18 février 2010

L'hôtel hanté de Wilkie Collins : ISSN 2607-0006

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 W. Collins, quel maître du suspense ! Voici la quatrième de couverture :
" Fiancée humiliée, veuve manipulatrice et soumise évoluant dans une famille en apparence respectueuse des usages de la haute société victorienne... Qui est vraiment la comtesse de Narona ? Une intrigante prête à tout pour toucher une prime d'assurance sur la vie de son époux, ou bien la victime de craintes superstitieuses sur laquelle le destin semble s'acharner ? Entre Londres et Venise, Collins campe des personnages facettes multiples et complexes qui seront consciemment ou non, les complices d'une mort naturelle qui ne tardera pas à être suspecte. Un des grands romans de Wilkie Collins !
Wilkie Collins (Londres, 1824-1889) est incontestablement, dans la littérature victorienne, le maître de la déduction littéraire. Ses oeuvres essentielles (Armadale, La dame en blanc, Pierre de lune...) sont toutes parsemées d'emprunts aux faits criminels, son talent s'épanouissant dans des intrigues d'une grande complexité, mais aussi dans la maîtrise et la finesse de ses portraits psychologiques".

Admirez aussi la splendide couverture : Saint Cecilia de Watherhouse. Cette quatrième de couverture tient ses promesses : les premières pages du roman suscitent mille questions. Qui est cette femme dont on s'interroge sur sa santé mentale ? Est-ce une folle ou une femme superstitieuse ? Le docteur Wybrow apprend rapidement son identité, c'est la comtesse de Narona. Elle aurait volé le fiancé d'Agnès Lockwood, Lord Monbarry. Elle a une réputation d'aventurière et un frère joueur, le baron Rivar. A la mort de Lord Monbarry, la compagnie d'assurance enquête pour savoir si sa mort est naturelle ou si un meurtre a été commis avant de verser la prime d'assurance du lord. De plus, le courrier, Mr Ferraris, a mystérieusement disparu... Agnès, la fiancée délaissée, une des anciennes élève Mme Ferraris, Henry Westwick, frère du Lord et la comtesse de Narona ont des rôles importants et dramatiques à jouer dans cette intrigue captivante, qui nous emmène de Londres à Vienne.

Des fantômes, un peu d'ésotérisme, des meurtres et de nombreux rebondissements, notamment un dénouement spectaculaire et des plus originaux, caractérisent ce roman où le lecteur est assailli sans cesse par de nouvelles interrogations. A cette intrigue passionnante, s'ajoutent des commentaires caustiques du narrateur, sur les moeurs des Français ou des Italiens, s'opposant à la prude Angleterre, et qui égratignent aussi ses personnages : "les autres femmes, élevées suivant les préceptes et les habitudes modernes, en entendant parler d'une semblable conduite, eurent naturellement pour Agnès du dédain plein de compassion. A partir de ce moment elles ne parlaient d'elle que comme d'une personne "des temps jadis", curieux spécimen des vertus des vieux âges".
Une fois commencé la lecture de cette intrigue passionnante tournant autour de la mort et de la folie, de personnages mystérieux comme des sphinx et typiquement, on ne peut plus lâcher ce roman. Un roman fascinant et  un auteur merveilleux !
Wilkie Collins, L'hôtel hanté, Edition de l'aube, 278 p.  (Challenge Wilkie Collins addict, de Cryssilda)

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16 février 2010

La troisième Miss Symons de Flora Mayor : ISSN 2607-0006

 

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La troisième Miss Symons est un court roman de Flora Mayor (1872-1932) édité par V. Woolf. Chroniqué par Keisha, Titine ou Lou, je ne rajouterai donc qu'un ou deux mots sur mes impressions de lecture, pas des plus originales.
A quel destin peut rêver une fille cadette dans une famille bourgeoise du XIXeme siècle ?  C'est à cette question que répond F. Mayor à travers la vie d'Henrietta qui n'est pas celle d'une anti-héroïne mais celle d'une jeune fille malchanceuse sous l'ère victorienne : troisième fille d'une famille de sept enfants, Henrietta est une enfant banale, qui souffre d'un manque d'affection. Elle ne suscite ni l'affection de ses parents, ni celle de ses soeurs. Célibataire, elle voyagera à l'étranger toute sa vie, sans pour autant se cultiver ou s'attacher à d'autres personnes.
C'est donc la peinture d'un destin banal, celui de la vieille fille, et d'une époque, le début de l'ère victorienne. Ce qui est marquant dans cette narration, c'est le ton détaché qu'emploie le narrateur pour raconter les mésaventures d'Henrietta : ce détachement reproduit ainsi la cruauté d'une société victorienne où les apparences priment sur les sentiments, où la société écrase l'individu, notamment les femmes. Dans cette misogynie ambiante, une femme avec un caractère colérique est une "hystérique" et confier ses sentiments vaut la désapprobation de tous. De même, le mariage est une institution sociale qu'il faut respecter sous peine d'être un paria. Le personnage d'Henrietta est peut-être peu sympathique mais a-t-elle le choix d'une autre vie dans ce contexte difficile pour les femmes ?
Peinture de moeurs sans concession et portrait lucide d'une héroïne sans qualité, j'ai beaucoup apprécié l'écriture fluide, ironique et concise de Flora Mayor. Je remercie Keisha et Titine pour cette belle découverte et je suis comme elles, je voudrais bien découvrir les autres romans de cet auteur...

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06 février 2010

Anna Karenine, c'est moi d'Elizabeth Jacquet : ISSN 2607-0006

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 "Etre une héroïne de roman ne m'empêche pas de prendre le métro, au contraire. Portée par ma vocation, je m'y engouffre avec exaltation. Différents mondes superposés les uns aux autres ne nous apprennent-ils pas à vivre dans plusieurs dimensions ?"
Etablie avec succès dans sa nouvelle activité de traiteur à domicile, Alice Quester cherche toujours des réponses à ses multiples questions : en quoi consiste notre existence ? Comment lui donner l'intensité désirée ?
Son projet :
1. Lire et relire Anna Karenine
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi.
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman.

1. Lire et relire Anna Karenine : Dès les premières pages, on est entraîné dans l'univers de l'héroïne à travers les plus beaux extraits du roman de Tolstoi, Anna Karenine vue par Vronski. "Il s'arrêta pour laisser sortir une dame, que son tact d'homme du monde lui permit de classer d'un coup d'oeil parmi les femmes de la meilleure société. [...] Il se retourna, ne pouvant résister au désir de la regarder encore"... On découvre ainsi l'héroïne la plus célèbre du grand romancier russe, mais le personnage est aussi un véritable révélateur de sentiments pour Alice : "Anna est la part d'enfant perdu affolé que nous portons en nous lorsque notre désir excède les normes du monde qui nous entoure". Tour à tour, au gré de l'histoire d'Anna et des autres personnages du roman de Tolstoi, Alice s'interroge sur l'amitié, l'amour, la mort, la solitude, ses relations aux autres. "Comment combler nos vides intérieurs ?" "Dans le roman comme dans la vie on ne sait rien, où est l'erreur, le bien, l'existence qu'il nous faut, à quoi à qui peut-on s'en remettre, le hasard existe-il, y-a-t-il une providence ?"... Oui, il faut lire et relire Anna Karenine : on l'aime, on suit ses pas et on souffre avec elle.
2. Se pencher sur le cas de Tolstoi. L'auteur s'est efforcé, tout en retraçant la vie d'Anna Karenine et de son héroïne Alice Quester, d'y mêler des éléments de la vie de Tolstoï et notamment la genèse du roman. On découvre ainsi un auteur russe préoccupé des problèmes de son temps, sensible à la misère sociale. Il est aussi décrit et perçu à travers le journal de sa femme comme un homme aimant l'action, heureux dans le mariage et obsédé par son roman, son Anna : on nous livre peu à peu la difficile écriture du roman, sa publication, sa réception. Des petites anecdotes au sujet de son amitié tumultueuse avec Tourgueniev sont tout à fait plaisantes : "7 février 1856. Disputé avec Tourguéniev. 13 février. Dîné chez Tourgueniev ; nous nous entendons de nouveau bien. 12 mars. Avec Tourgueniev, je crois que je suis définitivement brouillé. 20 avril. Eté chez tourgueniev et très gaiement bavardé avec lui [...]"
3. Suivre de près sa soeur aînée, son frère altermondialistes, son voisin de palier... et aussi cet homme aperçu au volant d'une voiture ou sur les pages people d'un magazine : Neil Larue. Les personnages secondaires, sans consistance, viennent abîmer l'histoire centrée autour des trois personnages principaux : Tolstoï, Anna et Alice.
4. Voir si tous ces destins mêlés au sien peuvent former quelque chose de cohérent : un vrai roman de la vie, ou une vraie vie de roman. Dommage, les grandes et bonnes idées ne font pas forcément les bons romans. L'écriture est complètement décousue et parsemée parfois de certains mots et d'un style relâchés. L'impression de désordre est renforcée par la superposition des différentes vies des personnages, par les pensées erratiques de l'héroïne et par des citations agréables à lire mais en trop grands nombres. Certains passage ressemblent davantage à des prises de notes qu'à un roman ! L'auteur semble montrer que toute vie peut être un roman et tout roman est une vie. Ah ! Comme on regrette cette écriture désordonnée qui gâche le plaisir de la lecture. L'intrigue a un air d'inachèvement et de divagations portées par le hasard ou par le vent...

Lorsqu'on referme ce livre, on a aimé Anna Karenine, celle de Tolstoi mais celle de Jacquet, un peu moins. Alice Quester, héroïne du XXIeme siècle est beaucoup moins séduisante et romanesque que sa comparse. Ici, la véritable héroïne est Anna Karenine. Lisez le roman de Tolstoi...

Roman lu dans le cadre d'un partenariat : je remercie les éditions Philippe Rey et BOB pour cette découverte.

Anna Karenine, c'est moi, d'Elizabeth Jacquet, Ed. Philippe Rey, 325 p.

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27 janvier 2010

Madame Bovary de Flaubert : ISSN 2607-0006

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Qui ne connaît pas le "bovarysme" ? Ce néologisme a été formé à partir du nom de la célèbre héroïne de Flaubert ( biographie ici) : Emma Bovary. Cette dernière est la fille d'un riche fermier. Son père blessé est soigné par Charles Bovary, un homme médiocre ayant fait un mariage médiocre dont le père est un ancien noceur ruiné. Charles, attiré par cette jeune fille, va l'épouser à la mort de sa première femme. Mais Emma, dès les premiers jours de son mariage ressent déjà une inadéquation entre ses rêves et la réalité : "Et Emma cherchait à savoir ce que l'on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d'ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres" . Partagé entre sa prosaïque vie et ses rêves romanesques, Emma déchante et déchoit.

Classique parmi les classiques, Emma Bovary m'avait pourtant fait une effroyable impression lorsque je l'ai lu, pour la première, fois jeune. Avec le temps, on s'aperçoit que la médiocrité décrite et la narration de l'ennui quotidien, des petits riens d'une vie peut provoquer un sentiment de rejet. Cependant à y regarder de plus près, Emma Bovary n'est pas seulement un chef-d'oeuvre de réalisme, il est aussi une réflexion sur la vie, la mort, l'amour.

Emma Bovary est un personnage emblématique : elle incarne la désillusion d'un personnage confronté à une vie décevante. Emma est imprégnée de lectures de Lamartine et Chateaubriand et elle se voit obligé de subir la "conversation de Charles [qui] était plate comme un trottoir de rue". Sa vie est morne ; l'ennui, le quotidien ronge l'héroïne et le bal chez le marquis de Vaubyessard ne va faire qu'exacerber ses rêves de luxe (fin première partie). Son déménagement à Yonville bouleverse-t-elle sa vie ? Elle qui dit détester "les héros communs et les sentiments tempérés, comme il y en a dans la nature", elle y retrouve la même routine et des personnages insignifiants. Bovary est plus stupide que jamais et ne comprend pas sa femme. Il passe à côté de sa vie mais sans se poser de questions, sans souffrir. Quant à Rodolphe, l'amant d'Emma, c'est un rustre : il n'est qu'une désillusion supplémentaire dans la vie de l'héroïne.

Roman scandaleux parce que l'auteur ne condamne pas son héroïne, Madame Bovary ne fait pas l'éloge de l'adultère mais montre la condition de la femme mal mariée au XIXeme siècle. L'auteur ne condamne pas la lecture de romans mais un certain romantisme larmoyant. A chaque événement, Emma se projette dans les rêves décrits dans les livres : pour elle le coup de foudre est annoncé par des éclairs, des tempêtes... Son voyage avortée avec Rodolphe devait lui faire découvrir des villes dont les dômes seraient d'or, et elle est "en plein Walter Scott" lorsqu'elle assiste pour la première fois à un opéra... Le bovarysme, pour schématiser, c'est prendre la fiction pour la réalité. Surtout, il dénonce violemment, à mots couverts, l'étroitesse d'esprit des personnages, leur médisance, leur suffisance. Le curé se dit "guérisseur" des âmes mais lorsqu'Emma lui dit souffrir, ce dernier lui répond qu'il souffre aussi de la chaleur et puis du moment qu'il y a du feu et de la nourriture, de quoi se plaindrait-on ?

La lecture de ce roman de Flaubert réussit à faire surgir tout un monde médiocre et désenchanté, tout en intéressant le lecteur sur le sort de sa malheureuse héroïne. Cette relecture a été une belle redécouverte.

Flaubert, Madame Bovary, Petits classiques Larousse, 318 p.

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17 janvier 2010

La dame aux camélias de Dumas fils : ISSN 2607-0006

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Celle qu'on désigne par le surnom de "Dame aux camélias" est une courtisane du nom de Marguerite Gautier. Le narrateur va s'intéresser à son histoire, le jour où à une vente publique, il achète un livre lui ayant appartenu. Quelques jours plus tard, un jeune homme, Armand Duval, fou de douleur, cherche à acquérir le livre qui est pour lui un souvenir indispensable. Intrigué  par ce jeune homme et sa démarche, le narrateur va bientôt se lier d'amitié avec lui et prendre connaissance de l'histoire de Mademoiselle Gautier...

Le début du récit est assez surprenant, le narrateur tenant un discours moralisateur peu commun dans les fictions de cette époque : il en appelle à l'indulgence des lecteurs pour les courtisanes qui sont capables de beaux sentiments et doivent susciter la pitié car elles n'ont pas eu, parfois, l'éducation nécessaire. Ainsi, dans les premières pages, se succèdent des paroles de moralisateurs : "soyons bons, soyons jeunes, soyons vrais ! Le mal n'est qu'une vanité, ayons l'orgueil du bien, et surtout ne désespérons pas" ! Mais que le lecteur ne se décourage pas à la lecture de cette phrase.
En fait, le roman est "dumasficelé", néologisme de Jules Renard, on s'intéresse à cette histoire d'amour dès qu'on lit la dédicace sur le livre acheté par le narrateur : " Manon à Marguerite, Humilité. Armand Duval". Que signifient ces mots ? Qui est Armand Duval ? Bientôt le narrateur découvre la vérité sur la vie de la dame aux camélias qui a vécu une histoire d'amour sincère, désintéressée avec Armand Duval. Si les sentiments amoureux ont l'air si vrai, c'est que Dumas fils les a véritablement vécus, il a lui aussi aimé une Dame aux camélias : la jalousie, les tourments, les mensonges et les concessions sont passionnément racontés par Armand Duval, comme un Swann avant l'heure... On est véritablement entraîné par les rebondissements de cette passion même si parfois, on pressent ce qu'il va arriver.
Dumas revisite un thème connu et le sublime. Devenu un mythe et inspiré d'une histoire vraie, celle de Marie Duplessis, il dépeint les sentiments de ces deux jeunes gens de manière très justes et en donnant des accents dostoievskiens à ses personnages : candeur, péchés et rédemption.
Loin des déchéances des héroïnes telles que Nana, Dumas fait le portrait d'une courtisane repentie et donne une dimension sociale à cet amour qui, s'il peut surprendre ou agacer le lecteur au départ, est plus subtilement fait par la suite. Une très belle découverte très émouvante.

Une lecture du challenge ABC

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06 janvier 2010

Thérèse Raquin de Zola : ISSN 2607-0006

9782253010074_TRoman du meurtre et de la folie, Thérèse Raquin est l'un des premiers romans écrit par Zola : beaucoup plus court que les livres du cycle des Rougon-Macquart, il porte déjà l'empreinte des théories naturalistes de Zola.
Thérèse Raquin est une jeune femme pleine de sensualité, qui dépérit au côté d'un mari souffrant et médiocre, Camille. Un jour, ce dernier ramène un camarade d'enfance, peignant à ses heures perdues, et fonctionnaire dans le ministère des chemins de fer comme Camille. Au premier regard Thérèse Raquin est subjuguée par cet homme. Commence une histoire d'adultère...

Thérèse Raquin comporte une intrigue très simple, celui d'un couple adultérin qui cherche à se débarrasser d'un mari devenu gênant. Les courts chapitres permettent de mettre rapidement en place l'intrigue. C'est un roman d'analyse, sans actions véritables, toutefois Zola tisse un réseau de symboles et d'échos signifiants lui permettant de mettre en place sa théorie du déterminisme : l'hérédité et l'influence du milieu se conjuguent pour écraser la vie des personnages. La folie et la lente déchéance des personnages semblent inexorables.

Véritable virtuose de l'intrigue romanesque, Zola (une exposition virtuelle est consacrée à Zola sur le site de la BNF) allie étude de tempéraments et intrigue policière. Comme dans ses romans du cycle des Rougon-Macquart, Thérèse Raquin est un miroir de la société du XIXeme siècle, notamment la vie de petits bourgeois : la médiocrité et l'ennui bourgeois sont illustrés par les fameuses soirées du jeudi soir, répétitives et ineptes. Seul le confort matériel intéresse les Raquin. Cependant, Sainte-Beuve critiquait l'invraisemblance de ce roman, où pourtant l'auteur a désiré tout montrer et tout dire jusqu'à décrire le fonctionnement d'une morgue en s'attardant sur la description des cadavres. C'est que l'oeuvre est aussi traversée, par ricochets, par des symboles tels que la cicatrice et n'est pas exempt de passages fantastiques comme la présence d'un spectre dans la chambre du couple adultérin.  Quant au dénouement, il est digne d'une tragédie suscitant terreur et pitié. Un roman sombre mais un de ceux que je préfère de cet auteur...

Thérèse Raquin, de Zola, Livre de poche, 234 p.

Mes autres lectures zoliennes : La bête humaine,

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21 décembre 2009

Pierre et Jean de Maupassant : ISSN 2607-0006

 

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Roman réaliste de Maupassant ( biographie ici), Pierre et Jean est un chef-d'oeuvre du roman d'analyse. Pierre et Jean, les héros éponymes, sont deux frères rivaux, habitant le Havre, que tout oppose. Pierre est brun et emporté tandis que Jean est calme et blond. A partir du jour où ce dernier reçoit un héritage d'un ami de la famille, Mr Maréchal, Pierre ne cesse de se tourmenter et de tourmenter sa famille : est-ce Jean serait un fils illégitime pour recevoir ainsi une tel fortune d'un homme que tous deux connaissaient autant ? Commence pour Pierre une quête angoissante de la vérité.

Tout d'abord, l'intrigue est proche d'une enquête policière : Pierre mène l'enquête, tourmenté de savoir que sa mère est peut-être une femme adultère. Comme dans de nombreuses nouvelles de Maupassant, le thème de l'enfant illégitime parcourt tout le roman... Pierre et Jean est d'abord un drame familial mais dont l'intrigue est plutôt surprenante.

Les actions sont rares, ce qui prime ce sont les sentiments : la jalousie ronge Pierre. Il finit malgré lui par haïr ce frère à qui tout semble réussir : grâce à l'argent de l'héritage, il peut installer son cabinet d'avocat, il va se marier à une jeune veuve raisonnable. De nombreuses scènes décrivent les emportements, les doutes et la colère de Pierre.

Pierre et Jean est aussi un roman réaliste : la Normandie, le port du Havre, Trouville, servent de décor à ce drame. C'est un reflet de son siècle mais sans concession car Maupassant égratigne ces petits bourgeois qui recherchent le confort, l'argent, et la banalité d'une vie tranquille... Un roman psychologique passionnant...

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08 novembre 2009

La bête humaine de Zola : ISSN 2607-0006

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Zola (une exposition virtuelle sur la BNF lui est consacré ici) désirait avec ce roman, appartenant au cycle des Rougon-Macquart, écrire un grand roman du crime et ferroviaire. En effet, dans ce roman, "la bête humaine" est une métaphore du train, qui symbolise la marche forcenée du progrès et que Zola personnifie. Mais "la bête humaine", ce sont aussi les Misard : un mari tente d'empoisonner sa femme pour lui prendre de l'argent, qu'elle a caché. C'est aussi Jaques Lantier, fils de Gervaise, dont la lourde hérédité le pousse à tuer toutes les femmes qu'il rencontre. Il y a aussi Séverine et son mari, les Roubaud, qui tuent Grandmorin, le mari étant jaloux de ce protecteur, qui aurait abusé de sa femme avant le mariage... Les destins de ces personnages vont se croiser autour de la ligne du Havre/ Paris où les êtres sont entraînés au rythme de la machine.

Avec sa verve épique, de nouveau, Zola illustre avec ses personnages, sa théorie de l'hérédité. Il dépeint avec fidélité le milieu ferroviaire ainsi que ces personnages, qui ne sont pas maîtres de leurs pulsions. Proche de l'intrigue de Thérèse Raquin, ce roman peint - avec des hyperboles et à grand renfort de descriptions - une intrigue policière, une histoire d'adultère mais qui a pour fond de toile, l'Histoire : de nombreuses fois, sont évoqués les troubles politiques liés au Second Empire. Si l'écriture naturaliste est bien présente, de part ses thèmes et le vocabulaire technique, les symboles n'en sont pas absents. Un chef-d'oeuvre !

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26 octobre 2009

Les hauts de Hurlevent d'Emily Brontë : ISSN 2607-0006

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Lockwood, un lord venu se reposer dans le Nord de l'Angleterre, rencontre Heathcliff, un homme renfrogné, dont la vie sera dévoilée par sa servante Mrs Dean. Elle lui raconte l'existence tourmentée de Catherine Earnshaw, qui vivait heureuse avec sa famille, sur une lande balayée par les vents et les orages. Sa vie fut bouleversée par l'arrivée d'Heathcliff, un jeune "bohémien", un orphelin, que son père avait ramené un soir, de Liverpool, et qui devint son favori au détriment de l'aîné de ses enfants, Hindley. Ce dernier souffrit de la préférence affichée de son père, pour ce "garçon d'écurie" qu'est pour lui Heathcliff. Envoyé en pension, il reviendra se venger, à la mort de son père. Catherine aimait Heathcliff, sans se l'avouer, ce qui causera leur perte...

Roman de la passion, roman noir, Les hauts de Hurlevent est passionnant à lire de par l'ambiance mystérieuse, par l'intrigue teintée de fantastique, par ses personnages haut en couleur qui rompent avec les conventions en vigueur dans l'époque pré-victorienne et par la virtuosité de son écriture.  Les hauts de Hurlevent est aussi un roman de la vengeance et un roman où abondent les spectres...

Finalement, il y a peu de description de paysages ou de tempêtes mais le décor est posé en quelques mots - pluie, vent et neige... - qui crée un climat sinistre. Surtout les personnages principaux tels Heathcliff et Catherine, figures de persécuteur et de dominateur, permettent d'aborder la question du bien et du mal, tant ces personnages semblent dominer par leurs pulsions sans véritable réalisme psychologique.

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L'adaptation en BD est fidèle, noire à souhait, mais toute la complexité narrative disparaît, ce qui enlève beaucoup de charme à l'intrigue : l'histoire commence avec l'arrivée d'Heathcliff dans la demeure des Hauts de Hurlevent. Cependant, les dessins de Edith sont réussis car ils reflètent bien l'atmosphère pesante et sombre du roman d'Emily Brontë ( biographie ici)...

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13 septembre 2009

Acide Sulfurique d'Amélie Nothomb : ISSN 2607-0006

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J'avais déjà lu Attentat qui m'avait fortement déplu. C'est donc, sans enthousiasme, que j'ai commencé ma lecture... "Concentration" est le nom d'une émission de télé-réalité, conçu sur le modèle des camps nazis. Le groupe des prisonniers est constitué par des gens enlevés dans la rue, lors de "rafles". Pannomique, paléontologue, se retrouve ainsi dans les rangs des victimes. Zdena, véritable brute, est recrutée comme Kapo. Ces deux personnages vont s'affronter devant les caméras...

Dès les premières pages, le ton est donné : l'idée de faire un jeu de télé-réalité reproduisant un camp de concentration semble plutôt malsain. Puis au fil du jeu, on perçoit différents aspects des mécanismes de l'émission, tous plus vils les uns que les autres : la course à l'audimat, la dictature de l'argent, du scandale et l'attrait de la violence. 

Comme vous l'avez compris, ce livre m'a fortement ennuyé. Le style y est déplaisant : mots vulgaires, dialogues plats, aucune profondeur psychologique des personnages... Le thème de la télé-réalité, est un thème racoleur qu' A. Nothomb traite de manière manichéenne, tout en emphase et de manière grotesque.

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