06 avril 2012

Nuages de cendre de D. Cooper : ISSN 2607-0006

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L'Islande est une " terre de glace" mais aussi de feu, dont Dominic Cooper nous conte une ancienne véritable affaire, une orageuse vendetta nordique. Un vieux médecin mélancolique se rappelle d'un terrible antagonisme entre deux hommes, deux shérifs qui s'affrontent dans l'Islande du XIXeme siècle. La haine qui brûle entre eux est transmise à leurs descendants finissant dramatiquement. Qui peut les juger à travers une histoire lacunaire ?

Les blancs de cette histoire, qui nous est dévoilée peu à peu, sont retransmis par différentes voix, prenant tour à tour la parole pour révéler l'affrontement entre deux hommes et tout un pan de l'histoire islandaise. En 1718, après une terrible épidémie de variole et une éruption volcanique sans précédent, l'Islande croule sous le joug danois. Jens Wium, un shérif danois au passé obscur brutalisent son homologue islandais, Thorsteinn. Peu de temps après un retissant procès d'inceste provoque une dégradation des rapports entre les deux hommes.

Thorsteinn est-il mort par la faute de J. Wium ? Leurs enfants reproduisent cette haine... Mais le monde n'est ni tout noir, ni tout blanc et on découvre petit à petit une terrible vérité sur chacun des personnages, nous gardant dans un flou insoutenable tout au long de la narration. Une fois les noms propres assimilés, une fois habitué au changement de voix, on est embarqué d'une traite dans cette tragique histoire de vengeance, sombre, très sombre, tout en étant fasciné par les innombrables descriptions de l'île, des tempêtes de neiges et de landes désertes, arides et brumeuses comme les hommes qui les habitent... Une histoire palpitante !

D. Cooper, Nuage de cendre, Métailié, p. 236.

Merci Dialogue et Caroline pour ce partenariat.

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14 février 2012

La fortune des Rougon de Zola : ISSN 2607-0006

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Quel souffle ce Zola ( une exposition virtuelle est consacrée à l'auteur sur le site de la BNF) ! Mais quelle verve ! Zola est un auteur qui sait emporter son lecteur : dans La fortune des Rougon, il nous dévoile les origines des Rougon-Macquart. Point d'étude de milieux - quoique Plassans, ville provinciale constituée sur le modèle d'Aix-en-Provence joue un grand rôle, notamment comme lieu où sont concentrés de très cupides et ridicules bourgeois - mais Zola étudie sa chère théorie de l'hérédité : Nana se prostitue, Gervaise est alcoolique quant à Lantier, c'est un tueur sanguinaire... Ce n'est pas étonnant, nous dit Zola, car Adélaide Fouque est folle et a des appétits détraqués, comme ses trois enfants dont on nous raconte la chute et l'ascension : il y a tout d'abord Pierre Rougon qui ne rêve avec sa femme que de gloire et d'argent, et ses trois enfants, Aristide, Eugène et Pascal. si Pascal est désintéressé et s'éloigne de sa famille, Aristide et Eugène, eux sont les dignes fils de leur père ! Quant à Antoine Macquart, le fils illégitime d'Adélaide, il est paresseux, traître, bat sa femme et vole ses propres enfants, dont la fameuse Gervaise !

Mais ce n'est pas seulement la généalogie d'une famille que nous dépeint Zola, le futur pamphlétaire, s'attaque aussi à l'histoire : il montre comment le Second Empire qu'il fustige s'est bâtit sur le sang à l'image des Rougon-Macquart, qui ont chacun un cadavre dans le placard. La sympathie de Zola penche nettement pour le peuple, par ailleurs, même si on lui a vivement reproché de peindre sous des couleurs très sombres. Parmi toutes ces débauches, ces veuleries, ces turpitudes, seules deux figures échappent à cette déchéance : Miette et Silvère. Malheureusement, ces deux héros nous font subir des passages mièvrement longs... L'auteur de l'Assommoir ne semble pas taillé pour raconter des histoires d'amour pleine de sensibleries. Mais quelle écriture ! Zola Nous entraîne sur le sillage des insurgés et de cette famille machiavélique et avec lui, même les pierres s’animent, même les objets semblent prendre vie. un incroyable roman et ce n'est que le début du cycle !

Lu par Kali, et par Cleanthe

Bibliographie (livres lus soulignés): La fortune des Rougon, La curée, Le ventre de Paris, La conquête de Plassans, La faute de l'abbé Mouret, Son excellence Eugène Rougon, L'assommoir, Une page d'amour, Nana, Pot_Bouille, Au Bonheur des dames, La joie de vivre, Germinal, L’œuvre, La terre, Le rêve, La bête humaine, l'argent, La débâcle, Le docteur Pascal. + Thérèse Raquin

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28 janvier 2012

Bel-ami de Maupassant : ISSN 2607-0006

 

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Comment présenter Bel-Ami ? C'est un héros qui marche dans les pas de Rastignac, c'est l'ambitieux sans scrupules qui se sert des femmes comme d'un marchepied. Égoïste et attaché aux apparences, seuls son appétit de richesse et de pouvoir dictent sa conduite, commandent ses sentiments. Machiavélique, il parvient très bien à ses fins - par les plus abjects moyens - s'accordant ainsi avec la déchéance de toute son époque.

Bel-Ami, c'est aussi la description du second Empire corrompue, d'un milieu de la presse très affairiste, d'une société occupée par le scandale du Maroc - l'affaire tunisienne réelle - avec des spéculations de Walter très proche de celles d'un Saccard Zolien. Oui, ce Maupassant ( biographie sur le site Larousse) s'éloigne assez de l'influence du maître de Croisset pour se rapprocher de celle de Zola. Paris apparaît comme un "colosse apaisé", Walter, le directeur du journal où travaille George Duroy, comme un nouveau personnage de L'argent et la serre dans laquelle G. Duroy attire Suzanne, la fille de Walter, est tout aussi monstrueuse et personnifiée que celle de La curée.

 Bel ami, c'est enfin toute une conception très schopenhauerienne de la femme, soit naïve, soit frivole, et d'une vision pessimiste de la vie. Il y a beaucoup de personnages désespérés dans la comédie humaine maupassantienne que ce soit l'amour excessif et dément de Virginie Walter pour Bel-Ami ou l'agonie abominable de Forestier ou les pensées sur le néant de N. de Varenne. A la richesse des thèmes s'ajoute une écriture sensuelle qui cherche à dépeindre les couleurs et les odeurs : "Il arrivait au dernier salon, et en face d'eux s'ouvrait la serre, un large jardin d'hiver plein de grand arbres des pays chauds abritant des massifs et des fleurs rares. En entrant sous cette verdure sombre où la lumière glissait comme une ondée d'argent, on respirait la fraîcheur tiède de la terre humide et un souffle lourd de parfums. C'était une étrange sensation douce, malsaine et charmante, de nature factice, énervante et molle. On marchait sur des tapis tout pareils à de la mousse entre deux épais massifs de d'arbustes".... Un des meilleurs romans de Maupassant !

Maupassant, Bel-Ami, Livre de poche,  367 p.

Autre roman : Pierre et Jean

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21 janvier 2012

Robinson Crusoe de Daniel Defoe : ISSN 2607-0006

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Le buttler de Pierre de Lune de Wilkie Collins ne jurait que par Robinson Crusoe et Rousseau lui donnait une place prépondérante dans sa bibliothèque dans l'Emile. Et on comprend mieux à sa lecture pourquoi. Tout d'abord un petit mot sur la nouvelle traduction : même si vous n'avez pas lu la version originale, on vous explique que nombre de passages sont souvent coupés. Ici, ce n'est pas le cas. En outre, Françoise sorbier a fait un effort pour rester fidèle à la dynamique écriture - sans anachronisme - de Defoe : point de vocabulaire affecté comme dans certaines versions, point de simplification. Cette version se veut fidèle.

Effectivement le dynamisme de l'écriture transparaît dans cette succession d'actions : Robinson, bourgeois de la classe moyenne, pour avoir désobéi à son père, est sauvé miraculeusement de trois naufrages et de l'esclavage dans lequel il est tombé près des côtes africaines. Mais ce n'est pas le moindre de ses problèmes. Lorsqu'il échoue sur une île déserte, il doit tout faire par lui-même : fabriquer son pain, des paniers, des tentes... et ses vêtements. Il n'y a ausun répit pour Crusoé, de même que pour le lecteur...

"Il n'est jamais trop tard pour être sage". Véritable odyssée humaine, Robinson passe par toutes les étapes de la civilisation. Elle se double d'une odyssée métaphysique et philosophique : il réfléchit sur ses erreurs et sa situation, relativisant ses malheurs et les valeurs de la société : " tous les tourments que nous souffrons à cause de ce qui nous manque me paraissent venir d'un manque de gratitude pour ce que nous avons". Lui qui a participé à la traite des nègres devient l'ami d'un sauvage. Ce livre est une belle réflexion autour de la nature et de la civilisation, non sans humour : même dans le désarroi, Robinson se croit gouverneur de son île, se construit une résidence secondaire. Bien qu'il n'y ait personne pour le voir, ce qu'il souhaite le plus au monde sont des bas et des chaussures anglaises. Inspiré d'une histoire vraie, celle d'un marin Selkirk, Robinson Crusoe est une invitation au voyage ; c'est un héros à redécouvrir, malgré des inventaires un peu longs, mais moins pénibles que celle d'une autre Odyssée...

Robinson Crusoe, Daniel Defoe, Nouvelle traduction de Françoise Sorbier, Edition Albin Michel, p 432.

Merci pour ce partenariat à Ys et Newsbook !

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18 janvier 2012

Dracula de Bram Stoker : ISSN 2607-0006

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 Tout le monde connaît le célèbre Dracula, mais il faut tout de même lire ou relire le mythique roman de Bram Stoker. Bien que Jonathan Hacker s'exclame, "Je voudrais n'être jamais venu", lorsqu'il est prisonnier au coeur de la Transylvanie dans un château peuplé de goules et d'un comte sans reflet, le roman n'est pas effrayant. Bram Stoker impose originellement les jalons de tout l'imaginaire populaire du vampire effrayé par des hosties, vaincu par  un pieu planté dans le coeur, tombant en poussière à sa mort, ne supportant pas l'odeur de l'ail, se transformant en chauve-souris géante... Le foisonnement d'intrigues et de formes, nous tient éveillé tout au long récit plein de rebondissements : journal de Mina Hacker, extraits de journaux, lettres et télégrammes, rapport du docteur Seward, memorandum de Van Elsing... Ce roman exploite divers genres tout en adoptant différents styles : Mina décrit les paysages, ses sentiments tandis que Seward écrit dans un style télégraphique et sec des comptes-rendus de ses journées dans l'asile.

Dans cette atmosphère de légende romantique - cimetière, tempête destructrice, superstitions, maisons abandonnées et poussiéreuses, château sombre - on suit divers personnages, Arthur Holmwood, ami de Quincey P. Morris et le docteur Seward qui observe un aliéné Rendfield qui se nourrit de mouches. Et puis il y a aussi Lucy, première victime de Dracula, et le fameux Van Elsing qui apporte une dimension scientifique à cette horrifique et surnaturelle présence vampirique. Si toute la partie du roman avant la mort de Lucy se lit d'une traite, car le mystère ne cesse de s'opacifier, la fin du roman s'essouffle un peu, les mêmes événements étant parfois racontés par divers protagonistes. Il est à noter que le charme de ce roman, qui narre la lutte du bien contre le mal, vient de ce que l'auteur n'oublie jamais d'être victorien jusqu'au bout des ongles, personne n'oubliant jamais de prendre son thé même dans les pires moments, tout le monde vivant dans le respect des bienséances - et contre la barbarie et la sensualité de Dracula - et le mépris des classes populaires.

Dracula, Bram Stocker, Pocket, 567 p.

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09 janvier 2012

La tyrannie des couleurs, "La route du haut safran" de Jasper Fforde : ISSN 2607-0006

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Depuis L'utopie de Thomas More, ce genre exerce une attraction particulière sur les auteurs qui aiment à développer des sociétés idéales pour mieux dénoncer les problèmes contemporains. Ffjorde avec une imagination tout bonnement délirante invente une chromocratie où la vie des personnages est régentée par une hiérarchie stricte codée par des couleurs : les rouges et les jaunes sont socialement plus élevés que des gris, simples ouvriers...C'est une société régie par des valeurs très strictes où même un noeud papillon mal fait peut vous valoir des "démérites".

Comme dans Fahrenheit 451 de Bradbury, le jeune héros Edouard Rousseau va se rebeller contre l'iniquité et les atrocités de cette "tyrannie des couleurs", des mensonges de la chromocratie. Les mots "racailles" et le fait que les personnages portent des codes barres ne semblent pas anodins et semble renvoyer implicitement à la seconde guerre mondiale. Au-delà des idées mises en oeuvre dans ce roman, qui se révèlent assez banales, le roman est assez indigeste à lire : l'auteur a entièrement créé un monde nouveau, une géographie nouvelle avec des noms transparents comme le "reboot", "les franges extérieures", "Carmin Est"... Une histoire nouvelle toute aussi transparente, en parlant à plusieurs reprises des "Bonds en arrière", jamais explicités.

Mais parfois le texte reste très allusif et on ne sait rien de cette maladie appelée le mildiou sauf qu'il vous expédie dans le reboot. On ne sait pas pourquoi non plus certaines personnes n'ont plus d'oreilles etc... Peut-être l'auteur prévoit-il une suite comme le suggère la fin du roman. "Les Pucks, les balayages de mémoires, le Lincoln, le citron vert et le Gordini, tout ça n'en est qu'une faible partie" : le fatras d'inventions décourage parfois un lecteur déjà réfractaire à cet univers. C'est sans compter aussi que le héros est jeune, idéaliste et a des préoccupations d'adolescent. Un livre pour la jeunesse ? Cela y ressemble, surtout que le vocabulaire et le style est des plus banales, voire sans saveur particulière.  Soit on entre de plain pied dans cet univers coloré, soit on reste en marge à s'ennuyer ferme par cette longue mise en place d'éléments.

La tyrannie des couleurs, Jasper Fforde, Fleuve noir, 589 p.

Merci à dialogue pour ce partenariat

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18 décembre 2011

La malle en cuir ou la société idéale de Stevenson : ISSN 2607-0006

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Certains manuscrits connaissent une vie très romanesque : c'est le cas de La malle en cuir, manuscrit inachevé de Stevenson et livre de "bohème". Premier roman de Stevenson, à l'état de manuscrit, Michel Le Bris en retrouve la trace à  New York, après avoir arpenté les salles de ventes de manuscrits, et les collections privées. Il met plus de 16 ans à éditer ce roman, ayant d'autres publications en cours... Une très longue préface permet de suivre ce jeu de piste et comprendre l'amour de M. Le Bris pour Stevenson qui décide d'écrire aussi une suite...

Alternant belles descriptions et dialogues, Stevenson nous narre l'épopée comique de plusieurs jeunes étudiants voulant fonder une société idéale. Sous le galimatias des paroles de nos jeunes idéalistes percent une condamnation  de la société, que ce soit la famille ou les institutions. Proche d'une nouvelle comme Le club des suicides pour la description d'une vie de bohème, ce roman inachevé n'étant pas retravaillé porte de nombreuses faiblesses, moins comique et plus décousu que nombre de ses romans suivants. si les premières pages de ce roman sont pénibles à lire - l'emphase semble volontaire et devient involontairement ridicule - à cause de dialogues maladroits, on finit progressivement par se demander quel est le contenu de cette malle de cuir que ne révélera pas Stevenson mais un autre auteur et à s'intéresser au sort de ces jeunes utopistes...

Si M. Le Bris a continué avec brio le roman, doublant le nombre de page de l'histoire, on ne peut s'empêcher de penser à un certain opportuniste : certes il respecte le ton de l'histoire et sa grande connaissance de l'auteur et de sa correspondance lui ont permis de rester fidèle au projet de l'auteur, mais était-ce utile ? Cet hommage ne détourne-t-il pas l'oeuvre et la volonté de Stevenson ? Pour ceux qui aiment Stevenson, on apprécie certains traits de l'écriture de l'auteur que l'on retrouve avec plaisir et une certaine propension à une imagination littéraire - allusion aux Treize de Bazac, aux Mille et une nuits - tout en étant déçu par l'inachèvement de l'histoire...

MERCI à dialogues et à Caroline pour ce partenariat.

Autres romans : Le club des suicides; L'île au trésor,

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08 décembre 2011

Desirer de Richard Flannagan : ISSN 2607-0006

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"coeur indiscipliné" (Dickens) : Dans ce roman s'inspirant de la réalité, Richard Flannigan alterne l'histoire d'une petite fille aborigène, Mathinna, et celle de Dickens. Quel lien entre ces intrigues parallèles ? Un personnage et le désir. Le personnage, c'est Lady Franklin alors femme du vice-roi de la terre de Van Diemen en Tasmanie : elle veut éduquer Mathinna comme une vraie lady. Une vingtaine d'années plus tard à Londres, elle rencontre Dickens : elle veut sauver l'honneur de son mari qu'on accuse de cannibalisme. Ce dernier perdu dans les glaces du pôle Nord est accusé d'anthropophagie. Pour essayer d'oublier ses problèmes conjugaux, Dickens accepte de jouer une pièce défendant sir Franklin : ce sera Glacial abîme.

Ce roman critique subtilement le colonialisme  : la lente déchéance de Mathinna reflète celle de tout son peuple qu'une poignée d'Anglais, se jugeant supérieurs, désirent à tout prix plier à leurs règles victoriennes. Mais Lady Franklin est dominée par un autre désir, celui d'aimer cet enfant. Ce que les préjugés l'empêchent de faire... Quant à Dickens, tout en jouant sa pièce et en se révélant le plus génial conteur et acteur de la période victorienne, il est l'objet du même préjugé en défendant Sir Franklin contre la parole des peuplades esquimaux et tout en luttant contre l'amour qu'il éprouve pour une jeune actrice, Ellen Ternan : "A cet instant, il sut qu'il l'aimait. Il ne pouvait plus imposer de discipline à son coeur indocile. Et lui, cet homme qui avait passé toute une vie à croire que céder au désir était la caractéristique du sauvage, se rendit compte qu'il ne pouvait plus rejeter ce qu'il voulait" (p. 293).

Si l'écriture de R. Flannagan n'est en rien remarquable, Désirer reste un très beau roman sur les sentiments qui agitent les différents personnages, sur la terrible description de la lente agonie des aborigènes, et la dénonciation des fausses valeurs. Des destins tragiques se déploient autour de la question de la nature et de la culture. L'émotion naît de la vision de la tyrannie du désir. Mais le roman pèche par son découpage artificiel et l'alternance entre les deux histoires : on aurait aimé en savoir davantage sur la pièce jouée par Dickens et ses rapports avec Wilkie Collins... Un livre passionnant mais dont la construction est par trop spécieuse...

Flannagan Richard, Désirer, Belfond, p. 309.

Sur son site, vous pourrez trouver diverses informations concernant les personnages du livre, ici...

Lu aussi par Ys et par Claudia

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05 décembre 2011

La pêche aux avaros de David Goodis : ISSN 2607-0006

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"La souffrance pourpre des désirs impossibles" : "C'était une eau calme, grise, veinée de vert aux endroits où la lumière perçait un rideau de nuages plombés. L'homme leva les yeux et regarda en grimaçant le ciel hostile. Un énorme nuage sombre se frangeait d'or pâle, très haut dans le ciel. Il espéra que le ciel finirait par se dégager. Puis sa tête disparut sous la surface et il se mit à couler". Après avoir failli se noyer, Jander réchappe à des marécage pestilentielles grâce à l'aide de Vera. Là dans un lieu désert et solitaire, Jander découvre progressivement des hommes vivant cachés et à couteaux tirés au sens propre comme au figuré : Pourquoi se cachent-ils ? Pourquoi cherchent-ils à s'entretuer ? Qui est Véra ?

Peu à peu les éléments du puzzle se mettent en place, sans recherche de réalisme... Au contraire, à bien y réfléchir, car ce n'est pas ce qui au premier abord ressort, les événements extravagants et les coïncidences se multiplient, mais pour mieux créer un monde angoissant. C'est non seulement un huis clos avec peu de protagonistes et avec des personnages secondaires peu développés, mais aussi un monde étrange, peu compréhensible qui s'offre à nos anti-héros... un univers mystérieux et opaque.

Sorte de huis clos étouffant, le monde de Goodis est désespéré et sans issu pour ses personnages. La fin brutale ne laisse aucun échappatoire à ces individus marginaux et peu favorisés par le destin. Aucun pathos, mais la réalité brutale et triviale : Jander est un petit fonctionnaire, harcelé par sa mère et sa soeur, qui aime sans espoir de retour... Véra ne pourra être sauvée... La mort et la solitude hantent tous ces personnages. "Ils étaient seuls au monde dans la brume pourpre. Il avait le sentiment qu'elle lui parlait, mais ce n'était pas avec des mots. C'était plutôt une sorte de sanglots silencieux, l'angoisse qui se dissimule derrière les larmes". Reflet de la vie infortunée de l'auteur, les personnages de Goodis donnent une vision sans concession du monde : ce n'est pas l'intrigue qui importe mais une atmosphère glauque et sinistre, dont l'esthétique rappelle celle, cinématographique, d'un David Lynch...

challenge de Titine, "romans noirs des années 50"

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03 décembre 2011

Marina de Carlos Ruiz Zafon : ISSN 2607-0006

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L'histoire débute dans le quartier de Sarria, un quartier isolé et qui semble à l'abandon... Puis après avoir fait la rencontre d'Oscar, jeune adolescent, narrateur de cette histoire, on découvre à travers ses yeux une mystérieuse jeune fille. Cette dernière l'amène dans un cimetière où une femme entièrement recouverte d'un manteau noir, se déplaçant en fiacre (?) vient poser des fleurs sur une tombe sans nom. Une tombe sans nom ? Une maison sombre, étrange et renfermant d'horribles mannequins presque vivants ? Voici un début prometteur empli de mystère.

Mais continuons à tourner les pages. Voici que nos deux jeunes héros, sans le vouloir découvre une histoire rocambolesque vieille de 30 ans qui concerne une sorte de savant fou et une belle chanteuse défigurée. Tour à tour, on découvre la vie extraordinaire de tous ces personnages : roman fantastique ? d'horreur ? C'est tout le cela à la fois, ce roman tenant aussi du genre du roman feuilleton, pour les multiples rebondissements qui ont tendance à sortir à chaque tournant de rue ou d'égout, que du roman fantastique avec des objets qui s'animent et des figures diaboliques... 

Ce roman agréable à lire grâce à de belles descriptions pluvieuses et sombres, est riche, voire trop riche. On dirait que toutes les histoires qui hantaient le romancier ont été jetées dans ce livre d'un seul coup... en mêlant tout les genres. On reconnaît de nombreuses influences, un peu trop vivibles d'ailleurs, allant de l'homme de sable d'Hoffmann aux Grandes espérances de Dickens - le passage avec la montre arrêtée - en passant par Le fantôme de l'opéra de Leroux. On regrette juste qu'à force de surenchère dans l'horrible et le bizarre, l'auteur en vienne à raconter une histoire qui lasse un peu par la reprise des mêmes ficelles... Malgré de gros défauts, ce livre reste plaisant à lire : pour ceux qui connaissent Ruiz Zafon, vous retrouverez son univers feuilletonnesque de prédilection ainsi que sa chère Barcelone embrumée et hantée...

Marina, Carlos Ruiz Zafon.

Autres romans : L'ombre du vent, Le jeu de l'ange

Lu par Mélodie, George, Stephie., Manu, ...

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