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14 février 2021

L'isle lettrée de Mark Dunn : ISSN 2607-0006

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On peut déjà être un peu surpris par le choix du titre du roman de Mark Dunn : Ella Minnow Pea a été transformé en L'isle lettrée. Le jeu sur les lettres de l'alphabet disparaît. Cela laisse mal augurer du reste... Pourtant, excepté le titre, la traductrice tente de restituer la lettre du texte. De nombreux jeux de mots sont présents dans les missives échangées par les habitants d'Utopianian, rebaptisée Nollop, en l'honneur d'un des écrivains de leur île, qui a écrit un pangramme, c'est-à-dire une phrase où toutes les lettres de l'alphabet sont employées ("Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume"). Dans cette société insulaire fermée aux innovations technologiques, les habitants se voient refuser l'utilisation de la lettre Z après une interprétation superstitieuse d'un accident sur l'île, une des lettres du pangramme étant tombée. La sanction de mort touche tous ceux qui osent employer cette lettre interdite : de fait les abeilles sont condamnées à mort pour la prononcer sans cesse !

Mark Dunn développe un monde où la tyrannie de 1984 d'Orwell aurait rencontré l'univers de La disparition de Pérec, où une lettre est supprimée. Evénement bénin ? Il s'en suit que les habitants ne peuvent plus écouter la radio où la lettre prohibée est prononcée. Les îliens vont-ils se révolter contre les répressions ? Comment les enseignants peuvent-t-ils transmettre des savoirs  - sans livre, ceux-ci contenant la lettre interdite - et en supprimant une lettre. Les contraintes amenées par la disparition progressives des lettres provoquent des jeux sur le langage et une créativité tout à fait réjouissante  ( "Ces DOUX ENNemis" : écoutez le son de ces mots mis en capitales !) et attristante.

Pourtant, même si l'intrigue est bien conçue et n'est pas oubliée au détriment de la forme, on peut regretter que les styles épistolaires se ressemblent tous, faisant des personnages des êtres de papier. Moutonniers et lâches, les différents personnages se ressemblent tous par leur comportement légnifiant, leur naïveté, leur désuétude. L'ambiance qui rappelle La lettre écarlate d'Hawthorne - avec des piloris et des coups de fouet - donne une dimension inactuelle à cette dystopie épistolaire originale, qui pousse à réfléchir. L'idôlatrie, la superstition font évidemment mauvais ménage avec le savoir et le progrès. Voici encore une preuve s'il en est besoin. Cependant, des problèmes de traductions freinent la lecture et la rendent pénible, à tel point que j'ai abandonné le roman : " Les personnes présentes maintenant en notre isle, je tente à parler à elles" ( p. 167). Un bon concept mais déservi par la traduction...

Dunn Mark, L'isle lettrée, Elya Edition, Saint-Etienne, mai 2013.

sur le web : Lecture sans frontières,

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Commentaires
M
Oula ça donne pas envie. Je passe pourtant j'aime les dystopies mais si la traduction est ratée alors tanpis !
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M
Dommage que les problèmes de traduction viennent en plus de ce que tu as trouvé négatif, freiner la lecture. L'idée de base était intéressante pourtant...Je n'ai jamais rien lu de cet auteur et du coup cela ne me tente pas. Merci pour ta critique édifiante !
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S
avec ce titre anglais mal interprété tu confirmes tout ce que je pense de la manière dont les traducteurs abîment parfois ce qui pourtant serait simple à traduire - en tout cas le sujet est intéressant
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A
Pour le coup, si on peut lire la version originale, c'est sûr que c'est mieux mais même si j'imagine que la traduction pourrait sonner peu naturelle, ou factice, du fait de l'adaptation que ça a dû demander, je félicite la traductrice pour ce travail de réécriture qui n'a vraiment pas dû être évident. C'est vrai qu'on doit sûrement perdre beaucoup en terme de jeu de mots et de lettres, on le voit rien qu'avec le titre, mais quelle trouvaille admirable tout de même pour compenser.
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K
Évidemment, c'est quasi galère à traduire...
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