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Mariage à la mode, précédé de La Baie de Katherine Mansfield, folio, 79 p.

Quatrième de couverture :
"Dans le train qui le ramène chez lui pour le week-end, William savoure le bonheur de retrouver bientôt Isabel, sa ravissante jeune femme, et leurs deux enfants. Pourtant, depuis qu'Isabel s'est liée à un nouveau groupe d'amis, elle a changé et William ne sait trop qu'en penser...
Durant les longues journées d'été, Crescent Bay est le théâtre de la vie et des jeux de ceux qui y passent leurs vacances entre baignade, sieste et conversations.
Par petites touches lumineuses et justes, Katherine Mansfield esquisse des portraits pleins de finesse et de sensibilité".

Je suis entrée dans ces nouvelles sans rien connaître de l'auteur et de son écriture. Ces courts récits m'ont donc surprise par l'écriture impressionniste : La "Baie" est un long récit d'une "tranche de vie" sans véritable intrigue, suivant différents personnages et les décrivant de manière objective, sans jugement. Et pourtant le narrateur relève et révèle chaque entorse à la bienséance, chaque distorsion dans le caractère des personnages, comme une mère indifférente par rapport à ses enfants, une femme peu conventionnelle qui a épousé un bel homme plus jeune qu'elle, une jeune fille qui repousse les avances d'un jeune homme mais dans ses rêves. L'auteur va au-delà des apparences mais sans prendre parti. "Le mariage à la mode" est un titre ironique où l'on peut voir au contraire une femme qui s'éloigne peu à peu de son mari et de son idée traditionnelle du mariage, pour mener une vie de bohème. La remise en cause du mariage n'est pas explicite mais finement introduite en ridiculisant le mari.

L'écriture impressionniste transparaît aussi dans les descriptions colorées : " Très tôt le matin. Le soleil n'était pas encore levé, et Crescent Bay disparaissait entièrement dans une brume blanche qui s'élevait de la mer. Au fond, les grosses collines couvertes de broussailles étaient englouties. Impossible de dire où elle s'arrêtaient et où commençaient les enclos et les bungalows[...]. L'herbe était bleue. De grosses goutte restaient accrochées aux buissons comme par un fil ; le toï-toï argenté et duveteux retombait mollement sur ses hautes tiges, et, dans les jardins des bungalows, tous les soucis et les œillets se courbaient jusqu'à terre, saturés d'humidité. Les froids fuchsias étaient trempés, des perles de rosée parsemaient les feuilles plates des capucines. On eût dit que la mer s'était doucement soulevée dans les ténèbres, qu'une immense vague s'étaient étalée, étalée...". L'écriture poétique des sensations, de la lumière, d'un paysage, n'est pas sans rappeler celle de V. Woolf, de même que la métaphore récurrente de la mer. L'univers de K. Mansfield semblent remettre en cause, en douceur, certaines valeurs dépassées pour mieux poser les jalons d'une écriture moderne et séduisante.

Vous pouvez trouver l'avis enthousiaste de Lou sur son site My Lou book, accompagné d'une belle biographie sulfureuse de l'auteur.