29 décembre 2019

Où les roses ne meurent jamais de Gunnar Staalesen : ISSN 2607-0006

où les roses ne meurent jamais

Si vous ouvrez un roman policier où un inspecteur boit sans mesure, sombre dans le désarroi à cause de la mort d'un proche, rencontre des problèmes innombrables, c'est que vous lisez un polar nordique : " Une espèce de tristesse tomba entre nous. Nous semblions avoir admis que la vie n'était peut-être pas ainsi, en fin de compte : une scène où l'on avait toujours besoin d'un souffleur fidèle pour aller d'une aile à l'autre tranquillement, sans risquer d'être victime d'un concert de sifflets dans la salle ou d'un massacre en bonne et due forme dans la presse le lendemain" (p. 273). Mais la particularité du personnage de Gunnar Staalesen est d'être un privé : narrateur à la première personne, on suit son enquête comme dans un hard boiled. Le détective privé commence par évoquer un braquage qui semble sans lien avec les recherches qui vont suivre. Cependant, on comprendra in fine les rapports qu'il entretient avec l'enquête principale.

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Bergen © Getty

Lors d'un braquage, un homme vivant anciennement dans une "communauté d'habitation de Solstolen" décède accidentellement. Un accident ? Existe-t-il un lien avec la disparition d'une fillette de 3 ans dans cette petite communauté ? Comme la date de prescription approche, la mère de la fillette fait appel à Varg Veum pour savoir ce qu'il lui est arrivé. Va-t-il retrouver l'enfant alors que les efforts de la police ont été vains ?

"Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark", dit l'un des personnages, où plutôt à Bergen. Effectivement, les investigations faites autour de ce drame vieux de 25 ans, amène Varg Veum à déterrer de nombreux secrets enfouis, tout en restant alcoolisé et désabusé : "Je me sentais comme un chat en quête de souris dans un entrepôt frigorique dont toutes les portes étaient fermées depuis des lustres. Sans trop d'illusions, autrement dit" (p. 66). Tout en menant ses investigations, notre privé rencontre des femmes fatales, des tueurs à gage... mais comme il a travaillé dans le service de la protection de l'enfance, tout un pan de l'enquête concerne les traumatismes de jeunes enfants, leurs répercutions sur la vie d'adulte...

Quinzième opus, Où les roses ne meurent jamais se révèle être un bon polar nordique, avec son personnage attachant et ses comparaisons sans pareil, montrant obliquement les changements de la société norvégienne - notamment les changements architecturaux - et ses dérives.

Staalesen Gunnar, Où les roses ne meurent jamais, Folio, Barcelone, novembre 2019.

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Autres romans : L'enfant qui criait au loup

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22 décembre 2019

Ce que savait la nuit d'Indridason : ISSN 2607-0006

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 Design VPC - Illustration © Dhwee/Getty Images

Vous vous souvenez de la récente trilogie des ombres, le passage des ombres, Dans l'ombre La femme de l'ombre ? Dans ces romans policiers apparaissait Konrad, nouveau personnage récurrent. Dans ce volume Ce que savait la nuit, il est à la retraite et doit faire face à son passé. Il doit affronter des problèmes personnels comme l'assassinat de son père, un escroc se faisant passer pour un voyant. Son passé ressurgit avec son cortège de mauvais souvenirs... Un inspecteur à la retraite ? Comme dans la trilogie, une vieille affaire vient l'arracher à sa vie de grand-père gardant deux petits-enfants. Un homme tué lors d'une altercation réapparaît dans un glacier en train de fondre...

Vous reconnaissez certainement toutes les vieilles ficelles utlisées dans les précédents romans de l'auteur. Un cold case, une vie privée tourmentée, de nombreux dialogues, une enquête sans esbrouffe loin des incroyables rebondissements des polars nordiques de Nesbo. Dans les romans d'Indridason, c'est doucement mélancolique ( ce que rend bien la lecture de Martin Spinhayer qu'on peut entendre sur le site audiolib), ça ronronne un peu mais on se laisse prendre dans cette atmophère où les motivations des personnages, leurs sentiments sont plus importants que d'incroyables retournements de situations.

Certes le roman n'est pas follement orginal mais Indridason parle du quotidien, des réalités banales comme le harcèlement scolaire, des anciennes traces de l'occupation américaine, de la contrebande exitant à l'époque, la fonte du glacier Langjökull... Ce n'est pas le meilleur roman de cet auteur mais on croise à nouveau la route de Konrad devenu comme un vieil ami et on se laisse doucement emporter dans cette enquête...

Indridason, Ce que savait la nuit, Audiolib, lu par Martin Spinhayer, 7h59, novembre 2019, France.

Autres romans : La femme de l'ombre, Dans l'ombre, tome 1, Le passage des ombres, L'hiver arctique, L'homme du lac, Le lagon noir,

Sur le web : Champenois Sabrina, "Arnaldur Indridason, Actes dégueulasses au pays des glaces", Libération, mis en ligne le 7 février 2019. URL : https://next.liberation.fr/livres/2019/02/07/arnaldur-indridason-actes-degueulasses-au-pays-des-glaces_1707803

Partenariat Audiolib

 

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Glacier de Langjökull, Islande, National Geographic

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Glacier de Langjökull, Islande, Wikimedia

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06 novembre 2019

La soif de Nesbo : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-policier/La-Soif

Vous ne connaissez pas Harry Hole ? Vous n'avez jamais lu Nesbo ? Voici trois raisons de commencer cette série et de lire La soif paru récemment chez les éditions folio :

kubin-der-vampyr-1915Der vampyr d'Alfred Kubin

1. Une intrigue retorse : Aux antipodes de l'ennui, Nesbo a su construire une intrigue pleine de rebondissements avec une hécatombe de morts, des intrigues amoureuses, des cours de psychologie, des faux suspects..., ce qui rend le style un peu bavard parfois. A un suspect évident, sont substitués, au milieu du livre, des meurtriers plus difficiles à trouver, à moins de s'appeler Harry Hole. En effet, des femmes meurent mordues. Est-ce un vampiriste ? Assez vite, les enquêteurs peuvent identifier un tueur en série rencontré dans le précédent volume Police. Pourtant, Harry Hole n'est pas satisfait du verdict rendu.

2. Les personnages singuliers : Harry Hole devenu heureux, sobre et professeur, est une légende aussi bien dans la vie réelle que dans son roman. Il existe même des "holehead", des admirateurs de cet inspecteur mythique. Mais l'auteur de L'homme chauve-souris ne développe pas qu'un seul personnage. Il montre à travers Katrine Brat, l'enquêtrice criminelle et la journaliste Mona Daa, combien il est difficile de s'imposer dans un milieu masculin. Avec l'utilisation des nouvelles technologies, la place des femmes, l'auteur n'oublie pas de prendre en compte l'évolution de la société. D'autres personnages ont pris de l'ampleur comme Oleg, le fils de la compagne de Harry, qui est maintenant élève à l'école de police... Des intrigues secondaires comme celle de l'arrivée d'un nouveau membre de l'équipe de K. Bratt, Anders, permet d'aborder le thème des liens familiaux... Chacun apprendra à porter un regard singulier : " nous devons penser autrement [..]. A certains égards, ça marche pour la religion, on a le réflexe immédiat de se dire que tant de personnes autour de soi ne peuvent pas se tromper. Eh bien, dit Harry en se levant sa tasse sans nom, elles le peuvent" (p.302)

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Christian Köhler (1859), Othello et sa femme endormie © Wikimedia Commons

3. La littérature : Rakel ne veut pas qu'on parle de meurtre pendant le dîner. "Que dites-vous de Shakespeare ?" demande son fils Oleg (p. 210). Quel est le lien entre Shakespeare et Nesbo ? c'est que l'intrigue tourne autour du syndrome d'Othello : la jalousie est-elle le mobile du meurtre commis par Othello ? Mais ce dernier n'est-il pas la marionnette de Iago, poussé par l'ambition ? Soif de pouvoir et jalousie sont illustrées par divers personnages comme l'ambitieux M. Bellman ou Truls l'opportuniste, les interrogations de Rakel. Nesbo s'approprie, réactualise et modernise la pièce de Shakespeare avec talent. Un roman, qui enchevêtre thriller et tragédie shakespearienne, à lire sans modération !

Nesbo Jo, La soif, folio, Italie, Juin 2019, 710 p.

Autres romans : Police, Le bonhomme de neige, Soleil de minuit,

Partenariat Folio.

Sur le web : piplo,

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La mort de Desdémone, Alexandre Colin © Wikipédia

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12 septembre 2019

Le journal de ma disparition/ L'ombre de la baleine de Camilla Grebe : ISSN 2607-0006

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Couverture : Maquette : Alistair Marca / Photographie : © Mohamad Itani / Arcangel Images

L'ombre de la baleine est le dernier roman de Camilla Grebe. Elle a auparavant écrit Un cri sous la glace (2017) et Le journal de ma disparition ( 2018), qui a remporté le Glass Key Award, récompensant le meilleur polar scandinave, tout à fait mérité.

Encore un polar nordique ! Va-t-il être si différent des autres romans policiers ? De surcroît, Le journal d'une disparition repose sur un procédé répandu, celui de l'enquêteur amnésique. Déjà, dans La mémoire assassine, Young en profitait pour faire de l'humour noir, de même que dans Enquête sur la disparition d'Emilie Brunet d'A. Bello dans laquelle l'auteur ajoutait une dimension réflexive. En revanche, Camilla Grebe l'emploie pour développer un problème sociétal de manière sérieuse et d'actualité sur l'immigration de ces dernières années en Suède. Dans cet opus, la romancière nous présente Malin, une jeune policière, qui travaille sur un "cold case" des années 1990, dans son village natal, Ormberg. Elle nous donne aussi un petit aperçu de l'histoire de ce village, de ses habitants, notamment celle des adolescents. On peut

mail-K15040-The_cotton_mill_68x80_cm_CPrint_2013-Hmême découvrir dans une ligne, en passant, les belles photographies de Hélène Schmitz... Suspense, rythme soutenu et bon développement des personnages font du Journal de ma disparition un excellent polar originalement construit, absolument pas superficiel ni superfétatoire.

Hélène Schmitz, The cotton mill, 2013.

Après l'enquête bien écrite et passionnante du Journal de ma disparition, on tombe sur une autre enquête prise en charge par trois narrateurs des plus ennuyeux : l'enquêteur Manfred, un père qui a laissé tomber sa fille d'un an de son balcon, un jeune garçon qui deale et sa mère faisant partie d'une congrégation. Quelle platitude dans les monologues intérieurs et dans l'intrigue ! L'ombre de la baleine ressemble tout à fait à une série policière des plus banales abordant tour à tour la drogue, la religion, les relations familiales... On a vraiment envie de vite en finir malgré une nouveauté dans cet audiolib. Le récit est lu par trois lecteurs différents mais cela n'est pas vraiment utile : les lectures étant souvent d'une grande qualité, on n'a guère besoin de lecteurs différents pour suivre les protagonistes habituellement (vous pouvez écouter un extrait ici). Une déception !

Grebe Camilla, L'ombre de la baleine, Audiolib, lu par Marie Eve Dufresne, Hugues Martel et Pierre-Henri Brunel, 1 CD, 11h40, France, juin 2019

Grebe Camilla, Le journal de ma disparition, Le livre de poche, France, avril 2019, 472 p.

Partenariat Audiolib.

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28 octobre 2018

La daronne de Hannelore Cayre : ISSN 2607-0006

 

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"Grande nouvelle !", nous annonce le site audiolib : La daronne de H Cayre va bientôt être adapté au cinéma par Jean Paul Salomé, avec Isabelle Huppert dans le rôle principal. Pour ceux qui ne connaissent pas encore H. Cayre, on nous indique sur la jacquette qu'elle est avocate pénaliste et qu'elle a déjà écrit Commis d'office, Comme au cinéma, Toile de maître. La Daronne a été récompensé par le Grand prix de la littérature policière et Le point du polar européen.

Une femme entreprend de raconter sa vie, notamment comment elle est devenue la "daronne". Après une enfance heureuse dans une cage dorée et mafieuse, elle perd tout à la mort de son mari. Elle devient alors traductrice-interprète judiciaire des écoutes de la brigage des stups dont un ami flic Philippe devient le capitaine. En écoutant ces conversations, elle entend des informations entre une aide-soignante qui s'occupe de sa mère et son fils, dealer, à propos d'une cargaison de drogue. Elle décide de les prévenir d'une embuscade de la police : le jeune trafiquant laisse sa cargaison dans la nature. Lorsqu'elle trouve la drogue, elle décide de l'écouler et devient "la daronne".

"La Daronne" est un personnage atypique, atteinte de synesthésie bimodale, qui lui donne envie de manger des couleurs. C'est une femme d'une cinquantaine d'années au franc-parler et peu politiquement correcte. H Cayre prend à contre-pied les caractéristiques du genre en choissisissant une héroïne, plutôt qu'un homme : elle émet des réflexions peu conventionnelles sur la mort ( sa mère est un EHPAD où le personnel est insuffisant), la société, la drogue, l'intégration des jeunes immigrés...

Le sujet et le milieu ne m'ont pas intéressée. En revanche, l'écriture humoristique, inventive (par exemple le détournement d'un proverbe "Caméléon qui louche n'amasse pas mouche" ou le comique des comparaisons avec une vieille femme s'enfuyant "comme le raptor de Jurassic Park", ) m'ont amenée jusqu'à la fin du CD. Le mélange des registres qui passe de la controverse de Valadolid au langage familier donne un style plutôt réjouissant et caustique, en faisant la satire des institutions policières, médicales... La voix claire et vivante d'Isabelle de Botton rend cette écoute très agréable. Vous Pouvez entendre un extrait ici.

La Daronne, Hannelore Cayre, Audiolib, 4h43, lu par Isabelle de Botton.

Merci Audiolib pour ce partenariat.

Sur le web : billets d'Agnès Dasola et Keisha.

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24 octobre 2018

Soleil de minuit de Jo Nesbo : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-policier/Soleil-de-nuit

Nesbo fait partie des auteurs qui entreront dans le Robert comme nous l'annonce cet article de L'express (" ces nouveaux mots qui entrent dans le dico"). La popularité de cet auteur norvégien ( biographie sur le site folio) repose sur la création d'Harry Hole, un inspecteur de police stéréotypé d'Oslo. Soleil de minuit s'inscrit dans une nouvelle série, dont le premier opus est Du sang sur la glace mais il peut être lu indépendamment, étant donné que Soleil de minuit se comprend parfaitement même sans la lecture du précédent opus.

Contruit en opposition à Harry Hole, Jon Hansen est un anti-héros : travaillant comme tueur à gage, sur un quiproquo, pour un trafiquant de drogue d'Oslo, surnommé le Pêcheur, il est obligé de fuir sa ville pour échapper au nouveau... tueur à gage de son ancien patron. Il arrive dans la Finnmarksvidda, " paysage plat, monotone et aride". " Peut-être était-ce le soleil qui brillait alors qu'on était au milieu de la nuit, ou le profond silence, ce village avaient en tout cas quelque chose d'étrangement abandonné" (p. 15) : ainsi nous présente-t-on Kasund où il n'y a pas d'hôtel, ni d'auberge et où le seul endroit où il pourra dormir est une église, puis une cabane isolée.

Cette première nuit passée dans une église lui permet de faire la connaissance de Knut, un enfant de 10 ans, et de sa mère, Léa. Cette femme est le bedeau de l'église de Laestadus, une religion ancestrale, dont le mari est peut-être mort en mer et dont Jon tombe immédiatement amoureux. Notre malheureux Jon, survivant à cette aventure grâce au valium et à l'alcool - au moins un point commun avec Harry Hole - va-t-il échapper au tueur à gage envoyé par le Pêcheur ? Trouvera-t-il assez de détermination pour ne pas se suicider ?

Les descriptions du Finnemark sont en partie tirées des voyages de l'auteur et de témoignages, en ce qui concerne la culture same et  du laestadianisme. Cependant, Soleil de minuit n'est pas un ethno-polar : on nous décrit les coutumes et la vie de ces pêcheurs du nord de la Norvège, de manière partielle, à travers les yeux du personnage principal qui découvre cette contrée. C'est l'une des nouveautés de ce roman policier, sorte "d'anti hard-boiled" où le héros n'arrive pas à tirer sur quelqu'un alors qu'il a été embauché pour cette fonction. Dépressif, Jon raconte à la première personne son histoire présente et passée, tout en faisant preuve d'autodérision. Avec Soleil de minuit, Nesbo arrive à se renouveler avec ce personnage mélancolique, qui évolue dans un Finnmark, qui ne sert pas que de toile de fond, comme dans la série des Harry Hole...

Nesbo, Soleil de minuit, folio policier, 242 p.

Partenariat Folio.

Autres romans : Le bonhomme de neige, Police,

Sur le web : Champenois Sabrina, " Soleil de minuit. Spleen boréal", Libération, mis en ligne le 13 mars 2016. URL : https://next.liberation.fr/livres/2016/04/13/soleil-de-minuit-spleen-boreal_1445951

Séry Masha, " Jo Nesbo, le gagnant, M Livres, mis en ligne le 14 décembre 2015. URL : https://www.lemonde.fr/livres/article/2015/12/16/jo-nesbo-le-gagnant_4833242_3260.html

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26 août 2018

Sur un mauvais adieu de Connely : ISSN 2607-0006

 

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/sur-un-mauvais-adieu-9782367626772

Quel plaisir de retrouver l'incorruptible Bosh ! Dans cet opus, il ne travaille plus pour la police du NYDP mais comme volontaire dans la petite ville de San Fernando. Parallèlement à son travail de bénévole qui l'amène à traquer un violeur en série, il mène des enquêtes pour des particuliers. C'est ainsi qu'il se retrouve à travailler pour Whitney Vance un riche industriel, qui recherche sa descendance. Cependant, la mission semble particulièrement périlleuse puisque le riche industriel laisse un immense empire qui suscite la convoitise de ses associés.

Avec une écriture journalistique, M. Connelly décrit les rouages de la machine policière (notamment les changements survenus dans la carrière des flics, les coupes budgétaires, le fonctionnement des tableaux de présences...), les démarches faites par Bosch pour retrouver des indices concernant l'ancienne petite amie de Vance, enceinte au moment où il l'a lâchement abandonnée...

On croise avec plaisir des personnages familiers, comme la fille de Bosch qui est maintenant en deuxième année de fac ou le demi-frère d'Harry ( Mickey Haller), qui est avocat, venu lui prêter main forte dans les questions d'héritage. Le passé d'Harry ressurgit aussi : le prologue évoque la guerre du Vietnam, en lien avec l'affaire. La voix grave de Jacques Chaussepied s'accorde parfaitement avec le personnage de l'inspecteur. Vous pouvez écouter un extrait ici. Si vous avez aimé ses précédentes enquêtes que ce soit Mariachi plaza ou Dans la ville en feu, vous aimerez tout autant cette dernière enquête...

Sur un mauvais adieu de Connely, Audiolib, 12h40, lu par J. Chaussepied

Autres romans : Echo Park

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04 août 2018

Mapuche de Ferey : ISSN 2607-0006

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http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio-policier/Mapuche2

4 ans avant Condor ( première publication en 2016), Ferey avait déjà écrit une enquête policière se passant en Amérique du Sud, en Argentine : Mapuche. Ce roman policier nous raconte comment Ruben Calderon, un détective, est engagé par un journal pour enquêter sur la disparition d'une jeune femme, fille d'un riche industriel de Buenos Aires, Eduardo Campallo. Au même moment, un travesti disparaît aussi : son ami travesti Paula et Jana, une Mapuche, font appel à Calderon. Les deux intrigues vont rapidement se rejoindre dans une quête commune liée aux disparus de la dictature de Videla.

On y trouve des thèmes obsessionnels de l'auteur, ce roman policier ressemblant fort au suivant. On retrouve le même type de personnages, avec un révolté, Ruben Calderon, en butte à la dictature de Videla, une Mapuche tombant amoureux de notre héros, une certaine complaisance dans la description des scènes de tortures. Dans les ressemblances, on peut aussi noter des fragments poétiques écrits par l'un des personnages.

Comme au Chili, la société argentine fait côtoyer la misère la plus noire à l'opulence la plus clinquante ( et souvent bien malhonnêtement acquise). Outre la dénonciation de l'état actuel des choses, qui repose sur une nombreuse documentation, elle s'accompagne d'une critique du passé dictatorial, du massacre du peuple mapuche et s'intéresse plus particulièrement au "Processus" : les enfants des disparus torturés étaient adoptés par des hauts dignitaires en place. A découvrir pour les injustices ayant lieu en Argentine - décidément, l'arrière-plan historique est plus intéressant dans les romans de Ferey que les personnages - même si l'écriture est beaucoup plus tarabiscotée que celle de Condor et alourdie par des détails inutiles...

Ferey, Mapuche, Folio policier, 560 p.

Autres romans : Condor,

Sur le web : Peras Delphine, "Mapuche, par Caryl Ferey", L'express, mis en ligne le 31 mai 2012. URL : https://www.lexpress.fr/culture/livre/mapuche-par-caryl-ferey_1120804.html

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06 juillet 2018

Selfies, La septième enquête du département V, Jussi Adler-Olsen : ISSN 2607-0006

Selfies

 "Corrosif", "acerbe", "caustique" sont des adjectifs qui pourraient qualifier la septième enquête du département V. D'emblée nous sommes projetés dans la vie d'une assistante sociale, qui décide de tuer de jeunes filles belles, oisives, profitant de l'aide sociale. Sa haine et sa lucidité - ce qui est une caractéristique qui s'étend à tous les personnages - la métamorphose en meurtrière. L'une des jeunes filles, Denise, est en conflit avec sa grand-mère, qui est tuée dans des circonstances mystérieuses. C'est sans compter l'équipe du département V, qui fait le lien avec une ancienne affaire criminelle. Pendant ce temps, Rose, la secrétaire du département V, sombre progressivement dans la folie tandis qu'Assad, parle de moins en moins de chameaux et de mieux en mieux le danois, ce qui prive d'humour le récit...

Lentement, les pièces du puzzle vont s'emboiter vers un dénouement permettant la résolution des multiples affaires suivies par les enquêteurs habituels, Karl Morck, Hassad et Gordon. L'ensemble est somme toute assez banal. Cependant, la différence majeure, dans le style de Jussi Adler Olsen, est le refus de toute idéalisation et de l'hypocrisie sociale. Les monologues intérieurs révèlent des pensées abjectes, pas politiquement correctes. On est loin des personnages policés et lissés du genre romanesque : les personnages sont vils et cyniques, l'auteur développant leur intériorité à outrance, écrivant ainsi un roman quelque peu bavard.

Quant au titre, il est assez trompeur : ne vous attendez pas à une trame policière tournant autour des réseaux sociaux. Les médias ont une place assez réduite. C'est plus la dimension sociétale du système social, qui est mis en exergue, même si une équipe de reporters veulent à tout prix filmer les enquêteurs, évidemment dans un but sensationnaliste, au grand désespoir de Morck, le cynique ( ou est-ce l'auteur qui l'est ?).

Cette histoire est lue talentueusement par Julien Chatelet, qui rend supportable les longs dialogues, une certaine vision décapante de la société danoise et la lenteur de l'intrigue foisonnante ( car il est aussi question d'un braquage, d'un meurtre peut-être commis par Rose, d'un ancien nazi, d'adultère etc...). Vous pouvez écouter un extrait ici.

Selfies, Jussi Adler-Olsen, Audiolib, lu par Julien Chatelet, 16h05.

Autres romans : Promesse

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28 mai 2018

La femme de l'ombre, la trilogie des ombres, d'Indridason : ISSN 2607-0006

 

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Dans ce deuxième volet de La Trilogie des ombres, plusieurs intrigues s'entrelacent et ne se rejoindront qu'à la fin du roman. Nous pouvons ainsi suivre la trajectoire d'une jeune femme, en 1943, qui quitte la Finlande pour retourner en Islande. Elle attend son fiancé, qui lutte contre les nazis mais qui est déporté dans un camp. Sur le bateau qui la ramène dans son pays, un ami tombe à l'eau. Est-ce un accident ? Plus tard, un homme est retrouvé dans la mer à Reykjavik. Flovent et Thorsen, déjà présents dans Dans l'ombre) enquête tout en étant confronté à d'anciens pro-nazis, au meurtre d'un homosexuel, à la disparition d'une femme liée à l'occupation américaine...

Le genre du "nordic noir" s'essouffle-t-il ? Comme l'avoue l'auteur dans une entrevue dans Le Point, intitulée "Polar : Arnaldur Indridason fait entrer Hitler en Islande", il a abandonné son personnage principal Erlendur au bout de 13 opus car il se répétait : " Il a déjà été le héros de treize livres. Je pense qu'une série ne doit pas s'éterniser"(Ibid). Et nous aussi nous le pensons. Il choisit donc de nouveaux personnages principaux et une nouvelle époque, peu décrite dans les romans islandais : " Très peu de choses ont été écrites sur la guerre et l'après-guerre en Islande" (Ibid).

En abordant "La situation", cela lui permet de se renouveler et il arrive à complexifier ses intrigues, là où elle présentait une certaine linéarité dans ses précédents romans. Si l'on en sait davantage sur le mouvement nazi en Islande et sur l'occupation par les alliés pendant cette période, les personnages restent superficiels empêchant toute empathie, ou tout simplement tout attachement. De même, l'écriture est toujours aussi plate. Malgré l'excellente lecture de Philippe Résimont (vous pouvez écouter un extrait ici, on commence à ressentir une certaine lassitude de ce type de roman... Ce n'est pas un mauvais roman mais il est plutôt quelconque, rejoignant la très longue liste des romans policiers nordiques...

La femme de l'ombre, d'Indridason, audiolib, lu par Philippe Résimont, 8h43, 2018.

Autres romans de l'auteur : Dans l'ombre, tome 1L'hiver arctique, L'homme du lac, Le lagon noir,

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Sur le web : Malaurie Julie, "Polar : Arnaldur Indridasson fait entrer Hitler en Islande", Le Point, mis en ligne le 30 mars 2017. URL :https://www.lepoint.fr/livres/polar-arnaldur-indridason-fait-entrer-hitler-en-islande-30-03-2017-2115977_37.php 

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