin : ISSN 2607-0006

 

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A mi-chemin entre la fiction et le reportage, Didier Decoin relate lentement avec beaucoup de précisions l'histoire de Catherine Genovese qui s'est déroulée dans les années 60 en Amérique et qui a défrayé la chronique. Lorsque celle-ci se fait poignarder à plusieurs reprises par un dément, aucun de ses voisins ne réagit. Pourquoi les gens ne se sont-ils pas portés à son secours ? Pourquoi personne n'est venu aider cette pauvre femme ? Minutieusement, à travers la bouche d'un des voisins de Catherine, absent le soir du crime, le lecteur assiste à son meurtre puis à l'arrestation et au procès du meurtrier.
Cette situation qui a montré la lâcheté, l'égoïsme des hommes a donné son nom à un syndrome : "le syndrome Kitty Genovese" désigne le fait de ne pas intervenir lorsque l'on pense qu'un tiers peut aussi réagir dans une situation donnée. Voici les conclusions d'un psychosociologue du XXeme siècle, Stanley Milgram : " Cette affaire touche à quelque chose d'essentiel de notre condition humaine. Si nous avons besoin d'assistance, ceux qui nous entourent vont-ils rester à ne rien faire en nous regardant disparaître, ou bien vont-ils voler à notre secours ? Ces autres créatures sont-elles là pour nous aider à sauver nos vies et nos biens, ou ne sommes-nous les uns pour les autres que des particules de poussière flottant dans le vide ?".

La narration de ce crime tend ainsi à analyser le comportement, non pas du tueur, mais celui du témoin. Qui est le plus coupable ? Ce drame horrible et odieux révèle une facette pessimiste de l'âme humaine.  Didier Decoin a su judicieusement et objectivement rendre compte d'un drame révélateur du comportement humain tout en l'ancrant dans l'histoire américaine :  ainsi s'ajoute à l'enquête policière une étude sociologique sur la vie du quartier, de la perception de l'homosexualité à 'époque, la question de la criminalité... Avec lenteur, précisions et réalisme, grâce à ce récit génériquement diversifiée - l'enquête menée par un journaliste, procès, évolution des personnages -  il réussit à captiver l'attention du lecteur et à l'informer d'un fait divers majeur, tout en l'amenant à réfléchir sur ses actes. Est-ce ainsi que les femmes meurent ? est une réflexion sociologique et psychologique captivante, ancrée dans l'Amérique des années 60, amenée par un récit sombre mais juste.

Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Livre de poche, 186 p.
Merci à BOB et à livre de poche pour ce partenariat.

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11 août 2011

La série Hercule Poirot et Miss Marple : ISSN 2607-0006

 

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Madame Mcginty est morte. Le meurtre de Madame Mcginty est vite élucidé : cette femme de ménage aurait été tuée par un de ses locataires au chômage, Bentley. Arrêté, il est condamné à être pendu. Cependant, le commissaire Spence ne le croit pas coupable bien que tous les indices l'accusent. Poirot, appelé à la rescousse par le commissaire, découvre que cette vieille femme est morte pour avoir reconnu la fille d'une meurtrière : qui est prêt à tuer pour conserver son secret ?

Dans le chat et le pigeons, deux meurtres et un enlèvement font bien mauvais genre dans un pensionnat de jeunes filles.  Quel secret a pu découvrir le professeur de gym pour être transpercé d'un javelot ? Madame Blanche, professeur de Français est retrouvée noyée. Mais par qui ? Sur fond de roman d'espionnage, les intrigues multiples ainsi que des fausses identités vont mettre à rude épreuve les qualités de Poirot.

Voici une série très fidèle aux oeuvres de la célèbre "reine du crime", Agatha Christie ( biographie sur le site Larousse). Trop fidèle ? Il y a certains classiques qu'on n'aime pas voir modernisé, transformé et c'est le cas de l'univers délicieusement suranné de Poirot...  Le personnage prend vie sous les traits de David Suchet, tout à fait crédible dans ce rôle, qui reprend les manies de Poirot. Que serait Hercule Poirot sans sa célèbre moustache, son orgueil démesuré, et ses costumes tirés à quatre épingles ? De facture très classique, chaque épisode reprend très fidèlement les romans. Certes ces adaptations d'Agatha Christie sont sans grande originalité mais c'est avec un plaisir toujours renouvelé qu'on retrouve les aventures du célèbre détective, surtout que cette série extrêmement soigné aussi bien dans le choix des acteurs que des décors, arrive très bien à en restituer l'esprit et l'atmosphère désuète.

La plume empoisonnée. Lorsque Jerry et Joanna Burton débarquent à Lymstock, ils pensent s'ennuyer à mourir dans ce cadre un peu trop champêtre et trop monotone à leur goût où se succèdent thé et vente de charité. C'est sans compter la présence de lettres anonymes ordurières envoyées à tous les habitants et qui provoquent des meurtres en cascade. Un général est trouvé mort dans sa bibliothèque : meurtre ou suicide ? Jerry, ancien aviateur blessé pendant la guerre, se pique au jeu et mène l'enquête. Mais c'est Miss Marple, bien assise dans son fauteuil tout en tricotant, qui va découvrir la clé de l'énigme bien que son rôle soit très discret...

Privilégiant le quotidien et une galerie de portraits typiques du monde d'Agatha Christie comme le pasteur, la vieille fille, la jeune gouvernante séduisante, l'enquête repose sur l'atmosphère cancanière de ces petits villages où chacun épie l'autre et le charme de la campagne anglaise. Les images vieillotes et le jeu affecté des acteurs - mais n'est-ce pas volontaire ? - sont compensés par un certain humour  - où les vieilles dames avec leur lourd sac et leur air paisible se révèlent tout aussi dangereuses que les pires malfaiteurs dixit l'inspecteur - et par le développement de plusieurs intrigues sentimentales et portraits : aussi bien chez Anne Perry que chez Agatha Christie, les hommes tombent amoureux en un battement de cil ! Suspense, meurtres et déductions, ces épisodes vous feront passer d'agréables soirées...

La plume empoisonnée, série britannique, 2006, 1h40, avec Géraldine McEwan.

challenge back to the past, organisé avec Lou.

25 août 2010

La vie des autres de Donnersmarck : ISSN 2607-0006

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Créé dans les années 50, la Stasi est un organisme au service de l'Etat, la République Démocratique Allemande, chargé de surveiller les citoyens et de se renseigner sur toutes leurs activités sociales. Redoutable et redoutée par les Berlinois, les agissements de ce ministère de la sécurité d'Etat sont dénoncés dans cet admirable film qui parle d'un thème politique difficile tout en le traitant avec beaucoup de finesse. Les effets sont minimalistes et le rythme assez lent et pourtant, on ne peut s'empêcher de suivre chacun des gestes des trois protagonistes principaux. 

A Berlin Est, en 1984, Gerd Wiesler, un officier intransigeant de la Stasi, magistralement incarné par Ulrich Muhe, est amené à surveiller un dramaturge, Georg Dreyman, dont la femme est convoitée par un gros ponte libidineux de l'état, le ministre de la culture. Par amour pour son mari qui a découvert cette liaison, Christia Maria refuse un jour les avances du ministre, ce dernier décide alors de l'arrêter... La trame principale se double de l'histoire de la vie de Gerd, qui est un solitaire ne vivant que pour son travail. A travers ce couple d'artistes, Il va découvrir l'amour, l'art et la vie tout simplement. Lui si droit, si professionnel se passionne peu à peu pour la littérature, est ému par "la vie des autres" au point de voler un livre de Brecht à Georg et commence à douter de la légitimité de sa mission.

Cette fiction, qui aborde une réalité historique, développe ainsi les thèmes de la torture psychologique, de la censure et de la résistance des artistes, sous un régime contrôlant le moindre gestes de ses habitants, lorsqu'ils ne sont pas broyés par le système. Dominé par la couleur grise, sur fond de guerre froide, le réalisateur restitue admirablement l'atmosphère et les décors de la RDA dans les années 80. Mais plus qu'un film sur la censure ou la politique, La vie des autres aborde aussi les thèmes de la trahison, de l'amour, du courage, de la résistance et de l'art. Donnersmarck construit une intrigue où violence et sentiments s'allient pour en faire un  film subtil, captivant et bouleversant.

La vie des autres de Donnersmarck, 2007, avec Martina Gedeck, Ulrich Muhe, Sebastian Koch et Ulrich Tukur.

23 octobre 2010

L'île au trésor de Stevenson : ISSN 2607-0006

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L'île au trésor de Stevenson...

"Monsieur Trelawney, le docteur Livesey et tous ces messieurs m'ayant demandé d'écrire ce que je sais de l'ïle au Trésor, du commencement à la fin, sans rien omettre, si ce n'est la position exacte de l'île, et cela parce qu'il s'y trouve encore un trésor, je prend la plume en l'an de grâce 17.., et retourne à l'époque où mon père tenait l'auberge de l'Amiral-benbow, et au jour où le vieux marin à la peau basanée et balafrée d'un coup de sabre prit pour la première fois logement sous notre toit" : ainsi commence L'île au trésor, le roman d'aventures par excellence. L'apparition de Billy Bones annonce de nombreuses aventures pour notre jeune narrateur, Jim Hawkins. Ce dernier aide ses parents à tenir une auberge où pour leur malheur, débarque un vieux loup de mer louche. Peu à peu Jim comprend que Billy Bones est détenteur d'une carte menant à un trésor. Mais avant d'arriver au trésor, il devra braver de nombreux dangers et affronter des individus peu recommandables.

Ce roman de mer présente une intrigue qui n'est entravée par aucune intrigue secondaire : tous les chapitres convergent vers l'île sur laquelle vont se révéler les personnages. Raconté à la première personne, on suit les peurs et les rêves de Jim, gamin de 15 ans, exalté par cette aventure mais aussi favorisé par le destin et par son courage. Une première partie correspondrait à l'attente et le rêve de voyage, ponctué par les effrayantes apparitions de Chien noir et l'ombre du "loup de mer à une jambe", mais on côtoie aussi le comique Trelawney et le brave docteur Livesey. La deuxième partie se passe sur une île, rude, sauvage, où s'affrontent des pirates conduit par Long Silver et des hommes honnêtes autour du brave capitaine Smollett. Mais cette confrontation est moins manichéenne qu'elle n'y paraît... Morts violentes, lutte acharnée entre les deux camps, trésor, pirates, L'île aux trésor est indéniablement un roman d'aventures exaltant, mais qui fait la part belle à l'aventure humaine. La force de ce récit est de nous projeter sur les pas de cet enfant, dans cette île malsaine, dont on suit chacun de ses espoirs et de ses doutes. S'il n'y pas de réalisme psychologique,  l'aventure ne manque pas entre trahisons et rencontres étranges. Ce roman est sans le moindre doute un modèle du genre qu'il faut lire pour son style épuré...

...à l'édition tourbillon...

Si on peut déplorer les éditions expurgées ou par extraits, mutilant souvent de grandes oeuvres, Les éditions Tourbillon ont sorti une version "ad delphinum" très réussie de L'île au trésor. Certes l'histoire a subi une grande simplification mais l'essentiel du roman est là, efficace. Les descriptions sont moins nombreuses mais l'intrigue reste très fidèle. L'île au trésor illustré par Vincent Dutrait est un bel ouvrage.

Stevenson, L'île au trésor Livre de poche, 243 p.
L'île au trésor, illustré par Vincent Dutrait, Edition Tourbillon.

19 septembre 2010

Le perroquet de Flaubert, Julian barnes

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Parlons tout d'abord un peu de Flaubert ( biographie Larousse) puisqu'il va être question de lui dans le roman de Barnes. Flaubert qui ambitionnait d'écrire sur rien a donc écrit Madame Bovary, L'éducation sentimentale mais aussi la brève nouvelle Un coeur simple. Flaubert, avec une précision documentaire - il n'a pas volé son classement d'auteur réaliste - raconte la vie de Félicité, une servante qui finit par confondre, à la fin de existence, son perroquet et l'esprit saint : dans cette nouvelle, Flaubert fait à la fois la satire d'un monde étriqué et montre son anticléricalisme. Ce perroquet tient une grande place dans la vie de Félicité et dans le livre : elle finit par l'empailler lorsqu'il meurt pour le garder près d'elle, ainsi "enfin il[le perroquet] arriva, - splendide, droit sur une branche d'arbre, qui se vissait dans n socle d'acajou, une patte en l'air, la tête oblique, et mordant une noix, que l'empailleur par amour du grandiose avait dorée" et " L'[image d'Epinal]ayant acheté, elle le suspendit à la place du comte d'Artois, de sorte que du même coup d'oeil, elle les voyait ensemble. Il s'associèrent dans sa pensée, le perroquet se trouvant sanctifié par e rapport avec le Saint Esprit, qui devenait plus vivant à ses yeux et intelligible". Si vous prenez le temps de lire la préface, lecteurs, vous découvrirez une anecdote assez amusante où on dit que l'auteur de Salammbô a fait des recherches ornithologiques, à propos de son perroquet, et il a emporté chez lui un perroquet empaillé : " je le garde pour m'emplir la cervelle de l'idée de perroquet". (Un coeur simple de Flaubert, Livre de poche, 94 p.)

Le perroquet de Flaubert, Barnes, roman stock, 341 p.

Dans Le Perroquet de Flaubert, J. Barnes met en scène un narrateur médecin en pèlerinage à Rouen qui n'est guère ému par les souvenirs de la guerre où pourtant certains de ses amis sont morts, en revanche, il s'attendrit devant la vision du perroquet de Flaubert à l'hôtel de Rouen. Pourtant lorsqu'il voit le même perroquet dans le pavillon de Flaubert à Croisset, il va chercher à savoir quel est le perroquet légitime... Notre cher docteur ne manque pas d'humour et le grotesque flaubertien semble déteindre sur le texte de Barnes. Mais sous sa drôlerie, apparaissent des questions bien plus sérieuses : quelles sont les limites de l'interprétation d'un texte ? Peut-on tout faire dire aux mots ? Il aborde aussi la question délicate de l'écriture d'une biographie. On apprend ainsi des éléments sur la vie de l'auteur notamment sa liaison avec Juliet Hebert et analyse" l'oursinité" de Flaubert : posture littéraire ou véritable solitude de cet auteur ?  Les interrogations amusantes de l'auteur n'en sont pas moins pertinentes.

Cette étude des lettres, des romans et de la vie de Flaubert, qui inclut de nombreuses recherches étymologiques, est un essai qui n'en porte pas le nom. A l'image de l'écriture de Flaubert, Barnes mêle sérieux et comique et des réflexions fines sur les raisons d'écrire. Lecteurs, vous apprécierez ce livre, si vous aimez l'humour british, Flaubert... (ou les perroquets !) car sous forme de digressions désinvoltes et jubilatoires, Barnes nous promène dans l'oeuvre de ce romancier majeur du XIXeme siècle. Un essai vraiment original !

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30 mars 2010

Le Club de Jane Austen de Karen Joy Fowler : ISSN 2607-0006

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Un club de lecture réunit cinq femmes et un homme. De quoi parlent-ils ? De Jane Austen bien sûr et de ses romans ! Que pensent-ils de ses romans ? Chaque chapitre, par exemple le premier est intitulé "où nous nous réunissons chez Jocelyn pour discuter d'Emma", aborde un roman de l'auteur et les janéites se déchainent autour de la question de la vraisemblance, des peintures des caractères. Quelle est l'intrigue ? Le roman alterne les réunions du club mais aussi l'histoire des destins croisés des différents personnages et bien sûr de leurs déboires sentimentaux. Qui sont les personnages ? Grigg a rencontré Jocelyn à une convention de science-fiction. Jocelyn, qui tient un chenil et aime les concours canins, connaît depuis son enfance Sylvia qui est mariée à Daniel et a une fille, Allegra. Celle-ci est homosexuelle et vit une difficile rupture avec Corinne. Prudie vit aussi de difficiles moments mais avec ses élèves, dans la canicule de cet été californien. Quant à Bernadette, elle prend beaucoup de plaisir à jouer les entremetteuses alors que ses nombreux mariages ont tous échoué...
Ce roman dont le titre laisser présager de délicieux moments avec Jane Austen est un peu décevant. Les non-lecteurs de cette romancière anglaise ne comprendront pas toutes les allusions à ses romans tandis que les admirateurs de Jane Austen seront peut-être un peu déçus de se trouver plongés dans un roman à l'écriture relâché et assez éloigné de l'univers de austenien, excepté la fin. Tout ce qui concerne les réunions du club ont éveillé mon intérêt, cependant, la vie des personnages n'a pas réussi à retenir mon attention.
En revanche, j'ai beaucoup apprécié la partie finale intitulée "réaction" qui regroupe les avis des proches de J. Austen et de la réception de ses romans au fil des siècles. Un livre léger, qui m'a ennuyée, déçue par l'écriture peu recherchée. La permanence d'un auteur classique anglais dans la littérature américaine me plaît mais les histoires des différents personnages ne me laisseront pas un souvenir impérissable.

Je remercie Blog o book et La Table Ronde de m'avoir permis de découvrir ce livre... Lu aussi par Fleur., Xiane, blabbertmouth et àproposdeslivres.

 Fowler, Le club de Jane Austen, Table Ronde, 333 p.

15 août 2010

La maison Victor Hugo, Paris : ISSN 2607-0006

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http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/oeuvre/la-tourgue-en-1835

"En été surtout, c'était ravissant [...] le parfum des fleurs et des feuillages extrait par les fenêtres et la soirée avait lieu sur la place en même temps que dans les salons" (T. Banville, Mes souvenirs, 1882). Les arcades de la place des Vosges abritent la maison de V. Hugo où il habita pendant 16 ans de 1832 à 1848. Ouvert en 1903 sous l'impulsion de Paul Meurice, le musée Victor Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF) prend place dans un cadre bien agréable, dans l'hôtel de Rohan.

En commençant la visite, vous entrez dans l'antichambre qui est dédiée à l'enfance heureuse de l'auteur aux Feuillantines, mais c'est toute l'enfance qui est célébrée à travers des portraits de Léopoldine, ses jouets et des gravures... En continuant la visite, vous entrez dans un salon chinois qui présente un aspect tout à fait étonnant et correspond au décor de Hauteville Fairy, salon de Juliette Drouet à Guernesey. Décor foisonnant, ces gravures, porcelaines, meubles montrent le génie de décoration de V. Hugo qui chine et crée lui-même des meubles. Juliette Drouet le surnomme, dans sa correspondance, "son grand bibeloteur". Ces meubles chinées représentent une véritable curiosité et l'auteur a malicieusement inséré ses initiales et celles de Juliette dans les gravures...

Une fois la surprise passée de cette décoration, on entre encore dans un autre univers : la salle à manger d'inspiration médiévale, celle de J. Drouet, meublé à "la cathédrale" reflète le goût des romantiques pour le gothique, le Moyen-âge, l'histoire. A nouveau V. Hugo a détourné des meubles pour recréer d'autres meubles suscitant une ambiance chère à l'auteur de Notre Dame de Paris.

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http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?nnumid=69586

Dans chacune des pièces, la chambre de V. Hugo, son cabinet de travail, son salon de réception, on peut découvrir les gravures, les portraits peints par des grands artistes de l'époque tels que Dévéria, Louis Boulanger, chantre du romantisme, photographies de Nadar ou peintures de Bonnat qui a immortalisé V Hugo en "patriarche" à barbe blanche. De nombreux souvenirs des proches de l'auteur  sont aussi présents, comme les manuscrits, les dessins et les portraits se rattachant à Léopoldine, à J. Drouet... Le musée V. Hugo est un véritable hommage à ce célèbre auteur du XIXeme siècle et une agréable plongée dans le passé.

Maison de Victor Hugo, Paris musée, 127 p.

13 mars 2010

L'abîme de Charles Dickens et Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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L'abîme m'apparaissait comme une curiosité rassemblant l'écriture de deux célèbres victoriens. Malgré les avis très nuancés des blogolectrices, j'ai toutefois commencé la lecture du roman qui s'est révélée plaisante, voire comique avec ses personnages caricaturaux et son intrigue alambiquée amplifiant les caractéristiques des romans de Dickens et de Collins : à la mort de sa mère Walter Wilding apprend de la bouche d'une ancienne employée de l'Hospice des enfants trouvés, où il a grandi, avant d'être adopté par une femme fortunée, qu'il n'est pas le véritable Walter Wilding. Ce riche négociant  en vin, ébranlé par cette nouvelle, mettra tout en oeuvre pour retrouver le véritable Walter Wilding.

Jouant sur les coïncidences de la vie, de la petitesse du monde, qui provoque des rencontres surprenantes, nos deux auteurs font se croiser, de manière improbable, en Angleterre, puis en Suisse, tour à tour, un méchant Obenreizer, deux notaires Me Voigt et Mr Bintrey, et mademoiselle Marguerite, une jeune femme en détresse ! Ajoutons à ce petit monde, un caviste superstitieux et un amoureux transi, l'associé de Wilding, George Vendale. A partir de la quête de Walter Wilding, les situations rocambolesques s'enchaînent : mort soudaine d'un personnage qui "perdit connaissance... et [il] mourut", un autre affronte une terrible tempête dans les froides montagnes suisses et un faussaire doublé d'un meurtrier ! Certains épisodes semblent hâtivement rédigés et les dialogues parfois négligés.

Toutefois, le lecteur passera un agréable moment de lecture, dans ce qui semble être une parodie des romans respectifs de chaque auteur tant les ficelles de l'intrigue sont grosses. Le donquichottisme et la gentillesse extravagante des personnages, des enfants trouvés, perdus et à nouveau trouvés, les questions sociales utopiques de Dickens sont saupoudrés du suspense, des superstitions et de mystères propres à Wilkie Collins...

Les avis de Lou et des participantes au challenge Wilkie Collins addict sur le blog de cryssilda...

Wilkie Collins et Charles Dickens, L'abîme, les éditions du masque, 212 p.

Autre lecture de Wilkie Collins : L'hôtel hanté

29 octobre 2009

Docteur Jekyll et Mister Hyde, produit par Victor Flemming

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Ce film en noir et blanc, de 1941, est remarquable par sa manière d'adapter la nouvelle de Stevenson, L'étrange cas du docteur Jekyll et Mister Hyde. Le docteur Jekyll, un célèbre savant, provoque le mépris ou la moquerie de ses collègues par sa croyance en plusieurs personnalités présentes dans un seul homme, ou plus précisément d'un inconscient que l'homme arriverait à maîtriser. Grâce à des potions, il se transforme en son double inversé : lui, un gentleman, devient une sorte de brute sans morale et sans tabou. Devenu violent, à l'aide de son breuvage, il commet un crime et n'arrive plus à maîtriser ses métamorphoses...

La nouvelle de Stevenson est reconnaissable même si la complexité narrative disparaît, notamment l'emboitement des voix narratives. L'histoire filmique est linéraire et simplifiée et joue davantage sur le thème du double : deux femmes aimées par le docteur Jekyll, une femme de petite vertu et une bourgeoise. Les deux façades pour une même demeure permettent les allées et venues du docteur ou de Hyde... Deux hommes, un policer et l'autre, à la face simiesque, dont le comportement est celui d'un animal.
Reprenant des thèmes fantastiques en vogue au XIXeme siècle, comme la figure du savant fou ou le rôle de l'inconscient, ce film se laisse regarder avec plaisir...

15 mars 2010

Alice aux pays des Merveilles de Lewis Carroll : ISSN 2607-0006

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Lorsqu'on jette un rapide regard sur la littérature victorienne, on s'aperçoit que les auteurs usent d'ironie ou d'humour pour railler une société rigide. D'autres auteurs, font preuve parfois de fantaisie, présente par exemple, dans les romans de Wilkie Collins, où les rebondissements les plus invraisemblables se multiplient, ou dans des romans tels que ceux de L. Carroll, comme si l'imaginaire romanesque voulait s'affranchir d'un carcan réel.

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Alice au pays des merveilles est l'un des romans marquants de ma jeunesse et je l'ai acquis dans des éditions différentes, magnifiquement illustrée par les dessins de Tenniel. Mais qui est Alice ? S'endormant sur un livre d'école, Alice tombe dans un monde où les lapins donnent des ordres, où les chats sourient et où La Reine de coeur fait couper des têtes. Dans le pays des Merveilles, Alice est confrontée à la folie des personnages et à la fantaisie du langage. Destiné à des enfants, il est lu par les adultes car c'est un conte avec un fol imaginaire qui pose la question de l'identité. Après plusieurs métamorphoses, Alice se demande : " mais si je ne suis pas la même, qui donc serais-je ?". En filigrane apparaît aussi l'ordre de l'ère victorienne : Alice est puni de ses actes irréfléchis, de son manque de savoir et de ses libres prises de paroles. A la vue du départ rageur d'une souris, une mère crabe dit à sa fille : "Ah! ma chérie ! que ceci te serve de leçon : ne perds jamais ton sang froid !". Mais cet ordre est remis en cause par la dimension ludique du langage - jeux de mots, calligramme, chanson populaire, dialogue absurde - qui frôle le non-sens. Découvrez l'étrange monde d'Alice, lisez ses aventures oniriques...

31 mars 2010

Le mariage de Figaro de Beaumarchais : ISSN 2607-0006

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Deuxième opus d'une trilogie composée du Barbier de Séville, de La mère coupable, Le mariage de Figaro marque un tournant dans l'écriture théâtrale de Beaumarchais ( présentation de l'auteur sur le site de la BNF ; les essentiels littérature) : Figaro doit épouser Suzanne mais celle-ci est courtisée par le comte d'Almaviva, marié à Rosine. Mais le mariage ne peut pas être célébré, empêché par le comte mais aussi par Marceline : Figaro est lui-même convoité par Marceline, la vieille femme de charge, qui cherche à faire valoir ses droits à l'aide d'une lettre de dette, où Figaro s'engage à se marier avec elle s'il ne la rembourse pas d'un emprunt. Elle s'allie avec le docteur Bartholo, ancien tuteur et prétendant de Rosine, qui se réjouit de se venger de Figaro. Ajoutons à tous ces personnages, Chérubin, le jeune page du comte, intéressé par toutes les femmes, un jardinier ivre...
Cette pièce n'est pas sous-titrée inutilement "une folle journée" : les intrigues amoureuses se multiplient ainsi que des ruses pour se jouer soit du comte, soit de Figaro. Les actions s'imbriquent à un rythme très dynamique avec de nombreux déguisements, témoins cachés, non pas pour donner une dimension comique mais romanesque à cette pièce. En effet, une scène de reconnaissance, un jugement et les sujet du mariage et de la justice donnent une dimension sérieuse à l'intrigue. Beaumarchais traite de la question du mariage avec originalité puisque le mariage ne marque pas le dénouement de la pièce mais devient une des actions principales de cette folle journée, en outre, il  dépeint aussi l'après-mariage à travers le couple que forme le comte et Rosine, Le mariage de Figaro se situant trois ans après Le Barber de Séville, où ils étaient les progragonistes principaux.
Après Molière, les comédies se rapprochent du drame et les dénonciations de la justice, des abus de la noblesse font de cette pièce une véritable satire très enlevée.
 Beaumarchais, Le mariage de Figaro, GF, 222 p.

 Lu dans le cadre du challenge j'aime les classiques ! de Marie L .

5 octobre 2010

Histoires de fantômes : ISSN 2607-0006

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Lecteurs, aimez-vous les histoires de spectres, les situations sombres et les nouvelles fantastiques ? Vous trouverez cette ambiance et ces thèmes dans ce recueil histoires de fantômes qui rassemble trois nouvelles, dont l'intérêt est assez inégal : La chambre tapissée de Walter Scott, La légende de Sleepy Hollow de Washington Irving et La maison du juge de Bram Stocke.

Walter Scott a remis au goût du jour des traditions écossaises mais aussi ses fantômes. Dans la chambre tapissée, on retrouve des techniques traditionnelles de la nouvelles fantastiques avec un récit cadre. Un officier de retour d'Amérique voyage en Angleterre et découvre un grand manoir - très caractéristiques des manoirs hantés- qui appartient à un ami d'enfance Lord Woodville. Ce dernier lui propose de rester dans le manoir et d'occuper une chambre "antique". Le lendemain, l'intrépide général est absent, sorti à l'aube et lorsqu'il revient c'est pour annoncer brusquement son départ. Pourquoi quitte-t-il aussi soudainement son hôte ?  W. Scott nous livre ici une nouvelle très classique de revenants, assez décevante, l''intrigue étant très conventionnelle est peu développée et sans véritable surprise. L'écriture est banale ainsi que l'histoire qui ne révèle aucune surprise et ménage un assez piètre suspense...

Bram Stocker, connu pour son célèbre Dracula, est l'auteur d'une nouvelle véritablement terrifiante. En 1981, il a écrit La maison du juge, inspiré d'une nouvelle de Le Fanu. Un jeune étudiant en mathématiques, donc très cartésien, recherche une demeure pour réviser seul ses leçons avant un examen. Enfin, il trouve une maison qui le satisfait à tout point de vue :" Il n'y a qu'un seul endroit qui lui plut vraiment car il exauçait, au-delà de toute espérance, son désir  irraisonné de solitude. En fait, il aurait été plus juste de parler de désolation plutôt que de solitude pour rendre compte de l'isolement de la battisse. C'était une vieille demeure, massive et biscornue, de style jacobéen, surmontée de lourd pignon et percée de fenêtres extraordinairement petites et placées bien plut haut qu'il n'est d'usage dans des constructions de ce genre". Ce manoir a été habité par un juge cruel et il l'est maintenant par un rat étrange : " La-bas à droite de la cheminée, sur la grande cathèdre de chêne sculptée, se tenait assis un rat énorme, qui le toisait avec aplomb d'un oeil mauvais". Le vieux manoir isolé, un juge mystérieux, une tempête, des morts brutales et inexpliquées... Voici quelques poncifs des histoires de fantômes mais Bram Stocker arrive à nous effrayer et à nous faire frissonner d'épouvante avec cette macabre nouvelle. L'étudiant est-il fou ? Est-ce que le manoir est réellement hanté ? La description des apparitions du juge et le grouillement des rats sont si vivement décrits que la tension ne cesse d'augmenter ! Il a su créer une ambiance et une atmosphère très sombre, entraînant le lecteur dans ce monde étrange.

La légende du cavalier sans tête d'Irving : D'emblée, l'anti-héros de cette nouvelle nous fait entrer dans un univers comique et champêtre très éloigné des frissons que peuvent provoquer la mention d'un cavalier sans tête... " Il imaginait les pourceaux découpés en belles tranches de lard et en jambons tendes et goûteux et ne pouvait apercevoir la dinde sans se la figurer délicatement troussée, le gésier fourré sous l'aile, peut-être même parée d'un chapelet de saucisse savoureuses, et jusqu'au joyeux chantecler, couché sur le dos, servi en garniture, les pattes en l'air comme dans une postures qu'il avait toujours rêvé de prendre mais à laquelle, par orgueil, il n'avait de son vivant, jamais daigné se mettre. Alors qu'Ichabod, radieux songeait à tout cela, et parcourait, de ses grands yeux verts, les grasses prairies [...] Son coeur aspirait à la demoiselle qui devait hériter de ce domaine [....]" : Ichabod Crane, instituteur sans, le sous rêve d'épouser une riche héritière mais sur son chemin se dresse un adversaire redoutable, le héros local surnommé "Brom Bones"... Ichabod, rêveur incorrigible, croit avoir toutes ses chances, jusqu'au jour où il doit faire face à une terrible apparition... Décidément, les nouvelles mêlant fantôme et humour ne sont pas des réussites et cette nouvelle bien que comique grâce à son héros ridicule, ressemble plus à une blague de potache qu'à une véritable histoire de fantômes !

Trois nouvelles, trois écritures différentes mais trois auteurs de renom qu'il faut découvrir en ces temps d'Halloween... avec Lou et Hilde !

Histoires de fantômes, présentées par Dominique Lescanne, Pocket bilingue, 223 p.

28 octobre 2009

Le manoir des immortelles, de Thierry Jonquet

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Salarnier découvre un cadavre dont la tête aurait été tranchée par une faux. Deux autres cadavres auraient, les mois précédents, subi le même sort. Pour quelles raisons ? Qui, en plein Paris, pourrait agir ainsi comme un dément ? Un homme, en guet, devant un immeuble, appelle les habitants dudit immeuble par des numéros, pourquoi ?

Le suspense dans ce roman policier est quasi insoutenable car le lecteur en sait autant, voire moins que les personnages. Jonquet reprend le même procédé que dans la Bête et la Belle et suit successivement les pas des personnages, ceux du meurtrier et ceux du commissaire.  Plongé "in medias res", l'action a déjà commencé lorsque le lecteur s'empare du roman. On ne sait presque rien d'ailleurs des personnages et seul le personnage du commissaire Salernier, homme souffrant mais pudique, est plus développé et attire notre sympathie.

Roman extrêmement noir, le récit se tisse autour du thème de la mort : un meurtrier qui prend le nom d'Hadès, une femme mourante d'un cancer, un homme obsédé par l'immortalité, des allusions aux allégories de la mort de Durer à Holbein... Elle est omniprésente. Surtout la  fin est terriblement inattendue, comme si dans ce roman, la logique de la noirceur voudrait qu'il n'existât pas d'issue... Ce roman policier est habilement construit et vraiment palpitant.

2 juillet 2010

La fille aux yeux d'or de Balzac : ISSN 2607-0006

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Comment Balzac (biographie ici) a-t-il pu dire qu'il voulait être le "secrétaire" de l'histoire qu'il voit se dérouler sous ses yeux ? Dans La fille aux yeux d'or, il n'est question que de mystère et d'exagération, d'oeil qui étincelle de fureur, de passion sauvage...

La fille aux yeux d'or commence d'abord par une description de Paris, devenu un "véritable personnage" dans les romans du XIXeme siècle. On associe souvent Balzac à la technique de la description réaliste mais celle qui inaugure l'histoire de Henri de Marsay est véritablement vivante et éminemment symbolique : "Or et plaisir", voici deux mots qui résument cette ville, décrite comme un véritable enfer. Ainsi, les longues descriptions retardent l'intrigue et permettent à Balzac de décrire les moeurs de la société contemporaine et de la critiquer : "Seulement l'ouvrier meurt à l'hôpital, quand son dernier terme de rabougrissement s'est opéré, tandis que le petit bourgeois persiste à vivre et vit crétinisé".

Dans ce paris infernal, se cache bien des mystères : lorsque Henri de Marsay rencontre Paquita, il nait entre ces deux jeunes gens un amour irrépressible. Enigmatique, elle est gardée comme une prisonnière dans la demeure du marquis de Saint Real. Une aura de mystère entoure cette belle jeune fille et ils se rencontrent dans un lieu où Henri de Marsay ne peut y aller que les yeux bandés... " : Cet escalier était sombre, aussi bien que le palier sur lequel Henri fut obligé d'attendre pendant le temps que le mulâtre mit à ouvrir la porte d'un appartement humide, nauséabond, sans lumière, et dont les pièces, à peine éclairées par la bougie que son guide trouva dans l'antichambre, lui parurent vides et mal meublées, comme le sont celles d'une maison dont les habitants sont en voyage. Il reconnut cette sensation que lui procurait la lecture d'un de ces romans d'Anne Radcliffe où le héros travers les salles froides, sombres, inhabitées, de quelque lieu triste et désert". Pourquoi Paquita est-elle gardée comme une prisonnière ? Quel est le secret qui l'empêche d'aimer Henri de Marsay ? Pourquoi veut-elle s'enfuir de Paris ? Lecteurs, si vous voulez découvrir le secret de la fille aux yeux d'or et découvrir le Paris du XIXeme siècle, lisez ce roman très mystérieux...

 Balzac, La fille au yeux d'or, Mille et une nuits, 143 p.

Lecture commune avec Cess, dans le cadre du challenge "Au bon roman" de Praline.

 Autre roman : Le père Goriot

29 juin 2010

L'affaire est close de Patricia Wenworth : ISSN 2607-0006

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Tout d'abord nous avons une jeune fille, Hilary Carew, qui fait des vers de mirlitons et qui vient de rompre ses fiançailles avec Henry. Ensuite, on apprend comment Marion Grey survit au procès de son mari emprisonné à vie. Le tout fait un début très mystérieux. Qui a tué qui ? Puis on nous révèle l'affaire : Geoff Grey aurait tué son oncle James Everton. Aurait-il été capable de le tuer sachant que ce dernier venait de le déshériter au profit d'un neveu qu'il haïssait ? Bien évidemment sa chère femme croit en son innocence mais tous les témoignages l'accablent, et les alibis en or des différents suspects semblent si beaux qu'Hilary commence à avoir des doutes...

"Très rares sont les gens qui recherchent la vérité" (p. 147)

Habile à créer le suspense, P. Wenworth retarde le début de l'enquête, par le rappel du procès de Geoff, vieux d'un an, pour nous exposer les faits entourant le meurtre de James, qui semblent bien l'accuser sans l'ombre d'un doute. Finalement, assez tôt, on devine qui est le véritable meurtrier mais la recherche de preuves nous tient en haleine, surtout que les détails délicieusement britanniques abondent, l'heure du thé étant aussi importante qu'un meurtre ou la présence de la vieille cousine ennuyeuse comme la pluie, et certains passages ne manquent pas d'humour, notamment dans l'emploi des comparaisons  : "Mrs Ashley semblait morte de peur. Hilary se dit que, de toute sa vie, elle n'avait jamais vu personne aussi ridiculement effrayée. D'autant plus ridicule que... mais enfin qu'elle raison avait-elle d'avoir peur ? Ce n'est pas parce qu'on a travaillé dans une maison dans laquelle un meurtre a été commis et qu'on vient vous poser quelques questions anodines  à ce propos qu'il faut se comporter comme un lapin pris au piège dans son terrier" !.

Finalement, la véritable enquêtrice, Mrs Silver, ne fait que de très brèves apparitions et est aussi falote que Miss Marple créée après par Agatha Christie. D'ailleurs le charme de L'affaire est close émane aussi du "couple" de détectives improvisé que forme la pétillante et intrépide Hilary et son fiancé, faussement arrogant et orgueilleux, Henry. En revanche, comme chez A. Christie, ce n'est pas la peinture psychologique ou le détail réaliste des lieux qui priment mais l'intrigue bien ficelée : chaque détail a son importance. Un roman policier très agréable à lire et qui réjouira tous les amoureux des whodunits traditionnels, dans la lignée de ceux d'Agatha Christie, l'ambiance désuète en moins mais la touche britannique bien présente...

J'ai découvert cette romancière anglaise, née en 1878, que j'ai lu avec délice, grâce à la lecture du billet les "Ennuis de Sally West" de Titine...

Wenworth, L'affaire est close, 10/18 grand détective, 313 p.

27 juin 2010

Les misfits d'Arthur Miller : ISSN 2607-0006

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"Tout ce qui en vaut la peine est dangereux" (p. 111)

"Ni roman, ni pièce de théâtre, ni découpage cinématographique" : l'auteur présente ainsi le récit des Misfits. Alors quel est le thème de ce récit ? Peu à peu se dresse devant nous une ville typiquement américaine, des années 50, dans le désert du Névada, avec son casino, ses policiers et ses personnages, Roslyn fraîchement divorcée accompagnée d'Isabelle. "Quelques portes plus bas, il y a un casino. Une demi acre de terrain planté de machines à sous pansues, reflétant sur la rue ses néons rose et bleu. Les allées latérales sont presque toutes vides, mais quelques indigènes tôt levés actionnent leur leviers dans cet océan de chrome, fixant les éclairs de métal, tels des poissons dans quelque glauque univers sous-marin. Les deux femmes s'assoient au bar, observant les rares joueurs" : On se croirait effectivement plongé dans une comédie américaine  avec ces personnages de paumés plutôt atypiques : Gay, le cow boy épris de liberté, Roslyn, mystérieuse, naïve et Guido, qui semble vivre sans réel but. Chacun à sa manière refuse cette société : Gay cherche à fuir dans les montagnes, Roslyn fuit les hommes et le mariage... La détresse des personnages est palpable ainsi qu'une tension latente. La rencontre de  ces trois protagonistes et leur incompréhension mutuelle vont les amener au bord du drame.

Ce récit nous emmène loin, très loin dans un ailleurs fait de déserts peuplés de mustangs, sans qu'il y ait vraiment d'intrigue : on suit les pas de ces trois personnages à la poursuite de leurs chimères, même s'ils restent opaques jusqu'aux dernières pages. Comme dans un film, on les observe de l'extérieur....  Est-ce  l'écriture de Miller qui rend ce livre si intéressant. Est-ce la solitude des personnages et l'ambiance douce-amère qui rend ce livre si attachant ? Ou est-ce l'évocation d'une Amérique mythique, les belles descriptions  visuelles du Nevada sauvage qui nous laissent rêveurs ? Les misfits est comme le reflet d'une Amérique légendaire, les dernières lueurs d'un certain Ouest américain et une comédie humaine poignante...

Miller, Les misfits, Robert Laffont, 213 p.

Merci BOB pour ce partenariat et Robert Laffont. L'avis de Fleur, Clara,...

22 juin 2010

Le père Goriot de Balzac : ISSN 2607-0006

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"Ainsi ferez-vous, vous qui tenez ce livre ce livre  d'une main blanche, vous qui vous enfoncez dans un moelleux fauteuil en vous disant : "Peut-être ceci va-t-il m'amuser". Après avoir lu les secrètes infortunes du père Goriot, vous dînerez avec appétit en mettant votre insensibilité sur le compte de l'auteur, en le taxant d'exagération, en l'accusant de poésie. Ah ! Sachez-le : ce drame n'est ni une fiction, ni un roman. All is true, il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dan son coeur peut-être ! "  La volonté de réalisme de Balzac apparaît dès les premières pages.

Fin observateur de la société parisienne, dans sa Comédie humaine, Balzac dénonce les apparences d'une société construite sur l'argent et le privilège de la naissance, à travers les trajets de trois individus, Rastignac, Goriot et Vautrin. Dans le titre du cycle, c'est bien la dimension de spectacle que l'auteur souligne... et cette comédie est celle de toutes les bassesses. Inspiré du procédé des romans historiques de Walter Scott, le romancier nous décrit l'histoire des moeurs, l'intimité des individus. Tandis que le père Goriot déchoit, Rastignac s'élève vers les hautes sphères de l'aristocratie.

Le père Goriot moqué par les autres habitants de la sombre et horrible pension Vauquer est en fait sublime dans ses sentiments. Aimant jusqu'à la déraison ses deux filles richement mariées, il va se sacrifier jusqu'au derniers liards pour elles, sans aucune reconnaissance de la part de ses filles bien plus préoccupées de leur tenue de bal que par leur vieux père mourant et agonisant. La description de la pension Vauquer relève du morceau de bravoure : Balzac réussit admirablement à nous montrer la petitesse de ses habitants et le sordide de l'endroit : "Une des plus détestables habitudes de ces esprits lilliputiens est de supposer leurs petitesses chez les autres".

Les gravures de Daumier, qui a initialement illustré Le père Goriot, contribue à créer une horrible atmosphère de misère. Symboliquement, les pensionnaires sont décrits de bas en haut selon leur position sociale...  Autour de ce vieillard, on retrouve la figure de l'arriviste dans la personne de Rastignac. Ce dernier noble désargenté apprend douloureusement à survivre dans la société grâce aux conseils de sa cousine de Beauséant et de Vautrin. Cet homme est d'ailleurs étrange dans son comportement. Qui est-il réellement ?

En quatre chapitres, Balzac, nous décrit admirablement tous les milieux sociaux, du peuple à l'aristocratie, unis autour du "même égout moral". Le langage est imagée et fleurie : le vocabulaire de la chasse, guerrier, montre que la vie à Paris est une lutte incessante. Seule l'ascension compte  : "Le monde est infâme et méchant, dit la vicomtesse. Aussitôt qu'un malheur nous arrive, il se rencontre toujours un ami prêt à venir nous le dire, et à nous fouiller le coeur avec un poignard en nous faisant admirer le manche". Roman de l'ascension, roman de l'amour paternel, c'est aussi le roman de l'argent : "la fortune est la vertu" ou "monnaie fait tout" ! L'auteur dénonce une société gangrénée par l'argent qui fait dire à Rastignac : "votre Paris est donc un bourbier ?" .

Le mystère n'est pas absent de ce roman avec des forçats cachés sous l'apparence de bons bourgeois, avec les dessous des aventures amoureuses des coquettes parisiennes et avec la secrète douleur du père Goriot que tout le monde méconnaît. L'auteur de La peau de chagrin débusque ces faux-semblants à travers le style typiquement XIXeme siècle, avec les citations latines, l'argot du peuple, les chansons d'époque et son génie de la description rendant vivante chacune de ses scènes... Un classique à lire ou à relire !

 Balzac, Le père Goriot, Garnier Flammarion, Etonnants classiques 364 p.

Challenge "j'aime les classiques" de Marie L.

13 juillet 2010

La femme de hasard de Jonathan Coe : ISSN 2607-0006

 

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Ma chère Lou,
Le billet écrit à quatre mains sur Catalène Roca m'a si bien amusée, que je te propose un échange de mails autour d'un auteur anglais, cette fois-ci. Après la lecture de testament à l'anglaise que j'ai fort apprécié, je me suis donc lancée dans un nouveau roman de Jonathan Coe : La femme de hasard. Que n'ai-je eu raison d'ouvrir ce petit livre me suis-je dis tout d'abord ! C'est bourré d'humour, avec des interventions de l'auteur et un personnage principal, Maria, dont on nous raconte l'adolescence, qui a pour modèle philosophique la vie de son chat : " Cette créature, un petit matou marron et blanc nommé Shefton, n'avait que deux ans, mais son attitude et sa philosophie de la vie contredisait son jeune âge. Maria l'aimait sincèrement, d'un amour fondé, comme il se doit sur un profond respect. Shefton semblait avoir tout compris à la vie, sur tous les plans. Les buts de son existence étaient peu nombreux, et tous admirables : se nourrir, rester propre, et par-dessus tout dormir".

Et puis passées les premières pages, ma lecture est devenue fastidieuse. La femme de hasard, c'est l'histoire d'une vie mais d'une vie gâchée et l'infinie suite des déboires de notre chère Maria finit par lasser.  Il est aussi question du bonheur et bien sûr de hasard. Mais cette réflexion sur le bonheur n'est guère plaisante : " Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria et son histoire" dit le narrateur. Comment l'auteur a-t-il fait pour deviner mes sentiments ? Moi aussi je ressentais cet ennui. Mais je ne veux pas en dire trop et je vais te laisser le plaisir ou le déplaisir de découvrir ce livre : Les pensées de Pascal paraissent presque un divertissement devant le désintérêt que m'a causé le livre ! J'ai donc fini ma lecture agacée. Quel ennui ! Quelle déception ! Vraiment j'ai hâte de connaître ton avis pour savoir comment tu perçois cette histoire : va-t-elle t'amuser ? Ou le livre va-t-il te tomber des mains ?

Maggie

 

Dear Maggie,

C’est avec un affolement certain que j’ai reçu ton mail contenant ces quelques lignes sur Jonathan Coe. Bien évidemment, je n’avais toujours pas ouvert La Femme de Hasard qui menaçait de s’écrouler dans un carton (où j’ai a priori laissé se glisser quelques objets dont j’ai un besoin impératif, mais c’était couru d’avance !). J’étais par ailleurs en train de suer sang et eau sur une autre lecture, l’esprit passablement ailleurs puisque, au risque de me répéter, je devais quitter mon appartement ce week-end et j’ai été assez (pré)occupée ces derniers temps. Toujours est-il que j’ai décidé de saisir le taureau par les cornes, de ne pas remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour-même (sur ce coup, je me suis impressionnée), puis je suis courageusement partie travailler sous un soleil de plomb en glissant ce petit roman dans mon sac et en croisant les doigts pour ne pas être déçue, car je n’ai pas envie de lire grand-chose en ce moment et mes livres et moi boudons régulièrement dans notre coin depuis le début de l’été.

Bref, pour ceux qui vont débarquer sur nos blogs en ce moment et se demander s’il n’y a pas par ici une erreur de transmission, une fausse manip ou une preuve manifeste de la théorie du complot, cette femme de hasard est donc une certaine Maria, héroïne assez atypique en ce sens qu’elle mène une vie follement ennuyeuse, se fait trois amis en dix ans (nous croiserons donc peu de personnages en cours de lecture), va à Oxford sans que le lecteur n’ait d’information bien précise sur la formation qu’elle suit (diantre ! c’est Oxford tout de même ! mais avec l’enthousiasme forcené de Maria, on pourrait tout aussi bien se trouver à Cardiff). Voilà une personnalité curieuse, que le narrateur s’amuse à décortiquer en intervenant en effet fréquemment via divers commentaires à l’attention du lecteur, lui précisant les conditions météorologiques afin de satisfaire son caractère tatillon, lui expliquant qu’il en a maintenant assez d’utiliser le temps présent ou que, puisque Maria se souvient de certaines époques sous un soleil d’été, tel et tel chapitre seront exempts de pluie, même si l’histoire se déroule en Angleterre (cela se passe de commentaire). Maria ne s’enthousiasme jamais, ne voit pas pourquoi il faudrait toujours sourire ou s’emporter, ni en quoi il est nécessaire de faire partager à ses congénères un état de satisfaction en faisant preuve d’une spontanéité excessive. C’est un personnage morne d’apparence et dont on suit les pas avec une certaine appréhension, ne voyant pas bien comment l’histoire pourrait s’éclairer avec une héroïne aussi sinistre – et si banale que l’on finit par s’interroger sur ses propres passe-temps et réactions afin de déterminer si elles ressemblent un tant soit peu à celles de Maria.

Personnellement j’ai une nouvelle fois été séduite par cet écrivain, qui maîtrise divinement l’art de la narration, produit des textes très divers et a su me surprendre au cours de mes deux lectures. En revanche, je pense que c’est un roman à lire plus ou moins d’une traite : en s’attardant, on risque de trouver que l’histoire stagne et je dois avouer que s’il avait été plus long, je l’aurais peut-être trouvé un peu ennuyeux moi aussi. En l’occurrence, mon seul regret concerne la fin : la chute un peu brutale laisse presque penser que Coe ne savait plus quoi faire avec cette héroïne statique, pas assez passionnée pour se suicider ou trouver une occupation digne d’intérêt, pas assez résolue pour changer réellement de vie et pas assez sociable pour nous faire croiser de nouveaux personnages plus intéressants (constat également fait le narrateur qui s’excuse de la platitude avec laquelle sont abordés les seconds rôles). Enfin, malgré ça, j’ai enfin réussi à savourer un roman en cette période peu propice à la lecture… tout ça grâce à ton mail anxiogène au départ… alors merci à toi !

Lou, pleine de courbatures et prête à se plonger dans la préparation de son voyage en Angleterre (oh yeah)

PS : nous n’avons pas dû lire la même version des Pensées, ou alors… mmh, Maggie, de gros soupçons pèsent désormais sur toi concernant le contenu de la théière posée près de toi lorsque tu as affronté Pascal…

Ma chère Lou très chanceuse d’aller en Angleterre,

Permets-moi de riposter en deux lignes, sinon aucun lecteur ne s’aventurera à lire ce billet fleuve, genre cher aux romanciers du XIXeme siècle que plus personne ne lit : tout d’abord, je suis ravie de voir que ce livre t’ait plu et deuxièmement, non, quelques gouttes de whisky ne sont pas tombées par inadvertance, dans ma tasse, pendant ma lecture des Pensées ! Qu’insinues-tu ? Quoique à bien y réfléchir, ça m’aurait rendu la lecture de Pascal moins pénible !

Sur ce je t’embrasse et je souhaite beaucoup de soleil pour ton séjour londonien.

Maggie

Correspondance avec Lou.

1 juillet 2010

Cadavre exquis de Pénélope Bagieu : ISSN 2607-0006

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Cette bande dessinée commence comme de la chick litt : une jeune femme, la vingtaine, peu cultivée et assez sotte, hôtesse d'accueil dans un salon de voitures se morfond entre un ami sans intérêt et grossier et un travail peu intéressant. Zoé vit frustrée jusqu'au jour où elle rencontre un écrivain du nom de Thomas Rocher... qui paraît bien mystérieux : pourquoi refuse-t-il de sortir de chez lui ? Quelles sont les raisons pour lesquelles il vit caché, les rideaux de son appartement toujours fermés ? Zoé croit avoir trouvé enfin le bonheur et un ami exaltant lorsque l'ex-femme de Thomas Rocher refait surface....

Mais qui est ce "cadavre exquis" présent dans le titre, plaçant ainsi cette bande dessinée sous le genre de la BD policière ? Bien qu'il n'y ait pas d'enquête traditionnelle, l'histoire prend un autre ton, plus mystérieux, sans jamais être sombre : les milieux de l'édition ne sont pas épargnés et la figure de l'auteur y est caricaturale : égocentrique, aimant la gloire et le succès. Si les poncifs sont présents, c'est pour mieux les détourner.

L'intrigue est intéressante  même si certaines scènes sont  passablement prévisibles ou les ficelles parfois un peu grosses, notamment en qui concerne la rencontre de l'auteur et de la jeune fille. On retrouve, dans le début de l'histoire, le ton déjà présent dans les séries Joséphine et Ma vie est tout à fait fascinante avec des situations cocasses liées à la vie de la jeune fille avec les conventionnels déboires amoureux, problèmes au travail avec les collègues. Cependant cette bande dessinée est beaucoup plus travaillée, et étoffée que les précédentes avec des couleurs très vives et des dessins colorés, décidément très agréables.  Les dialogues le sont moins, rares et plutôt légers, mais cette bande dessinée aux jolies illustrations vous fera passer un agréable moment de détente...

Bagieu, Cadavre exquis, Gallimard, p 124.

18 juin 2010

Lorenzaccio d'Alfred de Musset : ISSN 2607-0006

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Florence est sous le joug du tyran Alexandre de Médicis et de son cousin, le mélancolique et débauché Lorenzo, qui oeuvre secrètement en faveur des républicains. Toute la ville tremble : les femmes pour leur vertu, les hommes pour leur honneur. Dans l'ombre, les Strozzi conspirent mais en vain. Plusieurs intrigues s'enlacent, plus d'une trentaine de personnages sont mis en scène et autant de lieux différents servent de décor à cette oeuvre foisonnante.

La beauté de cette pièce est issue de l'éloquence et de la virtuosité de la prose et de l'identité de son héros éponyme : "Suis-je satan ? Lumière du ciel ! Je m'en souviens encore ; j'aurai pleuré avec la première fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne, je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la fable. Je croyais que la corruption était un stigmate et que les monstres seuls le portaient au front", s'écrie Lorenzaccio. A force de dépravation, l'âme du héros s'est dissoute et à l'image de toute une génération désenchantée, Lorenzaccio cherche à donner un sens à ses actes : il va donc tuer le duc.

Lorenzaccio, c'est le drame romantique dans tout son éclat, recréant l'effervescence de la vie à travers la représentation de toutes les catégories sociales. Musset (biographie ici) mêle le grotesque et le sublime, le goût de l'exotisme dans la représentation de Florence et un héros déchiré, reflet de la génération romantique. L'arrière plan historique et les personnages complexes, et la beauté de la langue font de ce drame un chef d'oeuvre de l'art romantique.

Musset, Lorenzaccio, Classiques Larousse, 198 p.

Autre oeuvre : On ne badine pas avec l'amour

11 juin 2010

Zuleika Dobson de Beerbohm : ISSN 2607-0006

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Sachez qu'un livre à couverture rouge, avec inscrit comme nom d'auteur Beerbohm peut cacher une histoire pleine d'extravagance. A rebours de Huysmans est le bréviaire de la décadence française, de même Zuleika Dobson est celui de la littérature fin de siècle anglaise avec son cortège de symboles : les objets délicieusement raffinés, le primat des sensations sur l'objet nommé, le vocabulaire rare, les références à la littérature antique, les expression latines et l'amour de l'esthétique.

Le narrateur présente son livre par cette mise en garde : " Lorsqu'en 1911 ce livre fut publié pour la première fois, certaines personnes, apparemment, crurent que l'intention satirique et les cibles diverses : instinct grégaire, coquetterie féminine, snobisme, voire même, prestidigitation. Pour moi, je n'y avais vu qu'une fantaisie ; et c'est en tant qu telle, pensé-je, qu'elle devraient être considérée. Mais toute imaginative qu'elle soit, la fantaisie doit s'ancrer dans la réalité ; et mes lecteurs penseront sans doute que le tableau que je brosse de la ve à Oxford est une douloureuse entorse à cette règle. [...] "

Fantaisiste, Zuleika Dobson l'est assurément. L'imagination débridée de l'intrigue met en scène une institutrice devenue prestidigitatrice, entourée par de jeunes gens tous amoureux d'elle, suscitant un suicide collectif qui va décimer tout Oxford ! Autour d'elle évoluent des fantômes, des statues qui transpirent... Toute la première partie du roman est consacrée à deux personnages typiquement fin-de-siècle mais caricaturaux : Zuleika, la femme fatale, l'enchanteresse, la sirène qui va mener au suicide tout Oxford  et le duc Dorset, dandy par excellence : " Elle [Zuleika] l'avait ensorcelé certes : Il était d'autant plus nécessaire qu'il se privât de toute conversation avec elle. Il fallait impérativement la chasser au plus vite de son esprit. Il ne devait à aucun prix diluer l'essence de son âme. Il ne pouvait sacrifier son dandysme à aucune passion. Le dandy doit être célibataire et cloîtré  c'est un véritable moine, avec un miroir comme chapelet et pour bréviaire, un anachorète mortifiant son âme pour la perfection de son corps"... Non sans humour, Beerbohm reprend des poncifs et dénonce ses propres personnages comme insupportables !

Pas de critique ? Rien n'est moins sûr ! Lisez ce passage-ci : "Les notions qu'avait Zuleika de la vie d'Oxford étaient un peu brumeuses. Le duc eut peine à lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas, même en vêtement d'homme, comme elle le suggérait, l'inviter à la Junte. [...]. Elle ne pouvait comprendre cette admirable fidélité aux obligations sociales qui est une de ces vertus enracinées dans notre aristocratie". Comment ne pas y voir une critique sous-jacente bien que l'auteur s'en défende ?

De drôles et jolies illustrations de George Him renforcent le charme de cette "fantaisie". Et comme toute fantaisie qui se respecte, il manque un peu de sens à cette histoire et perdu dans les digressions, le lecteur peut trouver cette imagination trop débridée un peu lassante.  Mais les courts chapitres vifs, mettant en valeur la préciosité du langage et l'humour de l'auteur, parfois cynique, rendent plaisante et charmante cette étrange histoire.

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 Beerbhom, Zuleika Dobson, Monsieur Toussaint Louverture, 352 p.

Merci à BOB  et à Monsieur Toussaint Louverture pour cette délicieuse découverte et cette magnifique édition !

 

26 mai 2010

Le treizième conte de Diane Setterfield : ISSN 2607-0006

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 Margaret travaille dans le magasin de livres rares et anciens de son père et a écrit une biographie sur les frères Goncourt. Un jour, elle reçoit une étrange lettre qui provient d'une romancière de best-sellers, entourée de mystère : Vida Winter a inventé plus de 32 versions différentes de sa vie... Malade et âgée, elle a enfin décidé de dévoiler son histoire sans mensonge. Mais dit-elle réellement la vérité ? Commence pour Magaret une enquête sur la véritable vie de Vida, qui commence d'ailleurs par un un autre mystère : elle a publié un recueil de 13 contes qui n'en contient que douze. Quel est ce treizième conte ?

Margaret entretient une relation passionnée avec les livres et on prend plaisir à déambuler dans le magasin de livres qu'elle tient avec son père. Plus proche des romans du XIXeme siècle que des personnes qui l'entourent, elle avoue que "les mots ont un étrange pouvoir. Entre les mains expertes, manipulées avec adresse, ils vous retiennent prisonniers". 

Quant à l'histoire, elle contient de nombreux rebondissements comme dans Les hauts de Hurlevent ou Jane Eyre. Chaque personnage cache un secret. Quel est celui de Vida Winter ? Au fil de la narration de la vieille dame, la jeune fille enquête, hantée par ses propres fantômes et bientôt par ceux de la romancière. Dit-elle la vérité ? Est-ce que le manoir dans lequel elle dit avoir grandi existe véritablement ? Qu'est devenu son oncle Charles disparu soudainement ? Connaîtra-t-elle la clé du mystère du treizième conte ? Alternant différents récits et narrateurs, le mystère s'épaissit... Des ruines, la folie des personnages, des fantômes, des enfants perdues, des disparitions soudaines, un incendie, l'allusion aux romans La dame en blanc de Wilkie Collins ou Jane Eyre des soeurs Brontë, rendent hautement britannique cette histoire mystérieuse. Un récit captivant de la première à la dernière page...

Setterfield, Le treizième conte, Pocket, 526 p.

Livre voyageur de Mango que je remercie ! Son avis ici. D'autres avis : Lilly, Clarabel, Fashion, Lou., Titine.Choupynette,...

25 janvier 2010

Salomé d'Oscar Wilde : ISSN 2607-0006

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Salomé hante la littérature fin de siècle, elle apparaît dans le roman A Rebours de Huysmans, influence la Salammbô de Flaubert... Loin des sources historiques et bibliques, Wilde (biographie ici) métamorphose Salomé en femme fatale fin de siècle. Hérode a épousé Hérodias, la femme répudiée par son frère. Iokanann, un prophète, qui a critiqué ce mariage immoral, a été enfermé dans une citerne au coeur du palais. Salomé, fille d'Hérodias, aime Iokanann, mais celui-ci la repousse. Elle acceptera de danser pour son beau-père concupiscent en échange d'une promesse : elle réclame la tête de Iokanann...

Salomé est au centre de cette courte pièce  : elle est celle que tous regardent et désirent. Nommée par Iokanann "fille de Babylone",  Salomé est amoureuse et cruelle, elle désire et décide et donne la mort. Salomé envoûte tous les hommes qui l'entourent. L'atmosphère onirique, étrange est créé par le langage poétique : une prose anti-réaliste ou déréalisante. La lune est comparée à "un narcisse agité par le vent... Elle ressemble à une fleur d'argent" ou " comme la lune a l'air étrange ! On dirait la main d'une morte qui cherche à se couvrir avec un linceuil", dit un jeune syrien... Cette pièce de théâtre est une merveille d'art artificiel, avec des fleurs vertes et des références à divers mythes et contes, illustrant parfaitement l'autonomie de l'art. Lorsque Salomé exprime son désir pour Iokanann, elle reprend le "Cantique des Cantiques" : "Iokanaan ! Je suis amoureuse de ton corps. Ton corps est blanc comme le lys d'un pré que le faucheur n'a jamais fauché. Ton corps est blanc comme les neiges qui couchent sur les montagnes de Judée, et descendent dans la vallées. Les roses du jardin parfumé de la reine d'Arabie, ni les pieds de l'aurore qui trépignent sur les feuilles, ni le sein de la lune quand elle se couche sur le sein de la mer...". L'art s'inspire de l'art.

C'est une pièce symboliste, surréaliste avant l'heure, dont Loti dira : " c'est beau et c'est sombre comme un chapitre de l'Apocalyspe".  On perçoit dans cette pièce toutes les obsessions de Wilde : primauté de l'esthétique et le tragique côtoie un ton plus humoristique. Une pièce à lire pour la beauté des images, elle brille de tous les motifs décadents, des pierreries à la présence de paons blancs, et pour sa prose musicale...

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Les illustrations par Aubrey Bearsdley sont magnifiques : des dessins en noir et blanc, dans des cadres japonisants, représentent Salomé sous les traits d'une femme fatale. Les volutes et les courbes, le style rococo mais stylisé traduit bien l'univers sombre et cruel et la beauté étrange de la Salomé de Wilde.

 Mes lectures wildiennes : Les aphorismes

3 juin 2010

Catalène Roca de Jean François Delapré : ISSN 2607-0006

 

53659149

 

22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire ?
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J’ai bien reçu ton petit paquet et tu n’avais pas menti, puisque j’ai lu le livre de (… ça commence bien, j’ai oublié son nom et je n’ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l’eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes – ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n’est pas crédible (pour quelqu’un qui voulait éviter les digressions j’ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s’immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d’environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m’est très sympathique, puisqu’il s’agit d’un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s’attardant sur une coïncidence amusante, puisque c’est l’auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t’est adressé à l’origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t’évoque la première nouvelle car le libraire en question m’a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m’explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l’eau de rose ? On trouve d’excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j’aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l’auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s’agit-il du roman qu’elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l’intérêt qu’il prend à gérer sa clientèle, j’ai découvert avec horreur qu’il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d’argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d’Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d’un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!! 
Maggie

 

 

30/05/2010

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement, Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

 Delapré, Catalène Roca, suivi de l'homme au manteau de pluie, Table Ronde, 35 p.

Merci à BOB et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture en duo qui s'est révélée fort amusante et vraiment divertissante ! Merci Lou d'avoir partagé cette lecture avec moi, merci pour ton humour  !

23 juillet 2009

Effie Briest, Théodor Fontane : ISSN 2607-0006

Qui est Fontane (1819-1898) ?  Né en 1819, dans les marches de Brandebourg, Fontane fut d'abord commis-pharmacien mais très tôt, il commença à écrire des poèmes. Puis, il devint journaliste et s'installa en Angleterre. De retour en Allemagne, il se consacra à la littérature : il publia des ballades qui connurent un vif succès, des romans comme L'Adultera, Dédales... et à la fin de sa vie Effie Briest.

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 « La souffrance ne m'écrasera pas ». Le dernier roman de Fontane est un classique de l'école réaliste allemande. Effie Briest est une jeune fille à l'imagination vive, qui vit dans une petite ville de Mecklembourg. Voici le portrait que la mère fait de l'héroïne éponyme, au début du roman : « Tu es une petite créature romanesque. Tu te complais à imaginer l'avenir et plus tu y mets de couleur, plus il te semble beau et désirable. [...] Tu es comme dans un conte de fées et tu voudrais être la princesse ».

Effie a dix-sept ans lorsqu'elle épouse sans amour un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Exilée à Kessin où son mari remplit la fonction de Landrat (haut fonctionnaire), elle y découvre l'ennui, la mélancolie, la solitude : c'est là qu'elle aura une brève aventure avec le capitaine Crampas. Sept ans plus tard, son mari découvrira cette liaison et condamnera sa femme à vivre seule, sans même pouvoir revoir sa fille.

L'héroïne est un esprit romanesque, comme Madame Bovary mais en moins rêveuse, qui va de désillusions en désillusions. Ce roman tragique fait le portrait admirable d'une femme qui est broyée par une société puritaine. On est loin du réalisme français avec sa volonté de tout dire. Fontane joue du non-dit pour éviter la censure (l'adultère n'est quasiment pas évoqué). De plus, "l'effet de réel" est atténué par la dissémination, dans le texte, de signes annonciateurs de la catastrophe, qui tire le roman du côté de la tragédie.

L'intérêt du livre réside dans la peinture d'un individu confronté à un monde moralisateur. A lire, pour découvrir la destinée d'une femme du XIXe siècle !

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