J'avais oublié combien Jane Austen pouvait être un auteur délicieusement ironique ! Je conçois bien tout ce qu'il y a de vain de parler d'une oeuvre très très connue mais j'ai tellement pris de plaisir dans cette relecture, que j'ai quand même voulu marquer quelques mots...

Jane Austen arrive à nous captiver avec l'histoire de la famille Bennet. Les soeurs Bennet sont toutes très différentes et en âge de se marier : la douce Jane, l'impétueuse Elizabeth, la laide et pédante Mary, et les deux cadettes, kitty et lydia futiles et frivoles.  Lorsqu'un jeune célibataire, Mr Bingley, accompagné d'un autre jeune homme Darcy, s'installe dans la voisine et belle demeure de Netherfield, Mrs Bennet y voit tout de suite une opportunité de marier une de ses filles... Les filles Bennet se marieront-elles ? Surtout qu'un "entail", qui laisserait ces femmes dans le dénuement à la mort de l'original Mr Bennet, pèse comme une menace sur elles et attire, dans les parages, l'heureux bénéficiaire, Mr Collins.

Orgueil...
L'orgueil est incarné par Mr Darcy. Mille preuves de son orgueil vont être accumulées, tout au long de ce récit fort amusant : il dédaigne la société de Longbourn trop provinciale pour lui, pense qu'un mariage avec l'une des filles Bennet est une mésalliance... Mais peu à peu, il se sent attiré malgré lui, par la franche Elizabeth. L'amour sera-t-il vainqueur des préjugés ? Elizabeth épousera-t-elle un homme aussi orgueilleux ?
Et les préjugés...

Toute la bonne société anglaise est critiquée dans ce qu'elle peut avoir de rigide, d'hypocrite et de bienséant. Dans les premières pages, l'auteur entreprend de décrire les personnages en les installant dans un décor typiquement austenien, un bal. Mr Bennet, un homme sensé et sarcastique, est à l'opposé de son impétueuse femme "monomaniaque", obsédée jusqu'au ridicule par le mariage. Elle exulte de joie de savoir qu'il pleut dru sur la tête de son aînée, qui est allée rendre visite aux Bingley l'obligeant ainsi à rester chez eux, et la rapprochant ainsi d'un parti avantageux, sans se soucier que cette même pluie va se révéler dangereuse pour la santé de sa fille. Dès les premiers dialogues, elle est décrite de manière comique : "Oh ! mon cher Mr Bennet, s'écria-t-elle en entrant dans la pièce, quelle agréable soirée, quel bal réussi ! [...] Puis en voyant Jane, il [Bingley] a eu l'air charmé, a demandé qui elle était et, s'étant fait présenter, l'a invitée pour les deux danses suivantes. Après quoi il en a dansé deux avec Lizzy, la "boulangère" avec..."

- Pour l'amour du ciel, arrêtez cette énumération, s'écria son mari impatienté. s'il avait eu pitié de moi il n'aurait pas dansé moitié autant. Que ne s'est-il tordu le pied à la première danse!"

Le ridicule de Mrs Bennet n'a d'égal que le rire qu'elle suscite. Quant au coussin Mr Collins, tout aussi ridicule, il incarne l'ennui et la fatuité ! Tous les caractères et ses travers sont dépeints et les jeunes filles Bennet ne sont pas épargnées que ce soit Jane, l'aînée, parfaite femme victorienne, mesurée et retenue, ou les benjamines écervelées. Les préjugés des uns et des autres causeront bien du tort à certains de nos personnages et provoqueront plusieurs revirements de situation. Lydia pourra-t-elle épouser un homme endetté qui l'a enlevée et qui a mauvaise réputation ? Bingley verra-t-il la passion sous la retenue de Jane ? Sous couvert de bals et de mariage, la société bourgeoise anglaise est critiquée, moquée, caricaturée par l'écriture enlevée et légère de Jane Auten. Conventions, amour des apparences sont raillées sous la plume ironique de Jane Austen. On se laisse emporter par les différents revirements des sentiments des personnages. Quel bonheur que la lecture de ce roman ! Un véritable chef-d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne !

Et j'ajoute un lien vers un billet très détaillé et lu en anglais de Lou.

englishclassicOrgueil et  préjugés, Jane Austen, 10/18, 369 p. (couverture : détail de The day dream, Gabriel Rossetti)