07 septembre 2017

Rosa Montero, Le poids du coeur

1846479-gf

A la page 152, le personnage principal, la répliquante Bruna Husky, des Larmes sous la pluie fait elle-même un bilan de la situation : " Tout un coup le monde entier semblait être devenu radioactif. D'où l'intérêt de cette ancienne mine d'uranium. Un diamant volé, une fausse veuve, une épouse morte, un accident simulé, deux cadavres réels, un bras amputé, un rapport d'incident sanitaire escamoté et de la radioactivité partout" (p. 91). Ainsi Bruna enquête sur un cimetière nucléaire tout en faisant face à de nombreux problèmes, notamment ses problèmes existentiels. Alors que les heures de la répliquante sont comptées ( il ne lui reste que 3 ans à vivre), elle se bat pour plus de justice.

Ce nouvel opus lorgne vers le space-opéra puisque la répliquante doit poursuivre son enquête sur Labari, planète artificielle : là on découvre une société médiévale en quelque sorte, qui en imite l'esthétique mais qui permet à l'auteur de dénoncer un système de castes, notamment la place accordée aux femmes. Non seulement ce roman de SF aborde de multiples sujets passionnants (écologique, téchnologique, politique) mais en plus, il ne manque pas d'humour avec quelques personnages secondaires bien campés. Il faut aussi savoir que les remarques scientifiques sur la radioactivité, présents dans ce roman, reposent sur des faits réels et dans les remerciements, Montero nous conseille Into Eternity, un documentaire de Michael Madsen. On attend la suite des aventures passionnantes de l'androïde !

th

Dans ce documentaire, le réalisateur s'interroge sur le stockage des déchets racioactifs. Qu'en faire ? En Finlance, se construit un tunnel qui permettraient de les stoquer pendant 100 000 ans. En attendant, dans quelles conditions sont-ils gardés ? Comment protéger les générations futures de ce lieu ? En s'appuyant sur des images tournées à Onkalo même (où une partie du livre se déroule), sur des interviews de scientifiques, Madsen livre un intéressant documentaire, bien qu'un peu lent et répétitif. On peut regretter, marketing oblige j'imagine, la mention sur la jacquette de "meilleur film de SF depuis 10 ans" ! Into eternity n'est ni un film, ni de la science-fiction.

Madsen, Into Eternity, 1h15

Rosa Montero, le poids du coeur, Métaillié, 357 p.

Du même auteur : Les larmes sous la pluie.

Posté par maggie 76 à 21:19 - - Commentaires [14] - Permalien [#]


11 novembre 2016

Thomas Day, sept secondes pour devenir un aigle

couv73094294

Sept secondes pour devenir un aigle est un recueil de SF plutôt surprenant étant donné que toutes les nouvelles ne me paraissent pas appartenir à ce genre. En effet, le premier court récit parle de la découverte de Mariposa par Magellan et fait cohabiter une intrigue politique et écologique, à la limite du fantastique. En outre, le récit repose sur différentes époques ( relation du récit de voyage de Magellan, la Deuxième guerre mondiale et les années 1950) et différents styles de langage, qui déçarsonnent le lecteur, sont assez éloignés de l'écriture de la littérature d'anticipation.

Ce sont des caractéristiques que l'on retrouve dans d'autres nouvelles. "Ethologie du tigre" (Un homme a cessé de se battre pour les derniers tigres du Cambogde) et "Sept secondes pour devenir un aigle" affirment nettement leur message écologique : dans un road-movie initiatique l'amenant jusqu'en Californie, un jeune indien, sorti par son père de sa réserve, apprend à ouvrir les yeux sur les dévastations industrielles ( "Garée sur le bas-côté de la route, l'Impala se trouvait au centre d'un paysage de désolation : une terre noire à perte de vue, hérissée de pompes à pétrole - celles, très cinématographiques, dont la partie sommitale, tournoyante, évoque les mécanismes de roues des vieux trains à vapeur. Une terre gorgée de pétrole, d'huile, de cambouis, de poussière métalliquz. Une lande morte, stérile, juste coupée en deux par la route à quatre voix").

En revanche, deux nouvelles s'inscrivent bien dans la littérature d'anticipation : "Tjukurpa" montre le choix d'un groupe de jeunes arborigènes choisissant de retrouver la nature primordiale, grâce à des rêves virtuelles et la dernière nouvelle "Lumière noire" nous laisse découvrir un monde dominé par une intelligence artificielle. Il est intéressant, parmi tous ce matériau composite et déroutant de voir des pistes de réflexion diversifiées, des choix d'action très différents d'un personnage à l'autre face un futur menacé. On n'a pas une vision aussi radicale et pessimiste que dans Soleil vert. Je regrette juste l'irruption de moments violents et de mots crus qui détonnent par rapport à la narration globale.

Thomas Day, Sept secondes pour devenir un aigle, folio SF, 374 p.

Merci Folio pour ce partenariat

Posté par maggie 76 à 11:04 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

15 octobre 2016

Le cycle des robots et et 2, Asimov

41InJ7zXnhL1540-1

" Que des machines perfectionnées puissent nous succéder un jour, c'est, je m'en souviens une idée très commune sur la Terre. Elle est courante  non seulement parmi les poètes et les romanciers, mais dans toutes les classes de la société. C'est peut être parce qu'elle est ainsi répandue, née spontanément dans l'imagination populaire qu'elle irrite les esprits supérieurs. Peut-être est-ce aussi pour cette raison qu'elle renferme une part de vérité. Une part seulement : les machines seront toujours des machines", disait Ulysse Mérou, dans La planète des singes ( P. Boulle). Effectivement, c'est une topique de la littérature d'anticipation de faire des robots les successeurs des hommes. On pense notamment à Phillipe K Dick, Rosa Montero.

Dans Les robots, premier tome du cycle, Asimov fonde un classique du genre avec ses trois lois robotiques ( "Première loi ; Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger."). A travers diverses anecdotes, on suit l'évolution des machines vers leur perfectionnement. Entre chaque histoire, intervient Suzan Calvin qui raconte cette évolution à un journaliste. c'est une "robopsychologue", plus rigide que les robots eux-mêmes, chargée de vérifier la dangerosité des machines ou de comprendre leur dysfonctionnement. C'est un personnage qui revient dans Défilé de robots, où à nouveau de nouvelles histoires d'androïdes sont mises en scène. Les robots peuvent-ils mentir lors d'un procès ? Seront-ils acceptés un jour sur terre ? D'autres personnages réucurrents font leur apparition comme Gregory Powell et Mike Donovan. Ces histoires, parfois amusantes, mettent souvent en lumière la faiblesse des hommes. Même si les androïdes d'Asimov ne sont pas près de rejoindre la réalité, l'auteur arrive avec art à leur insuffler vie, construire un univers cohérent et je continuerai avec plaisir ce cycle commencé ( 6 tomes au total).

21023610_20130731113859017

Dans la série Emma, diffusé sur TF1, l'androïde cite les trois lois de la robotique ! Cette série policière, bien que terriblement vieillote et avec une intrigue faible, amène le thème de la cohabitation des hommes et des machines avec humour. Au contraire, Almost human, qui associe aussi un duo d'homme et d'androïde, présente une esthétique hautement futuriste et un décor crédible. Dommage, cette série policière interroge les bienfaits ou les méfaits de la technologie mais reste tout de même très classique dans ses intrigues.

Asimov, Le cycle des robots, Les robots 1, J'ai lu, 285 p.

Asimov, Le cycle des robots, Un défilé de robots 2, J'ai lu, 247 p.

Posté par maggie 76 à 18:51 - - Commentaires [14] - Permalien [#]

23 septembre 2016

Robin Hobb, Retour au pays

retour-pays-robin-hobb

Le mythe de l'Atlantide relate la destruction d'une cité technologiquement avancée : il transparaît dans de nombreux films, comme Le chateau dans le ciel, ou des récits comme Retour au pays de Robin Hobb. Si vous n'avez pas lu ses cycles cultes de fantasy comme L'assassin royal et Les aventuriers de la mer, ne renoncez pas à lire Retour au pays qui en est le prélude.

Une femme noble, artiste, est obligée de suivre en exil son mari avec d'autres conspirateurs. Le voyage s'avère mouvementé étant donné que Dame Carillon de Rochecarre est enceinte et malheureuse, loin de la cour du gouverneur Esclépius. Arrivé sur les Rivages maudits, les infortunés voyageurs découvrent que l'eau du fleuve est corrosive, qu'elle provoque la folie et que des marécages s'étendent à perte de vue. Ce fleuve des Déserts de pluie est-il le lieu mythique des anciens rois et reines ? Les colons vont-ils survivre dans ce lieu hostile ?

" Comme si l'art vous soustrayait à la vie alors qu'il vous y plonge, la tête la première !"

Adoptant la forme originale, pour un récit de fantasy, d'un journal intime, ces pages révèlent peu à peu le caractère d'une héroïne insupportable, offusquée du manque de considération qu'on lui accorde. Mais ne lachez pas le roman ! Non seulement ce personnage féminin évoluera mais les lieux imaginaires découverts sont terriblement fascinants. Ressemblant à une forêt primaire inhospitalière, le paysage est décrit avec une plume poétique, dans un langage soutenu s'accordant avec la noblesse de la diariste : " La végétation nous est inconnue et la faune que nous avons aperçue vit dans les plus hautes branches. Pourtant, cette luxuriance inextricable recèle pour qui sait la voir une réelle beauté. Le soleil qui filtre à travers le dais des branches baigne d'une lumière tamisée, mouchetée, les draperies duveteuses des mousses qui pendent des lianes". Revisitant le mythe de l'Atlantide mais aussi de l'Eldorado, à travers une belle écriture, nous entrons dans un monde marqué par une struture féodale et du merveilleux. Suivez les pas de Dame Carillon pour découvrir un pays magique, étrange, bizarre menant à une réflexion sur l'art et la nature et découvrez grâce à ce roman très court, l'imaginaire envoûvant de Robin Hobb qui donne envie de découvrir ses cycles.

Robin Hobb, Retour au pays, J'ai lu, 121 p.

Posté par maggie 76 à 17:25 - - Commentaires [18] - Permalien [#]

09 septembre 2016

Harry Harrison, Soleil vert

Soleil-vert-de-Harry-Harrison

Peut-être faites-vous le tri de vos ordures ménagères. Peut-être êtes-vous sensible à la déforestation galopante. Peut-être prenez-vous les transports en commun. etc... L'écologie est l'une des préoccupations de Soleil vert d' Harry Harrison : dès le prologue, l'auteur rappelle que les Etats-Unis consomme 50 % des matières premières. Dans un futur dystopique, situé en 1999, New York surpeuplé voit sa population qui ne cesse de croire et de survivre dans une ville dévastée où les logements sont insuffisants, où la pénurie d'eau et d'alliments se fait sentir. C'est dans ce contexte, de lutte pour la survie, que Billy Chung tue un politicien important. Andy Rush mène l'enquête dans un climat post-apocalyptique où les émeutes de la faim se multiplient... aidé de Sol, un vieillard qui a connu la terre à une époque où les ressources étaient encore abondantes :" Le charbon était censé durer des siècles ; on l'a surexploité pour le chauffage des masses. Et le pétrole, il en reste si peu qu'on ne peut même plus se permettre de s'en servir comme combustible [...] Et les fleuves, qui les a pollués ? L'eau qui l'a bue ? La couche arable qui l'a l'épuisée ? Tout a été englouti, utulisé, consommé" ( p. 296).

Soleil vert est une véritable enquête, mais le suspense importe peu. Deux héros se partagent l'intrigue : Chung lutte pour survivre et nous fait découvrir un monde interlope où la loi de la jungle règne. Inversement, Andy Rush nous introduit dans un monde de nantis et l'envers de la politique. De même on découvre un autre couple antithétique de personnages : Sol, qui représente la raison, et Shirley, qui choisit une vie insouciante, sans se préoccuper des problèmes de la société. Sans didactisme, en fictionnalisant son propos, l'auteur souligne les aspects néfastes du progrès et de la surconsommation.

Ecrit en 1966, ce roman est d'une étonnante actualité et pose des questions qui nous interpelle :" Et il faut absolument faire quelque chose pour y remédier. Mais ça implique que les gens changent, qu'ils fassent un effort, qu'ils se servent de leurs neurones - rares sont les personnes à aimer ça" ( p. 274). A découvrir, non pas pour ses qualités littéraires ( écriture, somme toute banal) mais pour la prise de conscience que ce livre peut provoquer grâce à la description d'un monde, proche de notre réalité, terrifiant, lugubre et sordide...

18463477

Je n'aurai pas lu ce livre, si je n'étais tombé par hasard sur l'adaptation filmique de Fleischer : ce film accentue les dérives de la société en supprimant le personnage de Chung ( et donc tout un pan de l'histoire de H. Harrison) et en mettant l'accent sur la disparition des matières premières. La fin inventée par les scénaristes est terriblement frappante et donne encore plus de relief au message de H. Harrison. Certains aspects du film parraissent datés ( des ordinateurs grands comme des armoires) mais les idées ne le sont pas.

Harry Harrison, Soleil vert, J'ai lu, 347 p.

Soleynt green, Fleischer, 93 min, avec Charlton Heston

Posté par maggie 76 à 21:55 - - Commentaires [16] - Permalien [#]


18 juin 2016

Hervé Jubert, Magies secrètes, Une enquête de Georges Hercule Bélisaire Beauregard

41KCQGZIReL

La quatrième de couverture assure que " la première des enquêtes de Georges Hercule bélisaire Beauregard [est] assurément un des joyaux du steampunk". C'est généralement la rencontre entre l'industrialisation du XIXeme siècle et la fantasy, la science-fiction ou le fantastique. Effectivement, l'action de Magies secrètes s'ancre dans le XIXeme siècle : L'empereur Obéron III et son préfet Hoffmann reconstruisent la ville tel Napoléon III et Haussmann. De nombreux éléments accentuent les ressemblances entre Sequana et le Second Empire avec des tableaux vivants, la mode des robes antiquisantes etc...( " composer un tableau vivant consistait à réunir plusieurs personnes, souvent des courtisanes girondes et dévêtues, à leur inculquer une pose et, ainsi, à former un tableau digne du Salon". p. 64) Et c'est là l'aspect le plus séduisant de ce livre que j'ai abandonné. 

En effet, L'intrigue est des plus décousue, lente et proliférante et les personnages ressemblent une babel mythologique : Beauregard est un magicien mage en quête d'un parasite qui rend fou les êtres auquel il s'attaque. Entre-temps, on nous raconte des souvenirs de sa jeunesse et sa rencontre avec une fille Jeanne qu'il prend sous son aile. Isis, Titiana, des salamandres et un porc-épic géants, des succubes apparaissent au fur et à mesure des pages. Déjà qu'il est difficile de s'adapter à tous ces personnages, mythes, lieux qui s'entremêlent lorsqu'on n'a pas l'habitude de ce genre littéraire, en plus, l'intrigue disparait derrière des petits chapitres sans lien véritables entre eux... J'ai abandonné ce roman, que j'espérais aimer, qui a tout de même eu le Grand prix de l'imaginaire dans la catégorie jeunesse et il a plu à Lilly, dont le billet est situé ici.

Hervé Jubert, Magie secrète, Folio SF, 308 p.

Merci Folio pour ce partenariat.

Posté par maggie 76 à 11:14 - - Commentaires [12] - Permalien [#]

26 février 2016

Rosa montero, Des larmes sous la pluie

des-larmes-sous-la-pluie-710249

Après des études de journalisme et de psychologie, Rosa Montero est chroniqueuse à El Pais et un écrivain reconnu en Espagne. En France, elle s'est surtout fait connaître grâce à son roman de science-fiction Des larmes sous la pluie, qui vient de sortir en poche aux éditions Métailié. Un deuxième opus de la série vient de sortir : Le poids du coeur ( billet de Yueyin et Keisha).

BladeRunner

Blade runner, Ridley Scott

C'est sous l'égide de l'oeuvre de P. K. Dick, que se place ce roman futuriste. Mais Des larmes sous la pluie n'est pas une pâle copie de Blade runner. En 2109, sur terre, une réplicante de combat, Bruna Husky, enquête sur la mort d'autres techno-humains, mourant en faisant des victimes humaines. Pour quelles raisons a-t-on manipulé les mémoires de ces androïdes ? Un organisme politique a-t-il intérêt à inciter à la haine entre espèces ? Pourquoi des humains liés à un projet d'implants de comportement induit pour humains sont-ils tués ? Quelle intrigue policière ! Plusieurs suspects, des retournements de situation, des déguisements, des combats... Rien ne manque dans cette histoire enchevêtrée.

On avance donc, comme dans un labyrinthe, dans ce monde inconnu, mais qui paraît dans le prolongement du nôtre. Pour éviter les longues descriptions informatives, Rosa Montero a choisi d'intégrer intelligemment des pages d'archives synthétisant l'histoire des réplicants, de l'évolution climatique ou politique. Comme tous les romans d'anticipation, le monde évoqué critique indirectement la société actuelle. Comme dans Blade Runner, certains animaux ont disparu, comme les ours. Le climat s'est détérioré, l'air pur est payant... Les humains sont constamment surveillés, manipulés politiquement par des publicités abusives...

Et quelle héroïne ! Ce personnage d'androïde est extrêmement complexe : elle ne cesse de s'interroger sur sa nature, sa mémoire factice, sa mort. Mais elle éprouve aussi de l'agacement face à ses réflexes de combat de machine. Ce genre est d'ailleurs, selon l'auteur dans son entretien "Mauvais genre" diffusé sur France culture, le meilleurs moyen d'interroger la condition humaine. Si elle refuse la mièvrerie, elle trouve émouvantes les paroles du réplicant de Blade Runner : " J'ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des rayons fabuleux, des rayons c briller dans l'ombre de la porte de Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli comme des larmes sous la pluie. Il est temps de mourir". Les androïdes ont-ils une âme ? Lisez ce roman et succombez à l'immense richesse de ce roman haletant...

Rosa Montero, Des larmes sous la pluie, Editions Métailié, 404 p. billet de Keisha, Cachou

Mauvais genre, Rosa Montero parle de son dernier livre, à écouter sur France culture.

Blade runner, Ridley Scott

Posté par maggie 76 à 20:12 - - Commentaires [24] - Permalien [#]

29 octobre 2013

Les faucheurs sont les anges, Alden Bell

Les_faucheurs_sont_les_anges_de_Alden_Bell

Les faucheurs sont les anges raconte le périple d'une adolescente de 15 ans, dans une Amérique ravagée par des zombies, jalonné de bonnes ou de mauvaises rencontres. A travers les souvenirs de Temple, s'élabore peu à peu la vie d'une personne n'ayant jamais connu que la destruction des autres pour survivre. Pourtant, elle ne semble pas insensible aux beautés d'un monde qui suscitent chez elle un questionnement métaphysique, moins manichéen qu'il n'y parait. Si le monde post-apocalyptique rejoint celui de La route de Mc Carty ou celui antérieur de Malevil de R. Merle, on ne perçoit pas l'originalité apportée au " mythe de Zombie" comme l'indique la quatrième de couverture...

Lector in fabula : Tout auteur, selon U. Eco pense à un archi-lecteur, un lecteur idéal à l'horizon de son roman. Quel est celui de A. Bell ? Les amoureux d'histoires de zombies ? Les adolescents, qui peuvent se projeter dans le jeune personnage ? Les amateurs de jeux-vidéos où l'objectif est de détruire  tout obstacle rencontré sur le chemin ? Peu habituée à la lecture de science-fiction, je n'ai pas du tout été intéressée par la personnalité de l'héroïne. La quête de Temple, ponctuée par de nombreux massacres, se fait mécaniquement, aussi automatiquement que les gestes des zombies hantant ce roman, et la fin du roman est des plus brutales, tournant court sur ce qui parait être une impasse du roman. Comme l'auteur ne décrit pas la société, comme il ne parle pas des autres personnages et évoque seulement la manière dont les gens réagissent face à un monde sans sens, le récit tourne vite dans le vide amenant un dénouement rapide et peu cohérent... On s'ennuie vite avec cette histoire qui se lit facilement mais qui n'aboutit sur aucun enjeu....

Alden Bell, Les faucheurs sont des anges. Un avis positif ici.

Partenariat Folio, Merci Lise.

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

Posté par maggie 76 à 10:42 - - Commentaires [6] - Permalien [#]

29 septembre 2013

L'affaire Jane Eyre, Fford

55716958

Quel monde attrayant Fforge construit avec L'affaire Jane Eyre ! Tout n'est que littérature ! Les OpSpecs sont des enquêteurs spéciaux qui traquent les faux et les vols de livres. S'ils se rendent dans un bar, il est forcément nommé le "chat de Sheshire". Les aéroports se trouvent ornés de shakesparleurs - des robots qui récitent l'oeuvre de Shakespeare - et les savants fous contruisent des portails qui permettent d'entrer littéralement dans les oeuvres. Dans le monde de Thursday Next, les querelles littéraires font rage : baconiens or not baconiens en ce qui concerne l'oeuvre de Shakespeare ? Lorsque le manuscrit de Martin Chuzzlewit de Dickens est volé, notre héroïne est confrontée à un dangereux professeur de littérature égocentrique et démoniaque - appelé Hadès Achéron. L'intrigue plutôt décousue prolifère de toute part : l'imagination foisonnante de Fforde crée des tueurs de vampires, des chronogardes qui peuvent arrêter le temps, plusieurs intrigues amoureuses...

Si l'imaginaire ffordien se révèle plutôt séduisant, l'écriture est souvent décevante avec de ridicules dialogues entre l'héroïne et Hades, et un langage très familier et parfois grossier pour des amoureux de la littérature... Des détails inutiles et l'humour parfois outré des personnages finissent par lasser, sans parler du manichéisme des personnages. Pourtant le livre échappe à l'outrance technique des livres de science-fiction. En effet, L'affaire Jane Eyre semble aussi un hommage et un jeu autour de l'oeuvre de charlotte Bronte. Reproduisant des passages entiers, l'auteur prend plaisir à revivifier l'histoire en créant une frontière poreuse entre la réalité et la fiction et en attribuant une vie propre aux personnages peuplant l'oeuvre de C. Brontë : qui n'a pas rêvé de rencontrer Rochester et de déambuler à Thornfield ?

L'affaire Jane Eyre, Fforde, 10/18

 

Posté par maggie 76 à 00:30 - - Commentaires [23] - Permalien [#]

26 juin 2011

Le faiseur d'histoire, Stephen Fry

fry

Si vous avez lu des billets élogieux sur un livre de SF de Stephen Frey, comme celui de Cryssilda ou de Keisha vous saurez en lisant ce livre, chers lecteurs, qu'ils sont tout à fait mérités. de quoi parle Le faiseur d'histoire ? Justement de l'histoire avec un grand H. Notre héros Michael Young est un thésard en histoire à Cambridge : il étudie une des périodes les plus sombres, celle du nazisme. La rencontre inopée avec un professeur de physique qui a créé une machine permettant de regarder le passé et le vol non moins inopiné d'une pillule rendant stérile donne l'idée au jeune futur "docteur" de remonter le temps pour empêcher la naissance d'Hitler. Du déjà vu ?

Certes non ! L'originalité de ce roman vient du personnage principal et de la narration tout à fait surprenante. Tout d'abord le livre est lui-même écrit par un excentrique "de ceux dont la Grande Bretagne a le secret"*, mettant en scène un personnage...excentrique aussi ! Imaginez un thésard qui introduit des passages lyriques, pour essayer de capter l'attention du lecteur et révèle à son tuteur que c'est un peu comme un poème en prose ! Vous l'aurez compris, Michael Youg a beaucoup d'imagination et une propension naturelle à être maladroit... faisant s'envoler toutes les feuilles de sa thèse, bien évidemment non reliées, le jour où il doit les remettre à son tuteur... qui le reçoit habillé en kimono (?). Bref, notre excentrique personnage décide de changer de monde. Mais peut-on défaire ce qui est fait ? Peut-on changer ce qui existe, empêcher la naissance d'un être malfaisant ? L’uchronie comme tout roman de science-fiction pousse à la réflexion en confrontant un autre monde possible au nôtre : l'auteur dénonce ainsi l'intolérance. Le faiseur d'histoire un livre sérieux ?

Non, car l'autre qualité de ce livre, c'est qu'il est raconté de manière originale. Fry est acteur, mais aussi écrivain, animateur radio... et il a aussi écrit des sketchs etc... Il écrit donc certains passages du roman comme un scénario, donnant une touche humoristique supplémentaire en jouant sur les clichés des films, s'ajoutant ainsi au comique créé par l'exaltation du héros... Si les événements et les personnages reposent sur des faits réels, de nombreuses situations sont complètement farfelues. Seule la fin sentimentalo-hollywoodienne est à déplorer... Et si vous croyez ne pas aimer la science fiction, ce livre plein d'humour vous fera peut-être changer d'avis.

* postface; p. 630

Le faiseur d'histoire, Stephen frey, Folio, p. 645;

Posté par maggie 76 à 22:00 - - Commentaires [18] - Permalien [#]