libre_et_legere_suivi_de_expiation_edith_wharton_9782080684431Maupassant écrivait dans Une vie, "On pleure parfois les illusions avec autant de tristesse que les morts". Le même constat se retrouve dans Libre et légère mais sous une plume d'un auteur de 14 ans ! Première nouvelle de cette romancière américaine, Libre et légère nous entraîne dans un court récit sur l'amour, le mariage, l'argent... Toutes les préoccupations whartonniennes qui hanteront ses romans. Mais revenons à Libre et légère : Mais qu'est-ce être libre pour une femme de la toute fin du XIXeme siècle ? Est-ce épouser un vieil homme en espérant mener une vie de luxe et de légèreté ? Et qu'est-ce la légèreté ? Préférer l'argent à l'amour ? Wharton ne parle-t-elle pas plutôt de son écriture qui traite avec légèreté un sujet préoccupant pour les jeunes filles... (et leur mère aussi) ?

Ce qu'on apprécie, dans cette petite nouvelle, c'est le style whartonnien : le regard que pose la romancière sur ses personnages est éminemment lucide, et en même temps très schématique. L'anti-héroïne, pourrait-on dire, est Georgina Rivers qui aime son cousin le peintre dilettante Guy Hasting. Mais elle le rejette pour épouser un vieux mais riche lord Breton. Si elle devient la coqueluche de tout Londres, si elle s’enivre de luxe et de divertissements, est-elle heureuse ? A-t-elle fait le bon choix ? Va-t-elle rendre malheureux, lord Breton, son cousin Guy ?

Sur le vieux thème du mariage d'argent ou d'amour,E. Wharton a su poser un regard frais et moqueur, d'abord par des interventions du narrateur : " Un sinistre après-midi  d'automne à la campagne. a l'extérieur, une  douce bruine tombant sur les feuilles jaunes ; à l'intérieur, deux personnages jouant aux échecs, près de la fenêtre, à la lueur du feu, dans le salon de holly Lodge. Or, quand deux personnes jouent aux échecs par un après -midi pluvieux, en tête à tête dans une pièce dont la porte est fermée, elle sont susceptibles soit de s'ennuyer beaucoup, soit d'être dangereusement captivées ; et, dans le cas présent, malgré tout le respect dû au romanesque, elle paraissaient écrasées par le plus accablant ennui". Ensuite par des fausses critiques journalistiques écrites par elle-même où l'auto-dérision perce à chaque ligne. Là, elle ironise sur son roman qu'elle juge  injustement, car s'il est vrai que si l'écriture n'a pas atteint le scintillement de celui de Chez Les heureux du monde, E. Wharton a inséré des références littéraires et un ton unique de badinage qui voile des descriptions de caractères et de moeurs très enlevées comme le type du jeune homme du monde... L'auteur ressemble étonnamment à la jeune fille américaine comme la décrit Paul Bourget dans son essai Outre-mer : " elle a tout lu, tout compris, et cela non superficiellement, mais réellement, avec une énergie de culture à rendre honteux tous les gens de lettres parisiens...[...] On dirait qu'elle s'est commandé quelque part son intelligence, comme on commande un meuble". Et effectivement, la romancière fait preuve de beaucoup de drôlerie et d'intelligence dans cette nouvelle que j'ai trouvé fascinante.

Libre et légère d'E. Wharton,Flammarion, 208 p.

autres romans : Chez les heureux du monde, Kerfol, Les boucanières, Le triomphe de la nuit, Les lettres, Xingu

Lu par Mango,passion lecture, Lou....

Pour en savoir plus sur les romans d'Edith Wharton, voir les billets du challenge Edith Wharton organisé par Titine.