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Lorsqu'on a lu Eichmann à Jerusalem* de H. Arendt, on peut trouver le film de M Von Trotta trop simpliste et superficiel. Pourtant, le choix de M von trotta de dresser un portrait partielle de la célèbre philosophe H. Arendt est particulièrement judicieux, évitant de faire de la vie de celle-ci une succession de moments hautement dramatiques avec des périodes remarquables comme sa relation avec le philosophe Heidegger ou sa rencontre avec Benjamin à Paris... Elle s'attache notamment à filmer les positions de la philosophe pendant le procès d'Eichman qu'elle a couvert en 1961 et décrit la genèse de son illustre essai Eichmann à Jerusalem. Certes, les idées sont simplifiées, lacunaires mais elle a, me semble-t-il, montré l'essentiel. Comment filmer la pensée en train de se construire ? Souvent, dans une vue plongeante, elle filme la philosophe, réfléchissant dans le calme et la solitude, faisant allusion à la pensée philosophique de H. Arendt, qui se veut un dialogue entre soi et soi-même. En outre, la polémique suscitée par la parution des articles pour New Yorker est bien mis en scène. " Hannah Arendt est-elle nazie" titre scandaleusement le Nouvel Observateur d'octobre 1966 ? Gershom sholem lui reproche sa désinvolture... A juste titre, T. todorov, faisait remarquer " qu'à en juger par le nombre de malentendus qu'elle a provoqués, l'expression (["banalité du mal"]) n'était pas très heureuse ; mais l'idée d'A. Arendt est importante". En revanche, son propos sur les conseils juifs - elle s'appuyait sur La destruction des Juifs d'Europe de Raoul Hilberg - a été remise en cause.

Cependant, le film ne tombe pas dans l'abstraction d'un débat d'idées : il évoque de manière réaliste la période concernant le procès, où on peut voir des images d'archives et la retransmission en direct de la captation du procès auquel H. Arendt n'assistera qu'en partie. Autour du portrait de la philosophe, sont aussi brossés les portraits des proches de la philosophe comme son mari, l'indispensable secrétaire et son cercle proche d'amis, tout en faisant allusion à ses rapports complexes avec le philosophe Heidegger. Ce film, qui s'inscrit dans une trilogie ( Rosa Luxembourg, Hildegard Von birgen), est une bonne introduction au système philosophique de l'auteur des origines du totalitarisme, même si l'on regrette que la pensée arrendtienne soit réduite à une peau de chagrin.

Hannah Arendt, Film de Margaret Von Trotta, avec Barbara Sukowa, 2012, 113 min.

* H. Arendt, Eichman à Jerusalem, Folio histoire, 512 p.

edit du 23/04 : Avis de Dasola.

Pour compléter la vision du procès donné dans cette biopic, vous pouvez visionner le documentaire diffusé sur France 2 : Eichmann, un procès. Là, alternent des documents d'archive du procès, qui se voulait "Le Nuremberg du peuple juif" avec l'intervention de nombreux historiens, romanciers... L'objectif n'est bien évidemment pas le même que celui de Von Trotta. Si celle-ci cherchait davantage à montrer la pensée arrendtienne, le documentaire déroule des faits bruts - de l'arrestation d'Heichmann à sa condamnation à mort - et une analyse plus historique : ce documentaire met l'accent sur l'Histoire, avec la prise de conscience internationale des horreurs du génocide. S'attardant longuement sur les témoignages des survivants des camps, le réalisateur a mis en lumière la place capitale de la parole des témoins qui avait été jusqu'à lors peu écoutée.  

Heichman, un procès, réalisé par Michaël Prazan.

 

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Un documentaire, entièrement constitué d'archives historiques, réalisé par Delage, apporte des informations sur un autre procès de criminels nazis : Nuremberg, les nazis face à leurs crimes. Portraits des principaux nazis - Goering, Hess, Speer... - déroulement du procès donnent une vision assez complète d'un point de vue juridique.

Nuremberg, Les nazis face à leurs crimes, Delage.

Les carnets secrets de Nuremberg, quant à eux est une approche psychologique du procès. Ces carnets sont ceux de Léon Goldenshon, psychiatre américain qui fut amené à cotoyer quotidiennement les grands criminels nazis de janvier à juillet 1946. Il devait s'assurer de leur santé mental et découvrir l'origine de leurs actes atroces. Des citations du carnets donnent une vision anecdotique de ces criminels et ne fon qu'effleurer le sujet d'un point de vue psychologique. En outre, les reconstitutions qui sont mêlés aux archives historiques sont peu utiles et fictionnalisent un sujet qui n'en a guère besoin.

Les carnets secrets de Nuremberg, de J.C. Deniau, 2006.

billet de Suspends ton vol, le nazi et le psychiatre de Jack El-Hai.