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"Leonard et Virginia Woolf disaient de ce livre en 1931 qu'il était le meilleur de Vita Sackville-West. Elégance folle, finesse et charme rétro". Une pareille remarque ne peut qu'aiguiser la curiosité. Dans ce roman,  on découvre la destinée de Lady Slane qui commence à revivre, à partir du jour où son mari meurt : véritable mythe vivant, vice-roi des Indes, membre du parlement, Lord Slane est une légende vivante mais, qui a ainsi relégué dans l'ombre sa femme, pendant toute sa vie. Femme dévouée, celle-ci élève leurs quatre enfants, Kay, Edith, Charles et Carrie, suivant son mari dans tous les coins du globe et surtout abolissant sa passion pour la peinture, au nom de l'amour qu'elle porte à son mari. Ses enfants cherchent à régenter sa nouvelle vie mais à quatre-vingt huit ans, Lady Slane est bien décidée à vivre comme elle l'entend : vivre de manière contemplative dans une petite maison de Hampteasd...
Vita Sackville est une véritable portraitiste. Quel don pour brosser des personnages originaux ! Sous sa plume fleurissent des excentriques : un milliardaire vivant comme un célibataire sans le sous et collectionneur d'objet d'art, Lady Slane qui a le sens de la beauté mais pas de l'argent, un propriétaire croyant aux théories millénaristes et aux chiffres prophétiques. Même Genoux, la fidèle servante de Mrs Slane, appartient à cette catégorie de personnages haut en couleur, parlant à son chat de manière théâtrale !

Les images envahissent le texte pour rendre plus tangible l'éphémère réalité de la vie, la fragilité des souvenirs. Et c'est là, lecteur, que tu risques d'être impatienté : les souvenirs de femme soumise de Lady Slane  ralentissent le roman qui perd son rythme alerte. Mais notre héroïne n'est pas à l'abri de nouvelles surprises. La passion peut-elle vraiment être entièrement abolie ?

L'écriture poétique des souvenirs alterne avec la verve sardonique des personnages tels qu'Edith ou Lady Slane, qui perçoit l'hypocrisie d'un monde régenté par l'argent et les ambitions, le jeu social qui a fait d'elle une femme soumise et qui a étouffé ses aspirations. Cette vieille dame anti-conformiste symbolise les rêves brisés, mais elle reste une femme hors du commun. Vita Sackville, avec finesse, raconte une vie au seuil de la mort, mêlée de mille réflexions sur le bonheur, sur le destin des femmes... tout en suscitant un monde rempli de sensibilité. Dans la lignée de l'écriture de romancières telles que V. Woolf ou K. Mansfield, avec délectation, le lecteur retrouvera une thématique et écriture post-victorienne : le chemin épineux des femmes au début du XXeme siècle.  Lien vers un billet très enthousiaste de Lou...

Toute passion abolie, Vita Sackville-West, Livre de poche, 221 p.