31 mai 2018

C'est le premier, je balance tout ( juin 2019) : ISSN 2607-0006

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1) LES CHRONIQUES VENUES D'AILLEURS

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Vous êtes perdus dans l'offre labyrinthique de Netflix, vous hésitez sur le choix du dernier long métrage à voir ou vous ne savez quel film voir lorsque vous êtes confortablement installé sous une couette, tout en mangeant du pop-corn ? Vous pouvez, dans ce cas, jeter un oeil sur Le bleu du miroir, écrit par plusieurs critiques, qui proposent un choix éclectique de longs métrages, séries, bilan ( le tableau des étoiles) etc... Vous pourrez découvrir, par exemple, un billet sur Burning, en compétition à Cannes, qui est un film où il ne "se passe rien" mais qu'on est diablement tenté d'aller voir.

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Burning, Lee Chang Dong

2) MES FILMS

LES DÉLICES DE TOKYO Bande Annonce (Cannes 2015)

Les cerisiers fleuris sont emblématiques du Japon. Ces arbres ponctuent mélancoliquement le film Les délices de Tokyo de Naomi Kawase, où un cuisinier Sentaro, alcoolique et solitaire, qui a perdu la joie de vivre, la retrouve à l'aide d'une vieille femme. Celle-ci, rejetée à cause de sa maladie, lui transmet l'art de cuisiner et d'être sensible par ce qui l'entoure.

Ces cerisiers métaphorisent aussi la liberté et la beauté de la nature, qui sont célébrées dans ce film, par des gros plans, qui esthétisent même le ramassage des haricots rouges. La réalisatrice filme le quotidien de ces trois personnages, Sentaro, la vieille femme et une collégienne avec délicatesse et beauté.

Les délices de Tokyo, Naomi Kawase, avec Kirin Kiki, Masatochi Nagase, Kyara Uchida, 2015, 1h53

READY PLAYER ONE - Dreamer Trailer [HD]

Avec un long travelling avant immersif et fluide, Ready player one nous invite à plonger dans un film conçu comme un jeu vidéo. Un jeune adolescent Wade Watts, qui a perdu ses parents et qui vit misérablement chez sa tante, cherche, à l'aide de 3 amis, de remporter les trois clés de l'Oasis, un monde virtuel. Ses adversaires sont IOI, une multinationale, qui exploitent financièrement et humainement des gens qui ont développé une addiction aux jeux virtuels.

" ce n'est pas qu'un jeu" ( Art3mis) : C'est plus qu'un plaisir de geek qu'offre Spielberg avec ce blockbuster. Exploitant la pop culture (Mechagozilla affrontant gundam ou la moto d'Akira côtoie la Delorean), on nous montre aussi comment le virtuel doit être complémentaire du réel et que l'univers du divertissement ne peut suffire.  Peu subtil du point de vue de l'intrigue, ce film est tout de même la vision d'un virtuose de l'image, où l'invention rivalise avec l'imagination.

Ready player one, Steven Spielberg, avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn, Lena Waithe, 2 h 20, 2018.

billets : Le bleu du miroirTrillian, Marilyne

Sur le web : l'article du Monde, "Ready player one : Steven Spielberg renoue avec son âme d'enfant"

3) MES LIVRES

Ce mois-ci, j'ai relu avec bonheur Conrad ( Un avant-poste du progrès et Au coeur des ténèbres) et Annie Ernaux ( Mémoire d'une fille). Ce n'est pas la meilleure autobiographie de cette romancière mais sa lecture m'a donné envie de découvrir Les mémoires d'une jeune fille rangée et son auteur iconique Simone de Beauvoir. En revanche, les romans de Tracy Chevalier et d'Indridason peinent à innover et sont parfaitement oubliables...

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4) MES ACHATS

Des classiques, seulement, sont entrés dans ma PAL : Le petit maître corrigé, Arlequin poli par l'amour ( deux pièces de Marivaux), La peste écarlate de J. London, Simone de Beauvoir de Deguy et La femme rompue de Simone de Beauvoir.

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28 mai 2018

La femme de l'ombre d'Indridason : ISSN 2607-0006

 

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Dans ce deuxième volet de La Trilogie des ombres, plusieurs intrigues s'entrelacent et ne se rejoindront qu'à la fin du roman. Nous pouvons ainsi suivre la trajectoire d'une jeune femme, en 1943, qui quitte la Finlande pour retourner en Islande. Elle attend son fiancé, qui lutte contre les nazis mais qui est déporté dans un camp. Sur le bateau qui la ramène dans son pays, un ami tombe à l'eau. Est-ce un accident ? Plus tard, un homme est retrouvé dans la mer à Reykjavik. Flovent et Thorsen, déjà présents dans Dans l'ombre) enquête tout en étant confronté à d'anciens pro-nazis, au meurtre d'un homosexuel, à la disparition d'une femme liée à l'occupation américaine...

Le genre du "nordic noir" s'essouffle-t-il ? Comme l'avoue l'auteur dans une entrevue dans Le Point, intitulée "Polar : Arnaldur Indridason fait entrer Hitler en Islande", il a abandonné son personnage principal Erlendur au bout de 13 opus car il se répétait : " Il a déjà été le héros de treize livres. Je pense qu'une série ne doit pas s'éterniser"(Ibid). Et nous aussi nous le pensons. Il choisit donc de nouveaux personnages principaux et une nouvelle époque, peu décrite dans les romans islandais : " Très peu de choses ont été écrites sur la guerre et l'après-guerre en Islande" (Ibid).

En abordant "La situation", cela lui permet de se renouveler et il arrive à complexifier ses intrigues, là où elle présentait une certaine linéarité dans ses précédents romans. Si l'on en sait davantage sur le mouvement nazi en Islande et sur l'occupation par les alliés pendant cette période, les personnages restent superficiels empêchant toute empathie, ou tout simplement tout attachement. De même, l'écriture est toujours aussi plate. Malgré l'excellente lecture de Philippe Résimont (vous pouvez écouter un extrait ici, on commence à ressentir une certaine lassitude de ce type de roman... Ce n'est pas un mauvais roman mais il est plutôt quelconque, rejoignant la très longue liste des romans policiers nordiques...

La femme de l'ombre, d'Indridason, audiolib, lu par Philippe Résimont, 8h43, 2018.

autres romans de l'auteur : Dans l'ombre, tome 1L'hiver arctique, L'homme du lac, Le lagon noir,

Merci Audiolib pour ce partenariat.

Sur le web : propos recueillis par Julie Malaurie dans le Point

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24 mai 2018

biographie de Roth par Stampaprint : ISSN 2607-0006

Je n'ai lu qu'un seul livre de Roth que j'avais beaucoup apprécié ( Indignation) et je compte encore lire son oeuvre, qui reste indégnablement majeure dans la littérature américaine. Stampaprint a réalisé une infographie retraçant la biographie ( après celle d'Asimov, de Shakespeare) de cet auteur qui vient de disparaître.

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21 mai 2018

A l'orée du verger de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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La genèse d'un livre peut être tout à fait étonnante. C'est en lisant un livre sur les jardins et notamment un passage sur les pommiers ( mais aussi une trilogie romanesque sur la vie des colons en Ohio) que soudain son histoire a germé déclare, dans les remerciements, Tracy Chevalier. Deux voix alternent pour raconter, tout d'abord, leur installation dans un milieu hostile : le père James Goodenough et sa femme Sadie. Ils ont plusieurs enfants ( Sal, Robert, Martha, Caleb et Nathan), qui les aident à vivre dans le Black Swamp, dans l'Ohio. Là, James veut faire pousser des pommiers contre l'avis de sa femme alcoolique, qui ne cherche qu'à fuir cet endroit recouvert de boue. On suit ensuite les tribulations de Robert, qui sillonne l'Amérique vers l'Ouest, jsuqu'en Californie, à travers des lettres envoyées à sa famille. Son nomadisme l'amène à être chercheur d'or, cow-boy... mais aussi botaniste.

S'inspirant de  personnages réels comme John Chapman ( le voisin des Goodenough dans le Black Swamp) et William Lobb ( herboriste), comme dans son précédent roman La dernière fugitive, l'arrière plan historique et social avec la vie des colons, la ruée vers l'or, l'herborisation, la découverte des séquoïas en Californie est tout à fait passionnante. A travers le destin de ses personnages, Tracy Chevalier retrace une partie de l'histoire américaine. 

Cependant, malgré des efforts pour renouveller la narration, la forme de ce récit est assez cahotique, cousu de fils blancs. On assiste donc à une alternance de voix, de lettres, de récits, qui permet de dramatiser cette histoire. Pourtant, on n'arrive pas à s'attacher à ces personnages, antipathiques, peu approfondis. Paradoxalement, ce livre provoque de l'intérêt pour son sujet ( la vie des colons et les découvertes botaniques) mais de l'ennui pour ses personnages...

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, folio, 390 p.

autres romans de l'auteur : La jeune fille à la perle, La dernière fugitive, Prodigieuses créatures

Merci Folio pour ce partenariat.

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16 mai 2018

Fallet, Hultkvist et Richard Ulvshammar : ISSN 2607-0006

DcB296aWsAEUC9vCette série suédoise ravira les fans des romans ou séries policières nordiques. Dans une petite commune de Norrbacka, deux médiocres inspecteurs ( Sophie Borg et un agent britannique Tom Brown) doivent faire équipe avec un incompétent chef de police Klas Wall, pour résoudre un meurtre parfaitement sordide, avec un cadavre découvert dans une lugubre forêt. On a l'impression de nager en plein "nordic noir" mais il n'en est rien : Fallet parodie la vogue des polars nordiques.

Cette série présente tous les codes de séries policières mais en les détournant : la victime est retrouvée avec une Bible dans le corps. Crime satanique ? Un indicateur met Sophie Borg sur la piste d'un homme d'affaire, mauvais homme selon lui, mais l'informateur encapuchonné, qui déguise sa voix, est aussitôt démasqué par Sophie. Cette piste d'ailleurs se dénouera par un comique de situation. Les stéréotypes s'accumulent. Lors de la rencontre entre Klas Wall et son collègue britannique, chacun est enthousiaste : l'un compare son homologue anglais à Barnaby et l'autre à Wallander. Une opération d'infiltration est menée dans les milieux de combats illégaux. Que choisit Klas comme mot désignant un danger ? " Henning Mankell". Son fils, en plein danger, l'oublie et cite tour à tour "Annie Holt, Indridason" etc... D'ailleurs, le maladroit Klas Wall ne cesse de divulger des informations à la presse, se référant au roman Millenium de Larsson !

En 8 épisodes de 28 minutes, tout en jouant de situations attendues, l'intrigue arrive non seulement à nous faire rire mais aussi à nous surprendre. Une bonne série policière parodique à découvrir !

Fallet de Hultkvist et Richard Ulvshammar, série suédoise, Netflix, 2017

Sur le web : article de Sébastien Mauge ici " fortiches pastiches de séries"

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12 mai 2018

Mémoire de fille d'Annie Ernaux : ISSN 2607-0006

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photo collection de l'auteur

On retrouve le style autobiographique d'Annie Ernaux dans Mémoire de fille. Comme si La place était une oeuvre matricielle, les thèmes de la honte, de la place sociale et une réflexion sur l'écriture sont à nouveau présents dans cet écrit : doit-elle écrire à la première personne ou doit-elle dire "elle" pour ce "je" de l'année 58 qu'elle n'est plus ("Dans ces conditions, dois-je fondre la fille de 58 et la femme de 2014 en un "je" ?" "p. 23 )? Pourquoi écrire ? L'auteur délivre aussi la genèse de son récit : " Est- ce que je n'ai pas voulu, obscurément, déplier ce moment de ma vie afin d'expérimenter les limites de l'écriture, pousser à bout le colletage avec le réel [...], m'acharner à dénoncer une imposture".

Annie Ernaux tente donc de dire le réel, les expériences sexuelles, l'année de ses 17 ans ( elle cite des lettres, décrit des photographies, elle se rend sur les divers lieux cités...) mais l'art (et les livres) est capitale dans la compréhension de ce réel, comme elle l'écrit dans une lettre envoyée à une amie en 1961 : " Je me cloître, trouvant le repos pascalien dans ma chambre. Mes meilleurs moments sont ceux où, vers 5 heures, je regarde derrrière une vitre le soleil se coucher. Le froid pétrifie tout au-dehors et je viens de travailler 4 heures de rang. La sombre bibliothèque municipale me convient aussi [...] il y a ce mot de Nietzche que je trouve si beau : Nous avons l'Art pour ne point mourir de vérité" (p. 161)

Lisons-nous donc un livre similaire aux précédents ? Le titre Mémoire d'une fille semble entrer en résonnance avec Les mémoires d'une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir, figure littéraire convoquée à plusieurs reprises. A. Ernaux a mis au coeur de cette oeuvre, non pas la figure paternelle comme dans La place ou sa mère comme dans Une femme mais la sexualité de la femme et son destin, notamment les choix d'une vie. Sans lyrisme, sans provocation et sans affectation, elle décrit la condition féminine dans les années 58.

La lecture du deuxième sexe de Simone de Beauvoir lui apporte un modèle et des réponses. Elle qui évoque tant ses études, qui ont creusé un écart avec sa famille, elle aborde enfin la place des livres dans la construction de son identité : la lecture lui fournit des concepts pour comprendre l'expérience amoureuse qu'elle a vécu avec un homme et un exemple de modèle féminin. Ce livre qui rend discrètement hommage à l'auteur de la Force de l'âge sort à point nommé dans la collection folio poche, au moment où cette dernière va entrer dans la collection de la Pléiade, véritable consécration.

Annie Ernaux, Mémoire de fille, folio, 165 p.

Autres récrits de l'auteur : La place, la honte, une femme, Regarde les lumières mon amour

Billet de Lilly. Merci Folio pour ce partenariat

 

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10 mai 2018

L'île aux chiens, Wes Anderson : ISSN 2607-0006

L'ÎLE AUX CHIENS Bande Annonce VF (2018)

Sous des couleurs, d'ailleurs très personnelles au réalisateur, chatoyantes et une histoire où les héros sont un enfant et des chiens, Wes Anderson abordent des sujets contemporains tels que la dictature, le traitement des déchets, l'exclusion... Dans un Japon futuriste et dystopique, les chiens sont atteints d'une grippe canine qui amène le maire Kobayashi de Magazaki à les exiler sur une île. Le fils adoptif du maire, Atari, attaché à son chien Spots, décide d'aller le chercher. Là, cinq chiens vont l'aider dans sa quête. Parallèlement à cette histoire, on suit les activités d'un groupe d'étudiants, qui veulent dénoncer les manigances du maire, ses agissements illégaux pour faire subir à la population un lavage de cerveaux.

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5 cartons permettent de découper cette histoire en chapitres : les références cinématographiques et littéraires sont nombreuses comme un duel comiques entre chiens parodiant les westerns. Outre, le découpage en chapitre, Atari fait aussi un haiku et des légendes japonaises sont convoquées.

Mais L'île aux chiens n'est pas seulement une débauche d'effets visuels : à travers le meurtre du leader pro-canin, on découvre un régime totalitaire, où l'opposition est muselée. La création de camp de chiens et leur extermination n'est pas sans rappeler certains événements historiques tragiques. L'île où évoluent les héros se composent d'usines désafectées et de tonnes de déchets. Au rejet de tout un groupe animal, s'opposent les valeurs de courage ( Atari et la journaliste étudiante) et d'entraide ( les chiens).

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Au delà de l'aspect sociétal, ce film d'animation présente de magnifiques décors et le stop motion est impeccable. Les cadres dans les cadres, l'aspect très symétrique des plans esthétise les héros et leur environnement. Les matières aussi sont mises en relief dans les nuages cotonneux représentant la poussière, les montagnes de détritus en plastique... Ce film en stop motion est merveilleusement ornemental mais véhicule aussi de bonnes idées...

film d'animation de Wes Anderson, 2018, 1h41

Sur le web : "L'île aux chiens" : résistance canine à la mise au rebut" par MAthieu Macheret

billet de Dasola

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05 mai 2018

Un avant-poste du progrès/ Au coeur des ténèbres de Conrad/ Apocalypse now de Coppola : ISSN 2607-0006

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De son voyage au Congo, Conrad, capitaine de navire, a ramené une expérience amère : il relate les atrocités vues dans son journal mais aussi dans Au coeur des ténèbres et Un avant-poste du progrès. Alors qu'il rend l'interprétation d'Au coeur des ténèbres problématique, Un avant-poste du progrès est clairement une critique du colonialisme. Il est l'un des premiers à travailler comme agent du colonialisme, au service de l'Angleterre, tout en en dénonçant les pratiques.   

Dans cette nouvelle, Kayerts et Carlier, deux agents de la compagnie commerciale du Congo belge, sont révoltés par les pratiques de Makola, un esclavagiste, qui fait partie de l'administration coloniale. Puis, l'inaction et l'isolement les rendent complètement indifférents à ce qui les entoure, ne pensant qu'aux profits qu'ils pourront faire. Ils pensent aussi apporter " La lumière, la foi et le commerce dans les zones ténébreuses de la terre"  (p. 47). Mais leur bêtise les amène à un destin tragique et rend évidente la dénonciation de l'entreprise colonialiste, son échec. "C'est Bouvard et Pécuchet au Congo", indique Mael Renouard dans son introduction (p. 8). Le titre ironique fait d'ailleurs penser à l'écriture flaubertienne.

Un avant-poste du progrès, Conrad, bibliothèque Payot, 94 p.

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 Au coeur des ténèbres a pour narrateur un marin, qui nous présente Marlow, qui commence le récit d'un voyage qu'il a effectué au Congo. Capitaine d'un navire pour une compagnie du Congo belge, il doit remonter le fleuve pour ramener Kurtz, un agent devenu fou dont on vante le "génie". Ce voyage confronte Marlow à l'horreur du colonialisme mais aussi à l'inhumanité des colons, à travers de nombreuses références à l'enfer. Cependant, le récit ne présente pas un sens aussi explicite que dans Un avant-poste du progrès, comme l'indique d'emblée le narrateur du récit cadre : "Et pour lui, le sens d'un épisode n'était pas à l'intérieur comme les cerneaux, mais à l'extérieur, enveloppant seulement le récit qui l'amenait au jour comme un éclat voilé fait ressortir une brume, à la semblance de l'un de ces halos vaporeux que rend parfois visibles l'illumination spectrale du clair de lune" (p. 33).

Cette longue nouvelle a été une déception pour les lecteurs victoriens, habitués à des romans d'aventures qui exaltent l'Empire britannique : ils découvraient, avec Au coeur des ténèbres, un roman sombre, aux descriptions morbides, où l'aventure est finalement absente. Lontemps lu comme un roman perssimiste sur la condition humaine, Todorov rappelle dans son article "Connaissance du vide : Coeur des ténèbres" la polysémie de ce voyage : cette nouvelle est une descente aux enfers, une découverte de l'inconscient mais aussi une " allégorie de la lecture", où "la connaissance du vide" semble désigner l'impossible accès à la vérité par la narration.

Au coeur des ténèbres, Conrad, Folio bilingue, 332 p.

Todorov, "Connaissance du vide : coeur des Ténèbres".

Apocalypse Now - Trailer

Même si Au coeur des ténèbres n'est pas crédité au générique, Apocalypse Now s'inspire librement de l'oeuvre de Conrad en transposant les événements au Vietnam. Comme Marlow, Willard doit aller rechercher le colonel Kurtz dans la jungle du Vietnam  car ce dernier mène une armée à son propre compte. Dans la version redux, le film montre aussi des colons français débattant de politique. Le propos du film semble s'éoigner de celui du récit en faisant une critique de la guerre mais on retrouve des visions hallucinées de la forêt, du voyage et une réflexion sur la condition humaine, le colonialisme. ce film grandiose a connu un tournage cahotique, véritable apocalypse pour le réalisateur comme le rappelle Rouyer dans sa présentation "Il était une fois... Apocalypse now".

Apocalypse Now, Coppola, Avec Marlon Brando, Martin Sheen, 1979, 3h14

Sur le Web : https://www.cineclubdecaen.com/realisat/coppola/apocalypsenow.htm

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01 mai 2018

C'est le premier, je balance tout ( mai 2018) : ISSN 2607-0006

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1) MES EXPOSITIONS

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En 1863, à la mort de Delacroix, Fantin-Latour rend hommage au peintre dans une huile sur toile le représentant au milieu d'écrivains tels que Baudelaire ou de peintres comme Manet. Le Louvre aussi lui rend hommage, cette année, en retraçant toute la carrière du peintre romantique à travers ses journaux montrés en milieu de parcours, ses carnets de dessins, ses prises de notes, ses traductions et ses portraits.

La mort de Sardanapale est emblématique de l'art de Delacroix : se reférant à une tragédie de Byron, le peintre a représenté le roi assyrien dans une débauche de couleurs, de luxe, de violence et de corps nus. Le mouvement et le désordre dominent dans ce tableau. Les influences littéraires prennent une grande place dans les thèmes des tableaux : Delacroix a peint aussi bien Dante et Virgile aux enfers en 1922 que Hamlet et Horatio au cimetière.

De nombreux tableaux reflètent aussi les thèmes romantiques du désespoir et de la solitude que ce soit dans Jeune orpheline au cimetière ou Le naufrage de Don Juan. Toute une partie est consacrée aussi à l'Orient et aux commandes publiques, tableaux moins connus et moins spectaculaires, car Delacroix a été tiraillé sa vie durant entre l'art et les nécessités matérielles.

Exposition Delacroix (1798-1863) du 29 Mars 2018 au 23 Juillet 2018 au Louvre, site ici.

Delacroix, une liberté toute romantique, René Grimaud, 110 p.,  Geoart, Le monde.

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La mort de Sardanapale, Delacroix, 1827

2) MES FILMS

'Black Panther' Home Release Trailer

Il n'y a pas de politique dans Black Panther selon P. Rouyer (dans l'émission du cercle) mais le discours inverse est tenu par F. Saltiel dans le 28 minutes sur arte. Qu'en est-il ? T'Challa, la fameuse black Panther et roi du Wakanda, royaume d'une Afrique imaginaire, doit lutter contre Klaue qui cherche à voler les ressources du pays, le vibranium. Comme les traditionnelles adaptations des comics, Black Panther ne manque pas d'actions héroïques, de combats titanesques. Cependant, au cahier des charges attendu, le réalisateur Ryan Coogler a ajouté un conflit politique : le Wakanda doit-il rester en paix en ignorant les autres noirs souffrant dans le monde ou doit-il mener une politique internationaliste ? En outre, les images sont saupoudrés de références à la culture africaine et à l'histoire des noirs. Un super-héros supplémentaire ? Le film, valorise-t-il un message politique ? Les deux !

Film américain de Ryan Coogler. Avec Chadwick Boseman, Lupita Nyong’o, Michael B. Jordan, Daniel Kaluuya, Forest Whitaker, Martin Freeman (2 h 14), 2018.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/cinema/article/2018/02/14/black-panther-l-afrique-a-enfin-son-super-heros_5256544_3476.html#YEoqe7Lfohyct3MH.99

BUFFET FROID (bande-annonce)

 Depuis Les valseuses, Blier ne cesse de provoquer le spectateur et de refuser un cinéma " bourgeois". En quelques semaines, il a écrit Buffet froid : si le scénario paraît des plus étranges, c'est que le réalisateur n'a gardé que tout ce qui était " dingue" ( déclare-t-il dans les bonus). En effet, Alphonse ( joué par Depardieu), un chômeur, rencontre un quidam dans le métro, près de la Défense. ce dernier meurt de manière étrange : il désigne Alphonse comme son meurtrier mais ce dernier n'était pas présent au moment de sa mort puisqu'on le voit déambuler dans les couloirs de la station de métro. Un film policier ? A première vue, une enquête semble s'amorcer avec la présence d'un inspecteur venu s'installer dans le même immeuble qu'Alphonse mais on découvre assez rapidement que ce dernier n'hésite pas à tuer et évite d'arrêter les meurtriers. Commence une " mécanique du meurtres" où toutes les paroles et actions des acteurs paraissent absurdes. Ce film présente des similitudes avec le théâtre de l'absurde : "Le langage s'était désarticulé, les personnages s'étaient décomposés" ( Notes et contre-notes de Ionesco). Ce long métrage du réalisateur français contient un humour noir et une dimension réflexive, qui n'a pas du tout mal vieilli.

Buffet froid, Blier, 1979, avec G. depardieu, Michel Serrault, Carole Bouquet...

3) MES ACHATS

Quelques achats sont venus grossir ma PAL : deux livres d'Eric Vuillard, Mémoire de fille d'Annie Ernaux, A l'orée du verger de T. Chevalier et Une mémoire infaillible de S. Martinez

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