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Sous titré "un conte de fées...

Le grillon du foyer a été regroupé, avec un chant de Noel et d'autres récits, dans les Chrismas books, qui ont eu un succès retentissant lors de leur parution. Thème cher à Dickens ( biographie Larousse), pendant la période de Noël, selon les dires de l'un de ses fils, Dickens était particulièrement joyeux et vif car pour lui, cette époque de l'année représentait un moment de générosité et de pardon... Dans ce récit hautement symbolique, il aborde certains aspects de son siècle avec son talent de conteur inimitable.

C'est avec le chant combiné de la bouilloire et d'un grillon que s'ouvre ce récit : si le grillon du foyer des Peerybingle est aussi joyeux, c'est que le foyer de Mary et John Peerybingle ressemble à une famille modèle. Dans ce foyer chaleureux arrive un beau vieillard demandant l'asile. Ensuite, le conteur nous plonge, dans un deuxième chant, dans le foyer des Plummer, de Caleb et sa fille aveugle, qui hélas, ressemble à celui de milliers de misérables sous l'ère victorienne. Caleb fabrique des jouets d'enfant pour le compte du terrible et horrible Gruff et Takleton. Caleb, pour alléger la vie de l'infirme, lui fait croire qu'ils sont choyés par leur employeur et que leur intérieur est magnifique. L'affreux Takleton, comme Scrooge, incarne la méchanceté, et est un tueur de grillon de surcroit ! Il espère se marier à May, une jeune fille beaucoup plus jeune que lui comme le couple que forme John et Mary. Malheureusement, rien ne passe comme prévu : Mary trompe-t-elle son mari ? May va-t-elle épouser un vieillard acariâtre ? Qui est ce vieil homme qui loge chez les Peerybingle ? Caleb a-t-il raison de mentir sur leur sort à sa fille aveugle ?

... Domestique"...

Dickens, conteur sans égal, n'a pas son pareil pour brosser des portraits, voire des caricatures, certes sans profondeur psychologique, ni vraisemblance. Voici celui de Takleton  : "Mais confiné à contrecoeur dans le paisible état de fabricant de jouets, c'était un ogre domestique, qui avait toujours vécu aux dépens des enfants dont il était l'implacable ennemi ; Il méprisait tous les jouets et n'en aurait acheté pour rien au monde ; dans sa malice, il se complaisait à glisser une expression sardonique dans les traits des fermiers de cartons pâte menant leur cochon au marché des crieurs publics annonçant la perte de quelque conscience d'avocat, des vieille dames mécaniques reprisant des bas ou découpant des pâtés, et d'autres articles tirés de son fond [...]. Il excellait en de pareilles inventions. Tout ce qui pouvait évoquer un poney cauchemardesque faisait ses délices" .

Il  n'hésite jamais devant une comparaison incongrue, comme le vieillard qui parle de lui comme d'un colis ou  : " Gruff et Takleton était là, faisant l'aimable avec le sentiment évident d'être aussi parfaitement à l'aise, aussi parfaitement dans son élément qu'un jeune saumon fraîchement éclos au sommet de la grande pyramide" !. Et voici une autre comparaison décalée qui ne manque pas de faire sourire : " Lorsque la voiture fut un peu plus près, il constata que Takleton était déjà tout paré pour la noce et qu'il avait orné la tête du cheval de fleurs et de rubans. L'animal avait bien plus l'air d'un futur marié que Takleton, dont l'oeil à demi fermé trahissait une expression plus désagréable que jamais".

La description des foyers permet à Dickens de dénoncer la misère des uns et l'avarice des autres mais comme à son habitude, et à celles de nombres de victoriens, sous la façade, se révèle plusieurs problèmes. Mais si l'auteur se fait dénonciateur de la misère dans laquelle certains ouvriers vivent, cette oeuvre parle plutôt du mariage et de la fidélité, notamment dans les couples peu assortis où la femme est deux fois plus jeune que le mari. La jeune Mary trompe-t-elle son vieux mari ? May acceptera-t-elle un mariage fondé sur l'argent plutôt que l'amour ? Même si l'auteur aborde certains problèmes sociaux de l'ère victorienne, cette réflexion sur la vie quotidienne sous le règne de Victoria est plutôt optimiste et amusante. Quel conteur ce Dickens ! Quelle vivacité et quel humour ! L'oeuvre de Dickens est toujours à relire ou à redécouvrir !

Le grillon du foyer, Dickens, folio bilingue, 304 p.

Autres oeuvres : L'homme hanté

Challenge Dickens, organisé par Isil.