18 janvier 2012

Dracula de Bram Stoker : ISSN 2607-0006

72000562_p

 Tout le monde connaît le célèbre Dracula, mais il faut tout de même lire ou relire le mythique roman de Bram Stoker. Bien que Jonathan Hacker s'exclame, "Je voudrais n'être jamais venu", lorsqu'il est prisonnier au coeur de la Transylvanie dans un château peuplé de goules et d'un comte sans reflet, le roman n'est pas effrayant. Bram Stoker impose originellement les jalons de tout l'imaginaire populaire du vampire effrayé par des hosties, vaincu par  un pieu planté dans le coeur, tombant en poussière à sa mort, ne supportant pas l'odeur de l'ail, se transformant en chauve-souris géante... Le foisonnement d'intrigues et de formes, nous tient éveillé tout au long de ce récit plein de rebondissements : journal de Mina Hacker, extraits de journaux, lettres et télégrammes, rapport du docteur Seward, memorandum de Van Elsing... Ce roman exploite divers genres tout en adoptant différents styles : Mina décrit les paysages, ses sentiments tandis que Seward écrit dans un style télégraphique et sec des comptes-rendus de ses journées dans l'asile.

Dans cette atmosphère de légende romantique - cimetière, tempête destructrice, superstitions, maisons abandonnées et poussiéreuses, château sombre - on suit divers personnages, Arthur Holmwood, ami de Quincey P. Morris et le docteur Seward qui observe un aliéné Rendfield qui se nourrit de mouches. Et puis il y a aussi Lucy, première victime de Dracula, et le fameux Van Elsing qui apporte une dimension scientifique à cette horrifique et surnaturelle présence vampirique. Si toute la partie du roman avant la mort de Lucy se lit d'une traite, car le mystère ne cesse de s'opacifier, la fin du roman s'essouffle un peu, les mêmes événements étant parfois racontés par divers protagonistes. Il est à noter que le charme de ce roman, qui narre la lutte du bien contre le mal, vient de ce que l'auteur n'oublie jamais d'être victorien jusqu'au bout des ongles, personne n'oubliant jamais de prendre son thé même dans les pires moments, tout le monde vivant dans le respect des bienséances - et contre la barbarie et la sensualité de Dracula - et le mépris des classes populaires.

Stocker, Dracula, Pocket, 567 p.

Posté par maggie 76 à 11:31 - - Commentaires [35] - Permalien [#]


09 janvier 2012

La tyrannie des couleurs, "La route du haut safran" de Jasper Fforde : ISSN 2607-0006

41sEpP16fPL

Depuis L'utopie de Thomas More, ce genre exerce une attraction particulière sur les auteurs qui aiment à développer des sociétés idéales pour mieux dénoncer les problèmes contemporains. Ffjorde avec une imagination tout bonnement délirante invente une chromocratie où la vie des personnages est régentée par une hiérarchie stricte codée par des couleurs : les rouges et les jaunes sont socialement plus élevés que des gris, simples ouvriers...C'est une société régie par des valeurs très strictes où même un noeud papillon mal fait peut vous valoir des "démérites".

Comme dans Fahrenheit 451 de Bradbury, le jeune héros Edouard Rousseau va se rebeller contre l'iniquité et les atrocités de cette "tyrannie des couleurs", des mensonges de la chromocratie. Les mots "racailles" et le fait que les personnages portent des codes barres ne semblent pas anodins et semble renvoyer implicitement à la seconde guerre mondiale. Au-delà des idées mises en oeuvre dans ce roman, qui se révèlent assez banales, le roman est assez indigeste à lire : l'auteur a entièrement créé un monde nouveau, une géographie nouvelle avec des noms transparents comme le "reboot", "les franges extérieures", "Carmin Est"... Une histoire nouvelle toute aussi transparente, en parlant à plusieurs reprises des "Bonds en arrière", jamais explicités.

Mais parfois le texte reste très allusif et on ne sait rien de cette maladie appelée le mildiou sauf qu'il vous expédie dans le reboot. On ne sait pas pourquoi non plus certaines personnes n'ont plus d'oreilles etc... Peut-être l'auteur prévoit-il une suite comme le suggère la fin du roman. "Les Pucks, les balayages de mémoires, le Lincoln, le citron vert et le Gordini, tout ça n'en est qu'une faible partie" : le fatras d'inventions décourage parfois un lecteur déjà réfractaire à cet univers. C'est sans compter aussi que le héros est jeune, idéaliste et a des préoccupations d'adolescent. Un livre pour la jeunesse ? Cela y ressemble, surtout que le vocabulaire et le style est des plus banales, voire sans saveur particulière.  Soit on entre de plain pied dans cet univers coloré, soit on reste en marge à s'ennuyer ferme par cette longue mise en place d'éléments.

 Fforde, La tyrannie des couleurs, Fleuve noir, 589 p.

Merci à dialogue pour ce partenariat

Posté par maggie 76 à 19:48 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

18 décembre 2011

La malle en cuir ou la société idéale de Stevenson : ISSN 2607-0006

70511618_p

Certains manuscrits connaissent une vie très romanesque : c'est le cas de La malle en cuir, manuscrit inachevé de Stevenson et livre de "bohème". Premier roman de Stevenson, à l'état de manuscrit, Michel Le Bris en retrouve la trace à  New York, après avoir arpenté les salles de ventes de manuscrits, et les collections privées. Il met plus de 16 ans à éditer ce roman, ayant d'autres publications en cours... Une très longue préface permet de suivre ce jeu de piste et comprendre l'amour de M. Le Bris pour Stevenson qui décide d'écrire aussi une suite...

Alternant belles descriptions et dialogues, Stevenson nous narre l'épopée comique de plusieurs jeunes étudiants voulant fonder une société idéale. Sous le galimatias des paroles de nos jeunes idéalistes percent une condamnation  de la société, que ce soit la famille ou les institutions. Proche d'une nouvelle comme Le club des suicides pour la description d'une vie de bohème, ce roman inachevé n'étant pas retravaillé porte de nombreuses faiblesses, moins comique et plus décousu que nombre de ses romans suivants. si les premières pages de ce roman sont pénibles à lire - l'emphase semble volontaire et devient involontairement ridicule - à cause de dialogues maladroits, on finit progressivement par se demander quel est le contenu de cette malle de cuir que ne révélera pas Stevenson mais un autre auteur et à s'intéresser au sort de ces jeunes utopistes...

Si M. Le Bris a continué avec brio le roman, doublant le nombre de page de l'histoire, on ne peut s'empêcher de penser à un certain opportuniste : certes il respecte le ton de l'histoire et sa grande connaissance de l'auteur et de sa correspondance lui ont permis de rester fidèle au projet de l'auteur, mais était-ce utile ? Cet hommage ne détourne-t-il pas l'oeuvre et la volonté de Stevenson ? Pour ceux qui aiment Stevenson, on apprécie certains traits de l'écriture de l'auteur que l'on retrouve avec plaisir et une certaine propension à une imagination littéraire - allusion aux Treize de Bazac, aux Mille et une nuits - tout en étant déçu par l'inachèvement de l'histoire...

MERCI à dialogues et à Caroline pour ce partenariat.

Autres romans : Le club des suicides; L'île au trésor,

Posté par maggie 76 à 17:18 - - Commentaires [8] - Permalien [#]

08 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

9782714446152ORI

"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant. Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309.

Sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

Posté par maggie 76 à 10:19 - - Commentaires [7] - Permalien [#]

05 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

70640898_p

"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

Posté par maggie 76 à 19:34 - - Commentaires [8] - Permalien [#]


03 décembre 2011

Marina de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

232121_pochette_livre_marina_carlos_ruiz902185

L'histoire débute dans le quartier de Sarria, un quartier isolé et qui semble à l'abandon... Puis après avoir fait la rencontre d'Oscar, jeune adolescent, narrateur de cette histoire, on découvre à travers ses yeux une mystérieuse jeune fille. Cette dernière l'amène dans un cimetière où une femme entièrement recouverte d'un manteau noir, se déplaçant en fiacre (?) vient poser des fleurs sur une tombe sans nom. Une tombe sans nom ? Une maison sombre, étrange et renfermant d'horribles mannequins presque vivants ? Voici un début prometteur empli de mystère.

Mais continuons à tourner les pages. Voici que nos deux jeunes héros, sans le vouloir découvre une histoire rocambolesque vieille de 30 ans qui concerne une sorte de savant fou et une belle chanteuse défigurée. Tour à tour, on découvre la vie extraordinaire de tous ces personnages : roman fantastique ? d'horreur ? C'est tout le cela à la fois, ce roman tenant aussi du genre du roman feuilleton, pour les multiples rebondissements qui ont tendance à sortir à chaque tournant de rue ou d'égout, que du roman fantastique avec des objets qui s'animent et des figures diaboliques... 

Ce roman agréable à lire grâce à de belles descriptions pluvieuses et sombres, est riche, voire trop riche. On dirait que toutes les histoires qui hantaient le romancier ont été jetées dans ce livre d'un seul coup... en mêlant tout les genres. On reconnaît de nombreuses influences, un peu trop vivibles d'ailleurs, allant de l'homme de sable d'Hoffmann aux Grandes espérances de Dickens - le passage avec la montre arrêtée - en passant par Le fantôme de l'opéra de Leroux. On regrette juste qu'à force de surenchère dans l'horrible et le bizarre, l'auteur en vienne à raconter une histoire qui lasse un peu par la reprise des mêmes ficelles... Malgré de gros défauts, ce livre reste plaisant à lire : pour ceux qui connaissent Ruiz Zafon, vous retrouverez son univers feuilletonnesque de prédilection ainsi que sa chère Barcelone embrumée et hantée...

Autres romans : L'ombre du vent, Le jeu de l'ange

Lu par Mélodie, George, Stephie., Manu, ...

Posté par maggie 76 à 10:11 - - Commentaires [24] - Permalien [#]

18 novembre 2011

Meurtres entre soeurs de Willa Marsh : ISSN 2607-0006

30602_1582349

"Ca l'[Emily] excite comme l'odeur du sang et elle se sent prête à fondre sur la proie", dit le narrateur d'Emily, une petite fille de dix ans. Sa demi-soeur Olivia n'est guère moins diabolique au grand désespoir de leurs parents, Mo et Pa. Toutes deux, jalouses de leur petite soeur Rosie chercheront à la tuer alors qu'elle n'est qu'un bébé. Entrez dans l'univers des soeurs Faringdon qui rivalisent de cruauté et de sournoiseries. La haine entre les soeurs aînées et la plus jeune ne fait que s’accroître avec le passage du temps. " A dix ans, [Rosie] pourrait en remontrer à Iago en rouerie" : Rosie est la plus cupide, la plus mauvaise et une intrigante née, qui divise pour mieux régner, et il n'y a que sa propre fille, Alice, qui est plus démoniaque qu'elle. La noirceur d'une Lady Macbeth n'est jamais loin de ces personnages qui sont même comparés aux sorcières de Macbeth.

Le style de l'écrivain surprend, car comme dans les contes, on nous raconte une histoire sans développement psychologique ni descriptions. Sans vraiment rechercher le réalisme, ni les transitions, avec une écriture incisive et cynique, Willa Marsh montre davantage des personnages pris dans un engrenage infernal de machiavélisme et de cruautés presque gratuites, un mécanisme de la vengeance. On suit donc ces trois soeurs sans scrupules mais dont la noirceur est rehaussée d'humour.

L'ironie du narrateur perce dans l’appellation d'une voisine - curieuse et importune - par "Samaritaine", quant à la femme d'un ancien prétendant des soeurs, elle est appelée "nez pointu et yeux perçants". Etrangement, seule la mort semble heureuse et burlesque, apparaissant comme un lieu Elysien plein de gin pour Mo qui est portée sur la bouteille comme sa mère l'était aussi - et qui se renverse des flasques de gin dans le lit à 75 ans passés. L’atmosphère clochemerlesque, la mère déjantée et une tante Pamela excentrique viennent rajouter de l'humour noir, en sus de ces deux vieilles filles que sont devenues Emily et Olivia : qui a dit que les vieilles filles anglaise enterrées dans leur campagne étaient ennuyeuses ? Le livre de Willa Marsh est un condensé des héros monstrueux de Shakespeare et d'humour noir très british.

Marsh, Meurtres entre soeurs, Autrement, p. 209.

L' avis ici de Théoma. Lu aussi par Ankya, Mango, Keisha, Alicia et bien d'autres...

Posté par maggie 76 à 19:28 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

27 octobre 2011

Notre Dame de Paris de V. Hugo : ISSN 2607-0006

notre-dame-de-paris-83118-264-432

"Lisez le roman de Victor Hugo, vous trouverez que le genre salop abonde", écrivait Mérimée à Stendhal en 1831. Que reproche-t-il à ce roman ? C'est l'emploi de thèmes à la mode et mélodramatiques. On a aussi beaucoup reproché à ce livre, son "genre toponymique", un mélange de poésie et d'histoire, d'avoir abusé des termes architecturaux... Lisez la préface de Jacques Seebacher pour replacer ce livre dans les querelles historiques de l'époque.

"Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire ; sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons et d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments, un lambeau dans la fumée.[...] Leur innombrable sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer de l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflait le feu, des tarasques qui éternuait de la fumée. et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve souris devant une chandelle".(p. 579)

Hugo ( exposition virtuelle sur le site de la BNF)  écrit du Hugo : pourquoi en relever les défauts ? Evidemment il développe son esthétique du grotesque et du sublime : Quasimodo est "la perfection de la laideur". Mais ne fait-il pas dire dans La Esmeralda, pièce adaptée du roman, "je suis beau dans mon âme" à ce même personnage ? Le grotesque est aussi présent dans des scènes comiques comme le jugement de Quasimodo le sourd par un juge sourd. Evidemment, c'est un Moyen-Age de pacotille qu'il développe. Non, ce qu'il faut retenir c'est l'extrait ci-dessus : on voit tout ce que cette description architecturale médiévale doit au romantisme.  Commençant sous le signe du carnaval et du théâtre, ce Paris médiéval est peuplé de monstres, la fameuse cour des miracles, mais vue à travers une écriture hugolienne : "C'était un nouveau monde inconnu inouï, difforme, reptile, fourmillant, fantastique".

 On fait aussi la rencontre de Phoebus de Chateaupers et d'une bohémienne, Esméralda, une enfant trouvée comme Quasimodo. La figure du poète est incarnée par Gringoire et l'intelligence et la science par Frollo. Roman à tiroirs avec des scènes de reconnaissances spectaculaires, roman populaire avec ses enlèvements, ses pendaisons, où Frollo emprunte les traits d'un certain moine de Lewis - il a les yeux qui brillent comme des lanternes en voyant Esmeralda et finit par devenir un meurtrier pour l'amour d'elle tout en s'arrachant réellement les cheveux par poignées - C'est surtout un roman de la démesure aussi bien dans la peinture des sentiments que dans les scènes de foule. Balzac écrivait " deux belles scènes, trois bons mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la Belle et la bête et un déluge de mauvais goût". Certes, il est vrai que l'oeuvre est invraisemblable et que l'écriture est toujours excessive chez Hugo, cependant n'est-ce pas la jalousie qui fait parler Balzac ? La postérité n'a-t-elle pas donnée raison à Hugo en adaptant sans cesse ce roman ?

Hugo, Notre Dame de Paris, Livre de Poche, p. 618.

Autres oeuvres : Ruy Blas, Les travailleurs de la mer, Les misérables, Le Rhin, Lettres à un ami,

Posté par maggie 76 à 18:17 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

25 octobre 2011

1Q84, livre 1 de Murakami : ISSN 2607-0006

71XzgMwv41L

Voici un des livres de la rentrée littéraire, 1Q84, qui a suscité un engouement quasiment unanime bien mérité, bien que les billets parlent davantage de l'aspect mystérieux de ce livre sans en souligner la richesse. De quoi parle le dernier livre de Murakami ? A Tokyo en 1984, une jeune femme, Aoamamé, tue des hommes. Pourquoi ? Peu à peu on lève le voile sur ses activités. Parallèlement à cette première intrigue est développée une autre histoire où il est question d'un écrivain, Tengo, réécrivant un livre écrit par jeune fille de 17 ans, Fukaéri, La chrysalide de l'air, dans l'intention de lui faire gagner le prix des jeunes nouveaux auteurs.

"Il ne faut pas se laisser abuser par les apparences. Il n'y a toujours qu'une réalité" : L'écriture concrète, prosaïque, s'attarde sur les détails les plus minimes, peut-être pour souligner davantage l'intrusion d'infimes changements du réel : mais est-ce illusion ou réalité ? Peu à peu le fantastique s’immisce dans le récit, relançant notre curiosité déjà bien éveillée par une narration parallèle qui ne laisse échapper les informations que parcimonieusement. On regrette juste quelques scènes crues, qui bien que nécessaires à l'intrigue globale, prennent parfois trop de place. D'ailleurs, des métaphores musicales, mathématiques, littéraires récurrentes donnent une unité à ce texte dont l'écriture est très fluide malgré quelques répétitions. Mais tout l'art de Murakami réside dans la représentation d'une violence omniprésente mais jamais réellement décrite ni exprimée directement.

"Big Brother n'a plus sa place sur scène" (chapitre 18). Avec un tel titre, on se demande quelle est la place du livre d'Orwell, très souvent évoqué, dans l'économie du livre. Si Big brother a disparu ainsi que la question du totalitarisme peu à peu des liens étroits se tissent entre ces deux oeuvres, notamment en mettant en place un questionnement sur la réécriture d'une histoire et des communautés autarciques... Plus on avance dans l'oeuvre et plus le mystère s'opacifie ! En refermant le livre, vous n'aurez qu'une hâte, c'est de découvrir le tome suivant...

 Murakami, 1Q84, Belfond, 533 p.

Merci à Price minister pour ce partenariat, lu dans le cadre du match de la rentrée littéraire.

Un livre lu aussi par virginie,par Alicia, Cryssilda, tome 1 et 2 lu par Keisha

 

Posté par maggie 76 à 16:41 - - Commentaires [21] - Permalien [#]

19 octobre 2011

Sweeney Todd de J.M. Rymer : ISSN 2607-0006

realisation_thierry12082_1_sweeney_todd__20

Vous connaissez sans doute l'abominable barbier de Fleet grâce à l'adaptation de Tim Burton - le fameux barbier étant interprété par J. Deep - , qui avait été antérieurement mis en images par G. King, puis la BBC et musicalisé par S. Sondheim, montrant par-là la popularité de cette horrifique histoire. Mais revenons aux sources de Sweeney Todd, prototype du roman feuilleton, qui pose d'emblée bien des mystères : existait-il un être tel que l'abject Sweeney Todd ? La préface de 1850 affirme que oui. Qui a écrit ce roman populaire ? Longtemps attribué à T.P. Priest, célèbre feuilletonniste britannique, ce récit serait en fait l'oeuvre de J.M Rymer bien qu'il ne soit pas exclu qu'il fût écrit à plusieurs mains.

Ces quelques jalons posés, de quoi parle Sweeney Todd ? Obéissant à la règle des "trois multiplicités", c'est-à-dire profusion d'intrigues, multiplication de lieux et diversité de temps, on nous raconte l'histoire d'une jeune fille ingénue, Johanna, qui doit épouser un jeune homme vertueux mais pauvre, Mark Ingestrie, lequel décide de partir chercher fortune dans les Indes. Une abominable tempête fait sombrer le bateau sur lequel il se trouve, laissant un collier de perles à une connaissance rencontrée dans l'aventure. Évidemment, tout ceci nous l'apprenons de manière disséminée et éclatée car "le mystère s'impose" dans ce genre de roman. Malheureusement, le porteur du message de cette triste nouvelle disparaît une fois entré dans la boutique du diabolique barbier S. Todd au rire de hyène, ce qui est extrêmement significatif. Aussitôt les rouages de l'intrigue se mettent en marche et nous suivons une enquête sur ces disparitions chez le barbier, tout en suivant les agissements criminels de l'odieux S. Todd qui maltraite son apprenti Tobias qui finira dans un asile... etc... etc... De situations inouïes en drames effroyables, nous suivons un trajet qui est une surenchère dans l'horreur culminant dans le dernier chapitre où toutes les intrigues se dénouent.

Essentiellement composé de dialogues outrés, ce roman feuilleton est marqué par le roman noir ou roman gothique anglais : on décrit assez peu les meurtres mais l'abjection moral du personnage principal et la révélation horrible du dernier chapitre amène le lecteur à s'interroger sur la profusion d'événements macabres dans ce type de roman. La cruauté et l'immoralité du barbier semble le pendant du couple niaisement vertueux, étant donné que ces romans illustrent la lutte du Bien et du Mal. En outre, il est certain que le découpage en feuilleton à amené l'auteur dans la surenchère d'émotions violentes. Alors si vous souhaitez être frappé dans votre imagination, ouvrez ce roman peuplé de cauchemars où un passage secret sous l'église Dunstan sentant les charniers et où des tourtes d'une certaine Mrs Lovett feront votre épouvante !...

 Rymer, Sweeney Todd, Callidor, 372 p.

Olivier-Martin, Histoire du roman populaire en France, Albin Michel, 286 p.

Merci aux éditions callidor et à newsbook pour la découverte de ce macabre roman feuilleton.

Participation au challenge halloween de lou et hilde.

Posté par maggie 76 à 19:34 - - Commentaires [20] - Permalien [#]