25 août 2010

La vie des autres de Donnersmarck : ISSN 2607-0006

18708573

Créé dans les années 50, la Stasi est un organisme au service de l'Etat, la République Démocratique Allemande, chargé de surveiller les citoyens et de se renseigner sur toutes leurs activités sociales. Redoutable et redoutée par les Berlinois, les agissements de ce ministère de la sécurité d'Etat sont dénoncés dans cet admirable film qui parle d'un thème politique difficile tout en le traitant avec beaucoup de finesse. Les effets sont minimalistes et le rythme assez lent et pourtant, on ne peut s'empêcher de suivre chacun des gestes des trois protagonistes principaux. 

A Berlin Est, en 1984, Gerd Wiesler, un officier intransigeant de la Stasi, magistralement incarné par Ulrich Muhe, est amené à surveiller un dramaturge, Georg Dreyman, dont la femme est convoitée par un gros ponte libidineux de l'état, le ministre de la culture. Par amour pour son mari qui a découvert cette liaison, Christia Maria refuse un jour les avances du ministre, ce dernier décide alors de l'arrêter... La trame principale se double de l'histoire de la vie de Gerd, qui est un solitaire ne vivant que pour son travail. A travers ce couple d'artistes, Il va découvrir l'amour, l'art et la vie tout simplement. Lui si droit, si professionnel se passionne peu à peu pour la littérature, est ému par "la vie des autres" au point de voler un livre de Brecht à Georg et commence à douter de la légitimité de sa mission.

Cette fiction, qui aborde une réalité historique, développe ainsi les thèmes de la torture psychologique, de la censure et de la résistance des artistes, sous un régime contrôlant le moindre gestes de ses habitants, lorsqu'ils ne sont pas broyés par le système. Dominé par la couleur grise, sur fond de guerre froide, le réalisateur restitue admirablement l'atmosphère et les décors de la RDA dans les années 80. Mais plus qu'un film sur la censure ou la politique, La vie des autres aborde aussi les thèmes de la trahison, de l'amour, du courage, de la résistance et de l'art. Donnersmarck construit une intrigue où violence et sentiments s'allient pour en faire un  film subtil, captivant et bouleversant.

La vie des autres de Donnersmarck, 2007, avec Martina Gedeck, Ulrich Muhe, Sebastian Koch et Ulrich Tukur.

Posté par maggie 76 à 10:47 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


22 août 2010

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin : ISSN 2607-0006

 

Est_ce_ainsi_que_les_femmes_meurent

A mi-chemin entre la fiction et le reportage, Didier Decoin relate lentement avec beaucoup de précisions l'histoire de Catherine Genovese qui s'est déroulée dans les années 60 en Amérique et qui a défrayé la chronique. Lorsque celle-ci se fait poignarder à plusieurs reprises par un dément, aucun de ses voisins ne réagit. Pourquoi les gens ne se sont-ils pas portés à son secours ? Pourquoi personne n'est venu aider cette pauvre femme ? Minutieusement, à travers la bouche d'un des voisins de Catherine, absent le soir du crime, le lecteur assiste à son meurtre puis à l'arrestation et au procès du meurtrier.
Cette situation qui a montré la lâcheté, l'égoïsme des hommes a donné son nom à un syndrome : "le syndrome Kitty Genovese" désigne le fait de ne pas intervenir lorsque l'on pense qu'un tiers peut aussi réagir dans une situation donnée. Voici les conclusions d'un psychosociologue du XXeme siècle, Stanley Milgram : " Cette affaire touche à quelque chose d'essentiel de notre condition humaine. Si nous avons besoin d'assistance, ceux qui nous entourent vont-ils rester à ne rien faire en nous regardant disparaître, ou bien vont-ils voler à notre secours ? Ces autres créatures sont-elles là pour nous aider à sauver nos vies et nos biens, ou ne sommes-nous les uns pour les autres que des particules de poussière flottant dans le vide ?".

La narration de ce crime tend ainsi à analyser le comportement, non pas du tueur, mais celui du témoin. Qui est le plus coupable ? Ce drame horrible et odieux révèle une facette pessimiste de l'âme humaine.  Didier Decoin a su judicieusement et objectivement rendre compte d'un drame révélateur du comportement humain tout en l'ancrant dans l'histoire américaine :  ainsi s'ajoute à l'enquête policière une étude sociologique sur la vie du quartier, de la perception de l'homosexualité à 'époque, la question de la criminalité... Avec lenteur, précisions et réalisme, grâce à ce récit génériquement diversifiée - l'enquête menée par un journaliste, procès, évolution des personnages -  il réussit à captiver l'attention du lecteur et à l'informer d'un fait divers majeur, tout en l'amenant à réfléchir sur ses actes. Est-ce ainsi que les femmes meurent ? est une réflexion sociologique et psychologique captivante, ancrée dans l'Amérique des années 60, amenée par un récit sombre mais juste.

Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Livre de poche, 186 p.
Merci à BOB et à livre de poche pour ce partenariat.

Posté par maggie 76 à 06:55 - - Commentaires [17] - Permalien [#]

18 août 2010

Les lettres Edith Wharton : ISSN 2607-0006

 

cvt_Les-Lettres_8129

 

Cette petite nouvelle Les lettres reprend des thèmes chers à Edith Wharton, issu d'un milieu mondain new-yorkais décadent, en pleine mutation, à la charnière du XIX et XXeme siècle : le poids des apparences, les sentiments amoureux et celui de l'argent.

A cause de la mauvaise volonté d'une élève, et de l'entrevue qui s'ensuit avec Mr Deering, le père de l'élève, Lizzie, institutrice peu fortunée, se retrouve à embrasser son employeur, un peintre qui a fait un malheureux mariage. Peu à peu, une complicité se tisse entre ces deux personnages. Deux mois plus tard, à la mort de sa femme, Deering retourne en Amérique. Quels sentiments éprouvent-ils ? Quel destin attend notre héroïne ? "La richesse de cette vie cachée - voilà ce que la surprenait le plus ! Elle n'en avait jamais eu le moindre soupçon et s'en était tenue à suivre l'interminable sentier étroit de la routine comme un voyageur qui grimpe un raidillon dans le brouillard pour se découvrir, soudain, sur un éperon rocheux noyé de soleil, entre infini de l'azur et les abîmes vertigineux des vallées. Le plus étrange, c'était que les gens autour d'elle - tout le petit monde de la pension Passy - semblait cheminer sur ce même et morne sentier, absorbés par les cailloux sous leurs pas, ignorants de la splendeur au-delà du brouillard." Elle lui écrit des lettres qui restent sans réponse. Lorsque leur chemin se croise à nouveau, elle est devenue une riche héritière tandis que lui est ruiné et sans avenir...

On retrouve ici la magnifique plume de la romancière américaine Edith Wharton. Le début  et la fin sont très rapides, abrupts comme si la narration d'une intrigue n'avait pas réellement d'importance car ce qu'elle cherche à développer c'est le sentiment amoureux. Les métaphores printanières abondent mais c'est pour mieux cacher une réalité sordide.  Elle décrit la cruauté de la vie et le bonheur reposant sur un mensonge... car Lizzie est moins naïve que prisonnière de ses sentiments. Lorsqu'elle saura la vérité sur son mariage, elle refusera de la regarder en face. T. S. Elliot, je crois, disait que les gens ne peuvent supporter trop de réalité. Dans cette nouvelle psychologique, Edith Wharton sonde l'âme d'une jeune fille enfoncée dans ses illusions. On ne peut que regretter la brièveté de cette nouvelle, qui ne permet pas de développer ce thème, mais elle a su merveilleusement et brutalement décrire le désenchantement et les désillusions de la vie...

Wharton, Les lettres, Folio 2 euros, 92 p. (extrait du recueil Le fils et autres nouvelles).

Autres romans : Xingu, Chez les heureux du monde, Le triomphe de la nuit

Lu dans le cadre du challenge Edith Warthon de Titine, site plaisir à cultiver.

Posté par maggie 76 à 08:30 - - Commentaires [11] - Permalien [#]

15 août 2010

La maison Victor Hugo, Paris : ISSN 2607-0006

25568-15

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/oeuvre/la-tourgue-en-1835

"En été surtout, c'était ravissant [...] le parfum des fleurs et des feuillages extrait par les fenêtres et la soirée avait lieu sur la place en même temps que dans les salons" (T. Banville, Mes souvenirs, 1882). Les arcades de la place des Vosges abritent la maison de V. Hugo où il habita pendant 16 ans de 1832 à 1848. Ouvert en 1903 sous l'impulsion de Paul Meurice, le musée Victor Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF) prend place dans un cadre bien agréable, dans l'hôtel de Rohan.

En commençant la visite, vous entrez dans l'antichambre qui est dédiée à l'enfance heureuse de l'auteur aux Feuillantines, mais c'est toute l'enfance qui est célébrée à travers des portraits de Léopoldine, ses jouets et des gravures... En continuant la visite, vous entrez dans un salon chinois qui présente un aspect tout à fait étonnant et correspond au décor de Hauteville Fairy, salon de Juliette Drouet à Guernesey. Décor foisonnant, ces gravures, porcelaines, meubles montrent le génie de décoration de V. Hugo qui chine et crée lui-même des meubles. Juliette Drouet le surnomme, dans sa correspondance, "son grand bibeloteur". Ces meubles chinées représentent une véritable curiosité et l'auteur a malicieusement inséré ses initiales et celles de Juliette dans les gravures...

Une fois la surprise passée de cette décoration, on entre encore dans un autre univers : la salle à manger d'inspiration médiévale, celle de J. Drouet, meublé à "la cathédrale" reflète le goût des romantiques pour le gothique, le Moyen-âge, l'histoire. A nouveau V. Hugo a détourné des meubles pour recréer d'autres meubles suscitant une ambiance chère à l'auteur de Notre Dame de Paris.

55075113

http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?nnumid=69586

Dans chacune des pièces, la chambre de V. Hugo, son cabinet de travail, son salon de réception, on peut découvrir les gravures, les portraits peints par des grands artistes de l'époque tels que Dévéria, Louis Boulanger, chantre du romantisme, photographies de Nadar ou peintures de Bonnat qui a immortalisé V Hugo en "patriarche" à barbe blanche. De nombreux souvenirs des proches de l'auteur  sont aussi présents, comme les manuscrits, les dessins et les portraits se rattachant à Léopoldine, à J. Drouet... Le musée V. Hugo est un véritable hommage à ce célèbre auteur du XIXeme siècle et une agréable plongée dans le passé.

Maison de Victor Hugo, Paris musée, 127 p.

Posté par maggie 76 à 10:29 - - Commentaires [17] - Permalien [#]

12 août 2010

Le cadavre du métropolitain de Lee Jackson : ISSN 2607-0006

51u0BnGhPLL

Lee Jackson nous plonge dans le Londres victorien de la fin du XIXeme siècle : l'ère victorienne a de beaux jours devant elle et sert de cadre à cette première enquête de l'inspecteur Decimus Webb. On quitte les quartiers huppés des enquêtes d'Anne Perry, pour être jeté dans la corruption et les moeurs dissolues de Clark Market et dans  l'effervescence de la révolution industrielle. Le métropolitain vient de faire son apparition et c'est dans un de ses wagons de deuxième classe qu'une jeune fille est retrouvée morte. Un témoin, Henry Cotton, s'est enfui en laissant tomber un carnet. Parallèlement à ce meurtre, on découvre la vie sordide des femmes repenties du foyer de Miss Philomena Sparrow.... Heureusement, l'impassible inspecteur Webb veille sur les Londoniens...

L'auteur nous promène agréablement entre les flaques de boues, les quartiers mal famés, pluvieux, venteux, qui dissimulent derrière son brouillard de sordides personnages,- car que serait Londres sans son fog ? - et nous décrit la faune de Londres : bonimenteurs, crieurs de journaux, femmes aux vies dissolues...  Lecteurs, vous froncez les sourcils, car où tout ceci va-t-il nous mener ? Il y a une enquête n'est-ce pas à mener et un assassin à découvrir. Cependant les courts chapitres fragmentent trop l'histoire qui se met très lentement en place, multipliant les parcours de différents personnages. Dommage aussi, le personnage de l'enquêteur est assez peu présent, et ne présente aucune caractéristique originale. L'écriture est aussi très banale, quoique sous des allures de récit du quotidien des personnages, la trame peut paraître assez romanesque... Cependant l'auteur s'entend à créer un suspense qui va crescendo et vers une fin insoupçonnable et pas des plus gaies. Le personnage le plus intéressant serait ce Henry Cotton, sorte de journaliste assez dickensien dans son projet d'écrire sur les bas-fonds de Londres car finalement l'intérêt de ce roman policier réside dans cette description du Londres des années 1850.

 Jackson, Le cadavre du metropolitain, 10/18 grand détective, 286 p.

L'avis de Lou et celui de Lilly...

Posté par maggie 76 à 08:22 - - Commentaires [14] - Permalien [#]


08 août 2010

Chez les heureux du monde d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

55074418

"Lily savait qu'il n'est rien dont la société se venge plus durement que d'avoir couvert de sa protection des gens qui n'ont pas su en profiter : c'est pour avoir trahi sa complicité que le corps social punit le coupable qui se laisse prendre. Et, dans le cas présent, il n'y avait pas de doute sur l'issue"...

Edith Wharton a su délicieusement peindre la société new-yorkaise, pour l'avoir fréquentée. Elle la décrit admirablement dans Chez les heureux du monde, qui raconte la destinée de Lily Bart, jeune fille sans appui et sans argent, évoluant dans les hautes sphères de l'aristocratie New-yorkaise : elle est admirée pour sa beauté "décorative" et adulée par tous les hommes qui l'approchent. "Au-delà" - devise de Lily - des dorures, des faux-semblants et des artifices se cachent des codes impitoyables à ne pas transgresser. Les rumeurs et les médisances de sa propre classe sociale briseront sa réputation pourtant sans tache.

Il y a un peu de Proust dans cette description d'une société new-yorkaise, qui vit régentée par ses propres codes, comme la coterie des Verdurin, le côté de Guermantes... Féroce satire des arrivistes, des aristocrates, la plume sans concession et ironique d'Edith Wharton n'épargne personne, pas même son héroïne lucide mais attachée à des valeurs qui la perdront. Les splendeurs et les misères de Lily sont le reflet d'une aristocratie décadente, bientôt supplantée par une nouvelle caste. Sous les froufrous des jupes, les grandioses réceptions, les bals, les masques tombent.
Il y a un peu de Jane Austen dans la destinée de l'héroïne, qui oscille au-dessus d'un gouffre, entre argent et mariage. Tragédie sociale, Chez les heureux du monde est aussi un tragédie de l'amour. Entre le riche mariage qu'elle rêve de faire et son amour pour Selden, elle hésite mais le poids de la société et ses choix, faits en dépit des conventions, transformeront sa vie en une poignante tragédie.
Cependant l'écriture d'E. Wharton est inimitable dans sa poésie et dans sa mélancolie et on souffre, on frémit et on pleure en même temps que l'émouvante miss Bart.  On ressort de cette lecture, ébloui par la fluidité et la beauté de l'écriture de cette romancière mais aussi étreint par une grande tristesse pour le sort de l'héroïne. Un livre à lire absolument pour sa délicate peinture des moeurs américaines du début du XXeme siècle et découvrir une héroïne hors du commun...

Wharton, Chez les heureux du monde, Livre de poche, 427 p.

Autres romans : Xingu, Le triomphe de la nuit

Challenge Edith Wharton  de Titine. Lu aussi par Lilly.

Posté par maggie 76 à 20:55 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

24 juillet 2010

La duchesse de Langeais de Balzac : ISSN 2607-0006

Balzac (biographie du Larousse) écrit en marge de La comédie humaine, L'histoire des XIII, qui comprend La fille aux yeux d'or, Ferragus et La duchesse de Langeais : dans ce dernier roman de quoi va-t-il nous parler ? Il a connu un drame passionnel et un échec amoureux avec la duchesse de Castries, mais le réel a été transposé en matériau littéraire dans La duchesse de Langeais. Un général recherche une femme, jusque dans un couvent en Andalousie et dès le début, il est question d'un "drame secrètement intéressant qui jamais ait fait battre un coeur d'homme" (p.61). Mais Balzac s'entend à tenir son lecteur en haleine par une narration originale en commençant par la fin, l'auteur nous entraîne ensuite, dans une analyse de toute la société parisienne pour entrer ensuite dans le vif de l'intrigue !

D'une manière à laquelle l'auteur nous a habitué, une longue digression permet à l'auteur du Père Goriot de critiquer avec virulence le Faubourg Saint-Germain, cette aristocratie qui n'a pas su se moderniser ni s'adapter. Publié en feuilleton, Balzac maintient le suspense en retardant l'intrigue principale et en donnant son point de vue politique sur la société parisienne. L'auteur donne-t-il une leçon ? Cette digression est-elle étrangère à l'histoire ? Non, l'auteur montre l'influence du milieu sur la duchesse de Langeais, produit de ce milieu déliquescent.

Justement revenons à la duchesse de Langeais  : elle est la parisienne dans toute sa dissimulation, une rouée maîtrisant les codes de sa caste, fréquentant les salons et mal mariée, et elle va chercher à séduire Montriveau, se l'attacher à elle mais sans se donner. Quant à lui, ce général de l'Empire, présenté comme un aventurier au fort caractère, il tombe pour la première fois amoureux sans connaître les usages de ce milieu. L'auteur déploie alors la peinture d'un passion exacerbée : tout chez ce romancier paraît plus grand.

Balzac, à travers des généralisations, amène la lumière aussi bien sur les salons parisiens que sur les sentiments des personnages. Certes le passage entre les différentes parties est quelque peu abrupte. Certes le ton est hyperbolique et les personnages comme dans La fille aux yeux d'or sont frappés d'excès, mais quelle passion n'est pas hyperbolique ? Si l'écriture du romancier est reconnaissable et le thème déjà présent dans son oeuvre, l'auteur a su remarquablement renouveler la peinture sociale et amoureuse de son temps.

 Balzac, La duchesse de Langeais, Livre de poche, 224 p.

Autres romans : La fille aux yeux d'or, Le père Goriot

Lecture commune avec Cess, challenge au bon roman de Praline.

Posté par maggie 76 à 10:55 - - Commentaires [16] - Permalien [#]

20 juillet 2010

La rêveuse d'Ostende d'Eric-Emmanuel Schmitt : ISSN 2607-0006

51SIBxSea2L

"Ce qui est intéressant dans une énigme, ce n'est pas la vérité qu'elle cache mais le mystère qu'elle contient", dit l'un des personnages dans la dernière nouvelle du recueil La rêveuse d'Ostende. Et E. E. Schmittt crée une atmosphère, dans chacune des cinq nouvelles, nous plongeant savamment dans un monde entre imagination littéraire, rêve et réel...

"Les mauvaises lectures" : Maurice Plisson, un professeur d'histoire dédaigne les romans qui ne sont que mensonges et fictions et déclare : "Que découvrais-je avec les romanciers qui privilégient la fantaisie ? Non mais dites-moi quoi ?" Prenant l'exemple de "la marquise sortit à 5 heures", il dénonce l'arbitraire du langage romanesque. Vaguement misogyne, hypocondriaque, couard, méprisant tous ouvrages non scientifiques ou historiques, il juge commercial tous autres livres. En vacances avec sa cousine Sylvia, il lit par hasard la quatrième de couverture d'un roman qu'elle vient d'acheter dans une grande surface, La chambre des noirs secrets de Chris Black. Pour lui, c'est le comble de la vulgarité ! Cependant, il est question d'un livre du XVI siècle dans la présentation de l'éditeur. Quel peut-être ce livre ? Dérobant secrètement ce roman, il commence la lecture de cette histoire d'agent secret qui le captive complètement, où il est question de pièces secrètes, de chants mystérieux entendus à travers des murs... Son imagination débordante, et un secret que refuse de révéler sa cousine l'amène dans une situation des plus cocasses : a-t-il réellement vu un homme dans la maison qui chercherait à les cambrioler ? Le cri de la chouette ne serait-il pas un signal entre voleurs ? S'imaginant entourés d'ennemis et se prenant lui-même pour un personnage du roman de C. Black, son imagination s'emballe de manière comique... jusqu'à un dénouement tragique révélant tout l'humour noir de E. E Schmitt ! Une nouvelle à chute rondement menée et extrêmement drolatique !

"La rêveuse d'Ostende" : Après une rupture sentimentale, le narrateur écrivain décide d'aller se reposer à Ostende, lieu qui l'a toujours fasciné. Il est logé chez une vieille dame, Emma Van A. malade et insignifiante aux yeux de sa propre famille. Sa nièce déclare que sa vie n'a été que vacuité... Cependant, le narrateur est surpris par ses paroles : "D'un amour essentiel, on ne s'en remet pas.". Aurait-elle connu l'amour malgré les dires de sa famille ? Après un infarctus, Emma lui fait des aveux étranges : elle aurait eu une aventure avec un prince ! Un prince ? N'est-elle pas en train de s'imaginer une vie de rêvée ? Sa maison s'appelant la villa Circée, ne confond-elle pas L'Odyssée et sa propre vie ? Le jour de la mort de la vieille dame, la vérité éclate enfin... Une très belle histoire d'amour, pleine de suspense.

"Le crime parfait", "La femme au bouquet" et " La guérison " mettent aussi en scène des personnages aux prises avec leur imagination. A chaque situation nouvelle, E.E. Schmitt nous montrent que sous des apparences anodines, la vie nous réserve de surprenantes révélations. Si "La femme au bouquet", se révèle un peu décevante, trop courte et à la limite du fantastique et "la guérison" moins captivante que les autres nouvelles, ces récits sont vraiment à découvrir pour leur fraîcheur, leur humour et le rôle de l'imagination... Une belle découverte !

Schmitt, La rêveuse d'Ostende, Livre de poche, 246 p.

Lecture dans le cadre "découvrons un auteur de Pimprenelle" : 

Posté par maggie 76 à 08:00 - - Commentaires [13] - Permalien [#]

18 juillet 2010

Crime par ascendant de Ruth Rendell : ISSN 2607-0006

54844410

Martin Nanther décide de rédiger la biographie de son arrière grand-père, médecin ordinaire de la reine Victoria, spécialisé dans des recherches sur l'hémophilie. Lecteur, vous vous demandez certainement pourquoi et quel intérêt peut-il y avoir à écrire sur la vie d'un Victorien terne et sans histoire. Cependant, dès le début de sa collation de manuscrits et de documents, il découvre stupéfait des zones d'ombres et des éléments troublants.

Où il est question d'une lettre mystérieuse : mêlant adroitement les recherches sur la vie de son grand-père et sa vie personnelle de pair au Parlement, Martin va mener une enquête, après avoir reçu une lettre, sur un meurtre et une personnalité, vieux de plus de 150 ans, car la fille d'Henry a écrit dans cette lettre à une de ses soeur "qu'il a commis des actes monstrueux". Est-il l'assassin de sa première fiancée ? Pourquoi épouse-t-il  Edith, fille d'un avocat obscur et dans la gêne plutôt qu'Olivia, une fille richement dotée ?

Où on découvre un narrateur attachant : Narration à la première personne, Crime par ascendant met en scène un personnage principal plutôt atypique. Sous son costume guindé de pair, et ses cravates, le narrateur a une imagination débordante. Mais surtout, sous des allures de goujat, Martin reste lucide sur ses désirs, espoirs et sentiments. L'auteur arrive bien à nous décrire ses états d'âme et ses pensées contradictoires sur la paternité, à la fois égoïste et désireux de faire plaisir à sa femme qu'il adore... S'il n'est pas aussi sombre que son arrière grand-père, ses pensées ne sont pas toutes très catholiques !

Où on découvre l'époque victorienne : Difficile dans un premier temps de rentrer dans l'histoire où les noms abondent et les détails foisonnent et où on apprend en détails le système du parlement, la chambre des lords, que connaît bien son auteur pour la fréquenter. Et pourtant l'écriture minutieuse, quasi journalistique, nous entraîne à travers les très courts chapitres, dans une histoire très sombre et très mystérieuse. Jamais l'ennui ne s'installe malgré les longues descriptions. Ce n'est pas un roman historico-policier à proprement parler car l'intrigue se passe dans le monde contemporain mais de nombreuses références aux moeurs victoriennes sont souvent évoquées et comparées à la société actuelle permettant à la romancière de montrer l'évolution des moeurs et de la condition de la femme.

" Une autre élément curieux de cette affaire me vient à l'esprit. Henry devait connaître les Henderson avant de monter le coup de main de Gower street, et il n'aurait pu les connaître qu'en menant des recherches à leur sujet. A-t-il eu recours  à une agence de détectives privés ? A un personnage similaire à Sherlock Holmes ? J'ai en tête l'image relativement sinistre, très victorienne, un personnage tout droit sorti de Wilkie Collins, suivant Samuel, surveillant sa maison, liant conversation avec le vieux M. Quendon quand il sortait pour son "petit tour", reluquant les jeunes filles depuis le pas de porte d'une boutique. Mais pourquoi ? dans quel but ? "(p. 241) Enquête bien agencée, elle ne manque ni de références littéraires, ni d'humour, ni de suspense car chaque chapitre accumule son lot de surprises et de questions, de découvertes et la vérité éclate encore plus sinistre qu'on ne le croit ! Ruth Rendell a su remarquablement bien mêler vie intime et contemporaine du narrateur, ses doutes et ses interrogations sur sa vie familiale, et une terrible enquête d'un "crime" odieux se déroulant sous l'ère victorienne. Une enquête captivante...

Rendel, Crime par ascendant, Livre de poche, 510 p.
Merci à Bob et à Livre de poche pour ce partenariat.

Posté par maggie 76 à 20:36 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

16 juillet 2010

La mystérieuse affaire de Styles d'Agatha Chritie : ISSN 2607-0006

bm_6217_400937

Dans ce premier roman écrit en 1920, Agatha Christie (biographie du Larousse) pose les bases du whodunit, qui lui apportera le succès : la mort par empoisonnement a été commis dans une chambre où tous les verrous étaient fermés. Plusieurs indices mettent le lecteur en déroute : un fragment de testament retrouvé dans un tas de cendre, une tasse en miettes, quelques fibres de tissu vert, une tache de cire sur le sol, voici les indices qui permettront à Hercule Poirot de retrouver l'identité du criminel. Lecteurs, saurez-vous faire les mêmes déductions que le détective belge ?

Plusieurs personnages sont suspects : chacun d'eux a un mobile, qui aurait pu les amener à tuer Lady Emily Inglethorp. Lorsqu'elle agonise, celle-ci s'écrie "Alfred" : son mari serait-il le coupable ? Tout semble l'indiquer, ce dernier étant de 20 ans son cadet et d'un milieu modeste. Mais ses beaux-fils, John et son frère Lawrence, pourraient aussi convoiter l'héritage conséquent qu'elle leur laisse. Sont aussi présents sur les lieux du meurtre, Mary Cavendish, la femme de John, Cynthia, la fille d'une amie d'enfance d'Emily et le docteur Bauerstein, un spécialiste en toxicologie. Mais surtout, Agatha Christie a eu soin d'inventer son exceptionnel  détective Hercule Poirot : " Poirot était un homme au physique extraordinaire. Malgré son petit mètre soixante-deux, il était l'image même de la dignité. son crâne affectait une forme ovoïde, et il tenait toujours la tête légèrement penchée de côté. Sa moustache cirée, lui conférait un air martial. Le soin qu'il apportait à sa tenue était presque incroyable, et je suis enclin à penser qu'il aurait souffert davantage d'un grain de poussière sur ses vêtements que d'une blessure par balle". Et pour que Poirot paraisse encore plus brillant et logique, la romancière anglaise lui adjoint un comparse "aux hypothèses échevelées". Lecteurs, évidemment, vous aurez reconnu le naïf Hasting. Pauvre Hasting qui est pour Hercule Poirot ce que Watson est pour Sherlock Holmes. :

" - Mrs Howard et vous-même [Hercule P.] semblez vous comprendre à merveille, lui dis-je [Hasting] avec quelque froideur. Mais peut-être n'avez-vous pas remarqué que je n'étais pas dans la confidence ?

- Pas possible ? C'est vrai mon bon ami ?

- Oui, éclairez-moi, s'il vous plaît..."

A la fin de l'enquête, après moult péripéties qui nous amènent à soupçonner tour à tour tous les personnages, Poirot réunit, pour ce qui deviendra comme un rituel, tous les membres de la demeure de Styles Court pour donner les explications qui dévoilent le nom du coupable, qui est toujours celui auquel on pense le moins. Une première enquête très classique, mais l'ingéniosité légendaire de Poirot, le style désuet font le charme de cette enquête bien distrayante.

Christie, La mystérieuse affaire de Styles, Livre de poche, 222 p.

Autres romans : Les indiscrétions d'Hercule Poirot, Poirot joue le jeu,

Lu dans le cadre du Lady swap de Titine et Lou.

Posté par maggie 76 à 19:45 - - Commentaires [10] - Permalien [#]