25 juin 2013

So shocking d'A. Bennett : ISSN 2607-0006

So_shocking__So shocking  ! Mais qu'est-ce qui peut paraitre si choquant dans la vie de deux mères de famille "respectables" anglaises ? C'est la peinture d'une veuve joyeuse, Mrs Donaldson, qui après la mort de son mari, va se libérer sexuellement... Le voyeurisme est traité sur un mode censé être comique mais qui n'est malheureusement qu'ennuyeux. En outre, A. Bennett semble avoir été un peu trop influencé par toutes les séries américaines se déroulant dans le milieu hospitalier : le cadre de la première nouvelle est un l'hôpital où est mort Mr Donaldson dans lequel sévit un médecin cabotin et piètre séducteur. En effet, Mrs Donaldson participe à des cours à la faculté de médecine où elle feint d'être une patiente atteinte de différentes maladies. Cela permet donc à l'auteur de développer quelques personnages secondaires comme miss Beckinsale, excellence imitatrice de démence sénile, qui  amènent un peu de drôlerie dans la narration des frasques de Mrs Donaldson.

La deuxième nouvelle développe le thème de l'homosexualité. La peinture de la middle class anglaise - annoncée dans la quatrième de couverture - est bien présente avec la présentation des membres de la famille Forbes, qui ont construit leur vie sur les non-dits et les convenances. Derrière le mariage de Graham Forbes et sa réussite sociale sont cachés l'égoïsme, le narcissisme la vanité, la lâcheté et de nombreux secrets qui doivent être à tout prix célés pour ne pas choquer Mrs Forbes... Ce court récit paraît plus attrayant par son romanesque, avec la présence d'un maître chanteur, de multiples infidélités, d'un trio amoureux assez inattendu. Cependant, les clichés abondent ; on est loin de la légèreté et de l'irrévérence de La reine des lectrices et on s'ennuie vaguement en attendant la fin des histoires pas vraiment subversives ni impertinentes.

Bennett, So shocking, Folio, 194 p.

Partenariat Folio.

Participation au mois anglais de titine et lou. Lecture commune avec Miss Léo et Titine.

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02 juin 2013

La dame en blanc de W. Collins : ISSN 2607-0006

w_wilkie_collins_dame_blanc_9510_L_2RDzMYQuel roman ! Même lorsque l'on connaît le style du célèbre romancier victorien, nous nous laissons envoûter une fois de plus par l'ambiance énigmatique de La dame en blanc. et il faudra bien 500 pages pour dénouer tous les fils de cette histoire extraordinairement fascinante. Avec beaucoup de modernité, W. Collins emploie des voix différentes pour raconter l'imbroglio de cette dame en blanc. Qui est-elle ? C'est à travers les yeux d'un jeune peintre, Walter Hartrigh, qu'on la découvre. Mais elle n'est pas au coeur de cette sombre histoire d'héritage : l'héroïne est miss Fairlie. Celle-ci doit épouser un homme qu'elle n'aime plus depuis sa rencontre avec le jeune peintre. Cependant, son futur époux, pressé de se marier n'est guère choqué par cet aveu. Brusquement, le récit de Walter s'interrompt pour laisser s'exprimer un notaire, ami de la famille. Il ne connaît pas toutes les ficelles en jeu dans ce mariage mais est outré par le sort réservé à la jeune fille. Le ton est alors celui d'un jurisconsulte : le notaire prend soin de mentionner toutes les lettres reçues et énumère les biens de la jeune fille. Le lecteur impatient en sait déjà un peu plus sur la dame en blanc... Mais le récit des mésaventures de Miss Fairlie est continué dans le journal de sa demi-soeur, Miss Marian Halcombe : le mariage a enfin eu lieu...

Mais quelle habileté dans la narration ! Et quelle richesse dans les thèmes abordés ! On parle souvent de la misogynie des auteurs du XIXeme siècle, cependant, W. Collins a conscience de la vulnérabilité des femmes et en décrit tous les méandres juridiques, qui fragilisent sa position dans cette société si corsetée où les hommes paraissent si cupides et si sournois. Vous vous doutez bien qu'outre toutes ces qualités, Wilkie Collins fait aussi preuve d'humour - même si le roman est d'une réelle noirceur - notamment lorsque miss Halcombe réfléchit sur le lien entre les personnes grasses et leur morale mais aussi à travers le personnage ridiculisé du mari ou de l'oncle Fairlie, malade imaginaire, avec une bouffonne collection de gravures, l'excentricité du comte Fosco et involontairement, lorsqu'on nous décrit la déchéance intellectuelle de Laura... Des faux rebondissements, l'importance des scènes nocturnes dans les cimetières, des usurpations d'identité, de diaboliques figures, le thème de la folie et les secrets dissimulés derrière des apparences nobles... font de ce roman le plus victorien des romans de W. Collins.

Collins, La dame en blanc, Phébus;

Autres romans : L'hôtel hanté, Pierre de lune, Le secret, Seule contre la loi, Profondeur glacé,

Participation au mois anglais organisé par Lou et titine, au challenge I love London organisé avec titine et au challenge myself organisé par Romanza

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15 mai 2013

Du domaine des murmures de Carole Martinez : ISSN 2607-0006

36257_imageEdward, Burne-jones

C'est sous l'exergue d'un historien du Moyen-Age, G. Duby que commence ce récit : "Des dames du XIIeme siècle, je ne saisirai donc cette fois encore qu'une image. Un reflet, vacillant, déformé". Et effectivement une grande partie de cette histoire, qui nous est contée par la voix de l'héroïne, Esclarmonde, narre la vie des recluses, se rapprochant ainsi de la vie des saints. Mais ce n'est pas une hagiographie car Esclarmonde choisit la réclusion pour paradoxalement gagner une certaine liberté : elle refuse de se soumettre à la loi des hommes, en se mariant. Et malgré toute la poésie de l'écriture de C. Martinez, le monologue et les souvenirs de cette jeune fille sont quelque peu ennuyeux...

Cependant, là où le "murmure" se fait passionnant, c'est lorsqu'il se fait chant en évoquant la fin' amor et les règles raffinées qu'elle suit à travers l'évolution de Lothaire, le malheureux prétendant. C'est aussi lorsqu'elle évoque poétiquement les constructions architecturales du Domaine des Murmures et des cathédrales : des constructions colossales qui poussent " telles des fleurs de pierre", symbole de " la puissance montante des cités" (p. 119). On suit aussi ce souffle, qui se fait épique lors de visions sur les croisades, et mystique avec l'entrecroisement des légendes d'une femme-sirène, d'un cheval fantôme, ou d'un enfant aux paumes percées... Dans ce murmure poétique, historique et légendaire, qui parle de l'amour maternel, des conditions de vie des femmes au Moyen-Age, d'histoires légendaires et de croyance, se tient la résurrection de toute une époque médiévale...

N'hésitez pas à entrer, comme nous y invite à le faire cette conteuse, dans ce lieu "tissé de murmures, de filets de voix entrelacées et si vieilles qu'il faut tendre l'oreille pour les percevoir. De mots jamais transcrits, mais noués les uns les autres et qui s'étirent en chuintement doux" (p. 15).

Martinez, Du domaine des murmures, Folio, 226 p.

Partenariat Folio.

Vous pouvez aussi les avis de Lilly, théoma, Lou, Kathel, Aifelle, Miss Léo. Shelbylee..

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09 mars 2013

Une place à prendre de J.K. Rowling : ISSN 2607-0006

 

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Après le retentissant succès des aventures du célèbre apprenti magicien, j'étais bien curieuse de connaître le nouveau roman de J. K. Rowling. Malheureusement, l'écoute de son dernier ouvrage a été long et pénible pour deux raisons. Si j'apprécie particulièrement d'écouter des histoires - ce format est indéniablement une réussite - , j'ai trouvé que la lecture de P. Résimont était parfois excessive dans sa volonté de lire de manière expressive : quelle besoin de parler comme un fausset pour essayer d'imiter la voix d'une femme ? Bref, quelques passages m'ont paru discordant...

En outre, après un début fracassant - la mort brutale de Marry Fairbrother - l"histoire se développe, autour de rivalités politiques, de conflits familiaux, amoureux..., comme une série télévisée, autour de quelques personnages censés représenter la société contemporaine, avec des pauvres, des nantis, des jeunes, des familles...On comprend rapidement l'enjeu du livre qui est de critiquer l'hypocrisie de la société... Mais que de redites ! Que de longueurs ! Et impossible de s'attacher à tous ces personnages caricaturaux... Mais ce qui m'a paru le plus déplaisant est le style ampoulé côtoyant des mots grossiers, bien que je puisse comprendre qu'une junkie ou des adolescents du XXIeme siècle ne puissent pas parler comme la marquise de Sévigné, si récurrents que ça en devient presque un tic, sans compter l'absence d'humour... Bref, la ville de Pagford n'a rien des charmants et humoristiques petits villages anglais, servant de théâtre à la satire de la société, dont regorge la littérature anglaise...

Une place à prendre, J.K. Rowling, 20h52. Lu aussi par Kalistina, L'irrégulière,....

Partenariat Audiolib, vous pouvez retrouver la fiche de cet audiolib  et écouter des extraits.

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19 février 2013

Le paysan parvenu, Marivaux vs Les confessions de Rousseau : ISSN 2607-0006

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Le style de Marivaux est tellement reconnaissable et si fin qu'il a donné lieu à une annomination : le marivaudage. Le paysan parvenu porte la marque de ce style précieux, au tempo vif, plein de dialogues enjoués... Cette histoire du XVIII siècle s'inscrit dans la vogue des romans-mémoiresle paysan Jacob prend la parole pour raconter sa très romanesque et fulgurante ascension, puisqu'en quelques jours, il arrive à se hausser jusqu'aux portes de l'aristocratie où malheureusement le roman s'achève puisqu'il manque la dernière partie.

Ancêtre de Bel-Ami, Jacob qui s'appelle désormais de la Vallée, va grâce aux femmes, notamment son mariage avec Mlle d'Habert, réussir une belle ascension sociale. Mais les enjeux sont très différents de ceux de Maupassant : anthropologiquement, Marivaux montre la perfectibilité de l'homme au contact de la société - les thèses rousseauistes ne sont pas loin - et dessine le type de l'honnête homme. Notre domestique Jacob parvient à se hisser dans les hautes sphères de la société grâce à son esprit et à sa belle mine : "Mais dans ce monde, toutes les vertus sont déplacées, aussi bien que les vices. Les bons et mauvais coeurs ne se trouvent pas point à leur place". Marivaux esquisse dans ce roman-mémoire, l'avènement de l'individu dont les mérites priment sur la naissance. Un très beau classique à lire absolument !

Quelques années plus tard Rousseau entreprend aussi de raconter son autobiographie : contrairement à l'autobiographie fictive entreprise par Marivaux, l'auteur du Contrat social, décide de détailler toute sa vie réelle. Le pacte est posé, mais le jeune Rousseau, dès 6 ans, déclare avoir lu L'Astrée et Plutarque avant même de découvrir la vie : sa sensibilité romanesque explique "l'appel du roman" ( Starobinski) qui est perceptible à travers bien des épisodes de la vie de Rousseau. Se qualifiant lui-même de "berger extravagant" ( Livre IX), il se peint souvent sous les traits d'un héros picaro et a des affinités avec le parvenu de Marivaux. Il est lui aussi un laquais devenu l'un des plus célèbres philosophes des Lumières et dira un peu comme le paysan de Marivaux, lors de l'épisode de la devise : " ce fut un des épisodes trop rares qui replacent les choses dans leur ordre naturel" ( Livre III).

Pour qualifier ce livre, A. Maurois parlait du "meilleurs des romans picaresques" : si cette appellation est excessive, on prend plaisir à lire la prose humoristique de J.J. Rousseau dont on découvre le caractère "romanesque et bizarre". Bien sûr l'orgueil incommensurable du personnage est peut-être désagréable, bien sûr sa manie apologétique amène toujours l'auteur de La nouvelle Héloïse à se justifier en sa faveur, bien sûr, "les fadaises de son enfance" (L'année Littéraire) semblent bien longues parfois mais lu sous le biais de l'intertextualité, les livres I à VI des confessions deviennent très réjouissants, notamment dans la peinture des portraits souvent similaires à ceux qu'on trouve dans Le roman comique de Scarron ou les nombreux passages burlesques d'un Rousseau don quichottesque !

 Marivaux, Le paysan parvenu, GF, 384 p.

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30 décembre 2012

Le bruit et la fureur de Faulkner : ISSN 2607-0006

 

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"C'est une histoire, contée par un idiot, pleine de bruit..." : Faulkner fait partie des ces auteurs réputés difficiles, mais qu'en est-il ?  Comme les Faux-Monnayeurs de Gide ou Mrs Dalloways de V. Woolf - écrits tous les deux en 1925 -, W. Faulkner nous déconcerte par l'emploi continu du monologue intérieur. Mais, lecteurs, vous serez d'autant plus destabilisé qu'effectivement comme dans la définition métaphorique de la vie par Shakespeare, les pensées sont celles  d'un "idiot", Benjy. Ainsi découvre-t-on une série de sensations obscures, d'actions décousues telles que les conçoit Benjy qui ne comprend pas vraiment ce qu'il se passe et nous non plus : peut-on dire pour autant que l'histoire du Bruit et de la fureur ne signifie rien ? Cependant, le narrateur change et c'est à travers la conscience d'un autre personnage qu'on comprend peu à peu les événements : les pensées de Jason ( troisième partie des quatre formant cette intrigue) permettent de ressaisir tous les fils de l'intrigue et de découvrir un drame familiale...

" et de fureur, qui ne signifie rien " ( Macbeth V, 5) : Bien que décontenancé, on finit donc par découvrir la déchéance d'une famille du Sud. Il y a bien de la "fureur"  dans ces personnages tous habités par leur faute intérieure qui s'expriment surtout dans le personnage haineux et sadique de Jason prenant plaisir à maltraiter sa soeur Caddie et sa nièce Quentin. L'expression narrative choisie est en parfaite adéquation avec la vision du monde de l'auteur qui nous retranscrit la décadence d'une certaine conception de l'homme du Sud, exploitant les noirs, puritains, attaché à des valeurs - notamment morale pour Jason, dynastique pour la mère - de l'honneur qui n'ont plus cours... Si ce livre destabilise par sa narration comme le délitement des pensées d'un des personnages ( le deuxième narrateur Quentin) en proie à la souffrance, ou le choix de même prénom pour des personnages différents, il donne une vision de l'homme en pleine crise des valeurs... nous faisant éprouver le même malaise que ses personnages... C'est un très beau livre même si la difficulté de lecture de la première partie - qui reste opaque une fois la lecture achevée - soustrait un peu le plaisir de la découverte de cette "sombre histoire de folie et de haine" ( Faulkner).

 Faulkner, Le bruit et la fureur, Folio, p. 372.

Lecture commune avec Céline. et participation pour le prix campus organisé par titine, cryssilda et Lou.

 

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27 novembre 2012

Home de Toni Morrison : ISSN 2607-0006

 

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"Le monde est un égout sans fond" (Musset).

Toni Morrison déroule sous nos yeux, avec subtilité, le monde brutal et mélancolique des années 50 où plusieurs destins s'entrecroisent : l'auteur nous montre sans grandes phrases, ni misérabilisme la difficile vie de plusieurs protagonistes, celle de Frank, revenu de Corée avec des souvenirs d'épouvante, celle de sa soeur Cee, mourante pour avoir servi de cobaye à un médecin sans scrupules... Et puis il y a ceux qui vivent en pensant à l'argent comme Lénore, ou pour réaliser leur rêve d'indépendance comme Lily... Il y a des lâches comme Principal, des hommes généreux comme le pasteur ou des femmes courageuses comme les vieilles femmes de Lotus. Tout un monde prend vie, avec ses personnages confrontés à leurs démons, à la ségrégation, au quotidien, à la vie...

La plus belle idée est mise dans la bouche d'un petit garçon qui, bien que doué dans toutes les matières, souhaite devenir un "homme" lorsqu'il sera grand... "Ne compte que sur toi-même.[...] tu es libre", déclare une vieille femme à Cee. Home est un véritable hymne à la liberté et à l'humanité. En refermant ce court roman, on se souvient avec émotion d'un champ de coton en fleurs roses et de chevaux. " Ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes"... Ne tardez pas à découvrir la prose de Toni Morrison, qui avec un court récit abordant la folie et le courage humain, la guerre et la ségrégation, nous émeut profondément...

Morrison, Home, Christian Bourgois, 152 p.

Lecture dans le cadre du match littéraire de la rentrée organisé par Priceminister.

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09 novembre 2012

Nord et Sud de Gaskell : ISSN 2607-0006

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Nord et Sud de Gaskell, quel roman ! On ressort complètement étourdi de la lecture d'un tel livre : et pourtant le début du roman semble très lent et très austeenien avec une héroïne dont on souligne l'orgueil et les préjugés. Venant d'un petite ville du sud de l'Angleterre et n'ayant connu qu'une campagne idyllique et la vie d'une fille d'un pasteur désargenté, Margaret Hale découvre avec stupéfaction la vie industrielle du Nord. C'est cette découverte qui métamorphose l'héroïne : on passe donc d'un univers champêtre à un décor et à des thématiques presque zoliens : l'auteur décrit tout en nuance et en finesse des personnages de tous milieux sociaux et de caractères très différents.

On y découvre donc une famille indigente dont la fille meurt d'avoir travaillé dans des usines, dont le père, syndicaliste farouche défenseur des ouvriers, reviendra sur ses idées de mépris des patrons. Margaret évolue aussi : elle incarne la femme victorienne audacieuse, courageuse... mais aussi amoureuse. De nombreux problèmes familiaux l'obligent à révéler son courage. Lorsqu'elle rencontre Thornton, riche industriel, elle n'a que mépris pour cet homme dont les préoccupations lui semblent injustes et bassement matériels. Et pourtant, tout patron qu'il est, Thornton est un homme sensible et progressiste. Comme ces personnages nous paraissent vivants et vrais !

"On dirait le cercle dans lequel tournoient à jamais les victimes des passions terrestres" (p. 617): Tissant tour à tour l'intrigue amoureuse à une intrigue sociale, avec une touche de romanesque victorien (meurtre involontaire, frère exilé à cause d'une mutinerie...), Gaskell peint avec art les confrontations entre différents milieux en égratignant au passage la vie oisive et stupide de la riche aristocratie incarnée par la cousine de Margaret, les Shaws. L'écriture de la romancière porte aussi les traces d'une grande culture à travers les exergues et de savoureux titres de chapitres, les références littéraires et d'un humour discret notamment dans les dernières répliques mais aussi en la personne de Mr Bell, un universitaire d'Oxford... Si vous n'avez pas encore lu ce roman, n'attendez pas pour le commencer...

Gaskell, Nord et Sud, Points, 673 p.

Lu par Titine,par Choupynette , Cryssilda .... Lecture commune avec Shelbylee.

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08 octobre 2012

Persuasion de Jane Austen : ISSN 2607-0006

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Persuasion nous projette à nouveau au coeur d'une famille de la gentry. Le baronnet Sir Walter est aussi vain que vaniteux : " à ses yeux, la beauté n'était inférieure qu'à la la noblesse, et le Sir Walter Elliot, qui réunissait tous ces dons, était l'objet constant de son propre respect et de sa vénération". Avec un pareil père, comment bien se marier ? Surtout avec un père qui n'a de considération que pour que sa fille aînée et pour sa cadette mariée et qui délaisse la douce et résignée Anne.

Venons-en justement à l'héroïne : elle a dû refuser de se mésallier avec Fréderick Wenworth, qui était pauvre alors, avant de devenir capitaine et riche.  Voyez comme  Sir Walter considère les gens de mer : " Ballotés par tous les climats, ils [les marins] arrivent à n'avoir plus figure humaine. C'est fâcheux qu'ils ne meurent pas subitement avant d'arriver à l'âge de l'amiral Balwin" qui a une quarantaine d'années ! Lorsque défraichie, elle revoit Wenworth, elle est toujours éprise de lui alors qu'elle prêche la résignation à une personne " elle craignit d'avoir  comme les grands moralistes et les prédicateurs été éloquente sur un point qui n'était pas en rapport avec sa conduite".  Mr F. Wenworth la bat froid, mais Anne saura-t-elle se résigner à nouveau ? Ou va-t-elle succomber au charme de l'héritier présomptif de Sir Walter, William Elliot?

Miss Austen n'a jamais dépeint de manière aussi caustique et caricaturalement cette aristocratie imbue d'elle-même et jamais les conventions sociales n'ont été aussi pesantes. Vanitas vanitatum ! Notre héroïne, écrasée par une soeur toujours malade, un père inconséquent et endetté, va-t-elle échapper à leurs préjugés et à leur emprise ? "Qui peut douter de la suite de l'histoire ? " comme le dit si bien Jane Austen. Si Anne est douce et assez effacée finalement, de nombreux personnages secondaires plein de duplicité et de fourberie ravivent cette peinture de moeurs... Et on prend toujours autant de plaisir aux péripéties amoureuses de nos chers héros austeeniens...

Jane Austen, Persuasion, Archipoche, 236 p.

Autres romans : Lady Susan, Manfield Park, Orgueil et préjugés, Emma

Lecture commune avec Ellcrys.

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25 septembre 2012

La dactylographe de Mr James de Michiel Heyns : ISSN 2607-0006

 

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" Vous êtes une extension de la machine, et votre tâche consiste à la faire fonctionner", a-t-on enseigné à Miss Frieda Wroth - dont le modèle est Théodora Bosanquet - qui est engagée comme dactylographe en 1907 par Henry James. Mais Miss Wroth est bien plus qu'une simple secrétaire. Elle a recherché son indépendance en bravant les préjugés de Mr Dodds, un banquier et futur mari potentiel assez repoussant, et les préceptes de sa défunte mère. Elle a lu plusieurs romans d'Henry James et porte un regard critique sur l'entourage du grand écrivain, sur sa famille et ses nombreux admirateurs...

A travers cette héroïne, Michiel Heyns s'empare d'un moment de la vie d'H. James hautement romanesque : le vol d'une liasse de correspondance, écrite par Morton Fullerton, et concernant aussi Edith Wharton, injustement dépeinte comme une femme odieuse, orgueilleuse et arrogante. cet épisode dramatique va permettre à Frieda de s'efforcer d'obéir à la maxime jamesienne : "profitez de la vie autant que vous le pouvez, c'est une erreur de ne pas le faire".

L'auteur a su relater cet épisode biographique en captant l'ambiance de l'époque, évoquant tout à tour, les suffragettes de Boston, la vogue du spiritisme, l'opposition entre Ancien et Nouveau monde...Dans un style jamesien, aux phrases alambiquées et soignées, retranscrivant chaque mouvement de l'âme de Frieda, M. Heyns trace obliquement aussi, un portrait du célèbre auteur du Tour d'Ecrou : sa manière de travailler, ses manies et son culte de l'art. Entre faits réels et fictionnels, M. Heyns a écrit un roman réjouissant à la tonalité jamesienne...

Heyns, La dactylographe de Mr James, Phillipe Rey, 328 p. (Rentrée littéraire 2012)

Merci dialogues pour ce partenariat !

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