13 mars 2011

La lettre écarlate d'Hawthorne : ISSN 2607-0006

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Un long prologue montre l'affection de l'auteur pour la ville de Salem. Il faut savoir que le trisaïeul du romancier, ainsi que le père de ce dernier,  furent des juges sans pitié. John Hawthorne (biographie Larousse) participa au fameux procès des sorcières de Salem (1692). Hawthorne y évoque sa vie d'inspecteur des douanes, dans un milieu très conservateur et poussiéreux. Un jour, parmi de vieux papiers, il trouve un énigmatique rouleau écrit par l'inspecteur Pue au XVIIIeme siècle, avec un tissu superbement ouvragé, sur lequel est brodé la lettre A. Mais quelle est l'énigme de cette lettre ?

Cette "relique" est intrinsèquement liée à l'histoire d'Hester Prynne : à son arrivée en Nouvelle Angleterre, sans son mari médecin resté étudier en Allemagne, Hester et le révérend Dimmesdale ont une liaison coupable. Lorsque naît leur enfant Pearl, la jeune femme doit porter le symbole de son péché : elle brode un A écarlate qu'elle porte sur sa poitrine, signe visible de sa déchéance. Son mari, Roger Chillingworth arrive au moment où sa femme est exposée aux yeux de la foule, pendant trois heures, sur le pilori de l'infamie. Il lui demande de ne pas révéler son vrai statut, tant qu'il ne sera pas vengé de cet outrage, car nul ne sait qui est l'amant d'Hester. Commence pour notre triangle amoureux, un drame non pas vaudevillesque mais tragique. Comment le mari va-t-il se venger ?

A l'image de la lettre écarlate, formidablement brodée par Hester, l'auteur entrelace différents motifs. Ce livre se teinte des couleurs symboliques tels que le rouge et le noir. Le doyen adresse à la foule" un discours sur le péché et ses pièges divers entremêlées de continuelles allusions à la lettre infamante" : ce discours est tel qu'il associe le rouge de la lettre aux flammes de l'enfer, exacerbant les terreurs des villageois. Mais cette lettre symbolise aussi l'expiation d'Hester tandis que le noir va être l'apanage de l'âme de son mari : la cruauté de sa revanche prend aussi une couleur infernale. La lutte entre le Bien et le Mal que mène le pasteur, dans sa paroisse et intérieurement, empreint le texte de religiosité, peignant ainsi la vie des puritains, dans la Nouvelle Angleterre du XVIIeme siècle.

Sous le joug de la religion, ces trois personnages se débattent et c'est leur combat intérieur que nous livre l'auteur. Au-delà du visible, Hawthorne se penche sur l'invisible en rendant les états d'âme imagés : le courage, la générosité et la solitude d'Hester, la souffrance allant jusqu'à la folie du pasteur lâche et la cruauté de Roger Chillingworth. mais une issues est-elle possible pour ces trois acteurs du drame ? Ces faits authentiques, rehaussés par l'imagination et l'écriture de Hawthorne permettent de témoigner d'une période de l'histoire de l'Amérique et brille d'un certain éclat dans cette littérature puritaine dont peu de récits perdurent...

 La lettre écarlate, Hawthorne, GF, 299 p.

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06 mars 2011

Emma de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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Cinquième roman de Jane Austen ( biographie Larousse Alalettre.com), Emma décrit une héroïne très différente de celles des oeuvres précédentes. Loin de la pétillante Elizabeth Bennet ou de la timide Fanny de Manfield Park, elle est une jeune fille vaniteuse et manipulatrice, flattée par tous, sauf Mr Knightley qui n'est pas dupe. N'ayant ni le goût de la lecture, ni celui de persévérer dans quels que domaines que ce soit, elle s'amuse à créer des unions dans son entourage, n'ayant elle-même aucune envie de se marier...

L'intrigue du mariage se dilue dans les conversations et les portraits secondaires qui révèlent l'importance du paraître et de l'être lié au niveau social. Parmi eux, on trouve l'insignifiante Harriet, l'autoritaire Mrs Churchill, l'ambitieux Mr Elton. En parlant de Mr Martin, un fermier, Emma déclare : " ces gens-là font partie de la classe avec laquelle je n'ai rien à faire". Jamais les contraintes sociales n'ont eu autant d'importance que dans ce roman-ci, ce qui  provoque bien des désillusions pour nos différents personnages. Peut-on parler de caricature ? Certainement, les défauts des personnages sont amplifiés, il suffit de se pencher sur le chapitre XXXVI, véritable scène de comédie : Mr Weston parle de son fils tandis que Mrs Elton parle de sa suffisance : jamais leur violon ne s'accorde, chacun ne parlant à l'autre que pour mieux se vanter.

Cependant, ce roman est parfois bavard. Les conversations oiseuses semblent interminables : est-il important de manger de la bouillie le soir ? Saler le jambon est-il la meilleure façon de manger cette viande ? Mais patience, lecteurs, le dénouement rapide compense ces longueurs, de même que l'importance de la dimension romanesque. Et c'est là que le roman prend vraiment une dimension intéressante : le romanesque et les rêveries qui sont surtout le fait d'Emma, mais les autres personnages ne sont pas épargnés, permettent de révéler les défauts des personnages mais aussi de montrer le décalage entre le réel et les romans. Emma, souvent appelée "héroïne" est comique tant sa vision du monde est éloignée de la réalité : "cette aventure était véritablement passionnante... Un beau jeune homme [ Frank Churchill] et une ravissante jeune fille [Harriet Smith] entraînée dans une histoire pareille, cela ne pouvait manquer de faire naître certaines idées dans le coeur le plus froid ou le cerveau le plus solide, d'après Emma du moins"? Hélas ! Emma s'illusionne complètement sur un éventuel mariage entre ces deux êtres : le roman démontrera exactement l'inverse... La cascade finale de mariages heureux fait-elle de Jane Austen, une romancière romantique ? Certainement pas ! Avec cette Don Quichotte au féminin, Jane Austen semble dénoncer les dangers du romanesque, notamment des romans sentiments, lorsqu'il déborde du cadre de la fiction.

Emma, Jane Austen, 10/18, 574 p.

Autres romans : Mansfield Park, Orgueil et préjugés, Lady Susan, Northanger abbaye

challenge "un an de passion avec Jane Austen", d'Ellcrys

Lecture commune avec George, Lili galipette, Anne, Jules , hilde, ...

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21 février 2011

Le moine de Lewis : ISSN 2607-0006

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"Il me semble, ô livre vain et sans jugement ! que je te vois lancer un regard de désir là où les réputations s'acquièrent et se perdent dans la fameuse rue appelée Paternoster. furieux que ta précieuse olla-podrida soit ensevelie dans un portefeuille oublié, tu dédaignes la serrure et la clef prudente, et tu aspires à te voir, bien relié et doré, figurer dans les vitrines de Stockdale, de Hookham, ou de Debrett". Par une adresse, à son livre, humoristique, Lewis nous fait parvenir Le moine, véritable bréviaire de la littérature gothique. Mais qui est ce moine ?

Le moine de Lewis est une oeuvre flamboyante, à tel point, qu'Artaud disait : "Je continuerai à tenir pour une oeuvre essentielle Le moine qui bouscule cette réalité à pleins bras, qui traîne devant moi des sorciers, des apparitions et des larves, avec le naturel le plus parfait, et qui fait enfin du surnaturel une réalité comme les autres". A Madrid, accompagnée de sa laide tante Leonella, Antonia fait la rencontre de Lorenzo qui va vite tomber sous son charme et elle va entendre parler, pour la première fois, d'Ambrosio, le moine qui fascine tout le monde par sa vertu. Antonia vient voir son oncle le marquis de Las Cisternas car sans ressource et avec une mère gravement malade, elle cherche la protection de ce parent éloigné. A  partir de cette histoire, une myriade de récits fantastiques pleine d'hallucinations, de fantômes, de revenants, de prédictions tourbillonnent vertigineusement. Une deuxième intrigue commence : Agnès, religieuse du couvent et soeur de Lorenzo, entretient une relation secrète avec le marquis. Vont-ils pouvoir s'aimer tendrement ? Lorenzo pourra-t-il demander en mariage l'innocente Antonia ? Le moine va-t-il rester vertueux ?

"A ceux qui osent, rien n'est impossible"

Diverses histoires mises en abîme de passions punies donnent vie à des thèmes, repris plus tard dans la littérature fantastique, tels que l'histoire de la nonne sanglante ou celle du juif errant.

" Assis sur un fragment de roche, le calme  de ce spectacle m'inspirait des idées mélancoliques qui ne manquait pas de charme, le château que j'avais en pleine perspective, offrait un aspect imposant et pittoresque.Ses murs épais que la lumière de la lune teignait de la lueur mystérieuse ; ses vieilles tour à demi-ruinées, qui s'élevaient dans les nues et semblaient menacer les plaines d'alentours ; ses créneaux tapissées de lierres, et ses portes ouvertes en l'honneur de l'hôte fantastique, me pénétrait d'une triste et respectueuse horreur". Tous les topos de la littérature gothique, du château hanté, des femmes violentées dans des caves remplies de cadavres, au pacte avec le diable sont présents, formant avec excès une oeuvre gothique au carré. La suite d'exergues de Shakespeare  et la place des rêves, des hallucinations et des prémonitions induisent une vision onirique mais pleine de violence : l'illusion de la vie, sa fragilité révèlent la noirceur de l'âme des hommes et de son iniquité. Tout n'est qu'apparence et vanité : "Depuis qu'il [Ambrosio] avait perdu la réalité de la vertu, l'apparence semblait lui être devenue précieuse".

" De moment en moment, la passion du moine devenait plus ardente, et la terreur d'Antonia plus intense. Elle lutta pour se dégager ; ses efforts furent sans succès et, voyant Ambrosio s'enhardir de plus en plus, elle appela au secours à grands cris. L'aspect du caveau, la pâle lueur de la lune, et les objets funèbres que ses yeux rencontraient de toute part, étaient peu faits pour lui inspirer les sentiments qui agitaient le prieur ; ses caresses même l'éprouvaient par leur fureur : cet effroi, au contraire, cette répugnance manifeste, cette résistance incessante, ne faisaient qu'enflammer les désirs du moine, et prêter de nouvelles forces à sa brutalité". Remarquable par sa littéralité, les références à la littérature, que ce soit la Bible ou des légendes "le roi des eaux" croisent le destin des hommes et côtoient le paroxysme des atrocités, des sentiments, des passions : excessivement onirique, Le moine est un magnifique et frénétique palimpseste de la littérature gothique.

Le moine de Lewis, Babel, 480 p.

Lecture commune avec céline et sabbio

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10 février 2011

La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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Laissant errer son imagination, à partir d'un tableau de Vermeer, Tracy Chevalier invente la vie du modèle. Qui est cette jeune fille à la perle, dont le visage illuminé se détache de la sobriété du fond ? Cette  jeune fille Griet issue d'un milieu humble entre au service de la famille Vermeer pendant trois ans, de 1664 à 1667. Cette tranche de vie imaginaire s'inscrit dans un quotidien et une peinture de Delft reflétant la vie du siècle d'or hollandais. Si ses gestes et récits sont répétitifs, peu à peu, le lecteur perçoit son éveil à une sensibilité artistique. A travers son regard, Delft apparaît comme un tableau : "La matinée était encore fraîche, le ciel d'un gris pâle et mat recouvrait Delft tel un drap que le soleil d'été n'était pas encore assez haut pour dissiper. Le canal que je longeai était un miroir de lumière blanche moirée de vert. Plus le soleil deviendrait intense, plus le canal s'assombrirait, jusqu'à prendre la couleur de la mousse".

Celle qui est maltraitée par toute la famille, excepté par le peintre pour des raisons artistiques, devient son assistante et finira par poser pour lui. Discrètement, le roman lève le voile sur le travail du peintre dont les éléments biographiques sont rares. Quelles couleurs employait-il ? Comment travaillait-il ? Quel était son caractère ? La vie du peintre, bien documentée, est évoquée par petites touches, nous permettant d'appréhender son regard d'artiste et son travail, du broyage des couleurs à ses relations avec son mécène Van Ruijen.

Surtout ce livre nous fait entrer dès les premières pages, au moment où Griet ouvre la porte de la maison Vermeer, dans l'atmosphère des tableaux : de nombreuses descriptions dépeignent des peintures de cette époque comme Les entremetteurs ou d'autres plus anciens comme La servante à la robe écarlate ou La laitière : ce sont des tableaux accrochant la lumière, reflétant des scènes souvent intimistes ou du moins quotidiennes de l'époque. Roman sur une jeune fille infortunée du XVIIeme siècle hollandais, La jeune fille à la perle laisse entrevoir tout l'imaginaire des tableaux de Vermeer.

"Une femme se tenait devant une table, elle était tournée ver un miroir accroché au mur de sorte qu'on la voyait de profil. Elle portait une veste de somptueux satin jaune, bordée d'hermine et, selon le goût du jour, un noeud rouge s'épanouissait en cinq boucles sur ses cheveux. Sur la gauche, une fenêtre l'éclairait, la lumière jouait sur son visage, soulignant la courbe délicate de son front et de son nez. Elle passait son collier de perles autour de son cou. Elle le nouait les mains à hauteur de visage. En extase devant l'image que lui renvoyait le miroir, elle ne semblait pas avoir conscience d'être observée. A l'arrière plan, sur un mur d'une étincelante blancheur, on apercevait une vieille carte et, dans la pénombre du premier plan, on reconnaissait la table sur laquelle étaient posés la lettre, la houppette et les autres objets que j'avais époussetés" ( tableau : La femme au collier).

Tracy Chevalier, La jeune fille à la perle, Quai voltaire, 256 p.

Autres romans : Prodigieuses créatures

Billet de Ys, Mango...

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29 janvier 2011

La vérité sur Gustavo Roderer de Guillermo Martinez : ISSN 2607-0006

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Romancier et mathématicien argentin, l'oeuvre de Guillermo Martinez est influencée par son amour des mathématiques, bien qu'il n'y ait rien de réellement scientifique. Restant dans la sphère des idées et dans le récit elliptique, l'auteur retrace le destin parallèle de deux personnages à l'intelligence bien opposée : le narrateur fait des études de mathématiques, tandis que l'autre, Gustavo cherche une philosophie révolutionnaire : Quelles "régions interdites depuis toujours à la pensée humaine" a-t-il découvertes ?

Mais quelle est le sens véritable de cette histoire ? Les références aux différentes philosophies et aux mathématiques rendent confuses l'intrigue. Cette histoire métaphysique est-elle une mystification ? Voici l'extrait d'une lettre de Gustavo : " Mais j'acquis au cours de ces années une méthode, une faculté surhumaine, de discerner un nouvel entendement ouvrant les portes d'un autre ciel, un ciel encore vide qui attend les hommes; [...] Ce qui me reste à faire, l'ultime problème représente sans doute le plus ardu. rendre intelligible pour la vieille raison humaine, cette nouvelle science". Folie ou génie ? Réalité ou désir chimérique ? Les théories philosophiques sont si étranges et si mystérieuses, qu'elles en deviennent quasi incompréhensibles. Au-delà de la trajectoire du héros, cette fable sur le génie, présentée comme une maladie de corps et d'esprit, reste brumeuse et laisse le lecteur en marge de l'histoire. 

Martinez, La vérité sur Gustavo Roderer ,122 p.
Partenariat BOB et merci aux éditions.

Lu aussi par Ys. Edit du 6/02 : billet de Cécile.

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21 janvier 2011

Les vestiges du jour d'Ishiguro : ISSN 2607-0006

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Né en 1954, Ishiguro est un romancier britannique, d'origine japonaise. C'est en se posant la question, "si j'avais vécu pendant la période des guerres mondiales, qu'aurai-je fait ? comment aurai-je réagi ?", qu'il écrit Les vestiges du jour*.Son interrogation s'incarne dans la personne de Mr Stevens.

Véritable "butler" anglais au service d'une maison distinguée, Mr Stevens sert avec loyauté et dignité, pendant de longues années, Lord Darlington.  En 1959, à la mort de celui-ci, il reste dans la vieille demeure, rachetée par un riche américain. Lorsqu'un majordome prend la parole, c'est pour nous narrer ses journées de travail, ses problèmes de personnel... Justement, un manque d'employés ainsi qu'une lettre d'une ancienne intendante, Miss Kenton, qui semble vouloir revenir à Darlington Hall, incite le majordome Stevens à entreprendre un petit périple pour la rencontrer, dans le West Country. Progressivement, le déroulement de ces six jours de voyage, dévoile sous un récit empli de retenue, bien des drames personnels et historiques. Ses souvenirs ressurgissent peu à peu pour former une fresque des années 30, dans la haute société anglaise.

C'est avec beaucoup de distinction et d'élégance que Mr Stevens aborde les problèmes de sa profession : qu'est-ce qu'un grand majordome ? Pour lui, "les grands majordomes sont grands parce qu'ils ont la capacité d'habiter leur rôle professionnel" et "ils portent leur professionnalisme comme un homme bien élevé porte son costume. C'est, je l'ai dit, une question de dignité". Mais n'est-ce qu'une histoire de quotidien et de domestiques ? Aveuglé par son attachement aux convenances et aux valeurs qu'il s'impose, Mr Stevens n'a pas entièrement conscience des réalités politiques qui se trament chez Lord Darlington. Les vestiges du jour, alliant histoire individuelle et l'histoire après la Première Guerre Mondiale, est une large réflexion sur des problèmes moraux et historiques. A-t-il eu raison de renvoyer ces domestiques juives pour obéir avec loyauté aux ordres de son maître ? N'est-il pas passé à côté du bonheur en sacrifiant l'amour de Miss Kenton au profit de son professionnalisme ? Devait-il continuer à servir Lord Darlington malgré son rapprochement avec les chemises noires et ses rencontres officieuses avec les Allemands ?

L'écriture élégante, délicate, pleine de nuances de Ishiguro se déploie pour peindre des personnages qui sont loin d'être manichéens. Les subtilités de l'écriture transcrivent les méandres des réflexions de Mr Steven et de son évolution. Une impression de mélancolie se dégage de ce récit d'une sourde tristesse ; mais non désespéré. Le récit n'est d'ailleurs pas dénué d'humour, notamment par les réflexions sur le badinage ou par le décalage comique né du sérieux du personnage contrastant avec des situations cocasses. Les vestiges du jour est une réflexion profonde sur l'humanité et l'histoire dans une prose magnifique et raffinée...

Les vestiges du jour, Ishiguro, Folio, 338 p.
* making off, Les vestiges du jour, réalisé par James Ivory, avec Emma Thompson, Antony Hopkins, 2h08, 1993.

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15 janvier 2011

Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

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Qui est Mary Anning ? Elizabeth Philpot ? Tracy Chevalier nous conte le destin insolite de ces deux femmes naturalistes, au XIXeme siècle, dans le sud de l'Angleterre. On découvre ainsi leur vie, celle d'une vieille fille de 25 ans, appartenant à un milieu social bourgeois et celui de Mary Anning, fille d'ouvrier. Elles se définissent, au départ, comme des découvreuses de fossiles car chacune est passionnée par la recherche d'ammonites ou de lis de mer. Le jour où Mary Anning découvre un étrange "monstre", qui se révèlera être un ichtyosaure, elle va connaître plusieurs drames et inscrire son nom dans l'histoire des sciences...

Développant un univers singulier et un langage différent, ces deux femmes nous racontent leur existence dans l'Angleterre du XIXeme siècle. Ce sont des biographies réelles mais l'auteur y a ajouté quelques intrigues romanesques. Ressemblant à des personnages de Jane Austen, évoqués à plusieurs reprises, Elizabeth et ses soeurs Margaret et Louise, anciennes londoniennes, évoquent leur vie de vieilles filles, excentrique chacune à leur manière. Leur quotidien et les habitudes de l'époque ne paraissent pas ennuyeusement décrites car ils sont vus à travers les yeux d'une femme courageuse et passionnée. Elle aborde des aspects aussi variés que l'architecture du lieu, les visites dans des musées londoniens, les bals et les fréquentations de ses soeurs... Loin des salons que sa disgrâce physique et son intelligence empêchent d'apprécier, Elizabeth nous instruit sur sa passion pour les fossiles.

Une simple histoire de fossiles ? Certes les deux femmes parlent de leur vie amoureuse, de leurs sentiments, mais elles doivent aussi supporter le regard d'autrui et surtout celui, plus méprisant des hommes qui les tiennent pour "quantité négligeable" selon les propres mots de Lord Henley, représentant de la gentry locale. A une époque où les femmes n'avaient pas le droit de rentrer à l'intérieur de la geological Society, Elizabeth va se battre pour imposer les découvertes de Mary Anning. Plusieurs passages amusants soulignent d'ailleurs le ridicule de l'arrogance et de la prétention des hommes de l'époque : " Tout d'abord enchantée, je m'aperçus au bout de quelques minutes que Lord Henley ne connaissait rien aux fossiles, si ce n'est qu'ils pouvaient être collectionnés et qu'ils le faisaient paraître intelligent et raffiné. C'était le genre d'homme à en imposer par ses pieds plutôt que par sa tête." Sa théorie sur la forme des ammonites n'est guère reluisante ! Dans sa trame romanesque, l'auteur a d'ailleurs très bien reconstitué les débats de l'époque opposant les théoriciens de l'évolutionnisme et ceux du créationnisme : elle réussit à rendre compte des balbutiements des thèses de l'époque. La dimension scientifique qui n'est guère approfondie, n'en rend pas moins le débat passionnant, faisant intervenir des grands scientifiques tels que Cuvier.

Biographie romancée, Prodigieuses créatures n'en reste pas moins un livre très enthousiasmant au niveau de la description des moeurs des femmes et de l'évolution et du progrès dans le domaine scientifique. Dans un style naturel, fluide et léger, elle décrit le destin original de ces deux femmes qui ont contribué à l'histoire du naturalisme. Tracy Chevalier leur rend un bel hommage. Elle suscite notre curiosité et nous communique leur enthousiasme : c'est une histoire fascinante servie par une très belle plume...

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier, La table ronde, Quai voltaire, 377 p.

Billets élogieux de Lou, Eiluned...

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05 janvier 2011

Mansfield park de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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Le roman de Jane Austen ( biographie Larousse), Mansfield Park est une oeuvre atypique comparée à Orgueil et Préjugés ou Raisons et sentiments. Au-delà de la peinture psychologique et celle de l'amour entre quatre jeunes gens, Mansfield Park développe une véritable fresque du tout début du XIXeme siècle.

Fanny Price est une parente pauvre, recueillie par la soeur de sa mère, Lady Bertram. Leur soeur, Madame Norris, et les filles Bertram montrent un certain mépris envers elle. La vie semble se dérouler lentement, à Mansfield park jusqu'à l'arrivée d'Henry et Mary Crawford, jeunes aristocrates oisifs de Londres. Tout d'abord Henry semble courtiser l'aînée des Bertram, qui doit se marier à l'insignifiant Mr Rushworth, puis après le mariage de celle-ci, il décide d'épouser Fanny. Jeu ou amour véritable ? Amoureuse de son cousin Edmund, qui souhaite être ordonné prêtre, Fanny ressent des sentiments contradictoires lorsqu'elle voit ce dernier amoureux de Mlle Crawford. Mary, va-t-elle suivre ses sentiments ou son inclination pour l'argent et une vie frivole ? Fanny, succombera-t-elle à la pression sociale qui l'oblige à épouser Mr Crawford ou à ses sentiments pour Edmund ?

Au-delà du marivaudage, J. Austen aborde de nombreux sujets comme la question de la religion ou du théâtre. Mansfield Park est aussi riche que complexe : tout d'abord l'éducation  des jeunes filles prend une grande place, soulignant le danger d'un apprentissage par coeur, qui repose sur les arts d'agrément contrairement à l'éducation de Fanny Price qui lit et sait se forger une opinion propre. La sévérité du père, Mr Bertram, empêche l'affection de ses enfants de se manifester : ils n'osent s'ouvrir à lui, ce qui va amener le désastre sentimental de ses filles tandis que l'adoration de Madame Norris pour les soeurs Bertram développe, au contraire, leur vanité. Quant aux Crawford, leur inconstance et leur frivolité découlent d'une indépendance précoce...

Ces personnages sont-il réalistes ? Exceptés Mme Norris et Mr Rushworth qui n'évoluent pas et restent secondaires et risibles, et contrastant singulièrement avec le dernier chapitre extrêmement rapide comme dans Lady Susan, les autres personnages n'ont rien de manichéens ; au contraire, l'auteur cherche à travers de longs dialogues, à montrer les dilemmes des héros, leur tourments.
La fracture sociale entre les personnages est très importante : le milieu d'origine de l'héroïne Fanny est très éloigné de celui des Bertram, grands propriétaires terriens, ce qui permet à l'auteur de dépeindre la vie de ces pauvres gens. La description de Portsmouth, ville natale de Fanny permet aussi à l'auteur de montrer le développement de la marine anglaise, lié à l'extension de l'Empire.  Les colonies anglaises sont d'ailleurs évoquées à plusieurs reprises.

Ce roman, souvent qualifié d'insipide, se révèle être beaucoup plus riche que les autres oeuvres de l'auteur. Certes les longues conversations sur l'embellissement des jardins ou l'atermoiement des jeunes personnages peuvent paraître ennuyeuses mais ils ont leur importance. Comme le rappelle la préface, il faut connaître l'époque pour comprendre ce livre, étant donné que J. Auten en donne un reflet des habitudes d'une société en pleine mutation. Assurément, une très belle oeuvre.

Quand est-il de l'adaptation ? Le film réalisé par I. B. Mac Donald, il a opté pour une simplification extrême : certaines paroles sont reprises, la trame générale est respectée mais la question de l'éducation, la richesse des sentiments sont bien mal représentées. Mansfield Park est un film certes élégant, aussi bien au niveau des décors que des acteurs, mais il ressemble davantage à une comédie sentimentale enlevée qu'au roman de J. Austen. Surtout, Fanny n'y est guère semblable au roman : espiègle et bruyante, elle n'a plus rien en commun avec le personnage timide et raisonnable de J. Austen. Reprenant la problématique très austenienne du mariage d'argent ou d'amour, ce film réducteur est pourtant une très belle comédie...

Jane Austen, Mansfield Park, Archi poche, 562 p.

Autres romans : Northanger abbaye, Orgueil et préjugés, Lady Susan

Mansfield Park, réalisé par I.B. Mac Donald, avec Billie Piper, Blake Ritson et Hayley Atwell, 95 min, 2009.

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06 décembre 2010

Seule contre la loi de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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Considéré comme l'inventeur du roman policier d'énigme, Wilkie Collins mérite bien cette réputation. Lecteurs,  si vous avez déjà lu un de ses romans, vous savez que les intrigues mystérieuses et palpitantes et  que les Victoriens excentriques peuplent ses romans. Dans Seule contre la loi, une jeune femme nommée Valéria prend la plume pour raconter les sombres heures qu'elle a vécues juste après son mariage : un jour pluvieux et triste, à peine mariée à Mr Woodville " au sourire lumineux et plein de bonté", différents incidents alarment notre jeune héroïne. La famille de son mari refuse d'assister à la cérémonie de mariage, ses amis refusent de parler de cet homme... De coïncidences en coïncidences, la jeune femme est confrontée à un angoissant secret qui plane sur le passé de son mari. Pourquoi s'est-il marié sous un faux nom ? Elle découvre après quelques péripéties, la véritable identité de celui qu'elle a épousé en trouvant un livre chez le major, ami de son mari : "  compte-rendu complet du procès d'Eustace Macallan, accusé du meurtre de sa femme". Cet homme qu'elle adore et qu'elle vénère est-il un assassin ? Elle ne peut le croire et commence seule et envers tous une enquête éprouvante  : qui a tué sa première femme ? Va-t-elle trouver des indices pour innocenter son mari ? 

Seule contre la loi est certainement le plus fantasque des livres de Wilkie Collins, surtout au niveau des personnages qui comprend une galerie de portraits insolites et de l'intrigue qui repose sur des coïncidences forcées et des hasards extravagants. Quoique le secret soit révélé rapidement, ce roman met en scène une véritable enquête haletante et plusieurs personnages tout à fait distrayants et haut en couleur, à commencer par le major  Fitz David, "Don Juan" sur le retour, qui apporte une touche comique. Quant à Miserimus Dexter, c'est un personnage tout droit sorti de la cour des miracles hugolien : infirme, il semble fou à lier, vivant entouré de tableaux sanglants, se prenant pour Lear... La description de ce personnage est une véritable prouesse !

Mais revenons à l'héroïne, une hystérique oie blanche au départ : "Où que vous alliez, j'irai avec vous ! m'écriai-je. Amis, réputation, peu m'importe ce que j'y perdrai. Je ne suis qu'une faible femme, Eustace, ne me rendez pas folle ! Je ne saurais sans vous. Je veux devenir votre femme, votre femme je serai ! Telles furent les paroles échevelées que je proférai avant de laisser mon désarroi et mon affolement s'exprimer en un accès de larmes et de sanglots". Il faut dire que la misogynie de l'époque n'épargne pas les femmes : "Si vous étiez capable de contenir votre curiosité, dit-il sombrement, nous pourrions être raisonnablement heureux. J'avais cru épouser une femme exempte des imperfections propres à son sexe. Une épouse digne de ce nom devrait avoir suffisamment de bon sens, pour ne pas mettre le nez dans les affaires de son mari, affaires qui ne la regardent en aucune façon". Ainsi, c'est de cette manière qu'un mari victorien s'adressait à sa chère femme ! Cette jeune fille très impressionnable et très sensible s'évanouit facilement et rougit encore plus facilement mais plus les épreuves semblent insurmontables, plus elle s'entête et brave le danger : et pourquoi ? Pour sauver un mari lâche et veule, qui ne songe qu'à fuir devant chaque obstacle qui se dresse devant lui !

C'est d'ailleurs ce personnage de détective amateur qui rend si originale cette quête de la vérité, cette enquête à rebours qui en outre est résolue par des moyens inhabituels et est émaillée de trouvailles insolites. L'autre originalité de ce roman est de donner une grande place à l'inconscient et à la folie. La rigidité des lois et des coutumes victoriennes ne semblent être faites que pour être contournées par notre héroïne devenue intrépide. Cette intrigue pleine de circonvolutions vous fera frémir d'impatience : devinerez-vous qui est le véritable assassin ? Cette enquête retorse, comportant procès, amour, trahisons et remords dans la bonne société victorienne est un admirable roman policier extravagant.

Seule contre la loi, Wilkie Collins, Libretto, Phebus, 419 p.

Autres romans : Le secret, Profondeurs glacées, Pierre de lune, L'hôtel hanté
L'avis de Titine ici.

Challenge Wilkie Collins addict de Cryssilda.

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12 novembre 2010

La religieuse de Diderot : ISSN 2607-0006

 

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Ce qui a commencé comme une joyeuse mystification repose sur des faits réels. Grimm, Diderot ( présentation de Diderot sur le site de la BNF : les essentiels littérature) et quelques autres beaux esprits, s'ennuient après le départ du marquis de Croismare, en Normandie. Ils ne trouvent rien de mieux à faire pour le faire revenir dans la capitale que de lui parler d'une affaire qui l'intéresse fort : le cas d'une religieuse appelée Marguerite Delamarre, qui a été cloîtrée contre son gré, et qui a fait appel à la justice pour sortir de ces monastères où le sort des jeunes filles n'est guère reluisant. Ils écrivent donc des lettres qu'ils signent Suzanne Simonin où elle demande la protection du marquis en faisant appel à ses sentiments pieux et à son esprit éclairé. A partir de ces lettres, présentes dans la préface, Diderot a écrit les mémoires de cette religieuse.

Racontée à la première personne, Suzanne entreprend ses mémoires. C'est une jeune fille enfermée malgré elle dans un monastère, et elle raconte les circonstances dans lesquelles elle a dû prendre le voile, pour ensuite s'attarder sur les détails de sa" captivité" : enfant naturel, sa mère lui demande de prononcer ses voeux pour ne plus avoir sous ses yeux, la preuve de son adultère. D'abord réticente, Suzanne est obligée de se plier à la volonté de ses parents qui la tenait enfermée dans une pièce en ne lui adressant plus la parole alors que ses deux soeurs ont été mariées et dotées fort avantageusement. Sa vie devient alors un véritable chemin de croix, subissant des sévices corporels, l'ennui et la solitude dans ces couvents où le sort des jeunes filles dépendent de mères supérieures tantôt hystériques, tantôt fanatiques. L'une d'elle dira aux religieuses à propos de Suzanne, après qu'elle ait décidé de recouvrer sa liberté par le biais d'un procès :  "Marchez sur elle ce n'est qu'un cadavre". Quelques-unes obéirent et me foulèrent aux pieds; d'autres furent moins inhumaines. Mais aucune n'osa me tendre la main pour me relever".

"Vade retro satana"  : Ces mémoires, adressée à Croismare, présente une suite de tableaux pathétiques, désignés tel quel par la narratrice elle-même : "vous qui vous connaissez en peinture, je vous assure, monsieur le marquis, que c'était un agréable tableau à voir. Imaginez un atelier de douze personnes, dont la plus jeune pouvait avoir quatorze ans, et la plus âgée n'en avait pas vingt-trois ; une supérieure qui touchait à la quarantaine, blanche, fraîche, pleine d'embonpoint, à moitié levée sur son lit, avec deux mentons qu'elle portait avec bonne grâce, des bras ronds comme s'ils avaient été tournés, des doigts en fuseau, et tout parsemés de fossettes ; des yeux noirs, grands, vifs, et tendres, presque jamais entièrement ouverts, à demi fermé [...]. Mais la grâce, hélas lecteurs, vous l'apprendrez, ne sont pas le sujet de ce mémoire. Lecteurs, vous suivrez avec horreur l''aggravation de la situation de la religieuse et ces tableaux désolants, d'une rare violence morale. Les persécutions sont nombreuses et diaboliques, ayant comme acmé une scène d'exorcisme des plus sombres et glauques : Suzanne nous raconte comment les autres religieuses l'ont dépouillée de ses affaires, l'ont empêchée de dormir... mais ces scènes contiennent aussi une violence satirique dirigée contre le clergé qui croit encore aux superstitions et qui entrave la liberté des femmes : "voilà l'effet de la retraite. L'homme est né pour la société ; séparez-le, isolez-le, ses idées se désuniront, son caractère se tournera, milles affections ridicules s'élèveront dans son esprit, comme les ronces dans une terre sauvage. Placez un homme dans une forêt, il y deviendra féroce ; dans un cloître, où l'idée de nécessité se joint à celle de la servitude, c'est pis encore. On sort d'une forêt, on ne sort plus d'un cloître ; on est libre dans la forêt, on est esclaves dans le cloître".

A travers ce passage, c'est la voix de l'auteur et ses idées qu'on entend. Ce livre est excessif, il émeut et choque. Et c'est bien l'objectif de Diderot qui cherche notre compassion pour toutes ces jeunes femmes enfermées malgré elles, privées de liberté.
Certes, on peut parler d'exagération mais ce roman à thèse mêle fiction et réel, car de nombreux cas de démence, de fuite, de morts chez les religieuses ont été notés à l'époque. Ce roman s'inscrit dans la lignée des écrits philosophiques de l'auteur et du siècle des Lumières en dénonçant la violence faite à l'individu, à sa volonté et sa liberté.
Et si lecteurs, vous êtes intéressés par le style de l'époque, de cet auteur, vous pouvez consulter le petit un dossier qui suit la préface et  avec des extraits des Salons écrit en 1763, l'éloge de Richardson, des extraits de l'encyclopédie qui développent et expliquent la conception romanesque de Diderot, notamment la notion de pathétique. Ce livre effrayant, parfois difficile à supporter devant tant d'injustices, nous fait découvrir l'esthétique du roman sensible du XVIIIeme siècle tout en révélant la plume satirique de Diderot et en nous rappelant la lutte des philosophes contre le fanatisme.

La religieuse, Diderot, Livre de poche, 315 p;

challenge autobiographie de Bleue et violette.

Posté par maggie 76 à 08:10 - - Commentaires [15] - Permalien [#]