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11 avril 2015

Embrassons-nous Folleville/ L'affaire de la rue Lourcine de Labiche : ISSN 2607-0006

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Boulevard des cépucines de Béraud © Photo RMN-Grand Palais - Bulloz

Après Feydeau, Labiche est certainement le vaudevilliste le plus fécond du Second Empire. Parmi les 160 pièces qu'il a écrites avec des collaborateurs, dont Un chapeau en Italie, toujours joué à la Comédie Française ou Le voyage de Monsieur Perrichon, certaines portent les caractéristiques de ce qu'on a appelé "la folie-vaudeville".

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La folie vaudeville :

Ce sont de courtes pièces en un acte dominé par la déraison : dans Embrassons-nous Folleville, le marquis de Manicamp veut marier sa fille Berthe au chevalier Folleville qui lui a rendu un service en cachant au roi une injure que lui a faite le marquis. Mais Folleville et Berthe ne s'aiment pas et tous leurs gestes de désamour sont mal interprétés par le père de Berthe, qui croit que le mariage est imminent. Le vicomte de Chatenay a été giflé par Berthe, en tombe éperdument amoureux et la demande en mariage, non sans casser une infinité de vases car tous ces personnages ont le caractère vif. Une même logique de déraison domine Le meurtre de la rue Lourcine. Un bourgeois, Lenglumé, s'éveille en ayant oublié une soirée d'ivresse. qui trouve-t-il dans son lit ? Non, pas une maîtresse mais un ancien camarade, qui serait son complice dans un hypothétique meurtre. Il est prêt à tuer pour préserver sa respectabilité.

"Une bête à mille pattes", c'est ainsi que Labiche définissait ses pièces : si le spectateur s'arrête de rire, si la mécanique de la pièce s'essoufle alors la pièce est un four. Et effectivement, dans chacune de ses pièces dès que le mécanisme est enclenché, les actions s'enchaînent à un rythme effréné. Comique de répétition, néologismes, pataquès, quiproquos s'accumulent vers le dénouement. Les intrigues frénétiques de ce dramaturge sont merveilleusement ingénieuses.

Le Second Empire de Labiche : 

Cependant, ces pièces ne sont pas de simples imbroglios savamment réglés. Dans Embrassons-nous Folleville, le mariage arrangé est vivement critiqué comme dans certaines pièces de Molière. Quant à L'affaire de la rue Lourcine, Lenglumé prône les valeurs bourgeoises, au point de commettre des crimes en leur nom. Fils d'un riche industriel, L'abiche critique les travers d'une classe socials qu'il connaît bien. L'allusion à Molière n'est pas anodine. Le vaudeville puise souvent dans d'autres textes et on se délecte devant Lenglumé se frottant les mains telle Lady Macbeth. Son crime renvoie au roman-feuilleton de l'époque. Témoignage des divertissements sous Napoléon III, avec ses couplets légers, les vaudevilles de Labiche n'ont rien perdu de leur vis comica.

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30 août 2014

Au mois de septembre 2014... : ISSN 2607-0006

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Le mois de septembre est pour certain simplement annonciateur de l'automne, pour d'autres, c'est la rentrée. Mois spleenétique, s'il en est... Mais cette rentrée sera peut-être studieuse pour les élèves, fastueuse pour la rentrée littéraire, et challengesque aussi ! Alors que se clôt le challenge I love London avec ma copine Titine, que je remercie ainsi que les participantes ( son bilan ici car j'ai été incapable de mettre à jour les liens correctement !), d'autres débutent comme le mois américain organisé par Titine. Je voulais aussi signaler le challenge Tous risques lancé par Aaliz et le challenge Un an en Irlande organisé par Cryssilda auxquels, je vais essayer de participer !

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Quoi de neuf ? Shelbylee fait un très beau panorama des séries à venir. Actuellement, vous pouvez aussi suivre la saison 1 de whitechapel et de Ripper Street. thefrenchbooklover aborde aussi quelques séries. Mrs Figgs a été déçue par le dernier roman de N. Solomons : La galerie des maris disparus. Keisha a déjà commencé en beauté et avec plaisir la rentrée littéraire avec Hérétiques de Padura, de même que Margotte avec la peau de l'ours de Joy Sorman . Alice nous parle d'un peintre préraphaélite à travers la lecture de E. McGregor, La jeune fille au miroir vert. Parmi les auteurs contemporains, Miss léo a chroniqué Aristote, mon père de A . Lyon et pour égayer cette rentrée grisâtre, rien ne vaut La fin du monde a du retard de J-M Erre selon Shelbylee.

Je rappelle quelques dates de LC :

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- 10/09 Les mémoires d'Hadrien, Yourcenar avec alison, Claudia, Praline, Océane et Margotte.

-30/ 09 Le discours de la servitude, La Boétie avec Claudia, Océane, Margotte.

Dans mes derniers achats, se trouvaient Marguerite Yourcenar de Savigneau, Les nouvelles orientales de Yourcenar, Napoléon de Jean Tulard, Le vieil homme et la mer, Une drôle de traversée, Histoire naturelle des morts,  Pour qui sonne le glas, L'adieu aux armes, Le soleil se lève aussi, d'Hémingway, La vie des douze César de Suétone, Les annales de Plutarque, et Le conte d'hiver de Shakespeare. Mon catalogue virgilien est terminé ! Bonne lecture et bonne rentrée à tous !

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30 septembre 2014

Le discours de la servitude volontaire de La Boétie : ISSN 2607-0006

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"Il en est que le métier ingrat de courtisan use dans la servitude volontaire"

De la briéveté de la vie, Sénèque

Quel paradoxe ! Pourquoi accepter le joug d'un tyran ? Pourquoi le peuple "s'asservit" et "se coupe la gorge" ? Ce bref texte de La Boétie suscite d'autres questions que celles de son titre oxymorique. Et tout d'abord qui est cet auteur dont on sait peu de choses ? La date de publication est incertaine et le message est des plus ambigus : comme Le prince de Machiavel qui connut un destin peu ordinaire (" on se perd en conjecture sur le sens de sa démonstration", dit Spinoza)  - de la naissance du concept du machiavélisme à l'interprétation " du livre des Républicains" de Rousseau - Le discours de la servitude est tantôt perçu comme un livre écrit au service du roi contre les protestants, tantôt comme un discours contre le roi et défendant les parlementaires, ou tantôt comme un texte en faveur des Protestants... A-t-il été écrit contre les répressions de la Gabelle de 1548 ? Est-il un jeu rhétorique ou un pamphlet politique ? Huit versions de ce texte existent, qui ne cessent d'être réactualisés, brandis par les révolutionnaires de 1789 ou par les réplublicains en 1851...

" D'avoir plusieurs seigneurs aucun bien je n'y voy. Qu'un sans plus soit le maître, et qu'un seul soit le roi". La dénonciation du pouvoir est étonnamment moderne pour l'époque car elle s'affranchit de toutes allusions religieuses. Ce discours reflète l'appartenance au mouvement de l'humanisme de son auteur, avec la valorisation de l'amitié ( " L'amitié est un nom sacré") qui est synonyme d'égalité et de connaissance mutuelle, de savoirs partagés mais est aussi visible dans le recours aux exemples puisés dans l'histoire antique. Non seulement La Boétie contredit les idées d'Aristote, mais il ne fait pas de son discours un miroir du prince. Il analyse les moyens dont disposent le tyran pour maintenir sa domination : coutume, divertissement, religion et soutien des favoris. On peut donc y lire une corruption de l'ensemble de la société, annonçant le pessimiste de la fin du XVIeme siècle, déchirée par les Guerres civiles, une dégradation des idéaux de l'humanisme.

Si l'on considère ce discours comme l'exercice d'un rhéteur, on ne peut qu'admirer la prose de ce texte qui révèle une véritable éloquence : période cicéronienne, questions oratoires, accumulations, métaphores, parallélismes. En voici un bel exemple ( p. 85) : "Pour ce coup je ne voudrois rien entendre comm'il se peut faire que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelque fois un tyran seul, qui n'a puissance que celle qu'ils lui donnent ; qui n'a pouvoir de leur nuire, sinon tant qu'ils ont vouloir de l'endurer ; qui ne sçauroit leur faire mal aucun, sinon lors qu'ils aiment mieulx le souffrir que lui contredire." Quelle que soit l'idéologie portée par ce texte, sans cesse réactualisée, il incite à la réflexion et force l'admiration par sa magnifique rhétorique...

La Boétie, De la servitude volontaire, Tel Gallimard.

Lecture commune avec Margotte, Claudia, Océane.

26 août 2014

Salammbô de Flaubert : ISSN 2607-0006

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Roman historique, Salammbô décrit la guerre inexpiable : la révolte des mercenaires contre Carthage en 264. Le roman commence au moment où les soldats mercenaires sont rassemblés dans les jardins d'Halmicar qu'ils ravagent dans l'attente d'être payés. Mais les oligarches rusent pour ne pas les rétribuer. Comme le soulignait Sainte-Beuve, "L'érudition, qui peut jeter un pont, nous refroidit en même temps et nous glace. On ne peut recomposer la civilisation antique de cet air d'aisance et la ressusciter tout entière" ( article du Constitutionnel). Quel reproche injustifié ! On prend plaisir au contraire à découvrir Carthage et son histoire. Effectivement, l'érudition philologique rend difficile la lecture des premières pages mais un glossaire aide à la compréhension des mots spécifiques à cette civilisation. Bien sûr, l'Histoire présentée dans Salammbô - dont les sources sont Polybe, Hérodote... - est une Histoire fantasmée, une Histoire romantique comme Hugo l'a pu aussi écrire. Elle s'inscrit bien dans le goût de l'orientalisme des romantiques bien que Flaubert s'en défende et déclare dans sa réponse à l'article du constitutionnel : " je n'ai point fait une Carthage fantastique". Ainsi, si Flaubert reconstitue une Carthage historique, c'est la narration qui apparaît comme romanesque.

A cause, peut-être, du procès de Madame Bovary, Flaubert proteste contre "la pointe d'imagination sadique" que lui attribue Sainte-Beuve dans un de ses articles du Constitutionnel... Certes, le roman commence comme un poème parnassien, empli de parfums, de couleurs : " Les flammes oblongues tremblaient sur les cuirasses d'airain. Toutes sortes de scintillements jaillissaient des plats incrustés de pierres précieuses. Les cratères, à bordure de miroirs convexes, mutipliaient l'image élargie des choses ; les soldats se pressant autour s'y regardaient avec ébahissement et grimaçaient pour se faire rire." Puis, au fur et à mesure de la découverte des conflits qui opposent les deux camps, on découvre des lions et des hommes cruxifiés, des hommes mourant de faim, le martyre de Matho dont on ne distingue plus les liens qui le retiennent captifs de ses tendons... C'est péniblement que j'ai fini le roman tant il m'apparaissait comme un château sadien. Salammbô est donc un roman à la fois poétique, historique mais aussi d'une grande férocité.

Flaubert, Salammbô, folio, 530 p.

23 août 2014

Code 1879/ Depuis le temps de vos pères de Dan Waddell : ISSN 2607-0006

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C'est en regardant, avec plaisir, la série Whitechapel ( l'épisode 4, de la troisième série), que j'ai repensé à la trilogie de Dan Waddell. En effet, Les inspecteurs J. Chandler et Ray Miles utilisent les archives rangées par Ed Buchan qui ne manque pas d'humour noir ( en rangeant les dossiers sur l'Islande, il prévient son patron que s'il trouve des harengs sur les lieux d'un meurtre, il pourra toujours chercher dans les meutres islandais...).

Dans Code 1879, on découvre donc une sombre d'affaire résolue en partie avec l'aide d'un généalogiste : ces cadavres découverts dans des cimetières prennent sens par rapport à un passé lointain. Et c'est Nigel Barnes qui est amené à tisser ces liens entre le passé et le présent. L'amateur-enquêteur est original et sympathique ( l'officier Heather Jenkins tombe même sous son charme), le final spectaculaire et on découvre aussi le milieu des généalogistes...

Nous retrouvons donc Nigel, dans une deuxième enquête Depuis le temps de vos pères : la mort d'une femme et l'enlèvement de sa fille est la nouvelle enquête confiée à l'inspecteur Foster. D'anciennes affaires similaires dans la même famille sont révélées. Quel lien cette affaire entretient-elle avec le passé ? Si dans Whitechapel, le lien entre passé et présent est fortuit ( dans l'épisode dont je parlais la ficelle est des plus grossières : une affaire exactement similaire se serait produite des années antérieures (?), où un jeune patissier éconduit aurait empoisonnée son aimée avec un poison, exactement le même cas que doit résoudre Chandler), ici, le rapport avec l'histoire familiale sera primordiale pour résoudre l'énigme. Comme dans le premier opus, corollairement à l'enquête, nous est racontée l'histoire d'une jeune fille en lien avec l'enquête. Assez vite, le lecteur peut faire les liens entre les deux histoires. Et pourtant, nous continuons la lecture : cette nouvelle aventure de Nigel dévoile de nouvelles informations sur les recherches généalogiques, sur sa vie personnelle, et sur l'église des Mormons. Un ouvrage agréable à lire, en attendant le troisième tome...

Dan Waddell, depuis le temps de vos pères, Babel noir, 392 p. Billet de Soie.

Waddell, Code 1879, Babel noir, 361 p.

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14 août 2014

Napoléon ou la destinée de Rouart: ISSN 2607-0006

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Avec cet essai biographique, J-M Rouart ne cherche pas à rivaliser avec l'histoire universitaire comme il l'affirme dans ses remerciements. Il souhaite raconter "les échecs secrets" de cet homme, qui a tant fasciné la génération romantique. Mais comment et pourquoi est-il devenu une figure emblématique ? Reprenant les principaux événements de la vie de Napoléon, de sa jeunesse à ses victoires ou défaites, Rouart développe ses pensées à travers diverses suppositions.

En développant les états d'âme du futur empereur, il m'a semblé qu'il en faisait une figure éminemment romantique. La victoire de Marengo, la mort de Desaix, Muiron, et l'hypocrisie de son entourage, lui font éprouver "  un sentiment nouveau pour lui : le désenchantement" (p. 148). C'est ce même sentiment que ressentent Musset, Nerval, qui est la "maladie du siècle"... En 1806, après la victoire d'Austerlitz lorsqu'il se recueille sur la tombe de Frédéric, il décrit la scène comme une page de roman gothique : " il se tient debout dans la crypte obscure ; le halo lumineux d'une lanterne sculpte son visage. On distingue le simple cercueil en bois, recouvert de cuivre où, sur des dalles noires et blanches, repose la dépouille du grand Frédéric. La scène a des allures fantomatiques" (p. 232). Ce dialogue avec des morts illustres n'est pas sans rappeler une scène d'Hernani... La réflexion sur la destinée, ou de "sa bonne étoile", sous-titre de cet essai, semble davantage souligner une construction a posteriori de Napoléon de son propre mythe.

Contemporain de Chateaubriand dont Napoléon admire le style, Rouart fait du Corse un lecteur de Corneille, du Werther, des grands hommes de Plutarque, et il ne cesse de rappeler sa campagne d'Egypte, l'Orient si cher aux romantiques... L'auteur, tout en suivant chronologiquement les différentes campagnes napoléoniennes, rappelle que cette figure politique est un inspirateur des ambitieux de Balzac, il est l'idole de Julien Sorel et peuple de sa présence les plus belles pages des Misérables... Lors des 100 jours, le biographe en fait même un double de l'instable Benjamin Constant !

Ne connaissant pas d'autres biographies de Napoléon, je ne sais où la légende noire commence et où la légende dorée s'arrête... Cependant, Rouart propose une bonne introduction sur le personnage légendaire et historique. Son ouvrage, précis au niveau des faits historiques, chaque événement étant introduit par une date scandant les chapitres, se lit comme un roman ( les dialogues, citations, descriptions de paysages permettant d'alléger la répétition des conquêtes militaires) où perce son admiration pour l'énergie et la volonté de grandeur de l'exilé de Saint-Hélène tout en le dédouanant de sa politique belliqueuse...

Rouart, Napoléon ou la destinée, folio, 400 p.

Merci Anna  et aux éditions folio pour ce partenariat

7 août 2014

Le Lysistrata d'Aristophane : ISSN 2607-0006

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" La guerre sera l'affaire des femmes" : Avant de commencer à lire la pièce mieux vaut connaître le contexte : la guerre du Péloponnèse ( 431-404 av. JC), époque à laquelle Aristophane, fait jouer ses pièces, dure depuis une vingtaine d'années. Athènes subit de nombreuses défaites et après la mort de Périclès ( en 429 av. J.C.), Cléon est bien décidé à mener une guerre à outrance pour imposer l'hégémonie d'Athènes. Pièce politique, Le Lysistrata, met en scène une femme - protagoniste éponyme - qui oblige les femmes à faire la grève du sexe pour amener les hommes à faire la paix. Elle envoie le demi-choeur des vieilles pour assiéger l'Acropole où était tenu l'argent de la cité. Hélas, les femmes présentées de manière misogyne préfèrent "passer à travers le feu", " plutôt cela que le membre". (p. 17)

Le comique du bas corporel fait partie des procédés traditionnels de ce genre mais étendu à toute une pièce, cela devient vite lassant : disons que le rire étant historique, le comique lié aux jeux de mots sur le sexe ne m'ont pas paru risibles. Heureusement qu'il n'est pas question que de sexe et qu'à partir d'une solution fantaisiste - les femmes prenant le pouvoir, ce qui tient bien de l'inversion carnavalesque et qui est inpensable au Veme siècle dans la Grèce ancienne - Aristophane critique la mauvaise gestion politique des Athéniens. La guerre, contre sa rivale Sparte, oblige le pays à payer un lourd tribut, argent et hommes, comme le rappelle Lysistrata dans son dernier réquisitoire contre la guerre : " Puisque je vous tiens, je veux vous faire à tous de justes reproches, vous qui d'une ablution commune arrossez les autels, comme les enfants de la même famille, à Olympie, aux Thermopyles, à Pytho ( combien d'autres lieux, je citerai, si je devais métendre), quand vos ennemis les Barbares sont là en armes, vous tuez des Héllènes et détruisez leurs cités!" ( p. 117).

On peut voir ainsi l'importance du théâtre dans la cité athénienne : la comédie ancienne fait partie des fêtes données lors des Dyonisies, fêtes qui reflétaient la puissance d'Athènes. Cette institution démocratique mettait donc en scène des problèmes d'actualité : Aristophane propose à travers ses comédies, une belle plongée au coeur de la Grèce du Veme siècle av J.C. et cette pièce subversive donne envie de découvrir les autres pièces de cet auteur.

Aristophane, Le Lysistrata, édition en poche bilingue, Les belles Lettres, 188 p.

Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo ( Mon bilan)

Lecture commune avec Claudia, Océane et Margotte.

Documentaires pour en savoir davantage sur la guerre du péloponnèse. ou Sparte, une cité exceptionnelle ( history channel) .

7 juillet 2014

Au mois de juillet 2014... ISSN 2607-0006

 Voilà un mois très romanesquement anglais qui se termine... Le mois m'a paru très court et mon bilan sera bref : Darwin de Mouret, La maison aux miroirs de Connoly, et Comme il vous plaira de Shakespeare. Crissylda propose un récapitulatif ici,Titine revient sur ce mois bien trépidant ici, Lou fait le bilan là : le billet récap 2014. Parmi cette faramineuse liste, je retiendrai les romans de Mary Hooper comme Velvet dont parle Alice, The disgrace of Katy Grey sur le site de Miss léo,ou Waterloo necropolis, chroniqué par Lili, Le livre des snob de Tackeray que présente L'irrégulière, mais aussi toujours sur le nobisme : suis-je snob de V. Woolf ( chez Margotte). Et on ne saurait parler de mois anglais sans Dickens, donc j'espère pouvoir lire bientôt le Mystère d'Edwin Drood chroniqué par Shelbylee.

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Mais comme un nouveau mois s'annonce, je vous fait part des lectures communes prévues avec claudia. N'hésitez pas à nous rejoindre :

- 15/07 : La locandiera, Goldoni, avec Claudia et Margotte

- 7/ 08 : Le Lysistrata, Aristophane avec Océane, Claudia et Margotte

- 11/08 : Cinna, Corneille avec Océane, Claudia et Margotte

- 23/08 : Eneas :

- 10/09 : Les mémoires d'Hadrien, Yourcenar, avec AlisonOcéane, Claudia et Margotte

- 30/ 09 : De la servitude volontaire ou contr'un, La Boétie avec Océane PralineClaudia et Margotte

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Quelques achats sont venus grossir ma PAL titanesque... Merci Shebylee pour Le dieu de new York !
 J'ai aussi acheté Le gendarme est sans pitié de Courteline, La cagnote de Labiche, Le docteur Thorne de Trollope, Les pensées de Marc Aurèle, Grandeur et décadence de Rome, de Marcel Le Glay, La philosophie antique, de Dumont. Bonnes lectures estivales !

11 août 2014

Cinna de Corneille : ISSN 2607-0006

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La conspiration de Cinna est familière au public du XVIIeme siècle, inspirée du De Clementia de Sénèque, qui doit servir de miroir de prince pour Néron : Auguste qui s'est imposé par la force en plongeant "son poignard dans le sein de ses amis" est désemparé lorsqu'il apprend que Cinna, petit-fils de Pompée avait organisé un guet-apens. Il est las de devoir faire face aux nombreux complots, qui ne cessent de se multiplier tels les têtes d'une Hydre. C'est alors que sa femme Livie, lui conseille d'essayer la clémence. L'inventio étant connue, comment intéresser le public ?

Tout d'abord par le ressort essentiel du théâtre cornélien : l'admiration et la surprise. Après une scène d'exposition (acte I) qui permet de présenter les acteurs de la tragédie, le noeud de l'intrigue, Auguste convoque Cinna et Maxilien, principaux conjurés : le complot est-il découvert ? Non, Auguste recherche leur conseil sur sa légimité à gouverner. Pour expliquer la conjuration, Corneille a inventé le personnage d'Emilie, amante de Cinna, qui veut venger son père proscrit au début du règne d'Auguste. Cinna doit choisir entre venger le père d'Emilie ou laisser la vie sauve à l'empereur. Maxilien devient le rival amoureux de Cinna : il dénoncera le rôle de celui-ci dans la conjuration.  Ainsi voit-on qu'à la vérité historique, s'est ajoutée une intrigue amoureuse. Que ce soit lors de la fomentation du complot ou de sa découverte, les héros cornéliens font assaut de générosité et de vaillance bien qu'ils soient en péril de mort suscitant ainsi l'admiration.

Cette pièce politique de Corneille, dont le sujet est romain, fait allusion à des événements contemporains du dramaturge : La clémence d'Auguste et l'assujetissement de Cinna qui possède des valeurs aristocratiques n'est pas sans rappeler la mise en place de la monarchie après les troubles de la Fronde.

Et puis, il reste l'elocutio : cette pièce se compose de 1780 vers dans un style soutenu où les maximes abondent ainsi que les morceaux de bravoure comme la longue narration à l'acte I, scène 3 de Cinna présentant la conjuration. On peut ajouter aux fameuses citations " A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire" ou " Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point les années" : "Plus le péril est grand, plus doux en est le fruit", " on n'est point criminel quand on punit un crime", " Qui méprise sa vie est maître de la sienne" ou " Je suis maître de moi comme de l'univers"...

Cette tragédie qui semble très régulière au niveau de la forme  - respect de la vraisemblance, unité de lieu, d'action, de temps... -, simple dans son intrigue, présente de très beaux caractères complexes, avec le très romanesque Maxilien, où les nombreux dilemmes et paradoxes soulignent la complexité de l'héroïque Cinna et du magnanime Auguste. Bien que les intérêts et le sujet de la pièce soient éloignés de nous, les vers présentent de " sublimes et divines beautés" comme dirait Mme de Sévigné.

Corneille, Cinna, livre de poche, 177 p.

Lecture commune avec Claudia, Margotte, Océane.

29 juin 2014

L'école des femmes de Molière : ISSN 2607-0006

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"Epouser une sotte est pour n'être point sot" (I, 1) :

Craignant d'être cocufié, Arnolphe - décidé à se faire appeler monsieur de la Souche pour s'anoblir - décide d'élever Agnès loin de la société et du savoir. Il craint toutes les précieuses de son temps : "Femme qui compose en sait plus qu'il ne faut" selon lui. La tenant cachée,il lui enseigne la soumission, tout en montrant l'importance des hommes : "du côté de la barbe est la toute puissance" ( III,2). Cependant, toutes les ruses et les maximes de ce vieux barbon ridicule sont inefficaces face à l'amour véritable qu'éprouve Agnès pour Horace. Peu à peu, le ridicule bourgeois voit ses plans s'effondrer face à une jeune fille qui s'impose comme un véritable sujet.

" car il faut craindre un revers de satire" (I,1) :

La caricature du bourgeois monomaniaque est fréquente dans le théâtre moliéresque. Arnolphe est aveuglé, emblématisé dans le dialogue de sourd avec un notaire, et incapable de changement. Son langage se révèle en inadéquation avec la situation lorsqu'il parle comme Sertorius ( Corneille) du thème de cocuage. Les grandes règles théorisées par les doctes classiques sont respectées : unité de temps, de lieu et d'action. Cependant, L'école des femmes suscite une vive polémique, mise en scène dans La critique de l'école des femmes. Quels sont les griefs adressés à Molière ? Il aurait tenu des propos scandaleux en parodiant des sermons, les 10 commandements, et surtout la scène du "le" provoque la colère des prudes : de nombreux propos grivois choquent le public. L'évolution d'Agnès va aussi à l'enconte des types comiques. Ce personnage complexe permet au dramaturge de démontrer que l'ignorance n'est pas consubstantielle à la femme mais liée à son manque d'éducation. Cette pièce, qui apparaît très conventionnelle, trangresse en fait les genres : l'auteur du Misanthrope fait côtoyer dans cette pièce des scènes dignes de la commedia dell arte tout en parlant de sujet sérieux comme les moeurs de la société, notamment la question de l'éducation de la femme et de sa place dans la société.

"Le moyen d'empêcher ce qui fait du plaisir" ?

Alors que dans Les précieuses ridicules ou Les Femmes savantes, Molière ridiculise les précieuses, il défend dans L'école des femmes leurs idées progressistes sur la question de l'amour, perçu comme une valeur civilisatrice de l'éthique mondaine, de l'éducation  et la sujétion aux hommes. Mais Paul Bénichou dans Morale du grand siècle souligne la position très originale de Molière en parlant de sa " liberté morale" : il promeut le désir naturel, ce que ne prône pas les précieuses. en outre, le théâtre de Molière n'est pas normatif : adhérant à l'éthique de la société galante, ne fait-il pas dire à Dorante dans La critique de l'école des femmes : "Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire". Et il est bien vrai que l'école des femmes est aussi plaisant à lire que La critique de l'école des femmes, Molière ayant ennobli sa comédie sérieuse d'une copia d'effets comiques.

Molière, L'école des femmes, Garnier Flammarion.

Bénichou, Morale du grand siècle, 210-294 p.

Lecture commune avec Claudia. Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo ( mon bilan ici).

9 mai 2013

Prenez la parole en public, La méthode pratique de Julien Combey : ISSN 2607-0006

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"Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément" (Boileau, Art poétique)

Et Julien Combey met en pratique cette sentence classique pour nous guider dans l'apprentissage de la prise de parole orale : comment dominer son angoisse ? Comment parler en public sans ennuyer son auditoire ? Quels gestes effectuer lors d'un dicours ? Quels mots employer ? Autant de questions auxquelles J. Combey répond : en dix chapitres, ponctués d’exercices concrets, J. Combey explique clairement comment éviter les écueils. Que ce soit des détails concrets comme les vêtements ou les déplacements, ou que ce soit des questions de vocabulaire ou de respirations, on nous propose plusieurs  exercices pour s'exprimer dans différentes occasions comme une réunion ou un examen.

L'intérêt de cette méthode est d'insister sur la pratique et de prendre en compte les conditions d'écoute ( les exercices peuvent être pratiqués n'importe où, dans une voiture, avant un discours...). Même si les exercices pratiques n'ont rien de révolutionnaires, on écoute avec plaisir et intérêt un programme d'entraînement rapide qui permet de s'exercer avec efficacité. Cet audiolib allie conseils théoriques et méthodes, de manière claire et agréable. Une très bonne méthode à écouter si vous avez besoin de développer vos talents d'orateur !

Prenez la parole en public, La méthode pratique audio en une heure par Julien Combey

Partenariat audiolib. Vous pouvez écouter un extrait sur cette page du site audiolib.

5 mai 2012

Vagues souvenirs de l'année de la peste de J.L. Lagarce : ISSN 2607-0006

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 Le théâtre de Jean Luc Lagarce est un théâtre déroutant. P. Pavis le qualifie de "dramaturgie dissolvante" : il n'y a plus d'intrigue ni de personnages caractérisés. Quant à F. Sarrazac, il parle "d'infradramarturgie", avec la disparition du dénouement, l'absence de véritable dialogue... Le texte théâtral lagarcien repose sur le principe de la réécriture, Vagues souvenirs de l'année de la peste étant une réécriture de L'année de la peste de Defoe et Les règles du savoir-vivre dans la société moderne pastiche le manuel des bonnes manières de la baronne de Staffe. Cette réécriture se joue au coeur de son oeuvre elle-même, puisque Histoire d'amour présente des composantes présentes dans Derniers remords avant l'oubli...

"Rien jamais ne se dit facilement" (Juste la fin du monde) : Mais ce qui fait l'originalité du théâtre de Lagarce, c'est son écriture de la répétition, les répliques avançant en spirale, grâce à des autocorrections, à des cristallisations autour d'un mot... L'un des principaux thèmes de Lagarce est l'impossible communication des êtres. Bien qu'influencé par l'absurde d'un Ionesco ou d'un Beckett, la tragédie des personnages lagarciens ne se fait pas par une remise en cause du langage mais par une mise en scène de la parole impuissante. Pour éviter le conflit et pour contourner la difficulté de dire, une dame prend la parole et énonce toutes les règles de politesse dans toutes les situations de la vie dans Les règles du savoir-vivre dans la société moderne. L'élaboration de ce catalogue raisonné des règles de politesse - et non de vaisseaux - sert de ressort comique et d'humour souvent noir ou décalé : "Si l'enfant naît mort, est né mort, il faut quand même, tout de même, déclarer sa naissance, déclarer sa naissance et déclarer sa mort et un médecin devra attester que la mort a précédé la naissance"(premiers mots de la pièce).

"le complexe de Shéhérazade" (Florence Léca) : Dans Vagues souvenirs de l'année de la peste, on assiste à une suite de monologues formant des fragments de récits - l'épicisation du texte théâtral selon la formule de Bretch - donnant différents points de vue sur la fuite de Londres sur laquelle s'est abattue la peste. Evidemment, cette situation morbide et dramatique engendre des conflits, des haines, l'égoïsme... Chaque dialogue est séparée par le symbole suivant (...) exprimant une impossible harmonie entre la parole des personnages, chacun d'entre eux étant enfermé dans leur propre logos. Mais la mort que les personnages fuient, qu'ils cachent par leur logorrhée, ne fait que retarder une mort imminente : les personnages retournent à Londres où se déclenchent le "Grand Incendie". Le personnage lagarcien engage une lutte contre la parole mais aussi contre la mort. Ce théâtre atypique peut paraître au premier abord difficile d'accès, voire déplaisant, ressemblant à un théâtre du quotidien, mais progressivement, on se laisse prendre à sa poésie, à son lyrisme, à sa prose spiralée.

"- L'homme ( Daniel Defoe ?) : De nous, il ne reste pas grand chose... presque rien, quelques mots... des fragments... et puis aussi les objets auxquels nous tenions tant, et la vie encore... A la fin de cette année-là... nous devions déjà être au beau milieu du mois de novembre... l'automne... il pleuvait, la pluie, le vent... A la fin de cette année-là qui... comme chacun sait... qui avait été, par-dessus tout... terrible... " terrible entre toutes... nous pouvions entendre, au hasard des rencontres... des marchands ou vagabonds nous rapportaient ces nouvelles... nous pouvions entendre que dans la ville de Londres, la peste avait achevé son oeuvre... Nous commencions à oser nous réjouir de cela et personne ne s'inquiétait encore... plus qu'il n'est nécessaire en pareil cas... de savoir si l'épidémie cessait le plus naturellement du monde, par la lassitude de la mort... ou par manque de victime... faute de combattant se livrant à elle... (...) ( premières lignes de Vagues souvenirs de l'année de la peste).

Pour en savoir plus sur l'auteur : le site qui est lui dédié ici.

Lagarce, Vagues souvenirs de l'année de la peste, Les intempestifs.

Lagarce, Les règles du savoir-vivre dans la société moderne, Les intempestifs, 45 p.

Challenge en scène " catégorie Musset", organisé par Bladelor.

 

11 mai 2013

Nelli Palomaki : ISSN 2607-0006

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Les photographies de Palomaki irradient de beauté : n'est-ce pas que cette photographie représentant deux jeunes femmes, à l'ombre d'un arbre, rappelle vaguement Le printemps de Millais ? Et cette petite fille, ne rappelle-t-elle pas les portraits de Julia Magaret Cameron ? Ces portraits se situent dans une tradition comme nous l'expliquent l’introduction de l'album de l'exposition : elles s'inscrivent dans l'oeuvre iconique d' August Sander ( 1876-1964)* ou de Diane Arbus ( 1923-1971)**.

Cependant, N. Palomaki arrive artistement à donner une impression surannée à ses photos : ses modèles sont photographiés généralement dans des décors anciens, face à l'objectif, dans un cadre épuré. Le noir et blanc fige ses modèles tout en donnant une impression de sérénité à ces personnes qui semblent vivre hors du temps. Cette photographe de l'école d'Helsinki nous livrent des visions en noirs et blancs de jeunes gens, s'inspirant de mises en scène réelles, dans des intérieurs bourgeois, de photographies françaises du début du XXeme siècle.

Sa fascination pour le passage à l'adolescence (l'âge des modèles est précisé à côté des prénoms dans le titre) et pour l'aspect historique des portraits ( de nombreuses photographies ont été prises en Normandie, notamment dans la maison Victor Hugo à Villequier) transparaît dans ces admirables photographies. Bien sûr, ces photographies sont la trace d'un souvenir mais elles contiennent une dimension esthétisant le quotidien. Dans l'introduction, "le silence d'un portrait", Peter Michael Hornung évoque très justement, à propos des photographies de Nelli Palomaki : " C'est leur force, en tant que descriptions de l'humanité empruntant le langage que véhicule toute expression photographique naturelle remarquable".

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august_sanders       *Ausgust Sander

Vous pouvez aussi voir ces photographies au musée Victor Hugo à Villequier, le site ici.

9 mars 2013

Une place à prendre de J.K. Rowling : ISSN 2607-0006

 

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Après le retentissant succès des aventures du célèbre apprenti magicien, j'étais bien curieuse de connaître le nouveau roman de J. K. Rowling. Malheureusement, l'écoute de son dernier ouvrage a été long et pénible pour deux raisons. Si j'apprécie particulièrement d'écouter des histoires - ce format est indéniablement une réussite - , j'ai trouvé que la lecture de P. Résimont était parfois excessive dans sa volonté de lire de manière expressive : quelle besoin de parler comme un fausset pour essayer d'imiter la voix d'une femme ? Bref, quelques passages m'ont paru discordant...

En outre, après un début fracassant - la mort brutale de Marry Fairbrother - l"histoire se développe, autour de rivalités politiques, de conflits familiaux, amoureux..., comme une série télévisée, autour de quelques personnages censés représenter la société contemporaine, avec des pauvres, des nantis, des jeunes, des familles...On comprend rapidement l'enjeu du livre qui est de critiquer l'hypocrisie de la société... Mais que de redites ! Que de longueurs ! Et impossible de s'attacher à tous ces personnages caricaturaux... Mais ce qui m'a paru le plus déplaisant est le style ampoulé côtoyant des mots grossiers, bien que je puisse comprendre qu'une junkie ou des adolescents du XXIeme siècle ne puissent pas parler comme la marquise de Sévigné, si récurrents que ça en devient presque un tic, sans compter l'absence d'humour... Bref, la ville de Pagford n'a rien des charmants et humoristiques petits villages anglais, servant de théâtre à la satire de la société, dont regorge la littérature anglaise...

Une place à prendre, J.K. Rowling, 20h52. Lu aussi par Kalistina, L'irrégulière,....

Partenariat Audiolib, vous pouvez retrouver la fiche de cet audiolib  et écouter des extraits.

7 janvier 2013

Au mois de janvier... : ISSN 2607-0006

 image_10_001___Copie* Exposition l'impressionnisme et la mode. Figure suggérant une toilette féminine proposée par la maison C. Wilmann-Mulhouse, printemps 1881

Janvier est le mois des bonnes résolutions et des projets : je vais me passer de l'un et de l'autre. Il suffit que je prenne pour une résolution pour qu'elle soit oubliée ou pas tenue... Donc, je vais me contenter de mon petit bilan du mois et juste souligner mon engouement pour Nord et sud de Gaskell, que ce soit avec le roman ou la mini-série. Et j'ai commencé Les confessions de Mr Harrison...

Quelques belles lectures communes s'annoncent notamment chez Adalana : elle propose la lecture De Grandes espérances -  déjà lu par titine - de Middlemarch, Guerre et Paix et Quelle époque ! Quelques idées de films chez Aifelle ( Renoir), Love actually chez Lou, Ivory chez Niki, des bilans cinématographiques chez Céline, tops et flops du cinéma 2012 chez Dasola, Fleur, ... 

Je suis toujours étonnée de voir que le Vaudeville a autant de succès : Dasola est allée voir une pièce de Feydeau. Céline fait une listes des musiques de l'année, Séverine l'éloge d'un classique anglais, Adeline Mowbray d'Amelia Opie, (lu aussi par Keisha) en littérature jeunesse, Waterloo necropolis semble un livre très tentant - présenté par Shelbylee et Mrs figg - et Romanza revient en cette époque hivernale vers les contes de noël de Dickens, et vers l'indémodable (La mort dans les nuages) A. Christie. Méloe nous parle de la revue dossier des sciences et de l'homme néandertalien et voici un lien vers un documentaire Arte sur les baleiniers, bonne introduction historique pour lire Moby Dick...

Et voici quelques challenges pour finir : Lou propose de prolonger les lectures de V. Woolf, Eimelle poursuit le challenge théâtre de Bladelor et un défi spatial est proposé chez le Cabinet des curiosités... Et pour éviter que mon billet ressemble à une liste rabelaisienne, je me contente de vous signaler la sortie de Drood qui est venu rejoindre ma PAL, ainsi que Bienvenue au club de Coe grâce à Lou que je remercie et le roman Fenêtre panoramique de R. Yates et Novecento de Baricco grâce à Titine , que je remercie aussi pour le beau marque-page shakespearien et la carte postale tout droit venue du Musée d'Orsay. Merci à Dialogue pour La foire aux vanités et audiolib pour Une place à prendre ! Bonne année livresque à vous tous !

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5 décembre 2012

Au mois de décembre... ISSN 2607-0006

N'étant pas très présente sur le blog, ces temps-ci, je viens tout de même faire une petite pause romanesque. Je voulais aussi vous parler d'un film enchanteur : Amadeus Mozart de Milos Forman, qui est une adaptation d'une pièce de Pouchkine, intitulée Mozart et Salieri. Un vieux compositeur sur le déclin - Salieri - raconte avec passion son désarroi face au génie de Mozart : on assiste dans un tourbillon de rires, de musique classique et de facéties à la vie géniale de ce compositeur inégalable. Les interruptions de Salieri brise un peu le rythme du film, mais quel spectacle ! Mozart apparaît aussi bien en enfant prodigue, sous la coupe de son père, qu'en génial inventeur... Un biopic élogieux et émouvant, à voir absolument !

Amadeus Mozart, Milos Forman, 153 min, 1984.

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Voici le nouveau visage de l'héroïne d'Emilie Bronte : bientôt paraîtra sur nos écrans, Les Hauts de Hurlevent d'Arnold Andrea avec Kaya Scodelario et James owson, 2013, 2h. Titine nous parle du dernier Tim Burton, Frankenweenie.

Et voici, rapidement, à trait de plume, quelques brèves bloguesques : alors que le challenge Halloween 2012 est clôturé en beauté chez Lou, Noel s'annonce déjà avec Lou qui sème des cadeaux livresques ici et en liaison avec son challenge campus. Vous aimez Jane Austen et son roman Emma ? Shelbylee nous livre tout sur le livre et ses adaptations. Pour rester dans une note anglaise, Alicia nous parle de Meurtres au manoir de Willa Marsh que j'affectionne beaucoup. Un livre qui me fait envie est la foire aux vanités de Thakeray, lu par Romanza. Quant aux amoureuses de Shakespeare, vous pouvez vous inscrire pour une Lc chez claudia. La biographie de Shakespeare par Bryson est désormais chez Keisha, n'hésitez à le réclamer... Parmi les nouveautés, Chryssilda a aimé Une place à prendre de JK Rowling.

97827578310529782352873457FS9782070448845une_histoire_de_tout_ou_presque_bill_bryson9782253164524_T

Quelques livres sont venus rejoindre ma PAL monstrueuse : merci titine pour Mr Harrison de Gaskell ! J'ai acquis La trace du serpent de Braddon, Les contes de noël de Dickens et après avoir aimé Nos voisins d'en-dessous et Promenons-nous dans les bois de Bryson,j'ai acheté Une histoire de tout ou presque tout. Pour finir, je convoite furieusement Les revenants de Kasischke et Les mystères de Winterthurn de JOC... Bonne lecture à tous !

29 août 2012

Cinéma et littérature 3 : ISSN 2607-0006

 

Cette nouvelle version de Jane Eyre déconstruit la narration chronologique du roman de Charlotte Brontë en commençant par la fuite éperdue de Jane Eyre de Thornfield-Hall : qui fuit-elle ? Pourquoi ? Des flash-backs nous permettent de découvrir son enfance et sa relation ombrageuse avec Rochester. Ce film esthétique est plus solaire, plus lumineux, plus romantique - n'occultant pas complètement l'aspect gothique - que les versions précédentes. Les paysages arides et déserts, des personnages tourmentés et secrets sont sublimés par la caméra de Fukanaga grâce à des cadrage audacieux - même Rochester défiguré reste séduisant - qui arrive tout de même à être fidèle au roman. Ce film - bien qu'ayant quelques imperfections comme l'amour de Rochester qui arrive très brutalement - fait de Jane Eyre une de ces héroïnes qui continuera longtemps à hanter  notre imaginaire...

Jane Eyre de Fukunaga, avec Mia Wasikowska, Michael Fassbender, Jamie Bell, 2012, 120 min.

vu aussi par Lou, titine, Miss Popila,.Shelbylee...

Voici encore un film de la période britannique d'Hitchcock dynamique et léger. Cette comédie policière relate les tribulations d'un canadien - Richard Hannay - qui est entraîné malgré lui dans une histoire d'espionnage et de surcroît accusé de meurtre. La situation de départ n'est pas banale : lors d'une soirée dans un music-hall, Richard rencontre une Mme Smith qui prétend que des plans ont été volés. Il faut empêcher la fuite de ces documents à l'étranger en se rendant en Ecosse pour démasquer le chef de cette conspiration. On assiste donc à une joyeuse suite de scènes burlesques notamment lorsque Richard se réfugie chez un couple de paysans écossais : le mari pointilleux et bourru croit à une idylle entre sa femme et le fugitif alors qu'elle l'aide simplement à échapper à la police et à ses poursuivants... De la ferme, il atterrit dans une sauterie, puis dans une auberge où la tenancière se croit en plein vaudeville... Avec des scènes épurées et à un rythme trépidant, le Maître crée une course-poursuite pleine de rebondissements et de retournements de situation culminant dans une scène finale qui révèle bien des surprises, notamment un "MacGuffin".

Les 39 marches, Hitchcock, avec Robert Donat, Madeleine Caroll, 1935.

Adapté du roman les 39 marches de J. Buchan lu par Cryssilda et Titine. vu aussi par Miss Léo et Titine.

François Truffaut-1968-La mariée était en noir

Une jeune femme, Julie Kholer prépare minutieusement les meurtres d'hommes qui figurent sur son carnet. Le mobile est assez vite dévoilé ; ce sont les assassins involontaires du mari de Julie le jour de son mariage... Dans ce film, Truffaut déclare ouvertement être influencé par son maître qui est Hitchcock. Mais que de longueurs ! Quel manque de suspense ! L'hommage hitchcockien me semble totalement injustifié : point de tension, ni d'humour noir. La vengeance s'éternise et se mécanise, tous ces morts n'arrivent pas à attiser le moindre intérêt pour ce film mortellement ennuyeux.

La mariée était en noir, Truffaut, adapté de The bride wore black de William Irish, 1967, avec Jeanne Moreau, 1h 47.

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Dernier film de Truffaut, Vivement dimanche est un film policier loufoque : Vercel est accusé du meurtre de l'amant de sa femme, Massoulier. Evidemment, il clame son innocence et c'est sa secrétaire, Barbara qu'il vient de renvoyer qui va mener l'enquête. Truffaut joue avec les codes du roman noir avec brio en choisissant comme détective amateur, une femme et en réutilisant maints clichés du film noir : des portes secrètes camouflés dans une bibliothèque, un suspect qui fume deux cigarettes en même temps par nervosité, beaucoup de scènes nocturnes et pluvieuses... tout porte ce film vers la série B que Truffaut a intentionnellement imité en tournant très rapidement les scènes ce qui amène des incohérences assez drolatiques. A cela s'ajoute des clins d'oeil cinématographiques et littéraires  disséminés dans le film -   Barbara joue dans une pièce Le roi s'amuse et une séquence rappelle psychose ; quant à la fin elle semble faire référence à Fritz Lang... - pour faire de ce film une parodie de série B très réussie....

Vivement dimanche, Truffaut, adapté de The long saturday nigth de Charles Williams, avec Fanny Ardant, Jean-louis Trintignant, 1h 46, 1983

25 août 2012

Bouvard et Pécuchet de Flaubert : ISSN 2607-0006

 

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 "Le roman a plus de libertés" ( p. 218) : Avec Bouvard et Pécuchet, Flaubert entreprend une "débalzacionisation" du roman (Biasi). Selon l'auteur lui-même, en le comparant à Nana sorti depuis peu, le livre aura autant de volupté qu'un ouvrage de mathématiques. Bouvard et Pécuchet sont deux anti-Emile, qui après toute une vie de modestes copistes, décident de se retirer à Chavignolles pour y étudier sans maître et avec anarchie toutes les disciplines et toutes les sciences de leur temps en puisant les savoirs dans les livres...

"Une tour de Babel de la sciences " ( Maupassant)  : Après l'achat d'une ferme, nos "deux vieillards abécédaires" ( Thibaudet) s'improvisent agronomes, puis horticulteurs. Mais leur jardin devient un anti-jardin romantique " effrayant" où une pagode chinoise côtoie une cabane brûlée et un tombeau étrusque ayant l'apparence "d'une niche de chien" au milieu des épinards. Après cet échec, ils se consacrent à la chimie : "les bouteilles de chablis, coupées avec du moût, éclatèrent d'elles-mêmes. Alors ils ne doutèrent plus de la réussite" ! Ainsi voguant d'échecs en d'échecs, ils lisent des ouvrages sur la politique, la philosophie et l'éducation... constatant à chaque fois une inadéquation entre les livres et le monde. N'est-ce pas le syndrome du bovarysme ? Ils constatent que le fixisme de Cuvier s'oppose aux théories de Darwin, différentes des théories de Saint-Hilaire ou de Lamarck. En ce qui concerne les gouvernements qui croire ? Rousseau  ou Helvétius ? Faut-il être neptuniste ou plutoniste ? Renvoyant dos à dos tous les discours, les deux cloportes constatent le vacillement de toute vérité et de toutes connaissances.

" Une espèce d'encyclopédie de la bêtise humaine" (Flaubert, Correspondance): Nos deux cloportes s'approprient physiquement ces connaissances, l'un s'affublant d'une couverture et prenant des airs mystiques pour figurer un saint et l'autre se couvrant d'un casque pour figurer un chevalier lorsqu'ils s'improvisent historiens. Que font-ils pour s'approprier des connaissances archéologiques ? Ils créent un musée et entassent un Saint-Pierre, des tuiles rouges, des chaînes, plus proche d'une "quincaillerie" que de pièces authentiques. Ils échouent dans l'éducation de deux enfants qu'ils ont adoptés : les personnages sont-ils bêtes ? La bêtise est-elle dans les livres ? Est-ce un défaut de méthode ? Bien que l'ironie et le discours indirect libre empêchent toute certitude, on constate que ce sont moins Bouvard et Pécuchet les imbéciles que les Chavignollais qui les entourent ou leur manque d'esprit de synthèse. Ne dit-on pas au chapitre VIII qu'ils perçoivent la bêtise " des réclames de journaux", des bourgeois et des propos saisis au hasard et en sont affligés.

"Le comique d'idée" (Flaubert, Correspondance) : cet anti-roman sérielle n'est pas aussi ennuyeux que l'on pourrait l'imaginer même si certains passages sont fastidieux à lire de par leur érudition. L'ironie mordante et le comique sont omniprésents et apte à renverser les idées reçues. Bouvard et Pécuchet s’entraînent à la gymnastique. Voilà comment ils sont décrits : "La campagne étant plate on les apercevait de loin ; - et les villageois se demandaient quelles étaient ces deux choses extraordinaires, bondissant dans l'horizon". Et Pécuchet voit tout en noir car il a attrapé la jaunisse faute de pouvoir trouver une définition du beau... S'ajoutent à cela Le sottisier et le dictionnaire des idées reçues : une deuxième partie, inachevée, aurait été consacrée à la copie de citations par nos deux cloportes. Voici quelques perles :

- " Je comparerais volontiers le cultivateur au moment de la moisson à un général d'armée au moment de la bataille ( A. de Roville, La maison rustique).

- " De quel filtre les Parisiennes se servent-elle pour être toutes jolies au mois d'avril, même celles qui ne le sont pas ? Est-ce un don qu'elles tiennent du serpent qui les a tant aimées depuis le jardin d'Eden ? Amédée Achard, L'illustration.

- "c'est dommage que Molière ne sache pas écrire" ( Fénelon)

- "Cygne : chant du cygne parce qu'il ne chante pas. /  blanc comme un cygne, attendu qu'il y en a des noirs."

" L'ineptie est de vouloir conclure ( Flaubert) : Peut-on apprendre quelques choses dans les livres ? Selon Barthes, les savoirs dans les romans existent mais ils sont transmis d'une manière indirecte, " étoilés". L'écriture de Bouvard et Pécuchet avec la représentation de connaissances instables et des vérités inatteignables n'aboutit-elle pas à la construction d'un savoir, de facto une critique du figement des savoirs ? N'est-ce pas ce qui transparaît dans le passage suivant : "L'art, en de certaines occasions, ébranle les esprits médiocres; - et des mondes peuvent être révélés par des interprètes les plus lourds". (p. 211)

Flaubert, Bouvard et Pécuchet, Folio, 565 p.

Autre roman : Madame Bovary

Quelques ouvrages à consulter :

Tibaudet Albert, "Bouvard et Pécuchet", Gustave Flaubert, Gallimard, Paris, pp. 202-220 [en ligne]. URL : https://fr.wikisource.org/wiki/Gustave_Flaubert_%28Thibaudet%29/Bouvard_et_P%C3%A9cuchet

Les nouveaux chemins de la connaissance. 2011. "La bêtise2/5 :  Barthes, lecteur de Flaubert". Animé par Adèle Van Reeth. Diffusé le 30 octobre 2011.

Leçon littéraire sur Bouvard et Pécuchet de Gustave Flaubert, par Jean-Paul Santerre, 130 p.

Lecture commune avec Céline. Son billet ici.

8 mai 2012

Jeeves, occupez-vous de ça de P.G. Wodehouse : ISSN 2607-0006

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 Il faut absolument lire Wodehouse pour découvrir son ton délicieusement décalé et fantaisiste, et un personnage hors norme, pince sans rire comme Jeeves. Il n'est d'ailleurs pas toujours le héros des nouvelles de Wodehouse, qui accorde une large place à des "mollusques", des jeunes gens versatiles souvent sous la coupe d'un oncle à héritage. C'est le cas de "L'escapade de l'oncle Fred". Tout commence au Drones club, où Pongo arrive dans le désarroi : pourquoi est-il si hagard ? Tout simplement parce que son oncle Fred va débarquer à Londres et qu'il ne se passe pas une minute sans qu'il ne crée scandale et excentricité. La décision de l'oncle d'aller en banlieue lui permettra-t-il d'éviter le scandale ? Bien sûr que non ! il entre dans une maison d'un inconnue en faisant passer son neveu pour un toiletteur de perroquet... Les situations burlesques vont s'enchaîner jusqu'à une conclusion faussement métaphysique mais véritablement burlesque.

Quant à la nouvelle "Jeeves, occupez-vous de ça!", on voit l'impertutable Jeeves entrer au service de Bertram Wooster. Ce dernier doit épouser Lady Florence Worplesdon aussi autoritaire et aimable qu'un Cerbère. Bertram doit faire disparaître un manuscrit, les Mémoires de son oncle à héritage, contenant des révélations scabreuses sur le père de Lady Florence. Cette dernière exige la disparition de cet amas de scandales. Commence alors l'histoire de ce crime : en effet, là où Wodehouse excelle, c'est dans la démesure et le décalage de ton : le simple vol de manuscrit se mue en infâme crime dans la tête du pauvre Bertram. " Mais je me souviens parfaitement que le pauvre type passait la majeure partie de son temps précieux à se débarrasser du corps dans des mares, ou à l'enterrer et je ne sais quoi encore ; et tout ça pour le voir se dresser à nouveau devant lui. Ce fut environ une heure après avoir enfermé le paquet dans la commode que je me rendis compte que je me mis exactement dans le même pétrin". Il pense aussitôt à faire comme les soldats en temps de guerre qui mangent les messages : mais comment peut-il manger un Mémoire entier ? Sur un mode héroï-comique, nous suivons les rocambolesques aventures de Bertram, heureusement aidé de Jeeves... On peut difficilement ne pas tomber sous le charme de l'humour et de la légèreté wodehousienne...

 Wodehouse, Jeeves, occupez-vous de ça, Pocket bilingue, 143p.

23 juin 2014

Darwin de Jean-Noel Mouret/ L'autobiographie de Darwin : ISSN 2607-0006

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"Cave et aude" ( Prends garde et ose)* :

On se représente toujours Darwin, à la manière d'une image d'Epinal, comme un patriarche avec une vénérable barbe très victorienne, comme l'a immortalisé la statue du museum d'histoire naturelle, mais on ne soulignera jamais assez la portée subversive de ses écrits. Cette biographie chronologique présente la vie de ce naturaliste d'une manière sobre - et parfois avec des pointes d'humour - et très documentée : de longues lettres et des extraits de l'aubiographie de Darwin sont citées.

Pour commencer, il remonte dans la généalogie du célèbre auteur de L'origine des espèces, qui est très liée aux Wedgwood (les célèbres fabricants mondiaux de porcelaine). L'enfance est racontée à travers diverses anecdotes, qui évoque son quotidien, en soulignant notamment sa passion pour la chasse, pour les collections, les expériences chimiques qui le feront surnommer de "poco curante" par son maître. Mais c'est justement, cette manie de la collection  - notamment l'entomologie - et son attachement aux détails, qui vont lui permettre de bâtir l'une des théorie les plus subversives du siècle.

"E conchis Omnia" (Tout vient du coquillage)*

Alors qu'il hésite à devenir pasteur et qu'il mène une vie de dilettante, son voyage autour du monde à bord du Beagles va lui permettre d'observer la nature et de constater des phénomènes qui vont bouleverser le monde de la science : " la transmutation des espèces" qu'il a pu observer à partir des pinsons dont il relève 13 espèces distinctes, dans différentes îles des Galapagos. Comment une seule espèce a-t-elle pu se diversifier ? En outre, sur les côtes chiliennes, il est témoin d'un tremblement de terre qu'il décrit en ces termes, bien avant que ne soit formulée la techtonique des plaque : la terre "bouge sous nos pieds comme une croûte sur un fluide" ( p. 171). La publication de L'origine des espèces provoque un séisme : dans ce livre, jamais n'apparaît le nom de Dieu, ce qui déchaîne la colère des Catholiques. A cause de sa maladie et de son travail, Charles Darwin s'est toujours tenu loin de ces querelles et des darwinophobiques.

Les derniers chapitres m'ont semblé particulièrement intéressant. J-N Mouret relève l'habituelle formule érronée : "l'homme descend du singe", ce que n'a jamais formulé l'auteur et surtout il souligne les dérives d'un darwinisme mal compris. Certains font du " darwinisme social", c'est-à-dire qu'il applique la théorie de la sélection naturelle dans le domaine social amenant des idées d'eugénisme et des théories raciales ( p. 322, dans l'avant-dernier chapitre). Une autobiographie pasionnante et un personnage fascinant !

* Devise de Darwin

 

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Dans cette autobiographie qu'il a écrite à la fin de sa vie, qui a été largement reprise par J.N Mouret, l'auteur dresse surtout le portrait des personnalités qu'il a fréquentées, pensant que les gens fréquentés révèlent notre propre nature ( "noscitur socio"). On peut aussi voir un esprit méthodique, la méthode darwinienne : il insiste beaucoup sur le temps qu'il prend pour développer ses idées, " observer et recueillir des faits"... C'est aussi un portrait d'un naturaliste qui a tout consacré à "l'amour de la science". Sur le Beagles, il était surnommé le " philosophe" ( mais aussi "l'attrapeur de mouche" !), surnom très justement choisi lorsque l'on voit la devise des philosophe des Lumières.

Pour en savoir plus, sur Darwin, il existe aussi un très beau film Création d'Amiel et un documentaire intitulé Le Grand Voyage de Darwin, très bien réalisé par Hannes Schuler, Katharina von Flotow.

Mouret, Darwin, Folio biographie, 400 p.

Partenariat Folio.

Darwin, L'autobiographie, Points, 239 p.

Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo (mon bilan) et participation au mois anglais de Lou, Cryssilda, Titine.

17 juin 2014

La maison des miroirs de John Connoly : ISSN 2607-0006

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Surtout connu pour son livre des choses perdues, chroniqué par Karine ou par Cryssilda, J. Connolly a aussi créé un personnage de détective privé : il a écrit 5 nouvelles pour la BBC, lorsque celle-ci lui a proposé d'écrire des récits pour la radio, s'explique-t-il dans sa préface. L'une d'elle reprend un de ses personnages récurrents, le détective privé Charlie Paker. Il cherche à renouveller le genre policier en mêlant fantastique et enquête.

En effet, la maison des miroirs ressemble bien à un manoir hanté, non par des fantômes, mais par un tueur en série. John Grady est un voleur d'enfants et il les enferme dans une maison pleine de miroirs. Le narrateur-détective cherche à résoudre un cas délicat : le propriétaire de cette sinistre maison n'est autre qu'un parent d'une des victimes de John Graddy. Il a retrouvé une photo d'enfant à l'intérieur de cette maison fermée. L'enfant, est-il en danger ? Qui est cet étrange Collectionneur qui se promène comme une ombre sur les routes du Maine ?

Curieusement, ce polar fantastique s'inscrit aussi dans la lignée des romans policiers noirs, l'action s'ancrant dans le Maine. La violence, présente dans deux personnages typiques de mafioso et des règlements de compte, des ex-taulards font partie inhérente de cet univers du hard boiled. Autre curiosité, la nouvelle, qui par définition est brève, développe a contrario de nombreux personnages et on ne peut reprocher à l'auteur d'avoir juste esquissé ses personnages et son intrigue : la vie privée du détective est même évoquée avec force détails à plusieurs reprises.

Pourtant si le récit se lit très facilement et l'intrigue est bien ficelée, créant parfois un véritable malaise avec des allusions ésotériques qui restent bien sûr inexpliquées, elle ne donne pas forcément envie de se plonger dans le reste de l'oeuvre policière de cet auteur.

Connolly, La maison des miroirs, Pocket, 159 p.

Participation au mois anglais organisé par Lou, Cryssilda et Titine.

Participation aux mélanges des genres de Miss Léo ( mon bilan ici).

12 juin 2014

Comme il vous plaira de Shakespeare : ISSN 2607-0006

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Jamais pièce shakespearienne n'a paru aussi libre dans sa construction et dans ses thèmes. Dès la fin du premier acte, Célia, fille du tyran Frédéric, qui a usurpé le pouvoir au vieux duc déclare : " Marchons avec joie, non vers l'exil, mais vers la liberté". Où se trouve cet espace de liberté ? C'est dans la forêt des Ardennes que se sont réfugiés le duc exilé et sa cour. C'est le même chemin qu'empruntera Orlando, chassé par son frère, qui lui refuse argent et éducation, et par l'usurpateur. Là, au gré des rencontres, se forment des duos, des couples, devisant sur l'amour, la Fortune, la mélancolie, les apparences... L'indépendance est présente aussi dans le personnage de Rosalinde, fille du vieux duc, qui quitte la cour par amour pour Orlando. Elle semble diriger l'intrigue obligeant Orlando à jouer une comédie de l'amour.

Pas étonnant que les romantiques voyaient en Shakespeare un modèle de renouvellement des règles sclérosées des Classiques. Changeant sans cesse de lieux, de personnages et d'intrigues, cette pièce nous fait traverser différents genres : se terminant comme une comédie, elle est aussi une pastorale avec des bergers dissertant sur l'amour. Poèmes et chansons parsèment les scènes. Mais la gravité n'est pas absente dans certains actes avec le personnage du mélancolique Jacques, proche des bouffons de tragédie et des problèmes très réalistes, comme les enclosures évoquées par le paysan Corin ou le droit de primogéniture que subit Orlando.

Mais c'est bien la comédie qui finalement fait triompher la vérité : Rosalinde déguisée, en jeune homme, cherche à savoir si Orlando l'aime réellement, et c'est ce déguisement qui permettra un dénouement heureux. Pièce hautement baroque, le mouvement et la question des faux-semblants parcourent toute cette brève pièce, où la Fortune se joue des hommes. Qui est le protagonatiste principal ? Quels sont les thèmes importants ? " Comme il vous plaira" nous semble dire la pièce.

Participation au mois anglais organisé par titine, Lou, Cryssilda.

LC avec Claudia et Miriam. Billet de Praline

17 mai 2014

De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Beaugé : ISSN 2607-0006

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De la mode : Nous sommes obligés de nous vêtir - comme le rappelle le journaliste Marc Beaugé dans De l'art de mal s'habiller sans le savoir, car se balader nu en public reste " un plaisir coupable, passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende ( article 222-32 du code Pénal))". Cependant, l'auteur se demande s'il est bien raisonnable d'arborer une doudoune, de porter une cravate ultra-fine, de cumuler barbe, lunette, mèche.... question toute rhétorique ! Effectivement, porter une chemisette au travail  se révèlera peu esthétique au moment de faire une présentation power point. En revanche, elle sera tout appropriée à la plage... De même, rentrer son pantalon dans ses bottes - à moins d'être un pêcheur ou un cavalier - est une mode peu sensée car si les manequins rentrent leur pantalon dans leurs boots, c'est pour mieux mettre en valeur ces dernières. Des quiproquos regrettables amènent ainsi des modes peu esthétiques. A partir de chaque pièce de l'habillement féminin ou masculin se cache un héritage sociologique ou historique ou révèle une époque. Par exemple, le mot "dandy" est complètement gavauldé et M. Beaugé de rappeler que ce n'est pas seulement une mode vestimentaire " Le dandysme est davantage une manière d'être que de paraître". Ces articles analysent brièvement, avec drôlerie, les travers vestimentaires et l'historique de certains vêtements.

D'un extrait : "Est-ce bien raisonnable de  porter une cravate quand on est une fille ?

Puisque Honoré de Balzac a eu la gentillesse de nous avertir que "la cravate de l'homme de génie ne ressemble pas à celle du petit esprit" il aurait aussi pu nous prévenir que la cravate de la femme libre, indépendante et , accessoirement, fumeuse de pipe telle que George Sand, n'avait pas grand -chose à voir avec la cravate de la fille vaguement dans le coup, et très mollement punk-rockeuse, telle Avril Lavigne. Cela aurait permis d'éciter toute assimilation entre l'auteure de la mare au diable et celle de Skater Boy.

Car au début de l'histoire, la cravate était , chez la femme, une affaire politique. en délaissant corsets et crinolines pour s'pproprier l'accessoire masculin ultime, les féministes du XIXeme siècle, de Flora Tristan à George Sand, revendiquaient en effet le droit à mener une vie libre et active. A la même époque , la féministe américaine Amelia Bloomer formalisa, pour les femmes, une tenue d'action dite "rationnelle". Outre un pantalon large serré aux chevilles par des volants, celle-ci comprenait une cravate d'homme, symbole de l'émancipation, pas encore objet de mode"...

De l'art d'illustrer :

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 Quelques illustration de Bob London viennent agrémenter cette lecture plaisante. Cet illustrateur a publié ses dessins dans The New York Times et The guardian et il collabore aux chroniques hebdomadaires de Marc Beaugé dans le magazine le Monde.

Beaugé Marc, De l'art de mal s'habiller sans le savoir, Points, 167 p.

Billet de Keisha

1 mai 2014

Au mois de avril 2014... ISSN 2607-0006

18_lautrec_0Au petit palais s'expose actuellement "Paris 1900, la ville spectacle", une exposition bien tentante. Voici une autre exposition à voir, celle de "Caillebotte à Yerre, au temps de l'impressionnisme" dont parle Titine.

Au rayon polar, Keisha fait éloge de Ed McBrain, Le 87eme district. La mort s'habille en crinoline de Jean-christophe Duchon-Doris a beaucoup plu à Fanny et titine. Pour changer des polars nordiques ( Aproposdeslivres présente la muraille invisible de Mankel) et des whodunits anglais, Sharon présente un policier belge : La mort à marée basse de Pieter Aspe. Quant à Persephone, elle a été déçue par Intrigue à Giverny de Goetz. Pour ceux qui ont aimé le premier Dan Waddell, le deuxième opus Depuis le temps de vos pères est chroniqué chez titine , Lou et Soie.

Au rayon biographie et autographie, Un été avec Montaigne d'A. Compagnon est évoqué chez Keisha et Shelbylee dit ce qu'elle pense de la biographie de Shakespeare de P. Ackroyd. Malice nous parle de William blake de C. Jordis. Mrs Figgs s'est penchée sur la vie de Henry James ( L'auteur, l'auteur de Lodge) et La Lyre sur la vie de Janet Frame ( Faces in the water, J. Frame)

Au rayon livre historique, Lili nous conseille dans le grand cercle du monde, de J. Boyden. Luocine a peu apprécié Expo 85 de J. Coe. En revanche, Fleur nous conseille La petite communiste qui ne souriait jamais de Lafon qui décrit la Roumanie des années 80. Et pour augmenter vos hautes PAL, je signale le billet Mrs figgs sur Les infortunes de Katty Grey, de Hooper et le billet de Keisha,  Isabel Dalhousie de McCall smith.

PRISONERS - Bande Annonce

Prisoners : Deux fillettes sont enlevées. Cela pourrait donner lieu à une très classique intrigue mais dans le thriller de Denis Villeneuve, Le suspense ne cesse de croître. Le dénouement est retardé par des événements contingents : découverte d'un cadavre dans une cave, une ancienne affaire d'enlèvement... Hasards ? In fine, on découvre une intrigue machiavéliquement construite, rendue encore plus énigmatique par des ellipses. Le doute persiste jusqu'au bout avec une fin pas aussi heureuse qu'elle n'y paraît. Pluie, obscurité, noirceur des âmes, des acteurs impressionnants par leur réalisme, deux enquêtes parallèles, celle du père Keller et celle du policier Locky, permettent à cette enquête d'échapper à quelques poncifs et d'être terriblement efficace.

Prisoners, réalisé par Denis Villeneuve, 2h33, 2013, avec Hugh Jackman, Jack Gillenhaal

Great-Expectations-Poster

Dans mes derniers achats se trouvent De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Beaugé, Sodome et Gomorrhe de Proust, car j'ai enfin décidé de lire toute la Recherche , Chronique d'un crime de Connely, Shakespeare notre contemporain de Jay Kott, Amerigo de Sweig, La marche de Radetzky de Joseph Roth, Les mémoires d'Hadrien  et L'oeuvre au noir de Yourcenar. Et même si je l'ai déjà vu, j'ai acheté De grandes espérances réalisé par Bryan Kirck où Gillian Anderson, après avoir brillé dans The house of mirth, dégage une aura fascinante dans cette adaptation de Dickens. Bonne semaine et bonnes lectures !

23 avril 2014

La déchéance de Mrs Robinson/ L'affaire de road hill House de Summerscale : ISSN 2607-0006

9782264048950

En quoi consiste l'affaire de Road Hill  House ? Comment s'est constituée la police métropolitaine de Londres ? Qui était le modèle de l'inspecteur Cuff dans Pierre de Lune de W. Collins ? Quelles étaient les sources d'inspiration de Dickens dans Bleak House ? Vous apprendrez tout cela et même plus dans le très documenté essai de Summerscale : en 1860, un jeune garçon, Saville Kent, est tué dans une maison, de la moyenne bourgeoisie anglaise, soigneusement fermée de l'intérieur. Le coupable ne peut être qu'une personne de la famille. Est-ce que ce sont les enfants du premier lit ? Serait-ce un ancien employé mécontent ? Ce crime sordide provoque un immense intérêt et un retentissant scandale dans toute l'Angleterre : pour la première fois, des inspecteurs de police vont pénétrer dans un foyer anglais, lieu inviolable jusqu'à lors. Pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le coupable ?

Dépositions de justice, bulletins de presse, archives policières permettent à l'auteur de reconstituer l'enquête policière mais aussi les moeurs de l'époque. Innombrables sont les informations livrées sur les différentes classes sociales de l'époque, salaires, métiers... Malgré des digressions qui brouillent singulièrement l'enquête, de remarquables parallèles avec les grands romans de l'époque agrémentent cette lecture. D'ailleurs, l'auteur n'hésite pas dans un chapitre intitulé " Les femmes ! Tenez vos langues !" à parodier les procès de l'époque : elle reprend un motif littéraire à sensation. A travers le destin de Whicher, policier chargé de l'enquête, d'autres enquêtes sont évoquées comme l'affaire Tichborne. Bien plus qu'un sordide fait divers, Summerscale relate - parfois trop minutieusement - dans ce reportage historique, tout un pan de la société vitorienne.

Summerscale, L'affaire de Road Hill House, 10/08, 523 p. Billet de Titine, Claudia, La bibliothèque d'Allie, Alice, Miss Léo, adalana.dasola,..

9782264062543

Quelles sont les moeurs de l'Angleterre victorienne ? quelle est le statut de la femme ? Si les romans de l'époque en donnent une vision très juste, dans La déchéance de Mrs Robinson, journal intime d'une dame de l'époque victorienne, Summerscale s'approche davantage de la vie d'une femme dans l'Angleterre du XIXeme siècle en nous plongeant au coeur de l'étourdissant et vrai journal de Mrs Robinson : mal mariée, à un mari cupide, celle-ci aspire à une riche vie intellectuelle et à une certaine indépendance. Cette femme insatisfaite ne vous rappelle-t-elle pas une des héroïnes du XIXeme siècle ? Dans Madame Bovary, Flaubert écrit " sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son coeur" ( p. 68). Côtoyant des personnages célèbres comme George Combe, elle est séduite par le Dr Lane. Conséquemment, on découvre peu à peu l'adultère de cette femme malheureuse. Mais lorsque son mari trouve forfuitement le journal, il la traine en justice alors que lui-même a une maîtresse. Que disent les manuels de conduite tels que The Wives of England (1843) écrit par S. Slickey Ellis ? " C'est sans contexte un droit inaliénable pour tous les hommes, malades ou bien portants, riche ou pauvres, raisonnables ou insensés, que de se voir traiter chez eux avec égards et déférence".

Comme dans L'affaire Road Hill house, K. Summerscale ne se contente pas de témoigner de la vie de cette femme à travers des bribes de journal, elle décrit tout l'appareil juridique de l'époque et les nouvelles lois sur le divorce, les avancées des recherches scientifiques de l'époque ( phrénologie, hydrothérapie, les théories de Darwin), la sexualité des femmes, avec toujours autant de détails : aussi peut-on lire avec stupéfaction " à midi, les juges vont se restaurer - d'ordinaire une côtelette accompagnée d'un verre de xérès - puis regagnent le prétoire pour toute la durée de l'après-midi" ( p. 204) ! De même, des références littéraires, tels que La dame en blanc de Collins complètent ce vaste tableau des moeurs qui abordent tour à tour des thèmes aussi variés que l'utilisation du journal par les femmes, la sexualité, la religion, la folie et l'enfermement abusif pour faire revivre sous nos yeux la société victorienne engoncée dans ses préjugés.

On attend maintenant la traduction de son premier livre, la biographie The Queen of Whale Cay ou un autre témoignage de l'époque victorienne qu'elle décrit avec un indéniable talent.

Summerscale, La déchéance de Mrs Robinson, 10/18, 291 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo. ( catégorie témoignage/ mon bilan).

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