1001 classiques

21 mai 2018

A l'orée du verger de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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La genèse d'un livre peut être tout à fait étonnante. C'est en lisant un livre sur les jardins et notamment un passage sur les pommiers ( mais aussi une trilogie romanesque sur la vie des colons en Ohio) que soudain son histoire a germé déclare, dans les remerciements, Tracy Chevalier. Deux voix alternent pour raconter, tout d'abord, leur installation dans un milieu hostile : le père James Goodenough et sa femme Sadie. Ils ont plusieurs enfants ( Sal, Robert, Martha, Caleb et Nathan), qui les aident à vivre dans le Black Swamp, dans l'Ohio. Là, James veut faire pousser des pommiers contre l'avis de sa femme alcoolique, qui ne cherche qu'à fuir cet endroit recouvert de boue. On suit ensuite les tribulations de Robert, qui sillonne l'Amérique vers l'Ouest, jsuqu'en Californie, à travers des lettres envoyées à sa famille. Son nomadisme l'amène à être chercheur d'or, cow-boy... mais aussi botaniste.

S'inspirant de  personnages réels comme John Chapman ( le voisin des Goodenough dans le Black Swamp) et William Lobb ( herboriste), comme dans son précédent roman La dernière fugitive, l'arrière plan historique et social avec la vie des colons, la ruée vers l'or, l'herborisation, la découverte des séquoïas en Californie est tout à fait passionnante. A travers le destin de ses personnages, Tracy Chevalier retrace une partie de l'histoire américaine. 

Cependant, malgré des efforts pour renouveller la narration, la forme de ce récit est assez cahotique, cousu de fils blancs. On assite donc à une alternance de voix, de lettres, de récit, qui permet de dramatiser cette histoire. Pourtant, on n'arrive pas à s'attacher à ces personnages, antipathiques, peu approfondis. Paradoxalement, ce livre provoque de l'intérêt pour son sujet ( la vie des colons et les découvertes botaniques) mais de l'ennui pour ses personnages...

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, folio, 390 p.

autres romans de l'auteur : La jeune fille à la perle, La dernière fugitive, Prodigieuses créatures

Merci Folio pour ce partenariat.

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16 mai 2018

Fallet, Hultkvist et Richard Ulvshammar : ISSN 2607-0006

DcB296aWsAEUC9vCette série suédoise ravira les fans des romans ou séries policières nordiques. Dans une petite commune de Norrbacka, deux médiocres inspecteurs ( Sophie Borg et un agent britannique Tom Brown) doivent faire équipe avec un incompétent chef de police Klas Wall, pour résoudre un meurtre parfaitement sordide, avec un cadavre découvert dans une lugubre forêt. On a l'impression de nager en plein "nordic noir" mais il n'en est rien : Fallet parodie la vogue des polars nordiques.

Cette série présente tous les codes de séries policières mais en les détournant : la victime est retrouvée avec une Bible dans le corps. Crime satanique ? Un indicateur met Sophie Borg sur la piste d'un homme d'affaire, mauvais homme selon lui, mais l'informateur encapuchonné, qui déguise sa voix, est aussitôt démasqué par Sophie. Cette piste d'ailleurs se dénouera par un comique de situation. Les stéréotypes s'accumulent. Lors de la rencontre entre Klas Wall et son collègue britannique, chacun est enthousiaste : l'un compare son homologue anglais à Barnaby et l'autre à Wallander. Une opération d'infiltration est menée dans les milieux de combats illégaux. Que choisit Klas comme mot désignant un danger ? " Henning Mankell". Son fils, en plein danger, l'oublie et cite tour à tour "Annie Holt, Indridason" etc... D'ailleurs, le maladroit Klas Wall ne cesse de divulger des informations à la presse, se référant au roman Millenium de Larsson !

En 8 épisodes de 28 minutes, tout en jouant de situations attendues, l'intrigue arrive non seulement à nous faire rire mais aussi à nous surprendre. Une bonne série policière parodique à découvrir !

Fallet de Hultkvist et Richard Ulvshammar, série suédoise, Netflix, 2017

Sur le web : article de Sébastien Mauge ici " fortiches pastiches de séries"

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12 mai 2018

Mémoire de fille d'Annie Ernaux : ISSN 2607-0006

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photo collection de l'auteur

On retrouve le style autobiographique d'Annie Ernaux dans Mémoire de fille. Comme si La place était une oeuvre matricielle, les thèmes de la honte, de la place sociale et une réflexion sur l'écriture sont à nouveau présents dans cet écrit : doit-elle écrire à la première personne ou doit-elle dire "elle" pour ce "je" de l'année 58 qu'elle n'est plus ("Dans ces conditions, dois-je fondre la fille de 58 et la femme de 2014 en un "je" ?" "p. 23 )? Pourquoi écrire ? L'auteur délivre aussi la genèse de son récit : " Est- ce que je n'ai pas voulu, obscurément, déplier ce moment de ma vie afin d'expérimenter les limites de l'écriture, pousser à bout le colletage avec le réel [...], m'acharner à dénoncer une imposture".

Annie Ernaux tente donc de dire le réel, les expériences sexuelles, l'année de ses 17 ans ( elle cite des lettres, décrit des photographies, elle se rend sur les divers lieux cités...) mais l'art (et les livres) est capitale dans la compréhension de ce réel, comme elle l'écrit dans une lettre envoyée à une amie en 1961 : " Je me cloître, trouvant le repos pascalien dans ma chambre. Mes meilleurs moments sont ceux où, vers 5 heures, je regarde derrrière une vitre le soleil se coucher. Le froid pétrifie tout au-dehors et je viens de travailler 4 heures de rang. La sombre bibliothèque municipale me convient aussi [...] il y a ce mot de Nietzche que je trouve si beau : Nous avons l'Art pour ne point mourir de vérité" (p. 161)

Lisons-nous donc un livre similaire aux précédents ? Le titre Mémoire d'une fille semble entrer en résonnance avec Les mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, figure littéraire convoquée à plusieurs reprises. A. Ernaux a mis au coeur de cette oeuvre, non pas la figure paternelle comme dans La place ou sa mère comme dans Une femme mais la sexualité de la femme et son destin, notamment les choix d'une vie. Sans lyrisme, sans provocation et sans affectation, elle décrit la condition féminine dans les années 58.

La lecture du deuxième sexe de Simone de Beauvoir lui apporte un modèle et des réponses. Elle qui évoque tant ses études, qui ont creusé un écart avec sa famille, elle aborde enfin la place des livres dans la construction de son identité : la lecture lui fournit des concepts pour comprendre l'expérience amoureuse qu'elle a vécu avec un homme et un exemple de modèle féminin. Ce livre qui rend discrètement hommage à l'auteur de la Force de l'âge sort à point nommé dans la collection folio poche, au moment où cette dernière va entrer dans la collection de la Pléiade, véritable consécration.

Annie Ernaux, Mémoire de fille, folio, 165 p.

Autres récrits de l'auteur : La place, la honte, une femme, Regarde les lumières mon amour

Billet de Lilly. Merci Folio pour ce partenariat

 

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10 mai 2018

L'île aux chiens, Wes Anderson : ISSN 2607-0006

L'ÎLE AUX CHIENS Bande Annonce VF (2018)

Sous des couleurs, d'ailleurs très personnelles au réalisateur, chatoyantes et une histoire où les héros sont un enfant et des chiens, Wes Anderson abordent des sujets contemporains tels que la dictature, le traitement des déchets, l'exclusion... Dans un Japon futuriste et dystopique, les chiens sont atteints d'une grippe canine qui amène le maire Kobayashi de Magazaki à les exiler sur une île. Le fils adoptif du maire, Atari, attaché à son chien Spots, décide d'aller le chercher. Là, cinq chiens vont l'aider dans sa quête. Parallèlement à cette histoire, on suit les activités d'un groupe d'étudiants, qui veulent dénoncer les manigances du maire, ses agissements illégaux pour faire subir à la population un lavage de cerveaux.

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5 cartons permettent de découper cette histoire en chapitres : les références cinématographiques et littéraires sont nombreuses comme un duel comiques entre chiens parodiant les westerns. Outre, le découpage en chapitre, Atari fait aussi un haiku et des légendes japonaises sont convoquées.

Mais L'île aux chiens n'est pas seulement une débauche d'effets visuels : à travers le meurtre du leader pro-canin, on découvre un régime totalitaire, où l'opposition est muselée. La création de camp de chiens et leur extermination n'est pas sans rappeler certains événements historiques tragiques. L'île où évoluent les héros se composent d'usines désafectées et de tonnes de déchets. Au rejet de tout un groupe animal, s'opposent les valeurs de courage ( Atari et la journaliste étudiante) et d'entraide ( les chiens).

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Au delà de l'aspect sociétal, ce film d'animation présente de magnifiques décors et le stop motion est impeccable. Les cadres dans les cadres, l'aspect très symétrique des plans esthétise les héros et leur environnement. Les matières aussi sont mises en relief dans les nuages cotonneux représentant la poussière, les montagnes de détritus en plastique... Ce film en stop motion est merveilleusement ornemental mais véhicule aussi de bonnes idées...

film d'animation de Wes Anderson, 2018, 1h41

Sur le web : "L'île aux chiens" : résistance canine à la mise au rebut" par MAthieu Macheret

billet de Dasola

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05 mai 2018

Un avant-poste du progrès/ Au coeur des ténèbres de conrad/ Apocalypse now de Coppola : ISSN 2607-0006

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De son voyage au Congo, Conrad, capitaine de navire, a ramené une expérience amère : il relate les atrocités vues dans son journal mais aussi dans Au coeur des ténèbres et Un avant-poste du progrès. Alors qu'il rend l'interprétation d'Au coeur des ténèbres problématique, Un avant-poste du progrès est clairement une critique du colonialisme. Il est l'un des premiers à travailler comme agent du colonialisme, au service de l'Angleterre, tout en en dénonçant les pratiques.   

Dans cette nouvelle, Kayerts et Carlier, deux agents de la compagnie commerciale du Congo belge, sont révoltés par les pratiques de Makola, un esclavagiste, qui fait partie de l'administration coloniale. Puis, l'inaction et l'isolement les rendent complètement indifférents à ce qui les entoure, ne pensant qu'aux profits qu'ils pourront faire. Ils pensent aussi apporter " La lumière, la foi et le commerce dans les zones ténébreuses de la terre"  (p. 47). Mais leur bêtise les amène à un destin tragique et rend évidente la dénonciation de l'entreprise colonialiste, son échec. "C'est Bouvard et Pécuchet au Congo", indique Mael Renouard dans son introduction (p. 8). Le titre ironique fait d'ailleurs penser à l'écriture flaubertienne.

Un avant-poste du progrès, Conrad, bibliothèque Payot, 94 p.

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 Au coeur des ténèbres a pour narrateur un marin, qui nous présente Marlow, qui commence le récit d'un voyage qu'il a effectué au Congo. Capitaine d'un navire pour une compagnie du Congo belge, il doit remonter le fleuve pour ramener Kurtz, un agent devenu fou dont on vante le "génie". Ce voyage confronte Marlow à l'horreur du colonialisme mais aussi à l'inhumanité des colons, à travers de nombreuses références à l'enfer. Cependant, le récit ne présente pas un sens aussi explicite que dans Un avant-poste du progrès, comme l'indique d'emblée le narrateur du récit cadre : "Et pour lui, le sens d'un épisode n'était pas à l'intérieur comme les cerneaux, mais à l'extérieur, enveloppant seulement le récit qui l'amenait au jour comme un éclat voilé fait ressortir une brume, à la semblance de l'un de ces halos vaporeux que rend parfois visibles l'illumination spectrale du clair de lune" (p. 33).

Cette longue nouvelle a été une déception pour les lecteurs victoriens, habitués à des romans d'aventures qui exaltent l'Empire britannique : ils découvraient, avec Au coeur des ténèbres, un roman sombre, aux descriptions morbides, où l'aventure est finalement absente. Lontemps lu comme un roman perssimiste sur la condition humaine, Todorov rappelle dans son article "Connaissance du vide : Coeur des ténèbres" la polysémie de ce voyage : cette nouvelle est une descente aux enfers, une découverte de l'insconscient mais aussi une " allégorie de la lecture", où "la connaissance du vide" semble désigner l'impossible accès à la vérité par la narration.

Au coeur des ténèbres, Conrad, Folio bilingue, 332 p.

Todorov, "Connaissance du vide : coeur des Ténèbres".

Apocalypse Now - Trailer

Même si Au coeur des ténèbres n'est pas crédité au générique, Apocalypse Now s'inspire librement de l'oeuvre de Conrad en transposant les événements au Vietnam. Comme Marlow, Willard doit aller rechercher le colonel Kurtz dans la jungle du Vietnam  car ce dernier mène une armée à son propre compte. Dans la version redux, le film montre aussi des colons français débattant de politique. Le propos du film semble s'éoigner de celui du récit en faisant une critique de la guerre mais on retrouve des visions hallucinées de la forêt, du voyage et une réflexion sur la condition humaine, le colonialisme. ce film grandiose a connu un tournage cahotique, véritable apocalypse pour le réalisateur comme le rappelle Rouyer dans sa présentation "Il était une fois... Apocalypse now".

Apocalypse Now, Coppola, Avec Marlon Brando, Martin Sheen, 1979, 3h14

Sur le Web : https://www.cineclubdecaen.com/realisat/coppola/apocalypsenow.htm

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01 mai 2018

C'est le premier, je balance tout ( mai 2018) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marine1) MES EXPOSITIONS

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En 1863, à la mort de Delacroix, Fantin-Latour rend hommage au peintre dans une huile sur toile le représentant au milieu d'écrivains tels que Baudelaire ou de peintres comme Manet. Le Louvre aussi lui rend hommage, cette année, en retraçant toute la carrière du peintre romantique à travers ses journaux montrés en milieu de parcours, ses carnets de dessins, ses prises de notes, ses traductions et ses portraits.

La mort de Sardanapale est emblématique de l'art de Delacroix : se reférant à une tragédie de Byron, le peintre a représenté le roi assyrien dans une débauche de couleurs, de luxe, de violence et de corps nus. Le mouvement et le désordre dominent dans ce tableau. Les influences littéraires prennent une grande place dans les thèmes des tableaux : Delacroix a peint aussi bien Dante et Virgile aux enfers en 1922 que Hamlet et Horatio au cimetière.

De nombreux tableaux reflètent aussi les thèmes romantiques du désespoir et de la solitude que ce soit dans Jeune orpheline au cimetière ou Le naufrage de Don Juan. Toute une partie est consacrée aussi à l'Orient et aux commandes publiques, tableaux moins connus et moins spectaculaires, car Delacroix a été tiraillé sa vie durant entre l'art et les nécessités matérielles.

Exposition Delacroix (1798-1863) du 29 Mars 2018 au 23 Juillet 2018 au Louvre, site ici.

Delacroix, une liberté toute romantique, René Grimaud, 110 p.,  geoart, Le monde.

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La mort de Sardanapale, Delacroix, 1827

2) MES FILMS

'Black Panther' Home Release Trailer

Il n'y a pas de politique dans Black Panther selon P. Rouyer (dans l'émission du cercle) mais le discours inverse est tenu par F. Saltiel dans le 28 minutes sur arte. Qu'en est-il ? T'Challa, la fameuse black Panther et roi du Wakanda, royaume d'une Afrique imaginaire, doit lutter contre Klaue qui cherche à voler les ressources du pays, le vibranium. Comme les traditionnelles adaptations des comics, Black Panther ne manque pas d'actions héroïques, de combats titanesques. Cependant, au cahier des charges attendu, le réalisateur Ryan Coogler a ajouté un conflit politique : le Wakanda doit-il rester en paix en ignorant les autres noirs souffrant dans le monde ou doit-il mener une politique internationaliste ? En outre, les images sont saupoudrés de références à la culture africaine et à l'histoire des noirs. Un super-héros supplémentaire ? Le film, valorise-t-il un message politique ? Les deux !

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14), 2018.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/02/14/black-panther-l-afrique-a-enfin-son-super-heros_5256544_3476.html#YEoqe7Lfohyct3MH.99

BUFFET FROID (bande-annonce)

 Depuis Les valseuses, Blier ne cesse de provoquer le spectateur et de refuser un cinéma " bourgeois". En quelques semaines, il a écrit Buffet froid : si le scénario paraît des plus étranges, c'est que le réalisateur n'a gardé que tout ce qui était " dingue" ( déclare-t-il dans les bonus). En effet, Alphonse ( joué par Depardieu), un chômeur, rencontre un quidam dans le métro, près de la Défense. ce dernier meurt de manière étrange : il désigne Alphonse comme son meurtrier mais ce dernier n'était pas présent au moment de sa mort puisqu'on le voit déambuler dans les couloirs de la station de métro. Un film policier ? A première vue, une enquête semble s'amorcer avec la présence d'un inspecteur venu s'installer dans le même immeuble qu'Alphonse mais on découvre assez rapidement que ce dernier n'hésite pas à tuer et évite d'arrêter les meurtriers. Commence une " mécanique du meurtres" où toutes les paroles et actions des acteurs paraissent absurdes. Ce film présente des similitudes avec le théâtre de l'absurde : "Le langage s'était désarticulé, les personnages s'étaient décomposés" ( Notes et contre-notes de Ionesco). Ce long métrage du réalisateur français contient un humour noir et une dimension réflexive, qui n'a pas du tout mal vieilli.

Buffet froid, Blier, 1979, avec G. depardieu, Michel Serrault, Carole Bouquet...

3) MES ACHATS

Quelques achats sont venus grossir ma PAL : deux livres d'Eric Vuillard, Mémoire de fille d'Annie Ernaux, A l'orée du verger de T. Chevalier et Une mémoire infaillible de S. Martinez

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01 avril 2018

C'est le premier, je balance tout (avril 2018) : ISSN 2607-0006

c-est-le-1er-je-balance-tout-banniere-bicolore-marine1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Bande-annonce - Le tombeau des lucioles

Beaucoup moins connu que Miyazaki, Takahata n'en laisse pas moins de très beaux animes comme Le tombeau des lucioles ou Pomkopo. Trillian fait une belle rétrospective illustrée, qui j'espère vous donnera envie de plonger dans le quotidien, les mythes et les contes japonais...

2) LES FILMS

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J'ai pu voir ce mois-ci Phantom thread d'Anderson et The disaster artist de James Franco. J'ai continué aussi l'exploration de l'univers de Denis Villeneuve avec Enemy... J'ai visionné Gone girl mais je trouve l'univers de Fincher assez banal, pas clairement identifiable ( même si ce thriller psychologique est réussi et qu'il contient de nombreux "twists").

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Oh ! Hi lecteurs ! ( début fétiche des répliques de Wiseau dans The room). The disaster artist raconte le biopic de Tommy Wiseau qui réalise un film The room, qui deviendra un nanar culte. Inspiré de l'autobiographie de Greg Sestero, le long métrage se déroule en deux parties : une première, plutôt pathétique où l'on voit les déboires d'acteur du fantasque Wiseau, puis, une seconde, partie comique, qui révèle le tournage de The room. Le film doit être surtout vu pour la prestation de James Franco, qui incarne complètement Wiseau : un split final permet de comparer les deux films - The room et The disaster artist - et en souligne les similitudes parfaites. Toutefois, on aurait aimé en savoir plus sur le tournage du film, notamment les choix artistiques qui ont conduit à la confection de ce nanar inénarrable et les motivations des deux réalisateurs ( Quelles sont les raisons qui ont poussé Wiseau à faire ce film ? Et James Franco ? Est-ce un hommage au réalisateur ? A The room ? A lui-même ?). Un excellent film !

The disaster artist de James Franco, 2018, 1h44, avec James Franco, Dave Franco...

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Comme dans Premier contact Villeneuve utilise un structure assez conventionnelle de film de la rencontre avec des aliens mais pour mieux en déjouer les attentes ( les aliens ne sont pas des ennemis et ils permettent surtout de développer un drame intimiste), dans Enemy, le réalisateur semble filmer une enquête, qui est bien plus symbolique et intimiste que ne le laissent penser les apparences : un professeur d'histoire, Adam, découvre qu'un acteur a exactement le même physique que lui. Il se met donc en quête de cette personne, fasciné par cette ressemblance. En revanche, il découvre une personnalité exactement inverse de la sienne. En suivant le fil rouge de la sculpture "Maman" de Louise  Bourgeois, le spectateur comprend peu à peu la dimension psychologique de cette quête, l'araignée ayant plusieurs signifiations dans ce film, elle nous laisse sur une interprétation ambigüe de la fin... En bonus sur le DVD, on peut visionner l'après-séance du fossoyeur de film qui développe ses propres interprétations. 

Enemy de Denis Villeneuve, 2014, 1h30, avec J. Gyllenhaal, Mélanie Laurent, Sara Gadon...

3) LES LECTURES

Peu de lectures ce mois-ci mais j'ai pu découvrir l'écriture autobiographique fascinante de Claude Simon et l'univers policier et historique de Férey. J'ai été déçue par l'écriture de Lola Lafon, même si le livre vaut la peine d'être lu pour son sujet : la vie de Nadia Comaneci.

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4) LES ACHATS

Après la lecture du billet de Lewrentz sur un auteur japonais, Higashino, j'ai acheté La maison où je suis mort, La prophétie de l'abeille et La lumière de la nuit. Quant au billet de Tania sur Patti Smith, elle m'a donné envie d'acquérir Les glaneurs de rêves.

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19 mars 2018

Condor de Caryl Férey : ISSN 2607-0006

Condor

Au Chili, dans la quartier de la Victoria, plusieurs adolescents décèdent, dans l'indifférence générale. Grabriella, une jeune Mapuche vidéaste, décide de faire appel à un avocat Roz-Tagle pour défendre leur cause : elle a cru voir des traces de drogue sur le nez de la dernière victime de quinze ans, le fils d'un ami. Celle-ci est aussi aidée de Stefano, un ancien militant du MIR qui a lutté contre Pinochet.

Le titre fait référence à l'opération Condor : on assassinait les opposants du régime, en s'appuyant sur la DINA. Quelques années plus tard, on retrouve ces anciens militants qui font face à leurs tortionnaires mais aussi la nouvelle génération, qui doit envisager l'avenir dans un pays dominé par le capitalisme, la corruption, la pauvreté. Roman politique, avec le passé du pays qui hante les personnages, Condor est aussi un ethno-polar : quelques passages font référence à la culture mapuche et aux autochtones du désert d'Atacama.

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"Salar" de Tara

L'écriture est sèche et nerveuse. Excepté une digression autour d'un récit écrit par Esteban et des larmes récurrentes, ce roman brasse incroyablement bien une grande diversité de thèmes et de lieux : s'appuyant sur des voyages, sur des rencontres au Chili et sur la lecture des livres de Pierre Kalfon, C. Ferey nous montre la vie dans les "poblaciones" avec des enfants vivant dans des décharges, des études inaccessibles au plus grand nombre, et l'histoire des habitants du "salar" de Tara. Même si les personnages ne sont pas très attachants ( un peu stéréotypés), Condor nous plonge au coeur de la tragique histoire et des paysages superbes du Chili post-dictatorial...

Condor, Férey, Folio policier, 500 p.

Sur le web : article "opération Condor : cauchemar de l'Amérique latine", Le monde diplomatique, 2001

Cliquez ici pour obtenir le livre sur Bookwitty.

Merci Folio pour ce partenariat. Lecture de partage de lecture

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16 mars 2018

Digital abysses de Miguel Chevalier : ISSN 2607-0006

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Miguel Chevalier est né à Mexico ( biographie ici sur son site) : diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris, il s'est imposé comme un pionnier de l'art virtuel et du numérique. Ce qui est frappant dans son oeuvre, c'est l'interaction entre ses oeuvres, le lieu d'exposition et les spectateurs. C'est donc dans la base sous-marine de Bordeaux - où domine le béton et l'eau - qui est un immense bunker, vestige de la Seconde guerre mondiale, qu'il choisit de montrer 10 installations monumentales liées aux fonds marins, les abysses.

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"Atlantide", 2015, Miguel Chevalier

Le visiteur est complètement immergé dans l'ombre : les oeuvres semblent bioluminescentes comme les organismes vivant dans les grandes profondeurs. On peut alors regarder des cabinets de curiosités rassemblant des sculptures imprimées en 3D s'inspirant de la faune et de la flore sous-marines. Puis, on traverse "la forêt de Kelp" : 4000 microstructures d'acier peinte en fluo et suspendues au plafond font penser à des algues... L'interaction se fait aussi par un système de "dripping électronique" : ce ne sont pas des jets de peinture que lance le visiteur mais son déplacement crée un mouvement sur "la peinture lumière" projeté sur un mur.

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"Cabinets de curiosités" de Miguel Chevalier

On peut même marcher sur des "digital abysses" qui se compose d'un tapis de bulles d'eau à la surface duquel se déplacent des organismes calqués sur des modèles existants. Lorsqu'on s'avance, ces organismes se déplacent, se développent et disparaissent... C'est une très belle expérience immersive dans un univers atypique, étrange et mystérieux...

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"Digital Abysses" de Miguel Chevalier
Digital Abysses 2018
Base sous-marine, Bordeaux, France,

Boulevard Alfred Daney
33300 Bordeaux
Exposition du 9 Mars au 20 mai 2018,

Du mardi au dimanche de de 13h30 à 19h

Sur le web : le site de Miguel Chevalier

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12 mars 2018

Le tramway de Claude Simon : ISSN 2607-0006

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Le tramway forme un triptyque autobiographique, avec L'acacia et Le jardin des plantes, qui  tisse trois liens : enfant, Claude Simon prenait un tramway qui l'amenait du collège à sa demeure. Il décrit aussi les lieux traversés avec une extrême précision. Ce n'est pas un hasard si les romanciers du Nouveau Roman ( comme Butor, Sarraute, Robbe-Grillet) étaient appelés "l'école du regard". Cette minutie dans les descriptions dit aussi la difficulté de décrire le réel : on  est loin des écrivains du XIXeme siècle qui écrivaient des romans comme "un miroir que l'on promène le long du chemin" ( Stendhal, Le rouge et le noir). A ces trajets, s'ajoutent la description d'un séjour à hôpital et des vacances du narrateur (peut-être peut-on y voir un parallèle entre la maladie de la mère et du fils...).

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Monument aux morts de Perpignan ( site l'association des lecteurs de Claude Simon)

Pourquoi faut-il lire Claude Simon ? Son écriture est référentielle (il décrit par exemple le monument aux morts de Perpignan) mais le désordre de la narration montre le travail mémoriel, les bribes de mémoires qui reviennent... L'emboîtement des parenthèses soulignent bien "le magma" des phrases qui se bousculent :

"[...] taciturne assemblé dont, des années plus tard, je devais me souvenir avec le même sentiment de dérisoire privilège ( quoique sachant qu'il n'y avait là qu'une tolérance) d'appartenir à une sorte d'élite dans l'étroite et étouffante puanteur du vestibule d'une baraque refermée la nuit par les gardiens et où chaque soir se tenaient cinq ou six ombres aux vêtements eux aussi élimés et souillés (avec cette différences qu'ils (les vêtements) avaient été des uniformes et que, dans les effroyables émanations des latrines d'urgence qu'enfermait aussi l'étroit vestibule où leur présence était tolérée, leur élitisme tenait seulement à la possession par ruse, larcin, ou quelque trafic clandestin, de la seule valeur marchande ayant cours dans un tel endroit, c'est-à-dire ( comme en témoignaient de semblables mégots roulés à la main, ventrus, bosselés, baveux, et fumés jusqu'à l'extrême limite) de tabac)" (p. 17. nous soulignons)

On remarque aussi "l'ère du soupçon" ( N. Sarraute) dans laquelle est entrée l'écriture : l'auteur de L'Acacia indique aussi entre parenthèses les référents des "ils" comme si la langue n'était plus transparente, une langue qui est faite de répétition et d'accumulation. Il ne faut pas avoir peur de se perdre dans cette écriture simonienne qui est labyrinthique comme les souvenirs, les pensées. Il faut relire les phrases plusieurs fois pour ressaisir le fil de l'histoire. C. Simon avait comme modèle Proust et Faulkner. Il pousse même plus loin "l'aventure de l'écriture" ( expression de Ricardou) puisque l'auteur commence des paragraphes interrompus par des points de suspension, ne marque plus le dicours direct par des guillemets, et fait proliférer ses phrases et ses descriptions sur des pages entières. ci-dessous : un passage entre parenthèses sur deux pages, sans poncutation...

C

Une critique sociale transparaît dans la présentation de la bonne de la famille et de la "société" : on n'est pas loin des Verdurin de la Recherche. De facto, l'auteur fait référence explicitement à Albertine et à Marcel Proust (p. 54) pour souligner l'hypocrisie et le snobisme de ce microcosme, qu'il qualifie de "réactionnaire et d'ultra catholique". C'est toute une époque que fait mélancoliquement et sinueusement resurgir Le tramway de Claude Simon. L'écriture exigeante et difficile dit bien "le brouillard" des souvenirs : " comme si quelque chose de plus que l'été n'en finissait pas d'agoniser dans l'étouffante immobilité de l'air où semblait toujours flotter ce voile en suspension qu'aucun souffle d'air ne chassait, s'affalant lentement, recouvrant d'un uniforme linceuil les lauriers touffus, les gazons brûlés par le soleil, les iris fanés et le bassin d'eau croupie sous une implacable et protecteur brouillard de la mémoire".

Le tramway de Claude Simon, Editions de minuit,

Le discours de Stockholm, Claude Simon, Les éditions de Minuit,

Sur le web : L'association des lecteurs de Claude Simon

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