05 mai 2016

La physique des catastrophes de Pessl : ISSN 2607-0006

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C'est en lisant l'avis très attrayant et pertinent de Lilly - on pense effectivement au Maître des illusions de Donna Tartt et à lire son prochain roman, intitulé, Intérieur nuit -  que j'ai eu envie d'ouvrir La physique des catastrophes de Marisha Pessl.

On a l'impression d'entrer dans un campus novel en découvrant l'histoire de Bleue Van Meer. Celle-ci a perdu sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant et son père, un enseignant chercheur, va d'université en université, enseigner les sciences politiques. Enfant précoce, Bleue a des difficultés pour s'intégrer dans les écoles qu'elle fréquente mais son immense savoir lui permet de décrypter le monde. Mais la vie peut-elle se conformer à un film ou à un livre ou aux théories d'un père idéaliste, épris de liberté et critiquant le consumérisme ?

Son père décide de l'inscrire en terminale, dans l'université St Gallway de Stockton, pour une année. Là, elle découvre un professeur Hannah Schneider, qui s'intéresse vivement à elle, contrairement à la bande d'étudiants qui l'entoure. Pourtant, ces derniers et Hannah fascinent Bleue qui ne cesse de s'interroger sur eux :  " Un adulte à l'intérêt marqué  pour les jeunes ne peut pas être totalement sincère ni équilibré, écrivait-il page 424, dans le chapitre 22 intitulé "Le charme  des enfants". Une attitude de ce genre dissimule souvent un dessein noir".

D'emblée l'on sait qu'Hannah est morte. Quelles en sont les raisons ? Peu à peu, la narratrice lève le voile sur cette tragique histoire et l'auteur joue avec son lecteur, laissant des indices qu'on ne comprend que restropectivement... Quelle structure livresque ingénieuse ! Quelle intrigue palpitante !

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"Bleue" : quel prénom  ! "voir leptotes cassius, dictionnaire des papillons Meld éd., 2001", nous explique la narratrice, dans une parenthèse. Non seulement le style, rappelle celui d'un universitaire avec des notes de bas de page parfois et avec une obsession de la littérature, mais elle montre aussi la propension du personnage à analyser, comme un entomologiste, le monde. Des supports visuels ( image ci-dessus, dont je n'ai pas réussi à trouver le nom du dessinateur) contribuent à cette précision, ce souci de documentation bien que nombres de références (je ne les ai pas toutes cherchées) me semblent parfois fantaisistes.

Le premier chapitre s'intitule "Othello", le deuxième "Portrait de l'artiste en jeune homme"... sa prof est mystérieuse comme un personnage de Faulkner, et elle tombe amoureuse d'un Heathcliff... Comme le souligne la narratrice, elle est " portée sur la bibliographie", ce qui donne un charme inimitable à ce roman extrêmement drôle, intelligent, au style original. Seule la fin est improbable et inouïe, longue et inutile. Le reste est fabuleusement raconté.

Marisha Pessl, La physique des catastrophes, 817 p., Folio

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18 avril 2016

Plus haut que la mer de Melandri : ISSN 2607-0006

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"Deux choses remplissent mon coeur d'admiration et de vénérération : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ( Kant)"

Dans les années 70, sur une île où se situe une prison de haute sécurité, trois destins vont se croiser. Luisa, agricultrice, vient rendre visite à son mari, qui est un homme violent et qui a, en outre, tué un gardien de prison. Quant à Paolo, c'est un professeur de philosophie, dont le fils a commis un acte terroriste tuant plusieurs personnes notamment une petite fille. Lorsqu'ils débarquent sur l'île, une tempête les empêche de regagner la terre ferme, les obligeant à rester sur les lieux, surveillés par un gardien du pénitencier, Nitti Pierfrancesco.

Au fur et à mesure de la narration, on découvre la vie de ces deux personnages ainsi que celle du gardien de prison. Leurs souvenirs, leurs souffrances nous sont décrits avec subtilité. Leur vie quotidienne et leur passé sont dévoilés peu à peu. Pensées, dialogues, descriptions sont développés au détriment de l'action. Comment vit-on lorsqu'un proche est en prison ? Comment faire face à la violence du monde pénitencier ? Pourtant leur rencontre va bouleverser leur vie mais sans aucune miévrerie. L'évocation de la vie carcérale et des " années de plomb" en Italie sont faites indirectement : c'est un roman d'ambiance où les noms des lieux et des événements ne sont pas nommément cités mais où se recrée obliquement toute une époque. Ce roman donne envie de découvrir le premier roman de cet auteur, Eva dort.

Plus haut que la mer, Francesca Melandri, folio, 220 p.

Merci folio pour ce partenariat.

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25 mars 2016

La poupée de Kafka de Fabrice Colin : ISSN 2607-0006

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Toute l'intrigue est bâtie autour d'une anecdote : une petite fille pleure, dans un parc de Berlin, en 1923, car elle a perdu sa poupée. Kafka l'aurait consolée en lui disant qu'elle lui avait écrit une lettre. Il lui apporte les lettres de la poupée de semaine en semaine. Mais que sont devenus ces écrits du célèbre auteur de La Métamorphose ? Qui est cette petite fille ? L'histoire est-elle véridique ? C'est ce que voudrait aussi savoir Abel Spieler, un spécialiste de la littérature germanique, un homme lâche, séducteur et menteur, qui se désintéresse de sa femme et de sa fille, Julie. L'incipit raconte les relations entre le père et la fille, Julie. Comme c'est banal ! Toute l'histoire familiale des Spieler m'a paru quelconque et ennuyeuse, aussi bien le divorce des parents que les relations ombrageuses entre Abel et sa fille.

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Photographie p. 32, La poupée de Kafka

"Ne dit-on pas que la littérature aide à vivre ?"

Quelques photographies de Kafka - et de jolis croquis de Sidonie Mangin - parsèment le livre. Mais Kafka est seulement le fil d'Ariane de cette histoire. En revanche, la littérature, le mensonge fictionnel est mis en exergue : Julie Spieler retrouve une vieille femme acariâtre, Else, qui semble être la petite fille à la poupée. Celle-ci lui raconte, comme dans Les mille et une nuits, "le livre de son enfance". Mais s'intercale vertigineusement, dans ce dédale de récits, une autre histoire écrite en italique. Telle Shéhérazade, Else arrive à retenir notre attention. Ment-elle ? A-t-elle vraiment rencontré Kafka ? Que lui a-t-il écrit ? A-t-elle encore les lettres ? La poupée de Kafka est une belle ode à la fiction et au rôle de la littérature, du mensonge fictionnel, même si je regrette qu'il y ait certains passages mélodramatiques comme la fin ou inutiles comme les relations familiales des Spieler.

La poupée de Kafka, Fabrice Colin, Acte Sud, 258p.

Autres romans de F. Colin  : Bal de givre à New York, Projet Oxatan

L'avis de Claudia ici.

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p. 129, croquis de Sidonie Mangin

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19 février 2016

Le café de Tresniek de Seethaler : ISSN 2607-0006

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photo de la couverture : visite d'Hermann Goering à Vienne, 1938

A quoi ressemble Vienne en 1937 ? Dans Le tabac de Tresniek, Seethaler l'évoque à travers l'histoire d'un adolescent de 18 ans, Frantz. Ce jeune garçon, originaire d'un petit village d'Autriche, Salzkammerzt, arrive dans cette ville, à une époque troublée : " C'était impressionnant. La ville bouillonnait comme une cocotte minute. Tout était perpétuellement en mouvement, rue, les murs mêmes avaient l'air de vivre, de respirer, d'onduler. C'était comme si on avait pu entendre les pavés gémir et les tuiles grincer".

Subtilement, Seethaler évoque l'ascension d'Hitler. A plusieurs reprises, Tresniek, un unijambiste qui s'est battu pour son pays en 1914, est inquiété par son voisin qui le considère comme l'ami des juifs. Un facteur ne se soucie pas de voir le courrier censuré par la Gestapo. Il se réjouit au contraire de voir son sac s'alléger. Dans les journaux, que lit Frantz, on apprend que chaque jour des communistes se suicident... De nombreuses évocations de la ville sont entrecoupées de descriptions extrêmement poétiques, richement évocatrices, de la campagne autrichienne, de la ville natale de l'adolescent.

Seul le personnage principal nuit partiellement à l'histoire : après la narration affligeante de son premier amour, on nous narre sa rencontre avec Freud, narration tout aussi insipide. Pourtant l'évolution du personnage, qui ressemble bien à un parcours iniatique, finit par le rendre moins insignifiant. Le tabac de Tresniek n'est pas un roman historique mais témoigne de l'ambiance d'une époque, à travers de splendides descriptions. Un livre moins anodin qu'il n'en a l'air.

Seethaler, Le tabac de Tresniek, 271 p., folio

Le billet de DasolaDominique

Merci pour ce partenariat Folio

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16 janvier 2016

Sigmaringen de P. Assouline : ISSN 2607-0006

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Sigmaringen est une petite ville située sur le Danube, au sud de l'Allemagne. C'est le cadre du roman historique de P. Assouline : en 1944, Pétain et Laval sont exilés dans le château des Hohenzollern. Leur majordome, Julius Stein, officie sous leur ordre. Narrateur interne, on suit les pensées et les observations de Julius, qui décrit la vie des ministres, des miliciens et des civils français, qu'il est obligés de servir. Comme dans Les vestiges du jour, on nous raconte le quotidien d'un buttler.

Dans une note, à la fin du roman, l'auteur reconnaît sa dette envers le roman d'Ishiguro, dont Sigmaringen semble une pâle copie, notamment avec la question de la dignité de la fonction, et le film de James Ivory. Parmi ses sources, on trouve l'incontournable Downton abbey ou Gostford Park. Pour s'en démarquer, Assouline a ajouté de nombreux retournements de situations, surtout vers la fin du roman, avec des trahisons, des espions, un mariage énigmatique, la "sigmaringite" ( c'est-à-dire l'ambition, la jalousie dans ce lieu clos)...

L'aspect historique ténue reste pourtant intéressante : qui sont les Hohenzollern ? Quel rôle a joué Céline ? Comment vivent les civils français qui ont suivi le gouvernement de Vichy en exil ? Les derniers jours du régime nazi, le sort des oeuvres d'art entre leurs mains, les Volkssturm, le rôle de l'aristocratie dans l'ascension d'Hitler sont aussi évoqués, de manière très documentée, sembe-t-il à en juger par la pléthore de sources de ce roman.

"A l'entendre, ma conception de l'obéissance relevait de la pathologie. Elle ne comprenait pas, elle ne pouvait comprendre que chez nous dès lors qu'on endosse un uniforme, on se croit délesté d'une certaine responsabilité. On n'a plus à décider". Cette citation reflète l'un des dilemmes du personnage : doit-on obéir aveuglément  aux ordres ? Même si le procédé narratif n'est pas neuf - donner la parole à un majordome - et même si le rythme est très lent pendant les trois-quarts du roman, Assouline nous immerge parfaitement dans cette époque, en donnant une large place à la politique et à la musique aussi.

Sigmaringen, Assouline, Folio, 352 p.

Merci Folio pour ce partenariat.

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29 novembre 2015

Sweeny Todd, le diabolique barbier de Fleet Street de Rymer : ISSN 2607-0006

 

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Ah ! Comme on savait écrire des intrigues créant le supense au XIXeme siècle ! Même si j'ai déjà lu ce roman, je n'ai pas hésité une seconde à replonger dans la lecture du roman feuilleton de Rymer.

Dès le premier chapitre, un barbier au physique effrayant brutalise son apprenti pour qu'il ne révèle pas d'éléments sur les événements pouvant survenir dans son échoppe. Mais quel événement peut-il bien advenir dans la boutique d'un barbier ? Un personnage inquiétant et une disparition inaugurale ouvrent mystérieusement cette diabolique histoire.

La préface rappelle que le roman a été d'abord publié sous la forme de feuilleton en 1850. Cela implique quelques redites - notamment l'histoire de Johanna et de son malheureux prétendant, Mark Ingestrie - qu'on nous raconte à de multiples reprises. Mais elles ne nuisent pas à l'intérêt qu'on peut porter à l'intrigue de ce roman, précurseur du genre policier gothique. En effet, Johanna se met en quête de son amant, à l'aide d'une romanesque amie, qui croit pouvoir trouver la solution dans la lecture de ses romans, et à l'aide d'un magistrat. A cette recherche, s'ajoute des déguisements, des rebondissemnts multiples, des brigands, des anciens caveaux abritant des secrets.

La publication en feuilleton - genre populaire - fait oublier que ce roman tient un discours ur la mentalité de son époque : des femmes sont enfermées dans des asiles pour leur usurper leur héritage, des bigottes sont ridiculisées, des fils refusent de suivre le destin imposé par leur père... Sous des apparences moralisatrices - le narrateur est souvent sentencieux - le récit se fait parfois surbversif ou humoristique.

Cette nouvelle édition du livre, nous dit la préface, a vocation de retoruner à l'origine de la légende du barbier, de nous faire découvrir un auteur et une histoire oubliée. Alors lisez cette histoire dont voici les premières lignes : " C'était bien avant que Fleet Street n'eût gagné l'importance que nous lui connaissons aujourd'hui. Geroge III était encore jeune et les deux stratues qui sonnaient habituellement les carionns de la vieille église de Saint Dustan étaient le sommet de leur gloire - c'est-à-dire qu'elles gênaient énorménent les garçons de course dans leur travail en faisant l'objet d'une vive curiosité parmi les campagnard"...

J.M. Rymer, Sweeny Todd, Le diabolique barbier de Fleet Street, 344 p., Mon billet

Merci aux Tind Editions pour ce partenariat

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13 novembre 2015

"Ce qui ne me tue pas" de D. Lagercrantz : ISSN 2607-0006

" Ce qui ne tue pas" (Nietzsche) : Cette oeuvre de commande est foisonnante. Le successeur de Larsson a repris les principaux éléments larssonniens. Cependant, ce quatrième opus ressemble à un gigantesque imbroglio, rassemblant divers genres et intrigues : un scientifique spécialiste du domaine de l'intelligence artificielle, Frans Balder, se fait tuer sous les yeux de son fils autiste, doué en maths et en dessin. Son travail étant piraté, il devait rencontrer Mikael Blomvist pour lui faire d'importantes révélations. Commence alors une quête de la vérité qui nous amène à découvrir le passé de Salander et une enquête qui mêle une histoire d'espionnage et de hackers, l'histoire d'une femme battue... Comme l'intrigue est emberlificotée !

cette multiplication de fils narratifs et le fourmillement de personnages rendent indigeste l'écoute du livre. Si vous souhaitez l'écouter à bord d'un transport en commun, abandonnez-en l'idée ! De longues explications sur les nombres premiers, les craquages de cryptogrammes, des passages explicatifs sur l'autisme, auxquels s'ajoutent des considérations sur l'époque contemporaine sans subtilité, rendent laborieuses la poursuite de l'histoire et endorment notre attention. En outre, le style familier, voire grossier, et les personnages caricaturaux ne donnent pas davantage envie de continuer à connaître les aventures extravagantes de ces personnages, qui paraissent sans vie...

L'écoute dans une position confortable ou dans un lieu calme ne change rien. Malgré les efforts de E. Dekoninck pour rendre sa lecture expressive, ce roman a un singulier effet soporifique... Une suite fabriquée à des fins commerciales ? La fin ouverte le laisse malheureusement présager.

Millenium 4, ce qui ne tue pas, David Lagercrantz, texte lu par Emmanuel Dekoninck, traduit du sudéois par Hege Roel-Rousson, durée 16h15

Merci Audiolib pour ce partenariat : fiche de l'audiolib ici et vous pouvez écouter un extrait

Billet de Nathalie, Dasola, Dominique, Claudia

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24 octobre 2015

La fractale des raviolis de Raufast : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio/La-fractale-des-raviolis

Une femme décide d'empoisonner son mari infidèle grâce à son plat favori - les fameux raviolis présent dans le titre - mais leur voisi amène son fils à ce moment-là. Que faire ? La fractale des raviolis est-il un roman policier ? Certes, non, pas au sens traditionnel du terme, étant donné que ce roman enchâsse de courtes histoires appartenant à des genres très variés. Au détour du récit, on peut rencontrer des humanoïdes, un usurpateur d'identité au XVIIIeme siècle, un arnaqueur des cimetières...

A contrario des mécaniques bien huilées, l'imprévu, la fatalité, alimentent cette fiction fantaisiste. Qui est la vierge de Barhofk ? Qu'appelle-t-on le syndrome Sheridan ? Notre curiosité ne cesse d'être attisée. Malgré des invariants - la fameuse fractale - comme des personnages atypiques tueurs d'enfants ou des rats-taupes, on ne s'ennuie pas un instant grâce à l'humour noir de l'auteur qui sauve le roman de l'exercice de style accumulant des variations sur le même thème.

C'est donc avec virtuosité et jubilation que Rufast nous entraîne dans des intrigues machiavéliques, étonnantes et sanguinaires, mêlant science et littérature. Cependant le récit est véritablement divertissant et la chute des plus surprenantes vient couronner ce roman à savourer sans modération. Quelle inventivité ! Quel suspense ! Un premier roman machiavéliquement construit !

Merci Folio pour ce partenariat, site ici.

Billets de Plaisir à cultiver, Dasola, Keisha, Noctembule,

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13 juin 2015

La dernière fugitive de Tracy Chevalier : ISSN 2607-0006

 

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"En art, l'extravagant vaut mieux que le plat", disait T. Gautier pour défendre la graniloquence d'Hernani. En effet, si l'on s'ennuie dans le dernier roman de Tracy Chevalier, même si le récit se lit très facilement, c'est parce que tout est plat et convenu, aussi plat que les plaines de l'Ohio et de Faithwell où a atterri l'héroïne : après une déconvenue sentimentale, Honor Bright, une jeune fille quaker, traverse l'Atlantique avec sa soeur. Malheureusement, celle-ci meurt assez rapidement et Honor se retrouve seule dans ce vaste pays inconnu où commence à se manifester des abolitionnistes.

Ainsi voit-on que la trame est la même que celle des romans précédents de l'auteur : comme dans La jeune fille à la perle ou Prodigieuses créatures, le destin particulier de l'héroïne s'entremêle à l'histoire. Sans surprise, donc. L'histoire racontée d'une manière linéaire, pontuée des lettres d'Honor, avec une régularité de métronome, exploite mal les thèmes intéressants. L'auteur survole la question de l'abolitionnisme, du chemin de fer clandestin, de la vie des quakers, ou plutôt elle le fait d'une anière romanesque sans s'attacher aux détails, servant de toile de fond à la vie privée de l'héroïne.

"Le caractère régulier et répétitif de la tâche m'apaise" ( La dernière fugitive). L'histoire un peu plate est aussi en adéquation avec le caratère d'Honor qui recherche la quiétude, le silence, qui est sobre et timide. Même l'intrigue amoureuse se conclut en deux pages, rencontre et mariage compris ! C'est sans doute le mutisme, l'égalité de caractère d'Honor Bright qui donne cet aspect ouaté, cotonneux et morne de ses aventures, et même les nombreuses morts qui jalonnent le roman sont racontées sans dramatisation.

En outre, une réflexion amorcée autour de l'obéissance à une loi injuste est résolue de manière caricaturale. L'écriture fluide de la romancière, qui a la régularité des points de couture d'Honor, nous emmène jusqu'au dénouement facilement mais sans nous faire ressentir beaucoup d'empathie pour son héroïne...

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Etats-Unis, 1850, T. Chevalier, La dernière fugitive, p. 11

Sur le web : Partage de lecture, Nourritures en tout genre ont aimé ce roman, mais Lilly l'a moins apprécié.

Participation au mois anglais de Titine, Cryssilda et Lou.

Merci Folio et Anna pour ce partenariat.

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06 juin 2015

La littérature Droodienne : ISSN 2607-0006

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Dernier roman inachevé de Dickens ( biographie sur le site Larousse), Le mystère d'Ewin Drood relate l'histoire du héros éponyme qui est destiné à épouser Rosa Bud, mais il disparaît la veille de Noël. Disparition ? Meurtre ? Et pour quelles raisons ? Est-ce son oncle opiomane, John Jasper qui l'aurait supprimé car ce dernier est secrètement amoureux lui aussi de la jeune fille ?

Le roman étant inachevé, fleurit alors une littérature droodienne : les writers on Ewin Drood cherchent à élucider ce mystère. Mais bien d'autres questions se posent : Drood est-il mort comme le pensent "les croquemorts" contrairement aux "résurrectionnistes" ? Et qui est Datchery ? Quel aurait été le rôle de ce personnage apparaissant tardivement dans l'histoire ? Le suspense est à son comble mais il ne faut pas oublier la comique galerie de portraits des habitants de Cloisterham où Dickens excelle.

Le personnage qui me semble coupable est bien évidemment Jasper comme le pense les "Jasperiens". Pourtant cette solution ne me satisfait pas car elle paraît trop évidente et elle est dictée par mon antipathie pour le personnage. D'ailleurs, les autres personnages - que ce soit Edwin, Rosa... - ne sont pas très reluisants. A bien y regarder, l'intrigue est particulièrement complexe car elle fait apparaître de nouveaux personnages comme Mr Tartar et des nouvelles données au fur et à mesure de l'enquête. Et dans ce cas, quel serait le rôle d'Helena, qui est loin d'être secondaire ?

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Dan simmons est l'un de ces writers on Edwin Drood. Il n'écrit pas la suite du roman mais plutôt son propre roman à sensations, racontant les origines du roman écrit par le célèbre auteur de Notre ami en commun. "Comme tu n'es pas sans l'ignorer cher lecteur, au XIXeme siècle, le roman feuilleton, sensationnel faisait fureur. Parmi eux, Drood tient une place mythique", écrit le narrateur de l'histoire qui est le non moins mythique Wilkie Collins. A partir d'un accident de train survenu à Dickens à stapehurst, et en s'appuyant sur des éléments biographiques véridiques, l'écrivain opiomane raconte les dernières années de la vie de Dickens.

Dans Simmons rivalise d'ingéniosité dans la construction de l'intrigue avec un auteur comme Collins. Aucun temps mort, il fait abonder les rebondissements, excepté lors des plaintes répétitives de Collins au sujet de ses maux et d'un certain scarabée égyptien.

Les bas-fonds de Londres, des temples égyptiens, un peuple d'en bas, le mesmérisme, des meurtres qui n'ont rien à envier à ceux de Jack l'éventreur révèlent l'imaginaire fertile de l'auteur. Il dresse aussi la peinture du Londres victorien, la fameuse " Babylone" et de la rivalité entre Dickens et Collins. Même si l'auteur de La dame en blanc noircit l'image de Dickens, ce dernier garde toute son aura. En ce qui concerne Collins, je ne sais pas quel est le degré de véracité des éléments biographiques mais ceux qui concernent Dickens sont très documentés ( une impressionnnate bibliographie en fin d'ouvrage montre la documentation de Simmons).

Deux romans à sensations terriblement bien réussis même si la fin absente du roman dickensien frustre ! ( l'édition archipoche propose une fin, celle de Paul Kinnet, mais elle me paraît bien simple et rapide). On peut mentionner l'existence d'un téléfilm BBC, une adaptation filmique assez plate du roman.

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C. Dickens, Le mystère d'Edwin Drood, Archipoche, 495 p.

dan Simmonds, Drood, Pocket, 1204 p.

Le mystère d'Edwin Drood, téléfilm BBC, 2013, 1h42

 

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