Grâce à @unmoisaujapon organisé par Lou et Hilde, j'ai continué les lectures autour de la culture nippone :Tonbod'Aki Shimazaki et les deux autres romans de sa pentalogie au coeur du Yamato ( Tsukushi et Yamabuki), Spy family d'Endo et Les carnets de l'apothicaire de Nanao. Merci les organisatrices !
Ce mois-ci, j'ai découvert un dramaturge von Mayenburg à travers sa pièce Martyr. Avec Rachel, nous avons lu Princesse Bari de Hwang Sok-Yong. Et j'ai enfin lu Les cahiers d'Esther, Histoire de mes 15 ansde Riad Sattouf. J'ai découvert de nouveaux illustrateurs (the fan brother,où l'océan rencontre le ciel)
Comment se termine la deuxième pentalogie Au coeur du Yamato d'Aki Shimazaki ? Comme dans Tsukushi, l'opus précédent, le destin d'une femme va être dévoilé ; la femme de Toda, Aiko, devient le personnage principal d' Yamabuki. Cette dernière vit heureuse après 56 ans de mariage avec l'ancien cadre de Goshima, Tsuyoshi Toda, devenu malade et presque infirme.
Tout en racontant son quotidien, de vieille femme sans enfant, elle évoque ses souvenirs de jeunesse, notamment son premier mari volage et son coup de foudre avec Tsuyoshi. Elle a grandi dans le Japon d'après-guerre et dès qu'elle a rencontré son deuxième mari, elle l'a accompagné lors de tous ses voyages. Il est très conservateur, veut perpétuer les traditions et représenter avec honneur la culture japonaise. Regrette-t-elle cette vie et surtout ce mari ? Autour d'elle évolue d'autres couples comme celui de sa nièce qui est va se marier avec un scientifique ou sa voisine veuve.
Finalement, au fil des lectures, on s'aperçoit que le véritable sujet est la famille, moins le monde de l'entreprise. Les mariages arrangés, ou miaï, réussissent-ils mieux que les mariages lors de rencontres forfuites ? Plusieurs thèmes sont abordés très superficiellement pour une fois.
D'ores et déjà, on songe en refermant la pentalogie Au coeur du Yamato, à lire L'ombre du charbon, dernière pentalogie d'Aki Shimazaki.
Shimazaki Aki, Yamabuki, au coeur du Yamato, France, 2014, 123 p.
Participation à un été au Japon organisé par Lou et Hilde. @unmoisaujapon #unmoisaujapon
La nuit du 12 de Dominik Moll commence par l'immolation d'une jeune femme, qui rentrait chez elle après une soirée passée avec des amies. Qui est le coupable ? Quel est le mobile ? Yohan, policier de la PJ de Grenoble, enquête méticuleusement et interroge les nombreux suspects, les ex de la jeune fille, Clara. 3 ans plus tard, l'enquête n'est toujours pas résolue malgré l'aide d'une juge qui relance l'affaire et d'une nouvelle co-équipière, dans l'équipe de Yohan, particulièrement perspicace...
La nuit du 12 n'est pas un thriller convenu : inspiré de faits réels et d'appuyant sur le livre 18.03, Une année à la PJ de Pauline Guéna, ce fait divers donne à voir de manière presque documentaire une investigation, le quotidien de la PJ et même leur problème de photocopieuse... Contrairement aux polars traditionnels, 20 pour cent des affaires criminelles ne sont pas résolues dans la réalité... Le réalisateur a réussi aussi à montrer comment cette affaire hante notre jeune capitaine.
"C'est quelque chose qui cloche entre les hommes et les femmes", déclare Yohan à la juge. Ce n'est pas une enquête conventionnelle parce qu'une réflexion sur les féminicides sous-tend cette histoire. Plusieurs portraits d'hommes et de femmes se succèdent autour de la question des rapports hommes-femmes dans les homicides mais aussi dans la PJ et la société plus globalement... coup de ♥ pour ce film réaliste, glaçant et émouvant !
La nuit du 12, Dominik Moll, 1h54, avec Bastien Bouillon, Bouli Lanners
La pentalogie Au coeur du Yamato d'Aki Shimazaki se termine avec un destin individuel beaucoup plus intimiste dans Tsukushi.
Est-ce que vous vous rappelez de la fiancée d'Aori dans Mitsuba ? Yuko, enceinte, décide d'épouser malgré elle le richissime héritier de la banque Sumida. Très vite, devant les attentions de son mari, elle oublie Aori et se dévoue à l'éducation de sa fille. Sa vie semble réglée comme du papier à musique. Mais au moment de fêter la treizième année de son enfant, qui s'appelle Mitsuba, et qu'elle développe une amitié avec une connaissance, Yoshiko, elle découvre des secrets familiaux sur la famille Sumida.
Dans toute la première partie du roman, Yuko raconte sa vie, ses études, sa rencontre avec Aori, qui se passe sans anicroche... Puis le récit et la vie de cette femme basculent : elle va découvrir pourquoi le grand-père de son mari a construit une chambre insonorisé et les raisons pour lesquelles son mari avait déjà 35 ans lorsqu'il l'a épousée.
A travers le roman Une soif d'amour de Mishima, un auteur qui avait une maîtresse, notre personnage principal, assez lisse et insignifiant, va enfin s'interroger sur l'amour. C'est toujours avec concision que l'autrice écrit donc les sentiments de Yuko sont plutôt elliptiques... mais la romancière arrive quand même à nous faire comprendre intelligemment ce que son personnage ressent...
Avec ce tome, on s'éloigne encore plus du monde du travail pour s'intéresser à la vie privée des personnages de l'entreprise Goshima. Même si les tomes peuvent être lu séparément, on admire les ramifications savamment créés par la romancière entre les différents romans. Tout au long de l'histoire, sont évoqués d'autres personnages comme Aori, personnage de Mitsuba ou Monsieur Toda qu'elle rencontre dans le restaurant Zakuro.
Après cette lecture, il ne reste plus qu'à lire Yamabuki pour clôre la pentalogie Au coeur du Yamoto. Quels secrets vont être encore révélés ? Qui sera le prochain protagoniste du dernier roman de la pentalogie ?
Shimazaki Aki, Tsukushi, au coeur du Yamato, France, 2016, 124 p.
Participation à un été au Japon organisé par Lou et Hilde. @unmoisaujapon #unmoisaujapon
Comme chaque année, un des cahiers d'Esther est sorti, celui de ses 15 ans. Qu'arrive-t-il à Esther ? Comme tout le monde, elle a subi le confinement, elle passe son brevet et essaie de s'amuser malgé tout avec ses "meufs". On voit donc son point de vue sur les garçons, ses parents, la crise coronavidienne... Elle évoque aussi ses artistes préférés, ses relations avec ses frères, ses parents, des élèves de sa classe.
Comme avec la saga Harry Potter, une certaine génération grandit avec cette fille réelle, reflet des aspirations des adolescents. Esther ne paraît pas amusante aux yeux de ses camarades ? Elle décide donc de faire une fête avec de l'alcool ( ses parents sont dans le restaurant au-dessus de la salle louée, mdr). Mais ce ne sont pas que des moments drôles qui sont évoquées dans cette BD. Dans une mise en abyme, on la voit lire les cahiers d'Esther, sa propre vie : elle mène une petite introspection sur son comportement envers ses anciens camarades. Elle sort acheter des gâteaux pendant le confinement : elle évoque aussitôt la situation des caissières obligées de travailler... Son père surveille son temps passé sur son téléphone et ne veut pas qu'elle ait instagram. Comment le conflit va-t-il se résoudre ?
Avec un grand sens de l'observation et de l'humour, Esther détaille sa vie quotidienne, ses rêves, ses sms pour notre plus grand plaisir ! Ses relations avec son grand frère évoluent et ce dernier finit par quitter l'appartement familial. Maintenant qu'Esther va rentrer au lycée, qu'aura-t-elle à nous raconter dans le nouvel opus sorti cette année en juin 2022 ?
Sattouf Riad, Les cahiers d'Ether, histoires de mes 15 ans, Allary édition, France, mai 2021, 54 p.
Une légende coréenne dit que la septième fille d'une reine désespérée de ne pas avoir de fils la fit jeter à la mer. Cette dernière est sauvée par le dieu des océans. Lorsque ses parents et les habitants meurent d'une mystérieuse maladie, elle doit aller chercher de l'eau de de la vie. " On lui explique que l'eau de la vie se trouve à l'ouest, à l'extrêmité du monde, là où le soleil se couche. Alors, il lui faut traverser le pays encombré de tous ces gens malades, aller par monts et par vaux ; malgré l'aide que lui apportent les esprits de la montagne, il lui arrive quantités de mésaventures : elle doit faire la lessive, travailler dans les champs [...] et même traverser l'enfer"(p. 74).
Lorsque la septième fille d'un fonctionnaire nord coréen nait, sa mère décide de l'abandonner dans la forêt. Finalement, la grand-mère chamane retrouve l'enfant et l'appelle Bari, comme la fameuse princesse du conte. Et effectivement, l'enfant qui a hérité des pouvoirs de sa grand-mère - voir les esprits des morts - va vivre l'enfer : des famines que connaît la Corée du Nord dans les années 80, à l'émigration vers l'Angleterre, Bari découvrira diverses horreurs comme la guerre, le viol, l'exploitation mais aussi des bonheurs comme le mariage, l'aide de protecteurs...
Au-delà du folklore coréen avec le chamanisme, l'auteur délivre finalement un message très humaniste sur la destinée humaine. Un très beau roman raconté comme un conte de fée avec des épreuves horribles mais aussi une héroïne courageuse, capable même d'affronter un dragon !
Sur le chamanisme existe aussi une série sud-coréenne The curseddont le réalisateur est Kim Yong-wan. Aux ingrédients du k-drama, le scénariste Yeon Sang Ho (dernier train pour Busan) a ajouté des éléments du folklore coréen : une journaliste doit affronter un PDG possédé par un esprit démoniaque ( ce n'est pas une métaphore). Elle va être aidée dans sa quête de vérité par son mari, qui est inspecteur, et par une jeune fille possédée, elle aussi, capable de jeter des malédiction. Sa mère était chamane et elle veut tuer le PDG, qui a assasiné sa mère.
Le réalisateur a visiblement pris un malin plaisir à filmer des scènes scpectaculaires de rituels chamaniques, qui culminent avec l'arrivée du Japon, non pas d'un mais d'une dizaines de chamanes ! Et le tout est modernisé par l'utilisation de réseaux sociaux, notamment les #forêtdesmalédictions. Tout en étant divertissant ou terrifiant, la série aborde le cyberharcèlement et les dérives des réseaux sociaux de manière originale.
Certes, c'est parfois répétitif et prévisible comme scénario mais on prend plaisir à découvrir tout un pan de la culture coréenne et à retrouver les codes des k-drama avec les vengeances, les enlèvements, les trahisons, des méchants vraiment méchants, notamment une impressionnante mudang au service du PDG...
Une très belle photographie sert parfaitement cette série policière et fantastique, au folklore 2.0.
Hwang Sok-Yong, Princesse Bari, Editions Philippe Picquier, Espagne Aout 2013, 251 p.
The cursed, Kim Yong wan, 2022, 12 épisodes d'1 heure
Difficile d'échapper au phénomène Spy x family de Tatsuya Endo à moins d'habiter dans une grotte. C'est un manga d'espionnage plutôt improbable. Twilight, le plus grand espion du monde, doit accomplir une difficile mission : voler des photos montrant le ministre de affaires étrangères portant une perruque pour le pousser à la démission. Le ton est donné : dans un contexte de guerre froide imaginaire - l'est, appelé, Westalis s'oppose à l'ouest, nommé Ostania - notre espion doit faire face à des situations complètement loufoques.
Pour infiltrer une prestigieuse école où se trouve le fils de Donovan Desmond qui menace la paix entre l'Est et l'Ouest, il doit former en 7 jours une famille. C'est la mission "strix" Il trouve rapidement une petite fille Anya à adopter, qui est télépathe et une jeune femme, tueuse à gage ! Avec cette famille dysfonctionnelle, il va devoir subir des tests - comme dans les shonens traditionnels - qui culmine avec l'invasion imprévue d'animaux enragés dans la cour de l'école. Heureusement sa fausse femme, Yor la tueuse à gage, terrasse le taureau à mains nues.
Les quiproquos s'accumulent sur un tempo vif et comique : les scènes d'actions succèdent aux scènes humoristiques. Les personnages sont complètement déjantés ! Le mangaka excelle à parodier les romans d'espionnage, dans ce premier tome, ce qui nous donne furieusement envie de nous jeter sur le tome 2 ! Qui a transformé Anya en enfant télépathe ? Vont-t-ils réussir la mission strix et réussiront-ils à former une vraie famille ?
Tatsuy Endo, Spy x family, tome 1, (9 en cours) kurokawa, France, février 2022.
Participation à un été au Japon organisé par Lou et Hilde. @unmoisaujapon #unmoisaujapon
Une fois les origines de la petite apothicaire dévoilée dans les tomes 6 à 8, que nous réserve le tome 9 ? Il est très riche en rebondissements ! Et toutes les enquêtes qui paraissent inachevées ou complexes sont intelligemment évoquées à nouveau et dénouées.
A la cour impériale, un nouvel événement fait grand bruit. Alors que personne ne peut sortir ou entrer de la cour impériale, une caravane de marchands arrive pour proposer de nouveaux produits comme d'immenses glaces, des épices, des parfums... Justement, des senteurs et plantes inoffensives peuvent être bien dangereuses dans des mains mal intentionnées. En effet, une des concubines est tombée enceinte, ce qui risque de provoquer la jalousie des autres femmes.
En outre, Jinshi demande à Mao Mao d'enquêter sur deux affaires. L'une concerne une jeune fille, et sa soeur, farouchement gardée par des soldats mais qui tombe quand même enceinte et l'autre concerne une courtisane morte à cause de champignons. Heureusement que notre petite apothicaire, toujours enthousiaste quand il s'agit de plantes, fait des déductions intelligentes qui l'amènent vers la solution.
A travers ces investigations, on en sait toujours plus sur les moeurs de la cour avec l'évocation des vernis à ongle, de la nourriture qu'aime ces personnes et des modes vestimentaires... Encore un très bel opus plein de suspense avec un héroïne toujours aussi humaine et observatrice qui nous donne envie, déjà, de feuilleter le tome suivant...
Que nous réserve la série romanesque Au coeur du Yamato, la deuxième pentalogie d'Aki Shimazaki ? La romancière présente la vie des employés de l'entreprise Goshima : Aori est l'employé modèle dans Mitsuba, dont le passé du supérieur est relaté dans Zakuro. A contrario, considéré comme un mauvais salarié, Nobu refuse une promotion à Sao Paulo. Il décide donc d'ouvrir un juku, un lieu de cours privé. Loin du monde de l'entreprise, Tonbo va s'attarder sur la vie du père de Nobu, un professeur de biologie. Ce dernier se suicide après un scandale : un de ses élèves, déjà malade, décède après avoir reçu une gifle...
Si l'écriture est toujours la même, succinte mais arrivant tout de même à exprimer des sentiments nuancés, divers et variés, la romancière arrive à nous surprendre par les thèmes abordés : la description de la vie et du quotidien de Nobu et de son juku permet d'aboutir à l'évocation du harcèlement scolaire, du financement des études, du choix des matières. Mais c'est moins le système scolaire que les problèmes entre adolescent qui seront au coeur du sujet de Tonbo. L'analyse des sentiments se fait toujours avec pudeur, sans pathos, sans outrance.
Par ailleurs, Tonbo signifie "libellule" : autour de cette signification, une légende et des chansons japonaises serviront aussi de fil rouge à cette histoire passionnante. En fermant le livre, on se demande qui seront les personnages principaux des derniers tomes de la pentalogie : Tsukushi et Yamabuki.
Shimazaki Aki, Tonbo, au coeur du Yamato, France, 2014, 113 p.
Participation à un été au Japon organisé par Lou et Hilde. @unmoisaujapon #unmoisaujapon
du même auteur : Au coeur du Yamato, Mitsuba, Zakuro
Toutes les petites aventures de la petite apothicaire, qui semblaient bien décousues, trouvent leur dénouement dans le tome 6, où une tentative de meurtre est enfin résolue par Mao Mao. Fine observatrice, elle sait déjouer les plans les plus machiavéliques ! Les deux tomes suivants (tomes 7 et 8) se focalisent sur le quartier des plaisirs, là où Mao Mao a vécu son enfance. On découvre le passé de Lacan, le haut diginitaire militaire que la jeune fille déteste.
LEs trois tomes continuent de développer toute une belle ambiance autour de la Chine impériale avec ses magnifiques décors et dessins. La jeune apothicaire déploie tous ses talents : elle est aussi douée en science qu'en maquillage. Son amitié avec Shaolan, une jeune servante analphabète de la cour Intérieure, lui donne l'occasion de diffuser des livres. A ses qualités scientifiques, elle ajoute des qualités morales : pragmatique, elle n'accuse jamais sans preuve et tente toujours d'aider les autres. Son obsession pour les plantes et la science contribue à former un duo comique avec Jinshi, qui ne pense qu'à la séduire...
Ces trois tomes s'intéressent malheureusement beaucoup au passé de Mao Mao et de son père biologique ainsi qu'aux amours des courtisanes, s'éloignant ainsi des enquêtes. Même si les différentes situations permettent toujours d'en savoir plus sur les coutumes de l'époque impériale, on a hâte que la Sherlock Holmes de la Cour Impériale reprenne du service...