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21 février 2011

Le moine de Lewis : ISSN 2607-0006

Lewis-Le-Moine

"Il me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désir là où les réputations s'acquièrent et se perdent dans la fameuse rue appelée Paternoster. furieux que ta précieuse olla-podrida soit ensevelie dans un portefeuille oublié, tu dédaignes la serrure et la clef prudente, et tu aspires à te voir, bien relié et doré, figurer dans les vitrines de Stockdale, de Hookham, ou de Debrett". Par une adresse, à son livre, humoristique, Lewis nous fait parvenir Le moine, véritable bréviaire de la littérature gothique. Mais qui est ce moine ?

Le moine de Lewis est une oeuvre flamboyante, à tel point, qu'Artaud disait : "Je continuerai à tenir pour une oeuvre essentielle Le moine qui bouscule cette réalité à pleins bras, qui traîne devant moi des sorciers, des apparitions et des larves, avec le naturel le plus parfait, et qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres". A Madrid, accompagnée de sa laide tante Leonella, Antonia fait la rencontre de Lorenzo qui va vite tomber sous son charme et elle va entendre parler, pour la première fois, d'Ambrosio, le moine qui fascine tout le monde par sa vertu. Antonia vient voir son oncle le marquis de Las Cisternas car sans ressource et avec une mère gravement malade, elle cherche la protection de ce parent éloigné. A  partir de cette histoire, une myriade de récits fantastiques pleine d'hallucinations, de fantômes, de revenants, de prédictions tourbillonnent vertigineusement. Une deuxième intrigue commence : Agnès, religieuse du couvent et soeur de Lorenzo, entretient une relation secrète avec le marquis. Vont-ils pouvoir s'aimer tendrement ? Lorenzo pourra-t-il demander en mariage l'innocente Antonia ? Le moine va-t-il rester vertueux ?

"A ceux qui osent, rien n'est impossible"

Diverses histoires mises en abîme de passions punies donnent vie à des thèmes, repris plus tard dans la littérature fantastique, tels que l'histoire de la nonne sanglante ou celle du juif errant.

" Assis sur un fragment de roche, le calme  de ce spectacle m'inspirait des idées mélancoliques qui ne manquait pas de charme, le château que j'avais en pleine perspective, offrait un aspect imposant et pittoresque.Ses murs épais que la lumière de la lune teignait de la lueur mystérieuse ; ses vieilles tour à demi-ruinées, qui s'élevaient dans les nues et semblaient menacer les plaines d'alentours ; ses créneaux tapissées de lierres, et ses portes ouvertes en l'honneur de l'hôte fantastique, me pénétrait d'une triste et respectueuse horreur". Tous les topos de la littérature gothique, du château hanté, des femmes violentées dans des caves remplies de cadavres, au pacte avec le diable sont présents, formant avec excès une oeuvre gothique au carré. La suite d'exergues de Shakespeare  et la place des rêves, des hallucinations et des prémonitions induisent une vision onirique mais pleine de violence : l'illusion de la vie, sa fragilité révèlent la noirceur de l'âme des hommes et de son iniquité. Tout n'est qu'apparence et vanité : "Depuis qu'il [Ambrosio] avait perdu la réalité de la vertu, l'apparence semblait lui être devenue précieuse".

" De moment en moment, la passion du moine devenait plus ardente, et la terreur d'Antonia plus intense. Elle lutta pour se dégager ; ses efforts furent sans succès et, voyant Ambrosio s'enhardir de plus en plus, elle appela au secours à grands cris. L'aspect du caveau, la pâle lueur de la lune, et les objets funèbres que ses yeux rencontraient de toute part, étaient peu faits pour lui inspirer les sentiments qui agitaient le prieur ; ses caresses même l'éprouvaient par leur fureur : cet effroi, au contraire, cette répugnance manifeste, cette résistance incessante, ne faisaient qu'enflammer les désirs du moine, et prêter de nouvelles forces à sa brutalité". Remarquable par sa littéralité, les références à la littérature, que ce soit la Bible ou des légendes "le roi des eaux" croisent le destin des hommes et côtoient le paroxysme des atrocités, des sentiments, des passions : excessivement onirique, Le moine est un magnifique et frénétique palimpseste de la littérature gothique.

 Lewis, Le moine, Babel, 480 p.

Lecture commune avec céline et sabbio

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Commentaires
C
Merci Maggie! Non je n'ai pas encore lu Le Moine. Pour le moment je mets un lien vers ton blog dans la liste de lecture que je publie demain.<br /> <br /> Je m'aperçois que j'ai écrit Gaspard comme Caspar (Friedrich)!
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M
@ Claudia : bien sûr ! Moi aussi j'ai mis longtemps à découvrir ce livre : intéressant d'un point de vue littéraire parce que l'histoire à tiroir permet de trouver de nombreuses histoires qui vont devenir des références de la littérature fantastique : un condensé de gothique anglais ! Il me tarde de voir ton billet...<br /> Bonne lecture pour gaspard ! Je ne l'ai toujours pas fini mais je lis toujours la poésie par petit bout !
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C
Je savais bien que j'avais lu ce billet! C'est un des bouquins que je veux lire. Je suis même étonnée de ne pas avoir laissé de message. Demain je dois faire une liste de livres à lire pour le romantisme anglais. Je peux le citer pour le challenge romantique?<br /> Je viens de m'acheter Caspar de la nuit!
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M
@ Lou : lis-le ! Ne t'inquiète pas pour l'intertextualité ! Moi non plus, je ne connaissais pas beaucoup de textes : ca m'a fait la même chose pour don quichotte : beaucoup de textes m'échappent...
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L
Je crains de passer à côté d'une partie des éléments liés à l'intertextualité... je l'ai dans ma PAL depuis une dizaine d'années !!
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