05 octobre 2011

Oliver Twist, Dickens

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Chaque mois dans les Mélanges de Bentley, les lecteurs impatients découvraient la publication de 16 pages d'Oliver Twist, interrompue pendant l'été 1837 à cause du deuil de la belle-soeur de Dickens ( biographie sur le site Larousse). Il n'est pas besoin de vous dire combien l'impatience des lecteurs devait être grande à l'attente de chaque livraison tant ce roman est merveilleusement ficelé ! Mais que découvrait-il dans ces pages ? Oliver Twist fait partie des personnages qu'il n'est pas de besoin de décrire comme Cosette ou Mme Bovary, leur nom est devenu un symbole. Oliver, c'est l'enfance malheureuse. Orphelin dès la naissance, il est obligé de travailler dans une fabrique d'étoupe puis chez un entrepreneur de pompes funèbres avant de tomber dans les griffes du satanique Fagin.

Ce roman s'inscrit dans le genre de la Newgate School of fiction : il veut dénoncer la nouvelle lois sur les pauvres de 1834, d'où une certaine insistance dans la description de la pauvreté et des maltraitances que subit Oliver. Larmoyant et mélodramatique dans le premier tiers du livre qui paraît long, très long, il prend peu à peu des teintes plus sombres et plus rocambolesques : coïncidences et faits extraordinaires de tous genres viennent complexifier l'aventures d'Oliver qui disparaît peu à peu du premier plan. Car Oliver Twist est aussi le roman des criminels et des crimes en tout genre. A partir de son arrivée à Londres, les intrigues s'entremêlent pour se rejoindre dans un dénouement spectaculaire. Comme tout bon roman-feuilleton, les épisodes extravagants s'accumulent ainsi que des faits invraisemblablement inouïes : Monk cherche l’appariteur Bumble ? voici que ce dernier s'arrête justement par hasard dans le même bouge que Monk alors qu'ils ne se sont jamais croisés auparavant ! Certaines scènes sont aussi invraisemblables. Que penser de cette attitude de Fagin ? " Quoi ? dit la fille, tandis que Fagin se taisait, la bouche presque collée à son oreille, sans cesser de la regarder dans les yeux " !

Pourquoi faut-il lire ce livre de Dickens ? Bien sûr, pour sa mise en scène de Londres dickensifiée : "Près du point de la Tamise sur lequel donne l'église de Rotherhithe, à l'endroit où les édifices des rives sont les plus sales, et les bateaux du fleuve les plus noircis par la poussière des charbonniers et la fimée des maisons aux toits bas, entassées les unes sur les autres, c'est là que se trouve des nombreuses localités qui se cachent dans Londres absolument inconnues, même de nom, de la grande majorité des habitants. Pour atteindre cet endroit le visteur doit pénétrer dans un dédales de rues étroites, boueuse et malodorantes, surpeuplées de riverains parmi les plus grossiers et les plus pauvres, consacrées au commerce que leur présence est censée susciter." jamais Londres n'a paru aussi brumeux et sordide...

Un classique à connaître à tout prix bien que l'humour de Dickens soit moins présent, même si certaines caricatures sont extrêmement réussies comme les portraits des super-scélérats. Quelle verve ce Dickens ! Quelle inventivité ! Ce personnage est devenu si populaire que Disney en a fait une version ridiculement niaise sur un tempo euphorique, tandis que Roman Polanski a adapté de manière très soignées et très  fidèle cette histoire fameuse, spectaculaire et inoubiable.

Oliver Twist, Dickens, Livre de poche, 725 p.

autres roman : Le grillon du foyer, L'homme hanté,

Oliver Twist de Roman Polanski, avec, Barney clarck, Ben kingsley, 2005, 2h05.

Oliver Twist de Disney, avec Richard Dreyfuss, Elijah Wood

Challenge Dickens de Isil

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25 septembre 2011

Le jeu de l'ange de Carlos Riuz Zafon : ISSN 2607-0006

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L'ombre du vent et Le jeu de l'ange sont en quelque sorte La comédie humaine ou Les grandes espérances de C. R. Zafon. Sous le signe de Dickens, l'auteur reprend quelques personnages présents dans L'ombre du vent pour renouer une intrigue diaboliquement conçue autour d'un écrivain. Un auteur en mal de reconnaissance est poursuivi par la malchance : devenu orphelin, il est maltraité par ses confrères journalistes, puis il accepte un étrange contrat avec un éditeur - qui ne semble pas avoir d'existence tangible - qui sent le souffre. Semant le malheur et la désolation autour de lui, il découvre parallèlement à sa propre destinée une étrange histoire autour de cet éditeur et bien sûr d'un livre. Aurait-il conclu un pacte faustien ?

Beaucoup moins fantastique et fantaisiste que L'ombre du vent, ce roman reste une littérature à effets où les outrances se multiplient. Les transitions sont encore cousues de fils blancs, les procédés sont similaires à ses romans antérieurs mais l'intrigue n'en n'est pas moins attrayante, excepté la fin qui semble plaquée.  La place faite à Barcelone - véritable personnage - et au modernisme ajoutent au charme de l'histoire bien que cette Barcelone fantasmagorique soit très proche d'un Londres brumeux. "Des espérances déçues", " de cruelles espérances", l'expression renvoie explicitement au roman de Dickens, même si les clins d’œil sont moins appuyés que dans Marina. Autour de cette intrigue mystérieuse, l'auteur critique vivement le milieu de la presse. Voici encore un roman qui va entretenir la "zafomania"...

Le jeu de l'ange, Carlos Ruis Zafon, Robert Laffont, 537 p.

Autre roman : L'ombre du vent

Lu par George, Lettres exprès, Wictoria...

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15 septembre 2011

L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

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Il y a des livres qu'on ouvre et qu'on ne referme plus. L'ombre du vent fait partie de cette catégorie de romans qui vous entraînent avec bonheur dans des péripéties si nombreuses qu'on en perd la notion du temps. L'ombre du vent est un livre racontant l'adolescence de Daniel Sempere découvrant l'amour, sa ville Barcelone et les livres. En effet, Daniel a grandi parmi les bouquins avec son père libraire mais surtout sa vie bascule le jour où il découvre le cimetière des livres oubliés.

"Il y eut une époque de mon enfance où peut-être pour avoir grandi au milieu des livres et des libraires, j'avais décidé que je voulais être romancier et mener une vie de mélodrame". Si Daniel n'est pas devenu un romancier, son auteur lui a composé une vie vraiment rocambolesque : à partir du moment où il ressort du cimetière des livres oubliés, il découvre un auteur maudit, une romance digne des intrigues de Wilkie Collins, des rebondissements aussi innombrables que dans un roman-feuilleton... car l'intrigue est parfois dumaficelées : les morts ne sont jamais tout à fait morts et un secret en cache toujours un autre. L'auteur a préparé des mises en abyme vertigineuses - où un personnage Lain Coubert porte le nom d'un personnage romanesque, du roman L'ombre du vent - qui ne recherche pas la vraisemblance mais renoue magiquement avec le genre du mélodrame et du roman populaire à sensation du XIXeme siècle.

On sent l'influence des amours tragiques d'une dame aux camélias ( Dumas), d'une bibliothèque très proche de celle du Nom de la rose d'U. Eco, d'un inspecteur digne d'un Javert hugolien aussi bien que la verve et le meurtre du peuple d'Eugène Sue... L'auteur ose les exagérations, le langage fleuri et des meurtres grand-guinolesques. Quel bonheur ! Que de beaux personnages haut en couleur ! Découvrez vite qui est l'écrivain maudit Julien Carax et son amour impossible avec Penelope, Isaac et sa fille Nuria... Découvrez aussi une Barcelone automnale, embrumée, enfiévrée, fantomatique et hantée sinon par le Diable, du moins par l'imaginaire livresque et romantico-fantastico-feuilletonnesque de l'auteur... Foisonnant, délirant, haletant, le monde livresque de Carlos Ruiz Zafon est envoûtant.

L'ombre du vent, Carlos Ruiz Zafon, Livre de poche, 636 p.

Lu et aimé par George Sand, par et bien d'autres...

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24 août 2011

Le crayon du charpentier, Manuel Rivas

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Né en Galice en 1957, Manuel Rivas est un journaliste, essayiste et nouvelliste. Il a aussi écrit Le crayon du charpentier : quel livre ! Quelle émotion en refermant ce roman et tout au long de la lecture ! Quelle belle écriture !

Mais quel est le thème de ce livre ? Le début paraît un peu confus : un journaliste Da Sousa vient interviewer le docteur Da Barca qui est mourant. Une jeune prostituée Marisa Da Visitaçao, dans un bar, évoque son patron, un certain Herbal. Un narrateur  - on découvrira qu'il s'agit d'Herbal - raconte comment il a tué un peintre anarchiste, un peintre " qui peint des idées". Puis à nouveau Herbal prend la parole pour raconter sa vie peu banale : garde civil, il a exécuté des condamnés politiques sous le régime de Franco. C'est là qu'il fait la connaissance du docteur Da barca et du peintre à qui il prendra le crayon de charpentier... Ce crayon a un rôle très important : il parle à l'oreille d'Herbal qui peu à peu au contact de cette voix va s'humaniser...

J'ai aimé l'histoire sentimentale entre Da Barca et Marisa Mallo, un amour plus fort que les préjugés sociaux, qui traverse le temps et surmonte l'horreur de la guerre, de la torture...

J'ai aimé Les personnages, si bien décrits, si vivants, jamais manichéens avec des personnages très différents et parfois très beaux -  comme la mère supérieure Izarne, forte et courageuse - et la reconstitution historique et sociale en arrière fond : l'auteur évoque aussi bien la Santa Compana, le porche de la gloire de Saint-Jacques de Compostelle, que le rôle des paseadores. Il décrit aussi la vie dans ces prisons de La Corogne sous Franco, évoque le rapprochement avec les nazis, les cris de colère du peuple qui ne veut pas se laisser piller alors que les leurs sont morts pour la guerre... Surtout le personnage d'Herbal est remarquable : personnage veule, délateur et lâche, il progresse subtilement au fil de ses rencontres... et grâce à la voix intérieure du peintre : " Mais si je m'arrête un instant, si je parviens/ à fermer les yeux, je les sens à mes côtés/ Une nouvelle fois, ceux que j'ai aimés : ils vivent à l'intérieur de moi..." (Antero de Quental, p. 228)

J'ai aimé dans ce livre l'écriture qui mélange surnaturel et réel historique, mais sans tomber dans la tonalité fantastique. L'écriture est plus que plaisante, c'est une belle écriture mélangeant les pensées rustres d'Herbal - qui en faisant un rapport sur Da Barca, écrit leçon d' "autonomie" avec un cadavre - aux idées élevées, artistiques du peintre, aux mots pleins de générosité et de courage de Da Barca... Finesse de l'écriture et même l'humour et l'ironie sont discrets. L'écriture est absolument magnifique, même pour évoquer l'horreur ou la maladie :"il suffit d'observer son visage maigre et pâle, ses joues légèrement rose. Les reflets de sa transpiration alors que cet amphithéâtre est on ne peut plus glacial. La mélancolie de son regard. sa beauté phtisique." ( p. 56) Il est aussi beaucoup question de peinture et le récit est émaillé citations. " parler est un moyen de conjurer le sort", " la douleur fantôme", autant de thèmes qui font la richesse de ce livre....

Le crayon du charpentier, Manuel Rivas, folio, p. 231

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21 août 2011

Lettres d'une péruvienne, Madame de Graffigny

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Madame de Graffigny (1685-1758) a connu son heure de gloire tardivement grâce à Cénie, un drame larmoyant (1750), et aux Lettres d'une péruvienne qui s'inscrivent dans la perspective des Lumières. Pour la petite anecdote biographique, on peut rapporter le fait qu'elle a côtoyé les hommes emblématiques de son siècle comme Voltaire et Diderot, Mme du Chatelet... et a même invité Rousseau dans son cercle. Elle raconte, à travers 41 lettres, l'histoire d'une jeune fille inca, Zilia, enlevée par les Espagnols puis par un français, le comte de Déterville qui tombe amoureux d'elle et qui l'emmène à Paris. Séparé de l'homme qu'elle aime, Aza, elle lui écrit son cœur lui exprimant de manière hyperbolique son amour tout en décrivant la société qu'elle découvre avec curiosité, étonnement mais aussi avec un esprit critique.

Proche des lettres monophoniques Les lettres portugaises, elle exprime son amour à Aza dans des termes assez conventionnels. L'intrigue amoureuse se dénoue comme une tragédie racinienne : Déterville aime Zilia d'une passion non récompensée, qui elle-même aime Aza qui se marie avec une étrangère... Mais cet amour trop stéréotypé, on peut relever des ressemblances avec La princesse de Clèves ou Bérénice, si elle plaisait au public de l'époque n'arrive pas à émouvoir.

Cette œuvre se rattache aussi aux Lettres persannes de Montesquieu, par l'emploi d'un vocabulaire étranger, influencé par le goût de l'exotisme en vogue, tout en permettant aussi de critiquer par le biais d'un regard naïf et étranger. Ce système narratif met en place une critique des moeurs très crédibles. Autant l'expression de l'amour est assez monotone et répétitive, autant les thèmes satiriques sont variées : les régimes politiques, les lois, la condition des femmes, celle des aristocrates... En voici un extrait de la Lettre XXXII :

" La censure  est le goût dominant des Français, comme l'inconséquence est le caractère de la nation. Leurs livres sont la critique générale des mœurs et leur conversation celle de chaque particulier, pourvu néanmoins qu'ils soient absents : alors on dit librement tout le mal que l'on en pense, et quelquefois celui que l'on ne pense pas. Les plus gens de biens suivent la coutume ; on les distingue seulement à une certaine formule d'apologie de leur franchise et de leur amour de la vérité, au moyen de laquelle il révèlent sans scrupule les défauts et les ridicules, et jusqu'aux vices de leur amis". (p.140; Lettre XXXII).

Pourquoi Mme de Graffigny est tombée dans l'oubli ? Malgré l'originalité de la remise en cause du mythe du bon sauvage ou du féminisme dont fait preuve cette romancière, ce roman paraît bien fade comparé aux romans pleins de verve et d'ironie de Voltaire ou de Diderot. Avec Mme de graffigny point de fantaisie débridée mais on trouve une belle plume empreinte de classicisme et son roman épistolaire n'en reste pas moins une critique percutante de la société du XVIIIe siècle.

Lettres d'une péruvienne, Madame de Graffigny, Étonnants classiques, GF, p.

Challenge "demoiselle de lettres" (XVIII) de Céline.

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05 août 2011

Albertine disparue, Proust

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* A l'ombre des jeunes filles en fleur, (site première)

Alors que Margotte propose une flânerie proustienne, L'express vous déconseille, en 4 points, non sans humour mais assez péremptoirement de délaisser A la recherche du temps perdu : pourquoi ? parce c'est du "temps perdu", qu'André Gide n'a pas aimé, ce n'est qu'une histoire de sexe et qu'il n'y a aucun suspense ! Voici en 4 temps, quatre raisons, beaucoup moins drôles que l'article de l'Express, d'aimer "Albertine disparue"... et tout Proust :

1." On n'aime que ce qu'on ne possède pas tout en entier" (La prisonnière).

Certes La recherche ne se lit pas en un jour, ni en une semaine, ni en un été (quoique ?) ! Il faut (re)trouver du temps pour le lire ! Cependant, personne ne vous oblige à le lire d'une traite : Proust se savoure comme une madeleine. En outre, Albertine disparue est le plus court des romans proustiens : le manuscrit retrouvé montre que l'auteur avait condensé son roman : est-ce une addition à la La prisonnière ? Est-ce une partie à part ? Nous n'en saurons rien mais la brièveté du tome est indéniable. Au-delà de ce tome, La recherche semble bien court par rapport à la vaste Comédie humaine de Balzac ou au cycle des Rougon-Macquart de Zola...

2. Valéry, Jacques Rivière et Cocteau... ont aimé la Recherche...

Ah ! Ce n'est pas parce que Gide n'a pas aimé A la recherche du temps perdu qu'il ne faut pas l'aimer. Valéry, qui n'était pas non plus n'importe qui, en 1923 louait l'écriture de l'auteur dans son "hommage à Proust". Justement, après des débuts laborieux dans Albertine disparue, " Mademoiselle Albertine est partie!", composé d'instants proustiens, de souvenirs empilés les uns sur les autres, la phrase proustienne arrive toujours à vous enchanter : toute résistance s'effondre. En voici un exemple, après qu'Albertine soit morte, le narrateur se rend à Venise avec sa mère :

"Mais dès le second jour ce que je vis en m'éveillant, ce pourquoi je me levai (parce que cela s'était substitué dans ma mémoire et dans mon désir aux souvenirs de Combray), ce furent les impressions de ma première sortie du matin à Venise, à Venise où la vie quotidienne n'était pas moins réelle qu'à Combray, où, comme à Combray le dimanche matin, on avait bien le plaisir de descendre dans une rue en fête, mais où cette rue était tout en une eau de saphir, rafraîchie de souffle tiède, et d'une couleur si résistante que mes yeux fatigués pouvaient pour se détendre et sans crainte qu'elle fléchît, y appuyer leurs regards" (p. 128).

Ne vous laissez pas décourager, car ce récit évanescent, doublement abstrait puisqu'il parle d'une rupture donc d'une absence, exprimée à travers des souvenirs, vous bercera par son langage poétique et par ces analyses microscopiques, minutieuses de la psyché humaine, de l'oubli, du deuil, du souvenir...

3. "La vérité suprême de la vie est dans l'art" ( Le temps retrouvé).

La recherche, une histoire de sexe ? (L'auteur de l'article chercherai-il au contraire à pousser à des achats proustiens ???). Oui, certes mais c'est aussi l'histoire d'un homme écrivant...la recherche ! C'est aussi une critique sociale, une peinture des sentiments... L'attention portée aux mots, à sa valeur sociale est tout aussi importante que les méandres des sentiments des personnages. Tout sous la plume de Proust se métamorphose en art  :

"Françoise devait être heureuse de la mort d'Albertine, et il faut lui rendre justice que par une sorte de convenance et de tact elle ne simulait pas la tristesse". Mais les lois écrites de son antique Code et sa tradition de paysanne médiévale qui pleure comme aux chansons de geste étaient plus anciennes que sa haine d'Albertine et même d'Eulalie" (p. 118).

Le narrateur veut parler de son histoire d'amour avec Albertine, il invoque la tragique pièce de Phèdre de Racine... A chaque fois que je lis Proust je pense à un vers baudelairien : "tu m'a donné ta boue et j'en ai fait de l'or".

4. "C'est là en effet un des grands et merveilleux caractères des beaux livres que pour l'auteur ils pourraient s'appeler "Conclusions" et pour le lecteur "incitations". (Sur la lecture)

N'y a-t-il aucun suspense ? Vous souhaitez savoir qui est Swann. Que devient Odette de Crécy ? Qu'appelle-t-on le côté de Guermantes ? Lisez la recherche au-dessus de votre serviette de plage, et non en-dessous de votre tête, car ce sont en effets plusieurs tomes assez épais pour vous servir d'oreiller !...

Albertine disparue, Proust, grasset, 201 p.

Participation à la flânerie proustienne de Margotte/ Lecture commune avec Keisha.

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21 juillet 2011

Tristan et Iseult, Béroul

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La légende tristianienne est constituée de différents textes, venant de traditions orales, contés dans les cours princières, mais le plus ancien fragment semble être celui de Béroul bien que lacunaire. Le fragment en vers de Béroul débute avec l'épisode où Marc écoute les amants en haut d'un pin :"Que nul senblant de rien en face/car ele aprisme son ami,/oiez com il la devance."* Si la légende fait frémir des générations de lecteurs, la version de Béroul est très archaïque et il manque tout le début et quelques passages. Mais pourquoi ce mythe perdure ? Tout d'abord, parce que la matière est très riche. Elle parle d'une passion impossible, irrépressible, due à un filtre. Nos deux amants doivent affronter de nombreux dangers avant d'être réunis... dans la mort.

Ces épreuves prennent des formes diverses comme un nain maléfique Frocin qui conseille le roi, elle prend aussi la figure de trois barons félons, d'une vie misérable dans la forêt du Morrois, d'une justification d'Iseut devant la cour du roi Arthur... Mais ce n'est pas seulement une histoire d'amour, il y a aussi tout l'univers médiéval qui transparaît avec du merveilleux, notamment la malédiction du roi Marc et de ses oreilles de cheval, des visions prophétiques d'Iseut, avec la présence du blanc Husdent, chien de Tristan qui a les couleurs de l'Autre Monde : "S'il [Husdent] capture dans la forêt un chevreuil ou un daim, il le cache soigneusement en le couvrant de branchages, et s'il attrape au milieu de la lande (cela lui arrive souvent), il couvre d'herbe le corps de l'animal et retourne chercher son maître ; il l'emmène alors là où il a pris la bête. Oui les chiens rendent de grands services !"...

Entrez de plain pied dans l'univers des romans de chevalerie avec ses ermites, ses damoiseaux, des destriers et des vavasseurs... Et ses combats sanglants avec des détails très crus : "La flèche part si vite que Godoine ne peut l'éviter. Elle se plante en plein dans son œil, traverse son crane et sa cervelle. L'émerillon et l'hirondelle n'atteignent pas la moitié de cette vitesse". Écoutez ces moult aventures, car les conteurs avaient l'art de tenir leur auditoire en haleine, avec des récits sans temps morts où ils intervenaient parfois : "Les conteurs disent que les deux hommes firent noyer Yvain mais ce sont des rustres ; ils ne connaissent pas bien l'histoire. Béroul l'a parfaitement gardé en mémoire. Tristan est bien trop preux et courtois pour tuer des gens de cette espèce". Si la langue du XIIe est fruste et si le récit contient de nombreuses redites, on se laisse complètement charmer par les aventures du couple mythique.

Tristan et Iseult, Livre de poche, Lettres gothiques,

* Le texte original est placé en regard de la traduction.

Participation au challenge mythe et légende de Céline (blog bleu).

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17 juillet 2011

Comme personne, Hugo Hamilton

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La quête identitaire est un des grands thèmes universels de la littérature. C'est le sujet du roman Comme personne d'Hugo Hamilton : Gregor est persuadé d'être un enfant adopté même si sa mère soutient le contraire. Dans le chaos régnant de la chute du régime nazi, une substitution d'identité était alors facile à faire : qui se soucie d'une femme qui a perdu son enfant comme tant d'autres ? Que deviendrait un orphelin seul ? A partir de quelques paroles échangées avec l'oncle Max - qui faisait du marché au noir avec le grand-père de Grégor, la vie de ce dernier bascule : il n'a de cesse de trouver des réponses à la question de ses origines. Est-il juif ? A-t-il été enlevé par cette famille allemande ?

C'est un double récit qui est mené : parallèlement à la vie actuelle de Gregor, on suit son passé de son enfance à la chute du mur de Berlin en passant par la période hippie des années 60. Dès les premières pages, l'image des strates géologiques illustre bien cette quête qui devient presque une enquête. C'est Mara - la femme du personnage principal - qui trouvera des preuves dans les dernières pages du roman.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser en lisant la quatrième de couverture, le roman fait assez peu référence à la guerre, sinon pour rapporter quelques faits anecdotiques et déjà vus : l'horreur de la guerre et son absurdité, la souffrance des survivants, la torture... Pour cet aspect-là, vous n'apprendrez rien de neuf. En fait, ce livre se penche davantage sur la question des transmissions entre générations, pose la question de l'appartenance à une famille, à un groupe...

Lire parle d'un livre "bouleversant". Question de sensibilité ? On ne sent pas touché par ce récit dans lequel la cueillette des pommes et les petits riens du quotidien sont plus présents que l'Histoire et l'éclatement des thèmes abordés ne permet malheureusement pas de se plonger dans la vie de cet homme, histoire menée trop généralement pour créer une empathie avec le personnage. Une déception...

Merci à Bibliofolie et aux Éditions Points pour ce partenariat.

Comme personne, Hugo Hamilton, Point.

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07 juillet 2011

De pierre et de cendre, Linda Newbery

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Lorsque vous ouvrez ce livre, vous êtes immédiatement plongé dans un début mystérieux qui vous fera penser à La dame en blanc de Wilkie Collins avec l'arrivée du peintre Samuel Godwin à Fourwinds, en pleine nuit, rencontrant une jeune fille hystérique. De nombreux autres éléments renvoient au fameux livre de Charlotte Bronte, Jane Eyre, avec un personnage de gouvernante, Miss Agnew, qui a en charge les deux filles de Mr Farrow. Ces dernières, Marianne et Juliana seront aussi les élèves de Samuel. Le récit de ces deux personnages s'entrecroisent et le double point de vue interne permet de mener le lecteur sur de fausses pistes. Les questions se succèdent : Pourquoi Marianne se comporte de manière étrange avec des crises de somnambulisme ? Pour quelles raisons l'ancienne gouvernante a été renvoyée ? Comment est morte leur mère ?

Épigone des romans anglo-saxons, Newberry s'en démarque par une grande noirceur psychologique, non pas effrayante mais dérangeante : les secrets que cachent les habitants de Fourwinds se révèlent être beaucoup plus sombres qu'un mariage en dessous de sa condition ou qu'un enfant hors mariage... Et surtout De pierre et de cendre est un roman énigmatique mais aussi un roman sur l'art. Les premiers mots de Marianne concerne une sculpture : " Le vent d'Ouest il faut le trouver... le capturer et le mettre à l'abri." Est-ce que cette sculpture a disparu ? A-t-elle au moins existé ?

Peintre mineur, Samuel est aussi un peintre en devenir qui est confronté à la question de la gloire, du style... Le roman se déroulant vers 1989, l'esthétique des préraphaélites est évoquée... créant ainsi une intrigue originale autour d'un tableau et d'une sculpture. Dommage la fin rapide semble un peu terne et plate. Certes les topos des romans néo-victoriens abondent mais L. Newbery sait faire vivre ses personnages, riches de sentiments et de sensations, a su choisir des narrateurs originaux et naïfs et nouer une intrigue extraordinairement brillante !

De pierre et de cendre, Linda Newbery, Livre de poche, 380 p.

Les avis de Lilly, Lou, Cryssilda, Karine, Alice...

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02 juillet 2011

44 Scotland street, Alexander McCall Smith

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Roman feuilleton du XXe siècle, le 44 Scotland Street se conforme aux lois du genre. Découpé en brefs chapitres avec leur traditionnels titres (" Où l'on fait plus ample connaissance avec Bruce", "La difficile mission d'Angus Lordie"...), chaque publication amène un nouveau personnage et des rebondissements multiples. On peut ainsi découvrir la vie de Pat, qui travaille dans la galerie de Matthew qui ne connait rien à l'art, on suit pas à pas un jeune saxophoniste de 5 ans Bertie et les déboires pédago-psychologiques de sa mère Irène, la vie de Bruce et de ses patrons dans une agence immobilière, l'apparition d'une voisine Domenica... Les rebondissements sont parfois surprenants : Pat a-t-elle découvert un véritable Peploe ? Alexander McCall Smith sait créer l'attente, quelle habileté dans les derniers mots d'un chapitre : "Par ailleurs, elle se sentait mal à l'aise en compagnie de Ronnie et Pete. Elle leur trouvait quelque chose de perturbant, un côté inquiétant qui évoquait, sinon le coeur des ténèbres, du moins l'heure entre chien et loup" surtout que ces deux personnages se volatilisent ! Et parfois un peu moins palpitants : Pat va-t-elle s'empoisonner avec les chanterelles de Bruce ? Voire parfois des détails insignifiants comme la description de la voiture de Domenica : "La Mercedes-Benz 560 SEC couleur crème. [...] Le moteur a une capacité de 5,6 litres, ce qui lui donne la puissance de 5 Mini" - "5 Mini ! s'extasia Pat". Nous, nous ne extasions pas...

La présentation des personnages, vie amoureuse et vie familiale, voisins envahissants, côtoie des réflexions plus générales sur la vie, les relations à autrui, comme l'hypocrisie, le mensonge,... Et on découvre aussi la culture écossaise, leur amour du football, leurs peintres, leur...kilt... Lecteurs, si vous aimez les romans-feuilletons de Dickens ou Les chroniques d'Armistead Maupin qui ont inspiré la forme du récit à Alexander McCall Smith, vous apprécierez de voir vivre tous les habitants du 44 Scotland street... Cependant même en le lisant comme un vrai roman feuilleton, certains passages paraissent longs... La qualité des aventures est assez inégale et certains épisodes tirent en longueur sans raison apparente et sans l'ombre du plus petit intérêt. Même chose pour le style. Tout de même on a envie de s'exclamer : à quand le prochain roman-feuilleton ?

44 Scotland Street, Alexander McCall Smith, 10/18, 414 p.

Participation au mois kiltissime organisé par Lou et Cryssilda.

Lu aussi par Cryssilda et Titine.

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