A Monster Calls : quelques minutes après minuit (VF)

Avant de réaliser le dernier opus de Jurassic world : fallen kingdom, Bayona a fait Quelques minutes après minuit. Cette histoire débute "comme un cauchemar" (au sens propre et figuré) nous dit une voix off : un jeune garçon est réveillé par les images cauchemardesques de sa mère qui meurt engloutie dans un cimetière et qu'il n'arrive pas à retenir. On découvre la vie d'un jeune garçon, Conor O'Malley, qui vit avec sa mère malade et qui est battu par des élèves de sa classe, à cause de sa différence : l'enfant dessine, est rêveur... Et pour cause, il se réfugie dans un monde fantastique où les arbres peuvent se déraciner et parler, voire conter des histoires. L'arbre gigantesque, qu'il voit de sa fenêtre, va prendre vie et lui apprendre par trois fictions la vérité sur sa situation qu'il n'accepte pas.

Quelle montage ! Quelle réalisation merveilleuse ! Les contes narrés sont représentés sous la forme d'animation aquarellée, chacune racontant une histoire qui n'est pas manichéenne. Même les "gentils" ( comme King Kong qu'on entrevoit à la télévision) peuvent mourir. Peuplé de symboles - comme le train, le numéro 6 ou l'arbre - comme l'explique Bayona, dans les commentaires audio, le film nous "donne une idée de la vérité mais pas de la réalité". Ce film rappelle l'esthétique et les idées du Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro.

Bayona tisse plusieurs sujets graves tels que le deuil, le harcèlement scolaire, le cancer et la vérité. Cette adaptation du roman de Patrick Ness analyse subtilement des sentiments et un moment de la vie particulièrement difficile, le passage à la vie adulte. En effet, les cadres ( celui des tableaux mais aussi des fenêtres et des portes) se multiplient dans le film, nous permettant de voir le passage des seuils entre le monde de l'enfance et le monde des adultes, celui du réel et de l'imaginaire. Ce merveilleux long métrage présente une grande fidélité au roman de P. Ness, écrit avec des mots simples mais dont la portée symbolique est très riche par la narration des contes. On peut regretter l'absence des illustrations de Jim Kay dans l'édition folio junior ( ci-desous, une de ses illustrations).

En bonus, les commentaires du réalisateur montrent l'envers du décor : très instructifs, les remarques de Bayona nous permettent de connaître les lieux où le film a été tourné, l'émergence de idées pour le choix des dessins, les décisions prises au moment des casting ( Les acteurs, Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver  sont excellents), les hommages cinématographiques... Ses choix artistiques révèlent son attention portée aux détails et aux couleurs, qui entrent en résonance tout au long du film pour créer un réseau de significations mettant en exergue l'importance de l'imagination dans la quête de la vérité. Le réalisateur ne cesse de répéter que le créateur doit "rompre les règles" et c'est ce qu'il a parfaitement réussi dans ce film magnifique. Un film et un livre à découvrir absolument !

Quelques minutes après minuit, Bayona, 2016, 1h48, avec Félicity Jones, Lewis MacDougall et Sigourney Weaver

Quelques minutes après minuit, Ness, Folio junior, 192 p.

Du même réalisateur : Jurassic world : fallen Kingdom

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