06 novembre 2011

Le crime d'Halloween d'Agatha Christie : ISSN 2607-0006

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Le titre, la quatrième de couverture et les premières pages de ce roman induisent les lecteurs en erreur : "Halloween", "Les sorcières s'envolent sur leur manche à balais"...  Mais Halloween n'est qu'un simple décor inaugural avant de tomber complètement aux oubliettes pour aborder un cadre plus idyllique, celui d'un jardin d'une grande beauté qu'on dit maudit. Le soir du 31 Octobre, où surgissent sorcières et appartitions, donc, un abominable meurtre d'une enfant de douze ans, prétendant avoir vu un crime, est commis en présence de l'écrivain Mrs Adriadne Oliver. Mais cette fillette Joyce, dont on a maintenu la tête dans une bassine, est une fieffée menteuse : qui la croit ? Certainement une des quinze personnes présentes à ce moment-là, sinon comment expliquer ce meurtre ? Voilà l'interrogation, le crime et l'énigme que soumet l'écrivain Mrs Olivers à Hercule Poirot, appelé à la rescousse.

Si l'intrigue est habile, Le crime Halloween ne fait pas partie des enquêtes originales comme celle du Crime de l'Orient Express ou des dix petits nègres. Le seul charme de cette histoire est le portrait d'Adriane, présentée comme une romancière à l'imagination incorrigiblement débordante - grande mangeuse de pommes - et quelques pistes fantaisistes. Un des jeunes présents à la fête propose une solution improbable mais amusante : " Et le vicaire ? demanda Desmond, plein d'espoir. Il est peut-être un peu siphonné. Tu vois ça d'ici, le péché originel et le reste, l'eau, les pommes et puis... [...] Il n'y a pas longtemps qu'il est dans le secteur. Personne ne sait rien de lui. Suppose que le Snapdragon lui soit monté à la tête. Le feu de l'enfer ! Toutes ces flammes qui montent ! Alors, il prend Joyce par la main et lui dit : " viens avec moi, je vais te montrer quelque chose", il l'emmène dans la pièce aux pommes et il lui ordonne : "agenouille-toi". Et il se met à bramer : " avec cette eau, je te baptise", et il lui plonge dans la tête dans la flotte. tu vois, tout colle. Adam et Eve, la pomme, le feu de l'enfer, le Snapdragon, et un nouveau baptême pour se laver du péché." Pauvre vicaire, il n'est mentionné qu'une fois !

Cette manière romanesque de percevoir le meurtre, cette propension à l'imagination se doublent de nombreuses références littéraires et antiques assez réjouissantes, avec le retour de proverbes - comme la comptine des petits nègres - qui mettront Hercule Poirot sur le chemin d'un criminel peu banal. Un livre vite lu, avec des étranges réflexions réactionnaires sur la société et les meurtriers, et pas un inoubliable d'Agatha Christie ( biographie sur le site Larousse)...

Le crime Halloween, Agatha Christie, livre de poche, p. 254. Lu aussi par Niki en BD par allie... et vu par à l'heureduthé...

Autres romans : Poirot joue le jeu, La mystérieuse affaire de style, L'homme au complet marron,

Participation au challenge Halloween de Lou et Hilde.

Participation au mois anglais de Chryssilda, Lou et Titine.

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26 juin 2011

Rebus et le loup garou de Londres de Ian Rankin : ISSN 2607-0006

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 Voici notre célèbre enquêteur écossais appelé à travailler à... Londres : un tueur en série sévit, assassinant sauvagement des femmes en laissant une morsure sur leur ventre. Cependant le modus operandi ne présente aucun point commun : différents lieux, différentes professions, les victimes ne semblent pas avoir de lien. Mais les difficultés ne font que commencer pour Rebus car ses collègues ne semblent pas apprécier un étranger ( = écossais) dans l'équipe et la communication n'est pas l'apanage de Rebus. Outre ses déboires professionnels, à Londres, vivent aussi son ex-femme et sa fille qui a pour ami un jeune homme qui déplaît à Rebus...

 Si vous avez aimé L'étrangleur d'Edimbourg, vous serez assez surpris par ce troisième opus. Rebus est un personnage très différent et a beaucoup évolué en un quidam assez insignifiant. Il tombe amoureux au premier regard, il est bien évidemment en froid avec son ex-femme, et correspond plus à un cliché qu'à un personnage avec sa propre psychologie. Voilà le hic : cette enquête est très proche des séries télévisées, ce dont l'auteur est conscient et y fait quelques allusions. "Rebus lui-même se faisait l'effet d'un spectateur et pensait à tous ces films et séries policières qu'il avait pu regarder, où la police débarque en masse dès la première minute (détruisant au passage les indices matériels) et résout l'affaire à la cinquante-neuvième ou quatre-vingt-neuvième minute. ridicule à vrai dire. Le travail d'enquêteur n'était que ça : du travail. Acharné, répétitif, besogneux, frustrant, et surtout de longue haleine".

Heureusement, l'humour pince-sans-rire de Rebus et un regard moqueur sur la psychologie, l'atmosphère londonienne - où traine un ou deux excentriques dont un dentiste exalté et une scène spectaculaire dans la National Gallery - et une intrigue infaillible - impossible de deviner qui est le tueur avant les dix dernières pages - permettent de compenser un style qui regorge de comparaisons incongrues et de clichés même si c'est pour mieux s'en moquer...

Rebus et le loup Garou de Londres, Ian Rankin, Livre de poche, p. 349.

Lecture dans le cadre du mois kiltissime organisée par Lou et Cryssilda.

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01 mars 2011

Oeil du serpent d'Oates : ISSN 2607-0006

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 Même en s'éloignant de récits de faits divers comme En eaux troubles ou des descriptions des milieux sociaux comme dans Délicieuses pourritures, on retrouve une atmosphère malsaine, que maîtrise parfaitement J. C. Oates, qui explore les pans inavouables de la psyché des hommes, dans son thriller psychologique Oeil de serpent. "Lee Roy Sears est-il, oui ou non, un meurtrier ?", demanda Geena O'Meara, femme de l'avocat Michael qui doit défendre ce dernier surnommé "Oeil de serpent". Ancien combattant du Vietnam, cet homme indigent et de surcroit aux origines indiennes pourra-il s'en sortir ? Michael, homme intègre et militant contre la peine de mort, réussit à faire commuer la peine de mort de Lee Roy en condamnation à vie. Sept ans plus tard, grâce à sa bonne conduite et à son travail d'art-thérapie, Lee Roy est libéré et va travailler dans le Connecticut, là où habite la famille O'Meara. Là Michael vit paisiblement avec sa femme et ses jumeaux. Mais le rêve américain qu'ils incarnent va être troublée par Lee Roy.

Dans ce roman policier, comme dans tous ses romans, J. C. Oates regarde l'envers du rêve américain. Michael représente justement l'américain type qui a réussi sa "vie très américaine et sans histoire" (p. 22), malgré un sentiment de culpabilité qui le ronge. L'auteur décrit longuement ce modèle familial, peut-être un peu trop longuement, mais n'est-ce pas pour mettre en valeur la descente vertigineuse et soudaine vers une réalité cauchemardesque ?

Michael, travaillant comme avocat pour la firme Pearce, une industrie pharmaceutique, est confronté à de nombreux cas juridiques liés à des maladies psychologiques et aux réactions aux médicaments : Les problèmes psychologiques, l'inconscient ainsi que la place des fantasmes dans chaque individu permettent à l'auteur de développer tous les aspects sombres et obsessionnels de l'homme. D'ailleurs le lecteur ayant accès aux pensées de Lee Roy pressent et redoute de terribles événements. Ce roman policier atypique, sans enquête traditionnelle mais montrant plutôt la naissance d'un monstre, est efficace et est agréable à lire, même si  des longueurs et une deuxième intrigue sur la gémellité semble interférer inutilement avec l'intrigue principale.

Oeil du serpent,J.C.Oates, Archi poche, 369 p.

Merci à BOB et à Archi poche pour ce partenariat.

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28 février 2011

Premières enquêtes de Simenon : ISSN 2607-0006

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Les aventures de Maigret sont nombreuses : dans cette dernière parution du livre de poche, Premières enquêtes, sont rassemblés deux romans particuliers, l'un parce qu'il raconte la première enquête de Maigret alors qu'il n'a que 26 ans (publié en 1949) tandis que l'autre est le premier roman publié sous le nom véritable de Simenon, en 1931 .
Pietr le letton : Un escroc d'envergure internationale, Pietr le Letton, est attendu à Paris. Dans ce train, un homme est tué qui ressemble à s'y méprendre à Pietr le Letton. pourtant Maigret voit ce dernier sortir du train et rejoindre un homme d'affaire américain. Qui est l'homme mort dans le train ? Maigret va suivre Pietr le Letton découvrant des aspects surprenants de sa personnalité, se comportant tantôt comme un dandy, tantôt comme un mendiant... Mais qui est-il réellement ?
La première enquête de Maigret. Secrétaire du commissaire Bret, appartenant au beau monde, Maigret mène sa première enquête aidé par un musicien, témoin d'un meurtre. De quel meurtre d'agit-il ? Le musicien aurait entendu des coups de feu dans un riche hôtel privé parisien. Mais dans le milieu mondain, on n'aime pas les scandales et la condition sociale de Maigret l'empêche d'enquêter ouvertement sur la riche famille Balthazar. Une enquête difficile commence...

Reconnaissable par ses éléments traditionnels, comme l'ambiance pluvieuse, la description de la routine et du quotidien, Simenon se démarque du Whodunit traditionnel en laissant de côté les indices et en étudiant " l'homme souterrain, celui qui se dissimule sous la façade sociale"*. Ces deux romans sont plus surchargés et plus rocambolesques que les autres enquêtes simenoniennes : surcharge de meurtres, beaucoup de personnages et de lieux. On constate que Simenon va vers une simplification des enquêtes et vers une épuration de son style.

Mais quel est l'intérêt de découvrir ces nouvelles enquêtes de Maigret ? Dans ces deux romans, toute l'originalité du commissaire Maigret apparaît : dès l'enquête sur Pietr Le letton, il ne cherche pas à faire la justice ou à débusquer le mal mais on perçoit ce futur Maigret qui s'interroge sur les hommes : la fin de l'enquête est aussi atypique que dans L'Affaire Saint-Fiacre. Dans La première enquête de Maigret, on découvre ce personnage  faisant ses preuves, dans un cadre où la dimension sociale est très présente. Deux enquêtes pleines de rebondissements permettant de découvrir les débuts du plus célèbre commissaire du Quai des Orfèvres.

Simenon, Premières enquêtes, Livre de Poche, 381 p.

* J. Dubois, Les romanciers du réel, De Balzac à Simenon, Point essai pp. 314-330.

Merci à Livre de poche pour ce partenariat.

Mis à jour le 06.08.2018

Challenge Maigret organisé par peuple du soleil

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14 janvier 2011

Maigret chez le coroner / Maigret à New York de Simenon : ISSN 2607-0006

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Ces deux romans de Simenon, mettant en scène les enquêtes de Maigret se révèlent originaux de part leur cadre : Maigret chez le coroner et Maigret à New-York se déroule en Amérique, continent où a vécu quelques années l'auteur.

Maigret chez le coroner raconte l'histoire d'un procès se passant dans la chaleur de l'Arizona : Bessy, une jeune femme est retrouvée morte, écrasée par un train. Elle avait passé la soirée avec son amant, un sergent de l'Air force, ainsi que quatre autres sergents de l'aviation. Est-ce son amant qui l'a tuée par jalousie ? Il y a cinq  accusés, mais qui est coupable ? Aucun des témoignages ne concordent, chacun ayant bu. Quel est le mobile ? Le procès s'ouvre au début du roman et Maigret y assiste en observateur, curieux de ce fait divers.

Dans Maigret à New-York, on retrouve une atmosphère pluvieuse accompagnant une sombre histoire de meurtre, proche de celle des gangsters. Le mystère s'installe rapidement : Maigret savoure sa retraite, lorsqu'un jeune homme fait irruption pour lui demander de l'aide. Jean Moran, trouve la teneur des lettres de son père vivant en Amérique inquiétante, où il parle de manière à peine voilée de sa disparition prochaine. Quel danger craint-il ? Angoissé, Jean fait appel à Maigret pour enquêter sur place. Dès le débarquement des voyageurs, Jean disparaît. Commence pour Maigret une série de situations cocasses qui va l'amener à enquêter dans le passé de Joachim Maura, père de Jean, et son chemin va être jonché de cadavres.

Dans sa production prolifique, Simenon arrive toujours à diversifier les enquêtes et à les rendre originales : Maigret en Arizona, n'est pas un enquêteur mais un spectateur du procès, avec toujours cette même indifférence face au coupable : " Maigret ne revit jamais Cole, ni Rooke, ni les cinq hommes de l'Air Force.  Il ne connut jamais le verdict". Est-ce que sans juger, Simenon cherche juste à montrer les versants sombres de l'humanité ? Quant à son enquête à New-York, il la mène comme un détective privé puisqu'il ne fait plus partie de la police.

L'écriture très sèche de Simenon, sans lyrisme, sans romanesque n'empêche pas l'auteur, en quelques mots de poser une atmosphère et de camper ses personnages. Bien qu'il y ait peu de descriptions, Maigret à New-York réussit à susciter une image interlope et assez stéréotypée de New-York entre l'élégance et le luxe de la cinquième avenue et la pauvreté du Bronx, le cosmopolitisme de cette ville avec le quartier italien... De même, lorsqu'il évoque l'Arizona, une image folklorique se dessine de l'Amérique, notamment dans une lettre envoyée à Madame Maigret : "Ma chère Madame Maigret, Je fais un excellent voyage, et mes confrères d'ici sont très gentils avec moi. Je crois que les Américains sont gentils avec tout le monde; quand à te décrire le pays, c'est assez difficile, mais figure-toi qu'il y a dix jours que je n'ai pas porté un veston et que j'ai une ceinture de cow-boy autour du ventre. Encore heureux que je ne sois pas laissé faire, car j'aurais des bottes aux aux pieds et un chapeau à large bord comme dans les films du Far-West". Certes, l'Amérique est vue à travers des clichés mais les enquêtes et les analyses sur la nature humaine restent passionnantes.

Maigret chez le coroner, Simenon, Livre de poche, 189 p.

Maigret à New-York,Simenon, Presse de la cité.

Lu dans le cadre du challenge Simenon, organisé par peuple du soleil.

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Actuellement et jusqu'au 31 janvier, vous pouvez participer au concours " Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part", organisé par le livre de poche.

 

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08 janvier 2011

L'affaire Saint-Fiacre et Maigret aux assises de Simenon : ISSN 2607-0006

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Lorsqu'on vous parle de Simenon ( biographie Larousse), tout de suite une image stéréotypée est suscitée, celle d'un milieu populaire, comme le montre Adrien Goetz dans l'incipit de son roman policier Intrigue à l'anglaise : «  "un premier poste, c'est toujours un peu du Simenon". Wandrille, ce play-boy creux et insignifiant, n'avait rien trouvé d'autre à dire. Du Simenon : il veut dire cafés du coin jaunes et enfumés, toiles cirée rouge avec des fleurs, pipe dans le cendrier, habitués au comptoir ». Certes, on trouve bien ces décors du Paris populaire dans ses romans policiers mais aussi une manière particulière de questionner l'humanité. Dans L'affaire Saint-Fiacre comme dans Maigret aux assises, sous des apparences prosaïques, Simenon sonde l'âme humaine.

« Sous le signe de Walter Scott » (chapitre 9, L'affaire Saint-Fiacre)

L'affaire saint-Fiacre commence dans un Paris, pluvieux et glauque, où Maigret reçoit un étrange message : «  Je vous annonce qu'un crime sera commis à l'Eglise de Saint-Fiacre pendant la première messe du jour des Morts ». Maigret se rend donc à Saint-Fiacre, château de son enfance, où son père exerçait le métier de régisseur. La mort de la comtesse de Saint-Fiacre est-elle accidentelle ? Qui pouvait souhaiter sa mort ? Est-ce son fils qui avait besoin d'argent ? Est-ce son régisseur qui avait intérêt à la voir disparaître ? Plongé dans ses souvenirs d'enfance, le commissaire enquête sur un meurtre peu commun où le coupable ne peut pas être dénoncé à la police...

Maigret aux assises : Sous la même lumière froide et pluvieuse, Maigret quelques années plus tard, va assister au procès de Gaston Meurant. L'enquête est menée depuis un tribunal dont on nous décrit les rouages. Gaston Meurant a-t-il commis un double meurtre, ceux de sa tante et d'une fillette de 4 ans pour de l'argent ?

Cette série met tout d'abord en valeur une atmosphère pesante, grâce à une écriture sans fioriture, proche du procès-verbal. L'écriture simple, la place des objets quotidiens, le style prosaïque, qui s'attache à décrire les moindres détails, ne sont pas anodins mais ils dénoncent la lourdeur du système judiciaire dans Maigret aux assises ou l'évolution de la société et les mesquineries des gens dans L'affaire Saint-Fiacre. L'écriture sèche arrive merveilleusement à rendre une atmosphère de grisaille.

Comprendre l'âme humaine :

Maigret aux assises et L'affaire Saint-Fiacre sont des romans criminels d'un genre particulier : arrêter le coupable importe peu au commissaire ; il cherche davantage à comprendre ces meurtres sordides.  D'ailleurs, le sort du meurtrier  n'est pas évoqué à la fin du roman, Maigret cherche davantage à questionner l'humanité. Ainsi, mêlée à l'enquête, la vie personnelle de Maigret et ses réflexions permettent d'interroger le monde dans lequel il vivait. Un auteur à relire pour ses enquêtes policières particulières.

Simenon, L'affaire Saint-Fiacre, Livre de poche, 187 p.

Simenon, Maigret aux assises, Livre de poche, p. 191

Lu dans le cadre du challenge Maigret de Peuple du soleil.

ban_partenaire_maigret2Le livre de poche a organisé un jeu concours Maigret : vous pouvez participer en suivant ce lien : "Maigret vous l'avez forcément rencontré quelque part".

 

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08 décembre 2010

L'homme au complet marron d'Agatha Christie : ISSN 2607-0006

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Les whodunits d'Agatha Christie (biographie sur le site Larousse) semblent tous se ressembler. Et pourtant, ses intrigues traditionnelles présentent toujours des inventions narratives : dans L'homme au complet marron, comme dans Le meurtre de Roger Accroyd, la célèbre "duchesse du crime", nous emmène de surprises en révélations. Mais quelle est l'originalité de ce roman policier d'énigme ?

A côté d'un père paléontologue, Anne Beddinfield meurt d'ennui, en Afrique du Sud, alors que son seul rêve est de "voir le monde et de courir l'aventure". A la mort de son père, qui la laisse orpheline et sans le sou, Anne est emmenée à Londres par le notaire de son père, Mr Flemming. Peu de temps après son arrivée, Anne assiste à un meurtre : un homme tombe sous les rails d'un métro après avoir vu quelque chose qui l'a effrayé. Le médecin qui a constaté la mort dans le métro ne s'est pas présenté même pas après la publication d'un article sur le double meurtre. L'homme tué sous les roues du métro, n'avait pas de papier : autant d'événements mystérieux qui va amener notre héroïne à enquêter. Quelques heures plus tard, elle apprend le meurtre d'une jeune femme dans le pavillon d'un certain sir Eustache, tuée semble-t-il par un homme portant un complet marron. Ces deux meurtres sont-il liés ? 

Agatha Christie joue avec les clichés littéraires dans ce roman : notre jeune héroïne courageuse rêve de romanesque. Elle compare les personnes qui gravitent autour d'elle avec ses héros de romans comme le Rhodésien farouche et sombre de ses romans qu'elle s'imagine sous les traits du capitaine Race. Puis, elle est malade pendant la traversée, contrairement aux héros de romans, pense-t-elle. Cependant, Anne se révèle être une jeune fille pleine de ressources : "une aventurière qui se respecte ne peut être à cheval sur les principes". Agatha Christie s'est souvent plu à se représenter sous les traits de Mrs Oliver, une romancière, aidant parfois Poirot dans ses enquêtes ; cette fois-ci, elle s'est amusée à faire des réflexions sur l'écriture romanesque à l'intérieur de son histoire : "je soupçonne tout le monde, répliquai-je [Anne], l'air sombre. Si vous avez lu des romans policiers, Suzanne, vous sauriez que le coupable est toujours celui qu'on soupçonnait pas. Les criminels gras et joyeux comme sir Eustache ne se comptent plus".

Contrairement aux romans policiers où les indices sont parfois cachés au lecteur, ici, hypothèses, déductions sont livrées au lecteur. La narration d'ailleurs est menée de front par notre héroïne mais aussi par Sir Eustache : cet homme qui ne songe qu'au confort accumule les ennuis avec des secrétaires zélés : il supplée à l'histoire d'Anne en racontant les mêmes événements dans son journal intime, mais sous un autre angle, pour mettre le lecteur sur de fausses pistes ! Cette enquête est aussi originale par l'exotisme des lieux, et les nombreux rebondissements. L'auteur fait preuve d'une grande inventivité dans l'intrigue et la complique à souhait : déguisements incessants de tous les personnages, retournement de situation, fausses identités et bien sûr un tueur des plus improbables !

Notre jeune héroïne avec beaucoup d'humour nous conte ses aventures. Elle n'a pas le sérieux et l'orgueil du célèbre Poirot, donnant ainsi à son récit un ton pétillant et frais. Ajoutez à cela, le journal de sir Eustache, non moins humoristique, brimé par son secrétaire. Cette enquête effrénée, avec amour idyllique et déguisements rocambolesques, vous entraînera jusqu'en Afrique du sud, sans un moment de répit mais avec beaucoup d'humour : une enquête originale, qui révèle une surprise de taille au niveau de la narration, pleine de drôlerie et de fraîcheur !

L'homme au complet marron, Agatha Christie, Le masque, 252 p.

Autres romans  : Poirot joue le jeu, Les indiscrétions d'Hercule Poirot, La mystérieuse affaire de style
challenge Agatha Christie de George

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25 novembre 2010

Meurtres pour mémoire de Didier Daeninckx : ISSN 2607-0006

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"La littérature vous jette dans la bataille , écrire, c'est une certaine façon de vouloir la liberté, si vous avez commencé, de gré ou de force vous êtes engagé", disait Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ?. Didier Daeninckx ( biographie sur le site Larousse) a aussi cette vision de la littérature et dans Meurtres pour mémoire, il dénonce certains dysfonctionnements du système politique. Publié en 1977, ce deuxième roman noir de Daeninckx, aborde l'un des points sensibles, scandaleux de l'histoire contemporaine. La guerre d'Algérie n'a pas épargné la France car depuis 1954, des mouvements nationalistes luttent pour l'indépendance de l'Algérie. Le 17 octobre 1961 des Algériens, vivants à Paris, manifestent de manière pacifique contre le couvre feu qu'on leur impose. Face à ces hommes désarmés, des femmes et des enfants, les CRS ouvrent le feu sur la demande du préfet de Paris, Veillut. Profitant de la confusion, un homme abat  Roger Thiraut, un jeune historien dont la femme attend un enfant. Un chapitre plus loin et vingt ans plus tard, son fils devenu lui aussi historien est  tué à Toulouse dans des conditions mystérieuses. L'inspecteur Cadin commence une enquête qui va l'amener sur les traces du passé, remontant jusqu'à la seconde guerre mondiale.
Quels sont ces meurtres évoqués dans le titre ? Ce sont bien sûr les meurtres des Thiraud mais aussi celui des algériens : ces hommes sans défense qui sont brutalisés. Ce roman noir dénonce en effet, les exactions commises mais passées sous silence pendant la plus grande manifestation des Algériens, en France à cette époque. Mais ce sont aussi des meurtres plus lointains et anonymes, liés à la seconde guerre mondiale. La scène première, celle de la manifestation, est d'ailleurs racontées par plusieurs témoins, comme le photographe Rosner, la femme de Roger Thiraud ou le réalisateur belge Deril, montrant ainsi par là combien combien cet événement a marqué la vie de ces personnes, par son injustice et sa violence gratuite. En voyant le documentaire de Deril, présent sur les lieux, l'inspecteur Cadin pense : "Les images défilèrent, toutes plus insoutenables les unes que les autres. La première partie du document avait été tournée depuis une voiture roulant à travers Paris. Une multitude d'affrontements opposaient des manifestants désarmés, hébétés, à des groupes compacts de CRS, de gardes mobiles décidés et motivés. L'absence de son donnait plus de poids encore aux scènes de violence".
Roman à clés, Daeninckx dénonce aussi les dysfonctionnements du pouvoir qui a maintenu un homme déjà coupable de crimes. C'est tout d'abord les agissements de Maurice Papon qu'a voulu dénoncer Daeninckx. Il critique aussi le système politique et la loi du silence qui pèsent sur certains conflits. Certes c'est un roman noir avec des meurtres, un mobile, mais aussi un roman historique, étant donné que deux épisodes majeures de l'histoire contemporaine sont évoqués : la plus grande manifestation algérienne en France et la collaboration sous Vichy. Peut-on parler de travail d'historien ? Daeninckx explique qu'il a écrit son livre en s'appuyant sur des articles de presses et des lettres de survivants de la manifestations. L'auteur explique, dans le paratexte, son travail de recherche :

" Je suis allé à la bibliothèque nationale et j'ai dépouillé la presse de l'époque. Il y avait quelques informations datant de 1961 sur le 17 octobre. J'ai lu les pages des faits divers qui racontaient qu'on retrouvait des dizaines de cadavres dans la Seine, dans les écluses, au Havre, à Rouen, et encore un peu partout, comme ça, pendant des mois. Et puis, j'ai rencontré des témoins et j'ai consulté la presse clandestine. Un jour, un Algérien m'a donné un document extraordinaire, des photocopies de lettres : le FLN après la manifestation avait demandé aux survivants d'écrire tout ce qu'ils avaient vu. Il y avait là deux cents lettres poignantes qui ont été les principales sources d'émotion et de vérité de Meurtres pour mémoire. De plus, même s'il n'y avait pas eu de travail historique sur le 17 octobre 1961, de petites choses existaient de façon dispersée : un article dans Les temps modernes, d'autres dans L'express, des articles de Françoise Giroud, de Marguerite duras et également de Jean Cau.

Les deux premiers chapitres se mettent lentement en place et la temporalité est très complexe, faisant des incursions dans l'Histoire, qui sert la phrase en exergue : "en oubliant le passé, on se condamne à le revivre". Cependant, ce livre est passionnant de part son intrigue policière bien ficelée et surtout par sa dimension historique et la force de la dénonciation. Un roman remarquable qui lutte aussi contre l'oubli...
Meurtres pour mémoire, Daeninckx, Bibliothèque Gallimard, 378 p.

Lu dans le cadre du challenge histoire.

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25 septembre 2010

Le chien des Baskerville de Conan Doyle : ISSN 2607-0006

 

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Les aventures de Sherlock Holmes écrite par Conan Doyle (biographie Larousse) sont des mécaniques bien huilées, où s'emboitent logiquement tous les indices. A un début très traditionnel où un client vient demander de l'aide au célèbre détective, suit une narration proche du roman noir avec des histoires de fantômes, légendes et manoirs très sombres.  Le docteur Mortimer expose son dilemme au célèbre Sherlock Holmes : sir Charles de Baskerville vient de décéder. Une terrifiante malédiction frappe cette famille : le premier Baskerville, Hugo, ayant maltraité une femme, finit par succomber sous les crocs d'un gigantesque chien. Son héritier Henry doit-il tout de même habiter la demeure sachant le danger qu'il encourt ?

A partir de ce moment, plusieurs incidents et pistes viennent complexifier l'affaire. Le mystère ne fait que s'épaissir dans ces marais et bourbiers de la lande entourant Bakerville Hall. Fausses identités, plusieurs meurtres et des découvertes stupéfiantes jalonnent cette enquête. S. Holmes use de toutes ses facultés intellectuelles et est des plus actifs. L'auteur développe une ambiance de roman noir tout autour de ces personnages : " Le propriétaire du domaine se souleva pour mieux voir : ses yeux brillaient, ses joues avaient pris de la couleur. Quelques minutes plus tard nous atteignîmes la grille du pavillon : enchevêtrement de nervures de fer forgé soutenu à droite et à gauche par des piliers rongés par les intempéries, marquetés de mousse, surmontés par les têtes d'ours des Baskerville. Le pavillon tout en granit noir et en chevrons nus était en ruine ; mais face à lui se dressait une bâtisse neuve, à demi terminée ; c'était la première réalisation dur à l'or sud-africain de sir Charles. Une fois franchie la grille nous nous engageâmes dans l'avenue ; le bruit des roues s'étouffa une fois encore dans les feuilles mortes : les branchages des vieux arbres formaient une voûte sombre au-dessus de nos têtes. Baskerville frémit en considérant la longue allée obscure au bout de laquelle, comme un fantôme, surgit le manoir". Cependant, une certaine légèreté est apportée par les lettres rapports de Watson, envoyé seul, pour protéger sir Henry, avant le dénouement final, car il apporte une touche de naïveté...

Pour conclure sur les mots de Holmes : "jamais nous avons abattu d'homme plus dangereux que celui qui a sombré quelque part là-dedans". Ce roman policier fort bien mené est une de celle où Conan Doyle use de poncifs du roman noir où l'influence de la littérature victorienne est la plus visible et celle où le surnaturel est omniprésent sans jamais basculer dans le fantastique. Un classique de la littérature policière à lire !

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11 septembre 2010

Hiver arctique / l'homme du lac d' Indridason : ISSN 2607-0006

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Le genre policier a souvent mauvaise presse. Est-ce seulement des romans d'énigmes, des romans à l'écriture peu recherchée ? Sont-ils tous inoffensifs comme peuvent l'être certains romans d'Agatha Christie ou de Patricia Wenworth ?  Parfois c'est le cas, d'autres fois, l'auteur y inclut des problèmes de société, des descriptions, qui sont le reflet de notre siècle. Dans Hiver arctique, l'auteur nous parle des problèmes d'intégration et de racisme envers la communauté cambodgienne implantée en Islande. Lorsque le corps d'un petit garçon cambodgien est retrouvé sans vie en bas de son immeuble, l'inspecteur Erlendur enquête pour savoir quels sont les mobiles de ce crime odieux. 

L'homme du lac renvoie à un contexte moins contemporain, avec des retours en arrière dans les années 60 où de jeunes étudiants islandais étaient envoyés à Leibzig pour étudier, séjours financés par le parti communiste. Dans un lac, qui se vide peu à peu à cause d'une faille créée par un séisme, une femme retrouve le corps d'un homme attaché à un appareil d'écoute russe. Cet objet va mettre Erlendur sur la piste d'un crime ancien lié aux agissements de la Stasi.

Ces deux romans ainsi que le premier roman d'Indridason La cité des Jarres, permettent à l'auteur de décortiquer la société islandaise contemporaine, se teintant parfois d'un arrière fond historique. Certes l'équipe d'enquêteurs autour d'Erlendur peut être qualifiée d'insipide, on a bien des difficultés à s'intéresser à la saga familiale de notre inspecteur à la limite du caricatural entre son ex-femme malveillante et sa fille toxicomane, sa solitude et ses plats surgelés. Sans consistance. L'écriture est d'ailleurs assez banale, et pourtant, l'auteur arrive à nous captiver, malgré un rythme très lent, à nous faire entrer dans ses enquêtes grâce à la peinture des moeurs de sa société : la lenteur du récit, le manque de spectaculaire ou de rebondissements invraisemblables contribuent à renforcer l'atmosphère glaciale et délétère de ce petit état insulaire que l'auteur n'hésite pas à stigmatiser...

Hiver artique, Indridason, point, 405 p.
L'homme du lac, Indridason, Point, 406 p.

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