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"Epouser une sotte est pour n'être point sot" (I, 1) :

Craignant d'être cocufié, Arnolphe - décidé à se faire appeler monsieur de la Souche pour s'anoblir - décide d'élever Agnès loin de la société et du savoir. Il craint toutes les précieuses de son temps : "Femme qui compose en sait plus qu'il ne faut" selon lui. La tenant cachée,il lui enseigne la soumission, tout en montrant l'importance des hommes : "du côté de la barbe est la toute puissance" ( III,2). Cependant, toutes les ruses et les maximes de ce vieux barbon ridicule sont inefficaces face à l'amour véritable qu'éprouve Agnès pour Horace. Peu à peu, le ridicule bourgeois voit ses plans s'effondrer face à une jeune fille qui s'impose comme un véritable sujet.

" car il faut craindre un revers de satire" (I,1) :

La caricature du bourgeois monomaniaque est fréquente dans le théâtre moliéresque. Arnolphe est aveuglé, emblématisé dans le dialogue de sourd avec un notaire, et incapable de changement. Son langage se révèle en inadéquation avec la situation lorsqu'il parle comme Sertorius ( Corneille) du thème de cocuage. Les grandes règles théorisées par les doctes classiques sont respectées : unité de temps, de lieu et d'action. Cependant, L'école des femmes suscite une vive polémique, mise en scène dans La critique de l'école des femmes. Quels sont les griefs adressés à Molière ? Il aurait tenu des propos scandaleux en parodiant des sermons, les 10 commandements, et surtout la scène du "le" provoque la colère des prudes : de nombreux propos grivois choquent le public. L'évolution d'Agnès va aussi à l'enconte des types comiques. Ce personnage complexe permet au dramaturge de démontrer que l'ignorance n'est pas consubstantielle à la femme mais liée à son manque d'éducation. Cette pièce, qui apparaît très conventionnelle, trangresse en fait les genres : l'auteur du Misanthrope fait côtoyer dans cette pièce des scènes dignes de la commedia dell arte tout en parlant de sujet sérieux comme les moeurs de la société, notamment la question de l'éducation de la femme et de sa place dans la société.

"Le moyen d'empêcher ce qui fait du plaisir" ?

Alors que dans Les précieuses ridicules ou Les Femmes savantes, Molière ridiculise les précieuses, il défend dans L'école des femmes leurs idées progressistes sur la question de l'amour, perçu comme une valeur civilisatrice de l'éthique mondaine, de l'éducation  et la sujétion aux hommes. Mais Paul Bénichou dans Morale du grand siècle souligne la position très originale de Molière en parlant de sa " liberté morale" : il promeut le désir naturel, ce que ne prône pas les précieuses. en outre, le théâtre de Molière n'est pas normatif : adhérant à l'éthique de la société galante, ne fait-il pas dire à Dorante dans La critique de l'école des femmes : "Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire". Et il est bien vrai que l'école des femmes est aussi plaisant à lire que La critique de l'école des femmes, Molière ayant ennobli sa comédie sérieuse d'une copia d'effets comiques.

L'école des femmes, Molière, garnier flammarion.

Morale du grand siècle, Benichou, 210-294 p.

Lecture commune avec Claudia. Participation au challenge mélange des genres de Miss Léo ( mon bilan ici).