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John Robert Parsons : Jane Morris - 1865

"Vous apercevez l'intérieur d'un atelier de charpentier. Au premier plan, un petit garçon hideux, aux cheveux roux, le col tendu, pleurnichant, en chemise de nuit ; il semble avoir reçu un coup sur la main, sans doute de la badine d'un autre petit garçon, avec qui il jouait dans la ruelle ou dans la cour ; et il la tient, cette main, sous le regard d'une femme agenouillée, si horrible dans sa laideur, qu'elle ressort (à supposer qu'une créature humaine puisse exister un seul instant avec un cou disloqué de cette façon) du reste de la compagnie tel un monstre, qui ne se déparerait pas le plus infect cabaret de France ou le plus dégoutant débit de boisson d'Angleterre[...]". Qui a écrit cette critique assassine du Christ dans la maison de ses parents de Millais ? Dickens dans Household world se fait le pourfendeur des préraphaélites : mouvement esthétique qui se voulait novateur, ils choisissent l’archaïsme pour renouveler la peinture de genre victorienne... Les débuts des préraphaélites sont marqués par le scandale et la polémique, on leur reproche leur rendu tellement léché qu'il en devient photographique, leur folie médiévisante... Ce bref ouvrage sur l'art, trop court, bien trop court, nous retrace l'évolution du groupe préraphaélites richement illustré sur beau papier glacé et entouré d'anecdotes et de documents.

Mais ces jeunes gens enthousiastes ne sont pas seulement peintres, ils sont aussi poètes, décorateurs... tout le monde connaît la célèbre anecdote autour du recueil Ballads and sonnets : Rossetti avait enterré ce recueil écrit en 1840 dans le tombeau néo-égyptien d'E. Siddal dans le cimetière de Highgate et il a été exhumé 30 ans plus tard... Leur inspiration est souvent littéraire comme dans les peintures telles que L'adieu au chevalier ou l'enchantement de Merlin (Burne-Jones), beata Beatrix (Rossetti)...

"J'entends par tableau, un beau rêve romantique de quelque chose qui n'a jamais existé et n'existera jamais, dans une lumière plus belle que toutes celles qui ont jamais brillé, dans un lieu que personne ne peut définir ou se rappeler, seulement désirer" ( Burne-Jones). Ce que j'admire chez ces peintres, c'est l'esthétisation du quotidien et ce, dans tous les domaines : leur intérieur, leur vie est dirigée par la peinture, la littérature, une volonté de renouvellement, d'engagement, d'échapper à leur réel... La décoration de la maison de William Morris, Hammersmith appelée Keldoms manor**- chef de file des arts and crafts - est un véritable chef d'oeuvre où on reconnaît ses tissus au motif des oiseaux. En revanche, les dérives de cette peinture me semble représentée par une peinture telle que l'escalier d'or de Burne-Jones, qui sans véritable sujet, décline une même sorte de féminin, évoque une reproduction assez vaine ou Le printemps* de Millais ressemble vaguement à un photomontage mignard... Paradoxalement, ceux qui se voulaient novateurs ont fini par être les représentants de cette peinture victorienne qu'ils voulaient fuir... Ce petit ouvrage est comme une petite fenêtre ouverte sur l'univers préraphaélite...

SirJohnEverettMillais1859SpringLadyLeverArtGalleryPortSunlightMerseysideUK

* Le printemps.

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** intérieur de keldoms Manor

L'exposition Une ballade d'amour et de mort présentait des photographies préraphaélites : billet de Fleur, Lilly, thé au jasmin,

Les préraphaélites, un modernisme à l'anglaise, Laurence Des Cars, Découvertes Gallimard, 127 p.

Participation au challenge de Shelbylee " L'art dans tous ses états".