1001 livres

13 avril 2014

Bourdieu, La domination masculine

41DCBX80D4L__SL500_AA240_

La question des genres a fait son entrée fracassante dans les programmes d'histoire des lycéens en 2013. Elle a suscité une bien vive polémique en raison peut-être des amalgames faits autour de cette notion. Le sociologue Bourdieu, dans La domination masculine, analyse ce terme en tant qu'outil sociologique. S'appuyant, dans une première partie, sur une étude de la société Kabyle, de ses moeurs et de son langage révélateur, il démontre comment les sociétés méditerranéennes sont androcentriques. C'est l'école, l'Eglise ou l'Etat qui sont le lieu d'une élaboration et d'une imposition des principes de domination masculine. Par ailleurs, il parle de " violence symbolique" faites aux femmes et aux minorités car elle est invisible même pour ses victimes. Par exemple, au Nigéria, le " dénigrement intériorisé de tout ce qui est indigène" ont amené leurs habitants à parler anglais. En outre, il constate que l'homme est prisonnier de sa représentation et que c'est un long travail de socialisation qui l'amène à vouloir dominer les autres : "le propre des dominants est d'être en mesure de faire reconnaître leur manière d'être particulière comme universelle".

Si l'on remonte dans le cours de l'Histoire, on verrait que la reproduction de la domination masculine se fait de manière inconsciente : la monarchie de droit divin ou la " propagande iconographique" justifie une hiérarchie où la femme est exclue. En s'appuyant sur la notion de plafond de verre ou de " l'être perçue" ( la femme utilise la séduction comme arme car cela recouvre une image attendue de la collectivité. Un exemple, choisi par Bourdieu, est le choix du prénom des filles en Amérique qui est souvent français pour des raisons de séduction alors que les prénoms masculins sont souvent des prénoms choisis dans l'histoire du pays), il montre comment l'écart se maintient malgré des mutations sociales en faveur de la condition féminine. Ces changements visibles, selon lui, comme l'indépendance financière, l'apparition de nouveau type de famille, masque la permanence des structures. En s'appuyant sur des exemples précis et concrets, sans jargon excessif et de facto tout à fait accessible, Bourdieu définit la notion genre comme un outil d'analyse pour réfléchir sur les rapports des hommes et des femmes et de leur place dans la société, qui sont déterminés par l'histoire.

La domination masculine, Boudieu, Points essais, 158 p.

affiche-teaser

Le film commence sur un gros plan, le gros plan du visage de Laure. Visage ambigue aux cheveux courts. Enfant déracinée, qui a connu de nombreux déménagements, Laure cherche ses repères dans sa nouvelle ville. Lorsque Lisa la prend pour un garçon, elle ne cherche pas à la détromper car cela lui permet de s'intégrer plus facilement à un groupe de garçons. Les images de l'enfance, de ses jeux, de son insouciance ou de ses inquiétudes sont filmés très subtilement. On perçoit nettement une différence entre les jeux turbulents des garçons, habitués à se battre tandis que la petite soeur Jeanne reste sagement à la maison, jouant à la poupée. Les stéréotypes semblent à l'oeuvre dès l'enfance. Mais me semble-t-il, Tomboy aborde moins la question des sexes que celle de la différence. C'est aussi un très beau film sur l'intégration de l'autre et sur l'innocence : comment Laure va-t-elle surmonter les problèmes liés à son mensonge ?

Le sujet du film a provoqué de nombreuses polémiques ( pétition "Non à la diffusion du film Tomboy dans les écoles !" en 2012) comme la récente pétition de civitas qui voulait empêcher la diffusion de ce film sur arte pour cause de "propagrande pour l'idéologie des genres". Vous pouvez lire l'article très justement ironique de Télérama.

Tomboy,Céline Sciamma, 2011 avec Zoé Héran.

Participation au challenge Le mélange des genres de Miss Léo, (catégorie essais, mon bilan ici)

Posté par maggie 76 à 19:33 - Commentaires [4] - Permalien [#]


09 avril 2014

Erich Maria Remarque, Après / A l'ouest rien de nouveau

9782253006701

 A L'ouest rien de nouveau : A travers le récit de Paul Baumer, nous assistons à l'enfer des tranchées, décrivant la vie quotidienne d'un soldat de 1914-1918 : " Feu roulant, tir des barrages, rideau de feu, mines, gaz, tanks, mitrailleuses, grenades, ce sont des là mots, des mots, mais ils renferment toute l'horreur du monde".

Lors des permissions, Paul évoque la misère du peuple allemand mais aussi l'incompréhension de ce que vivent les soldats. Blessé, il se retrouve dans un hôpital catholique, ce qui ne l'éloigne pas des horreurs de la guerre : la description des malades est tout aussi insoutenable que celles des soldats tués dans les tranchées. La douleur est omniprésente que ce soit celle des soldats, celle des proches qui pleurent leurs morts, celle des animaux, de la nature. Le narrateur porte un regard lucide et critique sur l'armée et sur les mensonges que recouvrent les termes de devoir et patrie. Il montre aussi comment l'uniforme peut métamorphoser un homme : leur caporal Himmelstoss est un postier dans le privé mais il aime tourmenter les soldats dans les casernes. Un témoignage à lire d'une vision de la première guerre Mondiale sans idéalisation, ni héroïsation.

après

Après décrit le retour des soldats qui étaient présents dans le roman A l'ouest rien de nouveau ( pour ceux qui ont survécu, la mort de Paul Baumer est évoquée), mais pour beaucoup, ce n'est pas un retour à la vie : marqué à jamais par l'apocalypse de la première Guerre Mondiale, ces jeunes gens n'ont plus d'espoir. Confronté à une société en proie à la misère ou aux mercantis, ils doivent faire face au désarroi qui envahit leur vie : que faire après avoir connu les atrocités des tranchées ? Ernst évoque le sort de différents soldats, ceux qui sont dans les asiles, qui retournent dans l'armée par fatalisme, ceux qui ne peuvent pas travailler parce qu'ils sont mutilés, ceux qui se suicident... Ils tentent de survivre dans cette Allemagne de l'après-guerre qui souffre à cause de l'inflation du marks et du manque de nourriture. Seul et se sentant " étranger" , Ernst passe ses examens pour devenir instituteur mais il n'arrive pas à s'accoutumer à une vie normale, hanté par les morts du passé.

Comme dans A l'ouest rien de nouveau, Ernst remet en cause l'idéologie enseignée dans les classes tout en soulignant l'absurdité de la guerre. "Je crois que nous sommes tous perdus", dit Rahe, camarade de Ernst. Dans ce récit, souvent le "nous" s'ajoute à la voix du narrateur mais même la camaderie née de la guerre s'étiole hors des combats. Comme A l'ouest rien de nouveau, E. M. Remarque a écrit un témoignage sur le chaos de l'Allemagne après-guerre sans pathos mais où s'exprime avec force le désespoir d'une génération sacrifiée, qui arrive à nous atteindre des années plus tard.

A l'ouest rien de nouveau, Erich Maria Remarque, livre de poche, 254 p.

Après, Erich Maria Remarque, folio, 398 p.

MERCI Lise pour ce partenariat avec Folio. Lu aussi par Aaliz et Lilly.

Challenge le mélange des genres de Miss Léo ( catégorie classiques étrangers). Mon bilan et celui de Miss Léo.

Posté par maggie 76 à 17:05 - Commentaires [12] - Permalien [#]

04 avril 2014

Au mois de mai 2014

334113_vincent-van-gogh-antonin-artaud-le-suicide-de-la-societe_retaille

Van Gogh/Artaud, Le suicidé de la société : Voici une exposition au Musée d'Orsay qu'il faut aller voir. Niki en parle ici.

A ne pas rater, non plus, ce roman de Solomon qui a plu aussi bien à Soie ( Jack Rosenblum rêve en anglais), qu'à Keisha, qui parle d'intégration et d'une évocation rêvée de l'Angleterre et dont je retiens une belle citation : " Nous ne devons pas être des coquelicots dans un champ de blé". Autre roman parlant de l'Angleterre mais sur un aspect bien plus sombre, c'est Harriet de E. Jenkins lu par Lou et Titine. Je signale que notre Sherlock Holmes favori reprend du service - diffusion du cercueil vide actuellement - et que deux "making off" ( "Sherlock Holmes : l'héritage" et "Sherlock Holmes : l'enquête") permettent de connaître les sources, coulisses et secrets de tournage sur France 4. Quant à Luocine, avec un doux parfum de scandale, elle sest 'intéressée à la presse à scandale anglaise.

ida_fr-2

Avec la commération de la première Guerre Mondiale, de nombreux films et livres parlent de cette période mais aussi de la seconde Guerre Mondiale : Luocine évoque le film Ida de Pawel Pawlikowski, et lu Kinderzimmer de Valentine Goby, Hanns et Rudolf de Thomas Harding, Lilly et Aaliz ont lu Après de Remarque, Keisha a aimé la correspondance de Romain Rolland et Sweig, et Dasola nous parle du film Diplomatie de V. Shlöndorff.

code-rebecca1

Malgré des déluges d'éloges, j'ai abandonné Le mystère Sherlock dont le comique de répétition est assez excessif et pesant. En revanche, le roman policier Le code 1879 de Dan Waddell présente une intrigue terriblement efficace : les recherches policières sont menée par un enquêteur peu commun, un généalogiste, et le lien entre meurtre et société victorienne est bien tissé. ( Lu par Val, Lou, Titine, Shelbylee, Miss Léo, Soie...). Sont venus rejoindre ma PAL, La marque de Windfield de Ken Follet - merci soie ! - Et le code Rebecca de Ken Follet, Le grand cahier de Kristoff, HHHH de Laurent Binet, Dans le jardin de la bête d'Erick Larson, L'origine du mal de Humbert, Le problème Spinoza et Nietzsche a pleuré de Yalom, Shakespeare notre contemporain de J. Kott. Bonne lecture !

Posté par maggie 76 à 23:02 - Commentaires [5] - Permalien [#]

30 mars 2014

Elizabeth George, Le lieu du crime/ Le cortège de la mort

CVT_Le-lieu-du-crime_300

Le lieu du crime est l'une des enquêtes menées par Thomas Linley, aristocrate, paraissant incongru dans le milieu policier. Il est chargé par son supérieur d'enquêter sur la mort d'une jeune femme Joy Sinclair qui souhaitait mettre sur pied une pièce qui devait révéler de terribles secrets familiaux des Stinhurst. C'est d'ailleurs un milieu aristocratique, le grand manoir écossais de Westerbrae qui va servir de décor au crime et où Thomas va retrouver le producteur, le comte de Stinhurst.

Ce qui pourrait apparaître comme une énième enquête sur le modèle des whodonits - chambre du crime close de l'intérieur, une douzaine de suspects, de nombreux mobiles...- est compliquée par la présence d'Hélène Clyde dont est amoureux Linley, tout en développant une intrigue qui repose en grande partie sur la personnalité de T. Linley, l'aristocratie et ses secrets de famille - thématique très victorienne.  Quelques références à l'histoire et au théâtre agrémentent cette enquête bien ficelée mais pas des plus originale.

9782266215213

Le cortège de la mort : " Véritable forêt vierge, avec de lugubres statues funéraires recouvertes de lierre, des arbres tombés au sol faisant des forteresses et des cachettes idéales, des pierres tombales écroulées et des monuments en ruine... On aurait dit un décor de roman fantastique, jusqu'aux arbres noueux présentant à hauteur d'épaule d'énormes médaillons sculptés  en forme de lune d'étoiles ou de visage sarcastiques" ( p. 140) : à l'image de ce cimetière où est retrouvée morte Jemina Hasting, le roman est construit sur une profusion d'intrigues secondaires qui s'enchevêtrent et qui finissent par toutes se rejoindre. On ne peut qu'admirer l'habilité de la romancière pour nouer tous ces fils épars. Qui est l'assassin et quel est son mobile ? Questions somme toute classique mais la narration l'est beaucoup moins. Dans l'intrigue policière s'intercale des extraits d'un rapport de Psychopathologie, culpabilité et innocence dans l'affaire John Dresser. Ce meurtre d'un très jeune enfant commis par trois jeunes de milieux défavorisés soulèvent de nombreuses questions sur le système judiciaire. Coupant sans cesse la progression de l'enquête, on ne comprend que tardivement son rôle dans celle-ci.

Mais revenons à Jemina : qui l'a tuée ? Est-ce que ce sont ses collocataires de la pension de Bella Mc Haggis ? Est-ce un fou qui se prend pour son ange gardien ou Gordon son ex-ami ? C'est Isabelle Ardery qui mène l'enquête, aidée de ses fioles d'alcool et de Thomas Linley. On retrouve aussi ses équipiers comme Barbara Havers, les Saint-James... cependant, on ne retrouve pas l'opposition des classes sociales comme dans Le Lieu du crime, mais une réflexion sur la place de la femme dans la société : Isabelle sait qu'elle va devoir s'imposer dans un milieu masculin. Elle doit aussi faire face à des remarques sexistes d'un collègue... Mais le ton n'est pas toujours grave et les déboires vestimentaires de B. Harvers amènent beaucoup de légéreté. Et comme si le roman n'était pas assez touffu avec son cortège de suspects et de personnages, l'intrigue se déroule dans deux lieux différents nous permettant de découvrir le métier de chaumier et les espaces verts du Hampshire... Finalement, cette enquête se révèle passionnante, haletante et tortueuse.

Elizabeth George, Le lieu du crime, Pocket, 478 p.

Elizabeth George, Le cortège de la mort, Pocket, 1015 p.

Challenge mélange des genres de miss Léo

challenge myself de Romanza

Posté par maggie 76 à 21:33 - Commentaires [12] - Permalien [#]

19 mars 2014

Ohl, Charles Dickens

dickens_ohl

"Dire que la popularité de Dickens fut immense est un euphémisme. De son vivant déjà, tout bourgeois rondouillard portant bésicles avait de fortes chances de se faire appeler Pickwick. Le mot "gamp", du nom de l'un de ses personnages, était synonyme de "parapluie". Tout le monde lisait Dickens : la reine, le peuple, la gentry, les mineurs de Cornouailles, toute l'Angleterre en somme, mais aussi les Français, les Américains, les Allemands, les Russes". Dans son avant-propos Jean-Pierre Ohl montre à quel point l'auteur des grandes espérances est populaire en Angleterre, véritable légende dont les personnages semblent côtoyer chaque anglais. Mais cette biographie n'est pas une apologie : l'auteur dévoile une personnalité "complexe, " pétrie de contradictions encombrantes" et "patriarche incommode".

Tout en suivant la constitution de l'oeuvre titanesque de Dikens d'une manière chronologique, Ohl met en parallèle les fictions écrites par Dickens, dont il cite de larges extraits et sa vie hautement romanesque. Par exemple, dans Oliver Twist, la scène du gruau dénonce une réalité sordide contre laquelle se battra Dickens : les workhouses de l'époque font vivre les pensionnaires dans un état déplorable. Les école du Yorkshire font scandale et inspirera les premières pages de Nicolas Nickeby. Le biographe souligne le lien étrange qu'entretient Dickens et ses oeuvres, lien viscéral, qui pourrait être illustré par le tableau Dickens dream de Buss. Il joue le rôle de Wardour, dans une pièce adaptée de Glacial abîme écrit avec Collins, personnage trouble auquel il s'identifie complètement. Et que dire du mystère d'Edwin Drood ? Il continue à fasciner nombres d'auteurs, à tel point qu'il existe des "Writter on Edwin drood" !

Les meurtres et la souffrance sont omniprésents dans l'oeuvre dickensienne mais ils côtoient le comique et la caricature, proche d'un rire grinçant, très moderne selon Ohl. Evidemment dans cette biographie sont décrits les événements majeurs de la vie de Dickens, de son enfance malheureuse à sa fabuleuse popularité, en passant par son voyage en Amérique, ses séances d'hypnose sur une femme rencontrée en Italie. Paradoxalement, Dickens qui incarne l'auteur victorien par excellence semble avoir beaucoup souffert dans cette société rigide que ce soit à cause de son travail pendant l'enfance - traumatisme indélébile - ou son désir de sortir de l'ordre : " toute folie que vous proposez trouvera en moi un écho tout aussi insensé" ( Lettre à Collins). Cette biographie très documentée, qui s'appuie sur celles de P. Accroyd ou de F. Kaplan, fait une très belle place à l'oeuvre géniale de Dickens. Et on aurait bien envie de déclarer comme ce fervent admirateur de Dickens que cite J. Green, que toute personne n'aimant pas les romans dickensiens est "sérieusement dérangée" ( p. 186) !

Jean-Pierre Ohl, Dickens, folio,277 p. billet de titine.

Challenge mélange des genres de Miss Léo.

Posté par maggie 76 à 20:58 - Commentaires [23] - Permalien [#]



09 mars 2014

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem

71mTt9gKO7L

Il est impossible de résumer une oeuvre aussi dense et une pensée aussi complexe que celle de cette philosophe. Cependant, voici quelques aspects que j'ai retenus de ma lecture de ce livre indispensable aussi bien d'un point de vue humain que philosophique. Lorsque l'enlèvement d'Eichmann - responsable "des affaires juives et de l'évacuation" sous le troisième Reich - à Buenos Aires est annoncée, H. Arendt demande à The New Yorker de couvrir le sujet. Elle commence par décrire les juges, la Cour, les témoins... non pour en faire un simple compte-rendu mais une analyse du procès. Elle observe notamment de nombreuses irrégularités dans le procès et s'interroge sur la légitimité de ce tribunal qui a été formé à Jerusalem car, pour elle, le plus grand crime d'Eichmann est un "crime contre l'humanité", faisant par-là une distinction avec le "crime contre le peuple juif".

Elle analyse donc les arguments de la défense et de l'accusation d'un point de vue juridique. Commençons par les reproches qu'elle adresse à ce tribunal : tout d'abord, elle évoque le fait que les " tableaux", c'est-à-dire l'évocation de l'histoire des témoins, l'arrière plan historique interfèrent inutilement avec le procès. Les témoins n'ont pas de rapport direct avec Eichmann. Même si H. Arrendt nie faire de l'histoire, elle est amenée, à cause de la carrière d'Eichmann dans le parti SS, à évoquer des déportations du Reich, de l'Europe orientale, de l'Europe orientale d'une manière précise et documentée, en s'appuyant sur des sources historiques qui sont récapitulées dans le post-criptum.

D'autres analyses montrent comment Eichmann est devenu un bouc émissaire : on l'accusait d'avoir été à l'origine de l'organisation de la "solution finale", au point d'influencer Hitler. Ainsi constate-t-elle qu'on lui attribue des fonctions et un pouvoir qui n'étaient pas les siens. A contrario, elle remarque que Eichmann ne parle qu'à travers le langage du Reich, un langage plein de clichés. Dans le post-criptum, elle cite des sources mais elle revient aussi sur la définition de la banalité du mal ( p. 440), une notion cloturant son chapitre intitulé " Jugement, l'appel et l'exécution" et qui allait créer une polémique souvent par des gens qui n'avaient pas même lu le livre : Qu'on puisse être à ce point éloigné de la réalité, à ce point dénué de pensée, que cela puisse faire plus de mal que tous les mauvais instincts réunis qui sont peut-être inhérents à l'homme - telle était la leçon qu'on pouvait apprendre à Jérusalem" et elle souligne " l'étrange lien entre l'absence de pensée et le mal"( p. 495). Alors qu'on reproche à A. Arrendt d'avoir défendu Eichmann, il semblerait plutôt qu'elle ait justement mis à l'épreuve la faculté de penser propre à chaque humain au lieu de suivre aveuglément les jugements rendus. En outre, l'ironie qui ne sied pas, selon certains à ce type d'ouvrage et de circonstance, est aussi une forme d'insoumission, me semble-t-il, à une pensée toute faite...

Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

Billet de Nathalie ( la vie page à page) .Participation au challenge de Miss Léo, présentation ici.

Posté par maggie 76 à 10:50 - Commentaires [15] - Permalien [#]

Le challenge, " Le mélange des genres"

melangedesgenres1

Miss Léo propose un challenge " Le mélange des genres" - qu'elle présente ici - débutant le 24/02 et se poursuivant au 1er mars 2016. Que faire pour réussir ? Voici le principe : il s'agit de lire des ouvrages appartenant aux quatorze catégories ou genres littéraires figurant dans la liste si-dessous.

- Classique français

- classique étranger : A l'ouest rien de nouveau, Après de Remarque.

- essai : Hannah Arendt, Eichmann à Jerusalem, A. Arendt, la domination masculine, Bourdieu.

- récit de voyage

- recueil de nouvelles

- (auto)biographie et témoignage : Charles Dickens, Ohl,

- recueil de poésie

- pièce de théâtre

- roman historique

- roman noir/policier/thriller : Elizabeth George, Le lieu du crime/ Le cortège de la mort,

- roman jeunesse

- roman SF/fantasy/imaginaire

- romance et chick-lit

- BD et roman graphique.

Alors n'hésitez plus à diversifier les genres de vos lectures et à nous rejoindre !

 

Posté par maggie 76 à 10:29 - Commentaires [10] - Permalien [#]

28 février 2014

Au mois de février 2014 : G. Doré, " l'imaginaire au pouvoir"

Affiche

Que s'est-il passé en Février ? Titine évoque quelques films vus en février comme le vent se lève de Miyazaki ou Minuscule dont parle aussi Dasola ici (Minuscule). Dasola a aussi fait un billet sur 12 years a slave et YSL.

Envie de polars ? Vous pourrez découvrir cet auteur, K. Bruen et Dasola nous présente le dernier Indridason, intitulé le duel, ou opération Stweet Tooth de Ian Mc ewan qu'à aussi aimé Keisha ( d'autres liens sur son site). Keisha m'a d'ailleurs donné très envie de lire De l'art de mal s'habiller sans le savoir de M. Baugé qui va bientôt sortir en poche ( avril). Shelbylee nous conseille Depuis le temps de nos père, de Dan Waddell. En revanche, ne lisez pas le dernier E. George : voici une critique très drôle de Shelbylee ! Si la littérature japonaise est peu à l'honneur sur ce blog, vous pourrez retrouver le billet de Lilly sur un roman d'Ishiguro, Un artiste dans un mon flottant, qui semble fascinant.

Vous ne savez pas quel défi vous donner cette année ? vous pouvez lire la liste des 10 challenges choisis par cléanthe, ce qui est déjà pas mal ! Shelbylee s'est inscrite au challenge de la seconde guerre Mondiale, elle en parle ici et pour la première Guerre Mondiale, il existe aussi un challenge présenté par Soie. Quel bonheur d'apprendre que le challenge V. woolf, chez Lou,  devient permanent et que le challenge British Mysteries repart pour une deuxième édition !

Et n'oubliez pas d'aller jeter un oeil sur l'exposition Brassai dont parle Titine. Un documentaire " la photo surréaliste" de Luciano Rigolini pose les principes de l'esthétique surréaliste en évoquant les productions de Man Ray, Brassaï, Dora Maar... ( 52 min arte). Arte met aussi à l'honneur d'Henrier Cartier Bresson avec le documentaire de P. Assouline ( " Le siècle de Cartier Bresson" 2012, 53 min). Quant à Niki, elle nous parle d'un peintre préraphaélite peu connu, Evelyn de Morgan. Si vous aimez G. Doré, un documentaire sur arte accompagne l'expo du musée d'Orsay : on peut ainsi découvrir des aspects moins connus de la carrière de G. Doré, notamment ses tableaux et ses caricatures ( Documentaire de P. Bouchénic, 2013, 52 min).

Et s'est ajouté à ma PAL, Le mystère Sherlock de J.M. Erre, Eichmann à Jerusalem de A. Arendt, L'encyclopédie de la Grande Guerre ( tome II) sous la direction de Rouzeau et Becker. Bon mois de mars et bonne lecture!

Posté par maggie 76 à 19:07 - Commentaires [12] - Permalien [#]

24 février 2014

R. Rendell, Une fille dans un caveau.

9782702421802FS

" Cette grandiose et grotesque nécropole aurait pu, si l'on avait récupéré le terrain servir à loger bien des sans-abri. C'était particulièrement sinistre et impressionnant. Jamais auparavant wexford n'avait ressenti si fortement ce frisson opressant de la mort. [...]. La victoire ailée retenait des chevaux, projetés en avant contre un ciel presque noir. sous les arches des colonnades, s'étendaient des ténèbres. Pour rien au monde il n'aurait marché entre ces arches et ces piliers frontaux pour déchiffrer les plaques de bronze fixées aux murs jaunes et humides. Jamais il ne passerait une nuit dans un tel lieu. Il avait gravi les marches pour visiter le cimetière." Et c'est dans ce cimetière de Kenbourne Vale que nous retrouvons Wexford, en convalescence à Londres, chez son neveu, commissaire à la brigade criminelle. Il ne peut s'empêcher de participer à cette mystérieuse enquête où une fille, avec une fausse identité, est retrouvé dans le caveau d'un sinistre cimetière.

La beauté romanesque de cette intrigue se situe dans la lecture de l'inspecteur Wexford : il n'a cure d'aller voir la statue de Peter Pan à Kensington park, en revanche, il va saluer la statue de T. More, auteur de l'Utopie. Des citations en exergue de ce livre ponctuent chaque début de chapitre : les cités idéales construites par les écrivains ont bien pour fonction de critiquer les sociétés dans lesquelles ils vivent. Les quartiers miséreux, le désarroi de certains habitants, la religion, tout est évoqué dans cette enquête où la vie privée de nombreux policiers et personnages, gravitant autour de l'enquête, sont évoqués pour mieux montrer les failles humaines et sociales. Les recherches se concentrent notamment autour de la famille, des relations entre parents et enfants et du poids de la religion. En revanche, la déambulation dans un Londres pluvieux est charmante malgré la fameuse pluie londonnienne. Cette " dystopie" - c'est ainsi que Wexford surnomme l'enquête - s'attache aussi aux états d'âme de Wexford qui doit faire ses preuves à Londres : malgré ses problèmes de santé et son âge va-t-il réussir à trouver le fin mot de l'histoire ?

R. Rendell, Une fille dans un caveau, 285 p.

Participation au challenge I love London organisée avec Titine.

4555998

Kenbourne vale

Posté par maggie 76 à 17:19 - Commentaires [9] - Permalien [#]

08 février 2014

Le garçon dans le chêne, Fredrick Ekelund

9782070449040FS

" je marche sur le soleil, debout sur le soleil", " Le soleil remplit jusqu'au bord ma poitrine de miel exquis et dit : un jour toutes les étoiles s'éteindront ; et pourtant elles continuent de briller sans crainte"*

Voici un polar venu du froid qui est tout aussi intéressant et captivant que ceux d'Indridason ou de Mankel ! L'auteur suédois F. Ekelund nous emmène au coeur de sa ville, à Malmö, ville industrielle du sud de la Suède, dans une sombre affaire de viol et de crime d'honneur. L'inspecteur Lindström et sa nouvelle stagiaire, Monica Gren, enquêtent sur des immigrés où deux cultures s'opposent radicalement, ce qui ne va pas sans heurts. La victime Yasmina - adolescente mystérieuse dont on nous dessine peu à peu un portrait fascinant et qui participe de beaucoup dans l'attrait de ce polar - était trop libre selon sa famille, vivant dans des conditions claniques, marquée par la tragédie de Shabra et Shatila. Cependant, un deuxième meurtre amènent nos deux enquêteurs dans une toute autre direction, assez surprenante.

Comme beaucoup de polars nordiques, la dimension réaliste et sociale transparait à travers l'enquête. Le quotidien, la culture suédoise, la politique, la littérature, de nombreux sujets sont abordés permettant de nous représenter les mentalités scandinaves. Et qu'en est-il de ce nouvel inspecteur ? Nous découvrons corrolairement à l'enquête, la vie de Lindström, qui sans être aussi noire que celle d'un Elendur, vit difficilement le drame conjugal de l'éloignement... Loin des enquêtes de l'univers atemporel des whodonits où la mécanique du mystère prime sur le reste, Le garçon dans le chêne reflète le monde contemporain, dans une écriture sans fioriture, avec des personnages ayant des failles, des défauts et des enquêtes qui ne suivent pas une ligne droite. On a hâte de découvrir les nouvelles enquêtes de Lindstrôm...

* edith södergran, poétesse finlandaise, cité p 87.

Fredrick Ekelund, Le garçon dans le chêne, folio policier, 335 p.

* Edit du 9/02 : avis de Lystig

Merci Folio pour ce partenariat, et à Lise.

Posté par maggie 76 à 19:22 - Commentaires [9] - Permalien [#]



Fin »