18 juin 2010

Lorenzaccio d'Alfred de Musset : ISSN 2607-0006

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Florence est sous le joug du tyran Alexandre de Médicis et de son cousin, le mélancolique et débauché Lorenzo, qui oeuvre secrètement en faveur des républicains. Toute la ville tremble : les femmes pour leur vertu, les hommes pour leur honneur. Dans l'ombre, les Strozzi conspirent mais en vain. Plusieurs intrigues s'enlacent, plus d'une trentaine de personnages sont mis en scène et autant de lieux différents servent de décor à cette oeuvre foisonnante.

La beauté de cette pièce est issue de l'éloquence et de la virtuosité de la prose et de l'identité de son héros éponyme : "Suis-je satan ? Lumière du ciel ! Je m'en souviens encore ; j'aurai pleuré avec la première fille que j'ai séduite, si elle ne s'était mise à rire. Quand j'ai commencé à jouer mon rôle de Brutus moderne, je marchais dans mes habits neufs de la grande confrérie du vice, comme un enfant de dix ans dans l'armure d'un géant de la fable. Je croyais que la corruption était un stigmate et que les monstres seuls le portaient au front", s'écrie Lorenzaccio. A force de dépravation, l'âme du héros s'est dissoute et à l'image de toute une génération désenchantée, Lorenzaccio cherche à donner un sens à ses actes : il va donc tuer le duc.

Lorenzaccio, c'est le drame romantique dans tout son éclat, recréant l'effervescence de la vie à travers la représentation de toutes les catégories sociales. Musset (biographie ici) mêle le grotesque et le sublime, le goût de l'exotisme dans la représentation de Florence et un héros déchiré, reflet de la génération romantique. L'arrière plan historique et les personnages complexes, et la beauté de la langue font de ce drame un chef d'oeuvre de l'art romantique.

Musset, Lorenzaccio, Classiques Larousse, 198 p.

Autre oeuvre : On ne badine pas avec l'amour

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11 juin 2010

Zuleika Dobson de Beerbohm : ISSN 2607-0006

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Sachez qu'un livre à couverture rouge, avec inscrit comme nom d'auteur Beerbohm peut cacher une histoire pleine d'extravagance. A rebours de Huysmans est le bréviaire de la décadence française, de même Zuleika Dobson est celui de la littérature fin de siècle anglaise avec son cortège de symboles : les objets délicieusement raffinés, le primat des sensations sur l'objet nommé, le vocabulaire rare, les références à la littérature antique, les expression latines et l'amour de l'esthétique.

Le narrateur présente son livre par cette mise en garde : " Lorsqu'en 1911 ce livre fut publié pour la première fois, certaines personnes, apparemment, crurent que l'intention satirique et les cibles diverses : instinct grégaire, coquetterie féminine, snobisme, voire même, prestidigitation. Pour moi, je n'y avais vu qu'une fantaisie ; et c'est en tant qu telle, pensé-je, qu'elle devraient être considérée. Mais toute imaginative qu'elle soit, la fantaisie doit s'ancrer dans la réalité ; et mes lecteurs penseront sans doute que le tableau que je brosse de la ve à Oxford est une douloureuse entorse à cette règle. [...] "

Fantaisiste, Zuleika Dobson l'est assurément. L'imagination débridée de l'intrigue met en scène une institutrice devenue prestidigitatrice, entourée par de jeunes gens tous amoureux d'elle, suscitant un suicide collectif qui va décimer tout Oxford ! Autour d'elle évoluent des fantômes, des statues qui transpirent... Toute la première partie du roman est consacrée à deux personnages typiquement fin-de-siècle mais caricaturaux : Zuleika, la femme fatale, l'enchanteresse, la sirène qui va mener au suicide tout Oxford  et le duc Dorset, dandy par excellence : " Elle [Zuleika] l'avait ensorcelé certes : Il était d'autant plus nécessaire qu'il se privât de toute conversation avec elle. Il fallait impérativement la chasser au plus vite de son esprit. Il ne devait à aucun prix diluer l'essence de son âme. Il ne pouvait sacrifier son dandysme à aucune passion. Le dandy doit être célibataire et cloîtré  c'est un véritable moine, avec un miroir comme chapelet et pour bréviaire, un anachorète mortifiant son âme pour la perfection de son corps"... Non sans humour, Beerbohm reprend des poncifs et dénonce ses propres personnages comme insupportables !

Pas de critique ? Rien n'est moins sûr ! Lisez ce passage-ci : "Les notions qu'avait Zuleika de la vie d'Oxford étaient un peu brumeuses. Le duc eut peine à lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas, même en vêtement d'homme, comme elle le suggérait, l'inviter à la Junte. [...]. Elle ne pouvait comprendre cette admirable fidélité aux obligations sociales qui est une de ces vertus enracinées dans notre aristocratie". Comment ne pas y voir une critique sous-jacente bien que l'auteur s'en défende ?

De drôles et jolies illustrations de George Him renforcent le charme de cette "fantaisie". Et comme toute fantaisie qui se respecte, il manque un peu de sens à cette histoire et perdu dans les digressions, le lecteur peut trouver cette imagination trop débridée un peu lassante.  Mais les courts chapitres vifs, mettant en valeur la préciosité du langage et l'humour de l'auteur, parfois cynique, rendent plaisante et charmante cette étrange histoire.

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 Beerbhom, Zuleika Dobson, Monsieur Toussaint Louverture, 352 p.

Merci à BOB  et à Monsieur Toussaint Louverture pour cette délicieuse découverte et cette magnifique édition !

 

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09 juin 2010

Pars vite et reviens tard de Fred Vargas : ISSN 2607-0006

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Quel est le nouvel auteur à découvrir en ce mois de juin ? Pimprenelle a choisi Fred Vargas, chercheur en histoire et archéologie au CRNS, qui a écrit une dizaine d'ouvrages, dont des "rompol" L'homme aux cercles bleus, L'homme à l'envers...

"La faute et l'apparence de la faute"

Adamsberg, le doux rêveur aux pensées informes, flanqué de son capitaine Danglard, organisé, précis et rigoureux, repartent dans une affaire criminelle qui s'avère beaucoup plus sombre qu'en apparence. Dans ce roman policier, Vargas ne met pas seulement en scène un traditionnel duo d'enquêteurs complémentaires mais elle les entoure d'une bande d'excentriques : un crieur ancien marin et tueur d'armateur véreux, un faux aristocrate qui exerce la profession de dentelière, Marc Vandoosler, une femme de ménage, et spécialiste du Moyen Age et quelques personnages récurrents comme Camille ou l'oncle de Marc... Ensembles, ils vont chercher à résoudre une mystérieuse affaire anodine en apparence  : de grands 4 inversés fleurissent un peu partout dans divers quartiers de Paris, ce qui ne semble qu'être l'oeuvre d'un tagueur. Mais Adamsberg les trouve "maléfiques"...

" Et puis, quand les serpents, chauves-souris, blaireaux et tous les animaux qui vivent dans la profondeur des galeries souterraines sortent en masse dans les champs et abandonnent leur habitat naturel ; quand les plantes à fruits et les légumineuses se mettent à pourrir et à se remplir de vers [...]" : lorsque Joss Le Guern, crieur de profession commence à trouver des messages sibyllins, parfois en latin, il soupçonne quelques choses de terribles... L'intrigue, qui repose sur le Liber Canonis d'Avicenne, traitant de la peste, est palpitante. Est-ce que ce fléau va bientôt s'abattre sur Paris ? Lorsque les premiers morts apparaissent, la panique s'empare de toute la population... Lecteurs, vous prendrez un véritable plaisir à plonger dans cette histoire de peste, donnant une dimension littéraire à cette intrigue policière, où se côtoient des personnages originaux. On regrette juste des dialogues peu subtils, au style relâché...

Vargas, Pars vite et reviens tard, J'ai lu policier, 347 p.

Belledenuit - Lilibook  - Kikine  - Zorane - - Isabelle - Del - George - pimprenelle et d'autres avis sur le site de Pimprenelle...

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07 juin 2010

Un ange à ma table de Jane Campion : ISSN 2607-0006

AN ANGEL AT MY TABLE TRAILER

L'univers de Jane Campion est vraiment très singulier. La femme et son émancipation semblent être l'une des constantes de son oeuvre. Avant Fanny Brawne de Brigth Star et Ada de La leçon de piano, elle s'est attachée à montrer la vie de Janet Frame, une romancière néo-zélandaise. Elle raconte, en trois temps - "To the Island", "An Angel at my table", "The envoy from the miror" -  la vie atypique de cet écrivain timide et sensible. Née dans une famille nombreuse et pauvre, elle développe très tôt le goût de la littérature et devient institutrice. Choquée par le décès de deux de ses soeurs par noyade, diagnostiquée schizophrène, elle sera internée pendant 8 ans dans un hôpital psychiatrique, avant d'appendre par hasard qu'elle n'est pas malade. Elle ne cessera jamais d'écrire et son oeuvre sera couronnée de plusieurs récompenses.

La caméra de Jane Campion suit cette femme au destin malheureux mais atypique : elle nous permet de découvrir le regard étrange que cette femme pose sur le monde. La perfection formelle est présente à travers les magnifiques paysages, une belle bande-son, les couleurs harmonieuses et les extraits de poèmes de Janet Frame. Avec sensibilité, la réalisatrice nous dévoile l'univers d'une femme malmenée par le monde mais qui trouve un refuge dans l'écriture. Un ange à ma table reste un magnifique film, entre violence et beauté, qui rend hommage à une femme au destin difficile : sa solitude est émouvante et son passage dans un asile psychiatrique effrayant... Jane Campion arrive à nous faire entendre la voix intérieure de cette romancière solitaire et comprendre sa sensibilité même si ce film m'a beaucoup moins émue que le sensualisme mis en oeuvre dans La leçon de piano ou que la perfection formelle du destin fatal de Fanny Brawne... 

Autre film : Brigth star

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05 juin 2010

Testament à l'anglaise de Jonathan Coe : ISSN 2607-0006

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Lorsque l'on ne connaît pas l'oeuvre d'un auteur, on s'interroge avant d'ouvrir la première page, sur l'histoire qu'il va nous raconter, sur son écriture... Dans quel genre d'atmosphère va-t-il nous emmener ? Et parfois, on découvre des livres extrêmement drôles, attachants et étranges, comme Testament à l'anglais, qui est une oeuvre foisonnante et caustique.

Sous couvert d'écrire la fresque d'une famille anglaise, les Winshaw, c'est toute la société contemporaine qui est dénoncée. Jonathan Coe critique le pouvoir néfaste d'une élite abusant de son argent et de son pouvoir. Les pages qui dénoncent l'élevage intensif de Dorothy, l'une des filles de la famille Winshaw, sont insoutenables de cruauté et d'horreur mais se terminent par une pirouette : le mari de Dorothy, George, se suicide, ne supportant plus cette femme sans coeur, massacrant ses bêtes. Le mot de la fin est ce titre d'un entrefilet dans un journal : "un fermier pervers se donne la mort par amour pour un veau !". Henry, homme politique, commente la politique comme une "mascarade", "une farce sinistre". Les situations loufoques se succèdent, notamment, dans les réponses sibyllines de Henry lors d'une interview : ..."Et ainsi, en consultant la transcription de ce débat, j'ai découvert que lorsque le docteur Gillam a soulevé la question d'une restriction délibérée des subventions pour préparer le terrain de la privatisation, la réponse de Winshaw a été : "17 000 000 en cinq ans 12, 3 % du PNB 4 % de plus que la CEE 35 % supérieur à l'URSS 34 000 MG pour chaqueHAS x 19,24 en termes réels 9,586 pour chaque FHSA rectifications saisonnières à 12 900 000 + 54,67 a 19 % incl TVA s'élevant à 57 % dépendant de l'IPR par le IHSM l 4,52 la Sécurité sociale est entre de bonnes mains avec nous"" ! La satire de la politique est féroce et atteint même la politique contemporaine avec un très long chapitre consacré à la guerre du Moyen Orient...

Des excentriques, des excentriques et encore des excentriques ! Chaque chapitre est consacré à un personnage différent mais le rôle de Michael est bien plus important et récurrent : fantasque et vivant depuis des années coupé du monde à cause d'un film qui l'a traumatisé, il a ainsi commencé à écrire la saga des Winshaw :  "Par une curieuse ironie cette même Tabitha Winshaw, aujourd'hui âgée de quatre-vingt-un ans et pas plus saine d'esprit qu'elle ne l'a été durant les quarante cinq dernières années, se trouve être, amis lecteurs, le mécène, du livre que vous tenez en main." Tabitha, considérée comme une vieille folle perd son frère préféré dans la tourmente de la guerre en 1940 : elle croit aussitôt à un meurtre. Sa folie meurtrière est plutôt risible et tendrait à nous faire accroire à sa folie : " Parmi les instruments dont sa violence se munit pour attaquer Lawrence, on compta des chandeliers, des parapluies de golf, des couteaux à beurre, des lames de rasoir, des cravaches, un luffa, un mashie, un niblick, une trompe de guerre afghane d'un considérable intérêt archéologique, un pot de chambre et un bazzoka". 6 pages plus loin et 19 ans plus tard, le manoir des Winshaw est le théâtre d'un deuxième meurtre. Tabitha est internée mais décide de faire écrire l'histoire de sa famille. Lawrence, son frère, a-t-il été capable de commanditer le meurtre de son frère Geoffroy ?

Cette galerie haute en couleurs, avec des personnages aussi farfelus les uns que les autres, permet à Jonathan Coe de débusquer les travers d'une élite dirigeante où un galeriste choisit les tableaux en fonction du minois des jeunes artistes, un monde où tout s'achète... Tous les sujets, finance, politique, le milieu de l'édition, celui de la télévision anglaise passent au crible de l'humour de Coe. Quel talent ! Lecteurs, on croit entrer de plain-pied dans un polar mais qui s'est révélé être une satire du pouvoir et de la classe dirigeante. Ce serait gâcher votre plaisir de lecture que de vous emmener dans de nouvelles et longues citations et remarques, découvrez plutôt l'atmosphère caustique de ce livre en  l'ouvrant...  Testament à l'anglaise est une histoire longue, complexe, foisonnante, qui mêle histoire et fiction,  destin individuel, celui de Michael et la vie sous l'Angleterre du XXeme siècle. Où commence la fiction ? Où prend fin la réalité ? Jonathan Coe brouille les pistes créant un livre assurément original et polémique.

La fin du roman est entièrement constituée de rebondissements, suivie d'une note de l'auteur encore plus surprenante. Article de journaux, extraits de journal intime, récit à la première personne, la narration dynamique nous décrit à la fois les tribulations de l'écriture d'un manuscrit et la rocambolesque aventure d'un anti-héros qui va même être filé par une 2 CV... Ce roman est remarquablement étrange, plein d'humour et imprégné de références cinématographiques et littéraires.  L'illusion baroque n'est jamais loin de ce livre déconcertant et certes inclassable.

Coe, Testament à l'anglaise, Folio, 677 p.

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03 juin 2010

Catalène Roca de Jean François Delapré : ISSN 2607-0006

 

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22/05/2010

Ma chère Lou,
Tu dois te demander quel est ce petit colis que tu viens de recevoir. C'est le recueil de J. F. Delapré dont je t'avais parlé : il tiendrait presque dans ma main ! J'ai beaucoup apprécié la légèreté de l'écriture, vive, délicate et minutieuse de cet auteur que je ne connaissais pas et l'univers des livres. "Catalène Roca" et "l'homme au manteau de pluie" m'ont surprise et ravie. Et toi ? Dis-moi vite ton avis, je suis impatiente de savoir ce que tu en penses. Les aimeras-tu comme moi ? Vas-tu apprécier ces petites histoires énigmatiques ? Ne sont-elles pas plaisantes à lire ?
Bien à toi, Maggie.

27/05/2010

Dear Maggie

J’ai bien reçu ton petit paquet et tu n’avais pas menti, puisque j’ai lu le livre de (… ça commence bien, j’ai oublié son nom et je n’ai pas son livre sous les yeux - coupera-t-on cette partie au montage ?) en quelques minutes, une bonne petite coupure ! Comme nous avons décidé de profiter de nos échanges de mails pour faire notre chronique commune, je me jette à l’eau, même si je compte éviter les digressions victorio-anglo-austeniennes – ce qui, malgré tout, réduit considérablement nos chances de faire croire à quiconque nous connaîtrait un tant soit peu que ces mails ont quelque chose de naturel et de spontané. Celles qui ont récemment introduit chez moi un slat Darcy ou le guide des bonnes manières de Jane Austen diront tout de suite que ce n’est pas crédible (pour quelqu’un qui voulait éviter les digressions j’ai mal commencé, mais je suis en mode digestion après avoir honteusement ingéré un fondant au chocolat).

Bref donc, parlons peu parlons bien (ou du moins parlons du sujet que nous étions censées aborder). Pour les lecteurs qui vont s’immiscer dans notre correspondance (bande de petits sacripants !), nous parlons ici de Catalène Rocca, un très court recueil de deux histoires d’environ 10 pages chacune (dans un tout petit volume). Le héros m’est très sympathique, puisqu’il s’agit d’un libraire. Dans la deuxième nouvelle, il évoque un grand auteur qui se rend chez lui à chaque séjour en France, s’attardant sur une coïncidence amusante, puisque c’est l’auteur du roman favori de son employée, qui ne le reconnaît pas et le prend pour un client normal. En revanche Maggie, puisque ce mail t’est adressé à l’origine, je serais bien curieuse de savoir ce que t’évoque la première nouvelle car le libraire en question m’a tour à tour consternée puis traumatisée (rien de moins !).

Je ne m’explique pas deux choses : entre toutes ses clientes, pourquoi fait-il une fixation sur celle qui se dit éclectique en achetant un polar et un roman à l’eau de rose ? On trouve d’excellents polars et je veux bien croire que certains romans dégoulinant de sentiments, de jupes courtes et de torses imberbes peuvent exercer un pouvoir insoupçonné sur notre imagination (souvenirs émus et - un peu trop - lointains de mon adolescence), mais j’aurais davantage imaginé un libraire soudain obsédé par le seul client du village à chercher une édition rare de l’auteur franchement méconnu que lui-même rêve depuis toujours de faire connaître au monde entier (ou ce genre de chose excessivement cliché). Damn it ! Je comprends mieux pourquoi les libraires me regardent parfois bizarrement quand je m'enflamme en achetant un roman victorien tout juste réédité...

Ou bien s’agit-il du roman qu’elle cherche et qui ne figure dans aucune base de données ? Mouais. Et si je trouve absolument touchant l’intérêt qu’il prend à gérer sa clientèle, j’ai découvert avec horreur qu’il existait également des libraires psychotiques prêts à se rendre au domicile de leurs clients pour les guetter sous des prétextes fallacieux (en trouvant leur adresse grâce à un chèque). Maggie, merci, grâce à toi je penserai désormais à me munir d’argent liquide en librairie et à fermer mon appartement à triple tour la prochaine fois que je succomberai aux appels d’Hercule Poirot (qui me semble tout à fait susceptible de réveiller les troubles obsessionnels compulsifs d’un libraire névrosé, non ?).

En attendant ta riposte, Ta très dévouée Lou !

 

 

28/05/2010

Ma chère Lou,
Merci pour ton petit mot sur ta lecture du recueil Delapré, évidemment tes commentaires m'ont fait beaucoup rire...
Deux lectrices et deux avis totalement différents ! En effet, en ce qui concerne le libraire au comportement déplacé, suivant sa cliente aux yeux pers, je n'avais pas remarqué tout ce que son attitude pouvait avoir d'obsessionnel ou d'étrange. J'ai lu ce court récit comme la réécriture d'une rencontre amoureuse déçue, inversée : " Je ne vous ai pas encore parlé de ces yeux pers. Il faut commencer par le début. Ses yeux. Ou comment je suis devenu amoureux. Notre rencontre avorta assez vite". Du début à la fin de la nouvelle, il n'y a que déception amoureuse... Une jeune fille qui recherche un livre parlant d'une rupture ou d'un amour brisé, un libraire sachant que la rencontre avec celle qui le fascine n'a pas eu lieu... J'y ai vu, non pas un libraire névrosé, mais un anti-héros et une écriture "déceptive" !
Mon dieu ! Mais avons-nous lu le même livre ? Pourquoi les détails que tu soulignes ne m'ont pas sauté aux yeux ? Et pourtant, je t'assure, il n'est pas dans mes habitudes de suivre des gens ou de lire leur adresse sur des chèques ! Ne serait-ce pas notre cher libraire qui se prendrait pour Sherlock Holmes avec ses déductions ??? N'est-il pas un héros à l'imagination débridée, sensible et curieux ?
Ma chère Lou, il m'est bien agréable de converser avec toi sur cette étrange histoire... Merci, de m'avoir ouvert les yeux sur  le danger de faire des chèques dans une librairie !!!! 
Maggie

 

 

30/05/2010

Dear lectrice romanesque & romantique,

Ton point de vue plein de fraîcheur me pousse à faire un mea culpa. Derrière le fantôme d'une histoire d'amour qui aurait pu avoir lieu, je me suis amusée à dénicher les « détails qui tuent », à saisir ce texte poétique et triste pour y porter un regard ironique (mais bienveillant). Je plaide l'overdose de littérature anglaise. J'ai passé un joli moment moi aussi et te remercie une fois de plus pour ce bon moment passé en compagnie d'un amour malheureux (et d'un libraire au comportement louche).

Livresquement, Lou

PS : je n'aurais pas dû faire de chèque au restaurant coréen où nous avons dîné vendredi. J'ai croisé deux Coréens dans la rue. Je suis presque sûre qu'ils se connaissent. Qu'ils m'épient. Veulent-ils s'en prendre à ma bibliothèque ?

 Delapré, Catalène Roca, suivi de l'homme au manteau de pluie, Table Ronde, 35 p.

Merci à BOB et aux éditions de la Table Ronde pour cette lecture en duo qui s'est révélée fort amusante et vraiment divertissante ! Merci Lou d'avoir partagé cette lecture avec moi, merci pour ton humour  !

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26 mai 2010

Le treizième conte de Diane Setterfield : ISSN 2607-0006

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 Margaret travaille dans le magasin de livres rares et anciens de son père et a écrit une biographie sur les frères Goncourt. Un jour, elle reçoit une étrange lettre qui provient d'une romancière de best-sellers, entourée de mystère : Vida Winter a inventé plus de 32 versions différentes de sa vie... Malade et âgée, elle a enfin décidé de dévoiler son histoire sans mensonge. Mais dit-elle réellement la vérité ? Commence pour Magaret une enquête sur la véritable vie de Vida, qui commence d'ailleurs par un un autre mystère : elle a publié un recueil de 13 contes qui n'en contient que douze. Quel est ce treizième conte ?

Margaret entretient une relation passionnée avec les livres et on prend plaisir à déambuler dans le magasin de livres qu'elle tient avec son père. Plus proche des romans du XIXeme siècle que des personnes qui l'entourent, elle avoue que "les mots ont un étrange pouvoir. Entre les mains expertes, manipulées avec adresse, ils vous retiennent prisonniers". 

Quant à l'histoire, elle contient de nombreux rebondissements comme dans Les hauts de Hurlevent ou Jane Eyre. Chaque personnage cache un secret. Quel est celui de Vida Winter ? Au fil de la narration de la vieille dame, la jeune fille enquête, hantée par ses propres fantômes et bientôt par ceux de la romancière. Dit-elle la vérité ? Est-ce que le manoir dans lequel elle dit avoir grandi existe véritablement ? Qu'est devenu son oncle Charles disparu soudainement ? Connaîtra-t-elle la clé du mystère du treizième conte ? Alternant différents récits et narrateurs, le mystère s'épaissit... Des ruines, la folie des personnages, des fantômes, des enfants perdues, des disparitions soudaines, un incendie, l'allusion aux romans La dame en blanc de Wilkie Collins ou Jane Eyre des soeurs Brontë, rendent hautement britannique cette histoire mystérieuse. Un récit captivant de la première à la dernière page...

Setterfield, Le treizième conte, Pocket, 526 p.

Livre voyageur de Mango que je remercie ! Son avis ici. D'autres avis : Lilly, Clarabel, Fashion, Lou., Titine.Choupynette,...

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25 mai 2010

Into the wild adapté par Sean Penn : ISSN 2607-0006

SEAN PENN PENS INTO THE WILD

Chris MCandless a renoncé à tout, une fois son diplôme en poche, à un avenir tout tracé à Havard, à une tranquillité bourgeoise, à une vie de confort. Il arpente la terre en fuyant cette société "empoisonnée". "Voyageur esthète", après deux ans sur les routes et de multiples rencontres, il arrive dans l'immensité de l'Alaska, en 1992, il découvre une nature hostile mais sublime. C'est un retour à la nature dans ce qu'elle a de plus beau, de plus sauvage, le grand nord comme dans les roman de Jack London.

Le film oppose, par des retours en arrière, son ancienne vie conventionnelle, avec la remise de diplôme notamment, à sa vie solitaire dans l'immensité de la nature, sans loi. Symboliquement, c'est la société consumériste américaine qu'il fustige, en refusant une voiture neuve alors qu'il en possède déjà une en bon état, puis en l'abandonnant sans regret et en brûlant ses derniers dollars. Il note d'ailleurs que "l'argent et le pouvoir sont une illusion". Dans cette quête idéale de liberté absolue, c'est le matérialiste  de toute une société qui est condamné. S'appuyant sur des extraits du journal intime de Chris et  des citations de ses auteurs préférés, Sean Penn retrace un émouvant portrait et un magnifique road movie, en filmant une nature époustouflante de beauté. Sean Penn a magistralement adapté le roman de Krakauer, retraçant la vie réelle et tragique de Chris MacCandless... Cependant, la fin du film semble bien lisse par rapport aux questions posées par le roman de Krakauer qui est beaucoup plus polémique : quel lien entretiennent les américains avec la nature ? Quels sont les réelles motivations de Chris ? A-t-il été négligent ? ... Un film à voir pour sa beauté tragique...

L'avis de Titine

Challenge lunettes noires sur plage blanche de Happy Few.

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24 mai 2010

Into the wild de Krakauer : ISSN 2607-0006

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" Toujours plus loin. Toujours plus au nord. Toujours plus seul. Inspiré par ses lectures de Tolstoï et de Thoreau, Cristopher McCandless a tout sacrifié à son idéal de pureté et de nature. En 1990, une fois son diplôme  universitaire en poche, il offre ses économies à une association caritative et part sans un adieu vers son destin. Celui-ci s'achèvera tragiquement au coeur des forêts de l'Alaska...

Jon Krakauer évoque aussi à travers cette échappée belle ceux qui, un jour, ont cherché à quitter la civilisation et à dépasser leurs limites. Magistralement porté à l'écran par Sean Penn, Into the wild s'inscrit dans la grande tradition des road movie tragique et lumineux, une histoire aux échos universels".

" Je désirais le mouvement et non une existence au cours paisible. Je voulais l'excitation et le danger, et le risque de me sacrifier pour mon amour. Je sentais en moi une énergie surabondante qui ne trouvait aucun exutoire dans notre vie tranquille", Le bonheur conjugal de Léon Tolstoï ( p. 33)

Journaliste, Krakauer retrace les déplacements du jeune homme en s'appuyant sur des témoignages, des lettres envoyées à des gens rencontrés sur la route et des extraits du journal intime écrit à la troisième personne. Dans de nombreux chapitres, le travail fouillé du journaliste permet de suivre le périple de Chris : une enquête à rebours, de la mort de Chris à ses diverses rencontres. Pour lui, il ressemble à Dedalus, personnage de Joyce : "Il était seul, méconnu, heureux, jeune, obstiné, libre, seul dans un désert chargé d'air vif et d'eau saumâtre, parmi la moisson marine des coquillages et des algues, dans la lumière gris pâle du soleil". Jeune homme intransigeant et sensible, généreux et travailleur, il ne semble pas être un désaxé, comme le sous-entendait beaucoup de personnes, mais un homme en quête d'idéal, à la quête de soi.

Lors de la publication d'un article de Krakauer dans Outside, lorsque le corps de McCandless a été retrouvé en 1992, les gens ont réagi négativement à la mort de ce jeune homme qu'on considéra comme un écervelé, un farfelu, un ingrat qui faisait souffrir inutilement sa famille par son décès dû à ses négligences. Krakauer entreprend de rechercher les causes de la mort et évoque la vie de différentes personnes idéalistes ayant quitté la société de consommation. Est-il un jeune homme orgueilleux qui est allé au-delà de ses limite ? A-t-il fait preuve de légèreté en allant vivre dans l'Alaska sans carte et sans boussole ? Quel est le rôle de ses parents dans son départ brusque, dans ce renoncement à la civilisation ?

Into the wild retrace un magnifique portrait, reposant sur de nombreux documents, dans la lignée des personnages d'un London ou d'un Tolstoï, un plaidoyer pour les esthètes de la nature sublime, nature superbement décrite à travers des extraits littéraires, s'inscrivant dans une histoire de la société américaine.

 Krakauer, Into the wild, 10/18, domaine étranger, 285 p.

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23 mai 2010

A mon coeur défendant de Thibaut de Saint Pol : ISSN 2607-0006

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A mon coeur défendant est l'histoire de trois destins croisés : En 1940, à Paris, les Allemands sont aux portes de Paris. Madeleine est une jeune fille de 24 ans, travaillant au Quai d'Orsay, qui est chargée d'une mission très importante et secrète : protéger et amener en lieu sûr le traité de Versailles qui a humilié l'Allemagne. Madeleine raconte sa fuite à travers le pays. Dans son journal, Henrich, un officier de la Wehrmarcht, poursuit la jeune fille pour récupérer le fameux dossier. En 2003, Théo, un allemand, un professeur d'histoire, retrouve des papiers dans le bureau de son grand-père. Mais qui est-il ? Pourquoi toute sa famille refuse de parler de lui ? Il retrouve la trace d'une femme, vivant dans le sud de la France, liée à Henrich, son grand-père, qui accepte de lui parler.

Croisant les genres littéraires et des personnages, l'originalité du fond historique connu est de montrer des points de vue opposés sur  les mêmes événements. Tandis que Madeleine vit dans la peur et le chaos, et la honte d'une France qui tombe comme un "château de cartes", Henrich agit, sûr de lui et de la bonne cause de sa mission. Un roman historique passionnant, très rythmée, qui nous emmène de Paris à Toulon. Madeleine réussira-t-elle à sauver le Traité ? Théo connaîtra-t-il enfin la vérité sur ce grand-père qu'il n'a pas connu ?

Lecteurs, vous trouverez parfois que les sentiments des personnage assez lisses manquent un peu de profondeur, de nuances ou de complexité, que l'histoire d'amour entre les deux personnages use de topos mais la narration est originale et très bien menée et on ressort charmé de ce livre. Un récit haletant, une écriture fluide entretenant le suspense et un dernier retournement de situation font de ce roman une lecture agréable et ambiguë.

Merci Alice de m'avoir fait partager cette lecture.

Saint Pol, A mon coeur défendant, Plon, p. 204.

 

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