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21 janvier 2011

Les vestiges du jour d'Ishiguro : ISSN 2607-0006

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Né en 1954, Ishiguro est un romancier britannique, d'origine japonaise. C'est en se posant la question, "si j'avais vécu pendant la période des guerres mondiales, qu'aurai-je fait ? comment aurai-je réagi ?", qu'il écrit Les vestiges du jour*.Son interrogation s'incarne dans la personne de Mr Stevens.

Véritable "butler" anglais au service d'une maison distinguée, Mr Stevens sert avec loyauté et dignité, pendant de longues années, Lord Darlington.  En 1959, à la mort de celui-ci, il reste dans la vieille demeure, rachetée par un riche américain. Lorsqu'un majordome prend la parole, c'est pour nous narrer ses journées de travail, ses problèmes de personnel... Justement, un manque d'employés ainsi qu'une lettre d'une ancienne intendante, Miss Kenton, qui semble vouloir revenir à Darlington Hall, incite le majordome Stevens à entreprendre un petit périple pour la rencontrer, dans le West Country. Progressivement, le déroulement de ces six jours de voyage, dévoile sous un récit empli de retenue, bien des drames personnels et historiques. Ses souvenirs ressurgissent peu à peu pour former une fresque des années 30, dans la haute société anglaise.

C'est avec beaucoup de distinction et d'élégance que Mr Stevens aborde les problèmes de sa profession : qu'est-ce qu'un grand majordome ? Pour lui, "les grands majordomes sont grands parce qu'ils ont la capacité d'habiter leur rôle professionnel" et "ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C'est, je l'ai dit, une question de dignité". Mais n'est-ce qu'une histoire de quotidien et de domestiques ? Aveuglé par son attachement aux convenances et aux valeurs qu'il s'impose, Mr Stevens n'a pas entièrement conscience des réalités politiques qui se trament chez Lord Darlington. Les vestiges du jour, alliant histoire individuelle et l'histoire après la Première Guerre Mondiale, est une large réflexion sur des problèmes moraux et historiques. A-t-il eu raison de renvoyer ces domestiques juives pour obéir avec loyauté aux ordres de son maître ? N'est-il pas passé à côté du bonheur en sacrifiant l'amour de Miss Kenton au profit de son professionnalisme ? Devait-il continuer à servir Lord Darlington malgré son rapprochement avec les chemises noires et ses rencontres officieuses avec les Allemands ?

L'écriture élégante, délicate, pleine de nuances de Ishiguro se déploie pour peindre des personnages qui sont loin d'être manichéens. Les subtilités de l'écriture transcrivent les méandres des réflexions de Mr Steven et de son évolution. Une impression de mélancolie se dégage de ce récit d'une sourde tristesse ; mais non désespéré. Le récit n'est d'ailleurs pas dénué d'humour, notamment par les réflexions sur le badinage ou par le décalage comique né du sérieux du personnage contrastant avec des situations cocasses. Les vestiges du jour est une réflexion profonde sur l'humanité et l'histoire dans une prose magnifique et raffinée...

Ishiguro, Les vestiges du jour, Folio, 338 p.
* making off, Les vestiges du jour, réalisé par James Ivory, avec Emma Thompson, Antony Hopkins, 2h08, 1993.

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15 octobre 2011

Les chroniques de Mudfog de Dickens : ISSN 2607-0006

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Les chroniques de Mudfog contiennent tout ce qu'on a appelé "the dickensian charm" même s'il est moins présent dans la première partie " la vie publique de Monsieur Tulrumble", très édifiante, sur l'ascension d'un humble charpentier devenu un odieux maire : l'Argent et le Pouvoir le corrompt et le transforme en infâme rigoriste.

Mais la suite des chroniques sont complètement délirantes bien que sous leur vernis de non-sense, percent parfois les réalités de l'époque comme la lecture de " quelques réflexions sur les puces laborieuses, et sur la nécessité de créer des maternelles parmi les classes industrieuses de la société ; de diriger leurs activités vers des fins utiles et pratiques et de consacrer l'excédent de leur production  à assurer une retraite confortable et respectables aux plus âgées d'entre elle". Et notre auteur de développer des paragraphes cocasses sur les "puces savantes", des duels de puces etc... Parfois incongrus, souvent absurdes, "Ces rapports complets des réunions de l'association de Mufog pour l'avancement de toute chose" suscitent un rire subversif et contestataire, tout en jouant du grotesque : les personnages sont tous des caricatures de scientifiques avinés, au nom éloquent.

Quelle maîtrise dans ces peintures caricaturales de scientifiques ! Ces chroniques écrites au début de la carrière et encore signé Boz ( biographie de Dickens sur le site Larousse) abordent aussi le théâtre dans des propos très shakespeariens - " La ressemblance étroite entre les clowns de cirque et ceux de la vie quotidienne sont frappantes" ( p. 127) - où la pantomime serait le vie, où tous les grands ressorts du romanesque dickensien sont portés en germe. On passe en compagnie de ce livre, un véritable moment d'humour britannique : " gaieté d'imagination et veine comique". Un récit allègre...

 Dickens, Les choniques de Mudfog, le Rocher, 153 p.

Autres oeuvres : Le grillon du foyer, L'homme hanté, Oliver Twist,

Challenge Dickens d'isil

Lu aussi par Lou, Mango,

16 mai 2011

Ni ni ou le danger des castilles, Carmouche, De Courcy et Dupeuty : ISSN 2607-0006

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" SCENE IV.

PARASOL.

Tiens, tu m'y fais penser... Conte-moi, cher amant,
Qui j'ai celui d'aimer?

N.I. NI, après avoir remonté la scène à grands pas.

Un vagabond... transfuge,

Que réclame, à grands cris, la maison de refuge.

Ecoute-moi, je viens pour partir... Il le faut...

( Fausse sortie.) Sept fois l'on m'a déjà condamné par défaut.

PARASOL.

Que me fait que de toi le sort se raille et rie,
Mon amour, N.i. Ni, rit de sa raillerie.

 

 

N.I. NI.

Je pars, dussé-je aller jusques au grand Mogol,
Sous les feux du soleil!...  ( Fausse sortie. )


Parasol , le retenant vivement.

Eh quoi! sans Parasol?

Je te suis."

Vous aurez reconnu sous les sobriquets de Parasol et de Ni ni, les deux héros du drame romantique de V. Hugo, même si dans la scène 2, c'est Hernani (et non Dona Sol) qui s'écrie : " qui raille après l'affront s'expose à faire rire" ! Comment ? Vous ne trouvez pas amusant ces calembours ? Il est vrai que les jeux mots sont faciles. D'ailleurs, le registre est bas et les jeux de mots paraissent triviaux. En outre, les personnages ne sont plus des fils de rois mais des vitriers, ou des boulangers...

Les trois auteurs s'en donnent à coeur joie pour se moquer de la pièce romantique de V. Hugo* (exposition virtuelle sur le site de la BNF) : ils en soulignent les invraisemblables, ici, le fait que la noble Dona Sol tombe amoureuse d'un proscrit, les incohérences parce dans la scène 2 de l'acte I, Hernani dans trois longues tirades se présente à Dona Sol comme si celle-ci l'aimait sans savoir qui il est. Ils se moquent aussi de l'alliance du lyrisme et du grotesque et des nombreux changements de décors. Mais derrière cette parodie se cachent des enjeux plus sérieux : le vieux Don Gomez ne s'appelle pas Dégommé pour rien : représentant des classiques, il est vraiment dégommé, c'est-à-dire obsolète, supplanté ! Sous les répliques se cachent aussi de véritables trouvailles comme l'entrée en scène du peuple dans le genre théâtral ou une réflexion sur le genre lui-même : Ni ni ou le danger des Castilles est aussi une subversion de la tragédie et une référence à l'actualité, à la célèbre "bataille d'Hernani". Une pièce très drôle à savourer où le roi d'Espagne don Carlos s'appelle Don Pathos !!! 

N,i, ni. ou le danger des Castilles, amphouri-romantique en cinq actes et en vers sublimes mêlés de prose ridicule, Carmouche, De Courcy, Dupeuty.

 Hugo, Hernani, GF.

 * Il existe aussi 3 autres parodies, dont Harnali ou la contrainte par le cor de Lauzanne, in Spécial Victor Hugo, Paris, L'avant-scène théâtre, 1985, 106 p.

 

19 avril 2011

Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose de Cathy Bernheim : ISSN 2607-0006

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 "Le pouvoir de l'idée suggérée" : Hypnos est le dieu du sommeil, fils de la nuit qui procure aux hommes le repos et les rêves aimables. Mais grâce à quelques éminents scientifiques, on se demande si cet endormissement provoqué qu'est l'hypnose peut avoir des valeurs curatives : Cathy Bernheim, arrière petite-nièce d'Hippolyte, nous retrace son portrait en commençant par son enfance à Strasbourg qui est très traditionnelle. Ce qui l'est moins, ce sont les connaissances qu'il a apportées dans les domaines des sciences à une époque où elles évoluent de manière spectaculaires.

Après le Second Empire, en pleine vogue ésotérique avec Mesmer et le magnétisme animal, on voit comment la médecine pas si éloignée de celle d'un Dafoirus de comédie, devient une science exacte. "La médecine n'est pas un art, mais une science". Et c'est la marche de la science exacte, que devient le milieu médical, que nous décrit avec une plume agréable C. Bernheim, en s'appuyant sur des lettres de scientifiques et sur des rapports de la commission de l'Académie royale de Médecine.

C'est grâce à des visites chez A. Thiebault, pionnier du genre, que H. Bernheim va utiliser la thérapeutique hypnotique. Il a écrit de nombreuses analyses comme Hypnotisme, suggestion, psychothérapie (1891). Il évoque différents cas pour montrer la véracité de ses théories qui ouvrent les portes de la psychotérapie en montrant le lien entre physique et psychisme :"Incarner l'idée de sensation réelle". Les anecdotes sur l'affaire de la malle sanglante, l'exemple d'Anna Von Lieben (patiente de Freud), ou l'affaire Chambige montrent l'importance de l'hypnose et les illustrations concrètes comme dans Cinq leçons de psychanlyse permettent de mieux appréhender le travail de H. Bernheim.

Le contexte est longuement développé dans une prose simple et agréable à lire, sans jargon. Elle dresse une large peinture de la société pour mieux souligner la difficulté d'imposer des idées innovantes, tout en relatant parallèlement la querelle de l'hystérie qui a opposé Charcot et Bernheim. sans faire un portrait dithyrambique, C. Bernheim, par cette première biographie consacrée à H. Bernheim, lui redonne une place dans l'histoire des sciences aux côtés de Charcot et de Freud. Une biographie éclairante aussi bien sur une époque que sur l'homme....

 Berheim Cathy, Hippolyte Bernheim, un destin sous hypnose, JBZ et cie, 240 p.

 Merci BOB pour ce partenariat ainsi qu'aux éditions JBZ et cie.

16 avril 2011

Le miroir et Kerfol et autres histoires de fantômes d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

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Surnommée "l'ange de la dévastation", Edith Wharton (biographie Alalettre.com) est hantée par un sentiment d'obscurité qu'elle explique par une anecdote, racontée dans un fragment autobiographique inédit. A l'âge de neuf ans, elle attrapa la fièvre typhoïde et resta allitée pendant des semaines, entre la vie et la mort. Elle séjournait alors dans la Forêt noire. La lecture de contes de voleurs et de fantômes provoquèrent une rechute sur la convalescente impressionnable. Si la vie amoureuse malheureuse d'Edith Wharton transparaît dans le destin de ses héroïnes, ses nouvelles fantastiques distillent une angoisse qui prend ses racines dans son enfance. Cette sombre menace apparaît dans le recueil Kerfol et autres histoires de fantômes, qui comprend certaines nouvelles publiées dans Le triomphe de la nuit*.

" L'ensorcelé" : "Quelque chose ne tourne pas rond chez nous. Voilà tout. [...] On a jeté un sort sur Mr Rewtledge", déclare sa femme. En effet, son mari Saul avoue rencontrer le fantôme d'une femme qu'il a aimée dans sa jeunesse avant de rencontrer Prudence mais morte subitement, Venny Brand. Sa femme déclare avoir vu le fantôme devant le diacre et Sylvester Brand, père de jeunes filles. Le père décide de venir au prochain rendez-vous entre Saul et sa fille morte... "l'âme de qui pèche périra", "tu ne laisseras point vivre une sorcière", (la bible) : ces phrases sont gravées dans la maison des Rewtledge indiquant par là le puritanisme régnant, laissant affleurer  l'influence d'un romancier comme Hawthorne. L'énigme qui plane sur cette récit n'est pas entièrement levée, l'angoisse n'est pas non plus vraiment présente, mais dans cette nouvelle domine plutôt l'intérêt des convenances et de la morale, auréolés d'une aura mystérieuse...

 "Après coup" : Mrs Atlee est une vieille dame ennuyant sa nièce jusqu'au jour où elle évoque le fait qu'elle a fait du tort à Mrs Clingsland, une riche connaissance. Celle-ci, vieillissante, demande à Mrs Atlee, spirite à l'occasion, de lui donner des messages d'un amant qui est mort lors du naufrage du Titanic.  Commence une relation épistolaire avec cet amant... Mêlant histoire de revenants et angoisse du temps qui passe, E. Wharton arrive à allier la catastrophe du Titanic et une histoire de spiritisme, pour méditer sur l'amour d'une manière singulière.

Assez inégal, " la baie des trépassée" étant une nouvelle n'ayant comme intérêt que l'atmosphère, diverses influences se croisent dans ce recueil que ce soit l'influence gothique des soeurs Brontë ou celle fantastique de James. Avec James, Wilde, Wharton, naît le "gothique des affaires" où l'incertitude est suscitée par un monde se modernisant.

Wharton, Kerfol et autres histoires de fantômes, Livre de poche, 251 p.

Wharton, Le miroir, Folio 2 euros.

Autres romans : Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu, Chez les heureux du monde, Les boucanières

challenge Edith Wharton organisée par Titine, site plaisir à cultiver.

Challenge de la nouvelle chez Sabbio ! (Novelliste en herbe)

* "Kerfol", "Les yeux" ...

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29 janvier 2011

La vérité sur Gustavo Roderer de Guillermo Martinez : ISSN 2607-0006

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Romancier et mathématicien argentin, l'oeuvre de Guillermo Martinez est influencée par son amour des mathématiques, bien qu'il n'y ait rien de réellement scientifique. Restant dans la sphère des idées et dans le récit elliptique, l'auteur retrace le destin parallèle de deux personnages à l'intelligence bien opposée : le narrateur fait des études de mathématiques, tandis que l'autre, Gustavo cherche une philosophie révolutionnaire : Quelles "régions interdites depuis toujours à la pensée humaine" a-t-il découvertes ?

Mais quelle est le sens véritable de cette histoire ? Les références aux différentes philosophies et aux mathématiques rendent confuses l'intrigue. Cette histoire métaphysique est-elle une mystification ? Voici l'extrait d'une lettre de Gustavo : " Mais j'acquis au cours de ces années une méthode, une faculté surhumaine, de discerner un nouvel entendement ouvrant les portes d'un autre ciel, un ciel encore vide qui attend les hommes; [...] Ce qui me reste à faire, l'ultime problème représente sans doute le plus ardu. rendre intelligible pour la vieille raison humaine, cette nouvelle science". Folie ou génie ? Réalité ou désir chimérique ? Les théories philosophiques sont si étranges et si mystérieuses, qu'elles en deviennent quasi incompréhensibles. Au-delà de la trajectoire du héros, cette fable sur le génie, présentée comme une maladie de corps et d'esprit, reste brumeuse et laisse le lecteur en marge de l'histoire. 

Martinez, La vérité sur Gustavo Roderer ,122 p.
Partenariat BOB et merci aux éditions.

Lu aussi par Ys. Edit du 6/02 : billet de Cécile.

28 février 2011

jeu concours Maigret

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 JEU-CONCOURS MAIGRET

livre_poche_logoEn partenariat avec le livre de poche, je vous propose de gagner 3 livres de Simenon, en répondant aux questions suivantes :

 

1) Où est né Simenon ? Liège

2) Quel est le premier métier de Simenon ? Journaliste

3 ) Dans quel pays, l'auteur passa-t-il dix ans de sa vie de 1945 à 1955 ? Etats-Unis

4) Dans quel roman Maigret apparaît-il pour la première fois ? Train de nuit

Un tirage au sort désignera les 3 gagnants. Vous avez jusqu'au 8 mars pour répondre aux questions.

Laissez vos réponses dans "contact" et bonne chance à tous !

FINALEMENT GRACE A LA GENEROSITE DE LIVRE DE POCHE, 5 LIVRES SONT OFFERTS.
LES GAGNANTES SONT : TITINE, BENEDICTE, LILIBOOK

CALYPSO ET OCEANE.

veuillez m'envoyer vos adresses par le biais de contact.

Merci d'avoir participé à ce jeu. Et merci à livre de poche !

18 décembre 2010

Le mystère de Fernwood de Mary Elizabeth Braddon : ISSN 2607-0006

 

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L'oeuvre de Mary Elizabeth Braddon s'inscrit dans la lignée des romans anglais à énigme, mystérieux, du XIXeme siècle. Le mystère de Fernwood et la vengeance de Samuel Logwood présente une atmosphère et une intrigue similaires aux romans de l'époque, ceux de Wilkie Collins ou de Le Fanu.
Le mystère de Fernwood

Fernwood est un château qui renferme un secret que va découvrir Isabel, à son insu. Invitée par son futur mari Laurence Wendale et sa belle-famille, elle découvre une propriété envahie par la poussière et la tristesse : « il semblait que le château, les parcs et le châtelain lui-même fussent tombés en décadence ensemble ». A cette tristesse inquiétante, s'ajoute la froideur de la lettre de sa belle-mère :  « C'était la première et vague indication de ce terrible écueil contre lequel devait se briser mon existence, le premier anneau de la chaîne de ce grand mystère, dans lequel tant de destinées étaient enveloppés". Etrangement, un parent pauvre est caché dans la maison et même Laurence Wendale ignore sa véritable identité. Mais qui est ce Mr Thomas que tout le monde s'obstine à cacher ? Pourquoi est-il si précieux aux yeux de sa famille ?

La vengeance de Samuel Logwood :
Christophe Welson, jeune homme de bonne famille, bel homme, est accueilli chaleureusement chez l'armateur Tyndale et Tyndale. A ses côtés, Samuel Logwood, un pauvre commis n'ayant pas une aussi heureuse naissance que lui, orphelin et pauvre, le jalouse férocement, surtout lorsqu'il découvre que Christophe fait la cours à Lucy, leur jolie mais désargentée voisine. Mais un jour, il découvre que ce dernier a fait un faux pour payer une note de tailleur. Samuel décide de racheter ce faux, étouffe l'affaire et attend de sortir cette preuve de la malhonnêteté de Christophe au moment opportun... Il demande Lucy en mariage, tout en sachant que celle-ci aime encore Christophe, qui est parti à Londres, devenu un important personnage. Arrivera-t-il à mettre en place sa terrible vengeance ?
Dans ces deux intrigues, on reconnaît très vite des topos de romans gothiques : fantômes, secrets honteux, meurtres, jalousie, jeune fille naïve et manoirs délabrés. Proche d'intrigues comme L'abîme de Dickens et Wilkie Collins pour la vengeance de Samuel Logwood ou de Secret de famille de Louisa May Alcott, les histoire restent surprenantes par leur véritable noirceur sous des dehors anodins : pas de fins heureuses pour nos héros. Racontés à la première personne, la narration met l'accent sur les sentiments des personnages principaux que ce soit le désespoir d'Isabel ou la joie malsaine de Samuel, trompés par les apparences, ce qui permet un retournement de situation final. Ce n'est pas le mystère qui est l'atout de ces nouvelles, bien que les intrigues soient efficaces, mais bien l'analyse des profondeurs de l'âme humaine. Deux nouvelles d'influence gothique, qui méritent d'être recouvertes...

Braddon, Le mystère de Fernwood, suivi de La vengeance de Samuel Logwood, Labyrinthe, 87 p.

Autre roman : Aurora Floyd, Le secret de la ferme grise
L'avis de Cécile ici.

Lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou.

11 novembre 2010

CHALLENGE SHAKESPEARE : ISSN 2607-0006

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(Ophélie de Millais)

CHALLENGE SHAKESPEARE

J'ai demandé à Claudia de se joindre à moi pour organiser le challenge sur Shakespeare dont j'ai eu l'idée avec Céline, cette dernière manquant de temps pour s'en occuper. C'est avec  grand plaisir qu'elle a accepté. Shakespeare est pour elle un des plus grands dramaturges de tous les temps, un de ces écrivains universels, toujours étonnamment modernes, qui ont peint la nature humaine sous toutes ces faces et ont utilisé pour le faire tous les genres, du rire à la tragédie.

Amoureux de la langue anglaise, amoureux du théâtre élisabéthain, amoureux de la démesure et du rêve, inscrivez-vous au challenge Shakespeare.

PIECES ET BIOGRAPHIES :

Pour faire plaisir aux inconditionnelles shakespeariennes, on vous propose différents niveaux de lecture : J love Shakespeare :

Un peu : 1 pièce + 1 adaptation ciné ou théâtre + une biographie ciné ou théâtre.

Beaucoup : 2 pièces + 2 adaptations ciné ou théâtre + une biographie.

Passionnément : plus de 3 pièces + 3 adaptations + une biographie.

A la folie : Oui ! Soyons fous ! Tout Shakespeare sans aucune restriction. Vos coups de coeur !

Pas du tout : avez vu une adaptation que vous n'aimez pas au cinéma et au théâtre ? Vos coups de rage !

CITATIONS :

Nous pensons aussi que ces lectures sont l'occasion de constituer
un recueil de citations de Shakespeare. Aussi nous vous proposons de publier en même temps que vos billets (ou indépendamment) une ou plusieurs citations de la pièce lue ou vue en notant bien l'acte et la scène d'où elle est tirée.

Comédie, tragédie ou pièce historique, lisez Shakespeare...

Vous pouvez vous inscrire et envoyer vos liens vers vos billets sur les deux blogs :
Maggie Mille et un classiques et Claudialucia ma Librairie

Nous pouvons héberger des billets de personnes n'ayant pas de blog mais qui désirent écrire sur Shakespeare

Voici une petite bibliographie...

-   Les comédies : Comme il vous plaira, La nuit des rois, Les marchands de Venise, Peines d'amour perdues, La mégère apprivoisée, beaucoup de bruit pour rien, Le songe d'une nuit d'été...

- Les tragédies : Roméo et Juliette, Le roi Lear, Macbeth, Hamlet, Othello, Titus Andronicus, Jules César, Antoine et Cléopâtre...

- Les pièces historiques : Richard III, Richard II, Henri IV, Henri V, Henri IV, Le roi Jean, Edouard III...

..
.Et une petite filmographie (les plus connus)...

- Macbeth, Orson Welles (1948)

-Le château de l'araignée
Akira Kurosawa  (transposition de Macbeth) (1957)

- The tragedy of Macbeth,  Roman Polanski (1971)

- the tragedy off Othello, Orson Welles (1952)

- Roméo et Juliette de F. Zeffireli

- Roméo + Juliette de Baz Luhrmann (1996)

- West side story  de Robert Wise (transposition de Roméo et Juliette) (1961)

- Hamlet, film de K. Brannagh (1996)

- King Lear, de Peter Brook (1971)

- Ran de Akira Kurosawa (transposition du Roi Lear) (1985)

- Prospero's book, Peter Greenaway (1991)

La Mégère apprivoisée F. Zeffireli (1967)

- Edit du 4/11 : nous rajoutons La tempête qui sort en décembre 2010

etc....

Biographies

La plus célèbre, le livre Peter Ackroyd, biographie de Shakespeare

Le film le plus célèbre  : Shakespeare in love  Joseph Fiennes

Pensez à poster vos liens dans les commentaires, pour que nous puissions actualiser les liens, accompagnés du logo fabriqué par Céline ! Merci Céline pour l'idée du challenge et pour le logo et merci Claudia pour l'écriture du billet...

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Les participantes :

- Céline, claudia, EllcrysEiluned , Hathaway , Lael , LewerentzLou, Océane , Pimrose, Sabio, Titine , Théoma, Mango, L'irrégulière.

5 septembre 2010

Fahrenheit 451 de Bradbury : ISSN 2607-0006

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Les liens entre les mondes fictionnels et réels sont toujours présents ; même les utopies, en s'attachant à décrire une société imaginaire, servent à critiquer de manière indirecte, le monde contemporain des auteurs. Ecrit dans les années maccarthystes, pour en critiquer les dérives fascisantes, Bradbury dénonce avec ce roman d'anticipation la censure qui frappe les livres et les intellectuels. Roman d'anticipation ? Pourtant certaines phrases pourrait encore s'appliquer à notre société.

451° Fahrenheit est la température à laquelle un livre s'enflamme. Dans ce monde futuriste, les pompiers n'éteignent pas les feux mais les allument, autodafé qui permettent de brûler les livres, jugés dangereux pour le bonheur de l'homme, car la fiction est mensonge et contradictoire. Pourtant, Montag, fervent pompier et destructeur de livres, va à la faveur d'une rencontre prendre conscience de l'horreur de ses actes. Guy Montag remet en cause son idéologie le jour où il rencontre une jeune fille, qui apprécie les conversations, la réflexion et l'échange avec l'autre. A quoi servent les livres ? Pourquoi certaines personnes sont prêtes à mourir pour les défendre ?

Dans ce monde, les objets sont plus vivants que les humains souvent métaphorisés en statues : la chaleur est associée aux livres tandis que le froid qualifie le foyer de Montag, lieu complètement déshumanisé. Les images envahissent les murs, rendant les êtres solitaires et leur vie vaine. Montag et sa femme vivent dans un tourbillon de paroles et d'images vidées de sens. Pompier, Guy Montag doute, réfléchit, s'humanise et prend conscience de la valeur des livres.

En 1953, ce roman d'anticipation a pris une valeur séditieuse : c'était un livre engagé.  Finalement, on se dit que ce monde terrifiant et totalitaire n'est pas le nôtre, car on ne brûle pas de livres et pourtant à bien y regarder, Fahrenheit 451 semble très proche de notre réalité : l'image a remplacé le livre et il n'est nullement besoin de les brûler. Le peu d'intérêt qu'on porte à la littérature et le fait de moins lire amène la mort du livre aussi sûrement que les flammes d'un autodafé. Cependant, ce livre de Bradbury ( biographie de Larousse) porte une note d'espoir à la fin... Fahrenheit 451 contient une réflexion sur la fonction des oeuvres littéraires, question brûlante d'actualité, à travers une écriture très imagée et symbolique. Un classique à lire ou à relire !

Bradbury, Fahrenheit 451, Folio SF,212 p.

1 mars 2011

Oeil du serpent d'Oates : ISSN 2607-0006

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 Même en s'éloignant de récits de faits divers comme En eaux troubles ou des descriptions des milieux sociaux comme dans Délicieuses pourritures, on retrouve une atmosphère malsaine, que maîtrise parfaitement J. C. Oates, qui explore les pans inavouables de la psyché des hommes, dans son thriller psychologique Oeil de serpent. "Lee Roy Sears est-il, oui ou non, un meurtrier ?", demanda Geena O'Meara, femme de l'avocat Michael qui doit défendre ce dernier surnommé "Oeil de serpent". Ancien combattant du Vietnam, cet homme indigent et de surcroit aux origines indiennes pourra-il s'en sortir ? Michael, homme intègre et militant contre la peine de mort, réussit à faire commuer la peine de mort de Lee Roy en condamnation à vie. Sept ans plus tard, grâce à sa bonne conduite et à son travail d'art-thérapie, Lee Roy est libéré et va travailler dans le Connecticut, là où habite la famille O'Meara. Là Michael vit paisiblement avec sa femme et ses jumeaux. Mais le rêve américain qu'ils incarnent va être troublée par Lee Roy.

Dans ce roman policier, comme dans tous ses romans, J. C. Oates regarde l'envers du rêve américain. Michael représente justement l'américain type qui a réussi sa "vie très américaine et sans histoire" (p. 22), malgré un sentiment de culpabilité qui le ronge. L'auteur décrit longuement ce modèle familial, peut-être un peu trop longuement, mais n'est-ce pas pour mettre en valeur la descente vertigineuse et soudaine vers une réalité cauchemardesque ?

Michael, travaillant comme avocat pour la firme Pearce, une industrie pharmaceutique, est confronté à de nombreux cas juridiques liés à des maladies psychologiques et aux réactions aux médicaments : Les problèmes psychologiques, l'inconscient ainsi que la place des fantasmes dans chaque individu permettent à l'auteur de développer tous les aspects sombres et obsessionnels de l'homme. D'ailleurs le lecteur ayant accès aux pensées de Lee Roy pressent et redoute de terribles événements. Ce roman policier atypique, sans enquête traditionnelle mais montrant plutôt la naissance d'un monstre, est efficace et est agréable à lire, même si  des longueurs et une deuxième intrigue sur la gémellité semble interférer inutilement avec l'intrigue principale.

Oates, Oeil du serpent, Archi poche, 369 p.

Merci à BOB et à Archi poche pour ce partenariat.

5 février 2011

Le tour d'écrou d'Henry James : ISSN 2607-0006

 

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 Le tour d'écrou est certainement le chef d'oeuvre de la littérature fantastique. Commençant comme un récit traditionnel, une histoire racontée autour d'un feu, le thème de la nouvelle l'est beaucoup moins. Annoncé comme un récit "épouvantablement épouvantable", l'histoire de la gouvernante commence pourtant comme un conte de fée. Par amour pour son employeur, une jeune fille accepte de travailler dans d'étranges conditions : elle doit élever deux enfants mais sans jamais faire part de ses problèmes à l'oncle des deux enfants.  Le lecteur ne sait que par bribes les histoires antérieures de ces deux enfants que la gouvernante accepte de prendre en charge : morts des parents, le départ de plusieurs gouvernantes... Assez vite la jeune gouvernante, sensible et impressionnable, va avoir des hallucinations.

Les deux enfants, Flora et Miles sont-ils mauvais ? Hallucinations ou réalité ?  Et tout au long du récit, irréel et réel, beauté et épouvante se côtoient jusqu'à l'acmé finale. Jamais l'art de l'implicite et de la litote de James (biographie Larousse) n'ont été aussi présents que dans cette nouvelle envahie par "l'inquiétante étrangeté".

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Si le téléfilm de Fywell  est impeccable au niveau de la réalisation et de l'atmosphère, l'écriture fantastique est occultée par un parti pris du réalisateur : la narratrice, la jeune gouvernante est dans un asile. Il semblerait d'emblée qu'elle soit folle. Son éducation, sa jeunesse expliquent ses hallucinations : une tendance nettement psychanalytique a été faite de l'oeuvre jamesienne. Le réalisateur joue nettement aussi sur l'opposition entre le bien et le mal. L'innocence et la beauté incarnées par les enfants contrastent avec la noirceur des adultes et des scènes d'orage et d'apparitions... faisant apparaître un thème fantastique absent de l'oeuvre de James : "j'ai vu le diable", dira la narratrice. Un beau film d'époque mais très éloigné de l'univers de James.

 James, Le tour d'écrou, Livre de poche, 159 p.

Autre oeuvre : Daisy Miller

Adaptation en téléfilm de Tom Fywell, 2009, 90 min.

Challenge Henry James de Cléanthe.

5 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

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"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

18 décembre 2011

La malle en cuir ou la société idéale de Stevenson : ISSN 2607-0006

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Certains manuscrits connaissent une vie très romanesque : c'est le cas de La malle en cuir, manuscrit inachevé de Stevenson et livre de "bohème". Premier roman de Stevenson, à l'état de manuscrit, Michel Le Bris en retrouve la trace à  New York, après avoir arpenté les salles de ventes de manuscrits, et les collections privées. Il met plus de 16 ans à éditer ce roman, ayant d'autres publications en cours... Une très longue préface permet de suivre ce jeu de piste et comprendre l'amour de M. Le Bris pour Stevenson qui décide d'écrire aussi une suite...

Alternant belles descriptions et dialogues, Stevenson nous narre l'épopée comique de plusieurs jeunes étudiants voulant fonder une société idéale. Sous le galimatias des paroles de nos jeunes idéalistes percent une condamnation  de la société, que ce soit la famille ou les institutions. Proche d'une nouvelle comme Le club des suicides pour la description d'une vie de bohème, ce roman inachevé n'étant pas retravaillé porte de nombreuses faiblesses, moins comique et plus décousu que nombre de ses romans suivants. si les premières pages de ce roman sont pénibles à lire - l'emphase semble volontaire et devient involontairement ridicule - à cause de dialogues maladroits, on finit progressivement par se demander quel est le contenu de cette malle de cuir que ne révélera pas Stevenson mais un autre auteur et à s'intéresser au sort de ces jeunes utopistes...

Si M. Le Bris a continué avec brio le roman, doublant le nombre de page de l'histoire, on ne peut s'empêcher de penser à un certain opportuniste : certes il respecte le ton de l'histoire et sa grande connaissance de l'auteur et de sa correspondance lui ont permis de rester fidèle au projet de l'auteur, mais était-ce utile ? Cet hommage ne détourne-t-il pas l'oeuvre et la volonté de Stevenson ? Pour ceux qui aiment Stevenson, on apprécie certains traits de l'écriture de l'auteur que l'on retrouve avec plaisir et une certaine propension à une imagination littéraire - allusion aux Treize de Bazac, aux Mille et une nuits - tout en étant déçu par l'inachèvement de l'histoire...

MERCI à dialogues et à Caroline pour ce partenariat.

Autres romans : Le club des suicides; L'île au trésor,

15 décembre 2011

Entourloupe tout azimut de Ian Flemming : ISSN 2607-0006

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Des héros anglais, celui qui est extrêmement populaire est l'espion de sa majesté, James bond ! La série des 007, nous le montre en personnage assez macho, séducteur et imbu de lui-même et tout en action... Et c'est ce que confirmera les premières lignes de cet opus où on voit Bond en petit fonctionnaire, racontant sa routine, amateur de belles voitures, pensant à ses conquêtes... Il côtoie les plus importants personnages de l'état qui lui donne une mission très spéciale : à savoir si Drax, héros anglais du jour car il a décidé de construire une fusée atomique appelée le vise-lune empêchant l'Angleterre d'être attaquée par ses pays voisins, triche aux cartes et pourquoi ? Ce millionnaire qui a survécu à une explosion pendant la Seconde Guerre Mondiale a une identité incertaine : défiguré et ayant perdu la mémoire, il est devenu un des piliers de l'industrie britannique... Après l'assassinat d'un agent de Scotland Yard infiltré dans les usines de Drax, Bond reprend du service...

La psychologie a très peu de place dans ce livre, étant davantage un roman d'espionnage où la politique internationale est évidemment plus importante même si cette dimension est très simplifiée. En revanche, les descriptions concernant, le vise-lune, l'arme fabriquée par Drax est décrite de manière très technique. Pour couronner le tout, Entourloupe tout azimut, portant le bien meilleur titre de Moonraker en anglais est bien maladroitement écrit. Les dix premiers chapitres concernent des parties de bridge pour démasquer Drax : Ian Flemming n'a pas peur d'être ennuyeux en décrivant chaque carte tenue dans les mains et pour qui ne connait pas ce jeu, c'est assez fastidieux à lire... en outre, on peut relever des répliques incongrues comme Bond disant : " assez de plaisanterie, espèce de grand cinglé plein de poils "

Mais c'est aussi un opus léger qui laisse une large place à beaucoup d'actions rondement menées : James Bond devra se battre avec un allemand peu commode, puis est enlevé et ficelé ainsi que l'agent féminin qui l'aide, Gala, ensuite réussit à soulever des pierres après un éboulement qui a failli l'étouffer et enfin traverse des tiges d'acier pour empêcher une bombe nucléaire de détruire l'Angleterre ! Pas moins que ça ! Le roman se lit facilement et fait penser à un roman de gare, peut-être parce que ce type de héros est daté, trop monolithique...

Flemming, Entourloupe tout azimut, Livre de poche, 256 p.

Participation au challenge du mois anglais de Lou, chryssilda et Titine.

25 décembre 2011

Cartes sur table d'Agatha Christie : ISSN 2607-0006

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Il n'y a que dans l'imaginaire britannique et plus particulièrement dans celui d'Agatha Christie que pouvait naître un personnage tel que Shaitana et une intrigue étrange, reposant entièrement sur la psychologie des personnages, comme celle de Cartes sur Table. En effet, cet excentrique sadique et diabolique décide de rassembler des meurtriers potentiels  - un médecin, une jeune femme voleuse Miss Dawes et sa mère Mrs Loreemer, sorte de veuve noire, et l'aventurier écrivain le major Despars - qui surtout auraient échappé à la justice : Shaitana sous-entend qu'un accident est tellement vite arrivé ! Poirot ainsi que trois autres spécialistes du crimes sont présents à cette soirée où un terrible drame va se dérouler : Shaitana mourra mais quelle est la main qui l'a frappé ? Le médecin Roberts qui aurait tué une maîtresse encombrante ? Miss Dawes dont la patronne est morte après avoir avalé un poison malencontreusement ?...

Voici un opus tout à fait surprenant où le meurtre est quasi provoqué pour tester les chères cellules grises du célèbre et vaniteux Hercule Poirot. Mais un autre personnage fait contrepoint à la rigueur et la logique de  Poirot : Mrs Olivers, personnage récurent des romans d'Agatha Christie, aussi amusante que farfelue : voici ce qu'elle imagine pour résoudre l'énigme : " Une idée ? J'ai des tas d'idées. c'est justement mon problème. Je n'ai jamais été capable d'imaginer un scénario à la fois. Il m'en vient toujours quatre ou cinq, et c'est un drame à avoir à choisir entre eux. J'ai six explications merveilleuses du meurtre. L'ennui, c'est que je n'ai aucun moyen de savoir laquelle est la bonne. Primo, Mr Shaitana était peut-être un usurier. il avait un côté très onctueux. il tenait Roberts dans ses griffes et celui-ci l'a tué parce qu'il ne pouvait pas le rembourser. Ou alors, shaitana avait ruiné sa soeur ou sa fille. Ou encore Roberts était bigame, et Shaitana le savait. Il n'est également pas exclu que Roberts ait épousé la petite cousine de Shaitana et que, grâce à elle, elle devait hériter de toute sa fortune. Ou bien...". Son imagination fertile n'est pas sans rappeler celle de sa créatrice. Il est assez évident qu'il y a une mise en abîme de l'écriture des romans policiers parallèlement à l'enquête menée.

A travers cette intrigue alambiquée, elle n'oublie jamais de mentionner au passage le racisme ambiant, les préjugés sociaux et la misogynie des hommes de son époque.  Mais la solution est souvent contraire au apparence... Dans une courte préface l'auteur pose la question suivante : "Pour ajouter un dernier argument en faveur de cette histoire, je préciserai qu'elle fait partie des affaires préférées d'Hercule Poirot. Et pourtant lorsqu'il l'a racontée à son ami le capitaine Hastings, celui-ci l'a trouvée extrêmement ennuyeuse. Je me demande bien avec lequel des deux mes lecteurs tomberont d'accord ?" Je fais partie des lecteurs qui, comme Poirot, ont trouvé cette intrigue tout à fait intéressante et atypique et l'adaptation par la série Granada est toujours aussi parfaitement soignée. On passe un moment très plaisant en compagnie de notre célèbre détective aussi bien en être de papier qu'incarné par David Suchet.

 Cartes sur tables, Sarah Harding, série TV granada, avec David Suchet 2005

Christie, Cartes sur table, Livre de poche, p. 221.

LC pour le challenge le mois anglais organisé par Lou, chryssilda et Titine.

8 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

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"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant. Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309.

Sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

3 janvier 2011

Composition française de Mona Ozouf : ISSN 2607-0006

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A quoi fait référence ce titre de composition française ? A la dissertation scolaire, puisque l'auteur revient sur son enfance, mais une enfance où elle a dû composer avec de nombreuses influences. A partir de son enfance à Plouha, au côté d'une grande-mère qui parle breton et d'un père mort jeune mais militant pour la cause bretonne, l'historienne Mona Ozouf s'interroge sur l'interaction entre l'héritage politique, culturel et familial dans la formation d'une identité individuelle.
Refusant le diktat de l'absence de l'historien dans un essai historique, l'auteur revient sur son enfance bretonne pour illustrer son propos : d'une famille bretonnante, elle a été imprégnée de la culture celtique à travers les livres de Chateaubriand, Savignon, Renan, pour ensuite découvrir la laïcité et l'uniformisation imposées par une école laïque. Pourquoi la République impose-telle une langue commune ? Les langues régionales ont-elles un effet néfaste par rapport à l'idée de laïcité ? Peut-on rejeter les héritages familiaux, régionaux ?

Si l'auteur rejette les niaiseries bretonnes, elle affirme que les différentes déterminations peuvent cohabiter ensemble : " Trois pèlerinages, donc, qui résumaient assez bien les trois lots de croyances avec lesquelles il me fallait vivre : la foi chrétienne de nos ancêtres, la foi bretonne de la maison, la foi de l'école dans la raison républicaine. A elle trois, ces croyances composaient ce que j'appellerai volontiers ma tradition". (p. 152).

A l'histoire familiale bretonne, suit une analyse de l'histoire des évolutions des particularités régionales, remontant jusqu'à la Révolution Française. La pluralité des langues et des coutumes menace-t-elle l'unité nationale ? Selon l'auteur," Les Français peinent toujours à reconnaitre la tension entre l'universel et le particulier, présente pourtant dès l'origine au coeur du républicanisme". (p. 220). Elargissant le débat autour des autres "communautarismes", comme la parité homme/femme dans le domaine politique, le port du foulard... A toutes ces questions complexes, Mona Ozouf refuse l'antagonisme ou une vision binaire pour conclure sur l'affirmation suivante : " notre vie est tissée d'appartenances". Original par sa forme, entre essai historique et récit autobiographique, cet essai, posant le problème de la tension entre particularismes régionaux et universel, est toujours d'actualité.

Ozouf, Composition française, Retour sur une enfance bretonne, Folio, 270 p.
Merci Bob et folio pour ce partenariat

voici l'avis de Lilly.

3 novembre 2011

Challenge Shakespeare : un an déjà ! : ISSN 2607-0006

 

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Voici un nouveau bilan du challenge Shakespeare organisé par Claudia et moi. Mais un an c'est bien court pour se pencher sur l'oeuvre du grand dramaturge alors nous prolongeons d'une année supplémentaire les lectures shakespeariennes. Bonne lecture !

La participation s'ouvre sur cinq billets qui présentent des généralités sur Shakespeare :

-Dominique qui n'est pas inscrite au challenge a eu la gentillesse de nous permettre de citer son billet sur une biographie du dramaturge :Biographie de Wiliam Shakespeare de Bil Bryson, 

Flora :  spot the quote (or crypto-quote): la richesse de la langue shakespearienne

 Wens :  Woody Allen : Shakespeare, Dieu et moi :Qui est Shakespeare?

Maggie : Shakespeare in love.

Audouchoc : Biographie de Bil Bryson.

Claudialucia :Le théâtre du Globe

Quand les écrivains parlent de Shakespeare

Claudialucia :Michel Quint : Les Joyeuses

Claudialucia : Gérard Donovan dans Julius Winsome

Wens : Extrait de Bill James :Skakespeare et le polar 

ANTOINE ET CLEOPATRE

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Irrégulière  : Antoine et Cléopâtre

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN

 

Lewerentz : beaucoup de bruit pour rien (le film de Kenneth Branagh), Titine

HAMLET

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claudialucia: Rimbaud : Ophélie , Hamlet : en guise d’introduction(1), Ophélie (2), Hamlet aime-t-il Ophélie?(3)

Wens : Hamlet de Zefirelli

Theoma :   Hamlet

Miriam : Hamlet de Laurence Olivier (1948)

Droopyvert : Hamlet

Maggie : to be or not to be (Lubitch)

Wens : to be or not to be (Lubitch)

LA MEGERE APRIVOISEE

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 Oh Océane: La mégère apprivoisée

Wens : La mégère Apprivoisée (Zeffirelli)

Maggie : La mégère Apprivoisée

claudia: La mégère apprivoisée (la pièce/ zeffirelli)

LA NUIT DES ROIS

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Maggie : La nuit des rois

Wens : La nuit des rois

Claudia : La nuit des rois

LE SONGE D'UNE NUIT d'ETE

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droopyvert : Le songe d'une nuit d'été.

- Maggie : adaptation d'Hoffman.

LA TEMPETE

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Miriam : Lire-la-tempête-shakespeare-folio-trad-yves-bonnefoy/, Prélude pour la Tempête de Shakespeare Honnegger, prospero-ill-to-my-book/, Une Tempête de Aimé Césaire, La tempête : prosperos-books-greenaway-les-grimoires-du-magicien, La Tempête : john-gielgud-le-visage-de-prospero/

Claudialucia : La tempête : citations

LE MARCHAND DE VENISE

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Miriam : Le marchand-de-venise-film-de-Michael-Radford, Al Pacino : un shylock poignant

Claudialucia : Le marchand de Venise (1), Le marchand de Venise et l'antisémitisme (2), Le marchand de venise : Thèmes et citations (3)

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MACBETH


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Hathaway: Macbeth

Irrégulière : Macbeth 

Céline :Macbeth

Claudialucia  : Mise en scène de Macbeth :  Le film D'Orson Welles /  Mises en scène de Macbeth : Le Centaure/ Macbeth africain

Maggie :Macbeth

OTHELLO

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 Audouchoc : Othello.

Eiluned : Othello, Le maure de Venise

RICHARD III

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Célinecommente Richard III.

Miriam : Richard III : une mise en scène contemporaine / Richard III : retour au texte / Richard III : looking-for-Richard Al Pacino

LE ROI LEAR

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ROMEO ET JULIETTE

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Ellcrys: Roméo et Juliette

L'Irrégulière Roméo et Juliette 

Flora dans Ma Librairie : Jouer Juliet and Romeo à 76 et 66 ans

Miriam : Romeo kiffe Juliette et Juliette kiffe Roméo / Roméo et Juliette au théâtre des Quartiers d’Ivry

Eiluned : Romeo et juliette

Océane : Roméo et Juliette

SONNET

Claudialucia : Un sonnet de Shakespeare : L'immortalité littéraire

Dominique : Taduire la poésie. Les sonnets.

TITUS ANDRONICUS

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Maggie : Titus Andronicus

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30 octobre 2011

L'histoire d'un mort racontée par lui-même de Dumas : ISSN 2607-0006

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Dumas (biographie sur le site Larousse) est plus connu pour ses fameux mousquetaires ou La reine Margot que ses histoires fantastiques.  Ces nouvelles -" Histoire d'un mort racontée par lui-même", "Les bonnets de coton", "Les mille et Un Fantômes", "Les mariages du pères Olifus", "La Quarantième Ours", "Une légende de la forteresse de Saint-Petersbourg", "Les étoiles commis-voyageurs"," Désir et Possession" - frappent par leurs diversités narratives, tantôt se rapprochant de l’apologue pour "les étoiles commis voyageurs" tantôt se rapprochant de la nouvelle policière pour "Les mille et Un fantômes"... et par leur diversité de styles.

On retrouve un peu du Dumas feuilletoniste qui use d'habileté et de suspense et d'une écriture hyperbolique. Dumas ne fait pas dans la dentelle. Même dans leur dépouillement, ces nouvelles recherchent l'insolite et la surprise : meurtre, folie, une tête coupée qui parle, un descendant de Cagliostro, un collectionneur de corbeaux qu'il cloue vivants... La première nouvelle bien qu'avec une fin décevante n'est pas dénuée d'humour. Satan dit à un mort qu'il vient de résusciter : " essuie-toi le visage, tu as un ver sur la joue", il semble se moquer dans ce conte, des éléments traditionnels du fantastique avec le pacte faustien, le mort-vivant...

Ces nouvelles fantastiques, proche de l'esthétique d'un Hoffmann, se colorent toutefois de manière surprenante d'un certain engagement, la lutte contre la peine de mort, Dumas lui-même mis scène disant : "J'écoutais avidement ; cette question de la peine de mort appliquée soit par la corde, soit par le fer, soit par le poison, m'ayant toujours singulièrement préoccupé comme question d'humanité". Quant "aux étoiles commis-voyageurs", envoyées par Jupiter, elles apportent vertus et bontés aux hommes. Mais la société que dépeint L'auteur du comte de Monte-Cristo est celle de son temps et apparaît peu reluisante. Dans "Une légende de la forteresse de Saint-Pétersbourg", on retrouve un peu l’ambiance des grands romans historiques de Dumas avec leur part de suspense, mais sans le souffle qui les caractérise... Cependant, tous ces courts récits présentent divers aspects très prenants et surprenants, et méritent d'être redécouverts.

 Dumas, L'histoire d'un mort raconté par lui-même, Points, 263 p.

billet ici de Niki

Challenge Halloween, de Lou et Hilde.

Challenge Dumas, d'Ankya.

Challenge de la nouvelle de Sabbio.

18 janvier 2012

Dracula de Bram Stoker : ISSN 2607-0006

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 Tout le monde connaît le célèbre Dracula, mais il faut tout de même lire ou relire le mythique roman de Bram Stoker. Bien que Jonathan Hacker s'exclame, "Je voudrais n'être jamais venu", lorsqu'il est prisonnier au coeur de la Transylvanie dans un château peuplé de goules et d'un comte sans reflet, le roman n'est pas effrayant. Bram Stoker impose originellement les jalons de tout l'imaginaire populaire du vampire effrayé par des hosties, vaincu par  un pieu planté dans le coeur, tombant en poussière à sa mort, ne supportant pas l'odeur de l'ail, se transformant en chauve-souris géante... Le foisonnement d'intrigues et de formes, nous tient éveillé tout au long de ce récit plein de rebondissements : journal de Mina Hacker, extraits de journaux, lettres et télégrammes, rapport du docteur Seward, memorandum de Van Elsing... Ce roman exploite divers genres tout en adoptant différents styles : Mina décrit les paysages, ses sentiments tandis que Seward écrit dans un style télégraphique et sec des comptes-rendus de ses journées dans l'asile.

Dans cette atmosphère de légende romantique - cimetière, tempête destructrice, superstitions, maisons abandonnées et poussiéreuses, château sombre - on suit divers personnages, Arthur Holmwood, ami de Quincey P. Morris et le docteur Seward qui observe un aliéné Rendfield qui se nourrit de mouches. Et puis il y a aussi Lucy, première victime de Dracula, et le fameux Van Elsing qui apporte une dimension scientifique à cette horrifique et surnaturelle présence vampirique. Si toute la partie du roman avant la mort de Lucy se lit d'une traite, car le mystère ne cesse de s'opacifier, la fin du roman s'essouffle un peu, les mêmes événements étant parfois racontés par divers protagonistes. Il est à noter que le charme de ce roman, qui narre la lutte du bien contre le mal, vient de ce que l'auteur n'oublie jamais d'être victorien jusqu'au bout des ongles, personne n'oubliant jamais de prendre son thé même dans les pires moments, tout le monde vivant dans le respect des bienséances - et contre la barbarie et la sensualité de Dracula - et le mépris des classes populaires.

Stocker, Dracula, Pocket, 567 p.

12 août 2010

Le cadavre du métropolitain de Lee Jackson : ISSN 2607-0006

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Lee Jackson nous plonge dans le Londres victorien de la fin du XIXeme siècle : l'ère victorienne a de beaux jours devant elle et sert de cadre à cette première enquête de l'inspecteur Decimus Webb. On quitte les quartiers huppés des enquêtes d'Anne Perry, pour être jeté dans la corruption et les moeurs dissolues de Clark Market et dans  l'effervescence de la révolution industrielle. Le métropolitain vient de faire son apparition et c'est dans un de ses wagons de deuxième classe qu'une jeune fille est retrouvée morte. Un témoin, Henry Cotton, s'est enfui en laissant tomber un carnet. Parallèlement à ce meurtre, on découvre la vie sordide des femmes repenties du foyer de Miss Philomena Sparrow.... Heureusement, l'impassible inspecteur Webb veille sur les Londoniens...

L'auteur nous promène agréablement entre les flaques de boues, les quartiers mal famés, pluvieux, venteux, qui dissimulent derrière son brouillard de sordides personnages,- car que serait Londres sans son fog ? - et nous décrit la faune de Londres : bonimenteurs, crieurs de journaux, femmes aux vies dissolues...  Lecteurs, vous froncez les sourcils, car où tout ceci va-t-il nous mener ? Il y a une enquête n'est-ce pas à mener et un assassin à découvrir. Cependant les courts chapitres fragmentent trop l'histoire qui se met très lentement en place, multipliant les parcours de différents personnages. Dommage aussi, le personnage de l'enquêteur est assez peu présent, et ne présente aucune caractéristique originale. L'écriture est aussi très banale, quoique sous des allures de récit du quotidien des personnages, la trame peut paraître assez romanesque... Cependant l'auteur s'entend à créer un suspense qui va crescendo et vers une fin insoupçonnable et pas des plus gaies. Le personnage le plus intéressant serait ce Henry Cotton, sorte de journaliste assez dickensien dans son projet d'écrire sur les bas-fonds de Londres car finalement l'intérêt de ce roman policier réside dans cette description du Londres des années 1850.

 Jackson, Le cadavre du metropolitain, 10/18 grand détective, 286 p.

L'avis de Lou et celui de Lilly...

19 octobre 2011

Sweeney Todd de J.M. Rymer : ISSN 2607-0006

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Vous connaissez sans doute l'abominable barbier de Fleet grâce à l'adaptation de Tim Burton - le fameux barbier étant interprété par J. Deep - , qui avait été antérieurement mis en images par G. King, puis la BBC et musicalisé par S. Sondheim, montrant par-là la popularité de cette horrifique histoire. Mais revenons aux sources de Sweeney Todd, prototype du roman feuilleton, qui pose d'emblée bien des mystères : existait-il un être tel que l'abject Sweeney Todd ? La préface de 1850 affirme que oui. Qui a écrit ce roman populaire ? Longtemps attribué à T.P. Priest, célèbre feuilletonniste britannique, ce récit serait en fait l'oeuvre de J.M Rymer bien qu'il ne soit pas exclu qu'il fût écrit à plusieurs mains.

Ces quelques jalons posés, de quoi parle Sweeney Todd ? Obéissant à la règle des "trois multiplicités", c'est-à-dire profusion d'intrigues, multiplication de lieux et diversité de temps, on nous raconte l'histoire d'une jeune fille ingénue, Johanna, qui doit épouser un jeune homme vertueux mais pauvre, Mark Ingestrie, lequel décide de partir chercher fortune dans les Indes. Une abominable tempête fait sombrer le bateau sur lequel il se trouve, laissant un collier de perles à une connaissance rencontrée dans l'aventure. Évidemment, tout ceci nous l'apprenons de manière disséminée et éclatée car "le mystère s'impose" dans ce genre de roman. Malheureusement, le porteur du message de cette triste nouvelle disparaît une fois entré dans la boutique du diabolique barbier S. Todd au rire de hyène, ce qui est extrêmement significatif. Aussitôt les rouages de l'intrigue se mettent en marche et nous suivons une enquête sur ces disparitions chez le barbier, tout en suivant les agissements criminels de l'odieux S. Todd qui maltraite son apprenti Tobias qui finira dans un asile... etc... etc... De situations inouïes en drames effroyables, nous suivons un trajet qui est une surenchère dans l'horreur culminant dans le dernier chapitre où toutes les intrigues se dénouent.

Essentiellement composé de dialogues outrés, ce roman feuilleton est marqué par le roman noir ou roman gothique anglais : on décrit assez peu les meurtres mais l'abjection moral du personnage principal et la révélation horrible du dernier chapitre amène le lecteur à s'interroger sur la profusion d'événements macabres dans ce type de roman. La cruauté et l'immoralité du barbier semble le pendant du couple niaisement vertueux, étant donné que ces romans illustrent la lutte du Bien et du Mal. En outre, il est certain que le découpage en feuilleton à amené l'auteur dans la surenchère d'émotions violentes. Alors si vous souhaitez être frappé dans votre imagination, ouvrez ce roman peuplé de cauchemars où un passage secret sous l'église Dunstan sentant les charniers et où des tourtes d'une certaine Mrs Lovett feront votre épouvante !...

 Rymer, Sweeney Todd, Callidor, 372 p.

Olivier-Martin, Histoire du roman populaire en France, Albin Michel, 286 p.

Merci aux éditions callidor et à newsbook pour la découverte de ce macabre roman feuilleton.

Participation au challenge halloween de lou et hilde.

16 juillet 2010

La mystérieuse affaire de Styles d'Agatha Chritie : ISSN 2607-0006

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Dans ce premier roman écrit en 1920, Agatha Christie (biographie du Larousse) pose les bases du whodunit, qui lui apportera le succès : la mort par empoisonnement a été commis dans une chambre où tous les verrous étaient fermés. Plusieurs indices mettent le lecteur en déroute : un fragment de testament retrouvé dans un tas de cendre, une tasse en miettes, quelques fibres de tissu vert, une tache de cire sur le sol, voici les indices qui permettront à Hercule Poirot de retrouver l'identité du criminel. Lecteurs, saurez-vous faire les mêmes déductions que le détective belge ?

Plusieurs personnages sont suspects : chacun d'eux a un mobile, qui aurait pu les amener à tuer Lady Emily Inglethorp. Lorsqu'elle agonise, celle-ci s'écrie "Alfred" : son mari serait-il le coupable ? Tout semble l'indiquer, ce dernier étant de 20 ans son cadet et d'un milieu modeste. Mais ses beaux-fils, John et son frère Lawrence, pourraient aussi convoiter l'héritage conséquent qu'elle leur laisse. Sont aussi présents sur les lieux du meurtre, Mary Cavendish, la femme de John, Cynthia, la fille d'une amie d'enfance d'Emily et le docteur Bauerstein, un spécialiste en toxicologie. Mais surtout, Agatha Christie a eu soin d'inventer son exceptionnel  détective Hercule Poirot : " Poirot était un homme au physique extraordinaire. Malgré son petit mètre soixante-deux, il était l'image même de la dignité. son crâne affectait une forme ovoïde, et il tenait toujours la tête légèrement penchée de côté. Sa moustache cirée, lui conférait un air martial. Le soin qu'il apportait à sa tenue était presque incroyable, et je suis enclin à penser qu'il aurait souffert davantage d'un grain de poussière sur ses vêtements que d'une blessure par balle". Et pour que Poirot paraisse encore plus brillant et logique, la romancière anglaise lui adjoint un comparse "aux hypothèses échevelées". Lecteurs, évidemment, vous aurez reconnu le naïf Hasting. Pauvre Hasting qui est pour Hercule Poirot ce que Watson est pour Sherlock Holmes. :

" - Mrs Howard et vous-même [Hercule P.] semblez vous comprendre à merveille, lui dis-je [Hasting] avec quelque froideur. Mais peut-être n'avez-vous pas remarqué que je n'étais pas dans la confidence ?

- Pas possible ? C'est vrai mon bon ami ?

- Oui, éclairez-moi, s'il vous plaît..."

A la fin de l'enquête, après moult péripéties qui nous amènent à soupçonner tour à tour tous les personnages, Poirot réunit, pour ce qui deviendra comme un rituel, tous les membres de la demeure de Styles Court pour donner les explications qui dévoilent le nom du coupable, qui est toujours celui auquel on pense le moins. Une première enquête très classique, mais l'ingéniosité légendaire de Poirot, le style désuet font le charme de cette enquête bien distrayante.

Christie, La mystérieuse affaire de Styles, Livre de poche, 222 p.

Autres romans : Les indiscrétions d'Hercule Poirot, Poirot joue le jeu,

Lu dans le cadre du Lady swap de Titine et Lou.

25 novembre 2010

Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx : ISSN 2607-0006

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"La littérature vous jette dans la bataille , écrire, c'est une certaine façon de vouloir la liberté, si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé", disait Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ?. Didier Daeninckx a aussi cette vision de la littérature et dans Meurtres pour mémoire, il dénonce certains dysfonctionnements du système politique. Publié en 1977, ce deuxième roman noir de Daeninckx, aborde l'un des points sensibles, scandaleux de l'histoire contemporaine.

La guerre d'Algérie n'a pas épargné la France car depuis 1954, des mouvements nationalistes luttent pour l'indépendance de l'Algérie. Le 17 octobre 1961 des Algériens, vivant à Paris, manifestent de manière pacifique contre le couvre-feu qu'on leur impose. Face à ces hommes désarmés, des femmes et des enfants, les CRS ouvrent le feu sur la demande du préfet de Paris, Veillut. Profitant de la confusion, un homme abat  Roger Thiraut, un jeune historien dont la femme attend un enfant. Un chapitre plus loin et vingt ans plus tard, son fils devenu lui aussi historien est  tué à Toulouse dans des conditions mystérieuses. L'inspecteur Cadin commence une enquête qui va l'amener sur les traces du passé, remontant jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Quels sont ces meurtres évoqués dans le titre ? Ce sont bien sûr les meurtres des Thiraud mais aussi celui des Algériens : ces hommes sans défense qui sont brutalisés. Ce roman noir dénonce en effet, les exactions commises mais passées sous silence pendant la plus grande manifestation des Algériens, en France à cette époque. Mais ce sont aussi des meurtres plus lointains et anonymes, liés à la seconde guerre mondiale. La scène première, celle de la manifestation, est d'ailleurs racontées par plusieurs témoins, comme le photographe Rosner, la femme de Roger Thiraud ou le réalisateur belge Deril, montrant ainsi par là combien combien cet événement a marqué la vie de ces personnes, par son injustice et sa violence gratuite. En voyant le documentaire de Deril, présent sur les lieux, l'inspecteur Cadin pense : "Les images défilèrent, toutes plus insoutenables les unes que les autres. La première partie du document avait été tournée depuis une voiture roulant à travers Paris. Une multitude d'affrontements opposaient des manifestants désarmés, hébétés, à des groupes compacts de CRS, de gardes mobiles décidés et motivés. L'absence de son donnait plus de poids encore aux scènes de violence".
Roman à clés, Daeninckx dénonce aussi les dysfonctionnements du pouvoir qui a maintenu un homme déjà coupable de crimes. C'est tout d'abord les agissements de Maurice Papon qu'a voulu dénoncer Daeninckx. Il critique aussi le système politique et la loi du silence qui pèsent sur certains conflits. Certes c'est un roman noir avec des meurtres, un mobile, mais aussi un roman historique, étant donné que deux épisodes majeures de l'histoire contemporaine sont évoqués : la plus grande manifestation algérienne en France et la collaboration sous Vichy. Peut-on parler de travail d'historien ? Daeninckx explique qu'il a écrit son livre en s'appuyant sur des articles de presse et des lettres de survivants de la manifestation. L'auteur explique, dans le paratexte, son travail de recherche :

" Je suis allé à la bibliothèque nationale et j'ai dépouillé la presse de l'époque. Il y avait quelques informations datant de 1961 sur le 17 octobre. J'ai lu les pages des faits divers qui racontaient qu'on retrouvait des dizaines de cadavres dans la Seine, dans les écluses, au Havre, à Rouen, et encore un peu partout, comme ça, pendant des mois. Et puis, j'ai rencontré des témoins et j'ai consulté la presse clandestine. Un jour, un Algérien m'a donné un document extraordinaire, des photocopies de lettres : le FLN après la manifestation avait demandé aux survivants d'écrire tout ce qu'ils avaient vu. Il y avait là deux cents lettres poignantes qui ont été les principales sources d'émotion et de vérité de Meurtres pour mémoire. De plus, même s'il n'y avait pas eu de travail historique sur le 17 octobre 1961, de petites choses existaient de façon dispersée : un article dans Les temps modernes, d'autres dans L'express, des articles de Françoise Giroud, de Marguerite Duras et également de Jean Cau.

Les deux premiers chapitres se mettent lentement en place et la temporalité est très complexe, faisant des incursions dans l'Histoire, qui sert la phrase en exergue : "en oubliant le passé, on se condamne à le revivre". Cependant, ce livre est passionnant de part son intrigue policière bien ficelée et surtout par sa dimension historique et la force de la dénonciation. Un roman remarquable qui lutte aussi contre l'oubli...
 Daeninckx, Meurtres pour mémoire, Bibliothèque Gallimard, 378 p.

Lu dans le cadre du challenge histoire.

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