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1001 classiques
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6 mars 2011

Emma adapté par Diarmuid Lawrence et par Mc Grath : ISSN 2607-0006

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Emma, l'"héroïne" de Jane Austen, est une jeune fille orgueilleuse et romanesque qui se plaît à marier ses amies : elle va jeter son dévolu sur Miss Harriet, dont les origines sont obscures, et chercher à la marier tout à tour à  tous les jeunes hommes célibataires de Highbury, tels que Mr Elton, Mr churchill...

"Emma l'entremetteuse" (Mc Grath) :

Certes, le film est fidèle au roman de Jane Austen, reprenant de nombreuses scènes et conversations du livre. Mais Emma est bien mal incarnée par G. Paltrow : celle-ci est incapable d'avoir un visage naturel et est aussi expressive qu'une actrice de film muet : son visage est mobile et grimaçant d'un bout à l'autre de l'histoire. La joliesse de la reconstitution ne fait pas oublier son jeu excessif. Un film assez lisse et classique où l'on s'ennuie un peu...

"Emma la romanesque" (D. Lawrence) :

La version BBC est tout aussi impeccable au niveau de la reconstitution avec d'ailleurs un déjeuner victorien en plein air spectaculaire. L'intérêt de cette version est de mettre en avant le côté romanesque de notre héroïne. Entremêlées à l'intrigue, surgissent brusquement des visions sentimentales de notre héroïne. Si on lui apprend que Miss Jane Fairfax a été sauvée par Mr Dixon, d'une noyade, aussitôt notre héroïne de s'imaginer une idylle naissante entre eux : parmi les vagues houleuses d'une tempête déchaînée, on voit Jane Fairfax, dans une position inconfortable et dangereuse, souriant à son sauveur ! Miss Harriet se fait agresser par des petits bohémiens. Mr Frank Churchill, arrivant à point nommé, réussit à la sauver de cette situation gênante : bien sûr, à l'instant même où on lui fait le récit de ce sauvetage, Emma imagine un mariage entre eux avec toute une imagerie sentimentale : Mr churchill arrivant sur un cheval et emportant Miss Harriet vers des jours heureux ! Toutes ses rêveries, représentées d'une manière mièvres, rendent cocasses les illusions de notre héroïne. Si le personnage d'Emma est réussie, les caricatures le sont aussi : Mrs Bates apparaît plus bavarde et ennuyeuse que jamais, Mr Woodhouse plus somnolent et égoïste... quant à Mrs Elton, elle incarne le comble du ridicule.  Les amusantes représentation des rêves d'Emma rendent ce film plus comique et attrayant que le livre...

Emma, adapté par Diarmud Lawrence, 1996, 104 min, avec Kate Beckinsale.

Emma adapté par Mc Grath, avec Gwylneth Paltrow, 1999.

Challenge "Un an de passion avec Jane Austen", d'Ellcrys

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6 mars 2011

Emma de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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Cinquième roman de Jane Austen ( biographie Larousse Alalettre.com), Emma décrit une héroïne très différente de celles des oeuvres précédentes. Loin de la pétillante Elizabeth Bennet ou de la timide Fanny de Manfield Park, elle est une jeune fille vaniteuse et manipulatrice, flattée par tous, sauf Mr Knightley qui n'est pas dupe. N'ayant ni le goût de la lecture, ni celui de persévérer dans quels que domaines que ce soit, elle s'amuse à créer des unions dans son entourage, n'ayant elle-même aucune envie de se marier...

L'intrigue du mariage se dilue dans les conversations et les portraits secondaires qui révèlent l'importance du paraître et de l'être lié au niveau social. Parmi eux, on trouve l'insignifiante Harriet, l'autoritaire Mrs Churchill, l'ambitieux Mr Elton. En parlant de Mr Martin, un fermier, Emma déclare : " ces gens-là font partie de la classe avec laquelle je n'ai rien à faire". Jamais les contraintes sociales n'ont eu autant d'importance que dans ce roman-ci, ce qui  provoque bien des désillusions pour nos différents personnages. Peut-on parler de caricature ? Certainement, les défauts des personnages sont amplifiés, il suffit de se pencher sur le chapitre XXXVI, véritable scène de comédie : Mr Weston parle de son fils tandis que Mrs Elton parle de sa suffisance : jamais leur violon ne s'accorde, chacun ne parlant à l'autre que pour mieux se vanter.

Cependant, ce roman est parfois bavard. Les conversations oiseuses semblent interminables : est-il important de manger de la bouillie le soir ? Saler le jambon est-il la meilleure façon de manger cette viande ? Mais patience, lecteurs, le dénouement rapide compense ces longueurs, de même que l'importance de la dimension romanesque. Et c'est là que le roman prend vraiment une dimension intéressante : le romanesque et les rêveries qui sont surtout le fait d'Emma, mais les autres personnages ne sont pas épargnés, permettent de révéler les défauts des personnages mais aussi de montrer le décalage entre le réel et les romans. Emma, souvent appelée "héroïne" est comique tant sa vision du monde est éloignée de la réalité : "cette aventure était véritablement passionnante... Un beau jeune homme [ Frank Churchill] et une ravissante jeune fille [Harriet Smith] entraînée dans une histoire pareille, cela ne pouvait manquer de faire naître certaines idées dans le coeur le plus froid ou le cerveau le plus solide, d'après Emma du moins"? Hélas ! Emma s'illusionne complètement sur un éventuel mariage entre ces deux êtres : le roman démontrera exactement l'inverse... La cascade finale de mariages heureux fait-elle de Jane Austen, une romancière romantique ? Certainement pas ! Avec cette Don Quichotte au féminin, Jane Austen semble dénoncer les dangers du romanesque, notamment des romans sentiments, lorsqu'il déborde du cadre de la fiction.

 Austen, Emma, 10/18, 574 p.

Autres romans : Mansfield Park, Orgueil et préjugés, Lady Susan, Northanger abbaye

challenge "un an de passion avec Jane Austen", d'Ellcrys

Lecture commune avec George, Lili galipette, Anne, Jules , hilde, ...

5 juillet 2010

Rébecca de Daphné Du Maurier : ISSN 2607-0006

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Ma chère Océane,
Tu nous demandais, pour ton challenge Daphné du Maurier, de te raconter nos impressions sur les romans de cette romancière britannique : voici celles que j'ai ressenties à la lecture de Rebecca. Je ne gardais qu'un vague souvenir du film de Hitchcock que j'ai vu, il y a une éternité, et qui a immortalisé l'oeuvre la plus célèbre de Daphné du Maurier. Ai-je aimé ce film ? Ai-je frissonné  ? Je n'en sais rien car mon souvenir est très vague bien que je sois certaine de l'avoir vu. J'ai d'ailleurs bien envie de le revoir, maintenant, une fois le livre refermé.
Lorsque j'ai commencé ma lecture j'ai tout de suite été séduite par l'atmosphère de ce roman : les premières pages m'ont évoqué un château de conte de fée, celui de la belle au bois dormant mais en plus inquiétant. J'ai beaucoup apprécié cette narration à la première personne qui nous permet d'être plus proche du personnage principal, cette jeune fille pauvre qui est obligée de se plier aux caprices d'une vieille dame vaniteuse : elle est bien moins oie blanche qu'on ne le croit... J'ai aimé tout de suite cette héroïne réservée, à la limite de la naïveté, due à son jeune âge et à son humble condition. Mais lorsqu'elle analyse le comportement de Mrs Van Hopper, on perçoit bien le fait qu'elle n'est pas dupe de la comédie sociale de cette dernière : "J'aurai voulu avoir le courage de redescendre par l'escalier de service et gagnant de là le restaurant, le [Mr de Winter] prévenir du piège. Mais le souci des convenances me paralysait et puis je ne savais pas comment formuler mon avertissement. Il n'y avait rien d'autre à faire que de m'asseoir à côté de Mrs Van Hopper, tandis que, semblable à une grosse araignée satisfaite, elle tisserait son filet d'ennui autour de l'étranger". J'ai beaucoup aimé aussi la manière dont elle aborde la question du souvenir, la conscience du temps qui passe, sa sensibilité et son imagination très romanesque lors de sa rencontre avec Mr de Winter, le propriétaire de Manderley...

" J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" : dès les premières lignes, mon esprit était tout occupé par Manderley tout en me demandant quel pouvait bien être son secret... Et quel secret ! Au fur et à mesure de ma lecture, j'étais suspendue aux paroles de cette jeune fille et j'ai découvert en même temps qu'elle, à travers son regard craintif et admiratif, le manoir de Manderley... Quel suspense ! A partir de son arrivée dans ledit manoir, j'ai senti une tension, une angoisse, qui ne s'est achevée qu'à l'avant dernier chapitre. "Inquiétant, "troublant", "angoissant", "envoûtant", les adjectifs me manquent pour qualifier ce roman et parler des divers sentiments qui m'ont traversée, au fur et à mesure que je découvrais les multiples rebondissements, et que le voile se levait sur le personnage de Rebecca. 

Merci pour ton challenge qui m'a permis de me plonger dans le monde ténébreux de Daphné du Maurier. Je t'écrirai bientôt pour te raconter mes impressions au sujet de L'auberge de Jamaïque... et peut-être d'autres romans si j'arrive à leur mettre la main dessus !

Maggie

du Maurier, Rebecca, Livre de Poche, 378 p.

Challenge d'Océane

27 février 2011

La vie immortelle d'Henrietta Lacks de Rebecca Skloot : ISSN 2607-0006

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Des milliers d'heures d'interviews, des proches, de la famille Lacks, des recherches d'archives permettent à R. Skloot, journaliste scientifique de retracer le destin extraordinaire de H. Lacks. Mais qui est cette femme ? Peut-être la connaissez-vous sous le nom de HeLa, code de cellules qui ont permis une percée très importante dans le domaine médical comme le séquençage génétique, la fécondation in vitro ? Au-delà de l'aspect scientifique, qui se cache derrière ces cellules ? Tout en décrivant son enquête journalistique dans les années 1990, elle reconstitue la vie d'Henrietta Lacks, dans les années 50 à Baltimore, en période de ségrégation raciale.

Comment ce projet lui est venu ? " Il y a sur le mur, la photo d'une femme que je n'ai jamais rencontré . Le coin gauche est déchiré et recollé au ruban adhésif. Arborant un tailleurs impeccablement repassé, elle regarde droit dans l'objectif et sourit, les mains sur les hanches, les lèvres peintes en rouge vif. Nous sommes à la fin des années quarante et elle n'a pas encore trente ans. Sa peau brun clair et lisse, ses yeux encore jeunes et espiègles, semblent se rire de la tumeur, qui privera ses cinq enfants de leur mère, et bouleversera à jamais le cour de la médecine. Sous la photo une légende indique Henrietta Laks, Helen Lane, Helen Larson". C'est donc une photo anonyme, vu à 16 ans dans un cours de sciences, qui amène l'auteur à s'interroger sur la famille Lacks et à se pencher sur divers problèmes éthiques et sociaux.

Si ces cellules ont permis de grandes découvertes scientifiques, elles sont aussi à la base d'un questionnement moral : pourquoi la famille Lacks n'a eu connaissance de la culture cellulaire qu'en 1973 alors qu'elles étaient étudiées depuis 1951 ? Pourquoi cette famille n'a pas les moyens de payer des frais médicaux alors que la commercialisation des Hela est devenue une industrie qui brasse des millions ? Ce récit soulève aussi des questions d'éthique. D'ailleurs l'histoire des sciences est évoquée avec ses tâtonnements, et ses dérives comme les travaux de l'eugéniste Carrel et le procès Nuremberg. Est-ce que les médecins ont enfreint la loi en prélevant des cellules d'Henrietta sans le consentement de sa famille ?

Parallèlement à l'avancée des recherches scientifiques, Rebecca Skloot, en hommage à cette femme inconnue et oubliée qui a contribué au bien-être de l'humanité, nous trace son portrait tout en narrant ses démarches journalistiques et ses difficultés. Il lui aura fallu dix ans pour écrire ce livre ! Cette enquête passionnante et instructive, qui aborde des thèmes aussi variés que la question des lois raciales, de l'éthique, de la science est aussi un bel hommage à Henrietta Lacks.

Skloot, La vie immortelle d'Henrietta Lacks, Calmann-levy, 431p.

Merci à BOB et aux éditions Calmann-levy pour ce partenariat

28 février 2011

Premières enquêtes de Simenon : ISSN 2607-0006

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Les aventures de Maigret sont nombreuses : dans cette dernière parution du livre de poche, Premières enquêtes, sont rassemblés deux romans particuliers, l'un parce qu'il raconte la première enquête de Maigret alors qu'il n'a que 26 ans (publié en 1949) tandis que l'autre est le premier roman publié sous le nom véritable de Simenon, en 1931 .
Pietr le letton : Un escroc d'envergure internationale, Pietr le Letton, est attendu à Paris. Dans ce train, un homme est tué qui ressemble à s'y méprendre à Pietr le Letton. pourtant Maigret voit ce dernier sortir du train et rejoindre un homme d'affaire américain. Qui est l'homme mort dans le train ? Maigret va suivre Pietr le Letton découvrant des aspects surprenants de sa personnalité, se comportant tantôt comme un dandy, tantôt comme un mendiant... Mais qui est-il réellement ?
La première enquête de Maigret. Secrétaire du commissaire Bret, appartenant au beau monde, Maigret mène sa première enquête aidé par un musicien, témoin d'un meurtre. De quel meurtre d'agit-il ? Le musicien aurait entendu des coups de feu dans un riche hôtel privé parisien. Mais dans le milieu mondain, on n'aime pas les scandales et la condition sociale de Maigret l'empêche d'enquêter ouvertement sur la riche famille Balthazar. Une enquête difficile commence...

Reconnaissable par ses éléments traditionnels, comme l'ambiance pluvieuse, la description de la routine et du quotidien, Simenon se démarque du Whodunit traditionnel en laissant de côté les indices et en étudiant " l'homme souterrain, celui qui se dissimule sous la façade sociale"*. Ces deux romans sont plus surchargés et plus rocambolesques que les autres enquêtes simenoniennes : surcharge de meurtres, beaucoup de personnages et de lieux. On constate que Simenon va vers une simplification des enquêtes et vers une épuration de son style.

Mais quel est l'intérêt de découvrir ces nouvelles enquêtes de Maigret ? Dans ces deux romans, toute l'originalité du commissaire Maigret apparaît : dès l'enquête sur Pietr Le letton, il ne cherche pas à faire la justice ou à débusquer le mal mais on perçoit ce futur Maigret qui s'interroge sur les hommes : la fin de l'enquête est aussi atypique que dans L'Affaire Saint-Fiacre. Dans La première enquête de Maigret, on découvre ce personnage  faisant ses preuves, dans un cadre où la dimension sociale est très présente. Deux enquêtes pleines de rebondissements permettant de découvrir les débuts du plus célèbre commissaire du Quai des Orfèvres.

Simenon, Premières enquêtes, Livre de Poche, 381 p.

* J. Dubois, Les romanciers du réel, De Balzac à Simenon, Points essai, pp. 314-330.

Merci à Livre de poche pour ce partenariat.

Challenge Maigret organisé par peuple du soleil

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10 février 2011

La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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Laissant errer son imagination, à partir d'un tableau de Vermeer, Tracy Chevalier invente la vie du modèle. Qui est cette jeune fille à la perle, dont le visage illuminé se détache de la sobriété du fond ? Cette  jeune fille Griet issue d'un milieu humble entre au service de la famille Vermeer pendant trois ans, de 1664 à 1667. Cette tranche de vie imaginaire s'inscrit dans un quotidien et une peinture de Delft reflétant la vie du siècle d'or hollandais. Si ses gestes et récits sont répétitifs, peu à peu, le lecteur perçoit son éveil à une sensibilité artistique. A travers son regard, Delft apparaît comme un tableau : "La matinée était encore fraîche, le ciel d'un gris pâle et mat recouvrait Delft tel un drap que le soleil d'été n'était pas encore assez haut pour dissiper. Le canal que je longeai était un miroir de lumière blanche moirée de vert. Plus le soleil deviendrait intense, plus le canal s'assombrirait, jusqu'à prendre la couleur de la mousse".

Celle qui est maltraitée par toute la famille, excepté par le peintre pour des raisons artistiques, devient son assistante et finira par poser pour lui. Discrètement, le roman lève le voile sur le travail du peintre dont les éléments biographiques sont rares. Quelles couleurs employait-il ? Comment travaillait-il ? Quel était son caractère ? La vie du peintre, bien documentée, est évoquée par petites touches, nous permettant d'appréhender son regard d'artiste et son travail, du broyage des couleurs à ses relations avec son mécène Van Ruijen.

Surtout ce livre nous fait entrer dès les premières pages, au moment où Griet ouvre la porte de la maison Vermeer, dans l'atmosphère des tableaux : de nombreuses descriptions dépeignent des peintures de cette époque comme Les entremetteurs ou d'autres plus anciens comme La servante à la robe écarlate ou La laitière : ce sont des tableaux accrochant la lumière, reflétant des scènes souvent intimistes ou du moins quotidiennes de l'époque. Roman sur une jeune fille infortunée du XVIIeme siècle hollandais, La jeune fille à la perle laisse entrevoir tout l'imaginaire des tableaux de Vermeer.

"Une femme se tenait devant une table, elle était tournée ver un miroir accroché au mur de sorte qu'on la voyait de profil. Elle portait une veste de somptueux satin jaune, bordée d'hermine et, selon le goût du jour, un noeud rouge s'épanouissait en cinq boucles sur ses cheveux. Sur la gauche, une fenêtre l'éclairait, la lumière jouait sur son visage, soulignant la courbe délicate de son front et de son nez. Elle passait son collier de perles autour de son cou. Elle le nouait les mains à hauteur de visage. En extase devant l'image que lui renvoyait le miroir, elle ne semblait pas avoir conscience d'être observée. A l'arrière plan, sur un mur d'une étincelante blancheur, on apercevait une vieille carte et, dans la pénombre du premier plan, on reconnaissait la table sur laquelle étaient posés la lettre, la houppette et les autres objets que j'avais époussetés" ( tableau : La femme au collier).

Chevalier, La jeune fille à la perle, Quai voltaire, 256 p.

Autres romans : Prodigieuses créatures

Billet de Ys, Mango...

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21 février 2011

Le moine de Lewis : ISSN 2607-0006

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"Il me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désir là où les réputations s'acquièrent et se perdent dans la fameuse rue appelée Paternoster. furieux que ta précieuse olla-podrida soit ensevelie dans un portefeuille oublié, tu dédaignes la serrure et la clef prudente, et tu aspires à te voir, bien relié et doré, figurer dans les vitrines de Stockdale, de Hookham, ou de Debrett". Par une adresse, à son livre, humoristique, Lewis nous fait parvenir Le moine, véritable bréviaire de la littérature gothique. Mais qui est ce moine ?

Le moine de Lewis est une oeuvre flamboyante, à tel point, qu'Artaud disait : "Je continuerai à tenir pour une oeuvre essentielle Le moine qui bouscule cette réalité à pleins bras, qui traîne devant moi des sorciers, des apparitions et des larves, avec le naturel le plus parfait, et qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres". A Madrid, accompagnée de sa laide tante Leonella, Antonia fait la rencontre de Lorenzo qui va vite tomber sous son charme et elle va entendre parler, pour la première fois, d'Ambrosio, le moine qui fascine tout le monde par sa vertu. Antonia vient voir son oncle le marquis de Las Cisternas car sans ressource et avec une mère gravement malade, elle cherche la protection de ce parent éloigné. A  partir de cette histoire, une myriade de récits fantastiques pleine d'hallucinations, de fantômes, de revenants, de prédictions tourbillonnent vertigineusement. Une deuxième intrigue commence : Agnès, religieuse du couvent et soeur de Lorenzo, entretient une relation secrète avec le marquis. Vont-ils pouvoir s'aimer tendrement ? Lorenzo pourra-t-il demander en mariage l'innocente Antonia ? Le moine va-t-il rester vertueux ?

"A ceux qui osent, rien n'est impossible"

Diverses histoires mises en abîme de passions punies donnent vie à des thèmes, repris plus tard dans la littérature fantastique, tels que l'histoire de la nonne sanglante ou celle du juif errant.

" Assis sur un fragment de roche, le calme  de ce spectacle m'inspirait des idées mélancoliques qui ne manquait pas de charme, le château que j'avais en pleine perspective, offrait un aspect imposant et pittoresque.Ses murs épais que la lumière de la lune teignait de la lueur mystérieuse ; ses vieilles tour à demi-ruinées, qui s'élevaient dans les nues et semblaient menacer les plaines d'alentours ; ses créneaux tapissées de lierres, et ses portes ouvertes en l'honneur de l'hôte fantastique, me pénétrait d'une triste et respectueuse horreur". Tous les topos de la littérature gothique, du château hanté, des femmes violentées dans des caves remplies de cadavres, au pacte avec le diable sont présents, formant avec excès une oeuvre gothique au carré. La suite d'exergues de Shakespeare  et la place des rêves, des hallucinations et des prémonitions induisent une vision onirique mais pleine de violence : l'illusion de la vie, sa fragilité révèlent la noirceur de l'âme des hommes et de son iniquité. Tout n'est qu'apparence et vanité : "Depuis qu'il [Ambrosio] avait perdu la réalité de la vertu, l'apparence semblait lui être devenue précieuse".

" De moment en moment, la passion du moine devenait plus ardente, et la terreur d'Antonia plus intense. Elle lutta pour se dégager ; ses efforts furent sans succès et, voyant Ambrosio s'enhardir de plus en plus, elle appela au secours à grands cris. L'aspect du caveau, la pâle lueur de la lune, et les objets funèbres que ses yeux rencontraient de toute part, étaient peu faits pour lui inspirer les sentiments qui agitaient le prieur ; ses caresses même l'éprouvaient par leur fureur : cet effroi, au contraire, cette répugnance manifeste, cette résistance incessante, ne faisaient qu'enflammer les désirs du moine, et prêter de nouvelles forces à sa brutalité". Remarquable par sa littéralité, les références à la littérature, que ce soit la Bible ou des légendes "le roi des eaux" croisent le destin des hommes et côtoient le paroxysme des atrocités, des sentiments, des passions : excessivement onirique, Le moine est un magnifique et frénétique palimpseste de la littérature gothique.

 Lewis, Le moine, Babel, 480 p.

Lecture commune avec céline et sabbio

14 janvier 2011

Maigret chez le coroner / Maigret à New York de Simenon : ISSN 2607-0006

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Ces deux romans de Simenon, mettant en scène les enquêtes de Maigret se révèlent originaux de part leur cadre : Maigret chez le coroner et Maigret à New-York se déroule en Amérique, continent où a vécu quelques années l'auteur.

Maigret chez le coroner raconte l'histoire d'un procès se passant dans la chaleur de l'Arizona : Bessy, une jeune femme est retrouvée morte, écrasée par un train. Elle avait passé la soirée avec son amant, un sergent de l'Air force, ainsi que quatre autres sergents de l'aviation. Est-ce son amant qui l'a tuée par jalousie ? Il y a cinq  accusés, mais qui est coupable ? Aucun des témoignages ne concordent, chacun ayant bu. Quel est le mobile ? Le procès s'ouvre au début du roman et Maigret y assiste en observateur, curieux de ce fait divers.

Dans Maigret à New-York, on retrouve une atmosphère pluvieuse accompagnant une sombre histoire de meurtre, proche de celle des gangsters. Le mystère s'installe rapidement : Maigret savoure sa retraite, lorsqu'un jeune homme fait irruption pour lui demander de l'aide. Jean Moran, trouve la teneur des lettres de son père vivant en Amérique inquiétante, où il parle de manière à peine voilée de sa disparition prochaine. Quel danger craint-il ? Angoissé, Jean fait appel à Maigret pour enquêter sur place. Dès le débarquement des voyageurs, Jean disparaît. Commence pour Maigret une série de situations cocasses qui va l'amener à enquêter dans le passé de Joachim Maura, père de Jean, et son chemin va être jonché de cadavres.

Dans sa production prolifique, Simenon arrive toujours à diversifier les enquêtes et à les rendre originales : Maigret en Arizona, n'est pas un enquêteur mais un spectateur du procès, avec toujours cette même indifférence face au coupable : " Maigret ne revit jamais Cole, ni Rooke, ni les cinq hommes de l'Air Force.  Il ne connut jamais le verdict". Est-ce que sans juger, Simenon cherche juste à montrer les versants sombres de l'humanité ? Quant à son enquête à New-York, il la mène comme un détective privé puisqu'il ne fait plus partie de la police.

L'écriture très sèche de Simenon, sans lyrisme, sans romanesque n'empêche pas l'auteur, en quelques mots de poser une atmosphère et de camper ses personnages. Bien qu'il y ait peu de descriptions, Maigret à New-York réussit à susciter une image interlope et assez stéréotypée de New-York entre l'élégance et le luxe de la cinquième avenue et la pauvreté du Bronx, le cosmopolitisme de cette ville avec le quartier italien... De même, lorsqu'il évoque l'Arizona, une image folklorique se dessine de l'Amérique, notamment dans une lettre envoyée à Madame Maigret : "Ma chère Madame Maigret, Je fais un excellent voyage, et mes confrères d'ici sont très gentils avec moi. Je crois que les Américains sont gentils avec tout le monde; quand à te décrire le pays, c'est assez difficile, mais figure-toi qu'il y a dix jours que je n'ai pas porté un veston et que j'ai une ceinture de cow-boy autour du ventre. Encore heureux que je ne sois pas laissé faire, car j'aurais des bottes aux aux pieds et un chapeau à large bord comme dans les films du Far-West". Certes, l'Amérique est vue à travers des clichés mais les enquêtes et les analyses sur la nature humaine restent passionnantes.

 Simenon, Maigret chez le coroner, Livre de poche, 189 p.

Simenon, Maigret à New-York, Presse de la cité.

Lu dans le cadre du challenge Simenon, organisé par peuple du soleil.

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Actuellement et jusqu'au 31 janvier, vous pouvez participer au concours " Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part", organisé par le livre de poche.

 

11 février 2010

Les indiscrétions d'Hercule Poirot d'A. Christie : ISSN 2607-0006

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Rien de vaut un classique du genre... policier pour passer un agréable moment. A. Christie ( biographie ici), dans Les indiscrétions d'Hercule Poirot met en scène une intrigue assez traditionnelle : à la mort du riche Richard Abernethie, toute sa famille est présente pour l'enterrement. La cérémonie funèbre se déroule sans encombre jusqu'au moment où le notaire les rassemble pour la lecture du testament : à ce moment, Cora, la soeur de Richard, considérée comme une "simple d'esprit", sous-entend malencontreusement que son frère aurait pu être tué. Un assassinat ? Qui aurait pu commettre le meurtre sinon un membre de la famille qui hérite d'une fortune à sa mort ? Peu à peu, le doute s'immisce dans la tête du brave notaire qui décide de faire appel au célèbre Hercule Poirot.

On aime le monde désuet qu'A. Christie ressuscite : il y a toujours chez l'auteur, une nostalgie du siècle victorien. Ici elle peint la décadence d'une famille de bourgeois où la jeune génération est opposée à la vieille génération, toutefois, les convenances sont tenaces. Les Abernethie sont une famille comme aime à les décrire A. Christie, bigarrée, avec des hommes appartenant au monde de la finance, des acteurs et des femmes ayant faits des mauvais mariages (entendez, au-dessous de leur condition).

On aime le petit détective au crâne d'oeuf et à la moustache spectaculaire qui semble si bien connaître l'âme humaine. S'inscrivant dans la lignée des détectives perspicaces, observateurs et grand connaisseur d'âme, Hercule Poirot n'a pas besoin d'empreintes digitales, d'indices mais fait fonctionner ces petites cellules grises. Ici, il n'apparaît que très tard dans l'enquête pour mieux laisser les personnages et le lecteur se perdre en hypothèses. Même vieillissant, il garde toujours son orgueil. Cependant, son rôle n'est pas très étoffé dans cette affaire même si c'est lui évidemment qui trouve l'infime détail accusant le meurtrier, qui nous aura échappé à tous !
On aime aussi cette intrigue alambiquée : des gâteaux empoisonnés à l'arsenic, une femme tuée à coups de hache, des religieuses présentes à chaque crime, de nombreux suspects, mais le véritable assassin est toujours le plus invraisemblable d'entre tous.
Avec une écriture simple, une intrigue efficace, qui pique notre curiosité, Les indiscrétions d'Hercule Poirot est une lecture plaisante même si ce n'est pas la plus remarquable.

 Autres romans : Poirot joue le jeu et Le crime de l'Orient-Express.

Christie, Les indiscrétions d'Hercule Poirot, Edition du masque, 284 p.

5 janvier 2011

Mansfield park de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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Le roman de Jane Austen ( biographie Larousse), Mansfield Park est une oeuvre atypique comparée à Orgueil et Préjugés ou Raisons et sentiments. Au-delà de la peinture psychologique et celle de l'amour entre quatre jeunes gens, Mansfield Park développe une véritable fresque du tout début du XIXeme siècle.

Fanny Price est une parente pauvre, recueillie par la soeur de sa mère, Lady Bertram. Leur soeur, Madame Norris, et les filles Bertram montrent un certain mépris envers elle. La vie semble se dérouler lentement, à Mansfield park jusqu'à l'arrivée d'Henry et Mary Crawford, jeunes aristocrates oisifs de Londres. Tout d'abord Henry semble courtiser l'aînée des Bertram, qui doit se marier à l'insignifiant Mr Rushworth, puis après le mariage de celle-ci, il décide d'épouser Fanny. Jeu ou amour véritable ? Amoureuse de son cousin Edmund, qui souhaite être ordonné prêtre, Fanny ressent des sentiments contradictoires lorsqu'elle voit ce dernier amoureux de Mlle Crawford. Mary, va-t-elle suivre ses sentiments ou son inclination pour l'argent et une vie frivole ? Fanny, succombera-t-elle à la pression sociale qui l'oblige à épouser Mr Crawford ou à ses sentiments pour Edmund ?

Au-delà du marivaudage, J. Austen aborde de nombreux sujets comme la question de la religion ou du théâtre. Mansfield Park est aussi riche que complexe : tout d'abord l'éducation  des jeunes filles prend une grande place, soulignant le danger d'un apprentissage par coeur, qui repose sur les arts d'agrément contrairement à l'éducation de Fanny Price qui lit et sait se forger une opinion propre. La sévérité du père, Mr Bertram, empêche l'affection de ses enfants de se manifester : ils n'osent s'ouvrir à lui, ce qui va amener le désastre sentimental de ses filles tandis que l'adoration de Madame Norris pour les soeurs Bertram développe, au contraire, leur vanité. Quant aux Crawford, leur inconstance et leur frivolité découlent d'une indépendance précoce...

Ces personnages sont-il réalistes ? Exceptés Mme Norris et Mr Rushworth qui n'évoluent pas et restent secondaires et risibles, et contrastant singulièrement avec le dernier chapitre extrêmement rapide comme dans Lady Susan, les autres personnages n'ont rien de manichéens ; au contraire, l'auteur cherche à travers de longs dialogues, à montrer les dilemmes des héros, leur tourments.
La fracture sociale entre les personnages est très importante : le milieu d'origine de l'héroïne Fanny est très éloigné de celui des Bertram, grands propriétaires terriens, ce qui permet à l'auteur de dépeindre la vie de ces pauvres gens. La description de Portsmouth, ville natale de Fanny permet aussi à l'auteur de montrer le développement de la marine anglaise, lié à l'extension de l'Empire.  Les colonies anglaises sont d'ailleurs évoquées à plusieurs reprises.

Ce roman, souvent qualifié d'insipide, se révèle être beaucoup plus riche que les autres oeuvres de l'auteur. Certes les longues conversations sur l'embellissement des jardins ou l'atermoiement des jeunes personnages peuvent paraître ennuyeuses mais ils ont leur importance. Comme le rappelle la préface, il faut connaître l'époque pour comprendre ce livre, étant donné que J. Auten en donne un reflet des habitudes d'une société en pleine mutation. Assurément, une très belle oeuvre.

Quand est-il de l'adaptation ? Le film réalisé par I. B. Mac Donald, il a opté pour une simplification extrême : certaines paroles sont reprises, la trame générale est respectée mais la question de l'éducation, la richesse des sentiments sont bien mal représentées. Mansfield Park est un film certes élégant, aussi bien au niveau des décors que des acteurs, mais il ressemble davantage à une comédie sentimentale enlevée qu'au roman de J. Austen. Surtout, Fanny n'y est guère semblable au roman : espiègle et bruyante, elle n'a plus rien en commun avec le personnage timide et raisonnable de J. Austen. Reprenant la problématique très austenienne du mariage d'argent ou d'amour, ce film réducteur est pourtant une très belle comédie...

Austen, Mansfield Park, Archi poche, 562 p.

Autres romans : Northanger abbaye, Orgueil et préjugés, Lady Susan

Mansfield Park, réalisé par I.B. Mac Donald, avec Billie Piper, Blake Ritson et Hayley Atwell, 95 min, 2009.

24 mai 2010

Into the wild de Krakauer : ISSN 2607-0006

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" Toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Cristopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. En 1990, une fois son diplôme  universitaire en poche, il offre ses économies à une association caritative et part sans un adieu vers son destin. Celui-ci s'achèvera tragiquement au coeur des forêts de l'Alaska...

Jon Krakauer évoque aussi à travers cette échappée belle ceux qui, un jour, ont cherché à quitter la civilisation et à dépasser leurs limites. Magistralement porté à l'écran par Sean Penn, Into the wild s'inscrit dans la grande tradition des road movie tragique et lumineux, une histoire aux échos universels".

" Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. Je voulais l'excitation et le danger, et le risque de me sacrifier pour mon amour. Je sentais en moi une énergie surabondante qui ne trouvait aucun exutoire dans notre vie tranquille", Le bonheur conjugal de Léon Tolstoï ( p. 33)

Journaliste, Krakauer retrace les déplacements du jeune homme en s'appuyant sur des témoignages, des lettres envoyées à des gens rencontrés sur la route et des extraits du journal intime écrit à la troisième personne. Dans de nombreux chapitres, le travail fouillé du journaliste permet de suivre le périple de Chris : une enquête à rebours, de la mort de Chris à ses diverses rencontres. Pour lui, il ressemble à Dedalus, personnage de Joyce : "Il était seul, méconnu, heureux, jeune, obstiné, libre, seul dans un désert chargé d'air vif et d'eau saumâtre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumière gris pâle du soleil". Jeune homme intransigeant et sensible, généreux et travailleur, il ne semble pas être un désaxé, comme le sous-entendait beaucoup de personnes, mais un homme en quête d'idéal, à la quête de soi.

Lors de la publication d'un article de Krakauer dans Outside, lorsque le corps de McCandless a été retrouvé en 1992, les gens ont réagi négativement à la mort de ce jeune homme qu'on considéra comme un écervelé, un farfelu, un ingrat qui faisait souffrir inutilement sa famille par son décès dû à ses négligences. Krakauer entreprend de rechercher les causes de la mort et évoque la vie de différentes personnes idéalistes ayant quitté la société de consommation. Est-il un jeune homme orgueilleux qui est allé au-delà de ses limite ? A-t-il fait preuve de légèreté en allant vivre dans l'Alaska sans carte et sans boussole ? Quel est le rôle de ses parents dans son départ brusque, dans ce renoncement à la civilisation ?

Into the wild retrace un magnifique portrait, reposant sur de nombreux documents, dans la lignée des personnages d'un London ou d'un Tolstoï, un plaidoyer pour les esthètes de la nature sublime, nature superbement décrite à travers des extraits littéraires, s'inscrivant dans une histoire de la société américaine.

 Krakauer, Into the wild, 10/18, domaine étranger, 285 p.

23 décembre 2010

Une autobiographie d'Agatha Christie : ISSN 2607-0006

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Pourquoi avoir écrit cette autobiographie ? Dans l'avant-propos datant de 1950, Irak, Agatha Christie explique le but de son autobiographie. N'arrivant pas à écrire un roman policier, elle décide d'entreprendre le récit de sa vie : « or ce que veux, moi, c'est plonger au petit bonheur les mains dans le passé et les en ressortir avec une poignée de souvenirs variés » (p. 16). Pourquoi avoir choisi Poirot comme détective ? Comment est né son premier roman ? Cette autobiographie vous permettra de découvrir tous les secrets d'écrivain d'Agatha Christie.

« Grand jeu victorien » (Titre de la quatrième partie) :

L'importance de son enfance est visible dans le découpage de son autobiographie : 4 des plus longs chapitres sont consacrés à sa jeunesse.

Son enfance heureuse est racontée à travers des fragments de souvenirs : portrait du père, de la mère, jardins, jeux d'enfants, entre un père rentier et des domestiques qui savaient tenir « leur rang ». La plupart de ses souvenirs sont anodins mais certains sont présents dans ses romans, comme le cheval à bascule, jouet qui ferait surface dans « un cheval pâle ». L'enfance se déroule au rythme des événements quotidiens : mort de son père, mariage de sa soeur, mais aussi une grande place est faite à ses lectures. Sachant lire très tôt, elle découvre Doyle, Dickens, Dumas...

Dans ses histoires d'enfance sans grand intérêt, surgit toutefois un amour du théâtre qui ne sera jamais démenti. Elle dira elle-même que « Le théâtre n'avait jamais cessé d'occuper une part régulière de ma vie ». Sa jeunesse se déroule entre ses diverses occupations  victoriennes, piano, danse... Des anecdotes amusantes sur l'imagination romanesque et sentimentale de l'époque victorienne viennent ponctuer le récit de faits quotidiens : «  - Tu sais j'aime bien Ambrose, me dit-elle [sa grand-mère] une fois en parlant d'un des soupirants de ma soeur. L'autre jour, alors qu'elle se promenait le long de la terrasse, je l'ai vu se lever après son passage se baisser pour ramasser une poignée du gravier où elle avait posé le pied et le mettre dans sa poche. Très beau geste, je trouve, très beau. Digne de mon époque à moi ». Pauvre chère mamie ! Nous dûmes lui faire perdre ses illusions. Le dit Ambrose était un en fait un passionné de géologie, et c'étaient les caractéristiques du gravier qui l'avaient intéressé. » (p. 375)

Des débuts littéraires difficiles.

A causes des revers de fortune de son père puis de sa mort, à 17 ans, elle fait son entrée dans le monde au Caire. C'est à époque qu'elle écrit ses premiers poèmes. Pendant une convalescence, sur proposition de sa mère, elle écrit son premier texte qu'elle qualifie de « valable » :  La maison de beauté, suivie de diverses tentatives rejetées comme le manuscrit La neige sur le désert.

Avec l'arrivée de la guerre, elle décide de travailler dans un hôpital du Devon et passe un concours de préparatrice en pharmacie. C'est là dans ce laboratoire qu'elle décide d'écrire un roman policier. Ce n'est que 2 ans plus tard, qu'il est publié dans une petite maison d'édition chez Bodley Head : La mystérieuse affaire de Styles, qui lui rapportera peu d'argent. Parallèlement à ses débuts d'auteur, elle décrit sa vie avec Archie Christie, la naissance de sa fille, son tour du monde. Les cinq derniers chapitres abordent rapidement sa vie avec l'archéologue Max Mallowan et ses succès littéraires.

Une forte personnalité :

Dès son enfance, apparaissent certains traits de caractère de la personnalité d'Agatha Christie : tout d'abord sa timidité et ensuite son imagination débridée. Cependant, si elle se décrit comme une femme entravée par les convenances de son époque, elle n'hésite pas à s'acheter une voiture à un moment où les voitures restaient un luxe et à partir voyager seule jusqu'à Bagdad.

La naissance du whodunit :

Comment vit le jour son roman égyptien La mort n'est pas une fin ? Comment a été créé Hercule Poirot ? La reine du crime revient sur la genèse de ses romans et donne aussi des indications sur la création de ses personnages. Elle parle de ses succès au théâtre notamment des Trois souris aveugles et se plaît à raconter une anecdote amusante d'une de ses pièces, Premier alibi : le soir de la première, la porte que devait défoncer un médecin et un maître d'hôtel était déjà ouverte et on voyait l'acteur sensé incarner la victime morte s'installer tranquillement !

« Un symbole victorien » :

La vie et l'oeuvre d'Agatha Christie est marquée par l'époque victorienne, par son sentimentalisme, ses convenances. Elle nous fait découvrir les moeurs de cette époque à traverse diverses anecdotes et les lectures de son enfance : elle raconte ainsi comment elle fit plusieurs chutes avec son voisin, dans l'escalier, pour avoir voulu s'entraîner à danser la valse à la mode qui se déroulait dans des escaliers !

A cette époque la femme devait suivre son mari mais la romancière ne cesse de mesurer l'évolution de la femme dans la société. Elle-même est consciente du changement du monde qui l'entoure :« En l'année 1911, je vécus une expérience fantastique : je montai dans un aéroplane » ; Cependant, on est surpris de voir le peu de place que tiennent les deux événements majeurs du XXeme siècle. L'histoire contemporaine ne semblait pas intéresser beaucoup notre romancière.

Fresque sur l'époque post-victorienne, découverte d'une personnalité, l'autobiographie d'Agatha Christie est une oeuvre plaisante à lire, dans un style léger, humoristique et familier, bien qu'un peu ennuyeusement verbeux parfois, contrairement à ses romans policiers....

 Christie, Une autobiographie,  Livre de poche, 984 p.

Hors-série Lire, Agatha Chritsie : une femme fatale, 98 p.

Challenge Agatha Christie organisé par George.

Challenge autobiographie bleue et violette

8 janvier 2011

L'affaire Saint-Fiacre et Maigret aux assises de Simenon : ISSN 2607-0006

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Lorsqu'on vous parle de Simenon , tout de suite une image stéréotypée est suscitée, celle d'un milieu populaire, comme le montre Adrien Goetz dans l'incipit de son roman policier Intrigue à l'anglaise : «  "un premier poste, c'est toujours un peu du Simenon". Wandrille, ce play-boy creux et insignifiant, n'avait rien trouvé d'autre à dire. Du Simenon : il veut dire cafés du coin jaunes et enfumés, toiles cirée rouge avec des fleurs, pipe dans le cendrier, habitués au comptoir ». Certes, on trouve bien ces décors du Paris populaire dans ses romans policiers mais aussi une manière particulière de questionner l'humanité. Dans L'affaire Saint-Fiacre comme dans Maigret aux assises, sous des apparences prosaïques, Simenon sonde l'âme humaine.

« Sous le signe de Walter Scott » (chapitre 9, L'affaire Saint-Fiacre)

L'affaire saint-Fiacre commence dans un Paris, pluvieux et glauque, où Maigret reçoit un étrange message : «  Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'Eglise de Saint-Fiacre pendant la première messe du jour des Morts ». Maigret se rend donc à Saint-Fiacre, château de son enfance, où son père exerçait le métier de régisseur. La mort de la comtesse de Saint-Fiacre est-elle accidentelle ? Qui pouvait souhaiter sa mort ? Est-ce son fils qui avait besoin d'argent ? Est-ce son régisseur qui avait intérêt à la voir disparaître ? Plongé dans ses souvenirs d'enfance, le commissaire enquête sur un meurtre peu commun où le coupable ne peut pas être dénoncé à la police...

Maigret aux assises : Sous la même lumière froide et pluvieuse, Maigret quelques années plus tard, va assister au procès de Gaston Meurant. L'enquête est menée depuis un tribunal dont on nous décrit les rouages. Gaston Meurant a-t-il commis un double meurtre, celui de sa tante et d'une fillette de 4 ans pour de l'argent ?

Cette série met tout d'abord en valeur une atmosphère pesante, grâce à une écriture sans fioriture, proche du procès-verbal. L'écriture simple, la place des objets quotidiens, le style prosaïque, qui s'attache à décrire les moindres détails, ne sont pas anodins mais ils dénoncent la lourdeur du système judiciaire dans Maigret aux assises ou l'évolution de la société et les mesquineries des gens dans L'affaire Saint-Fiacre. L'écriture sèche arrive merveilleusement à rendre une atmosphère de grisaille.

Comprendre l'âme humaine :

Maigret aux assises et L'affaire Saint-Fiacre sont des romans criminels d'un genre particulier : arrêter le coupable importe peu au commissaire ; il cherche davantage à comprendre ces meurtres sordides.  D'ailleurs, le sort du meurtrier  n'est pas évoqué à la fin du roman, Maigret cherche davantage à questionner l'humanité. Ainsi, mêlée à l'enquête, la vie personnelle de Maigret et ses réflexions permettent d'interroger le monde dans lequel il vivait. Un auteur à relire pour ses enquêtes policières particulières.

Simenon, L'affaire Saint-Fiacre, Livre de poche, 187 p.

Simenon, Maigret aux assises, Livre de poche, p. 191

Lu dans le cadre du challenge Maigret de Peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Le livre de poche a organisé un jeu concours Maigret : vous pouvez participer en suivant ce lien : "Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part".

 

20 décembre 2010

Northanger Abbey de Jon Jones : ISSN 260-0006

 

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Northanger Abbey, de Jane Austen
"Catherine n'avait rien d'une héroïne" : une voix off moqueuse nous présente le personnage principal de Northanger abbey. Catherine Morland aime les romans gothiques, développant une imagination débridée. Invitée par de riches parents à Bath, les Allen, elle y fait la rencontre du pasteur Henry Tilney et de sa soeur Eleanor. Elle rencontre aussi Isabella Thorpe et son frère, des arrivistes intriguants. Catherine s'éprend peu à peu d'Henry et elle accepte l'invitation du général Tylney à se rendre dans leur vaste manoir. Là, dans cette "demeure digne d'un roman", elle découvre que la femme du général est morte d'une manière brutale et violente...
"Vous auriez préféré qu'il fut brigand"
C'est ce que dit Mrs Allen lorsque Catherine évoque avec un peu de déception le fait que Henry ne soit que pasteur. Comme les héroïnes de romans gothiques, Catherine se révèle crédule et naïve. Ses lectures Les mystères d'Udolphe de Radcliffe et Le moine de Lewis sont évoqués à plusieurs reprises, échauffent son imagination. " Ce roman vous fera tourner la tête", lui dit John Thorpe. Il ne se trompait pas beaucoup, étant donné que c'est cette propension à confondre rêve et réalité qui va l'amener à commettre de graves erreurs de jugement mais qui apporte la touche parodique et humoristique de ce film, qui joue avec les codes du genre mais pour mieux les détourner : portes qui grincent, une aile du château condamnée, éclairs et tempête. Notre héroïne trouve de vieux manuscrits... qui se révèlent être une liste de blanchisserie !

Certes Northanger abbey critique les romans gothiques cependant, on reconnaît l'une des problématiques essentielles de Jane Austen dans ce roman : la question du mariage d'argent et d'amour. Si nos deux héros, Henry et Catherine font preuve de modernité en choisissant l'amour, autour d'eux, c'est le règne de l'intérêt : Le général Tilney, Isabella ne pensent qu'à l'argent, ce que James va apprendre à ses dépends. Il n'y a rien de romantique dans l'amour austenien...
Film d'époque très soigné, la joliesse des décors, des costumes et des acteurs n'empêchent pas le respect de l'esprit du roman. Northanger abbey est bien une parodie impeccable des romans en vogue à l'époque de Jane Austen. Délicieusement satirique envers une certaine noblesse et envers le mariage d'argent, cette comédie non sentimentale est à la fois amusante et pétillante : une bonne adaptation du roman de Jane Austen.
Northanger abbey, de Jon Jones, avec Liam Cunningham, Carrey Mulligan et Felicity Jones, 95 min, 2007

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17 décembre 2010

Grand jeu-concours Maigret : ISSN 2607-0006

A propos du commissaire...

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"Vous avez déjà rencontré le commissaire Maigret à travers vos lectures, ou vous en avez une certaine image, que vous incarnerez, en photo.  A vous de jouer !"

Le livre de poche organise un jeu-concours jusqu'au 31 janvier 2011.
Pour participer, rendez vous sur le site
Maigret, vous l'avez forcément croisé quelque part...

1 décembre 2010

Coco Chanel, une icône de Montalembert : ISSN 2607-0006

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Pourquoi Gabrielle Chanel, surnommée Coco Chanel, fascine-t-elle autant ? Non seulement, c'est une femme hors du commun mais elle a aussi révolutionné la mode. Chanel est le symbole de l'élégance française. Elle fascine par sa personnalité mais elle a aussi révolutionné le monde de la mode. Catherine de Montalembert et Edmonde Charles Roux racontent sa vie...

Une personnalité hors norme.

Il est intéressant de voir comment Chanel traverse les grands événements historiques  : née en 1883, elle est une femme résolument moderne et actuelle. Son élégance devient intemporelle. Pour cacher ses nombreux chagrins d'amour, elle se tourne vers le travail et ne cessera jamais de créer, ses légendaires ciseaux, toujours pendus autour de son cou : Chanel retouche ses modèles, cherche de nouvelles formes, de nouvelles matières...

Elle côtoie les plus grands artistes de son temps et fascine de nombreux artistes et personnalités : elle est photographiée par Doisneau, peinte par Laurincin... Un aspect moins connu de Chanel est son mécénat. Elle a aidé aussi bien Reverdy que Stravinski ou Diaghilev... De plus, elle conçoit aussi des costumes pour le théâtre et des ballets. Elle fait des incursion dans le cinéma où elle habille vers la fin de sa carrière, Romy Schneider ou Jeanne Moreau, qui deviendront vite des amies.

Une histoire de la mode : « Le chic, ce temps sublimé, c'est la valeur clé de Chanel »  ( Roland Barthes)

Quels sont les apports de Chanel dans le milieu de la mode ? « la petite robe noire », le tailleur, elle est aussi la créatrice du n°5. Elle est la première à simplifier les tenues mais aussi à utiliser des tissus tels que le jersey ou le tweed. Chanel se renouvelle sans cesse, influencée par ses rencontres cosmopolites : en 1920, elle a une période russe, suivie d'une période anglaise...

Que portent les femmes de la Belle époque ? Quelles sont les tenues que portaient les orphelines à l'époque où Chanel entre dans l'orphelinat d'Aubazine ? A côté des créations de Chanel, on peut suivre l'histoire de la mode à travers l'évocation des premiers grands magasins, du succès de Dior, de l'apparition de la mini jupe, qui scandalise tant Coco Chanel !

Des beaux livres

Que ce soit les habits d'époque ou les lieux comme Aubazine, Vichy, chers à la styliste, de nombreuses illustrations agrémentent la lecture fluide de ces biographies. On peut aussi trouver des photos des proches de Coco, comme Balsan ou Boy. Ces deux monographies portent d'emblée dans le titre leur différence : Chanel, une icône, retrace le portrait de la « grande Mademoiselle » tandis que Le temps Chanel, dresse aussi un portrait de Chanel mais tout en insérant des pages sur les artistes qu'elle a fréquentés, comme une double page sur Radiguet, quelques pages sur Missia, Cocteau ou Picasso... Milieux artistiques, moeurs du début du XXeme siècle et événements historiques ont une grande place dans le destin de Chanel. L'ouvrage d'Edmonde Charles Roux développe aussi divers aspects du métier de Chanel, en décrivant les défilés, l'après Chanel ou l'intérieur de son appartement. Ces deux ouvrages, magnifiquement illustrés, mettent l'accent sur la forte personnalité de Chanel et son destin exceptionnel. Un destin hors-norme à découvrir !

Portrait de Chanel à travers les citations de ses contemporains.

Pour comprendre Chanel, quelques citations complètent l'histoire de sa vie.

«  Ses colères, ses méchancetés, ses bijoux fabuleux, ses créations, ses lubies, ses outrances, ses gentillesses, comme son humour et ses générosités, composent un personnage attachant, repoussant, excessif... humain », Jean Cocteau.

«  Coco était belle, elle était même plus que belle, elle avait l'air d'un Goya ».Gabrielle Dorziat.

« Chanel, c'est une merveille. Elle a compris son époque. Elle a créé la femme de son époque », Yves Saint Laurent.

« Les chanellismes »  :

Certainement aidée par Reverdy, Chanel a écrit de nombreux aphorismes.

« C'est avec ce qui ne s'apprend pas qu'on réussit ».

«  Chanel c'est d'abord un style. Or la mode se démode. Le style jamais. »

«  C'est que la couture n'est pas du théâtre et la mode n'est pas un art, c'est un métier. »

« La parure, quelle science ! La beauté, quelle arme ! La modestie quelle élégance ! »

Quelques mots sur l'auteur : Après avoir passé 10 ans à la communication chez Dior et Lanvin, Catherine de Montalembert écrit sur les parfums, la mode... Elle collabore périodiquement avec les magazines World of interiors, Femmes...

de Montalembert, Coco Chanel, une icône, Aubanel, p. 130

Charles-Roux, Le temps Chanel, Grasset, Edition de La Martinière, 377 p.

Lu dans le cadre du challenge d'irrégulière : "Read me, I'm fashion" d'irrégulière et challenge biographie de bleue et violette
Voici un très beau billet sur les beaux livres de mode sur le site de Eiluned.

20 juillet 2010

La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt : ISSN 2607-0006

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"Ce qui est intéressant dans une énigme, ce n'est pas la vérité qu'elle cache mais le mystère qu'elle contient", dit l'un des personnages dans la dernière nouvelle du recueil La rêveuse d'Ostende. Et E. E. Schmittt crée une atmosphère, dans chacune des cinq nouvelles, nous plongeant savamment dans un monde entre imagination littéraire, rêve et réel...

"Les mauvaises lectures" : Maurice Plisson, un professeur d'histoire dédaigne les romans qui ne sont que mensonges et fictions et déclare : "Que découvrais-je avec les romanciers qui privilégient la fantaisie ? Non mais dites-moi quoi ?" Prenant l'exemple de "la marquise sortit à 5 heures", il dénonce l'arbitraire du langage romanesque. Vaguement misogyne, hypocondriaque, couard, méprisant tous ouvrages non scientifiques ou historiques, il juge commercial tous autres livres. En vacances avec sa cousine Sylvia, il lit par hasard la quatrième de couverture d'un roman qu'elle vient d'acheter dans une grande surface, La chambre des noirs secrets de Chris Black. Pour lui, c'est le comble de la vulgarité ! Cependant, il est question d'un livre du XVI siècle dans la présentation de l'éditeur. Quel peut-être ce livre ? Dérobant secrètement ce roman, il commence la lecture de cette histoire d'agent secret qui le captive complètement, où il est question de pièces secrètes, de chants mystérieux entendus à travers des murs... Son imagination débordante, et un secret que refuse de révéler sa cousine l'amène dans une situation des plus cocasses : a-t-il réellement vu un homme dans la maison qui chercherait à les cambrioler ? Le cri de la chouette ne serait-il pas un signal entre voleurs ? S'imaginant entourés d'ennemis et se prenant lui-même pour un personnage du roman de C. Black, son imagination s'emballe de manière comique... jusqu'à un dénouement tragique révélant tout l'humour noir de E. E Schmitt ! Une nouvelle à chute rondement menée et extrêmement drolatique !

"La rêveuse d'Ostende" : Après une rupture sentimentale, le narrateur écrivain décide d'aller se reposer à Ostende, lieu qui l'a toujours fasciné. Il est logé chez une vieille dame, Emma Van A. malade et insignifiante aux yeux de sa propre famille. Sa nièce déclare que sa vie n'a été que vacuité... Cependant, le narrateur est surpris par ses paroles : "D'un amour essentiel, on ne s'en remet pas.". Aurait-elle connu l'amour malgré les dires de sa famille ? Après un infarctus, Emma lui fait des aveux étranges : elle aurait eu une aventure avec un prince ! Un prince ? N'est-elle pas en train de s'imaginer une vie de rêvée ? Sa maison s'appelant la villa Circée, ne confond-elle pas L'Odyssée et sa propre vie ? Le jour de la mort de la vieille dame, la vérité éclate enfin... Une très belle histoire d'amour, pleine de suspense.

"Le crime parfait", "La femme au bouquet" et " La guérison " mettent aussi en scène des personnages aux prises avec leur imagination. A chaque situation nouvelle, E.E. Schmitt nous montrent que sous des apparences anodines, la vie nous réserve de surprenantes révélations. Si "La femme au bouquet", se révèle un peu décevante, trop courte et à la limite du fantastique et "la guérison" moins captivante que les autres nouvelles, ces récits sont vraiment à découvrir pour leur fraîcheur, leur humour et le rôle de l'imagination... Une belle découverte !

Schmitt, La rêveuse d'Ostende, Livre de poche, 246 p.

Lecture dans le cadre "découvrons un auteur de Pimprenelle" : 

18 novembre 2010

Marie-Antoinette de Zweig : ISSN 2607-0006

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"De l'amusement, encore et toujours"

Portrait d'une femme et portrait d'une reine, en une vingtaine de chapitres, Zweig (biographie sur le site Larousse) aborde les grands et petits événements qui ont jalonné la vie de celle qui fut la plus adulée et la plus haïe des reines de France : Marie Antoinette. Portrait aussi d'une fille frivole, évaporée, les qualificatifs ne varient pas beaucoup pour la désigner : mais si ce sujet est longuement développé, c'est qu'il prend des proportions très importantes tout au long de sa vie comme l'attestent les lettres de Marie Thérèse d'Autriche témoignant de l'incapacité de sa fille à réfléchir sur des sujets qui l'ennuient.

A partir de ce portrait, se dresse aussi celui de La du Barry, celui antithétique du roi Louis XVI, du cardinal de Rouen qui joua un rôle important dans l'affaire du collier. Rien n'est pas passé sous silence, pas même les ridicules questions d'étiquettes, le jour du mariage de M.A, ni les problèmes physiologiques de son mari, ni sa liaison avec Fersen. Des anecdotes sur Le barbier de Séville de Beaumarchais - Jouera-t-on ou ne jouera-t-on pas cette pièce qui se moque de l'aristocratie ? - sur la construction du Trianon, sur l'affaire du collier - deux chapitres - permettent de mieux appréhender le contexte dans lequel vit cette reine " rococo" : c'est le siècle de toutes les grandeurs, les fastes, les bals mais aussi celui de la décadence, où de vulgaires escrocs utilisent la signature de la reine à des fins matérielles, où le peuple meurt de faim pendant qu'on danse dans la galerie des glaces...

Peut-on considérer cet ouvrage comme un travail d'historien ? Zweig a fait un travail scrupuleux de recherche mais l'Histoire porte les traces d'une vision psychanalytique. Là où les témoignages sont lacunaires, les zones d'ombre sont restées dans l'ombre comme pour l'affaire de l'œillet ou le témoignage douteux du Dauphin lors du procès de la reine. L'auteur cherche à porter un regard juste sur le destin de Marie Antoinette mais on sent percer son admiration. Dans la note qui suit, il parle des faux du baron Feuillet de Conche, véritable histoire romanesque : Marie Antoinette écrivait peu, la correspondance manuscrite nombreuse est l'affaire d'un habile faussaire.  Feuillet de Conche, spécialiste des manuscrits de la reine, les aurait fabriqués ! Donc, il a écarté les témoignages douteux du bourreau, ou des témoins oculaires tels que la couturière, la femme de chambre, qui ont métamorphosé leurs souvenirs...

D'ailleurs, souvent la plume paraît plus celle d'un écrivain que celle d'un historien. Zweig relate avec vivacité et force dramatisation de nombreux épisodes, notamment l'apparition de Mirabeau, présenté comme un géant tonnant, charismatique, qui est digne d'un roman de Dumas ou de Hugo. De même, Fersen présente des caractéristiques de héros et notre auteur de louer les larges épaules de Fersen, sa beauté nordique ! Ainsi la vivacité du récit tient à l'accumulation d'anecdotes racontées avec brio. Lecteurs, vous serez irrémédiablement entraînés sur les pas de la reine de France, dans le tourbillon de de la Révolution et dans le fracas de la rencontre entre l'Ancien Régime et la jeune République, grâce à un ton simple et une écriture fluide. Lecteurs, si vous avez envie de découvrir d'une manière agréable la vie de Marie Antoinette, alors lisez cette biographie enthousiasmante. Même si les historiens semblent la dédaigner, c'est un ouvrage fort précis et tout à fait captivant, où on reconnaît bien la plume du romancier qu'est Zweig : une biographie vive, dramatique, parfois romanesque où le destin d'une femme rejoint celui de tout un peuple.

Zweig,  Marie-Antoinette, Livre de poche, 489 p.
Lu dans le cadre du challenge Histoire.

et dans le cadre du challenge (auto)biographie de bleue et violette.

6 décembre 2010

Seule contre la loi de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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Considéré comme l'inventeur du roman policier d'énigme, Wilkie Collins mérite bien cette réputation. Lecteurs,  si vous avez déjà lu un de ses romans, vous savez que les intrigues mystérieuses et palpitantes et  que les Victoriens excentriques peuplent ses romans. Dans Seule contre la loi, une jeune femme nommée Valéria prend la plume pour raconter les sombres heures qu'elle a vécues juste après son mariage : un jour pluvieux et triste, à peine mariée à Mr Woodville " au sourire lumineux et plein de bonté", différents incidents alarment notre jeune héroïne. La famille de son mari refuse d'assister à la cérémonie de mariage, ses amis refusent de parler de cet homme... De coïncidences en coïncidences, la jeune femme est confrontée à un angoissant secret qui plane sur le passé de son mari. Pourquoi s'est-il marié sous un faux nom ? Elle découvre après quelques péripéties, la véritable identité de celui qu'elle a épousé en trouvant un livre chez le major, ami de son mari : "  compte-rendu complet du procès d'Eustace Macallan, accusé du meurtre de sa femme". Cet homme qu'elle adore et qu'elle vénère est-il un assassin ? Elle ne peut le croire et commence seule et envers tous une enquête éprouvante  : qui a tué sa première femme ? Va-t-elle trouver des indices pour innocenter son mari ? 

Seule contre la loi est certainement le plus fantasque des livres de Wilkie Collins, surtout au niveau des personnages qui comprend une galerie de portraits insolites et de l'intrigue qui repose sur des coïncidences forcées et des hasards extravagants. Quoique le secret soit révélé rapidement, ce roman met en scène une véritable enquête haletante et plusieurs personnages tout à fait distrayants et haut en couleur, à commencer par le major  Fitz David, "Don Juan" sur le retour, qui apporte une touche comique. Quant à Miserimus Dexter, c'est un personnage tout droit sorti de la cour des miracles hugolien : infirme, il semble fou à lier, vivant entouré de tableaux sanglants, se prenant pour Lear... La description de ce personnage est une véritable prouesse !

Mais revenons à l'héroïne, une hystérique oie blanche au départ : "Où que vous alliez, j'irai avec vous ! m'écriai-je. Amis, réputation, peu m'importe ce que j'y perdrai. Je ne suis qu'une faible femme, Eustace, ne me rendez pas folle ! Je ne saurais sans vous. Je veux devenir votre femme, votre femme je serai ! Telles furent les paroles échevelées que je proférai avant de laisser mon désarroi et mon affolement s'exprimer en un accès de larmes et de sanglots". Il faut dire que la misogynie de l'époque n'épargne pas les femmes : "Si vous étiez capable de contenir votre curiosité, dit-il sombrement, nous pourrions être raisonnablement heureux. J'avais cru épouser une femme exempte des imperfections propres à son sexe. Une épouse digne de ce nom devrait avoir suffisamment de bon sens, pour ne pas mettre le nez dans les affaires de son mari, affaires qui ne la regardent en aucune façon". Ainsi, c'est de cette manière qu'un mari victorien s'adressait à sa chère femme ! Cette jeune fille très impressionnable et très sensible s'évanouit facilement et rougit encore plus facilement mais plus les épreuves semblent insurmontables, plus elle s'entête et brave le danger : et pourquoi ? Pour sauver un mari lâche et veule, qui ne songe qu'à fuir devant chaque obstacle qui se dresse devant lui !

C'est d'ailleurs ce personnage de détective amateur qui rend si originale cette quête de la vérité, cette enquête à rebours qui en outre est résolue par des moyens inhabituels et est émaillée de trouvailles insolites. L'autre originalité de ce roman est de donner une grande place à l'inconscient et à la folie. La rigidité des lois et des coutumes victoriennes ne semblent être faites que pour être contournées par notre héroïne devenue intrépide. Cette intrigue pleine de circonvolutions vous fera frémir d'impatience : devinerez-vous qui est le véritable assassin ? Cette enquête retorse, comportant procès, amour, trahisons et remords dans la bonne société victorienne est un admirable roman policier extravagant.

Collins, Seule contre la loi, Libretto, Phebus, 419 p.

Autres romans : Le secret, Profondeurs glacées, Pierre de lune, L'hôtel hanté
L'avis de Titine ici.

Challenge Wilkie Collins addict de Cryssilda.

22 août 2009

Le cadavre de Bluegate Fields d'Anne Perry : ISSN 2607-0006

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A la fin du XIXeme siècle, dans les égouts de Londres, on découvre le corps d'un jeune homme de bonne famille, de seize ans, complètement nu. Pourquoi a-t-il été assassiné ? Que faisait-il dans ce quartier mal famé ? Qui avait un mobile pour vouloir sa mort ? Tout semble indiquer que l'auteur du meurtre est le précepteur du garçon, Mr Jérome. Celui-ci clame son innocence mais il est condamné à mort.

A l'époque victorienne, les rapports de classes régissent la société. L'inspecteur Pitt a de grandes difficultés à mener l'enquête, dans un milieu aristocratique où il est malséant de parler d'assassinat. Heureusement, Charlotte, née dans la haute société, femme de l'inspecteur, franche et volontaire, décide de venir en aide à son mari. Faisant jouer ses relations, elle arrivera à bousculer ce monde conventionnel et à démasquer le vrai coupable.

Ce roman policier historique dépeint très bien l'époque victorienne, avec beaucoup d'humour. De nombreux sujets plus graves transparaissent au détour de l'enquête : la pauvreté, la prostitution et la place des femmes... Les dialogues sont enlevés, les personnages attachants et le suspense est présent jusqu'aux dernières pages. Comme j'apprécie l'ambiance victorienne de ce roman policier et l'ironie mordante des personnages, je vais m'empresser de découvrir les autres opus de cette série...

 Anne Perry, Le cadavre de Bluegate Fields, 10/18, 382 p.

12 mai 2010

Aurora Floyd Elizabeth Braddon : ISSN 2607-0006

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Qui a dit que l'Angleterre victorienne était prude ? Toutes les héroïnes de nos chers auteurs victoriens se font un plaisir de mettre en scène des femmes avec des secrets inavouables, avec des caractères épouvantables... Il suffit de lire Aurora Floyd pour s'en convaincre.

quatrième de couverture : " Aurora Floyd est la fille choyée d'un richissime banquier. Une violente dispute l'oppose à son père lorsqu'elle revient d'une longue promenade à cheval avec son palefrenier. Aurora est envoyée à Paris dans un pensionnat pour faire ses études. On la retrouve un an plus tard, à nouveau chez son père. Réconciliée mais distante, marquée à tout jamais par un drame qui a éloigné d'elle l'homme qu'elle aime... comme dans tous les romans à suspense de M.E. Braddon, le lecteur pressent ce qui est à l'origine du drame sans que cala soit explicite, et il est entraîné malgré lui, et sans pouvoir s'arrêter, dans un maelström excitant qui le pousse à connaître le déroulement et la fin de l'énigme.

Une comparaison avec Wilkie Collins serait tout à fait justifiée : un meurtre, un secret, un mariage, une héroïne au caractère bien trempé, les médisances... Le style ne manque pas de mordant avec les traditionnelles adresses aux lecteurs. Une belle jeune fille trouve deux prétendants mais assez rapidement surgit un terrible secret : un mystérieux personnage semble persécuter la jeune et belle femme. Mais l'élan romanesque est souvent rompu par de nombreux portraits, des généralités sur le caractère des personnages. L'héroïne principale est peu attachante, et ne semble avoir que deux attitudes possibles : soit avoir le regard flamboyant, soit taper du pied de colère... Le deuxième personnage féminin n'a guère plus de chance : blonde et effacée, elle symbolise la parfaite  petite femme d'intérieur victorienne, n'ayant d'yeux que pour son orgueilleux mari. Si l'intrigue amoureuse semble assez vite menée, l'intrigue policière n'apparaît que tardivement et est diluée dans des considérations plus générales. Les nombreuses références littéraires sont plaisantes, cependant les multiples rebondissements ne compensent pas la lenteur et la langueur de l'histoire.

Autres avis : Cécile, Méalenn,

Premier roman lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou

Lecture "swap portrait of lady", bilan sur le site de Lou et Titine.

Braddon, Aurora Floyd, Edition Joelle Losfeld,  555 p.

9 novembre 2010

Prières exaucées, Truman Capote

 

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"il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas". Truman Capote est l'enfant terrible de la littérature américaine : disert, caustique, l'enfant abandonné très tôt par ses parents, a ensuite côtoyé les plus grands, de Marilyn Monroe aux Kennedy. Génial écrivain, il a inventé le roman de non-fiction, "le nouveau journalisme" et De sang froid lui donnera une certaine reconnaissance du milieu littéraire. C'est le matériau de sa vie, ce qu'il a observé parmi la société mondaine, qui lui fournit les anecdotes de Prières exaucées. Mais à la lecture des 3 premiers chapitres, ses amis se détourneront de lui. Pourquoi ce livre a-t-il fait scandale ?

Prières exaucées devait être l'équivalent de "la recherche" proustienne : P. J. Jones est un écrivain abandonné à sa naissance. Se qualifiant lui-même de "couard", "fruste", "opportuniste", il est homosexuel et cynique. Il se met en scène en train d'écrire Prières Exaucées, de même que Marcel le héros de la recherche est en train d'écrire la recherche.  Abordant ses débuts dans un magazine, puis l'échec de ses romans, il les entremêle à ses aventures perverties et douteuses. Voyageant de l'Amérique vers l'Europe, de Tanger à Paris, rencontrant les célébrités de ce monde, il livre des anecdotes sur les personnalités rencontrées. 

Ce roman n'est pas seulement un livre scandaleux : le personnage principal lorsqu'il ne se livre pas à la débauche, peut être très intéressant, en parlant de ses lectures, de son écriture : "Qu'une chose soit vraie ne veut pas dire qu'elle soit vraisemblable, tant dans la vie que dans la l'art. Prends Proust par exemple. tu crois que sa Recherche sonnerait aussi juste s'il était resté scrupuleusement fidèle à l'histoire, s'il n'avait pas transposé les sexes, modifié les événements et les identités ? S'il avait relaté les faits au pied de la lettre ? Mais - c'est là une idée qui m'étais souvent venue - il aurait mieux valu. Moins acceptable mais meilleur."

Cependant, on comprend mieux le scandale lorsqu'il livre les portraits sans vernis social de la société mondaine et cosmopolite. voici le portrait qu'il fait de Sartre : " Un oeil noyé, l'autre à la dérive, ce louchon de Sartre, pipe au bec, teint terreux, et sa taupe de Beauvoir, sentant la jeune fille prolongée, étaient généralement calés dans un coin comme deux poupées de ventriloque abandonnées." Et lorsqu'il évoque plus loin Koesler en ces termes " un nabot agressif toujours prêt à faire le coup de poing". N'est-ce pas là malveillance ? Etait-il utile d'insérer des jugements lapidaires ? Devant les réactions outrées, Capote aurait d'ailleurs dit :" A quoi s'attendaient-ils ? Je suis écrivain et j'utilise tout ce qui me tombe sous la main. Ces gens s'imaginaient-ils donc que je contentais de les distraire ?". Des mondanités aux potins féroces, il n'y a qu'un pas et T. Capote l'a franchi : son ton habituellement badin, moqueur se transforme à la fin de sa vie en paroles abjects...

Il est toujours difficile de dire du mal d'un auteur qu'on apprécie. Et pourtant, on est obligé de reconnaître que cette oeuvre est assez inégale, alternant des descriptions presque poétiques, une teinte, une odeur retenant notre attention, et des scènes parfois vulgaires lorsqu'il aborde la vie sexuelle de ses personnages. Ces scènes crues, le manque de raffinement dans la description des mondanités des années post-guerres empêchent ce dernier roman, laissé inachevé, de Truman Capote d'atteindre son idéal proustien....

Capote Truman, Prières exaucées, Livre de poche, 231 p.

Autres romans : petit-déjeuner chez Tiffany, Cercueils sur mesure, Musique pour caméléons

26 octobre 2010

L'auberge de la Jamaïque, Daphné du Maurier

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Chère Océane,
Après la délicieuse et très mystérieuse lecture de Rebecca, j'ai voulu découvrir d'autres romans de Daphné Du Maurier. Alors j'ai ouvert L'auberge de la jamaïque et une fois de plus, je suis enchantée de la lecture de ce roman qui s'inscrit dans la lignée des romans gothiques, sauf qu'il n'y a pas de vieux manoirs hantés mais une auberge délabrée.

En lisant les premières pages, on entre dans un univers et une atmosphère sombre et très violente avec une héroïne qui a du caractère : j'ai eu peine à croire la violence de certains passages bien extravagants: " Le colporteur eut un grognement de triomphe et cessa de peser sur la jeune fille. C'était ce qu'elle attendait, et, comme il changeait de position et baissait la tête, elle le frappa vivement de toute la force de son genou, lui enfonçant en même temps ses doigts dans les yeux." . Mais reprenons du début...
Tu dois te demander quelle est l'intrigue de L'auberge de la Jamaïque ? Mary Yellan est une jeune fille dont la mère courageuse, travaille dur dans sa ferme tout en élevant seule sa fille. Sa brusque mort amène bien des changements dans la vie de Mary, qui est obligée de quitter sa ferme natale pour aller vivre chez sa tante Patience. Mary ne l'a vu qu'une fois, alors qu'elle était encore qu'une jeune fille frivole et insouciante. Quelle n'est pas sa surprise lorsque sa tante lui écrit une lettre peu bienveillante où elle accepte néanmoins d'accueillir sa nièce, à l'auberge de la Jamaïque.  Le mystère s'épaissit car la seule évocation de ce nom emplit tous les honnêtes gens d'effroi. Que peut-il bien s'y passer ? Cette funeste lettre annonce un non moins funeste destin à notre héroïne : elle doit aider son oncle Joss, un ivrogne qui maltraite sa femme, à tenir un bar où de terrifiantes affaires se déroulent et où se retrouve toute la lie de l'humanité... Très vite, elle découvre le terrible secret de son oncle. Mais pourquoi sa tante Patience est-elle devenue une femme agitée de tics nerveux ? Quelles sont les raisons pour lesquelles personne ne s'arrête jamais dans cette auberge ?

En fait, au milieu du livre, dans un terrible suspense qui pousse à tourner les pages inexorablement, on nous révèle le secret épouvantable de l'oncle. Et pourtant le suspense s'intensifie : un autre mystère se fait jour et commence alors une enquête haletante et la fin contient encore un retournement de situation qui maintient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page... Oui, j'ai parlé de romans gothiques car cette auberge effrayante est entourée d'une lande toujours brumeuse, humide et venteuse. A la sauvagerie des hommes, fait écho la sauvagerie de la nature, de cette Cornouailles peu hospitalière, balayée par les vents comme dans les romans des Brontë. Juges-en toi-même par ce passage : "Elle était inexorable, cette pluie qui cinglait les vitres du coche et s'infiltrait dans un sol rude et stérile. Il n'y avait pas d'arbres, sauf un ou deux peut-être qui tendaient aux quatre vents leurs branches dénudées, ployés et tordus par des siècles d'intempéries. Et les orages et le temps avaient si bien noircis que si, par aventure, le printemps s'égarait en un tel endroit, aucun bourgeon n'osait se transformer en feuille, de crainte de mourir de froid. La terre était pauvre, sans prés ni haies ; on ne voyait que des pierres, de la bruyère noire et des genêt rabougris.". Les personnages sont sans cesse comparés à des animaux : Mary est comparée à un singe pour son intelligence et son courage, quant à son oncle, il est présenté comme un ours ou un loup... Mais dans cette solitude et son désarroi, Mary rencontre Jem Merlyn, frère cadet de Joss, voleur de chevaux dont elle tombe éperdument amoureuse. Elle fait aussi la rencontre d'un vicaire albinos qui va lui apporter son aide...

Ce livre est merveilleusement surprenant, gothique et sinistre à souhait. Le mystère rôde autour de l'auberge de la Jamaïque, pour notre plus grand plaisir ! J'ai autant aimé ce livre que Rébecca et je pense lire d'autres romans de cet auteur tant j'ai été conquise par la prose et les intrigues de Daphné du Maurier ! A bientôt, j'espère, pour une nouvelle lecture dans le cadre du challenge de Daphné Du Maurier...

Maggie

du Maurier, L'auberge de la Jamaïque, Livre de poche, 318 p.

Autre roman : Rebecca

25 septembre 2010

Le chien des Baskerville de Conan Doyle : ISSN 2607-0006

 

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Les aventures de Sherlock Holmes écrite par Conan Doyle (biographie Larousse) sont des mécaniques bien huilées, où s'emboitent logiquement tous les indices. A un début très traditionnel où un client vient demander de l'aide au célèbre détective, suit une narration proche du roman noir avec des histoires de fantômes, légendes et manoirs très sombres.  Le docteur Mortimer expose son dilemme au célèbre Sherlock Holmes : sir Charles de Baskerville vient de décéder. Une terrifiante malédiction frappe cette famille : le premier Baskerville, Hugo, ayant maltraité une femme, finit par succomber sous les crocs d'un gigantesque chien. Son héritier Henry doit-il tout de même habiter la demeure sachant le danger qu'il encourt ?

A partir de ce moment, plusieurs incidents et pistes viennent complexifier l'affaire. Le mystère ne fait que s'épaissir dans ces marais et bourbiers de la lande entourant Bakerville Hall. Fausses identités, plusieurs meurtres et des découvertes stupéfiantes jalonnent cette enquête. S. Holmes use de toutes ses facultés intellectuelles et est des plus actifs. L'auteur développe une ambiance de roman noir tout autour de ces personnages : " Le propriétaire du domaine se souleva pour mieux voir : ses yeux brillaient, ses joues avaient pris de la couleur. Quelques minutes plus tard nous atteignîmes la grille du pavillon : enchevêtrement de nervures de fer forgé soutenu à droite et à gauche par des piliers rongés par les intempéries, marquetés de mousse, surmontés par les têtes d'ours des Baskerville. Le pavillon tout en granit noir et en chevrons nus était en ruine ; mais face à lui se dressait une bâtisse neuve, à demi terminée ; c'était la première réalisation dur à l'or sud-africain de sir Charles. Une fois franchie la grille nous nous engageâmes dans l'avenue ; le bruit des roues s'étouffa une fois encore dans les feuilles mortes : les branchages des vieux arbres formaient une voûte sombre au-dessus de nos têtes. Baskerville frémit en considérant la longue allée obscure au bout de laquelle, comme un fantôme, surgit le manoir". Cependant, une certaine légèreté est apportée par les lettres rapports de Watson, envoyé seul, pour protéger sir Henry, avant le dénouement final, car il apporte une touche de naïveté...

Pour conclure sur les mots de Holmes : "jamais nous avons abattu d'homme plus dangereux que celui qui a sombré quelque part là-dedans". Ce roman policier fort bien mené est une de celle où Conan Doyle use de poncifs du roman noir où l'influence de la littérature victorienne est la plus visible et celle où le surnaturel est omniprésent sans jamais basculer dans le fantastique. Un classique de la littérature policière à lire !

12 janvier 2010

Tous les autres s'appellent Ali de Fassbinder : ISSN 2607-0006

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J'ai vu récemment un film étrange mais qui me permet de mieux appréhender l'histoire du cinéma allemand : Tous les autres s'appellent Ali est une histoire d'amour, peu banale, entre un arabe "Ali" et Emmy une vieille femme. Tout les sépare : leur âge, leur origine, leurs amis. Cependant, très vite, ils se marient à la grande réprobation de leur entourage. Emmy supporte difficilement cette situation et le racisme ambiant dont font preuve les voisins et ses propres enfants, dans cette Allemagne post-nazie. Le couple résistera-t-il à la pression sociale ?

Les premières images créent un climat presque surréaliste : Emmy entre dans un bar d'étrangers dans lequel elle se réfugie à cause de la pluie battante. Elle commande une boisson, dans un silence de mort. Tous l'observent. Soudain une jeune fille propose à Ali d'aller inviter la vieille dame à danser. Celui-ci s'exécute et la magie de l'amour opère : les deux solitaires se présentent, parlent, et communiquent. Dans ce bar, il n'y a aucun figurant, ni décoration. Les couleurs sont sordides, une lumière blafarde éclaire les visages. Drôle d'ambiance. Et tout le film se déroule dans ce climat de distanciation et d'enchaînement rapide des actions sans véritable logique parfois. Paradoxalement, les plans fixes abondent ce qui créent une certaine lenteur.
Le film est particulièrement déroutant, notamment par la laideur des costumes, des visages et des décors. Le scénariste semble dire regardez l'image, il ne faut pas chercher de réalisme, ni de véracité car l'essentiel est de donner à réfléchir.

En effet, l'un des axes importants de ce film est montrer les rapports de domination dans la société contemporaine de Fassbinder (film de 1970), et comment la violence sociale se répercute dans la sphère de l'intime. Ainsi, après un voyage à l'étranger, lorsque le couple revient, Emmy commence à exercer sur Ali une violence plus détournée, en folklorisant ses goûts ou en le montrant telle une bête de foire. Ce film noir dénonce différent aspect du racisme et la solitude des personnages. Cette phrase en exergue du film laisse rêveur : " le bonheur n'est pas toujours joyeux"... Influencé par la Nouvelle Vague, ce film joue de la stylisation et de la distanciation. Il est aussi influencé par un film lacrymal et hollywoodien de Douglas Sirk Tout ce que le ciel permet tout en exacerbant les critiques de Sirk. Subtilement et sans manichéisme, Fassbinder critique la société contemporaine et montre la permanence du nazisme dans les mentalités. Il met en scène aussi l'écrasement des êtres par les objets et l'enfermement des individus dans une classe sociale. Cinéma intellectuel, le film est pourtant bouleversant et émouvant.

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