18 novembre 2011

Meurtres entre soeurs de Willa Marsh : ISSN 2607-0006

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"Ca l'[Emily] excite comme l'odeur du sang et elle se sent prête à fondre sur la proie", dit le narrateur d'Emily, une petite fille de dix ans. Sa demi-soeur Olivia n'est guère moins diabolique au grand désespoir de leurs parents, Mo et Pa. Toutes deux, jalouses de leur petite soeur Rosie chercheront à la tuer alors qu'elle n'est qu'un bébé. Entrez dans l'univers des soeurs Faringdon qui rivalisent de cruauté et de sournoiseries. La haine entre les soeurs aînées et la plus jeune ne fait que s’accroître avec le passage du temps. " A dix ans, [Rosie] pourrait en remontrer à Iago en rouerie" : Rosie est la plus cupide, la plus mauvaise et une intrigante née, qui divise pour mieux régner, et il n'y a que sa propre fille, Alice, qui est plus démoniaque qu'elle. La noirceur d'une Lady Macbeth n'est jamais loin de ces personnages qui sont même comparés aux sorcières de Macbeth.

Le style de l'écrivain surprend, car comme dans les contes, on nous raconte une histoire sans développement psychologique ni descriptions. Sans vraiment rechercher le réalisme, ni les transitions, avec une écriture incisive et cynique, Willa Marsh montre davantage des personnages pris dans un engrenage infernal de machiavélisme et de cruautés presque gratuites, un mécanisme de la vengeance. On suit donc ces trois soeurs sans scrupules mais dont la noirceur est rehaussée d'humour.

L'ironie du narrateur perce dans l’appellation d'une voisine - curieuse et importune - par "Samaritaine", quant à la femme d'un ancien prétendant des soeurs, elle est appelée "nez pointu et yeux perçants". Etrangement, seule la mort semble heureuse et burlesque, apparaissant comme un lieu Elysien plein de gin pour Mo qui est portée sur la bouteille comme sa mère l'était aussi - et qui se renverse des flasques de gin dans le lit à 75 ans passés. L’atmosphère clochemerlesque, la mère déjantée et une tante Pamela excentrique viennent rajouter de l'humour noir, en sus de ces deux vieilles filles que sont devenues Emily et Olivia : qui a dit que les vieilles filles anglaise enterrées dans leur campagne étaient ennuyeuses ? Le livre de Willa Marsh est un condensé des héros monstrueux de Shakespeare et d'humour noir très british.

Willa Marsh, Meurtres entre soeurs, p. 209, autrement.

L' avis ici de Théoma. Lu aussi par Ankya, Mango, Keisha, Alicia et bien d'autres...

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27 octobre 2011

Notre Dame de Paris de V. Hugo

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"Lisez le roman de Victor Hugo, vous trouverez que le genre salop abonde", écrivait Mérimée à Stendhal en 1831 : que reproche-t-il à ce roman ? C'est l'emploi de thèmes à la mode et mélodramatiques. On a aussi beaucoup reproché à ce livre, son "genre toponymique", un mélange de poésie et d'histoire, d'avoir abusé des termes architecturaux... Lisez la préface de Jacques Seebacher pour replacer ce livre dans les querelles historiques de l'époque.

"Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire ; sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons et d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments, un lambeau dans la fumée.[...] Leur innombrable sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer de l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflait le feu, des tarasques qui éternuait de la fumée. et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve souris devant une chandelle".(p. 579)

Hugo ( exposition virtuelle sur le site de la BNF)  écrit du Hugo : pourquoi en relever les défauts ? Evidemment il développe son esthétique du grotesque et du sublime : Quasimodo est "la perfection de la laideur". Mais ne fait-il pas dire dans La Esmeralda, pièce adaptée du roman, "je suis beau dans mon âme" à ce même personnage ? Le grotesque est aussi présent dans des scènes comiques comme le jugement de Quasimodo le sourd par un juge sourd. Evidemment, c'est un Moyen-Age de pacotille qu'il développe. Non, ce qu'il faut retenir c'est l'extrait ci-dessus : on voit tout ce que cette description architecturale médiévale doit au romantisme.  Commençant sous le signe du carnaval et du théâtre, ce Paris médiéval est peuplé de monstres, la fameuse cour des miracles, mais vue à travers une écriture hugolienne : "C'était un nouveau monde inconnu inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique".

 On fait aussi la rencontre de Phoebus de Chateaupers et d'une bohémienne, Esméralda, une enfant trouvée comme Quasimodo. La figure du poète est incarnée par Gringoire et l'intelligence et la science par Frollo. Roman à tiroirs avec des scènes de reconnaissances spectaculaires, roman populaire avec ses enlèvements, ses pendaisons, où Frollo emprunte les traits d'un certain moine de Lewis - il a les yeux qui brillent comme des lanternes en voyant Esmeralda et finit par devenir un meurtrier pour l'amour d'elle tout en s'arrachant réellement les cheveux par poignées - C'est surtout un roman de la démesure aussi bien dans la peinture des sentiments que dans les scènes de foule. Balzac écrivait " deux belles scènes, trois bons mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la Belle et la bête et un déluge de mauvais goût". Certes, il est vrai que l'oeuvre est invraisemblable et que l'écriture est toujours excessive chez Hugo, cependant n'est-ce pas la jalousie qui fait parler Balzac ? La postérité n'a-t-elle pas donnée raison à Hugo en adaptant sans cesse ce roman ?

V; Hugo, Notre Dame de Paris, Livre de Poche, p. 618.

Autres oeuvres : Ruy Blas, Les travailleurs de la mer, Les misérables, Le Rhin, Lettres à un ami,

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25 octobre 2011

1Q84, livre 1 de Murakami : ISSN 2607-0006

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Voici un des livres de la rentrée littéraire, 1Q84, qui a suscité un engouement quasiment unanime bien mérité, bien que les billets parlent davantage de l'aspect mystérieux de ce livre sans en souligner la richesse. De quoi parle le dernier livre de Murakami ? A Tokyo en 1984, une jeune femme, Aoamamé, tue des hommes. Pourquoi ? Peu à peu on lève le voile sur ses activités. Parallèlement à cette première intrigue est développée une autre histoire où il est question d'un écrivain, Tengo, réécrivant un livre écrit par jeune fille de 17 ans, Fukaéri, La chrysalide de l'air, dans l'intention de lui faire gagner le prix des jeunes nouveaux auteurs.

"Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n'y a toujours qu'une réalité" : L'écriture concrète, prosaïque, s'attarde sur les détails les plus minimes, peut-être pour souligner davantage l'intrusion d'infimes changements du réel : mais est-ce illusion ou réalité ? Peu à peu le fantastique s’immisce dans le récit, relançant notre curiosité déjà bien éveillée par une narration parallèle qui ne laisse échapper les informations que parcimonieusement. On regrette juste quelques scènes crues, qui bien que nécessaires à l'intrigue globale, prennent parfois trop de place. D'ailleurs, des métaphores musicales, mathématiques, littéraires récurrentes donnent une unité à ce texte dont l'écriture est très fluide malgré quelques répétitions. Mais tout l'art de Murakami réside dans la représentation d'une violence omniprésente mais jamais réellement décrite ni exprimée directement.

"Big Brother n'a plus sa place sur scène" (chapitre 18). Avec un tel titre, on se demande quelle est la place du livre d'Orwell, très souvent évoqué, dans l'économie du livre. Si Big brother a disparu ainsi que la question du totalitarisme peu à peu des liens étroits se tissent entre ces deux oeuvres, notamment en mettant en place un questionnement sur la réécriture d'une histoire et des communautés autarciques... Plus on avance dans l'oeuvre et plus le mystère s'opacifie ! En refermant le livre, vous n'aurez qu'une hâte, c'est de découvrir le tome suivant...

1Q84, Murakami, Belfond, 533 p.

Merci à Price minister pour ce partenariat, lu dans le cadre du match de la rentrée littéraire.

Un livre lu aussi par virginie,par Alicia, Cryssilda, tome 1 et 2 lu par Keisha

 

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19 octobre 2011

Sweeney Todd de J.M. Rymer : ISSN 2607-0006

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Vous connaissez sans doute l'abominable barbier de Fleet grâce à l'adaptation de Tim Burton - le fameux barbier étant interprété par J. Deep - , qui avait été antérieurement mis en images par G. King, puis la BBC et musicalisé par S. Sondheim, montrant par-là la popularité de cette horrifique histoire. Mais revenons aux sources de Sweeney Todd, prototype du roman feuilleton, qui pose d'emblée bien des mystères : existait-il un être tel que l'abject Sweeney Todd ? La préface de 1850 affirme que oui. Qui a écrit ce roman populaire ? Longtemps attribué à T.P. Priest, célèbre feuilletonniste britannique, ce récit serait en fait l'oeuvre de J.M Rymer bien qu'il ne soit pas exclu qu'il fût écrit à plusieurs mains.

Ces quelques jalons posés, de quoi parle Sweeney Todd ? Obéissant à la règle des "trois multiplicités", c'est-à-dire profusion d'intrigues, multiplication de lieux et diversité de temps, on nous raconte l'histoire d'une jeune fille ingénue, Johanna, qui doit épouser un jeune homme vertueux mais pauvre, Mark Ingestrie, lequel décide de partir chercher fortune dans les Indes. Une abominable tempête fait sombrer le bateau sur lequel il se trouve, laissant un collier de perles à une connaissance rencontrée dans l'aventure. Évidemment, tout ceci nous l'apprenons de manière disséminée et éclatée car "le mystère s'impose" dans ce genre de roman. Malheureusement, le porteur du message de cette triste nouvelle disparaît une fois entré dans la boutique du diabolique barbier S. Todd au rire de hyène, ce qui est extrêmement significatif. Aussitôt les rouages de l'intrigue se mettent en marche et nous suivons une enquête sur ces disparitions chez le barbier, tout en suivant les agissements criminels de l'odieux S. Todd qui maltraite son apprenti Tobias qui finira dans un asile... etc... etc... De situations inouïes en drames effroyables, nous suivons un trajet qui est une surenchère dans l'horreur culminant dans le dernier chapitre où toutes les intrigues se dénouent.

Essentiellement composé de dialogues outrés, ce roman feuilleton est marqué par le roman noir ou roman gothique anglais : on décrit assez peu les meurtres mais l'abjection moral du personnage principal et la révélation horrible du dernier chapitre amène le lecteur à s'interroger sur la profusion d'événements macabres dans ce type de roman. La cruauté et l'immoralité du barbier semble le pendant du couple niaisement vertueux, étant donné que ces romans illustrent la lutte du Bien et du Mal. En outre, il est certain que le découpage en feuilleton à amené l'auteur dans la surenchère d'émotions violentes. Alors si vous souhaitez être frappé dans votre imagination, ouvrez ce roman peuplé de cauchemars où un passage secret sous l'église Dunstan sentant les charniers et où des tourtes d'une certaine Mrs Lovett feront votre épouvante !...

Sweeney Todd, J.M. Rymer, Callidor, 372 p.

Histoire du roman populaire en France, Y Olivier-Martin, Albin Michel, 286 p.

Merci aux éditions callidor et à newsbook pour la découverte de ce macabre roman feuilleton.

Participation au challenge halloween de lou et hilde.

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11 octobre 2011

Les misérables de V. Hugo : ISSN 2607-0006

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Après Les mystères de Paris d'Eugène Sue, publié en 1842 sous forme de feuilleton, et avant les Rougon-Maquart de Zola, Hugo ( exposition virtuelle consacré à cet auteur sur le site de la BNF) a lui aussi écrit un grand roman sur le peuple où il crie son indignation devant la misère croissante du prolétariat. L'intrigue rocambolesque et pleine de rebondissements suscite la pité du lecteur, avec lequel l'auteur instaure un dialogue. Qui sont ces misérables ? "Je suis un misérable", s'écrit Jean Valjean qui a volé son bienfaiteur, le bon abbé de Digne. Fantine apparaît d'abord comme une Galatée avant de tomber dans la déchéance. "Les misérables", c'est aussi Fantine qui vend ses cheveux, ses dents puis son corps pour survivre. "Mais je serais un misérable !", dit Javert. "Misérables" signifie le pauvre mais aussi celui qui n'a pas de morale. Mais quel est le propos de l'auteur ?

Oeuvre utile, Les misérables est une œuvre engagée : Jean Valjean est comdamné à 20 ans de bagne pour avoir volé un pain pour nourrir une famille nombreuse : l'auteur s'insurge. Plaidoyer pour le peuple, Victor Hugo use d'une forme populaire, celle du roman-feuilleton - avec ses titres savoureux - bien qu'il ait été d'emblée publié en roman. Narrateur omniscient et omniprésent, il interpelle le lecteur. Le ton d'ailleurs est souvent sentencieux.

"Qui atteint son idéal ?" Œuvre somme, C'est aussi une œuvre bigarrée qui mêlent description, lettres, passages historiques, digression sociale, historique, procès.... Les références sont tout aussi hétéroclites : Honoré D'Urfé côtoie Manon Lescaut de Prévost, Socrate... Et le style est souvent grandiloquent et les métaphores pleuvent. A fresque épique, style épique, symbolique et hyperbolique. Cette écriture surchargée est parfois indigeste. Jean Valjean entre dans un couvent ? On nous raconte en détail l'histoire du couvent. Jean Valjean arrive dans le village de Montferreil, on nous en décrit la ville, etc... La vision de l'auteur est surtout manichéenne comme le souligne l'écriture antithétique. C'est une gigantesque fresque sociale et historique où le sublime côtoie l'abîme. Hugo est aussi un orateur. Ah ! L'auteur sait persuader en brossant le tableau de ces misérables. 

"La conjonction de deux étoiles" : Mais ces misérables, c'est aussi une intrigue savamment construite où Jean Valjean est poursuivi de manière invraisemblable par l'ammoral Javert. Jean Valjean qui pour se racheter devient le père Madeleine, bienfaiteur de toute une ville puis le "père" Fauchelevent de la petite Cosette. Déguisement, nom d'emprunt, self made man, Jean valjean est un surhomme qui traverse des kilomètres d'égouts pour sauver Marius. C'est aussi l'histoire de Cosette et de Marius qui devront affronter les Thénardier et toute une bande d'affreux scélérats avant de trouver le bonheur.  Mais comme le dit si bien l'auteur en pleine description des barricades de 1832, de plus de deux cents pages, "abrégeons". Les Misérables est un roman formidable étymologiquement parlant.

Les misérables, t. I V. Hugo, folio classique, p 945.

Les misérables, t. II, Hugo, folio classique, p. 958 p.

autres romans : Les travailleurs de la mer, Ruy Blas, Le Rhin, Lettres à un ami,

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05 octobre 2011

Oliver Twist de Dickens : ISSN 2607-0006

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Chaque mois dans les Mélanges de Bentley, les lecteurs impatients découvraient la publication de 16 pages d'Oliver Twist, interrompue pendant l'été 1837 à cause du deuil de la belle-soeur de Dickens ( biographie sur le site Larousse). Il n'est pas besoin de vous dire combien l'impatience des lecteurs devait être grande à l'attente de chaque livraison tant ce roman est merveilleusement ficelé ! Mais que découvrait-il dans ces pages ? Oliver Twist fait partie des personnages qu'il n'est pas de besoin de décrire comme Cosette ou Mme Bovary, leur nom est devenu un symbole. Oliver, c'est l'enfance malheureuse. Orphelin dès la naissance, il est obligé de travailler dans une fabrique d'étoupe, puis, chez un entrepreneur de pompes funèbres avant de tomber dans les griffes du satanique Fagin.

Ce roman s'inscrit dans le genre de la Newgate School of fiction : il veut dénoncer la nouvelle lois sur les pauvres de 1834, d'où une certaine insistance dans la description de la pauvreté et des maltraitances que subit Oliver. Larmoyant et mélodramatique dans le premier tiers du livre qui paraît long, très long, il prend peu à peu des teintes plus sombres et plus rocambolesques : coïncidences et faits extraordinaires de tous genres viennent complexifier l'aventures d'Oliver qui disparaît peu à peu du premier plan. Car Oliver Twist est aussi le roman des criminels et des crimes en tout genre. A partir de son arrivée à Londres, les intrigues s'entremêlent pour se rejoindre dans un dénouement spectaculaire. Comme tout bon roman-feuilleton, les épisodes extravagants s'accumulent ainsi que des faits invraisemblablement inouïes : Monk cherche l’appariteur Bumble ? Voici que ce dernier s'arrête justement par hasard dans le même bouge que Monk alors qu'ils ne se sont jamais croisés auparavant ! Certaines scènes sont aussi invraisemblables. Que penser de cette attitude de Fagin ? " Quoi ? dit la fille, tandis que Fagin se taisait, la bouche presque collée à son oreille, sans cesser de la regarder dans les yeux " !

Pourquoi faut-il lire ce livre de Dickens ? Bien sûr, pour sa mise en scène de Londres dickensifiée : "Près du point de la Tamise sur lequel donne l'église de Rotherhithe, à l'endroit où les édifices des rives sont les plus sales, et les bateaux du fleuve les plus noircis par la poussière des charbonniers et la fimée des maisons aux toits bas, entassées les unes sur les autres, c'est là que se trouve des nombreuses localités qui se cachent dans Londres absolument inconnues, même de nom, de la grande majorité des habitants. Pour atteindre cet endroit le visteur doit pénétrer dans un dédales de rues étroites, boueuse et malodorantes, surpeuplées de riverains parmi les plus grossiers et les plus pauvres, consacrées au commerce que leur présence est censée susciter." Jamais Londres n'a paru aussi brumeux et sordide...

Un classique à connaître à tout prix bien que l'humour de Dickens soit moins présent, même si certaines caricatures sont extrêmement réussies comme les portraits des super-scélérats. Quelle verve ce Dickens ! Quelle inventivité ! Ce personnage est devenu si populaire que Disney en a fait une version ridiculement niaise sur un tempo euphorique, tandis que Roman Polanski a adapté de manière très soignées et très  fidèle cette histoire fameuse, spectaculaire et inoubiable.

Oliver Twist, Dickens, Livre de poche, 725 p.

autres roman : Le grillon du foyer, L'homme hanté,

Oliver Twist de Roman Polanski, avec, Barney clarck, Ben kingsley, 2005, 2h05.

Oliver Twist de Disney, avec Richard Dreyfuss, Elijah Wood

Challenge Dickens de Isil

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25 septembre 2011

Le jeu de l'ange de Carlos Riuz Zafon : ISSN 2607-0006

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L'ombre du vent et Le jeu de l'ange sont en quelque sorte Les grandes espérances de C. R. Zafon. Sous le signe de Dickens, l'auteur reprend quelques personnages présents dans L'ombre du vent pour renouer une intrigue diaboliquement conçue autour d'un écrivain. Un auteur en mal de reconnaissance est poursuivi par la malchance : devenu orphelin, il est maltraité par ses confrères journalistes, puis il accepte un étrange contrat avec un éditeur - qui ne semble pas avoir d'existence tangible - qui sent le souffre. Semant le malheur et la désolation autour de lui, il découvre parallèlement à sa propre destinée une étrange histoire autour de cet éditeur et bien sûr d'un livre. Aurait-il conclu un pacte faustien ?

Beaucoup moins fantastique et fantaisiste que L'ombre du vent, ce roman reste une littérature à effets où les outrances se multiplient. Les transitions sont encore cousues de fils blancs, les procédés sont similaires à ses romans antérieurs mais l'intrigue n'en n'est pas moins attrayante, excepté la fin qui semble plaquée.  La place faite à Barcelone - véritable personnage - et au modernisme ajoutent au charme de l'histoire bien que cette Barcelone fantasmagorique soit très proche d'un Londres brumeux. "Des espérances déçues", " de cruelles espérances", l'expression renvoie explicitement au roman de Dickens, même si les clins d’œil sont moins appuyés que dans Marina. Autour de cette intrigue mystérieuse, l'auteur critique vivement le milieu de la presse. Voici encore un roman qui va entretenir la "zafomania"...

Le jeu de l'ange, Carlos Ruis Zafon, Robert Laffont, 537 p.

Autre roman : L'ombre du vent

Lu par George, Lettres exprès, Wictoria...

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15 septembre 2011

L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

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Il y a des livres qu'on ouvre et qu'on ne referme plus. L'ombre du vent fait partie de cette catégorie de romans qui vous entraîne avec bonheur dans des péripéties si nombreuses qu'on en perd la notion du temps. L'ombre du vent est un livre racontant l'adolescence de Daniel Sempere découvrant l'amour, sa ville Barcelone et les livres. En effet, Daniel a grandi parmi les bouquins avec son père libraire mais surtout sa vie bascule le jour où il découvre le cimetière des livres oubliés.

"Il y eut une époque de mon enfance où peut-être pour avoir grandi au milieu des livres et des libraires, j'avais décidé que je voulais être romancier et mener une vie de mélodrame". Si Daniel n'est pas devenu un romancier, son auteur lui a composé une vie vraiment rocambolesque : à partir du moment où il ressort du cimetière des livres oubliés, il découvre un auteur maudit, une romance digne des intrigues de Wilkie Collins, des rebondissements aussi innombrables que dans un roman-feuilleton... car l'intrigue est parfois dumaficelées : les morts ne sont jamais tout à fait morts et un secret en cache toujours un autre. L'auteur a préparé des mises en abyme vertigineuses - où un personnage Lain Coubert porte le nom d'un personnage romanesque, du roman L'ombre du vent - qui ne recherche pas la vraisemblance mais renoue magiquement avec le genre du mélodrame et du roman populaire à sensation du XIXeme siècle.

On sent l'influence des amours tragiques d'une dame aux camélias (Dumas), d'une bibliothèque très proche de celle du Nom de la rose d'U. Eco, d'un inspecteur digne d'un Javert hugolien aussi bien que la verve et le meurtre du peuple d'Eugène Sue... L'auteur ose les exagérations, le langage fleuri et des meurtres grand-guinolesques. Quel bonheur ! Que de beaux personnages haut en couleur ! Découvrez vite qui est l'écrivain maudit Julien Carax et son amour impossible avec Penelope, Isaac et sa fille Nuria... Découvrez aussi une Barcelone automnale, embrumée, enfiévrée, fantomatique et hantée sinon par le Diable, du moins par l'imaginaire livresque et romantico-fantastico-feuilletonnesque de l'auteur... Foisonnant, délirant, haletant, le monde livresque de Carlos Ruiz Zafon est envoûtant.

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de poche, 636 p.

Lu et aimé par George Sand, par et bien d'autres...

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24 août 2011

Le crayon du charpentier de Manuel Rivas : ISSN 2607-0006

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Né en Galice en 1957, Manuel Rivas est un journaliste, essayiste et nouvelliste. Il a aussi écrit Le crayon du charpentier : quel livre ! Quelle émotion en refermant ce roman et tout au long de la lecture ! Quelle belle écriture !

Mais quel est le thème de ce livre ? Le début paraît un peu confus : un journaliste Da Sousa vient interviewer le docteur Da Barca qui est mourant. Une jeune prostituée Marisa Da Visitaçao, dans un bar, évoque son patron, un certain Herbal. Un narrateur  - on découvrira qu'il s'agit d'Herbal - raconte comment il a tué un peintre anarchiste, un peintre " qui peint des idées". Puis à nouveau Herbal prend la parole pour raconter sa vie peu banale : garde civil, il a exécuté des condamnés politiques sous le régime de Franco. C'est là qu'il fait la connaissance du docteur Da Barca et du peintre à qui il prendra le crayon de charpentier. Ce crayon a un rôle très important : il parle à l'oreille d'Herbal qui peu à peu au contact de cette voix va s'humaniser...

J'ai aimé l'histoire sentimentale entre Da Barca et Marisa Mallo, un amour plus fort que les préjugés sociaux, qui traverse le temps et surmonte l'horreur de la guerre, de la torture...

J'ai aimé Les personnages, si bien décrits, si vivants, jamais manichéens avec des personnages très différents et parfois très beaux -  comme la mère supérieure Izarne, forte et courageuse - et la reconstitution historique et sociale en arrière fond : l'auteur évoque aussi bien la Santa Compana, le porche de la gloire de Saint-Jacques de Compostelle, que le rôle des paseadores. Il décrit aussi la vie dans ces prisons de La Corogne sous Franco, évoque le rapprochement avec les nazis, les cris de colère du peuple qui ne veut pas se laisser piller alors que les leurs sont morts pour la guerre... Surtout le personnage d'Herbal est remarquable : personnage veule, délateur et lâche, il progresse subtilement au fil de ses rencontres et grâce à la voix intérieure du peintre : " Mais si je m'arrête un instant, si je parviens/ à fermer les yeux, je les sens à mes côtés/ Une nouvelle fois, ceux que j'ai aimés : ils vivent à l'intérieur de moi..." (Antero de Quental, p. 228)

J'ai aimé dans ce livre l'écriture qui mélange surnaturel et réel historique, mais sans tomber dans la tonalité fantastique. L'écriture est plus que plaisante, c'est une belle écriture mélangeant les pensées rustres d'Herbal - qui en faisant un rapport sur Da Barca, écrit leçon d' "autonomie" avec un cadavre - aux idées élevées, artistiques du peintre, aux mots pleins de générosité et de courage de Da Barca... Finesse de l'écriture et même l'humour et l'ironie sont discrets. L'écriture est absolument magnifique, même pour évoquer l'horreur ou la maladie :"il suffit d'observer son visage maigre et pâle, ses joues légèrement rose. Les reflets de sa transpiration alors que cet amphithéâtre est on ne peut plus glacial. La mélancolie de son regard. Sa beauté phtisique." ( p. 56) Il est aussi beaucoup question de peinture et le récit est émaillé citations. " Parler est un moyen de conjurer le sort", " la douleur fantôme", autant de thèmes qui font la richesse de ce livre....

Le crayon du charpentier, Manuel Rivas, folio, p. 231

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21 août 2011

Lettres d'une péruvienne de Madame de Graffigny : ISSN 2607-0006

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Madame de Graffigny (1685-1758) a connu son heure de gloire tardivement grâce à Cénie, un drame larmoyant (1750), et aux Lettres d'une péruvienne qui s'inscrivent dans la perspective des Lumières. Pour la petite anecdote biographique, on peut rapporter le fait qu'elle a côtoyé les hommes emblématiques de son siècle comme Voltaire et Diderot, Mme du Châtelet... et a même invité Rousseau dans son cercle. Elle raconte, à travers 41 lettres, l'histoire d'une jeune fille inca, Zilia, enlevée par les Espagnols puis par un Français, le comte de Déterville qui tombe amoureux d'elle et qui l'emmène à Paris. Séparé de l'homme qu'elle aime, Aza, elle lui écrit son cœur lui exprimant de manière hyperbolique son amour tout en décrivant la société qu'elle découvre avec curiosité, étonnement mais aussi avec un esprit critique.

Proche des lettres monophoniques Les lettres portugaises, elle exprime son amour à Aza dans des termes assez conventionnels. L'intrigue amoureuse se dénoue comme une tragédie racinienne : Déterville aime Zilia d'une passion non récompensée, qui elle-même aime Aza qui se marie avec une étrangère... Mais cet amour trop stéréotypé, on peut relever des ressemblances avec La princesse de Clèves ou Bérénice, si elle plaisait au public de l'époque n'arrive pas à émouvoir.

Cette œuvre se rattache aussi aux Lettres persanes de Montesquieu, par l'emploi d'un vocabulaire étranger, influencé par le goût de l'exotisme en vogue, tout en permettant aussi de critiquer par le biais d'un regard naïf et étranger. Ce système narratif met en place une critique des moeurs très crédibles. Autant l'expression de l'amour est assez monotone et répétitive, autant les thèmes satiriques sont variées : les régimes politiques, les lois, la condition des femmes, celle des aristocrates... En voici un extrait de la Lettre XXXII :

" La censure  est le goût dominant des Français, comme l'inconséquence est le caractère de la nation. Leurs livres sont la critique générale des mœurs et leur conversation celle de chaque particulier, pourvu néanmoins qu'ils soient absents : alors on dit librement tout le mal que l'on en pense, et quelquefois celui que l'on ne pense pas. Les plus gens de biens suivent la coutume ; on les distingue seulement à une certaine formule d'apologie de leur franchise et de leur amour de la vérité, au moyen de laquelle il révèlent sans scrupule les défauts et les ridicules, et jusqu'aux vices de leur amis". (p.140; Lettre XXXII).

Pourquoi Mme de Graffigny est tombée dans l'oubli ? Malgré l'originalité de la remise en cause du mythe du bon sauvage ou du féminisme dont fait preuve cette romancière, ce roman paraît bien fade comparé aux romans pleins de verve et d'ironie de Voltaire ou de Diderot. Avec Mme de graffigny point de fantaisie débridée mais on trouve une belle plume empreinte de classicisme et son roman épistolaire n'en reste pas moins une critique percutante de la société du XVIIIe siècle.

Lettres d'une péruvienne, Madame de Graffigny, Étonnants classiques, GF, p.

Challenge "demoiselle de lettres" (XVIII) de Céline.

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