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"Dire que la popularité de Dickens fut immense est un euphémisme. De son vivant déjà, tout bourgeois rondouillard portant bésicles avait de fortes chances de se faire appeler Pickwick. Le mot "gamp", du nom de l'un de ses personnages, était synonyme de "parapluie". Tout le monde lisait Dickens : la reine, le peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l'Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes". Dans son avant-propos Jean-Pierre Ohl montre à quel point l'auteur des grandes espérances est populaire en Angleterre, véritable légende dont les personnages semblent côtoyer chaque anglais. Mais cette biographie n'est pas une apologie : l'auteur dévoile une personnalité "complexe, " pétrie de contradictions encombrantes" et "patriarche incommode".

Tout en suivant la constitution de l'oeuvre titanesque de Dikens d'une manière chronologique, Ohl met en parallèle les fictions écrites par Dickens, dont il cite de larges extraits et sa vie hautement romanesque. Par exemple, dans Oliver Twist, la scène du gruau dénonce une réalité sordide contre laquelle se battra Dickens : les workhouses de l'époque font vivre les pensionnaires dans un état déplorable. Les école du Yorkshire font scandale et inspirera les premières pages de Nicolas Nickeby. Le biographe souligne le lien étrange qu'entretient Dickens et ses oeuvres, lien viscéral, qui pourrait être illustré par le tableau Dickens dream de Buss. Il joue le rôle de Wardour, dans une pièce adaptée de Glacial abîme écrit avec Collins, personnage trouble auquel il s'identifie complètement. Et que dire du mystère d'Edwin Drood ? Il continue à fasciner nombres d'auteurs, à tel point qu'il existe des "Writter on Edwin drood" !

Les meurtres et la souffrance sont omniprésents dans l'oeuvre dickensienne mais ils côtoient le comique et la caricature, proche d'un rire grinçant, très moderne selon Ohl. Evidemment dans cette biographie sont décrits les événements majeurs de la vie de Dickens, de son enfance malheureuse à sa fabuleuse popularité, en passant par son voyage en Amérique, ses séances d'hypnose sur une femme rencontrée en Italie. Paradoxalement, Dickens qui incarne l'auteur victorien par excellence semble avoir beaucoup souffert dans cette société rigide que ce soit à cause de son travail pendant l'enfance - traumatisme indélébile - ou son désir de sortir de l'ordre : " toute folie que vous proposez trouvera en moi un écho tout aussi insensé" ( Lettre à Collins). Cette biographie très documentée, qui s'appuie sur celles de P. Accroyd ou de F. Kaplan, fait une très belle place à l'oeuvre géniale de Dickens. Et on aurait bien envie de déclarer comme ce fervent admirateur de Dickens que cite J. Green, que toute personne n'aimant pas les romans dickensiens est "sérieusement dérangée" ( p. 186) !

Jean-Pierre Ohl, Dickens, folio,277 p. billet de titine.

Challenge mélange des genres de Miss Léo.