05 septembre 2010

Fahrenheit 451 de Bradbury : ISSN 2607-0006

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Les liens entre les mondes fictionnels et réels sont toujours présents ; même les utopies, en s'attachant à décrire une société imaginaire, servent à critiquer de manière indirecte, le monde contemporain des auteurs. Ecrit dans les années maccarthystes, pour en critiquer les dérives fascisantes, Bradbury dénonce avec ce roman d'anticipation la censure qui frappe les livres et les intellectuels. Roman d'anticipation ? Pourtant certaines phrases pourrait encore s'appliquer à notre société.

451° Fahrenheit est la température à laquelle un livre s'enflamme. Dans ce monde futuriste, les pompiers n'éteignent pas les feux mais les allument, autodafé qui permettent de brûler les livres, jugés dangereux pour le bonheur de l'homme, car la fiction est mensonge et contradictoire. Pourtant, Montag, fervent pompier et destructeur de livres, va à la faveur d'une rencontre prendre conscience de l'horreur de ses actes. Guy Montag remet en cause son idéologie le jour où il rencontre une jeune fille, qui apprécie les conversations, la réflexion et l'échange avec l'autre. A quoi servent les livres ? Pourquoi certaines personnes sont prêtes à mourir pour les défendre ?

Dans ce monde, les objets sont plus vivants que les humains souvent métaphorisés en statues : la chaleur est associée aux livres tandis que le froid qualifie le foyer de Montag, lieu complètement déshumanisé. Les images envahissent les murs, rendant les êtres solitaires et leur vie vaine. Montag et sa femme vivent dans un tourbillon de paroles et d'images vidées de sens. Pompier, Guy Montag doute, réfléchit, s'humanise et prend conscience de la valeur des livres.

En 1953, ce roman d'anticipation a pris une valeur séditieuse : c'était un livre engagé.  Finalement, on se dit que ce monde terrifiant et totalitaire n'est pas le nôtre, car on ne brûle pas de livres et pourtant à bien y regarder, Fahrenheit 451 semble très proche de notre réalité : l'image a remplacé le livre et il n'est nullement besoin de les brûler. Le peu d'intérêt qu'on porte à la littérature et le fait de moins lire amène la mort du livre aussi sûrement que les flammes d'un autodafé. Cependant, ce livre de Bradbury ( biographie de Larousse) porte une note d'espoir à la fin... Fahrenheit 451 contient une réflexion sur la fonction des oeuvres littéraires, question brûlante d'actualité, à travers une écriture très imagée et symbolique. Un classique à lire ou à relire !

Bradbury, Fahrenheit 451, Folio SF,212 p.

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02 septembre 2010

Crimes à Oxford de Alex de La Iglesia : ISSN 2607-0006

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Le crime parfait existe-il ? C'est à cette question que tentent de répondre deux apprentis détectives mathématiciens lorsqu'une vieille femme, amie de l'un et logeuse du second, est retrouvée assassinée. Elle a été étouffée mais par qui ? Pourquoi ? Jeune étudiant américain en mathématiques, Martin débarque à Oxford et espère entreprendre une thèse sous la direction de A. Seldom, éminent professeur, passionnée par les séries logiques. Lorsque une série de meurtres fait pleuvoir les cadavres autour de Seldom, les deux hommes prêtent main forte à la police surtout que les coupables sont légion. Qui est le criminel ?

Alex de la Iglesia a réussi avec Crimes à Oxford un bon film d'énigme confrontant deux personnages qui conçoivent le monde comme une message codé qu'on peut résoudre comme un problème scientifique. C'est aussi deux points de vue qui s'affrontent : l'un pense que la nature est d'essence mathématique et que derrière la réalité se cache la vérité. L'autre croit au hasard et aux hypothèses infinies. Une compétition naît entre ces deux hommes : qui du maître ou de l'élève trouvera la solution ? Le réalisateur nous promène agréablement dans Oxford, peuplé de personnages aux comportements étranges.

Ce thriller ludique est d'ailleurs très bien servi par le jeu d'acteurs remarquables comme Elijah Wood ou John Hurt. Leur obsession des maths les empêche de voir la vérité et leur raisonnement logique les amènent à arrêter un faux coupable ! L'amour des maths arrive même à interrompre son amour fou pour une infirmière. Sorte de cluedo filmique et grandeur nature - avec un clin d'oeil malicieux du professeur Seldom qui se sert de ce jeu pour exposer ses théories - ce film tire ses qualités de l'intrigue pleine de rebondissements qui ne manque ni de rythme, ni d'humour. Coups de théâtre et question du hasard se combinent pour entraîner le spectateur dans une quête haletante. Un film à énigme tout à fait divertissant !

Crimes à Oxford, 2008, Alex de la Iglesia, avec John hurt et Elijah Wood.

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29 août 2010

Le secret de la ferme-grise de M-E Braddon : ISSN 2607-0006

 

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Dans la seconde moitié du XIXeme siècle, l'Angleterre victorienne voit l'essor du roman policier, épigone des romans gothiques où s'illustrent Collins ou Braddon. "Le vent d'automne soufflait avec des hurlements tristes et étranges, et des sons inarticulés et plaintifs s'élevaient des champs plats et nus. Le brouillard sortait de ces terres dépouillées et des prairies basses, et s'étendaient comme un funèbre voile, sous lequel la rivière coulait lentement pour aller se jeter au loin dans la mer." Le décor est planté, celui d'une campagne anglaise humide, peu accueillante et cachant de terribles secrets. Le récit s'inscrit d'emblée sous le signe de la mort avec l'enterrement de Martin Caldéon, mort étrange en vérité car Martin, le gentilhomme fermier de la Ferme-grise, meurt d'une maladie inconnue alors qu'il était jeune et de robuste constitution. Agnès, sa future fiancée, hait Dudley, le frère du défunt. Pourquoi ? Est-elle folle comme le sous-entend Dudley ? Cette lande abrite des personnages inquiétants tel l'intendant Purvis, qui suit comme un fantôme chaque pas de son nouveau maître Dudley Carléon. L'avoué de Dudley le met en garde contre cet individu. Est-il en danger comme le pense l'avoué ? L'auteur entoure peu à peu de mystère ses personnage principaux : de nombreux faits sont elliptiques ou inexpliqués comme le départ de Purvis et de sa soeur à Londres, le comportement étrange de Dudley envers ce dernier...

Lecteurs, vous cherchez du mystère, des secrets cachés par des gentlemen victoriens et de la noirceur, alors ouvrez Le secret de la ferme grise... E.Braddon a su merveilleusement peindre la désolation du lieu, sinistre et sombre à souhait. la ferme-grise basse et sombre semble un tombeau pour ceux qui s'en approchent. On soupçonne, sous ce récit, un secret annoncé par différents indices disséminés - comme l'aveu d'Agnès, les pressentiments de Judy - dans le texte mais qu'on ne comprend qu'à postériori ou qui ne sont confirmés que plus tard. Cette histoire elliptique nous permet d'entrevoir la vérité qu'à la fin de la nouvelle, qui se lit trop rapidement contrairement à ses romans un peu bavards, mais dont l'intrigue nous fascine jusqu'à la dernière ligne. Vous trouverez, dans ce roman, les jalons de ce qui a contribué au succès de certains romans victoriens...

 Braddon,cLe secret de la ferme grise, Labyrinthes, 92 p.
L' avis de cécile et celui de Lilly, Allie.

Lu dans le cadre du challenge Braddon de Lou;

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25 août 2010

La vie des autres de Donnersmarck : ISSN 2607-0006

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Créé dans les années 50, la Stasi est un organisme au service de l'Etat, la République Démocratique Allemande, chargé de surveiller les citoyens et de se renseigner sur toutes leurs activités sociales. Redoutable et redoutée par les Berlinois, les agissements de ce ministère de la sécurité d'Etat sont dénoncés dans cet admirable film qui parle d'un thème politique difficile tout en le traitant avec beaucoup de finesse. Les effets sont minimalistes et le rythme assez lent et pourtant, on ne peut s'empêcher de suivre chacun des gestes des trois protagonistes principaux. 

A Berlin Est, en 1984, Gerd Wiesler, un officier intransigeant de la Stasi, magistralement incarné par Ulrich Muhe, est amené à surveiller un dramaturge, Georg Dreyman, dont la femme est convoitée par un gros ponte libidineux de l'état, le ministre de la culture. Par amour pour son mari qui a découvert cette liaison, Christia Maria refuse un jour les avances du ministre, ce dernier décide alors de l'arrêter... La trame principale se double de l'histoire de la vie de Gerd, qui est un solitaire ne vivant que pour son travail. A travers ce couple d'artistes, Il va découvrir l'amour, l'art et la vie tout simplement. Lui si droit, si professionnel se passionne peu à peu pour la littérature, est ému par "la vie des autres" au point de voler un livre de Brecht à Georg et commence à douter de la légitimité de sa mission.

Cette fiction, qui aborde une réalité historique, développe ainsi les thèmes de la torture psychologique, de la censure et de la résistance des artistes, sous un régime contrôlant le moindre gestes de ses habitants, lorsqu'ils ne sont pas broyés par le système. Dominé par la couleur grise, sur fond de guerre froide, le réalisateur restitue admirablement l'atmosphère et les décors de la RDA dans les années 80. Mais plus qu'un film sur la censure ou la politique, La vie des autres aborde aussi les thèmes de la trahison, de l'amour, du courage, de la résistance et de l'art. Donnersmarck construit une intrigue où violence et sentiments s'allient pour en faire un  film subtil, captivant et bouleversant.

La vie des autres de Donnersmarck, 2007, avec Martina Gedeck, Ulrich Muhe, Sebastian Koch et Ulrich Tukur.

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22 août 2010

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? de Didier Decoin : ISSN 2607-0006

 

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A mi-chemin entre la fiction et le reportage, Didier Decoin relate lentement avec beaucoup de précisions l'histoire de Catherine Genovese qui s'est déroulée dans les années 60 en Amérique et qui a défrayé la chronique. Lorsque celle-ci se fait poignarder à plusieurs reprises par un dément, aucun de ses voisins ne réagit. Pourquoi les gens ne se sont-ils pas portés à son secours ? Pourquoi personne n'est venu aider cette pauvre femme ? Minutieusement, à travers la bouche d'un des voisins de Catherine, absent le soir du crime, le lecteur assiste à son meurtre puis à l'arrestation et au procès du meurtrier.
Cette situation qui a montré la lâcheté, l'égoïsme des hommes a donné son nom à un syndrome : "le syndrome Kitty Genovese" désigne le fait de ne pas intervenir lorsque l'on pense qu'un tiers peut aussi réagir dans une situation donnée. Voici les conclusions d'un psychosociologue du XXeme siècle, Stanley Milgram : " Cette affaire touche à quelque chose d'essentiel de notre condition humaine. Si nous avons besoin d'assistance, ceux qui nous entourent vont-ils rester à ne rien faire en nous regardant disparaître, ou bien vont-ils voler à notre secours ? Ces autres créatures sont-elles là pour nous aider à sauver nos vies et nos biens, ou ne sommes-nous les uns pour les autres que des particules de poussière flottant dans le vide ?".

La narration de ce crime tend ainsi à analyser le comportement, non pas du tueur, mais celui du témoin. Qui est le plus coupable ? Ce drame horrible et odieux révèle une facette pessimiste de l'âme humaine.  Didier Decoin a su judicieusement et objectivement rendre compte d'un drame révélateur du comportement humain tout en l'ancrant dans l'histoire américaine :  ainsi s'ajoute à l'enquête policière une étude sociologique sur la vie du quartier, de la perception de l'homosexualité à 'époque, la question de la criminalité... Avec lenteur, précisions et réalisme, grâce à ce récit génériquement diversifiée - l'enquête menée par un journaliste, procès, évolution des personnages -  il réussit à captiver l'attention du lecteur et à l'informer d'un fait divers majeur, tout en l'amenant à réfléchir sur ses actes. Est-ce ainsi que les femmes meurent ? est une réflexion sociologique et psychologique captivante, ancrée dans l'Amérique des années 60, amenée par un récit sombre mais juste.

Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ?, Livre de poche, 186 p.
Merci à BOB et à livre de poche pour ce partenariat.

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18 août 2010

Les lettres Edith Wharton : ISSN 2607-0006

 

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Cette petite nouvelle Les lettres reprend des thèmes chers à Edith Wharton, issu d'un milieu mondain new-yorkais décadent, en pleine mutation, à la charnière du XIX et XXeme siècle : le poids des apparences, les sentiments amoureux et celui de l'argent.

A cause de la mauvaise volonté d'une élève, et de l'entrevue qui s'ensuit avec Mr Deering, le père de l'élève, Lizzie, institutrice peu fortunée, se retrouve à embrasser son employeur, un peintre qui a fait un malheureux mariage. Peu à peu, une complicité se tisse entre ces deux personnages. Deux mois plus tard, à la mort de sa femme, Deering retourne en Amérique. Quels sentiments éprouvent-ils ? Quel destin attend notre héroïne ? "La richesse de cette vie cachée - voilà ce que la surprenait le plus ! Elle n'en avait jamais eu le moindre soupçon et s'en était tenue à suivre l'interminable sentier étroit de la routine comme un voyageur qui grimpe un raidillon dans le brouillard pour se découvrir, soudain, sur un éperon rocheux noyé de soleil, entre infini de l'azur et les abîmes vertigineux des vallées. Le plus étrange, c'était que les gens autour d'elle - tout le petit monde de la pension Passy - semblait cheminer sur ce même et morne sentier, absorbés par les cailloux sous leurs pas, ignorants de la splendeur au-delà du brouillard." Elle lui écrit des lettres qui restent sans réponse. Lorsque leur chemin se croise à nouveau, elle est devenue une riche héritière tandis que lui est ruiné et sans avenir...

On retrouve ici la magnifique plume de la romancière américaine Edith Wharton. Le début  et la fin sont très rapides, abrupts comme si la narration d'une intrigue n'avait pas réellement d'importance car ce qu'elle cherche à développer c'est le sentiment amoureux. Les métaphores printanières abondent mais c'est pour mieux cacher une réalité sordide.  Elle décrit la cruauté de la vie et le bonheur reposant sur un mensonge... car Lizzie est moins naïve que prisonnière de ses sentiments. Lorsqu'elle saura la vérité sur son mariage, elle refusera de la regarder en face. T. S. Elliot, je crois, disait que les gens ne peuvent supporter trop de réalité. Dans cette nouvelle psychologique, Edith Wharton sonde l'âme d'une jeune fille enfoncée dans ses illusions. On ne peut que regretter la brièveté de cette nouvelle, qui ne permet pas de développer ce thème, mais elle a su merveilleusement et brutalement décrire le désenchantement et les désillusions de la vie...

Wharton, Les lettres, Folio 2 euros, 92 p. (extrait du recueil Le fils et autres nouvelles).

Autres romans : Xingu, Chez les heureux du monde, Le triomphe de la nuit

Lu dans le cadre du challenge Edith Warthon de Titine, site plaisir à cultiver.

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15 août 2010

La maison Victor Hugo, Paris : ISSN 2607-0006

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http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/fr/oeuvre/la-tourgue-en-1835

"En été surtout, c'était ravissant [...] le parfum des fleurs et des feuillages extrait par les fenêtres et la soirée avait lieu sur la place en même temps que dans les salons" (T. Banville, Mes souvenirs, 1882). Les arcades de la place des Vosges abritent la maison de V. Hugo où il habita pendant 16 ans de 1832 à 1848. Ouvert en 1903 sous l'impulsion de Paul Meurice, le musée Victor Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF) prend place dans un cadre bien agréable, dans l'hôtel de Rohan.

En commençant la visite, vous entrez dans l'antichambre qui est dédiée à l'enfance heureuse de l'auteur aux Feuillantines, mais c'est toute l'enfance qui est célébrée à travers des portraits de Léopoldine, ses jouets et des gravures... En continuant la visite, vous entrez dans un salon chinois qui présente un aspect tout à fait étonnant et correspond au décor de Hauteville Fairy, salon de Juliette Drouet à Guernesey. Décor foisonnant, ces gravures, porcelaines, meubles montrent le génie de décoration de V. Hugo qui chine et crée lui-même des meubles. Juliette Drouet le surnomme, dans sa correspondance, "son grand bibeloteur". Ces meubles chinées représentent une véritable curiosité et l'auteur a malicieusement inséré ses initiales et celles de Juliette dans les gravures...

Une fois la surprise passée de cette décoration, on entre encore dans un autre univers : la salle à manger d'inspiration médiévale, celle de J. Drouet, meublé à "la cathédrale" reflète le goût des romantiques pour le gothique, le Moyen-âge, l'histoire. A nouveau V. Hugo a détourné des meubles pour recréer d'autres meubles suscitant une ambiance chère à l'auteur de Notre Dame de Paris.

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http://www.musee-orsay.fr/fr/collections/catalogue-des-oeuvres/notice.html?nnumid=69586

Dans chacune des pièces, la chambre de V. Hugo, son cabinet de travail, son salon de réception, on peut découvrir les gravures, les portraits peints par des grands artistes de l'époque tels que Dévéria, Louis Boulanger, chantre du romantisme, photographies de Nadar ou peintures de Bonnat qui a immortalisé V Hugo en "patriarche" à barbe blanche. De nombreux souvenirs des proches de l'auteur  sont aussi présents, comme les manuscrits, les dessins et les portraits se rattachant à Léopoldine, à J. Drouet... Le musée V. Hugo est un véritable hommage à ce célèbre auteur du XIXeme siècle et une agréable plongée dans le passé.

Maison de Victor Hugo, Paris musée, 127 p.

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12 août 2010

Le cadavre du métropolitain de Lee Jackson : ISSN 2607-0006

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Lee Jackson nous plonge dans le Londres victorien de la fin du XIXeme siècle : l'ère victorienne a de beaux jours devant elle et sert de cadre à cette première enquête de l'inspecteur Decimus Webb. On quitte les quartiers huppés des enquêtes d'Anne Perry, pour être jeté dans la corruption et les moeurs dissolues de Clark Market et dans  l'effervescence de la révolution industrielle. Le métropolitain vient de faire son apparition et c'est dans un de ses wagons de deuxième classe qu'une jeune fille est retrouvée morte. Un témoin, Henry Cotton, s'est enfui en laissant tomber un carnet. Parallèlement à ce meurtre, on découvre la vie sordide des femmes repenties du foyer de Miss Philomena Sparrow.... Heureusement, l'impassible inspecteur Webb veille sur les Londoniens...

L'auteur nous promène agréablement entre les flaques de boues, les quartiers mal famés, pluvieux, venteux, qui dissimulent derrière son brouillard de sordides personnages,- car que serait Londres sans son fog ? - et nous décrit la faune de Londres : bonimenteurs, crieurs de journaux, femmes aux vies dissolues...  Lecteurs, vous froncez les sourcils, car où tout ceci va-t-il nous mener ? Il y a une enquête n'est-ce pas à mener et un assassin à découvrir. Cependant les courts chapitres fragmentent trop l'histoire qui se met très lentement en place, multipliant les parcours de différents personnages. Dommage aussi, le personnage de l'enquêteur est assez peu présent, et ne présente aucune caractéristique originale. L'écriture est aussi très banale, quoique sous des allures de récit du quotidien des personnages, la trame peut paraître assez romanesque... Cependant l'auteur s'entend à créer un suspense qui va crescendo et vers une fin insoupçonnable et pas des plus gaies. Le personnage le plus intéressant serait ce Henry Cotton, sorte de journaliste assez dickensien dans son projet d'écrire sur les bas-fonds de Londres car finalement l'intérêt de ce roman policier réside dans cette description du Londres des années 1850.

 Jackson, Le cadavre du metropolitain, 10/18 grand détective, 286 p.

L'avis de Lou et celui de Lilly...

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08 août 2010

Chez les heureux du monde d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

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"Lily savait qu'il n'est rien dont la société se venge plus durement que d'avoir couvert de sa protection des gens qui n'ont pas su en profiter : c'est pour avoir trahi sa complicité que le corps social punit le coupable qui se laisse prendre. Et, dans le cas présent, il n'y avait pas de doute sur l'issue"...

Edith Wharton a su délicieusement peindre la société new-yorkaise, pour l'avoir fréquentée. Elle la décrit admirablement dans Chez les heureux du monde, qui raconte la destinée de Lily Bart, jeune fille sans appui et sans argent, évoluant dans les hautes sphères de l'aristocratie New-yorkaise : elle est admirée pour sa beauté "décorative" et adulée par tous les hommes qui l'approchent. "Au-delà" - devise de Lily - des dorures, des faux-semblants et des artifices se cachent des codes impitoyables à ne pas transgresser. Les rumeurs et les médisances de sa propre classe sociale briseront sa réputation pourtant sans tache.

Il y a un peu de Proust dans cette description d'une société new-yorkaise, qui vit régentée par ses propres codes, comme la coterie des Verdurin, le côté de Guermantes... Féroce satire des arrivistes, des aristocrates, la plume sans concession et ironique d'Edith Wharton n'épargne personne, pas même son héroïne lucide mais attachée à des valeurs qui la perdront. Les splendeurs et les misères de Lily sont le reflet d'une aristocratie décadente, bientôt supplantée par une nouvelle caste. Sous les froufrous des jupes, les grandioses réceptions, les bals, les masques tombent.
Il y a un peu de Jane Austen dans la destinée de l'héroïne, qui oscille au-dessus d'un gouffre, entre argent et mariage. Tragédie sociale, Chez les heureux du monde est aussi un tragédie de l'amour. Entre le riche mariage qu'elle rêve de faire et son amour pour Selden, elle hésite mais le poids de la société et ses choix, faits en dépit des conventions, transformeront sa vie en une poignante tragédie.
Cependant l'écriture d'E. Wharton est inimitable dans sa poésie et dans sa mélancolie et on souffre, on frémit et on pleure en même temps que l'émouvante miss Bart.  On ressort de cette lecture, ébloui par la fluidité et la beauté de l'écriture de cette romancière mais aussi étreint par une grande tristesse pour le sort de l'héroïne. Un livre à lire absolument pour sa délicate peinture des moeurs américaines du début du XXeme siècle et découvrir une héroïne hors du commun...

Wharton, Chez les heureux du monde, Livre de poche, 427 p.

Autres romans : Xingu, Le triomphe de la nuit

Challenge Edith Wharton  de Titine. Lu aussi par Lilly.

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24 juillet 2010

La duchesse de Langeais de Balzac : ISSN 2607-0006

Balzac (biographie du Larousse) écrit en marge de La comédie humaine, L'histoire des XIII, qui comprend La fille aux yeux d'or, Ferragus et La duchesse de Langeais : dans ce dernier roman de quoi va-t-il nous parler ? Il a connu un drame passionnel et un échec amoureux avec la duchesse de Castries, mais le réel a été transposé en matériau littéraire dans La duchesse de Langeais. Un général recherche une femme, jusque dans un couvent en Andalousie et dès le début, il est question d'un "drame secrètement intéressant qui jamais ait fait battre un coeur d'homme" (p.61). Mais Balzac s'entend à tenir son lecteur en haleine par une narration originale en commençant par la fin, l'auteur nous entraîne ensuite, dans une analyse de toute la société parisienne pour entrer ensuite dans le vif de l'intrigue !

D'une manière à laquelle l'auteur nous a habitué, une longue digression permet à l'auteur du Père Goriot de critiquer avec virulence le Faubourg Saint-Germain, cette aristocratie qui n'a pas su se moderniser ni s'adapter. Publié en feuilleton, Balzac maintient le suspense en retardant l'intrigue principale et en donnant son point de vue politique sur la société parisienne. L'auteur donne-t-il une leçon ? Cette digression est-elle étrangère à l'histoire ? Non, l'auteur montre l'influence du milieu sur la duchesse de Langeais, produit de ce milieu déliquescent.

Justement revenons à la duchesse de Langeais  : elle est la parisienne dans toute sa dissimulation, une rouée maîtrisant les codes de sa caste, fréquentant les salons et mal mariée, et elle va chercher à séduire Montriveau, se l'attacher à elle mais sans se donner. Quant à lui, ce général de l'Empire, présenté comme un aventurier au fort caractère, il tombe pour la première fois amoureux sans connaître les usages de ce milieu. L'auteur déploie alors la peinture d'un passion exacerbée : tout chez ce romancier paraît plus grand.

Balzac, à travers des généralisations, amène la lumière aussi bien sur les salons parisiens que sur les sentiments des personnages. Certes le passage entre les différentes parties est quelque peu abrupte. Certes le ton est hyperbolique et les personnages comme dans La fille aux yeux d'or sont frappés d'excès, mais quelle passion n'est pas hyperbolique ? Si l'écriture du romancier est reconnaissable et le thème déjà présent dans son oeuvre, l'auteur a su remarquablement renouveler la peinture sociale et amoureuse de son temps.

 Balzac, La duchesse de Langeais, Livre de poche, 224 p.

Autres romans : La fille aux yeux d'or, Le père Goriot

Lecture commune avec Cess, challenge au bon roman de Praline.

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