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29 octobre 2010

Mina de Vanghel de Stendhal : ISSN 2607-0006

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Mina de Vanghel est une jeune fille riche, l'une des plus riches de la cours d'Allemagne à la mort de son père. Sa mère craignant de laisser sa fille seule la presse de se marier. Mais Mina a une imagination débridée et se fait une haute conception de l'amour :" Mina ne connaissait les cours que par les romans de son compatriote Auguste Lafontaine. Ces tableaux de l'Albane présentent souvent les amours d'une riche héritière que le hasard expose aux séductions d'un jeune colonel, aide de camp du roi, mauvaise tête et bon coeur. Cet amour, né de l'argent, faisait horreur à Mina". Pour échapper à cet amour qu'elle juge vulgaire et plat, elle décide d'aller vivre à l'étranger. Elle s'entraîne à se déguiser en homme pour s'enfuir de la cour lorsque sa mère obtient la permission d'aller en France. Là, elle croit rencontrer l'amour en la personne d'un homme marié et médiocre, Monsieur de Larçay.

"Une âme trop ardente pour se contenter du réel de la vie".

Pour trouver l'amour, Mina est prête à tout. Elle de déguise en dame de compagnie pour entrer au service de Madame de Larçay et se rapprocher de l'homme qu'elle aime et invente un plan machiavélique où les masques vont révéler l'identité de chacun. Elle n'hésite pas à manipuler les personnes autour d'elle. Ah ! Encore un trio amoureux !  Mais ici, c'est la femme qui a un caractère fort et les hommes n'ont qu'une place subalterne ou un rôle désavantageux.

Le narrateur, sur un ton détaché, usant d'ironie pour parler de son personnage, expose sa conception de l'amour. A travers le destin de Mina de Vanghel, c'est le phénomène de cristallisation que démontre Stendhal (biographie Larousse) : on invente des qualités à l'aimé, on voue un culte à un amour idéalisée... Mina de Vanghel est une très belle tragédie, sans effusion de sang, ni de sentiments, sur fond de décor romantique, ruines, clair de lune et balcon, le lac de Genève et des références à Rousseau. Et on pourrait d'ailleurs conclure sur les mots de Rousseau, cité à plusieurs reprises dans cette nouvelle, qu'il n'y a de vraiment beau que ce qui n'existe pas.

 Stendhal, Mina de Vanghel,  Bibliothèque Gallimard.

Lecture dans le cadre du challenge "Au bon roman" de Praline.

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11 septembre 2010

Hiver arctique / l'homme du lac d' Indridason : ISSN 2607-0006

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Le genre policier a souvent mauvaise presse. Est-ce seulement des romans d'énigmes, des romans à l'écriture peu recherchée ? Sont-ils tous inoffensifs comme peuvent l'être certains romans d'Agatha Christie ou de Patricia Wenworth ?  Parfois c'est le cas, d'autres fois, l'auteur y inclut des problèmes de société, des descriptions, qui sont le reflet de notre siècle. Dans Hiver arctique, l'auteur nous parle des problèmes d'intégration et de racisme envers la communauté cambodgienne implantée en Islande. Lorsque le corps d'un petit garçon cambodgien est retrouvé sans vie en bas de son immeuble, l'inspecteur Erlendur enquête pour savoir quels sont les mobiles de ce crime odieux. 

L'homme du lac renvoie à un contexte moins contemporain, avec des retours en arrière dans les années 60 où de jeunes étudiants islandais étaient envoyés à Leibzig pour étudier, séjours financés par le parti communiste. Dans un lac, qui se vide peu à peu à cause d'une faille créée par un séisme, une femme retrouve le corps d'un homme attaché à un appareil d'écoute russe. Cet objet va mettre Erlendur sur la piste d'un crime ancien lié aux agissements de la Stasi.

Ces deux romans ainsi que le premier roman d'Indridason La cité des Jarres, permettent à l'auteur de décortiquer la société islandaise contemporaine, se teintant parfois d'un arrière fond historique. Certes l'équipe d'enquêteurs autour d'Erlendur peut être qualifiée d'insipide, on a bien des difficultés à s'intéresser à la saga familiale de notre inspecteur à la limite du caricatural entre son ex-femme malveillante et sa fille toxicomane, sa solitude et ses plats surgelés. Sans consistance. L'écriture est d'ailleurs assez banale, et pourtant, l'auteur arrive à nous captiver, malgré un rythme très lent, à nous faire entrer dans ses enquêtes grâce à la peinture des moeurs de sa société : la lenteur du récit, le manque de spectaculaire ou de rebondissements invraisemblables contribuent à renforcer l'atmosphère glaciale et délétère de ce petit état insulaire que l'auteur n'hésite pas à stigmatiser...

Indridason, Hiver artique, Points, 405 p.
 Indridason, L'homme du lac, Points, 406 p.

18 juillet 2010

Crime par ascendant de Ruth Rendell : ISSN 2607-0006

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Martin Nanther décide de rédiger la biographie de son arrière grand-père, médecin ordinaire de la reine Victoria, spécialisé dans des recherches sur l'hémophilie. Lecteur, vous vous demandez certainement pourquoi et quel intérêt peut-il y avoir à écrire sur la vie d'un Victorien terne et sans histoire. Cependant, dès le début de sa collation de manuscrits et de documents, il découvre stupéfait des zones d'ombres et des éléments troublants.

Où il est question d'une lettre mystérieuse : mêlant adroitement les recherches sur la vie de son grand-père et sa vie personnelle de pair au Parlement, Martin va mener une enquête, après avoir reçu une lettre, sur un meurtre et une personnalité, vieux de plus de 150 ans, car la fille d'Henry a écrit dans cette lettre à une de ses soeur "qu'il a commis des actes monstrueux". Est-il l'assassin de sa première fiancée ? Pourquoi épouse-t-il  Edith, fille d'un avocat obscur et dans la gêne plutôt qu'Olivia, une fille richement dotée ?

Où on découvre un narrateur attachant : Narration à la première personne, Crime par ascendant met en scène un personnage principal plutôt atypique. Sous son costume guindé de pair, et ses cravates, le narrateur a une imagination débordante. Mais surtout, sous des allures de goujat, Martin reste lucide sur ses désirs, espoirs et sentiments. L'auteur arrive bien à nous décrire ses états d'âme et ses pensées contradictoires sur la paternité, à la fois égoïste et désireux de faire plaisir à sa femme qu'il adore... S'il n'est pas aussi sombre que son arrière grand-père, ses pensées ne sont pas toutes très catholiques !

Où on découvre l'époque victorienne : Difficile dans un premier temps de rentrer dans l'histoire où les noms abondent et les détails foisonnent et où on apprend en détails le système du parlement, la chambre des lords, que connaît bien son auteur pour la fréquenter. Et pourtant l'écriture minutieuse, quasi journalistique, nous entraîne à travers les très courts chapitres, dans une histoire très sombre et très mystérieuse. Jamais l'ennui ne s'installe malgré les longues descriptions. Ce n'est pas un roman historico-policier à proprement parler car l'intrigue se passe dans le monde contemporain mais de nombreuses références aux moeurs victoriennes sont souvent évoquées et comparées à la société actuelle permettant à la romancière de montrer l'évolution des moeurs et de la condition de la femme.

" Une autre élément curieux de cette affaire me vient à l'esprit. Henry devait connaître les Henderson avant de monter le coup de main de Gower street, et il n'aurait pu les connaître qu'en menant des recherches à leur sujet. A-t-il eu recours  à une agence de détectives privés ? A un personnage similaire à Sherlock Holmes ? J'ai en tête l'image relativement sinistre, très victorienne, un personnage tout droit sorti de Wilkie Collins, suivant Samuel, surveillant sa maison, liant conversation avec le vieux M. Quendon quand il sortait pour son "petit tour", reluquant les jeunes filles depuis le pas de porte d'une boutique. Mais pourquoi ? dans quel but ? "(p. 241) Enquête bien agencée, elle ne manque ni de références littéraires, ni d'humour, ni de suspense car chaque chapitre accumule son lot de surprises et de questions, de découvertes et la vérité éclate encore plus sinistre qu'on ne le croit ! Ruth Rendell a su remarquablement bien mêler vie intime et contemporaine du narrateur, ses doutes et ses interrogations sur sa vie familiale, et une terrible enquête d'un "crime" odieux se déroulant sous l'ère victorienne. Une enquête captivante...

Rendel, Crime par ascendant, Livre de poche, 510 p.
Merci à Bob et à Livre de poche pour ce partenariat.

11 juillet 2010

Série Z de J. M. Erre : ISSN 2607-0006

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"Plus il ne paye pas de mine, moins il n'est pas coupable". Lecteurs, regardez-vous des films de Série Z ? C'est le cas de Félix Zac, anti-héros de série Z de J.M. ERRE, qui maîtrise sur le bout des doigts, Retour des tomates tueuses, L'attaque des sangsue géantes, des clowns tueurs de l'espace, Les rats de l'Apocalypse...

Félix, trentenaire, ayant une femme, une fille,  écrit des scénarios de films inachevés où des septuplés se clonent pour monter une équipe de foot ou bien un détective narcoleptique enquête tout en dormant 20 heures par jour... Situation très banale me diriez-vous ! Cependant, le dernier scénario, qui a pour titre l'Hospice de l'angoisse, a été repéré par Boudini, un réalisateur-boucher. Félix, l'artiste maudit, va-t-il enfin réaliser son rêve ?

Ainsi les héros de son film sont des acteurs retraités ayant la fâcheuse manie de disparaître. Enlèvement par extraterrestre ? Diminution de taille ? Invisibilité ?
Vous l'avez compris : ce livre parle de série Z, défini par l'auteur lui-même : "Au cinéma on désigne sous le nom de série Z une catégorie de films moqués pour leur budget insignifiant, leur médiocrité technique et leur pauvreté artistique. " Mais Félix n'écrit pas seulement des intrigues de films "bis", il tient un blog et devient enquêteur malgré lui lorsque la réalité rejoint la fiction et que de véritables disparitions ont lieu dans la Niche Saint Luc, une maison de retraite d'acteurs de série Z. Commence alors une enquête délirante...
Difficile de ne pas rire devant cette parodie de blog, de scénario de film Z et la caricature de la vieillesse. Clins d'oeil, jeux de mots, l'auteur use allégrement  d'humour noir et d'humour potache... Série Z est aussi une parodie de romans policiers. Divertissant ? Distrayant ? Non, complètement hilarant et J.M. Erre, par de nombreux rebondissements et par ce livre peu sérieux, voire irrévérencieux, sait nous faire rire jusqu'à la dernière page ! Cependant, à lire à petite dose pour ne pas faire de cauchemars sur les dentiers, charentaises, pacemaker et déambulateurs, accessoires indispensables de la Niche Saint Luc !

Erre, Série Z, Buchet et Chastel, 366 p.

Lu par Lou...

19 mai 2010

Lambeaux de Charles Juliet : ISSN 2607-0006

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Charles Juliet met à nu son coeur dans Lambeaux. Ce sont des lambeaux de son coeur mais aussi celui de sa mère qu'il expose dans ce récit autobiographique original. Adressée comme une lettre à sa mère, employant le tutoiement pour s'adresser à celle qu'il n'a jamais connue, Charles Juliet  lui donne la parole, livre les pensées d'une femme courageuse, à la destinée malheureuse. Il fait exister les idées, les souffrances de cette femme, qui est écartelée entre ses origines paysannes et son amour des livres qu'elle ne pourra pas assouvir...
Comme un cri de douleur, il fait ensuite parler son moi enfant, puis adolescent, qui considère la vie comme une "fissure". Un nouveau portrait de femme se dessine dans son enfance, celui de sa mère adoptive.

Cette biographie sombre, très sombre, rend hommage à deux femmes. La célébration de ces femmes se double d'une célébration de la nature, très délicate et poétique : "En haut de la fenêtre, sur la pellicule de glace qui couvre les vitres, tut te plais à voir briller ces fine paillettes or qu'avivent les dernières étoiles. Tu rêves, songes à ce que sera ta vie, cherches à imaginer ce monde dont tu souffre de ne rien savoir" ou " ce dimanche de ciel clair. Cette lumière pâle, veloutée, et tous ces ocres, ces bruns, ces rouges, ces oranges et ces mauves épandus sur les arbres. Mais la mélancolique beauté de cette campagne ajoute à ta souffrance". A la beauté des lieux et de la vie intérieure, s'opposent la jalousie et la mesquinerie des ignorants et la brutalité du destin. Mais comme toute autobiographie d'écrivain, l'auteur aborde sa naissance à l'écriture, qui est comme une renaissance ouvrant une page d'espoir. Un autobiographie sombre et poétique qui donne la parole aux oubliés de la vie...

"Lorsqu'elles se lèvent en toi, que tu leur parles, tu vois s'avancer à leur suite la cohortes des bâillonnés, des mutiques, des exilés des mots

ceux et celles qui ne se sont jamais remis de leur enfance

ceux et celles qui s'acharnent à se punir de n'avoir pas été aimés

ceux et celle qui crèvent de se mépriser et de se haïr

ceux et celle qui n'ont jamais pu parler parce qu'ils n'ont jamais été écoutés

ceux et celles qui ont été gravement humiliés et portent au flanc une plaie ouverte

ceux et celles qui étouffent de ces mots rentrés et pourrissant dans leur gorge

ceux et celles qui n'ont jamais pu surmonter une fondamentale détresse".

Autobiographie lue dans le cadre du challenge de Bev.
 Juliet , Lambeaux, Folioplus classiques, 113 p.

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21 avril 2010

Carmen de Mérimée : ISSN 2607-0006

 

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Carmen, Mérimée, Folio, 154 p.

Tout commence comme dans La Vénus d'Ile, du même auteur ( Biographie ici), excepté le cadre : un archéologue, en Andalousie, sur les traces des batailles de César, rencontre par hasard, un étranger. A la vue de l'agitation de son guide, il s'interroge : est-ce un contebandier ? Un voleur ? Serait-ce le fameux Don José Maria que tout le monde recherche ? Nos deux voyageurs décident d'aller se reposer dans une auberge, mais à la faveur de la nuit, le guide qui a reconnu le célèbre brigand, décide de le dénoncer aux autorités. Quant au narrateur, il sauvera cet homme. Il continue son pélerinage jusqu'au moment où sa route croise la flamboyante Carmen et de nouveau, Don José... Mais lorsqu'ils se retrouveront, Don José doit être exécuté : quels événement ont pu amener ce fatal dénouement ? Il conte alors sa vie...

Deux narrateurs se succèdent dans cette nouvelle pour nous conter leur rencontre avec l'ensorcelante Carmen, la bohémienne. La narration faite par un érudit et dandy est extrêment bien menée et l'intérêt de Mérimée pour le peuple gitan l'amène même à faire une petite étude de leur langue en fin de nouvelle. Carmen est aussi un croisement de multiples références littéraires comme le Cid ou Dom Juan, héros de la terre d'Espagne, dont Carmen garde les traces. On apprécie aussi le pittoresque de la nouvelle, avec tout un lexique espagnol, qui crée une couleur locale, et l'illustration de la passion diabolique et tragique à travers le personnage de Carmen. Un sombre mythe agréable à lire à redécouvrir...

.Mais écoutons plutôt Adrien Goetz qui a écrit une longue et belle préface  à cette nouvelle et qui a analysé ce mythe : "Carmen est devenue un monument : on a restauré aujourd'hui la manufacture de tabacs de Séville "comme elle était au temps de Carmen" et les inspecteurs des Monuments historiques ne trouveraient rien à redire à cette impeccable réalité d'un bâtiment qui ressemble à celui de la fiction. Carmen forgée de toutes pièces à partir de tout ce quipouvait renouveler la mode espagnole en 1845, est devenue un mythe universel, sans lieu, ni date. Gautier avait repris le thème dans Emaux et camées : " Carmen est maigre, - un trait de bistre/cerne son oeil de gitana" pour comparer, à la fin de son poème, sa "moricaude" à la bouche riante " qui prend sa pourpre au sang des coeurs", comme un vampire, à une Venus Anadyomène. [...] Dès lors, tout était dit et le personnage prit son essor, jusqu'à faire oublier la force contenue dans les quelques pages de Mérimée". [...] Carmen, que Mérimée avai voulue en marge des espagnolades de son temps, devient aussi peu espagnole que possible : elle rejoint don Juan, dont on oublie facilement l'hispagnisme originel, parmi les granges incarnations de la séduction, de la fatalité, de la mort."

19 avril 2010

Quand souffle le vent du Nord de Galttauer : ISSN 2607-0006

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"Un message anodin peut-il bouleverser votre vie ? Leo Leike reçoit par erreur un mail d'une inconnue, Emmi Rothner. Poliment, il le lui signale. Elle s'excuse et, peu à peu, un dialogue s'engage, une relation se noue. Au fil des mails, ils éprouvent l'un pour l'autre un intérêt grandissant.
Léo écrit : "Vous êtes comme une deuxième voix en moi qui m'accompagne au quotidien"
Emmi admet : Quand vous ne m'écrivez pas pendant trois jours, je ressens un manque".
Emmi est mariée, Léo se remet à grand-peine d'un chagrin d'amour. De plus en plus attirés l'un par l'autre, Emmi et Léo repoussent néanmoins le moment de la fatidique rencontre..." (quatrième de couverture).

Un roman entièrement par mails ? Voici une forme prometteuse, renouvelant le roman épistolaire... Et ce long récit, qui se lit très rapidement, est effectivement, simple, pétillant, plein de fraîcheur. Pas de retard de lettres, pas de missives perdues, les échanges s'enchaînent jusqu'au moment où nos deux héros, qui ne se sont jamais vus, commencent à ressentir des sentiments dépassant un simple échange... Sont-ils amoureux ? Vont-ils se rencontrer ? Où va les mener ce jeu de séduction ?

Mais qui sont Emmi et Léo ? Tout d'abord mystérieux, les personnages vont peu à peu sombrer dans la séduction. Leurs tergiversions, et surtout le personnage d'Emmi, mariée, mais séductrice sont vraiment horripilants. Elle, qui semble, louer son couple, ne semble le dire que pour s'en convaincre. Cachée derrière son écran, elle manipule même sa meilleure amie. Leurs paroles semblent parfois stériles comme s'ils en pressentaient la fin : le jeu, devient plus sérieux, et un drame se noue. On ne joue pas impunément avec les mots, ni avec les sentiments des autres. Convaincant par la forme, ce roman manque de romanesque ou d'un "je ne sais quoi" qui rendrait les personnages vraiment attachants ou plus consistants. Un livre léger dont la forme est une véritable prouesse et dont la fin est de tout de même à découvrir...

 Galttauer, Quand souffle le vent du Nord, Grasset, 348 p.

Livre voyageur de Keisha : merci (vous trouverez d'autres liens sur son site et la référence d'un ouvrage, qui repose sur le même procédé, que j'ai beaucoup apprécié,  et que je promets de lire : L'imposture, d'Anne Gallet et Isabelle Flaten, publié aux éditions La dernière goutte). Il voyage maintenant jusque chez Choco. Roman chroniqué par Cahtulu, Mango, celmoon,Cuné, Stéphie...

15 mai 2010

Les travailleurs de la mer de V. Hugo : ISSN 2607-0006

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Premier roman de l'exil de V. Hugo ( une exposition virtuelle est consacrée à Victor Hugo sur le site de la BNF), depuis le 2 décembre 1851, Les travailleurs de la mer est un récit peu romanesque, mais une oeuvre foisonnante, étrange, à la limite de la démesure baroque.

Quatrième de couverture :

" Pour pouvoir reconstruire un nouveau bateau à vapeur après le naufrage de la Durande, il faut sauver la précieuse machine du navire dont le constructeur est mort. Donc qu'un homme seule, matelot, mais aussi forgeron, ait l'audace de risquer plusieurs jours jusqu'aux rochers de Douvres où repose l'épave - et d'affronter la mer. L'homme qui accepterait ce péril serait plus qu'un héros. "Je l'épouserais" dit Déruchette, la nièce de l'armateur. Et parce qu'il s'est épris de la jeune fille, Gilliatt va tenter l'entreprise.
Mais suffit-il d'une idylle pour construire un roman d'amour ? celui-ci en tout cas ne saurait bien finir, car le coeur humain dit Hugo, est une "fatalité intérieure". Les travailleurs de la mer, dont l'action se déroule dans l'archipel de la Manche, sont d'ailleurs aussi bien un roman d'aventures, à l'époque de la machine et de la révolution industrielle, que la fable épique d'un homme seul face aux éléments. Et bien avant de le faire paraître en 1866, Hugo n'avait pas sans raison choisi de l'intituler L'Abîme.

"Se faire servir par l'obstacle est un grand pas vers le triomphe" :

Cette quatrième de couverture annonce le ton, ce roman "marin" est aussi un témoignage de la vie de l'époque, doublé d'un roman d'amour. Les chapitres sont courts mais très disparates. L'histoire ressemble à un assemblage de morceaux de bravoure. Ne cherchez pas la vraisemblance, lecteur, vous entrez dans l'étrange univers des travailleurs de la mer.  La lecture de ce long roman est malaisée car V. Hugo, entrecoupe son récit de digressions à l'infini, emboitant des emboitements : il suffit de regarder la structure du roman labyrinthique : chaque "livre" est subdivisé en "partie", elle-même découpée en chapitres. Certains passages portent sur la langue, Il mêle les expressions latines et les expressions locales guernesiaises, tel que "veuvier" à la place de "veuf". A peine lu, on se souvient à peine de la moitié des détails et du vocabulaire. Les passages historiques, font place à des descriptions géographiques ou techniques.

L'écriture se révèle d'autant plus complexe que les références bibliques, historiques se multiplient et qu'une écriture de la formule côtoie des phrases amples... On perçoit d'ailleurs l'écriture du poète dans des rythmes binaires. Tel un nouveau Homère, Hugo multiplie les catalogues  comme celui des écueils, puis celui des vents etc... Il ne faut pas moins de dix pages pour raconter le naufrage de la Durande, ou les écueils : " Pour ceux qui, par les hasards des voyages, peuvent être condamnés à l'habitation temporaire d'un écueil dans l'Océan, la forme de l'écueil n'est point chose différente. Il y a l'écueil pyramide, une cime unique hors de l'eau ; il y a l'écueil cercle, quelque chose comme un rond de grosse pierres ; il y a l'écueil corridor. L'écueil corridor est le plus inquiétant"... (p. 390).

Roman foisonnant, les personnages se croisent dans ce sombre univers : Contrebandiers, homme honnête comme Clubin, qui se révèle être, en fait, un génie du mal, Mess Lethierry, sa fille Déruchette et Gilliat... Pour l'amour de cette fille, Gillliat accepte, après le naufrage de la Durande, d'aller chercher le moteur de ce bateau à vapeur. Coiffé de son bonnet de galérien, il devra affronter une tempête, une pieuvre, la faim, la soif pour finalement se sacrifier, car la beauté chez le héros romantique est intérieure. Mais, l'auteur développe aussi l'esthétique du laid avec la description de la pieuvre, faisant ainsi se côtoyer le grotesque et le sublime.

L'intrigue est hautement symbolique et Hugo laisse percevoir son anticléricalisme, et son goût pour le progrès, incarné par la Durande. Ce livre singulier est à lire lentement, prenez votre souffle avant d'entrer dans l'univers particulier des Travailleurs de la mer... Ce livre devait être intitulé" L'abîme" : "Gillliat avait un abîme, Déruchette". Abîme de la mer qui engloutit les hommes, l'abîme du mal incarné par Clubin mais aussi abîme du lecteur qui se perd dans la complexité narrative, les retours en arrière et les multiples sujets !

Cette édition contient de belles esquisses de V. Hugo, en adéquation avec l'atmosphère assez sombre du roman...Lire d'une traite ce roman est une gageure, tant il est foisonnant et je n'ai d'ailleurs pas lu L'archipel de la Manche, l'introduction à l'oeuvre. La lecture est assez pénible mais j'ai tout de même apprécié cette oeuvre atypique.

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Hugo, Les travailleurs de la mer, Livre de poche, 668 p.

Autre oeuvre de l'auteur : Ruy Blas

Lu dans le cadre d'une lecture commune avec Choupynette (son billet est ici)

14 avril 2010

Bravoure d'Emmanuel Carrère : ISSN 2607-0006

Sur l'impulsion de "découvrons un auteur" de Pimprenelle, nous pouvions, pour le mois d'avril, lire les romans d'Emmanuel Carrère. N'ayant jamais lu de livres de cet auteur et ayant fait l'acquisition récente, au salon du livre de Bravoure, je me suis donc lancée dans l'aventure.

Quelques mots sur l'auteur (biographie édition folio): " Emmanuel Carrère est né en 1957. D'abord journaliste, il a publié un essai sur le cinéaste Werner Herzog en 1982, puis L'ami du jaguar, Bravoure (Prix passion 1984, prix de la Vocation en 1895), Le détroit de Béring, essai sur l'Histoire imaginaire (prix Valérie Larbaud et Grand prix de la science fiction française 1987), Hors d'atteinte ? et une biographie du romancier Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts. Il a aussi signé La classe de neige, prix Fémina 1995, porté à l'écran par Claude Miller, de même que L'adversaire adapté par Nicolas Garcia. En 2003, il réalise un documentaire, Retour à Kotelnitch, et adapte lui-même en 2004, La moustache coécrit avec Jérome Beaujour, et interprété par Vincent London et Emmanuelle Devos. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de langues."

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Bravoure a pour point de départ une anecdote autour de la création de Frankenstein de Mary Shelley : chacun des auteurs présents en 1816, près du Lac Léman, devait écrire une histoire de spectres : Byron et P. Shelley, ont très vite abandonné, le docteur Polidori ainsi que Mary Shelley (biographie ici) ont terminé leur récit mais seul celui de Mary Shelley passera à la postérité.

Celui de Polidori fait l'objet d'une étrange controverse autour du véritable auteur : il a été publié sous le nom de Lord Byron. C'est cet aspect que développe l'auteur : le début du roman est extrêmement mystérieux, on découvre un personnages tourmenté, malade, en proie au laudanum. Polidori, après avoir été le secrétaire et médecin de Lord Byron va peu à peu sombrer dans la déchéance et la folie, après de nombreux échecs et humiliations diverses. Soudain, la narration est prise en compte par un certain capitaine Walton, dans une époque récente, - Walton est le nom d'un des personnages de fiction de Shelley - qui réécrit Frankeinstein, en gardant les personnages mais en changeant les événements : Victor Frankeinstein, nom d'emprunt, d'un savant épousera bien Elizabeth dans cette version mais malade, elle est tuée puis ressuscitée par son mari. Cette dernière devient diabolique et tue des personnages de son entourage pour les rendre similaires à elle. Ils vont ainsi former une famille de morts-vivants décidée à remplacer la race humaine.... Suivront aussi l'histoire de Ann, contemporaine de celle du capitaine Walthon et la véritable histoire de Mary Shelley.

Vous l'avez compris, cher lecteur, cette histoire mêle plusieurs genres et imbrique plusieurs intrigues, à tel point que la confusion se crée autour de l'identité des personnages. On apprécie les anecdotes autour de la vie des personnalités littéraires comme Byron, les Shelley... et le style pastichant celui de Mary Shelley : on se retrouve plongé littéralement dans un nouveau Frankeinstein. Mais où s'arrête la fiction ? Où commence la vérité historique ? Quelle est la part de rêve dans ce roman où personne n'est celui qu'on croit et où chacun est en proie à des cauchemars ? Si certaines parties du récit paraissent confuses, j'ai quand même apprécié l'intrigue bâtie comme une énigme littéraire et la création romancée du Frankeinstein de Shelley... Une découverte déconcertante mais qui me donne envie de découvrir d'autres romans du même auteur...

Les autres participantes sont : pimprenelle, Moka, stéphie, Evertkhorus, vanounyme, lili, Penny Lane, Calypso, Mirontaine, Lou, Cynthia, Caro, PrsPepys, Marie L, géraldine, Lasardine, Clara , Djak, Lancelau, Zorane, Cacahuète, Aurore

Carrère, Bravoure, Folio, 369 p.

30 avril 2010

LE SWAP : "THE PORTRAIT OF LADY" : ISSN 2607-0006

Il y a un mois, commençait la grande aventure du swap The portrait of the lady, organisé par Lou et Titine, nouvelle aventure pour moi, puisque c'est mon premier swap ! Des romancières anglaises, l'ère victorienne et des héroïnes anglo-saxonnes... Comment résister ?
Quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant mon colis : tout est furieusement esthétique, tout est so british et tout est terriblement raffiné ! Jugez et admirez par vous-même ! Et tout cela m'a été envoyé par ma charmante swappeuse, grande connaisseuse de l'art and kraft  : TITINE  ! (tous les titres en gras et entre guillemets sont de mon adorable swappeuse !)
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  • Et premier clin d'oeil aux amoureuses de Darcy, pour le séduire, voici une carte "english Georgian dress".
  • "London calling" : ce carnet, aux couleurs de l'Angleterre, magnifique, ne me quitte plus, je suis aussi amoureuse de lui !
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  • "Have a break" : des produits Gardener et un mug "Ophélie de Millet" .
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  • " Et un de plus" : je n'avais pas ce Wilkie dans ma PAL, mais heureusement Titine a comblé cette lacune... Seule contre la loi, la quatrième de couverture me semble augurer une lecture passionnante et je ne peux m'empêcher d'en écrire un extrait : " Thriller labyrinthique, âpre réflexion sur les faux-semblants, vibrant portrait d'une héroïne libre et intraitable, Seule contre la loi passe pour le premier roman policier dont le détective est une femme". Je n'ai qu'une envie, c'est de me jeter dessus et de commencer à le lire...

  • "Pour m'accompagner dans mes lectures" : le véritable marque-page en cuir "The Jane Austen Centre". Je l'adore et je crois que toutes les admiratrices de Jane vont être jalouses... Je ne le quitte plus !

  • "Un bijou trop peu connu" : Drôle de temps pour un mariage de Julia Strachey, un auteur que je ne connais pas et que je vais me faire un plaisir de découvrir...

  • "De la méchanceté, de l'ironie, de l'humour" : Lady Susan de Jane Austen (seule ombre du tableau, par ma faute, je l'ai déjà lu et je m'en excuse, car j'ai peut-être mal rempli mon questionnaire...).
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  • My dear Titine,

Je t'écris ces quelques mots fortement émue et terriblement ravie : tous les objets sont élégants et magnifiques ! Comme tu le sais, j'adore chaque objet et ce swap a été merveilleux pour moi... Vive les romancières victoriennes ! Vive la lady que tu es !
J'ai été émerveillée et admirative, à chaque ouverture de paquets et à chaque découverte du contenu so british ! Maintenant, le marque-page m'accompagne effectivement dans chacune de mes lectures (j'ai déjà commencé une collection !) et le carnet a trouvé sa place dans mon sac (il ne me quitte plus).  J'ai évidemment essayé mes produits de beauté Gardener, doux et embaumants, et j'espère pouvoir bientôt commencer la lecture des romans : voici des livres qui me promettent de belles soirées ! Quant à la carte postale, elle a déjà trouvé sa place sur les murs de mon appartement...
En espérant que ma swapée Romanza soit tout aussi contente...

Je te remercie vivement et sincèrement de m'avoir fait participer à ce swap, ainsi que Lou, notre co-organisatrice...
Merci à toutes les deux. Merci Titine, et à bientôt pour des lectures communes et pour continuer l'exploration délicieuse du monde des romancières et des aventurières victoriennes...
Victoriennement votre, Maggie

 

21 février 2010

Le secret de Noël d'Anne Perry : ISSN 2607-0006

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Tout nouvellement pasteur, Dominic Corde et sa femme Clarisse arrivent à Cottisham où Mr Winter, le pasteur de ce petit village, est parti pour un mois de vacances. Sur les lieux, les jeunes mariés découvrent un beau site et des gens tout à fait charmants. Nos deux amoureux vivent particulièrement heureux jusqu'au moment où Clarisse fait une macabre découverte dans la cave du presbytère...

Autant vous dire que je ne m'étendrai pas beaucoup sur un livre qui m'a ennuyée, peut-être dû à ma récente découverte enthousiaste de W. Collins, qui rend, en comparaison, ce roman policier très fade et que j'ai failli abandonner en cours de route. Nos deux jeunes héros n'ont aucune envergure et n'ont pas l'étoffe de grands détectives tels que Holmes ou Poirot. Ils n'ont pas non plus le charme piquant et irrévérencieux du couple Pitt. Les personnages secondaires brossés à grands traits sont tout aussi falots. La mise en place de l'intrigue est des plus lentes et des plus simples. Il ne se passe quasiment rien pendant 150 pages, à part les considérations de la parfaite ménagère qu'est Clarisse. Le dénouement est rapidement expédié dans les dix dernières pages... Je crois surtout que les sentiments mièvres de notre jeune couple m'ont agacée ou alors les bons sentiments qu'ils éprouvent pendant une période telle que Noël. Bref, ce n'est pas le meilleur roman d'Anne Perry et j'ai de beaucoup préféré Resurrection row ou Le cadavre de Bluegate Fields...

Vous trouverez un autre avis sur le site de Lou.

 Perry, Le secret de Noël, 10/18, Grands détectives,  188p.

 

24 avril 2010

Le triomphe de la nuit, vol. 1 d'Edith Wharton : ISSN 2607-0006

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Quelle belle découverte ! Le triomphe de la nuit est un magnifique recueil de nouvelles, qui nous entraîne dans l'univers des "ghosts stories" anglaises. Ce recueil regroupe cinq nouvelles très diverses " La cloche de la femme de chambre", "Les yeux", "plus tard", "Kerfol", "Le triomphe de la nuit" et je n'en aborderai que deux pour vous laisser découvrir seuls, tout le charme de ces histoires :

1. La cloche de la femme de chambre : Alice Harthey est une jeune femme, en convalescence, recherchant une place de femme de chambre. On lui propose de travailler au service de Mrs Brimpton mais dès le premier jour, elle pense apercevoir un femme pâle, qui serait l'ancienne femme de chambre décédée. Pourquoi ferme-t-on toujours la porte de cette dernière à clef ? Quel est le rôle de Ranford, le jeune et avenant voisin ? Alice, a-t-elle l'esprit dérangée ? Pourquoi sa maîtresse refuse d'utiliser la sonnette qui est dans sa chambre ? Au fil des pages, le mystère ne cesse de s'épaissir...

2. " Kerfol" : En Bretagne, le narrateur décide de visiter "Kerfol", une demeure médiévale, isolée, entourée de silence, qu'il souhaite acheter. Lorsqu'il arrive devant cet impressionnant château, il n'aperçoit que des chiens : on lui explique qu'il n'a vu que des fantômes de chiens. Le narrateur se plonge alors dans la lecture de l'étrange histoire des anciens seigneurs des lieux, restée dans les annales judiciaires : Yves de Cornault épouse, en second mariage, une jeune fille, Anne de Barrigan dont il s'éprend passionnément. Lorsque Yves de Cornault est retrouvé mort dans les escaliers de son château, les accusations se portent aussitôt sur sa jeune femme. Qui l'a tué ? Commence alors le récit étrange de son procès...

Lecteurs, si vous avez lu et aimé Henry James, si vous aimez l'écriture du non-dit, vous admirerez la prose d'Edith Wharton qui a su, avec ses nouvelles fantastiques nous plonger au coeur d'intrigues savamment construites pour créer l'attente, le doute, parfois l'horreur, enrobées dans une ambiance mystérieuse. Chaque nouvelle est extrêmement singulière, n'usant jamais de la même narration : le narrateur est parfois un observateur, parfois un personnage du drame ; les scènes se déroulent aussi bien en Amérique qu'en France ou en Angleterre... Edith Wharton réussit à susciter des atmosphères angoissantes, à créer du suspense et maîtrise l'art de la suggestion. Comme chez James, le fantôme est moins un signe de surnaturel, qu'une incarnation "morale", symbolisant la culpabilité, la trahison... tout en laissant, dans les récits, une part d'ombre et de nuit. Une très belle réussite du genre !

 Wharton, Le triomphe de la nuit, Edition Joelle Losfeld, 182 p.

Challenge Edith Warthon de Titine. Liens vers d'autres avis, Lou et lilly...

26 mars 2010

Orgueil et préjugés adapté par Andrew Davies : ISSN 2607-0006

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On ne peut que louer et adorer la version BBC d'Orgueil et préjugés, qui reproduit parfaitement le livre d'Austen ( biographie ici). Les cinq filles Bennet sont en âge de se marier. Voici de quoi laisser libre cours à l'imagination romanesque et ironique de Jane Austen. D'abord déçue par une Lizzy un peu trop souriante et effacée, j'ai été rapidement entraînée par l'ironie des dialogues et par la description caustique de la haute société : lorsque Darcy et son ami Bingley, présentés comme des riches partis, arrivent dans un bal, chacun s'exclame sur leur belle prestance mais une femme demande : "serait-il aussi  beau s'il était moins riche ?"
Surtout la première rencontre entre Mrs Bennet et Darcy est tout à fait amusante : elle lui demande s'il veut danser avec Elizabeth et jacasse tant que lorsqu'elle relève la tête, Darcy a déjà fui devant cette femme bruyante et babillarde ! Forcément, elle en conçoit beaucoup de préjugés contre cet homme orgueilleux.

La reconstitution est remarquable : les intérieurs, l'élégance des bals sont très esthétiques. Véritablement fidèle dans la peinture des personnages, lorsque l'on voit le flagorneur Collins ou les gloussantes soeurs Bennet, on ne peut que s'écrier : Ah ! c'est exactement le personnage créé par Jane Austen ! Et que dire de Darcy ? Beau, suffisant, arrogant puis passionné et amoureux. Colin Firth incarne superbement Darcy.
C'est le livre fait film ! Une véritable merveille ! Une somptueuse reconstitution de la société du XIXeme britannique à voir, absolument !

Autre adaptation : Wrigth, Orgueil et préjugés

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8 mars 2010

La souris bleue de Kate Atkinson : ISSN 2607-0006

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La souris bleue de Kate Athinkson, Livre de poche, 412 p.

chapitre 1 : Où on découvre la vie mouvementée de la famille Land. Cette famille comprend un père mathématicien, complètement absent, une mère, qui fait "tout par devoir, rien par amour", entourée de quatre filles, Amélia, Sylvia, Julia et Olivia, bouillonnantes de vie, au grand désespoir de leur mère ! Dans le lot, Olivia "fille de lumière", toujours accompagnée de sa souris bleue, sort du lot par sa beauté et sa mignardise. Un soir, où l'aînée et Olivia obtiennent la permission de dormir dehors, dans une petite tente, la petite dernière disparaît. Trente cinq ans de recherche n'ont pas permis de la retrouver.

Chapitre 2 : Où on découvre l'amour absolu d'un père pour sa fille. Théo, avocat, élève seul ses deux filles. Il est très proche de sa fille Laura qu'il adore et pour mieux la protéger des dangers extérieurs, il lui propose de faire un stage dans son cabinet : pour le premier jour de stage de sa fille, il est absent, et c'est ce jour-là que choisi un fou dangereux pour la tuer !

Chapitre 3 : Où on découvre la vie de Michèle. Michèle est une jeune mère, qui recherche la perfection dans sa vie. Pour pouvoir être une parfait épouse, elle s'occupe de sa fille, jardine, cuisine... jusqu'où jour où elle tue son mari à coups de hache dans un accès de désespoir.

Chapitre 4 : Où apparaît un détective privé... Jackson Brodie, ancien militaire et ancien inspecteur de police est devenu détective privé : il est chargé de trouver des chats, de surveiller une jeune hôtesse de l'air suspectée par son mari d'être infidèle... et est appelé par Amélia Land pour retrouver sa soeur Olivia. En effet, celle-ci, à la mort de son père, a retrouvé la fameuse souris bleue dans les tiroirs du bureau de son père... Que faisait le jouet d'Olivia dans le bureau de leur père ? Comme si cela ne suffisait pas, Théo Wyre fait aussi appel à lui, pour retrouver l'assassin de sa fille. Surgit aussi soudainement dans sa vie, la soeur de Michèle qui recherche l'enfant de cette dernière... Jackson se lancent alors dans une triple enquête pleine de rebondissements extravagants...

Avec causticité et humour, Atkinson nous plonge dans l'univers bouillonnant de vie de tous ses personnages, qui sont tous attachants et haut en couleur. Ce roman foisonne de détails et de vie, et on suit avec ravissement l'enquête de Jackson qui réserve bien des surprises. On retrouve avec plaisir des références et l'imaginaire de la littérature victorienne : Victor Land se représentait sa mère dépressive comme une folle typiquement victorienne, chemise de nuit blanche et échevelée, hantant les couloirs de sa maison tandis qu'Amélia la prude voudrait vivre dans l'univers des romans de James et est une lectrice d'Edith Wharton.  Mais le roman comporte aussi à côté de situations cocasses, invraisemblables, des aspects très sombres. Y sont aussi abordés nombres de sujets de la société contemporaine tels que les relations familiales...
Le ton est décapant ! L'auteur sait nous captiver grâce à ce roman enlevé, à la fois cinglante étude de moeurs et remarquable enquête policière.

11 avril 2010

Le chateau Miromesnil de Maupassant : ISSN 2607-0006

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Le château Miromesnil, où naquit Maupassant ( biographie ici), allie admirablement différents styles : la façade sud est de style Henri IV, très sobre à dominante rouge, brique de Varengeville et grise, pour les ardoises. Deux tours défensives ont remplacé d'anciennes  fortifications. La façade Nord présente un style Louis XIII monumental, réaménagé au XIXeme siècle : elle est ornée de masques, de guirlandes et de pilastres. Les pièces sont vraiment admirables avec des ambiances XIXeme siècle, tapisserie à fleurs, gravures avec des femmes en tenue d'époque, un piano ayant appartenu à Laure de Maupassant et des meubles Louis XVI...

Maupassant naquit donc dans l'une des tourelles, et tous ses romans sont imprégnés de cette Normandie natale : Boule de suif, son premier succès se déroule à Tôte. On peut voir, dans ce château, quelques souvenirs rattachés à cet écrivain comme une lettre adressée à Flaubert ou son acte de naissance. Mais ce lieu est riche historiquement puisque, ici, a aussi habité le marquis Armand Thomas de Hue, juriste, homme humaniste, qui supprimera notamment la question préalable. Ses appartements contiennent de magnifiques objets tels qu'une boîte à secret en ivoire, ses livres...

Non loin du château se trouve une petite chapelle, très sobre extérieurement mais qui renferme de très beaux vitraux, jaune d'argent du XVIeme siècle. Autour du château, se déploie un magnifique parc, dominé par un cèdre du Liban, des magnolias et des rosiers et un jardin botanique "mix border" (pour les anglophiles amoureux de la nature... ),

Dommage que ce lieu ne soit lié qu'à la naissance de Maupassant, donc il n'y a que peu de souvenirs sur l'auteur. La visite fut tout de même extrêmement agréable. A visiter pour tous ceux qui aiment l'esthétique XIXeme siècle et les ambiances bucoliques...

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J'ai acheté ce livre Choses et autres de Maupassant en souvenir...

23 mars 2010

Jane Eyre adapté par Franco Zeffirelli : ISSN 2607-0006

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Un film de Franco Zeffirelli, avec Charlotte Gainsbourg, William Hurt...

Sans avoir lu l'oeuvre de Charlotte Brontë, j'avais vu la Jane Eyre de Robert Young dont je garde un bon souvenir, un film classique et honnête, et je viens de découvrir celle de Franco Zeffirelli qui m'a complètement fascinée. Quelle belle, émouvante et passionnante histoire ! Tout commence avec l'enfance malheureuse de Jane Eyre, dans une atmosphère triste et tourmentée, où les enfants de l'orphelinat Lodwood sont humiliés, battus et malheureux. Mais déjà Jane Eyre apparaît comme une enfant douée pour le dessin et courageuse, avec un caractère bien trempé. Lorsqu'elle obtient la place de gouvernante dans le château de Rochester, sa vie est complètement bouleversée par la rencontre de cet homme violent et irritable. Qu'est-ce qui a pu briser la vie de cet homme ?

Ce film est tout simplement fascinant. Les paysages enneigés, automnales ou printaniers, de la campagne anglaise sont merveilleux et la première vision du château de Rochester est spectaculaire : il est immense, sombre, un peu délabré, à la manière des manoirs gothiques hantant la littérature britannique du XIXeme siècle. Les reconstitutions de décors, les costumes sont admirables, et nous projettent au côté de la sombre et mince silhouette de Jane Eyre.

Rochester considère Jane Eyre comme un "personnage de conte fée" : et c'est effectivement un personnage qui force notre admiration. Dessinatrice, cultivée et intelligente, Jane Eyre est aussi honnête et vibrante de passion. Charlotte Gainsbourg prête ses traits diaphanes à l'héroïne, "restant calme et grave au seuil de l'Enfer". Des moments touchants, les leçons données à Adèle, la fille délaissée de Rochester, la vie misérable au foyer Lodwood, côtoient des moments dramatiques et inquiétants comme des cris et sanglots qui résonnent dans l'immense et imposant château, des agressions mystérieuses.

Un film dont la beauté des personnages, de l'intrigue et des paysages nous transportent dans un lointain XIXeme siècle...

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22 mars 2010

Mrs Dalloway de V. Woolf : ISSN 2607-0006

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Mrs Dalloway est le roman londonien de V. Woolf ( biographie ici), décrivant à travers l'intériorité des personnages, un Londres d'après guerre peu conformiste, poétique et sombre. Lisez Mrs Dalloway, où sans discontinuité, vous serez submergé par "des myriades d'impressions", les pensées de Clarissa Dalloway, de son mari Richard, d'un de leur ami Peter Walsh. Une fois entré dans le tourbillon des pensées des personnages, on suit avec attention les sensations, les sentiments et les souvenirs de chacun d'entre eux. Jamais le langage particulier des personnages ne se confond avec une autre voix, qui sont toutes singulières : Mrs Dalloway est entièrement tournée vers cette réception qu'elle organise. Elle est bien différente de celle de Septimus en proie à la folie, peuplée des images de la mort, de l'enfer et du suicide.
Lisez ce roman qui vous emmène au-delà des apparences où les mots naissent, se pressent, semblent vouloir s'échapper des pages, semblables au flux et reflux de la mer. Portrait d'une femme, de la parfaite hôtesse, Mrs Dalloway laisse transparaître aussi une description impressionniste du Londres d'après-guerre. Lisez ce roman de la beauté des sensations, saisissant l'instant de cette journée londonienne de juin, comme dans ce magnifique passage : "Puis elle ouvrit les yeux : qu'elles étaient fraîche, les roses, comme du linge tuyauté tout propre, rentrant de la blanchisserie dans des corbeilles d'osier ; et sombres et soignés les oeillets rouge qui redressaient la tête ; et tous les pois de senteur s'étalant dans leurs vases, veinés de violet, d'un blanc de neige, pâles - comme si c'était le soir, et que des jeunes filles en robes de mousseline étaient venues cueillir les pois de senteur et les roses à la fin de la superbes journée d'été, avec son ciel bleu nuit, ses delphinium, ses oeillets, ses arums ; que c'était le moment où toutes les fleurs - les roses, les oeillets, les iris, les lilas - luisent d'un doux éclat ; où chaque fleur semblent brûler de ses propres feux, avec douceur, avec pureté, au milieu des massifs embrumés ; et comme elle aimait les paillons de nuit gris pâles qui tourbillonnaient en tous sens au-dessus de l'héliotrope, au-dessus des primevères du soir !". Lisez Mrs Dalloway !

 Woolf, Mrs Dalloways, Folio, 321 p.

Lu dans le cadre du challenge, V. Woolf, organisée par Lou et d'une lecture commune avec Keisha, AGFE, Pauline, Mango, Cynthia, Papillon, George Sand, Tif, Dominique, l'or des chambres...

15 février 2010

Exposition : "c'est la vie ! Vanités de Caravage à Damien Hirst" : ISSN 2607-0006

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Connaissance des Arts a publié un hors série consacré à l'exposition temporaire, "Vanités de Caravage à Damien Hirst" : "Si le terme de Vanité désigne en premier lieu les natures mortes qui ont prospéré à l'ère baroque, il s'applique plus largement à toutes représentations de la dépouille humaine - crâne, squelette - ayant pour fonction de rappeler fondamentalement vain de l'existence, sa fragilité, sa fugacité face à l'irréductible réalité de la mort. L'image du crâne confronte brutalement le spectateur à son destin, sans détour, sans discussion possible."

"Vanité, tout n'est que Vanité" :

Cette exposition permet de donner une perspective historique aux "vanités" : d'abord, représenté à côté de sablier et de fleurs, pour souligner la vanité des plaisir et la dimension éphémère de la vie, le crâne perd peu à peu sa valeur mystique et est détourné en simple objet par Braque, ou prend une valeur marchande avec For the love of God de Damien Hirst. La mort est omniprésente au Moyen âge, se manifestant à travers la peste, puis les guerres de religion mais sa représentation réapparaît lors des grandes hécatombes des deux guerres mondiales : un crâne constitué de gants et de crayons, une photographie d'une jeune femme portant sur son dos un squelette ! Toutes les oeuvres du XXeme siècle sont assez déconcertantes. J'ai apprécié la diversité des oeuvres et le questionnement philosophique des peintres autour de ce thème. Dommage, il manquait quelques cartouches informatifs pour mieux comprendre les oeuvres contemporaines.

Informations :

« C’est la Vie », au Musée Maillol

du 3 février au 28 juin

61 rue de Grenelle, 75 007 Paris

De 9 à 11 euros

Tous les jours, sauf le mardi et jours fériés, de 10h30 à 19h

1 avril 2010

La controverse de Valladolid de Carrière : ISSN 2607-0006

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En 1550, à Valladolid, dans un petit couvent espagnol, une polémique autour du statut des indiens, récemment découverts lors des expéditions espagnoles, fait rage. Une controverse oppose deux hommes radicalement opposés : un dominicain humaniste, Las Casas, et un philosophe Sépulvéda. Ces peuples sont-ils humains ? Ou sont-ils des esclaves nés ? Les deux hommes vont s'affronter avec en arrière-fond un contexte religieux très important.

Le personnage de Las Casas n'est pas sans rappeler un certain Guillaume de Baskerville (Le nom de la rose, d'Umberto Eco) par son humanisme, ses raisonnements. Véritable joute verbale, la rhétorique  des deux hommes est impeccable, que ce soit la persuasion mise en oeuvre par Las Casas en décrivant des massacres sanguinaires pour faire appel à la compassion du lecteur ou la logique implacable mais inhumaine de Sépulvéda n'hésitant par utiliser des comparaisons animales pour parler d'êtres humains.

Cependant, une question plus grave, un sujet plus sérieux est au coeur de cette courte pièce de théâtre, celle du statut des habitants du Nouveau Monde et de la colonisation par les armes. Ces discours sur les races n'ont pas perdu de leur actualité et sont représentés d'une manière dramatique et dynamique pour empêcher toute dimension didactique ennuyeuse. Une pièce à thèse tout à fait convaincante ! Je signale aussi le roman sorti en 1992, en même temps que le film...

Carrière, La controverse de Valladolid, GF, 109 p.

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Film de Jean-Daniel Verharge, avec Jean Pierre Marielle (Las Casas).

En 1991, pour fêter le 500ème anniversaire de la découverte de l'Amérique, un film est commandé à J. C. Carrière, pour la télévision. La pièce de théâtre en est le scénario. Il a un an pour tourner ce film, ce qui explique l'économie des moyens, et son moindre intérêt, une fois le livre lu. Les décors sont sobres et symboliques, plaçant au centre, sur une estrade, une croix et le légat. D'un côté s'agite Las Casas, défendant corps et âme sa thèse, défendant ces indiens qu'il a côtoyés. De l'autre, au contraire, calme et froid, Sépulvéda s'interroge sur le statut de ces peuples tout en usant d'arguments spécieux. Le cadre en contre-plongée permet d'augmenter l'intensité dramatique de ce huis clos, qui même s'il réaménage la réalité historique, a le mérite d'aborder et de mettre au jour une page de l'histoire un peu oubliée. L'accent mis sur le discours des personnages amène un certain statisme des acteurs et confère une certaine lenteur, regrettable.

Lu et vu dans le cadre du challenge lunettes noires sur pages blanches, organisé par Happy few.

16 janvier 2010

On ne badine pas avec l'amour de Musset : ISSN 2607-0006

 

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Musset, chantre des romantiques, signe ici une comédie dramatique écrite dans une prose poétique. Camille est promise à Perdican, mais lorsque celle-ci sort de son couvent, elle est décidée dès la première rencontre à refuser ce mariage et à prendre le voile : les autres religieuses du couvent lui ont fait la leçon en la mettant en garde contre les hommes. Quant à Perdican, pétri des images de sa douce enfance, il souffre du refus de Camille et se venge en courtisant Rosette, la soeur de lait de Camille.

"Les mots sont des mots et les baisers sont des baisers".

On ne badine pas avec l'amour constitue une comédie de l'amour, où le badinage peut se révéler funeste. Le genre du proverbe était un jeu des salon littéraire à l'origine. Et il est bien question de jeu dans cette comédie qui joue sur les masques et les sentiments jusqu'au moment où la mort s'en mêle.

De nombreuses scènes sont véritablement comiques grâce aux fantoches de la pièce : le Baron père de Perdican n'entend rien à l'amour et ne comprend qu'à demi-mot les répliques des autres personnages, créant ainsi des raccourcis tout à fait amusants. Autour de lui se démènent dame Pluche, affublé d'un nom ridicule, qui est une véritable caricature de vieille fille dévote, et Blazius, précepteur de Perdican, un abbé grand buveur et mangeur. Ces personnages contribuent grandement à créer un comique de situation. Ainsi lorsque Maître Blazius vient annoncer au Baron que Camille était rouge de colère et voulait obliger Dame Pluche à porter un billet qu'elle froisse pour ne pas avoir à l'apporter, voici ce que répond le Baron : "Je n'y comprends rien ; mes idées s'embrouillent tout à fait. Quelle raison pouvait avoir dame Pluche pour froisser un billet plié en quatre en faisant des soubresauts dans une luzerne ! Je ne puis ajouter foi à de pareilles monstruosités."

Pourtant, On ne badine pas avec l'amour n'est pas seulement une comédie : le sérieux de l'avertissement contenu dans le titre s'exerce tout au long de la pièce donnant une dimension tragique à la comédie du dépit amoureux. Camille n'est-elle qu'une orgueilleuse ? Perdican est il un libertin ? Va-t-il réellement épouser Rosette ? Une tension dramatique s'installe pour ne plus quitter la scène : progressivement les jeunes héros se découvrent mais l'aveu vient trop tard comme dans Les caprices de Marianne. La légèreté de l'écriture de Musset n'exclut pas la souffrance et un certain lyrisme. Les personnages sont bien plus complexes qu'il n'y paraît et sont le reflet d'un amour désenchanté et lucide : chaque mot de cette comédie de l'orgueil semble pousser les héros vers un précipice...

Le verbe, le mot et la poésie dominent les trois actes oscillant entre le grotesque et le sublime jusqu'à l'extrême fin tragique. Toute la pièce est portée par la magnifique et musicale prose de Musset, qui met dans la bouche de son jeune héros cette fameuse tirade  : "Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses ; curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime; c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois ; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui".

Des drôleries, de la fraîcheur mais aussi du désespoir, On ne badine pas avec l'amour est une analyse de l'amour sans concession, et une pièce romantique magnifique...

17 janvier 2010

La dame aux camélias de Dumas fils : ISSN 2607-0006

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Celle qu'on désigne par le surnom de "Dame aux camélias" est une courtisane du nom de Marguerite Gautier. Le narrateur va s'intéresser à son histoire, le jour où à une vente publique, il achète un livre lui ayant appartenu. Quelques jours plus tard, un jeune homme, Armand Duval, fou de douleur, cherche à acquérir le livre qui est pour lui un souvenir indispensable. Intrigué  par ce jeune homme et sa démarche, le narrateur va bientôt se lier d'amitié avec lui et prendre connaissance de l'histoire de Mademoiselle Gautier...

Le début du récit est assez surprenant, le narrateur tenant un discours moralisateur peu commun dans les fictions de cette époque : il en appelle à l'indulgence des lecteurs pour les courtisanes qui sont capables de beaux sentiments et doivent susciter la pitié car elles n'ont pas eu, parfois, l'éducation nécessaire. Ainsi, dans les premières pages, se succèdent des paroles de moralisateurs : "soyons bons, soyons jeunes, soyons vrais ! Le mal n'est qu'une vanité, ayons l'orgueil du bien, et surtout ne désespérons pas" ! Mais que le lecteur ne se décourage pas à la lecture de cette phrase.
En fait, le roman est "dumasficelé", néologisme de Jules Renard, on s'intéresse à cette histoire d'amour dès qu'on lit la dédicace sur le livre acheté par le narrateur : " Manon à Marguerite, Humilité. Armand Duval". Que signifient ces mots ? Qui est Armand Duval ? Bientôt le narrateur découvre la vérité sur la vie de la dame aux camélias qui a vécu une histoire d'amour sincère, désintéressée avec Armand Duval. Si les sentiments amoureux ont l'air si vrai, c'est que Dumas fils les a véritablement vécus, il a lui aussi aimé une Dame aux camélias : la jalousie, les tourments, les mensonges et les concessions sont passionnément racontés par Armand Duval, comme un Swann avant l'heure... On est véritablement entraîné par les rebondissements de cette passion même si parfois, on pressent ce qu'il va arriver.
Dumas revisite un thème connu et le sublime. Devenu un mythe et inspiré d'une histoire vraie, celle de Marie Duplessis, il dépeint les sentiments de ces deux jeunes gens de manière très justes et en donnant des accents dostoievskiens à ses personnages : candeur, péchés et rédemption.
Loin des déchéances des héroïnes telles que Nana, Dumas fait le portrait d'une courtisane repentie et donne une dimension sociale à cet amour qui, s'il peut surprendre ou agacer le lecteur au départ, est plus subtilement fait par la suite. Une très belle découverte très émouvante.

Une lecture du challenge ABC

8 janvier 2010

Le tartuffe, tome 2, adapté par Duval et Zamzim : ISSN 2607-0006

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J'attendais avec beaucoup d'impatience le nouveau tome du Tarfuffe, après la lecture du tome 1, qui est décidément des plus enthousiasmants et devrait réconcilier les plus récalcitrants avec un classique de la littérature française.

Ce deuxième tome regroupe les actes III, scène 1 à l'acte IV, scène 4 : Orgon s'est donc entiché d'un faux dévot au point de vouloir lui donner sa fille en mariage et de déshériter son fils au profit de Tartuffe. Il tolère même que cet hypocrite fasse la cour à sa femme ! Aveuglé par la fausse dévotion de ce fieffé coquin, il met toute la maisonnée en danger : heureusement que son beau frère Cléante et sa femme Elmire luttent pour rétablir la vérité...

Tartuffe apparaît dans toute sa forfanterie : il est gourmand, vil, menteur et coureur de jupon. Molière a su comme nul autre brocarder la fausse vertu. Tartuffe a beau parler de "haire" et de "discipline", les membres de la famille ne sont pas dupes, excepté Orgon qui est, comme dirait la servante Dorine, "tartuffié".

Le texte étant intégralement reproduit, l'intérêt réside dans la mise en image. Les dessins sont vraiment appropriées, venant illustrer à merveille les défauts dénoncés par Molière : Tartuffe est laid et Orgon niais. Le dessinateur a su rendre plus compréhensible certains passages en rajoutant des scènes, notamment l'épisode de la cassette volée par Tartuffe. Le dessinateur réalise une véritable prouesse en illustrant la célèbre scène de l'aveu de Tartuffe à Elmire : au fur et à mesure de la déclaration d'amour, le paradis remplissant l'arrière plan des cases se transforment en enfer dantesque. Les scènes sont rendues vivantes, avec brio, grâce à des images colorées et imaginatives.

Tartuffe, Tome 2, Duval et Zamzim, Delcourt, 47 p.

billet du tome 1 ici

23 décembre 2009

Les précieuses ridicules de Molière

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Comédie en un acte et 17 scènes, les Précieuses ridicules sont une satire de la vie littéraire de l'époque et l'une des premières pièces de Molière ( biographie ici) : Magdelon et Cathos sont deux filles de bourgeois qui éconduisent Du Croisy et La Grange, sous le prétexte fallacieux qu'ils ne connaissent pas la carte du Tendre, extrait d'un roman de Mlle de Scudéry, représentation concrète de l'itinéraire amoureux, tel que le concevait les précieuses de l'époque. En revanche, elles tombent amoureuses des valets déguisés des deux amants rebutés...

Molière fait ici la satire des coquettes et des excès engendrés par la mode de la préciosité et de la vogue des salons littéraires. Par exemple, une précieuse désignera un miroir par une périphrase "le conseiller des grâces" ou "les âmes des pieds" servent à nommer les violons. L'excès de snobisme des deux demoiselles est tout à fait comique, en décalage avec le bon sens de Gorgibus, le père qui n'entend rien à ces billevesées...
Le comique de farce est présent à travers les deux valets triviaux, des types, plutôt que des individus... et qui reçoivent des coups de bâtons comme tout bon valet moliéresque... Petite pièce alerte, agréable à lire...

27 décembre 2009

Le fantôme de Baker Street de Fabrice Bourland : ISSN 2607-0006

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Ayant apprécié le retour dans le dix-neuvième siècle avec le roman policier La dernière enquête de Dupin, j'ai poursuivi la découverte des romans de cet auteur avec Le fantôme de Baker Street. James  Trelawnay et Andrew Singleton sont deux jeunes hommes de bonne famille jouant aux détectives privés en Amérique. S'ennuyant à mourir, ils viennent sur le continent à la recherche d'aventures palpitantes. Un jour, Mr Conan Doyle vient personnellement leur demander leur aide pour résoudre une série de crimes qui fait trembler tout Londres par leur sauvagerie... Nos jeunes héros se lancent à la poursuite d'un criminel quelque peu surprenant...

Le début du roman est prometteur avec un couple de détectives classiques. Cependant dès les premiers chapitres, l'intrigue verse dans l'ésotérisme : effectivement, Conan Doyle lui-même, à la fin de la sa vie était fasciné par les séances de spiritisme, ce qui explique l'ambiance très surnaturelle. Mais l'intrigue n'est en rien fantastique, elle tombe dans la fantaisie la plus débridée et devient si improbable, que l'enquête ne semble plus qu'une parodie de roman policier... Un fantôme, meurtrier en série ?
Dommage, des crimes imitant ceux de la littérature victorienne était une bonne idée, cependant cela ne suffit pas pour intéresser le lecteur dont l'esprit peut être vite exaspéré par la kyrielle d'événements improbables. Évidemment, le ton n'est pas dépourvu d'humour, par exemple, un chapitre est intitulé " un peu de lecture n'a jamais fait de mal à personne", toutefois l'invraisemblance outrée des situations rend pénible et agaçante la lecture de ce roman policier.

Bourland, Le fantômes de Baker street, 10/18, grands détectives, 245 p.

1 novembre 2009

Cercueils sur mesure de Truman Capote : ISSN 2607-0006

45652137

Jake Pepper mène une enquête terriblement difficile, qui tourne à l'obsession, car le meurtrier d'une série de crimes semble intouchable et au dessus de tout soupçon. Cette série de meurtres est particulièrement mystérieuse et sinistre. Chaque victime, avant de mourir, avait reçu un petit cercueil dans laquelle se trouvait leur photographie.

Dans ce court "roman", Truman Capote emmène le lecteur dans un univers sombre mais très réaliste, inspiré de vrais meurtres comme l'indique le sous-titre " récit véridique non romancé d'un crime américain" et la présence de Truman Capote à l'intérieur du récit. Il se met d'ailleurs en scène avec beaucoup d'humour et fait surtout preuve d'une grande finesse d'observation et d'une virtuosité de style. Cet auteur détaille ses relations avec l'inspecteur J. Pepper de manière ambiguë : dans ses relations humaines, il semble toujours partagé entre l'amitié, l'intérêt (écrire un livre) et la curiosité... Capote est un homme "trouble" et "troublant" pour tous ceux qui l'approchent, notamment grâce à sa conversation.

De plus, l'écriture quasi journalistique, mais non exempt, de temps à autres, de notes plus poétiques, tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière ligne... Surprenant, dans un récit objectif, parfois l'auteur pose un regard rêveur sur un élément de la nature ou d'une personne.

Ce récit est enthousiasmant même si la fin se délite et perd consistance... On ressent aussi une déception car le mystère reste entier parce que la vie ne se conforme pas aux lois du genre policier. J'ai hâte de lire de Sang froid.

Autres oeuvres de l'auteur : Musique pour caméléons

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