29 octobre 2013

Les faucheurs sont les anges, Alden Bell : ISSN 2607-0006

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Les faucheurs sont les anges raconte le périple d'une adolescente de 15 ans, dans une Amérique ravagée par des zombies, jalonné de bonnes ou de mauvaises rencontres. A travers les souvenirs de Temple, s'élabore peu à peu la vie d'une personne n'ayant jamais connu que la destruction des autres pour survivre. Pourtant, elle ne semble pas insensible aux beautés d'un monde qui suscitent chez elle un questionnement métaphysique, moins manichéen qu'il n'y parait. Si le monde post-apocalyptique rejoint celui de La route de Mc Carty ou celui antérieur de Malevil de R. Merle, on ne perçoit pas l'originalité apportée au " mythe de Zombie" comme l'indique la quatrième de couverture...

Lector in fabula : Tout auteur, selon U. Eco pense à un archi-lecteur, un lecteur idéal à l'horizon de son roman. Quel est celui de A. Bell ? Les amoureux d'histoires de zombies ? Les adolescents, qui peuvent se projeter dans le jeune personnage ? Les amateurs de jeux-vidéos où l'objectif est de détruire  tout obstacle rencontré sur le chemin ? Peu habituée à la lecture de science-fiction, je n'ai pas du tout été intéressée par la personnalité de l'héroïne. La quête de Temple, ponctuée par de nombreux massacres, se fait mécaniquement, aussi automatiquement que les gestes des zombies hantant ce roman, et la fin du roman est des plus brutales, tournant court sur ce qui parait être une impasse du roman. Comme l'auteur ne décrit pas la société, comme il ne parle pas des autres personnages et évoque seulement la manière dont les gens réagissent face à un monde sans sens, le récit tourne vite dans le vide amenant un dénouement rapide et peu cohérent... On s'ennuie vite avec cette histoire qui se lit facilement mais qui n'aboutit sur aucun enjeu....

Alden Bell, Les faucheurs sont des anges. Un avis positif ici.

Partenariat Folio, Merci Lise.

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

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29 septembre 2013

L'affaire Jane Eyre, Fforde : ISSN 2607-0006

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Quel monde attrayant Fforde construit avec L'affaire Jane Eyre ! Tout n'est que littérature ! Les OpSpecs sont des enquêteurs spéciaux qui traquent les faux et les vols de livres. S'ils se rendent dans un bar, il est forcément nommé le "chat de Sheshire". Les aéroports se trouvent ornés de shakesparleurs - des robots qui récitent l'oeuvre de Shakespeare - et les savants fous contruisent des portails qui permettent d'entrer littéralement dans les oeuvres. Dans le monde de Thursday Next, les querelles littéraires font rage : baconiens or not baconiens en ce qui concerne l'oeuvre de Shakespeare ? Lorsque le manuscrit de Martin Chuzzlewit de Dickens est volé, notre héroïne est confrontée à un dangereux professeur de littérature égocentrique et démoniaque - appelé Hadès Achéron. L'intrigue plutôt décousue prolifère de toute part : l'imagination foisonnante de Fforde crée des tueurs de vampires, des chronogardes qui peuvent arrêter le temps, plusieurs intrigues amoureuses...

Si l'imaginaire ffordien se révèle plutôt séduisant, l'écriture est souvent décevante avec de ridicules dialogues entre l'héroïne et Hades, et un langage très familier et parfois grossier pour des amoureux de la littérature... Des détails inutiles et l'humour parfois outré des personnages finissent par lasser, sans parler du manichéisme des personnages.

Pourtant le livre échappe à l'outrance technique des livres de science-fiction. En effet, L'affaire Jane Eyre semble aussi un hommage et un jeu autour de l'oeuvre de charlotte Bronte. Reproduisant des passages entiers, l'auteur prend plaisir à revivifier l'histoire en créant une frontière poreuse entre la réalité et la fiction et en attribuant une vie propre aux personnages peuplant l'oeuvre de C. Brontë : qui n'a pas rêvé de rencontrer Rochester et de déambuler à Thornfield ?

L'affaire Jane Eyre, Fforde, 10/18

 

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12 mai 2012

lovecraft, Par-delà le mur du sommeil

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L'univers de Lovecraft est inimitable, original et absolument particulier. En entrant dans ses nouvelles, on sent tout de suite sa fascination pour les histoires de possessions, de sorciers et de sciences occultes, sans compter folie et mythes antédiluviens... Que ce soit dans "L'affaire Charle Dexter Ward" ou "Le monstre sur le seuil", un personnage ou le héros prend la parole pour déclarer que sa folie n'en n'est pas une mais qu'ils ont été confrontés à des forces occultes... Des enquêtes sont soigneusement menées d'un point de vue historique ou scientifique. Quoi de plus naturel ? Stonehenge ou les sorcières de Salem ont fasciné plus d'une personne tout en conservant tout leur mystère...

"La folie rôde dans le vent nocturne" ("Le molosse"): Une grande place est aussi laissée à l’architecture gothique, médiévale, ruines, temple ou des maisons isolées. Au croisement de la sciences fiction, du conte fantastique et du récit mythique, les histoires de Lovecraft provoque le doute : les personnages sont-ils fous ? Qu'est-ce qui les a conduits à la mort ou à tuer ? ainsi, dans "L'affaire Charles Dexter Ward", on est amené à se demander si le jeune homme est vraiment possédé par un sorcier, son arrière grand-père. Une histoire similaire est développée dans "Le monstre sur le seuil" où un jeune homme tombe sous la coupe de sa femme, légèrement diabolique... Mais la jeune femme se comporte de la même manière que son père : l'a-t-il possédée et cherche-t-il à prendre possession du corps du jeune homme ? " Les rats dans les murs" commence dans une atmosphère gothique pour finir dans le meurtre et l'épouvante : un homme dont toute l'ascendance comporte des meurtriers et une malédiction de famille, décide de retourner dans le manoir anglais de ses ancêtres. Là, il ne cesse d'entendre des rats sans jamais les voir, jusqu'au moment où il découvre une antique stèle dans la cave, descendant vers les abîmes...

L'innommable, l'invisible, le surnaturel sont omniprésents mais pas effrayants... Ces êtres informes créent surtout une aura de mystère et de doute s'appuyant sur des superstitions... tout repose sur les perceptions des personnages dont on met en doute souvent l'équilibre mental. Certains événements sont assez répétitifs, les forces des ténèbres étant souvent liées à l'odeur de souffre, à des formes sans formes... L'auteur semble obnubilé aussi par les décadents et leurs histoires morbides. S'il cite Huysmans qui a écrit La-bas, histoire de Gilles de Rais et autres monstrueux personnages, il semble qu'il soit influencé par toute l'atmosphère fin-de-siècle et le goût du satanisme et de l'ésotérisme du XIXeme siècle finissant : on retrouve diverses influences littéraires mais détournées vers l'épouvante... Le monstrueux, les secrets sont développés avec talent dans ces nouvelles qui sont des variations autour de mêmes obsessions, une vision de l'enfer et de l'invisible...

L'horreur de Dunwish, Folio.

Par-delà les murs de sommeil, Lovecraft, folio SF, 333 p. qui rassemble les nouvelles suivantes " L'affaire Charles Dexter Ward", " celui qui hantait les ténèbres", " Le monstre sur le seuil", " Les rats dans les murs", "Par-delà le sommeil".

Lu aussi par Titine.

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26 juin 2011

Le faiseur d'histoire, Stephen Fry

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Si vous avez lu des billets élogieux sur un livre de SF de Stephen Fry, comme celui de Cryssilda ou de Keisha vous saurez en lisant ce livre, chers lecteurs, qu'ils sont tout à fait mérités. de quoi parle Le faiseur d'histoire ? Justement de l'histoire avec un grand H. Notre héros Michael Young est un thésard en histoire à Cambridge : il étudie une des périodes les plus sombres, celle du nazisme. La rencontre inopée avec un professeur de physique qui a créé une machine permettant de regarder le passé et le vol non moins inopiné d'une pillule rendant stérile donne l'idée au jeune futur "docteur" de remonter le temps pour empêcher la naissance d'Hitler. Du déjà vu ?

Certes non ! L'originalité de ce roman vient du personnage principal et de la narration tout à fait surprenante. Tout d'abord le livre est lui-même écrit par un excentrique "de ceux dont la Grande Bretagne a le secret"*, mettant en scène un personnage...excentrique aussi ! Imaginez un thésard qui introduit des passages lyriques, pour essayer de capter l'attention du lecteur et révèle à son tuteur que c'est un peu comme un poème en prose ! Vous l'aurez compris, Michael Youg a beaucoup d'imagination et une propension naturelle à être maladroit... faisant s'envoler toutes les feuilles de sa thèse, bien évidemment non reliées, le jour où il doit les remettre à son tuteur... qui le reçoit habillé en kimono (?). Bref, notre excentrique personnage décide de changer de monde. Mais peut-on défaire ce qui est fait ? Peut-on changer ce qui existe, empêcher la naissance d'un être malfaisant ? L’uchronie comme tout roman de science-fiction pousse à la réflexion en confrontant un autre monde possible au nôtre : l'auteur dénonce ainsi l'intolérance. Le faiseur d'histoire un livre sérieux ?

Non, car l'autre qualité de ce livre, c'est qu'il est raconté de manière originale. Fry est acteur, mais aussi écrivain, animateur radio... et il a aussi écrit des sketchs etc... Il écrit donc certains passages du roman comme un scénario, donnant une touche humoristique supplémentaire en jouant sur les clichés des films, s'ajoutant ainsi au comique créé par l'exaltation du héros... Si les événements et les personnages reposent sur des faits réels, de nombreuses situations sont complètement farfelues. Seule la fin sentimentalo-hollywoodienne est à déplorer... Et si vous croyez ne pas aimer la science fiction, ce livre plein d'humour vous fera peut-être changer d'avis.

* postface; p. 630

Le faiseur d'histoire, Stephen frey, Folio, p. 645;

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05 septembre 2010

Fahrenheit 451 de Bradbury : ISSN 2607-0006

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Les liens entre les mondes fictionnels et réels sont toujours présents ; même les utopies, en s'attachant à décrire une société imaginaire, servent à critiquer de manière indirecte, le monde contemporain des auteurs. Ecrit dans les années maccarthystes, pour en critiquer les dérives fascisantes, Bradbury dénonce avec ce roman d'anticipation la censure qui frappe les livres et les intellectuels. Roman d'anticipation ? Pourtant certaines phrases pourrait encore s'appliquer à notre société.

451° Fahrenheit est la température à laquelle un livre s'enflamme. Dans ce monde futuriste, les pompiers n'éteignent pas les feux mais les allument, autodafé qui permettent de brûler les livres, jugés dangereux pour le bonheur de l'homme, car la fiction est mensonge et contradictoire. Pourtant, Montag, fervent pompier et destructeur de livres, va à la faveur d'une rencontre prendre conscience de l'horreur de ses actes. Guy Montag remet en cause son idéologie le jour où il rencontre une jeune fille, qui apprécie les conversations, la réflexion et l'échange avec l'autre. A quoi servent les livres ? Pourquoi certaines personnes sont prêtes à mourir pour les défendre ?

Dans ce monde, les objets sont plus vivants que les humains souvent métaphorisés en statues : la chaleur est associée aux livres tandis que le froid qualifie le foyer de Montag, lieu complètement déshumanisé. Les images envahissent les murs, rendant les êtres solitaires et leur vie vaine. Montag et sa femme vivent dans un tourbillon de paroles et d'images vidées de sens. Pompier, Guy Montag doute, réfléchit, s'humanise et prend conscience de la valeur des livres.

En 1953, ce roman d'anticipation a pris une valeur séditieuse : c'était un livre engagé.  Finalement, on se dit que ce monde terrifiant et totalitaire n'est pas le nôtre, car on ne brûle pas de livres et pourtant à bien y regarder, Fahrenheit 451 semble très proche de notre réalité : l'image a remplacé le livre et il n'est nullement besoin de les brûler. Le peu d'intérêt qu'on porte à la littérature et le fait de moins lire amène la mort du livre aussi sûrement que les flammes d'un autodafé. Cependant ce livre de Bradbury ( biographie de Larousse) porte une note d'espoir à la fin... Fahrenheit 451 contient une réflexion sur la fonction des oeuvres littéraires, question brûlante d'actualité, à travers une écriture très imagée et symbolique... Un classique à lire ou à relire !

Bradbury, Fahrenheit 451, Folio SF,212 p.

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