1001 classiques

13 novembre 2018

The chase de Kim Hong-Seon : ISSN 2607-0006

 The Chase Korean Movie Trailer

En lisant Première ici, vous pourrez apprendre que Netflix, après Dernier train pour Busan ou Psychokinesis, a acheté de nouveaux films coréens : The chase en fait partie. Un viel homme acariâtre, Sim Deok-Soo, possédant plusieurs appartements, vient régulièrement harceler ses locataires d'un quartier misérables pour récupérer l'argent des loyers. Il est en outre serrurier. Cet homme brutal et grincheux va pourtant faire deux rencontres qui bouleversent sa vie : une de ses locataires est une jeune étudiante qui donne tout son argent à sa mère malade et qui se montre respectueux envers lui alors que tout le monde le méprise. L'autre rencontre est celle d'un vieux locataire, un ancien inspecteur de police qui est obsédé par une affaire vieille de 30 ans et qui pense qu'un meurtrier en série a recommencé à tuer. Ce dernier est toujours en contact avec un ancien policier ( Park Pyong Dae) qui est atteint de la maladie d'Alzheimer et qui a vu les yeux du tueur. Malgré lui, notre vieux misanthrope va être embrigadé dans cette enquête lorsque la jeune étudiante disparaît après le meurtre de deux vieillards.

Si l'enquête policière structure l'ensemble du film, ce qu'on retient de ce long métrage, c'est sa dimension comique et sociétale. Le comique provient évidemment de ce duo d'enquêteurs improbables dont l'un a alzheimer et l'autre est misanthrope. On apprend d'ailleurs que Sim Deok-Soo aurait pu être soupçonné dans la première enquête, d'il y a 30 ans, mais dans les papiers de l'inspecteur, on découvre qu'il a noté qu'il était trop "bête" pour les commettre, ce qui déclenche la colère de notre irascible anti-héros.

Le réalisateur met aussi en exergue la condition des personnes âgées - qui constitue une grande partie du casting - obligées d'aller manger à la soupe populaire, ou mourant seule dans des misérables logis. Néanmoins, point d'apitoiement, c'est ce même élément qui crée le comique, avec une course poursuite anti-héroïque : on voit, par exemple, notre bougon propriétaire, sur son scooter, poursuivre un jeune mais qu'il n'arrive pas à rattraper alors que ce dernier est éclopé ! Le tout culmine lorsque le vieux Park arrive à mettre au tapis une vingtaine de jeunes qui se moquaient de lui... Ainsi nous retrouvons avec plaisir l'hybridation générique commune aux films coréens.

The chase, Kim Hong-Seon, avec Yun-Shik baek, Chun Ho-Jin, 2017, Netflix, 1h50

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10 novembre 2018

L'auberge rouge de Balzac : ISSN 2607-0006

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 L'auberge rouge est une longue nouvelle, publié en feuilleton en 1831, qui trouve place dans les "études philosophiques" de La comédie humaine. En effet, ce récit questionne le lien entre l'argent et la morale. Comme dans d'autres oeuvres de La comédie humaine, Balzac s'interroge sur les fortunes qui se sont bâties sous la Restauration. Il se penche notamment sur le cas du riche banquier Frédéric Taillefer, père de Victorine, personnage récurrent de la Comédie humaine et que l'on retrouvera notamment dans La peau de chagrin.

Lors d'un dîner, où est présent le narrateur, une jeune femme demande à leur hôte allemand, Hermann, de raconter "une histoire allemande qui fasse bien peur" ( p. 14). Un banquier souffrant, placé face au narrateur, assiste aussi à ce dîner. L'histoire se passe sur les bords du Rhin, où un homme nommé Prosper Magnan et son compagnon - Taillefer, qui n'est jamais nommé - rencontre un riche marchand qui dort sur une valise remplie d'argent. Pendant la nuit, Prosper imagine le meurtre du marchand, sort de l'auberge se changer les idées et revient apaisé de sa promenade. Le lendemain, le marchand est retrouvé mort, dans la même chambre que Prosper. Qui a tué le pauvre homme ? Tout accuse Prosper qui accepte la mort pour avoir eu en pensée l'idée de ce meurtre. Dans une deuxième partie intitulée "Les deux justices", le narrateur interroge ses convives : doit-il épouser la fille de Taillefer qui a "une mare de sang dans les terres" ( p. 59) ?

A cette question philosophique et morale, plusieurs réponses sont données : pour certains, " ainsi que la vertu, le crime a ses degrés" (p. 56 Racine, Phèdre). Pour le prêtre, l'amour justifie le mariage. C'est au lecteur de répondre, de réfléchir, étant donné l'absence de réponse : "que faire ? Messieurs, de grâce, un conseil ?" (p. 60)

Cette nouvelle, se situant en Allemagne et citant les contes d'Hoffmann, évoque des thèmes fantastiques, en vogue pendant le romantisme avec le motif du double, le pouvoir de la pensée, le monde du rêve. Balzac donne d'ailleurs de l'Allemagne une image hyperboliquement romantique, voire caricaturale : "en voyant cette terre merveilleuse, couverte de forêt, et où le pittoresque du moyen âge abonde, mais en ruines, vous concevez le génie allemand, ses rêveries et son mysticisme" (p. 20)

Enfin, l'autre aspect moral est la culpabilité d'Hermann Magnan qui préfigure l'inconscient, qui ne sera théorisé qu'un siècle plus tard, mais qu'avec  beaucoup de modernité et de vivacité, l'auteur de La peau de chagrin réussit à mettre en scène. Tout en ayant l'allure d'une nouvelle policière, Balzac examine passionnément la réalité de son temps et les profondeurs de l'âme humaine.

L'auberge rouge, Balzac, Carrés classiques, Nathan, 93 p.

Lecture commune avec Claudia (son billet ici), Miriam. Une LC sur Le colonel Chabert est prévue pour le 8.12. Vous pouvez nous rejoindre, si vous le souhaitez.

La comédie humaine :

1. scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge

4. scène de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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06 novembre 2018

Quelques minutes après minuit de Bayona : ISSN 2607-0006

A Monster Calls : quelques minutes après minuit (VF)

Avant de réaliser le dernier opus de Jurassic world : fallen kingdom, Bayona a fait Quelques minutes après minuit. Cette histoire débute "comme un cauchemar" (au sens propre et figuré) nous dit une voix off : un jeune garçon est réveillé par les images cauchemardesques de sa mère qui meurt engloutie dans un cimetière et qu'il n'arrive pas à retenir. On découvre la vie d'un jeune garçon, Conor O'Malley, qui vit avec sa mère malade et qui est battu par des élèves de sa classe, à cause de sa différence : l'enfant dessine, est rêveur... Et pour cause, il se réfugie dans un monde fantastique où les arbres peuvent se déraciner et parler, voire conter des histoires. L'arbre gigantesque, qu'il voit de sa fenêtre, va prendre vie et lui apprendre par trois fictions la vérité sur sa situation qu'il n'accepte pas.

Quelle montage ! Quelle réalisation merveilleuse ! Les contes narrés sont représentés sous la forme d'animation aquarellée, chacune racontant une histoire qui n'est pas manichéenne. Même les "gentils" ( comme King Kong qu'on entrevoit à la télévision) peuvent mourir. Peuplé de symboles - comme le train, le numéro 6 ou l'arbre - comme l'explique Bayona, dans les commentaires audio, le film nous "donne une idée de la vérité mais pas de la réalité". Ce film rappelle l'esthétique et les idées du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro.

Bayona tisse plusieurs sujets graves tels que le deuil, le harcèlement scolaire, le cancer et la vérité. Cette adaptation du roman de Patrick Ness analyse subtilement des sentiments et un moment de la vie particulièrement difficile, le passage à la vie adulte. En effet, les cadres ( celui des tableaux mais aussi des fenêtres et des portes) se multiplient dans le film, nous permettant de voir le passage des seuils entre le monde de l'enfance et le monde des adultes, celui du réel et de l'imaginaire. Ce merveilleux long métrage présente une grande fidélité au roman de P. Ness, écrit avec des mots simples mais dont la portée symbolique est très riche par la narration des contes. On peut regretter l'absence des illustrations de Jim Kay dans l'édition folio junior ( ci-desous, une de ses illustrations).

En bonus, les commentaires du réalisateur montrent l'envers du décor : très instructifs, les remarques de Bayona nous permettent de connaître les lieux où le film a été tourné, l'émergence de idées pour le choix des dessins, les décisions prises au moment des casting ( Les acteurs, Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver  sont excellents), les hommages cinématographiques... Ses choix artistiques révèlent son attention portée aux détails et aux couleurs, qui entrent en résonance tout au long du film pour créer un réseau de significations mettant en exergue l'importance de l'imagination dans la quête de la vérité. Le réalisateur ne cesse de répéter que le créateur doit "rompre les règles" et c'est ce qu'il a parfaitement réussi dans ce film magnifique. Un film et un livre à découvrir absolument !

Quelques minutes après minuit, Bayona, 2016, 1h48, avec Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver

Quelques minutes après minuit, Ness, Folio junior, 192 p.

Du même réalisateur : Jurassic world : fallen Kingdom

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03 novembre 2018

C'est le premier, je balance tout ( octobre 2018) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

Bandes Annonces - L'orphelinat

Halloween se termine et s'il vous manquait des idées de films, le bleu du miroir vous propose une sélection : L'orphelinat de Bayona, La mouche de Cronenberg, Simetierre, Ne t'endors pas de Mike Flanagan, Le loup-garou de Londres de Landis, The Strangers de Na Hon jin et bien d'autres références. Quant à moi, j'ai découvert Insidious  1 et 3 de James Wan, Les mauvais esprits de Johannesson.

2) LES LIVRES

J'ai continué la lecture de La comédie humaine avec Gobsek et "La bourse" et pour ceux qui veulent lire ou relire Balzac, je poursuivrai avec la lecture de "L'auberge rouge" avec Claudia le 10.11.

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 3) LES ACHATS

Après mes envies de lectures balzaciennes,  je me lance dans la lecture de romans ou essais féministes. J'ai commencé par l'achat d'un discours de Ngozi Adichie et d'un essai de l'historienne Mona Chollet  : je continuerai à vous faire part de mes découvertes du monde féminisme.

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01 novembre 2018

Insidious de James Wan : ISSN 2607-0006

 INSIDIOUS - Bande annonce - VF

Comment bien fêter Halloween ? En découvrant un classique du film d'horreur ! James Wan est un réalisateur prolifique de films d'horreur. Il a notamment réalisé Insidious et sa suite, les Saw, et Death sentence. Le synopsis d'Insidious ressemble à celui de L'exorciste : une famille déménage lorsqu'elle pense que leur maison est hantée. En effet, leur fils Dalton tombe d'une échelle et dans le coma, sans qu'on trouve d'explications médicales. Le père est universitaire et fuit l'ambiance délétère de la maison. Quant à la mère, une compositrice, elle pense devenir folle lorsqu'elle voit des manifestations surnaturelles comme la trace d'une main ensanglantée sur le draps de son fils. Elle décide de faire appel à Elise, une médium qui leur explique que leur fils est hanté car il est capable de faire des voyages astraux. Ainsi, des morts cherchent à prendre possession du corps du garçon.

Quelques Jump scares, une photographie grisâtre, des apparitions sont le lot de beaucoup de films d'horreur. En revanche, la présence de deux chasseurs de fantômes venus aider Elise donne une touche d'humour à ce long-métrage fantastico-horrifique. Avec leurs jouets transformés en détecteurs de présence de l'au-delà, leur comportement puéril, ils apportent un élément comique. De fait, le film n'est pas réellement effrayant mais les représentations des cauchemars et des "voyages astraux" apportent une atmosphère gothique dans ce film assez convenu. L'au-delà apparaît comme une immense maison lynchienne avec des personnages étranges créant le malaise. Moins spectaculaire que L'exorciste, ce film très classique dans son montage se regarde sans déplaisir.

Insidious : Chapitre 3 - Bande-annonce VF

Quant à Insidious chapter 3, Elise est à nouveau présente. Quinn, une jeune fille qui vient de perdre sa mère, vient la consulter pour entrer en contact avec elle. Mais elle a un accident de voiture qui la cloue sur une chaise roulante. Préquel d'Indisious et réalisé par Leigh Whannell, ce nouvel opus de la saga reprend le même synopsis, la même représentation de l'au-delà et les mêmes personnages.

Le rythme lent dessert ce film peu inventif où Elise prend une grande importance en luttant contre les forces démoniaques. A nouveau, le film gagne un peu d'intérêt grâce à la présence des deux chasseurs de fantômes, qui donnent une tonalité à la limite parodique à ce long métrage : " ils ont l'air ridicule", déclare le père de Quinn ! Ils désamorcent toute dimension trop effrayante.  Malgré un message sur le deuil, qui donne de la profondeur à un film qui en manque, l'ensemble reste passablement ennuyeux...

Insidious de James Wan, netflix, 112 min, Patrick Wilson, Rose Byrne, Ty Simpkins

Insidious : chapter 3, Leigh Whannell, netflix, avec Lin Shaye, Stephanie Scott, 98 min

Sur le web : M cinéma "Insidious : une famille hantée par un corps astral"

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28 octobre 2018

La daronne Hannelore Cayre : ISSN 2607-0006

 

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"Grande nouvelle !", nous annonce le site audiolib : La daronne de H Cayre va bientôt être réalisé par Jean Paul Salomé, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. Pour ceux qui ne connaissent pas encore H. Cayre, on nous indique sur la jacquette qu'elle est avocate pénaliste et qu'elle a déjà écrit Commis d'office, Comme au cinéma, Toile de maître. La Daronne a été récompensé par le Grand prix de la littérature policière et Le point du polar européen.

Une femme entreprend de raconter sa vie, notamment comment elle est devenue la "daronne". Après une enfance heureuse dans une cage dorée et mafieuse, elle perd tout à la mort de son mari. Elle devient alors traductrice-interprète judiciaire des écoutes de la brigage des stups dont un ami flic Philippe devient le capitaine. En écoutant ces conversations, elle entend des informations entre une aide-soignante qui s'occupe de sa mère et son fils, dealer, à propos d'une cargaison de drogue. Elle décide de les prévenir d'une embuscade de la police : le jeune trafiquant laisse sa cargaison dans la nature. Lorsqu'elle trouve la drogue, elle décide de l'écouler et devient "la daronne".

"La Daronne" est un personnage atypique, atteinte de synesthésie bimodale, qui lui donne envie de manger des couleurs. C'est une femme d'une cinquantaine d'année au franc-parler et peu politiquement correcte. H Cayre prend à contre-pied les caractéristiques du genre en choissisissant une héroïne, plutôt qu'un homme : elle émet des réflexions peu conventionnelles sur la mort ( sa mère est un EHPAD où le personnel est insuffisant), la société, la drogue, l'intégration des jeunes immigrés...

Le sujet et le milieu ne m'ont pas intéressée. En revanche, l'écriture humoristique, inventive (par exemple le détournement d'un proverbe "Caméléon qui louche n'amasse pas mouche" ou le comique des comparaisons avec une vieille femme s'enfuyant "comme le raptor de Jurassic Park", ) m'ont amenée jusqu'à la fin du CD. Le mélange des registres qui passe de la controverse de Valadolid au langage familier donne un style plutôt réjouissant et caustique, en faisant la satire des institutions policières, médicales... La voix claire et vivante d'Isabelle de Botton rend cette écoute très agréable. Vous Pouvez entendre un extrait ici.

La Daronne, Hannelore Cayre, Audiolib, 4h43, lu par Isabelle de Botton.

Merci Audiolib pour ce partenariat.

Sur le web : billets d'Agnès Dasola et Keisha.

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24 octobre 2018

Soleil de minuit de Jo Nesbo : ISSN 2607-0006

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Nesbo fait partie des auteurs qui entreront dans le Robert comme nous l'annonce cet article de L'express (" ces nouveaux mots qui entrent dans le dico"). La popularité de cet auteur norvégien ( biographie sur le site folio) repose sur la création d'Harry Hole, un inspecteur de police stéréotypé d'Oslo. Soleil de minuit s'inscrit dans une nouvelle série, dont le premier opus est Du sang sur la glace mais il peut être lu indépendamment, étant donné que Soleil de minuit se comprend parfaitement même sans la lecture du précédent opus.

Contruit en opposition à Harry Hole, Jon Hansen est un anti-héros : travaillant comme tueur à gage, sur un quiproquo, pour un trafiquant de drogue d'Oslo, surnommé le Pêcheur, il est obligé de fuir sa ville pour échapper au nouveau... tueur à gage de son ancien patron. Il arrive dans la Finnmarksvidda, " paysage plat, monotone et aride". " Peut-être était-ce le soleil qui brillait alors qu'on était au milieu de la nuit, ou le profond silence, ce village avaient en tout cas quelque chose d'étrangement abandonné" (p. 15) : ainsi nous présente-t-on Kasund où il n'y a pas d'hôtel, ni d'auberge et où le seul endroit où il pourra dormir est une église, puis une cabane isolée.

Cette première nuit passée dans une église lui permet de faire la connaissance de Knut, un enfant de 10 ans, et de sa mère, Léa. Cette femme est le bedeau de l'église de Laestadus, une religion ancestrale, dont le mari est peut-être mort en mer et dont Jon tombe immédiatement amoureux. Notre malheureux Jon, survivant à cette aventure grâce au valium et à l'alcool - au moins un point commun avec Harry Hole - va-t-il échapper au tueur à gage envoyé par le Pêcheur ? Trouvera-t-il assez de détermination pour ne pas se suicider ?

Les descriptions du Finnemark sont en partie tirées des voyages de l'auteur et de témoignages, en ce qui concerne la culture same et  du laestadianisme. Cependant, Soleil de minuit n'est pas un ethno-polar : on nous décrit les coutumes et la vie de ces pêcheurs du nord de la Norvège, de manière partielle, à travers les yeux du personnage principal qui découvre cette contrée. C'est l'une des nouveautés de ce roman policier, sorte "d'anti hard-boiled" où le héros n'arrive pas à tirer sur quelqu'un alors qu'il a été embauché pour cette fonction. Dépressif, Jon raconte à la première personne son histoire présente et passée, tout en faisant preuve d'autodérision. Avec Soleil de minuit, Nesbo arrive à se renouveler avec ce personnage mélancolique, qui évolue dans un Finnmark, qui ne sert pas que de toile de fond, comme dans la série des Harry Hole...

Soleil de minuit de Jo Nesbo, folio policier, 242 p.

Merci Folio pour ce partenariat.

Autres romans : Le bonhomme de neige, Police,

sur le web : Libération " Soleil de minuit. Spleen boréal", M Livres " Jo Nesbo, le gagnant,

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20 octobre 2018

Les mauvais esprits de Johannesson : ISSN 2607-0006

LES MAUVAIS ESPRITS Bande Annonce (2018)

A l'approche d'Halloween, Nefflix propose de nouveaux films horrifiques dans son catalogue, notamment Les mauvais esprits dont parle avec justesse Le bleu du miroir. Après les films d'horreur mexicains (L'échine du diable de Guillermo del Toro, L'orphelinat de Bayona), espagnols ( Les autres d'Amenabar) ou britanniques ( La dame en noir de James Watkins), un Islandais, Olaf de Fleur Johannesson, propose une variation autour du thème de la maison hantée.

Angela et son frère Jackson font croire qu'ils sont des chasseurs de fantômes. Ils sont aidés dans leur arnaque par la copine de Jackson, Beth, et un ami, amoureux d'Angela, Elliot. Avec des bruits de portes qui grincent, des voix d'outretombe pré-enregistrés, ils arrivent à duper les gens désireux de renouver avec des morts. Progressivement, Angela perçoit des formes fantomatiques : sa mère, avant elle, avait été internée car elle avait des visions. La nouvelle mission d'Angela paraît particulièrement éprouvante avec la visite d'une maison où ont eu lieu des crimes d'enfants.

Des plans fixes de la maison, des couloirs, des escaliers, et des chambres, font penser qu'il va y avoir des apparitions mais elles ne sont jamais là où on les attend. Pourtant, le réalisateur a le bon goût d'éviter les jump scares à outrance et le gore. Si ce long-métrage ressemble à un téléfilm sans photographie particulièrement belle, Johannesson a utilisé un twist pour nous tenir en haleine. Les mauvais esprits n'est pas véritablement effrayant mais arrive à bien jouer sur les frontières du vrai et du faux, du réel et de la folie. Mais ce film est trop fourre-tout ( une partie est filmé en found footage, l'héritage de la folie, une intrigue amoureuse...) et trop impersonnel pour marquer les esprits.

Les mauvais esprits, de Johannesson, netflix, avec Florence Pugh, Celia Imrie, Ben Lloyd-Hugues, 25 oct 2018, 125 min

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17 octobre 2018

Une mort très douce de Simone de Beauvoir : ISSN 2607-0006

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Dans la constellation des récits autobiographiques de Simone de Beauvoir, parmi lesquelles il y a Mémoires d'une jeune fille rangée, La force de l'âge, La force des choses, Tout compte fait et La cérémonie des adieux, on peut trouver ce texte sur l'agonie de sa mère, Françoise, qui a un cancer. Sa fille tend à lui cacher la vérité sur la gravité de la maladie, de même que le personnel médical : le titre est donc antiphrastique. " Ne la laissez pas opérer", lui conseille une infirmière. Simone de Beauvoir a peur aussi que ces opérations soient des tentatives inutiles pour sauver sa mère qui souffre beaucoup.

L'imminence de la mort transforme sa mère. Celle-ci montre un grand courage et de la vitalité. Elle accepte enfin sa part "d'animalité". En conflit avec sa fille durant sa vie, elles se réconcilient enfin. Ce conflit, la narratrice l'explique par l'éducation "spiritualiste" de sa mère, qui pense à l'aide de "cadres tout faits"( p. 80) ( "maman est entrée dans la vie corsetée des principes les plus rigiges : bienséances provinciales et morale de couventine", p. 41) ou fuit les "vérités gênantes". Elle préfère, par exemple, ignorer les infidélité de son époux. Ainsi, face à la mort, " elle renonçait aux interdits, aux consignes qui l'avaient opprimée toute sa vie". A l'inverse, Simone de Beauvoir a pris le "chemin de la contestation" et renonce au mariage bourgeois : " que le mariage bourgeois soit une institution contre nature, son cas suffisait à m'en convaincre" (p. 45).

La romancière analyse aussi les préjugés, les conditions de vie de sa mère, la question du mariage et des rapports entre les femmes et les hommes, au début du XXeme siècle. " Analyser" est le terme qui convient car l'auteur du Deuxième sexe ne s'épanche pas mais décrit  de manière sociologique et clinique les derniers instants de sa mère, ce qui lui permet de souligner le scandale métaphyphique de la mort qu'elle développera tout au long de son oeuvre romanesque (comme dans Tous les hommes sont mortels) ou de son entreprise mémoriale ( Mémoires d'une jeune fille rangée peut être perçue comme le tombeau de Zaza, l'amie de jeunesse de Simone de Beauvoir). C'est une narration qui thématiquement et styliquement peut être rapprochée d'Une femme d'Annie Ernaux et qui permet de retrouver des motifs emblématiques de l'oeuvre de Simone de Beauvoir.

Une mort très douce, Simone de Beauvoir, Folio 124 p.

 

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13 octobre 2018

La bourse de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans les dernières lignes du Colonel Chabert, le notaire Derville déclare :  "Nos études sont des égouts qu'on ne peut pas curer. Combien de choses n'ai-je pas apprises en exerçant ma charge ! J'ai vu mourir un père dans un grenier, sans sous ni maille, abandonné par deux filles [...] J'ai vu brûler des testaments ; j'ai vu des mères dépouillant leurs enfants, des maris volant leurs femmes, des femmes tuant leurs maris en se servant de l'amour qu'elles leur inspiraient pour les rendre fous ou imbéciles, afin de vivre en paix avec un amant" ( p. 97)*. La comédie humaine montre donc les rouages de la société sous la Restauration, une société en mutation dominée par les intérêts personnels et l'argent.

A contrario, La bourse, qui semble aussi référer à l'argent, thème omniprésent de l'univers balzacien, semble une nouvelle bien optimiste dans toute cette noirceur. Un jeune peintre, Hippolyte Shinner, tombe d'une échelle, dans son atelier, et est secouru par deux femmes, Mademoiselle Adélaïde Leseigneur et sa mère, vivant au quatrième étage, juste au-dessus de son atelier. En voulant les remercier de leur aide, il découvre leur quotidien : elles vivent dans les débris d'un ancien faste, qui amènent des doutes sur leur position sociale. Le jeune homme tombe immédiatement sous le charme de la jeune femme, qui l'aime réciproquement. Deux vieils hommes viennent tous les soirs jouer au piquet avec la mère d'Adélaïde, perdant systématiquement de petites sommes d'argent. Le jour où les deux femmes volent la bourse d'Hippolyte, il s'interroge sur le mariage qu'il espérait nouer avec Adélaïde... Sont-elles des femmes respectables ? Ont-elles volé intentionnellement la bourse ? Leur mauvaise réputation est-elle justifiée ?

Cette brève nouvelle s'insérant dans les scènes de la vie privée ne développe pas les personnages, ni un milieu et parle d'un des thèmes majeurs de la Comédie humaine : les liens matrimoniaux. Malgré quelques beaux portraits, les enjeux et les intérêts de ce récit sont bien minces et paraissent simples. Par exemple, Hipollyte est peintre mais cela n'est qu'accessoire. La Révolution, la Restauration ne sont évoquées qu'en sourdine. La bourse apparaît comme une oeuvre mineure face aux grands romans de La Comédie humaine.

La bourse de Balzac,Classiques et contemporains, Magnard, 76 p.

*Balzac, Le colonel Chabert, étonnants classiques, 97 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaine lecture commune : L'auberge rouge pour le 10. 11.

La comédie humaine :

1. scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4 scène de la vie privée : Mémoire de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Gobseck,

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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