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29 juin 2022

Des éclairs d'Echenoz : ISSN 2607-0006

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Connaissez-vous Tesla ? Découvrez sa géniale vie grâce à "une fiction sans scrupules biographiques" (comme le signale la quatrième de couverture) dans Des éclairs d'Echenoz ! Il fallait bien un roman pour décrire cette vie hautement romanesque, follement dramatique, voire mélodramatique de ce misanthrope. Tesla, dans ce roman biographique, ressemble à s'y méprendre à l'archétype du génie fou, de l'inventeur farfelu...

Cette biographie commence donc par une naissance illuminée d'éclairs. Très rapidement, nous nous retrouvons à New-York où Tesla, appelé Gregor dans le roman, a rencontré les plus riches hommes de la planète, des savants comme Edison, des écrivains tels que Mark Twain et... invente le courant alternatif, le radar même si personne ne veut de cette invention qui leur paraît incroyable. Lui-même paraît incroyable avec son sens de la mise en scène et de la théâtralité ! Mille idées bouillonnent sans interruption, comme dans le courant continu, dans le cerveau de cet excentrique savant. Et c'est ce que Echenoz a développé brillamment !

Sans être féru de science ou de physique, on peut se passionner pour cette vie hors-norme grâce au style échenozien plein d'alacrité. Avec son narrateur amusé, l'auteur présente cette destinée tragique - Gregor/Tesla va être spolié de toutes ses inventions - avec ironie et désinvolture. Voyez comme le biographe se moque de l'obsession de Grégor pour les pigeons : "Personnellement, je n'en peux plus de ces pigeons. vous n'en pouvez plus également, je le sens bien. Nous n'en pouvons plus et, en vérité, ingrats et versatiles comme ils sont, eux-mêmes n'en peuvent plus de Gregor. Fatigués de sa personne et jugeant trop à la baisse la qualité de ses approvisionnements, ils ont décidé de s'en défaire" (p. 171).

Le tempo vif de la prose échenozienne nous emporte vite dans la vie inouïe de l'inventeur génial et original Tesla !

Echenoz Jean, Des éclairs, Les éditions de Minuit, septembre 2021, 175 p.

Lu aussi par Dasola

Du même auteur : Envoyée spéciale

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Nikola_Tesla

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28 juin 2022

Simone Veil, l'immortelle, de Bresson et Duphot : ISSN 2604-0006

Paris, 26 novembre 1974. C'est par cette date que commence la BD Simone Veil, l'immortelle de Bression et Duphot : c'est l'année où le combat de la ministre de la santé dans le gouvernement de Jacques Chirac commence. Elle doit défendre son projet  sur l'interruption volontaire de grossesse. Elle doit faire face aux hostilités : " je suis décidée à aller jusqu'au bout, ce ne sont pas les obstacles qui vont m'arrêter, surtout lorsque l'on a vécu une adolescence sous le régime nazi. [...]. Je ne me laisserai pas abattre par ce torrent de haine et je ne montrerai pas à tous ces hommes qu'une femme est plus fragile qu'eux". (p. 99).

Les deux auteurs, Bresson et Duphot ont mis en image la vie de Simone Veil avec la narration de sa bataille politique mais aussi des retours en arrière décrivant sa jeunesse à Nice au moment des premières offensives antisémites, en 1940. Une autre analepse dépeint sa vie dans les camps. Pour chaque époque de sa vie, ce que retiendront ces deux auteurs, c'est le courage, la détermination, l'humanité de cette femme panthéonisée. A l'heure où en Arkansas, les dernières cliniques d'avortement ferment leurs portes (En une de Libération, lundi 2 juin 2022, "Liberté, égalité, IVG, La décision de la Cour suprême américaine de réduire la liberté d'avorter rappelle au monde la fragilité des acquis sociétaux. En France, la volonté d'inscrire ce droit dans la Constitution tourne à la bataille polititique"), il est nécessaire de se rappeler la lutte de Simone Veil pour le droit des femmes. Annie Ernaux parle aussi de sa propre expérience de l'avortement dans L'événement. Des livres à connaître !

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23 juin 2022

Héroïne, de Cléopâtre à Womder Woman d'Alix Paré : ISSN 2607-0006

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Sur chaque double page est présentée une héroïne moderne, fictive, antique, cruelle, intelligente, militante...Mais "qu'est-ce qu'une héroïne ?", s'interroge Alix Paré dans Héroïne, de cléopâtre à Wonder Woman. "C'est une femme qui se distingue par ses actions, sa bravoure, sa grandeur d'âme. Ce peut aussi aussi être la protagoniste d'une oeuvre littéraire ou cinématographique. C'est toujours une femme qui fascine, qui rassemble et qui résite au temps. Son histoire hord-norme s'inscrit dans la mémoire culturelle collective".

thumb_largeQui sont ces héroïnes qui nous subjugent encore ? Ce bel objet-livre avec ses illustrations couleurs présentent une femme réelle ou imaginaire qui a frappé nos esprits, toujours à travers une création originale ou atypique : par exemple, à travers l'oeuvre en fil de fer Joséphine Baker IV d'Alexander Calder, Alix Paré analyse l'oeuvre d'art, la vie de l'artiste afro-américaine et celle de Calder. En trois paragraphes denses, l'auteur réussit à synthétiser de nombreux éléments autour de cette femme.

iseut_illustration_du_studio141483Outre les oeuvres pas toujours connues, Alix Paré présente d'abord des "incontournables" comme Iseut, Simone Veil, George Sand mais aussi des femmes "inattendues" comme Lady Govida, une aristocrate anglo-saxonne, ayant réellement vécue (elle est représentée sur la couverture, Lady Govida de John Collier). Si vous souhaitez savoir qui est cette héroïne, en quoi consiste sa bravoure, ouvrez ce beau livre d'art et de connaissances particulièrement didactique avec ses encadrés et ses définitions...

Paré Alix, Héroïne, de cléopâtre à Wonder Woman, Espagne, avril 2022, Edition du chêne, 104 p.

"Alix Paré, diplômée de l’École du Louvre, est conférencière spécialisée en peinture occidentale des XVIIe, XVIIIe et XXe siècles. Elle a travaillé pendant huit ans au musée du Louvre et au château de Versailles. Elle donne des cours d’histoire de l’art et intervient dans les grandes expositions parisiennes" (biographie du site Edition du Chêne).

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Cléopâtre essayant des poisons sur des condamnées à mort, Alexandre Cabanel

12 juin 2022

La colonie de Marivaux : ISSN 2607-0006

M02081423758-large"Un combat entre l'amour et la raison" (Le jeu de l'amour et du hasard, III, 4)

De son vivant, on se moque du style de Marivaux en créant le terme de "marivaudage", un langage précieux et galant comme dans Le Jeu de l'amour et du hasard. Deux jeunes gens, Silvia et Dorante, qui doivent sé'pouser, veulent d'abord connaître le caractère de celui ou celle à qui ils sont destinés. Ils décident, chacun de leur côté, sans le savoir, de changer leur rôle avec leur serviteur. Ainsi la fausse Silvia et le faux Dorante tombent immédiatement amoureux, de même que leur maître. Mais Silvia croit déchoir en épouvant celui qu'elle prend pour un valet, qui est en réalité Dorante. La pièce se construit en dialogues symétriques où chacun fera la connaissance des autres... Quiproquos et mise en abyme révéleront le mérite de chacun et leurs vrais sentiments.

719mQKBDH9L"C'est mon habit qui est un coquin" ( III, 3, La fausse suivante)

Dans La fausse suivante, une jeune fille se déguise en chevalier pour éprouver les sentiments de son futur époux. Elle découvrira quelle est sa vraie nature, aidée de ses serviteurs, notamment Trivelin, sorte de picaro : le sort de ce valet prend une place relativement importante dans cette intrigue où la jeune parisienne, ou le faux chevalier, va découvrir le véritable visage de Lélio, à qui on la destine. Le travestissement et les badinages -à travers le chevalier, Marivaux se permet même de critiquer le marivaudage ! - dissiperont les illusions sur les sentiments de Lélio.

9782210754744-475x500-1"Nos petites-filles réussiront" (La colonie)

Cependant, La colonie s'éloigne de cette esthétique même si on retrouve l'ambiguité du dénouement. Sur une île - comme L'île des esclaves - des hommes et des femmes ont fait naufrage et souhaitent réorganiser leur petite société. Les hommes ont d'emblée exclu les femmes qui se rassemblent à leur tour. Elles créent une affiche pour réclamer davantage de droits. Malheureusement, les hommes ont préparé une petite comédie pour les empêcher de se révolter... Avec légèreté - les hommes ironisent ou sont ridiculisés comme Percinet - Marivaux condense l'esprit des Lumières à travers la lutte des femmes pour davantage d'égalité. Cette petite pièce, en un acte et 18 scènes, s'éloigne singulièrement du style de marivaux : pas de badinages dans La colonie mais la confrontation d'idées de son siècle et celle  de notre siècle aussi...

Marivaux, La colonie, Carrés classiques collège, France, septembre 2021, 115 p.

Marivaux, La fausse suivante, Le livre de poche, Espagne, mars 2014, 124 p.

Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard, France, Juin 1999, GF Flammarion, 157 p.

du même auteur : Le paysan parvenu

8 juin 2022

L'ombre du mal de James McTeigue : ISSN 2607-0006

Deux crimes abominables - un des cadavres était caché dans la cheminée - sont commis à Baltimore : la porte et les fenêtres étaient closes. Les traces de strangulation révélaient que le tueur avait une main gigantesque. Cela vous rappelle-t-il un autre meurtre ? "Double assassinat dans la rue Morgue" ! En effet, dans L'ombre du mal de James McTeigue un tueur en série décide d'imiter les crimes des Histoires extraordinaires et de dialoguer avec E. A. Poe.

Comme on ne sait pas ce qu'il s'est passé dans la vie de l'auteur américain quelques jours avant sa mort, le scénariste a imaginé une histoire farfelue en imaginant Poe en investigateur héroïque aidant la police. Donc, dans une ambiance nocture, très timburtonienne, l'auteur du "Corbeau" tente de sauver la femme qu'il aime des griffes d'un de ses admirateurs, passionné par ses récits morbides. Entre deux verres d'alcool, Poe cabotine, écrit, enquête...

Si vous aussi, vous êtes passionnés par l'écrivain, vous serez bien déçus. La réalisation est plate comme une raie manta (à part la première image qui est en réalité le reflet dans une flaque...) ! Et répétitive ! Les meurtres se succèdent comme sur du papier à musique, nos deux enquêteurs résolvant miraculement et mécaniquement toutes les énigmes... Des cadavres, une femme enterrée vivante comme dans "Le coeur révélateur", des scènes gores, mais rien n'arrive pas à nous faire sursauter, rien n'arrive à nous faire ciller.  Pas une image n'est marquante... On dirait juste un banal film policier qui aurait pris pour trame les nouvelles d'Edgar Allan Poe...

L'ombre du mal de James McTeigue, 1h, John Cusack,

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