16 mai 2010

Hémisphères de Tamirace Fakhoury : ISSN 2607-0006

53080839

Hémisphères de Tamirace Fakhoury, Edition Dar An-Nahar, 121 p.

Quatrième de couverture : "La poésie de Tamirace Fakhoury est comme une longue lettre à un amoureux, mais qui situe cet amour dans le feu bruyant du monde, dans la folie des guerres, qui le voue au dépaysement de l'exil au bord de l'abîme et de la perte, sorte de danse de l'extrême mettant en jeu le destin d'une vie, d'une époque, de la mémoire inquiète.

(...)A-topie et utopie d'une résurgence d'un monde d'avant la fêlure constituent bien les axes thématiques dominants de Hémisphères, recueil dont les quatre parties témoignent d'une volonté irréductible de situer le poème dans le contenu fragmentaire d'une géographie de l'errance qui connaît là son étape ultime" (préface de Fabio Scotto).

La vanité

"Je redescends vers l'abîme
Mes doigts touchent le sommeil
Je recule
Les âges s'anéantissent
Ici ou là bas
La vanité est une lutte contre l'étoile
Qui a le pouvoir d'ensorceler
les places désertes et de figer les
mers arides ? Qui a le pouvoir de
transformer l'eau en étoiles filantes et
les maisons en fleurs liquides
?"

" La vanité est une lutte contre l'étoile" : les mots simples et des images "surréalistes"  expriment l'amour, l'attente, et l'absence, proche d'une poésie éluardienne. Les phrases courtes et les mots, qui se répètent comme des leitmotivs, créent une musicalité et signifient la fragmentation d'une identité, dans les quatre parties de ce recueil "hémisphère nord", "hémisphère sud, "planisphères gauches" et "fragments planétaires" où la guerre libanaise et Beyrouth sont évoqués. Les images prennent des raccourcis étonnants comme l'image des " fleurs liquides" ou des "pétales de la fuite" pour renouveler la poésie amoureuse. La femme, ici devient paysage, pays. La mer, le désert, la Méditerranée apparaissent au détour des mots, côtoyant aussi des villes telles que Paris ou l'Italie... Poésie sur l'amour, Hémisphères est aussi un recueil sur le voyage, la quête de l'autre, de soi-même, qui dit l'absence et l'exil.

La course

"Le temps court après l'étang

Et l'étang court après le sommeil

Je cours après la lumière

Et la lumière court après mon amant".

Quelques mots sur l'auteur : Poète libanaise,Tamirace Fakhoury a publié trois recueils de poèmes : Aubades en 1996, Contre-marées, 2000 et Poème absent en 2004. Elle a préparé un doctorat sur le Liban de l'après-guerre, en Allemagne. Elle vit actuellement en Italie.

Dimanche poétique de Celmoon, avec Mango,Emmyne, Armande, Saphoo, la plume et la page, l'or des chambres..

Posté par maggie 76 à 08:33 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


15 mai 2010

-A single man de Tom Ford : ISSN 2607-0006

 

53138334

"Il y a de la beauté même dans les pires choses".

L'oeil de "photographe" ou du couturier Tom Ford, qui a travaillé pour YSL ou Gucci, filme la journée d'un professeur d'université, dans les années 1960, à Los Angeles. Après la mort de son compagnon, dans un accident de voiture, George Facolner ne supporte plus la vie et traine son désespoir même dans la soirée de son amie Charley, amoureuse de lui.

L'esthétique est irréprochable : élégance et beauté des acteurs (en particulier du talentueux Colin Firth, dont l'interprétation est splendide), décor magnifique et luxueux. La perfection des êtres, la sophistication des acteurs, le raffinement des couleurs sont proche des publicités ou d'images de modes sur papier glacé. Ajoutez à la beauté des images, des touches d'humour, des ralentis esthétiques et des dialogues rares et ambigus.

Mais  A single man n'est pas qu'une succession de belles images, ni l'histoire d'un deuil impossible, ni un film sur l'homosexualité. C'est la solitude des êtres qui semblent relier tous ces personnages. "On naît seul et on mort seul", dit un des étudiants à George. Solitude aussi de l'exubérante Charley (remarquablement interprétée par Julianne Moore), qui depuis son divorce et le départ de son fils, vit seule désœuvrée dans une riche demeure. Solitude de George face à la détresse et au vide qu'a laissé le mort. La perfection de l'image ne fait pas oublier la poignante tristesse des personnages même si ce film n'est pas désespéré car il y a  "de la beauté même dans les pires choses". De la beauté formelle  des séquences naît l'émotion. Un très beau film porté par une belle musique...

Adapté du roman de Christopher Isherwood. Avis de Lou, Cécile

A SINGLE MAN - Bande Annonce Officielle (VF) - Tom Ford / Colin Firth / Julianne Moore

Posté par maggie 76 à 23:17 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

Les travailleurs de la mer de V. Hugo : ISSN 2607-0006

52108411

Premier roman de l'exil de V. Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF), depuis le 2 décembre 1851, Les travailleurs de la mer est un récit peu romanesque, mais une oeuvre foisonnante, étrange, à la limite de la démesure baroque.

Quatrième de couverture :

" Pour pouvoir reconstruire un nouveau bateau à vapeur après le naufrage de la Durande, il faut sauver la précieuse machine du navire dont le constructeur est mort. Donc qu'un homme seule, matelot, mais aussi forgeron, ait l'audace de risquer plusieurs jours jusqu'aux rochers de Douvres où repose l'épave - et d'affronter la mer. L'homme qui accepterait ce péril serait plus qu'un héros. "Je l'épouserais" dit Déruchette, la nièce de l'armateur. Et parce qu'il s'est épris de la jeune fille, Gilliatt va tenter l'entreprise.
Mais suffit-il d'une idylle pour construire un roman d'amour ? celui-ci en tout cas ne saurait bien finir, car le coeur humain dit Hugo, est une "fatalité intérieure". Les travailleurs de la mer, dont l'action se déroule dans l'archipel de la Manche, sont d'ailleurs aussi bien un roman d'aventures, à l'époque de la machine et de la révolution industrielle, que la fable épique d'un homme seul face aux éléments. Et bien avant de le faire paraître en 1866, Hugo n'avait pas sans raison choisi de l'intituler L'Abîme.

"Se faire servir par l'obstacle est un grand pas vers le triomphe" :

Cette quatrième de couverture annonce le ton, ce roman "marin" est aussi un témoignage de la vie de l'époque, doublé d'un roman d'amour. Les chapitres sont courts mais très disparates. L'histoire ressemble à un assemblage de morceaux de bravoure. Ne cherchez pas la vraisemblance, lecteur, vous entrez dans l'étrange univers des travailleurs de la mer.  La lecture de ce long roman est malaisée car V. Hugo, entrecoupe son récit de digressions à l'infini, emboitant des emboitements : il suffit de regarder la structure du roman labyrinthique : chaque "livre" est subdivisé en "partie", elle-même découpée en chapitres. Certains passages portent sur la langue, Il mêle les expressions latines et les expressions locales guernesiaises, tel que "veuvier" à la place de "veuf". A peine lu, on se souvient à peine de la moitié des détails et du vocabulaire. Les passages historiques, font place à des descriptions géographiques ou techniques.

L'écriture se révèle d'autant plus complexe que les références bibliques, historiques se multiplient et qu'une écriture de la formule côtoie des phrases amples... On perçoit d'ailleurs l'écriture du poète dans des rythmes binaires. Tel un nouveau Homère, Hugo multiplie les catalogues  comme celui des écueils, puis celui des vents etc... Il ne faut pas moins de dix pages pour raconter le naufrage de la Durande, ou les écueils : " Pour ceux qui, par les hasards des voyages, peuvent être condamnés à l'habitation temporaire d'un écueil dans l'Océan, la forme de l'écueil n'est point chose différente. Il y a l'écueil pyramide, une cime unique hors de l'eau ; il y a l'écueil cercle, quelque chose comme un rond de grosse pierres ; il y a l'écueil corridor. L'écueil corridor est le plus inquiétant"... (p. 390).

Roman foisonnant, les personnages se croisent dans ce sombre univers : Contrebandiers, homme honnête comme Clubin, qui se révèle être, en fait, un génie du mal, Mess Lethierry, sa fille Déruchette et Gilliat... Pour l'amour de cette fille, Gillliat accepte, après le naufrage de la Durande, d'aller chercher le moteur de ce bateau à vapeur. Coiffé de son bonnet de galérien, il devra affronter une tempête, une pieuvre, la faim, la soif pour finalement se sacrifier, car la beauté chez le héros romantique est intérieure. Mais, l'auteur développe aussi l'esthétique du laid avec la description de la pieuvre, faisant ainsi se côtoyer le grotesque et le sublime.

L'intrigue est hautement symbolique et Hugo laisse percevoir son anticléricalisme, et son goût pour le progrès, incarné par la Durande. Ce livre singulier est à lire lentement, prenez votre souffle avant d'entrer dans l'univers particulier des Travailleurs de la mer... Ce livre devait être intitulé" L'abîme" : "Gillliat avait un abîme, Déruchette". Abîme de la mer qui engloutit les hommes, l'abîme du mal incarné par Clubin mais aussi abîme du lecteur qui se perd dans la complexité narrative, les retours en arrière et les multiples sujets !

Cette édition contient de belles esquisses de V. Hugo, en adéquation avec l'atmosphère assez sombre du roman...Lire d'une traite ce roman est une gageure, tant il est foisonnant et je n'ai d'ailleurs pas lu L'archipel de la Manche, l'introduction à l'oeuvre. La lecture est assez pénible mais j'ai tout de même apprécié cette oeuvre atypique.

34_1_

Les travailleurs de la mer, v. Hugo, Livre de poche,p.668.

Autre oeuvre de l'auteur : Ruy Blas

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Choupynette (son billet est ici)

Posté par maggie 76 à 16:28 - - Commentaires [10] - Permalien [#]

14 mai 2010

Bienvenue Gattaca d'Andrew Niccol : ISSN 2607-0006

BIENVENUE A GATTACA - bande-annonce (vost)

Film d'anticipation, Bienvenue à Gattaca est l'adaptation du Meilleur des mondes de Aldous Huxley. D'emblée plongé dans un monde aseptisé, dans un décor froid et blanc-bleuté, le spectateur découvre Vincent Anton (Ethan Hawke), l'un des personnages majeurs du film : mais qui est-il ? Personnage énigmatique, il est présenté comme un usurpateur. Un retour en arrière nous permet de connaître sa vie passée : dans une société, qui a choisi l'eugénisme, Vincent appartient à une sous-classe en naissant de manière naturelle. Son frère, lui, est le produit de la génétique. Vincent n'a qu'un rêve, celui de devenir astronaute : pour réaliser son rêve, il va devenir un  pirate génétique et usurper l'identité d'un autre, celui de Jérome Monrow.

A Gattaca, dans le centre spatial, un meurtre horrible est commis. Commence parallèlement à la nouvelle vie de Vincent, une enquête. Qui a tué le directeur de la mission ? Ce ne peut être que l'oeuvre d'un inférieur, puisqu'un de ses cils a été retrouvé sur les lieux, celui de Vincent. Ce dernier va-t-il échapper à la surveillance policière ? Pourra-t-il réaliser son rêve qui est d'aller dans l'espace ?

Bienvenue à Gattaca est un excellent film d'anticipation : en rien didactique, il repose sur des symboles et dénonce ce monde utopique qui rejette les hommes conçus de manière naturelle. La question de la bioéthique n'est pas le seul problème au coeur du film, il est aussi question d'une lutte entre deux frères, d'un amour impossible, et d'une enquête policière. Même s'il y a peu d'actions, ce film est palpitant. On tremble pour Vincent : va-t-il être démasqué ? Cette société, qui a fait de "la discrimination, une science", n'est pas une utopie puisqu'elle montre un envers du décor peu reluisant. Jérôme Monrow porte la perfection comme un fardeau. L'homme peut-il changer ce que la nature a créé ? La tension dramatique présente tout au long du film rend agréable ce film où Jude Law (Jérôme Monrow) est remarquable.

Posté par maggie 76 à 00:55 - - Commentaires [16] - Permalien [#]

12 mai 2010

Aurora Floyd Elizabeth Braddon : ISSN 2607-0006

52605815

Qui a dit que l'Angleterre victorienne était prude ? Toutes les héroïnes de nos chers auteurs victoriens se font un plaisir de mettre en scène des femmes avec des secrets inavouables, avec des caractères épouvantables... Il suffit de lire Aurora Floyd pour s'en convaincre.

quatrième de couverture : " Aurora Floyd est la fille choyée d'un richissime banquier. Une violente dispute l'oppose à son père lorsqu'elle revient d'une longue promenade à cheval avec son palefrenier. Aurora est envoyée à Paris dans un pensionnat pour faire ses études. On la retrouve un an plus tard, à nouveau chez son père. Réconciliée mais distante, marquée à tout jamais par un drame qui a éloigné d'elle l'homme qu'elle aime... comme dans tous les romans à suspense de M.E. Braddon, le lecteur pressent ce qui est à l'origine du drame sans que cala soit explicite, et il est entraîné malgré lui, et sans pouvoir s'arrêter, dans un maelström excitant qui le pousse à connaître le déroulement et la fin de l'énigme.

Une comparaison avec Wilkie Collins serait tout à fait justifiée : un meurtre, un secret, un mariage, une héroïne au caractère bien trempé, les médisances... Le style ne manque pas de mordant avec les traditionnelles adresses aux lecteurs. Une belle jeune fille trouve deux prétendants mais assez rapidement surgit un terrible secret : un mystérieux personnage semble persécuter la jeune et belle femme. Mais l'élan romanesque est souvent rompu par de nombreux portraits, des généralités sur le caractère des personnages. L'héroïne principale est peu attachante, et ne semble avoir que deux attitudes possibles : soit avoir le regard flamboyant, soit taper du pied de colère... Le deuxième personnage féminin n'a guère plus de chance : blonde et effacée, elle symbolise la parfaite  petite femme d'intérieur victorienne, n'ayant d'yeux que pour son orgueilleux mari. Si l'intrigue amoureuse semble assez vite menée, l'intrigue policière n'apparaît que tardivement et est diluée dans des considérations plus générales. Les nombreuses références littéraires sont plaisantes, cependant les multiples rebondissements ne compensent pas la lenteur et la langueur de l'histoire.

Autres avis : Cécile, Méalenn,

Premier roman lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou

Lecture "swap portrait of lady", bilan sur le site de Lou et Titine.

Elizabeth Braddon, Aurora Floyd, Edition Joelle Losfeld,  555 p.

Posté par maggie 76 à 14:14 - - Commentaires [13] - Permalien [#]


11 mai 2010

Derrière le masque de Louisa May Alcott : ISSN 2607-0006

 

52997102

Derrière le masque est un roman, qui vient singulièrement briser l'image sage de la romancière Louisa May Alcott. Mlle Muir, gouvernante de son état vient d'arriver dans la famille Coventry. Elle apparaît comme une créature pauvre, serviable, et sait se faire aimer de tous mais elle semble avoir parfois des regards ou un comportement étranges. Dès la fin du chapitre I, le lecteur apprendra avec stupéfaction qu'elle n'est pas ce qu'elle paraît  : la jeune fille si réservée, si blonde, et si charmante se métamorphose d'un coup : " Toujours assise par terre, elle dénoua et ôta les longues et abondantes tresses qui lui entouraient la tête, essuya le rose de ses joues, retira plusieurs dents de perle et enleva sa robe ; elle apparut alors telle qu'elle était, en effet : une femme d'au moins trente ans, décharnée, usée, ténébreuse." Quel secret cache la jeune fille ? Tour à tour, telle une sirène d'Homère, elle séduit, Mr John, le maître des lieux, puis le jeune Edward... Quel but poursuit cette créature changeante ? Mlle Muir sème le doute dans l'esprit du lecteur : quel est le rôle de Sidney,  ami de la famille Coventry et fils de Lady Sidney qui a introduit la jeune gouvernante dans la famille ? Quel dessein l'a amenée chez les  Coventry ? Pourquoi ce déguisement ?

Louisa May Alcott sait tenir le lecteur en haleine même si les ficelles de l'intrigue sont peu subtiles."  Elle s'en alla, et sir John allait se retirer aussi silencieusement qu'il était venu quand l'étrange conduite de Mlle Muir l'arrêta. Elle lâcha le livre, étendit les bras sur la table, y enfouit la tête et éclata en sanglots convulsifs, comme incapable de se contenir davantage. Bouleversé et confondu, sir John s'esquiva. Mais toute la nuit, le gentilhomme au coeur si tendre se perdit en conjectures au sujet de l'intéressante jeune gouvernante de sa nièce, ignorant tout à fait qu'elle avait eu l'intention qu'il en fût ainsi". Tel un nouveau Tartuffe, elle semble cacher un terrible secret et perturbe toute la famille : est-ce un amour malheureux avec Sidney, comme semble bientôt le croire Gérald, l'aîné des Coventry ? On peut donc reprocher à ce roman certaines facilités et notamment le manque de délicatesse et de finesse psychologique : les personnages passent de la rage au désespoir, de la haine à l'amour, en un clin d'oeil. Tout est outré, excessif et pourtant la magie opère et le lecteur reste suspendu aux pas de Mlle Muir.

Surtout l'étrange fin et le caractère atypique de l'héroïne participent du charme de ce petit roman, qui se lit avec plaisir, mettant l'intrigue extravagante au-dessus de la vérité psychologique et de la vraisemblance des événements. L'héroïne est à rapprocher d'une Lady Susan austennienne, même si l'écriture n'en n'est pas aussi subtile... Lecteurs, vous passerez quelques heures surprenantes en compagnie de ce roman agréable et léger de Louisa May Alcott.
Différents avis sur ce roman : Lou, Bladelor.
Derrière le masque de Louisa May Alcott, Interférence, 213 p.

Posté par maggie 76 à 19:18 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

09 mai 2010

La main de Dieu de Yasmine Char : ISSN 2607-0006

52874839

Quatrième de couverture
" Il y a une jeune fille, quinze ans, qui court le long d'une ligne de démarcation. Il y a le Liban, ce pays depuis si longtemps en guerre qu'on oublie parfois depuis si longtemps en guerre, il y a l'amour. L'amour de la jeune fille, pur comme un diamant : pour le père, pour l'amant, pour la patrie. Grande absente, la mère ne sait rien de cet amour. Elle est partie sans laisser d'adresse. La jeune fille ne sait pas comment faire pour grandir là tiraillée entre deux cultures, happée par la violence. Alors elle court. C'est l'histoire d'une fille en robe verte qui virevolte dans les ruines, qui se jette dans les brase d'un étranger, qui manie les armes comme elle respire. L'histoire d'une adolescente qui tombe et se relève toujours".
La narratrice, une jeune libanaise, livre ses blessures personnelles comme le départ et l'absence d'une mère, puis la dépression de son père. Mais elle parle aussi de la blessure que la guerre  civile libanaise lui inflige. Le personnage est scindé entre un "je" et un "elle" qui sert à la désigner selon ses actions, et l'Orient et l'Occident. Sa mère étant française, elle s'attache irrémédiablement à un reporter de guerre français, dont elle ne sait rien. Mais qui est-il vraiment ?

Est-ce la haine et la colère qui émane de ce roman qui empêche d'adhérer à cette histoire ? La langue et les images évoquées sont souvent brutales, crues, comme les premiers mots du récit : " Un matin à dix heure trente, alors que je fumais ma première cigarette à la table d'un bistrot, un homme m'a dit : vous êtes une tueuse. Je n'ai pas su comment le prendre. Cet homme, je ne le connaissais pas. Je ne lui en ai pas voulu".
Est-ce la confusion du récit, qui évoque pêle-mêle la condition de la femme, la question de l'enfance, de la religion ? L'émotion de la jeune adolescente est traduite par une écriture hachée et des phrases brèves. La narration elle-même est  morcelée en petits chapitres, qui créent des ruptures abruptes. L'intrigue est ainsi diluée dans de multiples réflexions.
Ce bref roman n'est pas complètement dénué de thèmes intéressants ou de qualités - l'écriture se fait d'ailleurs plus poétique vers la fin du roman - mais il ne donne qu'une image en filigrane du Liban et la narration semble hâtive ou inaboutie ; même si l'intrigue réserve une surprise finale...

Yasmine Char, La main de Dieu, Folio, 121 p.
Avis de Fleur, Lou, Malice, Kathel, Mango...Cathulu.

Posté par maggie 76 à 06:22 - - Commentaires [9] - Permalien [#]

07 mai 2010

La place d'Annie Ernaux : ISSN 2607-0006

113148335_o


"Il n'est jamais entré dans un musée, il ne lisait que Paris Normandie et se servait toujours de son Opinel pour manger. Ouvrier devenu petit commerçant, il espérait que sa fille, grâce aux études, serait mieux que lui.
Cette fille Annie Ernaux, refuse l'oubli des origines. Elle retrace la vie et la mort de celui qui avait conquis sa petite "place au soleil. Et dévoile aussi la distance, douloureuse, survenue entre elle, étudiante, et ce père aimé qui lui disait : "Les livres, la musique, c'est bon pour toi. Moi, je n'en ai pas besoin pour vivre". Ce récit dépouillé possède une dimension universelle" (Quatrième de couverture)

" Comme de l'amour séparé" :
La narratrice relate sa relation avec son père avec un ton distant, froid. Au seuil du récit de la vie de son père, elle noue le pacte autobiographique : "Aucune poésie du souvenir, pas de dérision jubilante. L'écriture plate me vient naturellement, celle-là même que j'utilisais en écrivant autrefois à mes parents pour leur dire les nouvelles essentielles". A travers une écriture empruntant les mots et les expressions de son père, elle raconte l'histoire, sans fard, de ce père vivant dans une campagne rude, normande. Simplement, elle donne des explications sur son écriture, les raisons qui l'ont poussée à écrire. Dès le début du récit, elle lie deux événements : la mort de son père et l'achèvement de ses études de Lettres Modernes. Les phrases brèves, nominales semblent ressusciter les souvenirs d'une manière brute, ceux d'un monde aboli où Annie Ernaux devenue professeur titulaire n'a plus sa place : "J'écris peut-être parce qu'on n'avait plus rien à se dire".
Portrait d'un homme, hommage discret à un père, cette autobiographie, qui refuse l'effusion sentimentale, reste poignante dans la mesure où elle montre comment la vie nous sépare même de ceux que l'on aime.

Annie Ernaux, La place, Folio,  114p.
Lu dans le cadre du challenge autobiographique de Bleue et Violette.

Posté par maggie 76 à 18:16 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

05 mai 2010

Xingu d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

52762215

Mrs Ballinger et ses amies, de la bonne société américaine, toutes plus vaniteuses les unes que les autres, ont décidé de recevoir  la célèbre romancière Osric Dane. Dans le club de lecture qu'elles forment, elles se veulent des "chasseresses de l'érudition" et Mrs Ballinger se veut avant-gardiste : "C'était là toute sa fierté : marcher au rythme des Idées du temps présent, et elle mettait un point d'honneur à ce que les livres disposés sur sa table exprimassent cette position avant-gardiste". Quant à Mrs Leveret, elle garde un livre de Citations classées mais n'est capable de retenir qu'une phrase : "Ce Léviathan que vous avez formé pour se jouer dans l'abîme" ! Face à ces lectrices ridicules et orgueilleuses, Osric Dane se montre grossière et méprisante. Seule Mrs Roby, déconsidérée par ces dames, finit par les mystifier. Quelle est leur dernier sujet de conversation, qui les a tenues en haleine, toute l'année ? Le "Xingu" selon Mrs Roby...
Vous apprendrez ce qu'est le "xingu" en lisant cette petite nouvelle d'Edith Warthon qui se moque de la prétention des lectrices mais aussi des écrivains vaniteux. Voici, par exemple, la définition du club par Mrs Ballinger : " "le but de notre club [...] est de regrouper, au plus haut niveau, tout ce que Hillbridge compte de courants de pensées ; de rassembler, de canaliser toute cette énergie intellectuelle." ! Amusante énigmatique, distrayant, ce court récit d'Edith Warthon fustige les travers d'un société new-yorkaise imbue d'elle-même et par là, ridicule. Ce récit vif et féroce caricature des femmes futiles, des nantis new-yorkaises à l'esprit étroit et mesquin. Un beau tableau acerbe où règne les faux-semblants...

Lu dans le cadre du challenge Edith  Warthon de Titine.

Lu aussi par Lou, Malice, Mea...

Xingu, Edith Warthon, Mille et une nuits, 60 p.

autres nouvelles de la romancière : Le triomphe de la nuit

Posté par maggie 76 à 14:23 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

03 mai 2010

Les cinq cents millions de la Begum de Jules Verne : ISSN 2607-0006

52633387

Dans Les cinq cents millions de la Begum, point de voyages en ballon ou dans un sous-marin, mais ce roman aborde des questions de la science et de la morale, illustrées par l'affrontement de deux personnages antinomiques : le docteur Sarrasin et le savant Schultz. Le savant français Sarrasin, à Brigthon, participe à un congrès lorsqu'il apprend soudainement, qu'il est le seul héritier d'une immense fortune, léguée par un grand-oncle, s'élevant à cinq cents millions de francs, somme considérable. Comment Sarrasin va-t-il employer tout cet argent ? Intègre, il décide de fonder France-ville, une cité où l'hygiène permettrait un mieux-être de la population. Cette utopie va-t-elle se réaliser ? Déjà, un savant allemand, Schultze, prétend à la moitié de l'héritage, dont l'intention est "la destruction de tous les peuples qui refuseraient de se fusionner avec le peuple germanique".

C'est de manière plaisante que J. Verne nous conte son histoire, grâce à des commentaires, parfois railleurs d'un narrateur omniscient,  des personnages caricaturaux et certaines scènes comiques. Voici la description du Lord, qui préside le congrès : " Une face blafarde et glabre, plaquée de taches rouges, une perruque de chiendent prétentieusement relevé en toupet sur un front qui sonnait le creux, complétait cette figure la plus comiquement gourmée et la plus follement raide qu'on put voir. Lord Glandover se mouvait tout d'une pièce, comme s'il avait de bois ou de carton-pâte. Ses yeux même semblaient ne rouler sous leurs arcades orbitaires que par saccades intermittentes, à la façon des yeux de poupée ou de mannequin" ou description d'une foule de savants apprenant une bonne nouvelle : " " Je [Sarrasin] vous fais juges, et vous-mêmes vous déciderez du meilleur emploi à donner à ce trésor !... (Hurrahs, Agitation profonde. délire général. Le congrès est debout. Quelques membres, dans leur exaltation, sont montés sur les tables") etc...

La narration simple, sans complexité, n'est pas dénuée de suspense et de rebondissements multiples : Marcel, un jeune homme, qui aide Sarrasin à lutter contre son rival allemand,  cherche à déjouer les plans diaboliques de Schultze et s'infiltre dans la cité de l'ennemi : il cherche à percer, inlassablement, le secret de ce dernier. Mais quel est ce secret ? Les digressions historico-géographiques et scientifiques n'alourdissent pas ce récit. Elle souligne la rivalité des deux pays, avec en arrière-fond la guerre de Franco-prussienne de 1870. Ce roman témoigne d'ailleurs du curieux sentiment nationaliste, présent dans maints romans européens de l'époque et s'exprimant à travers des préjugés.

Le livre est agréable à lire, comportant cette part de " bonne humeur railleuse" ou de "légèreté aimable", qui caractérisait Verne dans la vie, et est d'autant plus agréable à feuilleter qu'il est  accompagné des délicieuses illustrations originales des éditions Hetzel, de L. Bennet : fidèles au récit, elles agrémentent la lecture et créent une atmosphère désuète. Cette lecture vous fera passer, chers lecteurs, un agréable moment...

Lecture pour le défi "J'aime les classiques" , mois de mai, organisé par Marie L
Les cinq cent millions de la Begum, Jules Verne, Livre de Poche, 242 p.

Posté par maggie 76 à 00:02 - - Commentaires [6] - Permalien [#]