Le 13 janvier 2021, A. Ernaux aurait dû faire l'actualité avec son roman Passion simple adapté au cinéma par Danielle Arbid. Malheureusement, la sortie de ce film sélectionné au Festival de Cannes en 2020 est repoussée. Toutefois, sa longue nouvelle autobiographique L'événement est toujours d'actualité, avec le thème de l'avortement, en ce 8 mars, journée internationale des droits des femmes.

photo ernauxL'événement

Une librairie bordelaire © 1001 classiques

Dans ce court récit, A. Ernaux décrit quelques mois, dans les années 60, durant lesquels elle essaie d'avorter suite à une grossesse non désirée. Son copain, étudiant en médecine, indifférent à son sort et éloigné géographiquement ne la soutient ni moralement, ni financièrement. Elle ne peut guère compter sur l'aide de ses parents, d'origine modeste et pétris de préjugés. C'est dans la solitude qu'elle doit faire face à cette situation, situation d'autant plus difficile qu'à l'époque, les femmes n'ont d'autres solutions que d'avorter clandestinement.

On pourra apprécier la retenue de la romancière, qui ne tombe jamais dans une plainte ou un lyrisme facile. Au contraire, elle fait ressentir sa douleur, sa solitude et sa souffrance sans effusion. On reconnaîtra d'ailleurs son style habituel, son écriture "plate" (La place) qui mêle autobiographie, restitution de son époque et réflexion sur l'écriture : en l'occurence, elle cherche une manière d'exprimer sa douleur en cherchant à retrouver les sensations, les sentiments qu'elle a vécus sans les transformer. Vers la fin du récit autobiographique, elle affirme : "Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l'écriture, c'est-à-dire quelque chose d'intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans ma tête et la vie des autres" ( p. 125).

Un roman similaire à ses précédents romans ? En fait, Annie Ernaux, par ce récit d'un événement douloureux, s'inscrit dans la mémoire collective, mais plus spécifiquement de celle de toutes les femmes : (" Je ne suis pas le plombier !" [dit un chirurgien]. cette phrase comme toute celle qui jalonnent cet événement, des phrases très ordinaires, proférées par des gens qui les disaient sans réfléchir, déflagre toujours en moi. Ni la répétition ni un commentaire sociopolitique ne peuvent attérnuer la violence. [...] Et cette phrase que lui avait peut-être inspirée un sketch de Fernand Raynaud qui faisait alors rire toute la France, continue de hiérarchiser le monde en moi, de séparer, comme à coup de trique, les médecins des ouvriers et des femmes qui avortent, les dominants et les dominés" (p. 108).

"Il se peut qu'un tel récit provoque de l'irritation, ou de la répulsion, soit taxé "de mauvais goût". D'avoir vécu une chose, qu'elle qu'elle soit, donne le droit imprescriptible de l'écrire. Il n'y a pas de vérité inférieure. Et si je ne vais pas au bout de la relation de cette expérience, je contribue à obscurcir la réalité des femmes et je me range du côté de la domination masculine du monde" (p. 58).

Contrairement à ce que croit la romancière, la lutte contre l'IVG est peut-être terminée en France mais elle ne l'est pas dans d'autres états comme le rappelle un film récent Never rarely sometimes always (2020) ou d'autres événements de notre société contemporaine (France info).

Ernaux Annie, L'événement, Folio, France, août 2001, 130 p.

Autres romans de la romancière : Mémoire de fille, La place, la honte, une femme, Regarde les lumières mon amour

Sur le web : billet de Lilly

VIDEO. IVG : comment ça se passe dans le monde ?
L'IVG peut être pratiquée jusqu'à 24 semaines. C'est l'un des délais les plus élevés d'Europe avec les Pays-Bas. L'avortement est quasiment illégal. Les femmes polonaises ne peuvent désormais recourir à l'IVG qu'en cas de viol, d'inceste ou de danger pour la vie de la mère.
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