1001 classiques

29 mars 2020

Kingdom de Kim Seung-Hun : ISSN 2607-0006

Encore une série avec des zombies après ceux du classique La nuit des morts-vivants de Romero, des zombies sud-coréens dans Dernier train avant Busan, des zombies comiques de Shaun of the dead et des zombes récents et décalés de The dead don't die de Jarmusch...! Pourtant, les deux saisons de Kingdom réalisé par Kim Seung Hun ( connu pour Tunnel sorti en 2017) méritent d'être vues : la série ne repose pas sur le gore, même si on tranche des têtes à tour de bras, mais la pandémie se propage sur fond de réalités sociales, historiques, politiques.

 Dans la Corée médiévale de l'ère Joseon, deux clans luttent pour le pouvoir. Le clan Haewon Cho est prêt à tout pour régner dans le pays en évinçant le prince héritier Chang. L'abominable seigneur Cho décide même de faire revivre le roi mort en attendant que sa diabolique fille, enceinte, donne naissance à un héritier. Dans le pays, où le peuple meurt de faim, se répand une horde de morts-vivants. Certains se sacrifient pour aider le prince Chang à découvrir la vérité sur cette pandémie, d'autres s'enfuient pour sauver leur peau...

D'un épisode à l'autre, de la saison 1 à la saison 2, la tension grandit : l'épidémie évolue et on n'est jamais bien sûr de la mort d'une personne. En parlant de mort, il faut rappeler que comme dans Game of Thrones, aucun personnage n'est à l'abri d'une mort brutale ou subite même pas les personnages principaux... Le suspense est aussi maintenu par les intrigues curiales : jusqu'où ira l'ambition dévorante du clan Cho ? qui empoisonnera qui ? Qui se fera dévoré ? qui régnera ? A côté de ces personnages machiavéliques et abominables, se dessine en creux le portrait du bon prince, Chang, aussi courageux qu'actif, sachant courir comme un guépard sur les toits du palais royal et manier le sabre comme un samouraï.

Et comme c'est une série sud-coréenne, on a forcément une hybridation des genres complètement réussie : parmi tous ces sombres personnages, on voit évoluer un duo comique avec une femme médecin téméraire, suivie d'un falot magistrat aussi lâche que bruyant. Aux scènes d'actions succèdent des scènes de dénonciation du comportement des puissants qui veulent à tout prix sauvegarder les traditions, quitte à mettre les autres en danger et aux sublimes paysages, ainsi qu'aux magnifiques costumes essentiellement portée par la fille du clan Cho, succèdent des villages insalubres.

kingdom-img-une3De nombreux retournements de situations, des personnages secondaires attachants, des plans audacieux notamment les scènes aquatiques (photogramme ci-dessous) dans la saison 2, et des sujets

Kingdom © Netflix

de réflexions très bien amenés vont vous faire aimer ce period drama sud-coréen, adapté d'un webcomic Land of the gods.

Kingdom, de Kim Seung Hun, saisons 1 et 2, Netflix, 2019.

sur le web : Sorin Etienne, "Kingdom, la série sud-coréeene de Netflix délpoie les moyens du grand écran", Le Figaro, mis en ligne le 26 mars 2020. URL :  https://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/kingdom-la-serie-sud-coreenne-de-netflix-deploie-les-moyens-du-grand-ecran_d575bc54-6f61-11ea-916b-6184e2949cca/

Langlais Pierre, "Kingdom sur Netflix, la série coréenne qui nous réconcilie avec les zombies", Télérama, mis en ligne le 25 janvier 2019. URL : https://www.telerama.fr/series-tv/kingdom-sur-netflix,-la-serie-coreenne-qui-nous-reconcilie-avec-les-zombies,n6090918.php

Ono-dit-biot Christophe, "Kingdom, l'épidémie vaincue à coups de sabre", Le point pop, mis en ligne le 23 mars 2020. URL : https://www.lepoint.fr/pop-culture/kingdom-l-epidemie-vaincue-a-coups-de-sabre-23-03-2020-2368296_2920.php#

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Kingdom © Netflix

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25 mars 2020

Dans la forêt de Jean Hegland : ISSN 2607-0006

Les dystopies et les romans post-apocalyptiques se multiplient reflétant les angoisses face aux catastrophes climatiques, industrielles, nucléaires... Aux célèbres romans tels que La servante écarlate de MArgaret Atwood, Le mur invisible de Haushofer, le paradoxe de Fermin de Boutine... s'ajoute Dans la forêt de Jean Hegland. En Amérique, il est devenu un best-seller adapté par Patricia Rozema.*

L'auteur imagine l'histoire de deux soeurs confrontées à l'extinction progressive de la civilisation - à commencer par l'absence d'électricité, puis l'absence de magasins, d'essence - et ne recherche pas le spectaculaire mais propose une vie pausible sans progrès scientifique. Une fois tout détruit, il ne reste que la nature, l'art et la littérature. L'art est incarnée par l'âinée Eva, qui s'est découverte une passion pour la danse très jeune et la littérature par la cadette Nell, passionnée par la lecture de l'encyclopédie. Malgré les difficultés, les deux soeurs apprennent à survivre dans leur maison isolée en Californie en s'appuyant sur la transmission des savoirs de leurs parents, qui vivaient déjà sans surconsommer, et des livres.

"La collaboration de la terre et de l'eau"

Cette fiction présente un modèle crédible de survie, dans une nature effrayante avec ses animaux sauvages mais aussi pleine de ressources. Elle s'inspire du destin de deux femmes réelles Sally Bell et Lone Woman, qui a survécu pendant une vingtaine d'années, seule sur une île de Californie. Le roman de Jean Hegland n'est pas particulièrement original - c'est lisse et même vaguement ennuyeux - mais il propose une vision optimiste de la fin de notre civilisation, avec un certain réalisme même si les dernières lignes sont porteuses de mysticisme...

Qui plus est, la lecture douce et fluide de Maia Baran nous fait immédiatement entrer dans cette histoire racontée par Nell, une jeune fille de 17 ans, qui tient un journal. Sa voix jeune convient parfaitement pour ce récit fait par une jeune fille encore naïve, pas sortie de l'adolescence.

Ce récit a l'avantage de rendre accessible la science-fiction et le roman de nature writting. C'est aussi un "miroir du réel, un outil de compréhension du monde"** rempli d'espoir contrastant avec des romans sensationnalistes ou pessimistes comme Je suis une légende de Matheson. Dans la forêt n'est pas un roman d'une grande orgininalité, les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais le récit rappelle l'importance de la nature et donne une place importance aux femmes tout en nous faisant penser le monde autrement, ce qui est déjà pas si mal !

Dans la forêt, Jean Hegland, Audiolib, lu par Maia Baran, France, 1 CD, 10h02, juillet 2019.

* Into the forest, Patricia Rozema, 2016, 1h41 avec Ellen Page et Evan Rachel Wood

** Estienne d'Orves Nicolas, "Et la science devint fiction", Hors-srie, Le point POP, Les chefs d'oeuvre de la science-fiction, novembre-décembre 2018.

Prix Audiolib 2020

Sur le web : billet de Claudia, Lirelyne

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask
Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C'est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)[...]
https://www.franceculture.fr

INTO THE FOREST Trailer (2016)

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22 mars 2020

Le curé de Tours de Balzac : ISSN 2607-0006

Le curé de Tour

Quelle catégorie sociale Balzac va-t-il dépeindre dans Le curé de Tours ? Le clergé évidemment mais plus globalement les célibataires. Effectivement, on a les portraits antithétiques de deux hommes d'Eglise dans l'incipit de la nouvelle : l'abbé Birotteau est un homme simple, rond, joyeux. En revanche, le machiavélique abbé Troubert est "grand et sec", une figure avec une "expression pleine d'ironie ou de dédain", " une sombre physionomie" (p. 56). Leur antagonisme éclate lorsque le pauvre abbé hérite du logement de l'abbé Chapeloup, tenu par Mademoiselle Gamard.

Cette dernière harcèle le pauvre abbé lorsqu'elle s'aperçoit qu'il préfère la compagnie de la baronne de Listomère, vieille fille aristocratique tourangelle. Avec l'aide de l'abbé Trouvert, elle met en place mille mesquineries pour s'emparer de l'héritage de l'abbé Birotteau. Tout ceci se met lentement en place, le temps que Balzac plante le décor (la cathédrale Saint-Gatien), les habitudes de ses personnages, qui sont tous antipathiques, cupides et détestables. Même l'auteur de La comédie humaine se moque de ces petits événements ennuyeux, de ces querelles de chapelle : " C'était le combat du peuple et du sénat romain dans une taupinière, ou une tempête dans un verre d'eau" ( p. 90)

Soudainement, la vieille Gamard meurt et apparaît le génie balzacien ! Outre la peinture de célibataires - curés et vieilles filles - l'auteur de César Birotteau, le frère de l'abbé, entame le véritable sujet de son drame : la mainmise de l'Eglise sur l'Etat sous la Restauration. Madame de Listomère soutient le pauvre abbé mais elle se heurte à Troubert qui gravit les échelons écclésiastiques et possède le pouvoir de ruiner la carrière de son neveu, le baron de Listomère. Commence alors un formidable duel entre la baronne et Troubert qu'on peut résumer dans un génial duel langagier où le monologue intérieur apparaît en italique :

- "Le mal est fait, madame, dit l'abbé d'une voix grave, la vertueuse mademoiselle Gamard se meurt. (Je ne m'intéresse pas plus à cette sotte fille qu'au prêtre Jean, pensait-il; mais je voudrais bien vous mettre sa mort sur le dos, et vous en inquiéter la conscience, si vous êtes assez niais pour en prendre du souci.).

- En apprenant sa maladie, monsieur, lui répondit la baronne, j'ai exigé de monsieur le vicaire un désistement que j'apportais à cette sainte fille. (Je te devine, rusé coquin ! pensait-elle ; mais nous voilà mis à l'abri de tes calomnies. Quant à toi, si tu prends le désistement, tu t'enferreras, tu avoueras ainsi ta complicité" (p. 103). Et ainsi de suite...

Voici une peinture assez laide de la nature humaine et de la vie provinciale où dominent les rumeurs et l'hypocrisie, mais elle est rendue vivante par les trouvailles stylistiques et les expressions balzaciennes. Le curé de Tours complète ainsi la peinture politique sous la Restauration où tous travaillent à rétablir la religion...

Balzac, Le curé de Tours, suivi de Pierrette, Folio, France, mars 2018, 343 p.

LC avec Claudia. La prochaine LC aura lieu le 22 mars avec "Pierrette"

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : "Le curé de Tours", Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne :Ferragus, La maison Nucingen "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : " Fascino Cane",  Louis Lambert, "Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'Elixir de longue vie

4. Scène de la vie privée :La vendetta, Une double famille,"Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

cathédrale saint gathien

Cathédrale Saint-Gatien de Tours

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18 mars 2020

Le bal des folles de Victoria Mas ; ISSN 2607-0006

Saviez-vous qu'au XIXeme siècle un bal avait lieu chaque année à la Salpétrière ? Les aliénées étaient heureuses de se montrer une fois dans l'année et les bourgeoises se réjouissaient de voir ces phénomènes... C'est cet événement particulier qui est un des thèmes du Bal des folles. Mais avant d'entreprendre le récit de cette soirée, l'auteur de ce premier roman entreprend, dans un roman choral, de nous présenter différentes femmes qu'on a enfermées dans cet établissement de sinistre réputation.

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Avec un titre pareil, on craint d'entendre une histoire similaire à celle de La salle de bal d'Anna Hope : un drame romancé dans un hôpital psychiatrique. Le motif de la femme enfermée dans un asile apparaissait déjà dans les romans victoriens et M. Atwood s'en était emparée dans Captive pour raconter un fait divers, celui d'une meurtrière enfermée dans un asile pour échapper à la peine de mort.

Quant à Nellie Bly, elle infiltre l'asile de Blackwell's Island mais c'est pour dénoncer les traitements infligés aux pauvres femmes enfermées parfois à tort. Dans un récit à la première personne, elle décrit minutieusement ce qu'elle a vécu, enduré et vu dans de tel institut, non pas par goût du sensationnalisme mais elle exprime une véritable empathie pour celles qui sont considérées comme démentes : " Voici une grande joie apportée par mon travail : grâce à cette enquête, la commission des budgets de la ville de New York a octroyé un millon de dollars supplémentaire aux hopitaux psychiatriques de Blackwell's Island" (p. 124). Elle conclut ainsi son reportage, qui doit être absolument lu !

" Les vivants étaient plus dangereux que les défunts"

Mais revenons à V. Mas qui choisit plusieurs personnages féminins principaux pour montrer des points de vue différents sur les mêmes événements, autour de l'internement d'Eugénie, une fille de bonne famille. Elle tisse une histoire chorale où se dessine le destin de plusieurs femmes arrivées à la Salpêtrière : Louise a été abusée par son oncle, Eugénie voit des morts, l'infirmière Geneviève est hantée par sa défunte soeur... On est loin du ton factuel et descriptif de Nellie Bly, qui liste les objets et les personnes : les monologues intérieurs de tous ces personnages nous invitent à nous révolter face à l'injustice de ces enfermements abusifs, à compatir avec ces femmes malmenées par la vie ou par les médecins, à découvrir le regard d'une époque sur l'hystérie... Evidemment, avec un sujet pareil, la romancière a développé un arrière-plan historique bien intégré dans l'intrigue : le spiritisme, les séances de Charcot et le manque de connaissances sur la psychiatrie à l'époque et enfin l'émancipation des femmes. Le narrateur déclare : " Mais la majorité des aliénés le [internées] furent par des hommes. Sans mari, sans père, plus aucun soutien n'existe, plus aucune considération n'est accordées à son existence" ( plage 8).

Sur différents Audiolibs, des entretiens sont réalisés à la fin de l'écoute pour pouvoir connaître la genèse, les intentions de l'auteur, ses projets comme dans Civilizations de Binet ou dans Le bal des folles de V. Mas pour nous éclairer sur les intentions de l'auteur. La lecture d'Audrey Sourdive est très fluide et très agréable à écouter. Il faut dire qu'elle a commencé le théâtre à 5 ans et qu'elle a enregistré déjà plusieurs livres comme Mon amie Adèle, La goûteuse d'Hitler ou Ici n'est plus ici. Sa voix claire et nette permet de suivre avec plaisir cette histoire.

Ce livre qui a déjà reçu le Prix Première Plume 2019, le Prix Stanislas 2019, le Prix Patrimoine 2019 et le Prix Renaudot des Lycéens mériterait amplement d'être à nouveau récompensé !

Le bal des folles, Victoria Mas, Audiolib, lu par Audrey Sourdive, 2020, France, 1 CD, 6h45.

Bly Nelly, 10 jours dans un asile, reportage, Points, France, novembre 2016, 157 p.

Prix Audiolib 2020

Sur le web : Bloch-Lainé Virginie, "Le bal des folles" : spirite, es-tu là ?, Libération, mis en ligne le 13 décembre 2019.URL : https://next.liberation.fr/livres/2019/09/13/le-bal-des-folles-spirite-es-tu-la_1751194

Le corps exhibé - Ép. 1/2 - Le bal des folles de la Salpêtrière
A l'hôpital comme au dehors, le temps est scandé par des célébrations : on fête Noël, le Nouvel An, et le carnaval de la mi-carême. L'hôpital de la Salpêtrière, accueillant exclusivement des femmes jusqu'en 1968, organisait au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe un bal de la mi-carême auquel étaient conviées quelques personnes de la bonne société parisienne.
https://www.franceculture.fr

Une_leçon_clinique_à_la_Salpêtrière

Une leçon clinique à la Salpêtrière Crédits : PAr André Brouillet, 1887

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15 mars 2020

The villainess Byeong Gil-Jeong : ISSN 2607-0006

THE VILLAINESS - Bande-Annonce (VF)

Comme vous pouvez vous l'imaginer, les vies des tueurs à gages ne sont pas des sinécures comme nous le prouvent John Wick, Léon, le Kaiser dans Polar* (de Jonas Akerlund) ou la vie de Sook Hee dans The villainess. Son père a été tué et elle rêve de le venger. Elle se marie à un homme qui va lui aussi mourir, en l'aidant à venger son père. Elle perpétue un véritable massacre envers les assassins présumés de son mari : c'est ainsi que commence le film, avec un long plan-séquence inspiré de Old boy de Park Chan Wook - couloir étroit et glauque, lumières verdâtre, assaillants innombrables. Après ce morceau de bravoure, la photographie du film reste très belle. Une fois arrêtée par la police, elle est engagée comme tueuse à gages pour un organisme.

Le scénario n'est pas follement orginal, en revanche, le montage est excellent : le réalisateur a pris soin de complexifier cette simple histoire de vengeance en faisant des retours arrières et en créant ainsi un récit semblable à un puzzle. Les personnages ne sont jamais ceux qu'on croit qu'ils sont ! Certaines scènes débordent d'hémoglobine mais d'autres ressemblent à celles qu'on peut voir dans des dramas coréens. Cependant, jamais le réalisateur ne tombe dans la mièvrerie, la facilité, et il arrive, à partir de son scénario déjà vu, à nous surprendre plus d'une fois. Plusieurs scènes sont spectaculaires, mais le film échappe aux stéréotypes grâce à une dimension sombre et une fin anti-hollywoodienne...

Présenté au Festival de Cannes, hors compétition, en 2017, ce thriller sud-coréen au scénario bien construit se révèle être une bonne surprise !

The villainess, de Byeong-Gil Jeong, Netflix, avec Ok-Bin Kim, Shin Ha-Kyun, Bang Sung-Jun, 2018, 2h03

Sur le web :
Douhaire samuel, "A voir sur Netflix : The Villainess et Minority report", Télérama, mis en ligne le 7. 09. 2019. URL : https://www.telerama.fr/cinema/a-voir-sur-netflix-the-villainess-et-minority-report,n5795285.php

vilainess

Byung-gil-Jung-film-hors-competition-The-Villainess-cannes2017

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11 mars 2020

Elle qui chevauche les tempêtes de G. R.R Martin et Lisa Tuttle : ISSN 2607-0006

Elle qui chevauche les tempêtes

 Illustration de couverture d'Alain Brion

Bien avant la série au succès planétaire qu'a été Games of thrones, G. R. R. Martin écrivait déjà des textes de fantasy comme Elle qui chevauche les tempêtes, co-écrit avec Lisa Tuttle, dont les récits sont moins connus. C'est une oeuvre de fantasy accessible même pour ceux qui ne lisent pas habituellement ce genre car le monde "médiéval" décrit par ces deux auteurs ne contient pas l'arsenal traditionnel comme les dragons, nains, magiciens...

Sur une planète composée de nombreuses îles, le monde est divisé en rampants et en aériens, descendants des Terriens ayant échoué sur cette terre. Les aériens portent des messages d'île en île et se transmettent de père en fils leurs paires d'ailes. Cependant, Mariss, une fille de pêcheur est adpotée par un aérien Russ, qui n'a pas d'enfant. Elle se voit privée de ses ailes le jour où son frère, le fils de Russ atteint sa majorité alors que ce dernier refuse de voler car il souhaite devenir barde. Mariss sera-t-elle capable de bouleverser les traditions ? Faisant preuve d'audace, elle décide de voler les ailes...

Comme on suit la trajectoire de l'héroïne de son enfance à sa vieillesse, on la voit évoluer. D'abord révoltée par les traditions, elle se rendra compte peu à peu que ses actes ont des conséquences plus graves : " Tous autant que vous êtes. En train  de vous répéter combien vous êtes supérieurs à tout le monde, simplement parce que vous êtes nés d'un aérien et que vous avez hérité des ailes qui ne doivent rien à votre mérite" ( p. 117).  Doit-on laisser des aériens voler alors qu'ils n'en sont parfois pas capables de le faire ? Lorsque les Maîtres de Terre, qui dirigent les îles, décident de transmettre des messages de guerre, les aériens doivent-ils les transmettre ?

Même si la fin se délite un peu, avec des chapitres et des paragraphes plus brefs, Elle qui chevauche les tempêtes, sous ses aspects ludiques et imaginaires, soulève des questionnements plus philosophiques sur la prédestination ou la soumission à des coutumes. Avec son personnage de jeune femme engagée, on pourrait presque parler de fantasy "féministe", qui coïncide par hasard avec l'actualité... Sous la plume de l'auteur de Games of throne et de Lisa Tuttle, la vie et le combat de l'héroïne, dotée d'une conscience sociale, deviennent captivants ! 

Martin George R. R. et Lisa Tuttle, Elle qui chevauche les tempêtes, Folio, Espagne, janvier 2020, 530 p.

Partenariat Folio

La Fantasy d'amour à Viking : rencontre avec Anne Besson.
Fantasy tout azimut, ce soir, à Mauvais Genres qui reçoit l'universitaire Anne Besson à l'occasion de la sortie, aux éditions Vendémiaire, de son Dictionnaire de la Fantasy. Un imposant collectif de plus d'une centaine d'entrées qui nous permet, d'"Amour" à "Vikings" et de "Barbares" à "Wolrd of Warcraft" de topographier au mieux des mondes où se croisent Tolkien et Conan, Game of Thrones et Harry Potter.
https://www.franceculture.fr

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08 mars 2020

Le couvent des damnées (volumes 1 à 6) de Minoru Takeyoshi : ISSN 2607-0006

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Le couvent des damnées © 2015 Minoru TAKEYOSHI

Dans le contexte des guerres de religions, au XVIeme siècle, une jeune femme Angelica recueille une enfant Ella vendue par ses parents qui pensent qu'elle est possédée. Lorsqu'Angelica est arrêtée pour sorcellerie - elle est sage-femme - Ella est envoyée dans le monastère du partage des eaux. Cette dernière n'aura plus qu'une obsession : elle veut se venger la mort de sa mère adoptive en tuant Edelgard, la dirigeante de l'ordre du Claustrum, qui veut restaurer la puissande de l'Eglise, dans le Saint-Empire romain germanique.

On découvre la vie quotidienne dans le couvent, faite de châtiments corporels, d'humiliations, d'endoctrinement, de maltraitances. Ella va finir par se lier d'amitié avec quatre autres jeunes filles Cordula, Hilde, Théa et Kaja dont on va connaitre les vies respectives. Elles découvrent un endroit où elles organisent leur résistance. L'amitié et l'entraide les aident à supporter leur travail, les tortures ( aucune violence n'est épargnée aux lecteurs non plus...)

Le contexte historique, l'architecture, les maladies de l'époque semblent crédibles et bien documentés. L'Eglise maintient le peuple dans l'ignorance et les victimes de l'inquisition le sont sur des rumeurs et la calomnie de voisins jaloux. La diabolisation des femmes se fait dans ce climat d'inquiétudes religieuses...

Certes, les personnages paraissent caricaturaux, notamment Ella dominée par sa vengeance, mais elle fait aussi preuve de courage. Soupçonnée à de nombreuses reprises de trahison, elle est attaquée par les autres religieuses. Lorsqu'elle reçoit des ordures dans son dos, elle déclare : " Celles qui attaquent les gens dans le dos ne pourront jamais souiller le visage de celles qui vont de l'avant" ( volume 3). La mangaka a visiblement voulu dépeindre un personnage courageux et intrépide. Il n'y a pas de bonus mais sur les rabats des jaquettes, on peut lire ses intentions ou ses sources : "J'espère avoir réussi à évoquer la lutte contre soi-même que chacun mène jour parès jour, à l'école ou au travail. J'aimerai que ce manga donne de l'audace à ceux qui le liront !" ( volume 1, Minoru  Takeyoshi).

Le couvent des damnées, volumes 1 à 6, série terminée, Glénat.

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Le couvent des damnées © 2015 Minoru TAKEYOSHI

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04 mars 2020

Le discours de Fabrice Caro : ISSN 2607-0006

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 Si vous avez aimé la BD Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro,  vous deviez attendre avec impatience Le discours publié récemment aux éditions folio. L'auteur part d'un acte traditionnel, le discours à prononcer par le personnage principal le jour du mariage de sa soeur. Il en profite pour déconstruire et analyser de manière décalée les stéréotypes acceptés par tous.

Certes, l'auteur dénonce avec humour les conventions langagières, les phrases stéréotypées, les situations typiques. C'est vrai, il y a toujours quelqu'un pour vous dire le lundi, en allant au travail qu'il va bien " comme un lundi" ! Le midi, vos collègues ont toujours une petite anecdote à raconter sur les dernières frasques de leur progéniture ou il y a toujours un beau brun ténébreux jouant de la guitare dans une soirée...

On peut relever aussi, dans Le discours, les néologismes particulièrement savoureux. Sonia, la copine du narrateur, ou plutôt ex-copine veut faire une "pause". " Qu'ai-je fait de particulièrement pausifère ?", se demande le narrateur (p. 22) . Et lorsqu'on lui parle de chauffage au sol, il répond : " Ah oui dis donc ça a l'air pas mal... Ludo semble satisfait de ma réponse. Au fond on ne nous demande pas grand chose dans la vie. Deux trois réponses comme ça peuvent vous faire traverser l'existence sans trop de désagréments" (p. 39). Mais trop, c'est trop.

La struture des histoires de F. Caro est toujours la même (comme dans Figurec) - l'anti-héros raconte à la première personne, en de courts chapitres, une anecdote autour d'un texto, d'un repas, d'une rencontre - et on a l'impression de lire un scénario de film français : se succèdent des repas, des dispustes, des peines de coeur. Le personnage principal est un homme ayant dépassé la quarantaine, inadapté, ressemblant à un adolescent attardé. Cela réjouira certainement certains lecteurs de découvrir les aventures sentimentalo-satiriques d'un inadapté et la dénonciation des phrases toutes faites mais, on peut aussi vite se lasser de la systématisation des procédés d'écriture et des situations...

Caro Fabrice, Le discours, Folio, France, janvier 2020, 188 p.

Autres romans, BD : Zaï zaï zaï zaï

Partenariat Folio.

Sur le web : Cathulu, Partage de lecture

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01 mars 2020

C'est le premier, je balance tout (février 2020) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Depuis septembre 2019,  le FRAC-MECA a ouvert ses portes dans un nouvel emplacement à Bordeaux. Quelles oeuvres y sont exposées ? Jusqu'en mars 2020, vous pouvez voir "Narcisse ou la floraison des mondes". Quelle est la place des végétaux dans les oeuvres d'art ? D'abord mineures, considérées comme un attribut féminin, les fleurs sont détournées, ludiquement mis en scène, futuristes ou réinterprétées. Quels personnages sont liés aux fleurs ? De Narcisse à Ophélie, plusieurs artistes revisitent des tableaux, des textes célèbres pour proposer de nouvelles visions de l'élément floral.

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Eden de Hugues Reip © 1001 classiques

 Une photographie d'Araki joue avec les codes des natures mortes, quant à Hicham Berrada, il invente des plantes artificielles issues de réactions chimiques. Vous pourrez aussi vous promener dans une gigantesque installation de Reip, telle Alice aux pays des merveilles ou vous projeter dans le passé avec les planches de Pierre Joseph, rappelant les anciens herbiers... D'autres artistes réfléchissent sur le lien entre la nature et les activités humaines.

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Présage, tranche d'Hicham Berrada © 1001 classiques

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Vaginal Flowers d'Araki © Bertrand Prévost - Centre Pompidou, MNAM-CCI

Exposition Narcisse, ou la floraison des mondes, 7 décembre au 21 mars 2020,

FRAC MECA,

5 parvis Corto Maltese, 33 000 Bordeaux

2) MES LIVRES

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La sorcière roussemarry-grave-1-kana123454081_o

heroines-games-1-kanaLe château de carey

J'ai repris en ce mois de février mes lectures balzaciennes avec "La vendetta". La prochaine sera Le curé de Tours pour le 22 mars. Pour ceux qui souhaitent nous rejoindre, nous faisons une lecture commune du tome 1 des Ferrailleurs de Carey en juin, avec A girl from eart et Ingannmic. Pour le mois de la Saint-Valentin, j'ai aussi lu un manga lié à un amour éternel, Mary Grave de Yamaji, et jai découvert le thriller de l'été 2019, Time Shadows de Tanaka ainsi Qu'Heroïnes game de T. Iori. En ce qui concerne ma première écoute pour le prix audiolib 2020, j'ai commencé par Ici n'est plus ici de Tommy Orange, un terrible mais touchant roman sur la condition des Amérindiens dans l'Amérique contemporaine.

3) MES ACHATS

claymore_01J'ai reçu en partenariat de la part des éditions Folio, Elle qui chevauche les tempêtes de G.R. Martin et Lisa Tuttle. J'ai aussi reçu un nouvel audiolib dans le cadre du prix audiolib 2020 : Le bal des folles de V. Mas. Evidemment, j'ai acheté de nouveaux mangas comme la série historique Le couvent des damnées ou Red dragon et la série d'héroïc fantasy Claymore et enfin deux Hors séries du Point POP : Harry Potter, mythes et orgines d'un chef d'oeuvre et Les chefs-d'oeuvre de la science fiction. Bonnes lectures à tous pour le mois de mars !

les-chefs-d-oeuvre-de-la-science-fictionharry-potter-mythes-et-origines-d-un-chef-d-oeuvreElle qui chevauche les tempêtes

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26 février 2020

Héroïnes game de Tabasa Iori : ISSN 2607-0006

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HEROINES GAME © Tabasa Iori 

Dans cette courte série de 3 volumes, la mangaka Tabasa Iori revisite les contes de fées pour en faire un manga horrifique. On perçoit mal l'intérêt de cet imaginaire. Le scénario n'est en rien original, c'est celui de Battle royale et bien d'autres où des canditates doivent s'affronter jusqu'à la mort...

Alice est une idol, prête à tout pour réussir. Un jour, elle se trouve projetée dans un monde où 12 héroïnes de contes - telles que Poucette, Le petit chaperon rouge, Alice aux pays des merveilles, Céndrillon... - doivent s'entretuer : celle qui survivra pourra exaucer son voeu. On comprend assez rapidement le parallèle entre la compétition entre héroïnes et l'univers des idols où se nouent des rivalités, apparaissent des jalousies ou des coalitions...

Mais Tabashi Iori en a profité pour réécrire les contes d'une manière personnelle et peu intéressante. Chacun des personnages littéraires diffèrent de celui qu'on connaît mais, excepté le retournement final, le renouvellement des contes est complètement farfelu et vain...

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pl. 1 HEROINES GAME © Tabasa Iori

héroine game découpeEn revanche, le style est magnifique ! Les combats paraissent bien brouillons parfois mais la mangaka a fait le choix de créer de grands contrastes entre le blanc et le noir (planche 2), créant un effet de papiers découpés. On retrouve ainsi l'univers des découpages de Laura Barrett. C'est visuellement très beau et les décors, notamment floraux, sont superbes. Quand on voit la planche 1,  on peut y voir un souvenir intentionnel ou non de conteurs célèbres qui ont eu recours à ce type d'art

pl. 2 HEROINES GAME © Tabasa Iori

 comme Hans Christian Andersen ou Henry Dickens. Malheureusement, le dessin ne suffit pas à sauver ce seinen de la bérézina...

Iori Tabasa, Héroïnes game ( volume 1, 2, 3, série terminée), Kana, Italie, 2019.

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Alice's Adventures in wonderland © Laura Barrett

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