9782264048950

En quoi consiste l'affaire de Road Hill  House ? Comment s'est constituée la police métropolitaine de Londres ? Qui était le modèle de l'inspecteur Cuff dans Pierre de Lune de W. Collins ? Quelles étaient les sources d'inspiration de Dickens dans Bleak House ? Vous apprendrez tout cela et même plus dans le très documenté essai de Summerscale : en 1860, un jeune garçon, Saville Kent, est tué dans une maison, de la moyenne bourgeoisie anglaise, soigneusement fermée de l'intérieur. Le coupable ne peut être qu'une personne de la famille. Est-ce que ce sont les enfants du premier lit ? Serait-ce un ancien employé mécontent ? Ce crime sordide provoque un immense intérêt et un retentissant scandale dans toute l'Angleterre : pour la première fois, des inspecteurs de police vont pénétrer dans un foyer anglais, lieu inviolable jusqu'à lors. Pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le coupable ?

Dépositions de justice, bulletins de presse, archives policières permettent à l'auteur de reconstituer l'enquête policière mais aussi les moeurs de l'époque. Innombrables sont les informations livrées sur les différentes classes sociales de l'époque, salaires, métiers... Malgré des digressions qui brouillent singulièrement l'enquête, de remarquables parallèles avec les grands romans de l'époque agrémentent cette lecture. D'ailleurs, l'auteur n'hésite pas dans un chapitre intitulé " Les femmes ! Tenez vos langues !" à parodier les procès de l'époque : elle reprend un motif littéraire à sensation. A travers le destin de Whicher, policier chargé de l'enquête, d'autres enquêtes sont évoquées comme l'affaire Tichborne. Bien plus qu'un sordide fait divers, Summerscale relate - parfois trop minutieusement - dans ce reportage historique, tout un pan de la société vitorienne.

Summerscale, L'affaire de Road Hill House, 10/08, 523 p. Billet de Titine, Claudia, La bibliothèque d'Allie, Alice, Miss Léo, adalana.dasola,..

9782264062543

Quelles sont les moeurs de l'Angleterre victorienne ? quelle est le statut de la femme ? Si les romans de l'époque en donnent une vision très juste, dans La déchéance de Mrs Robinson, journal intime d'une dame de l'époque victorienne, Summerscale s'approche davantage de la vie d'une femme dans l'Angleterre du XIXeme siècle en nous plongeant au coeur de l'étourdissant et vrai journal de Mrs Robinson : mal mariée, à un mari cupide, celle-ci aspire à une riche vie intellectuelle et à une certaine indépendance. Cette femme insatisfaite ne vous rappelle-t-elle pas une des héroïnes du XIXeme siècle ? Dans Madame Bovary, Flaubert écrit " sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l'ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l'ombre à tous les coins de son coeur" ( p. 68). Côtoyant des personnages célèbres comme George Combe, elle est séduite par le Dr Lane. Conséquemment, on découvre peu à peu l'adultère de cette femme malheureuse. Mais lorsque son mari trouve forfuitement le journal, il la traine en justice alors que lui-même a une maîtresse. Que disent les manuels de conduite tels que The Wives of England (1843) écrit par S. Slickey Ellis ? : " C'est sans contexte un droit inaliénable pour tous les hommes, malades ou bien portants, riche ou pauvres, raisonnables ou insensés, que de se voir traiter chez eux avec égards et déférence".

Comme dans L'affaire Road Hill house, K. Summerscale ne se contente pas de témoigner de la vie de cette femme à travers des bribes de journal, elle décrit tout l'appareil juridique de l'époque et les nouvelles lois sur le divorce, les avancées des recherches scientifiques de l'époque ( phrénologie, hydrothérapie, les théories de Darwin), la sexualité des femmes, avec toujours autant de détails : aussi peut-on lire avec stupéfaction " à midi, les juges vont se restaurer - d'ordinaire une côtelette accompagnée d'un verre de xérès - puis regagnent le prétoire pour toute la durée de l'après-midi" ( p. 204) ! De même, des références littéraires, tels que La dame en blanc de Collins complètent ce vaste tableau des moeurs qui abordent tour à tour des thèmes aussi variés que l'utilisation du journal par les femmes, la sexualité, la religion, la folie et l'enfermement abusif pour faire revivre sous nos yeux la société victorienne engoncée dans ses préjugés.

On attend maintenant la traduction de son premier livre, la biographie The Queen of Whale Cay ou un autre témoignage de l'époque victorienne qu'elle décrit avec un indéniable talent.

Summerscale, La déchéance de Mrs Robinson, 10/18, 291 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo. ( catégorie témoignage/ mon bilan).