12 mars 2018

Le tramway de Claude Simon : ISSN 2607-0006

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Le tramway forme un triptyque autobiographique, avec L'acacia et Le jardin des plantes, qui  tisse trois liens : enfant, Claude Simon prenait un tramway qui l'amenait du collège à sa demeure. Il décrit aussi les lieux traversés avec une extrême précision. Ce n'est pas un hasard si les romanciers du Nouveau Roman ( comme Butor, Sarraute, Robbe-Grillet) étaient appelés "l'école du regard". Cette minutie dans les descriptions dit aussi la difficulté de décrire le réel : on  est loin des écrivains du XIXeme siècle qui écrivaient des romans comme "un miroir que l'on promène le long du chemin" ( Stendhal, Le rouge et le noir). A ces trajets, s'ajoutent la description d'un séjour à hôpital et des vacances du narrateur (peut-être peut-on y voir un parallèle entre la maladie de la mère et du fils...).

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Monument aux morts de Perpignan ( site l'association des lecteurs de Claude Simon)

Pourquoi faut-il lire Claude Simon ? Son écriture est référentielle (il décrit par exemple le monument aux morts de Perpignan) mais le désordre de la narration montre le travail mémoriel, les bribes de mémoires qui reviennent... L'emboîtement des parenthèses soulignent bien "le magma" des phrases qui se bousculent :

"[...] taciturne assemblé dont, des années plus tard, je devais me souvenir avec le même sentiment de dérisoire privilège ( quoique sachant qu'il n'y avait là qu'une tolérance) d'appartenir à une sorte d'élite dans l'étroite et étouffante puanteur du vestibule d'une baraque refermée la nuit par les gardiens et où chaque soir se tenaient cinq ou six ombres aux vêtements eux aussi élimés et souillés (avec cette différences qu'ils (les vêtements) avaient été des uniformes et que, dans les effroyables émanations des latrines d'urgence qu'enfermait aussi l'étroit vestibule où leur présence était tolérée, leur élitisme tenait seulement à la possession par ruse, larcin, ou quelque trafic clandestin, de la seule valeur marchande ayant cours dans un tel endroit, c'est-à-dire ( comme en témoignaient de semblables mégots roulés à la main, ventrus, bosselés, baveux, et fumés jusqu'à l'extrême limite) de tabac)" (p. 17. nous soulignons)

On remarque aussi "l'ère du soupçon" ( N. Sarraute) dans laquelle est entrée l'écriture : l'auteur de L'Acacia indique aussi entre parenthèses les référents des "ils" comme si la langue n'était plus transparente, une langue qui est faite de répétition et d'accumulation. Il ne faut pas avoir peur de se perdre dans cette écriture simonienne qui est labyrinthique comme les souvenirs, les pensées. Il faut relire les phrases plusieurs fois pour ressaisir le fil de l'histoire. C. Simon avait comme modèle Proust et Faulkner. Il pousse même plus loin "l'aventure de l'écriture" ( expression de Ricardou) puisque l'auteur commence des paragraphes interrompus par des points de suspension, ne marque plus le dicours direct par des guillemets, et fait proliférer ses phrases et ses descriptions sur des pages entières. ci-dessous : un passage entre parenthèses sur deux pages, sans poncutation...

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Une critique sociale transparaît dans la présentation de la bonne de la famille et de la "société" : on n'est pas loin des Verdurin de la Recherche. De facto, l'auteur fait référence explicitement à Albertine et à Marcel Proust (p. 54) pour souligner l'hypocrisie et le snobisme de ce microcosme, qu'il qualifie de "réactionnaire et d'ultra catholique". C'est toute une époque que fait mélancoliquement et sinueusement resurgir Le tramway de Claude Simon. L'écriture exigeante et difficile dit bien "le brouillard" des souvenirs : " comme si quelque chose de plus que l'été n'en finissait pas d'agoniser dans l'étouffante immobilité de l'air où semblait toujours flotter ce voile en suspension qu'aucun souffle d'air ne chassait, s'affalant lentement, recouvrant d'un uniforme linceuil les lauriers touffus, les gazons brûlés par le soleil, les iris fanés et le bassin d'eau croupie sous une implacable et protecteur brouillard de la mémoire".

Le tramway de Claude Simon, Editions de minuit,

Le discours de Stockholm, Claude Simon, Les éditions de Minuit,

Sur le web : L'association des lecteurs de Claude Simon

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27 janvier 2018

La fille du fermier de Jim Harrison : ISSN 2607-0006

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Connu pour des textes comme Légendes d'automne, qui a été adapté au cinéma ou Dalva ( Télérama propose une sélection de 5 livres), Jim Harrison est une "figure majeure de la littérature des grands espaces" (p. 7). N'ayant jamais lu cet auteur, ce bref roman ou longue nouvelle est une excellente introduction à l'oeuvre de ce romancier : quel dépaysement ! Sarah, à 9 ans, quitte son Ohio natale pour le Montana : elle découvre une vie solitaire, aux somptueux paysages et aux moeurs rustiques. Entre un père mutique et une mère évangélique, Sarah se construit à l'aide de Terry, un adolescent qui lui fait découvrir la littérature et Tim, un vieux cow-boy. Intelligente, belle, mais isolée et mature, Sarah cherche à se venger d'un homme, qui l'a agressée un soir de beuverie...

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Sarah est une héroïne digne de l'ouest américain ! Comme Calamity Jane, ou Mattie Rosse ( True Grit, Charles Portis), elle n'hésite pas à se faire vengeance et à manier les fusils. Elle grandit dans une ferme, sans véritable contact social. Le livre repose sur une dualité : l'amour des livres et de la musique de Sarah mais aussi la réalité, celle des mains calleuses, de la chasse à l'élan, de la mélancolie ou de l'alcoolisme touchant les femmes vivant dans ces endroits déserts... Elle lit Tristram Shandy de Sterne et connaît par coeur une phrase de Emily Dickinson : " La vie est si étonnante qu'elle laisse peu de temps pour autre chose". (p. 96).

Elle grandit donc recluse dans ce Montana à la fois sauvage, fascinant, mais extrêmement âpre : elle est très vite confrontée à la sexualité et elle ne cesse de s'interroger sur ses études, l'amour, et sa vengeance. Mais est-elle prête à tout sacrifier par vengeance ? On suit donc avec fascination le passage de l'adolescence de Sarah. Seule la fin m'a paru choquante mais elle ne semble pas l'être pour le Montana... J'ai passé un bon moment à découvrir la rudesse du Montana, dans cette prose sans fioriture, sèche, en parfait accord avec le sujet...

Jim Harrison, La fille du fermier, folio 2 euros, 130 p.

L'avis de Maryline

Merci Folio pour ce partenariat

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27 juillet 2017

HHhH de Laurent Binet : ISSN 2607-0006

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Laurent Binet, HHhH, audiolib, 11h06, 2017.

Laurent Binet, HHhH, Le livre de poche, 442 p. billet d'Agnès (mon biblioblog)

Merci Audiolib pour ce partenariat. Pour écouter un extrait : ici.

 

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18 juin 2017

La cote 400/ La mystérieuse affaire de style de Sophie Divry : ISSN 2607-0006

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"La mystérieuse affaire de style" ! C'est ainsi qu'a joliment intitulé Sophie Divry son article, publié dans Le monde diplomatique et qui est un extrait de son essai Rouvrir le roman.  Pourquoi trouver son style ?, s'interroge-t-elle. C'est tout d'abord pour " traduire la singularité de sa vision et la volonté narcissique d'avoir un style reconnaissable". Ainsi fustige-t-elle, à travers la quête d'un écriture singulière, la vanité des écrivains. Elle y oppose aussi les auteurs qui ont " leur petite musique originale" et ceux qui s'efforcent d'avoir "une pluralité stylistique". Mais voici de la paraphrase, sans style, bien maladroite : vous pouvez lire plutôt son intéressant article ici, évoqué aussi par Christw dans son blog le marque-page.

 Le lendemain, examinant, contemplant et m'extasiant sur la table des nouveautés, dans ma librairie, mon oeil est attiré par le nom de Sophie Divry. Mais c'est justement l'auteur de l'article ! De quel titre s'agit-il ? Je ne saurais le dire. D'ailleurs, j'ai oublié le contenu de la quatrième de couverture. Je vais vite dans le rayon voir si d'autres livres de cet auteur sont encore en vente. Là, je découvre La cote 400, qui a dû plaire à une des libraires, au point que celle-ci a pris le temps d'y mettre son opinion, sur un carton bristol. Je survole la quatrième de couverture où le mot " bibliothécaire" m'incite à l'acquérir. Rarement, les livres sur les livres me déplaisent et me voici repartie avec l'objet du délit.

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Le soir venu, j'ouvre le livre. Et je suis horrifiée. Je l'abandonne une première fois. Puis une deuxième, mais je veux comprendre. Comment l'auteur a pu commettre un pareil récit ! Une bibliothécaire monologue face à un pauvre hère, enfermé la veille dans le sous-sol de la bibliothèque ( plutôt invraisemblable, non ?). Ses opinions sont évoquées en suivant la classifiation de Dewey : la cote 900, l'histoire, lui permet de critiquer Napoléon. Mais quelle harpie ! Quel personnage antipathique ! Non seulement, elle méprise les magasiniers, soit-disant moins intelligents qu'elle, mais elle rend la vie pénible aux architectes sous prétexte qu'elle travaille dans un sombre sous-sol, fait du café trop fort pour ne pas être " rançonner par ses collègues", critique les " zombis" qui écoutent de la musique dans le bus au lieu de lire ! A quoi mène cet amer soliloque ? Je ne le saurais jamais car j'ai laissé ce haineux personnage dans son sous-sol et ce livre, dont le procédé est orginal, mais dont le contenu est décevant et désagréable.

Sophie Divry, La cote 400, collection 10/18, 95 p.

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06 juin 2017

Tandis que j'agonise de Faulkner/ Mud, sur les rives du Mississippi de Nichols : ISSN 2607-0006

 

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Voyez le Mississippi, au sud des Etats-Unis, c'est là que se déroulent les romans de Faulkner comme Le bruit et la fureur ou Tandis que j'agonise.

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 L'écrivain Ellen Glaqglow a forgé, en 1936, le terme de Southern Gothic pour qualifier les écrits de Faulkner, en référence au roman anglais noir. Mais quel est le rapport entre ces deux genres de littérature qui paraissent aussi éloignés ? Le southern gothic désigne moins le fantastique que les peurs et les superstitions d'un sud pauvre et décadent, d'une ruralité sauvage et violente.

Dès le titre, Tandis que j'agonise, on pressent une histoire lugubre, comme la pluie diluvienne qui ne cesse de s'abattre sur les tristes personnages de cette histoire. C'est celle d'une famille, dont la mère Addie est mourante. Alors que la mère est allitée, le fils Cash, charpentier, prépare son cercueil, sous ses yeux. Elle a émis le souhait d'être enterrée dans le cimetière près de la ville, ce qui va obliger les enfants, Darl le cadet, Jewel le plus jeune et la fille Dewey et leur père à entreprendre un voyage plein de péripéties glauques comme une jambe cimentée, un incendie, une charrette qui tombe à l'eau...

L'histoire est des plus banales et s'inscrit dans un quotidien rural. Mais ce qui n'est pas banal, c'est l'écriture de Faulkner. La déliquescence de cette famille transparaît dans l'écriture : par courts chapitres, l'auteur révèle grâce au monologue intérieur les pensées des personnages. Juste des bribes. Des fragments. Il instaure le procédé qu'il développera dans Le bruit et la fureur. Les chapitres étant très courts, et n'utilisant pas selon l'expression sartrienne "la technique du désordre", comme dans Le bruit et la fureur, où les temporalités sont mêlées, la lecture en est plus aisée pour découvrir les destins grotesques et sordides de tous ces personnages cernés par l'odeur de mort du cadavre qu'ils transportent. Voici un exemple d'un chapitre faulknerien, pas forcément représentatif puisqu'il s'interrompt au milieu d'une phrase et est particulièrement bref :

Numérisation_20170608Tandis que j'agonise, Faulkner, folio, 254 p.

 

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Ce sont sur les mêmes rives du Mississippi que vit Mud, découvert par Ellis, un jeune garçon naïf et idéaliste. Loin de l'insouciance d'un Tom Sawyer, Ellis est confronté à la dure réalité - il doit aider son père, vendeur de viande et de poisson, alors qu'il n'a que 14 ans, et il doit subir la désunion de ses parents, qui souhaitent divorcer. Mais Ellis est romantique et se réfugie souvent sur une île en quête d'aventures. C'est là, avec son meilleur ami, Neckbone, un orphelin, qu'il découvre un bateau surréalistement perché dans un arbre et un homme mystérieux : Mud.

Mud s'inscrit aussi dans la lignée du southern gothic : dans une nature lumineuse, Ellis et le spectateur font la découverte des dangers de la nature et de la nature humaine. Qui est Mud ? un menteur ou un amoureux ? Ellis va-t-il l'aider à retrouve l'amour de son enfance, Juniper, sachant que Mud est un meurtrier ? Tout en suivant Ellis dans un parcours initiatique, on peut voir des aventures dans la tradition du cinéma américain, la vie des habitants des bayous en train de disparaître ; une fusillade et une traque digne d'un thriller. Un univers à la fois sordide et merveilleux, trouble comme Mud et le fleuve sur lesquels vivent les personnages... Une belle découverte...

Mud, Jeff Nichols, 2012, avec Mattew McConaughey, Tye Sheridan, 2h10.

billet de Dasola

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07 mai 2017

Rompre le silence de Borrmann : ISSN 2607-0006

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Rompre le silence est le premier roman de Metchild Borrmann, paru en 2013 et qui a obtenu le prix du meilleur roman policier en Allemagne ( le Deutscher Krimipreis). Elle a depuis écrit cinq romans, dont Le violoniste. Effectivement, ce roman policier est efficace car il ne distille les renseignements que de manière parcimonieuses par des analepses. Le lecteur curieux attend donc avec impatience des informations. Robert Lubisch découvre, dans les papiers de son père décédé, avec lequel il ne s'entendait guère, une photographie d'une belle femme et une carte d'identité SS. Qui est cette femme ? A qui appartient ces papiers nazis ? Une journaliste décide d'aider Lubitsch mais elle est rapidement assassinée. Pourquoi a-t-on voulu la faire taire ?

L'intrigue nous pousse à tourner les pages. Pourtant, les personnages paraissent sans épaisseur, stéréotypés, prévisibles. On n'arrive pas à s'attacher à l'enquêteur, ni au personnage principal ( qui n'est pas Robert Lubisch), ni à leurs états d'âme. La deuxième déception dans ce roman vient du contexte historique. L'évocation de l'Allemagne nazie ne sert que d'arrière-fond à l'histoire : l'auteur a plus reconstitué une ambiance qu'une période historique ( on peut voir l'indulgence des autorités publiques lors de la dénazification, la propagande...). Une lecture entraînante mais qui n'est pas indispensable...

Rompre le silence, Borrmann, Livre de poche, 286 p.

Merci livre de poche pour ce partenariat.

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27 décembre 2016

Histoires de fantômes de Dickens : ISSN 2607-0006

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Quoi de mieux pour passer de bonnes fêtes de fin d'année que la compagnie de Dickens ? Depuis A christmas Carol, la tradition anglaise allie histoire de fantômes et période de Noël. D'ailleurs la couverture reprend une illustration du fantôme de Marley par John Leech. Ainsi pouvait-on lire dans All the year round, journal auquel collaboraient Gaskell ou Collins, "Fantômes de noël", qui est une suite d'anecdotes comportant des spectres ou "La maison hantée"

Mais toutes ces histoires ne sont pas liées à cette période. Pourquoi y a-t-il autant de fantômes dans les nouvelles de Dickens ? La vogue du roman gothique de la fin du XVIIIeme siècle et du spiritisme dans les années 1850, inspirent nombres de ces histoires. D'autres, comme "Confession trouvée dans une prison", raconte la dernière journée d'un meurtrier : une autre influence se fait sentir dans ces "histoires", celle du roman policier. Dans "Confession trouvée dans une prison", le narrateur tue un enfant pour capter son héritage et il l'enterre dans son jardin. Mais le crime ne restera pas impuni. Il est aussi question de meurtre et de revenants dans "La chambre de la mariée" et "Le procès pour meurtre". "Le portrait de la belle inconnue" thématise le motif du tableau qui vampirise la vie d'une femme. Cette nouvelle plus développée que les autres rivalise, en suspense et en mystère, avec Le portrait ovale de Poe.

" On n'en finirait pas d'évoquer ces vieux manoirs, avec leurs couloirs envahis d'échos, leurs sinistres appartements d'honneur, et leurs ailes hantées condamnés depuis des années, tous ces lieux où nous pouvons déambuler avec des frissons de plaisir et rencontrer d'innombrables fantômes - même si, conviendrait-il de noter, ceux-ci se ramènent en fait à quelques grands types ou grandes catégories ; car les fantômes manquent d'originalité, et "hantent" des sentiers" battus." (p. 56, "Fantômes de noël"). Et c'est bien là le problème de ces nouvelles : à part la nouvelle "La chambre de la mariée" qui met en scène deux personnages comiques rappelant les caricatures enlevées de Dickens auquels s'ajoutent une intrigue à tiroir, les autres nouvelles sont des pastiches qui rassemblent des anecdotes autour d'esprits, trop courtes pour qu'on arrive à s'y intéresser. Toutefois, "Confessions trouvée dans une prison", "La chambre de la mariée" et "Le portrait de la belle inconnue" développent des atmosphères aussi sombres et mystérieuses que l'univers de Poe...

Dickens, Des histoires de fantômes, folio, 314 p.

L'avis de Lewerentz

Dickens, Un chant de noel, livre de poche, 182 p.

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15 septembre 2016

Bal de givre à New York de Fabrice Colin : ISSN 2607-0006

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Fabrice Colin est un auteur étonnant tant la variété de ses écrits surprend. Il nous plonge dans un monde futuriste dans Projet Oxatan ou dans un roman sur la fiction et l'histoire dans La poupée de Kafka. Dans bal de givre à New York, nous découvrons un New York fantastique, comprenant des enchevêtrements de passerelles, des coupoles qui s'élèvent lorsqu'il pleut sur les parcs, des tours immenses... construits par le père  d'une jeune fille, Clara, qui vient d'avoir un accident. Le jeune homme, qui la sauve,  Wynter, est beau comme un prince, riche comme Crésus et tombe immédiatement amoureux de Clara. Commence une romance qui s'avère aussi mystérieuse que dangereuse.

Le personnage principal est tellement naïf qu'on est vite agacé par sa bluette avec son parfait prince charmant. Ridicule ! Une harlequinade ! Pourtant, des allusions nous font comprendre que c'est intentionnel : " Peu à peu, j'en vins à me considérer comme une princesse de roman à l'eau de rose" (p. 121) ou elle se qualifie elle-même "d'ingénue délaissée, incapable de mettre de l'ordre dans ses sentiments".

Alors pourquoi continuer à lire ce roman faussement sentimental ? Pour New York ! La ville est magnifiquement imaginée, inventée. Souvent décrite, elle apparaît aérienne, cristaline, éblouissante. En voici un extrait : "Partout, des géants d'acier et de verre frayaient un chemin vertical entre des lacis de ponts aériens, des faisceaux argentés fouaillaient le ciel. La tour Seth-Smith se dressait là-bas, sur les bords d'un Central Park constellé de lacs obscurs, rayé de routes lumineuses. Un jeu de construction titanesque, coilà ce qu'était devenu New York, et sur ce plateau minéral, un homme - mon père - avait travé des lignes, jetés des passerelles, déroulé des toits plus larges que le monde. Dans le silence ombré, l'auguste dirigeable aux flancs nacrés de lune glissait sur le labyrinthe des buildings, par-delà les noires et souveraines contorsions du fleuve" ( p. 155). Et puis, la tension créée par une intrigue secondaire est admirablement maintenue : le Masque, un énigmatique personnage, tente d'enlever Clara et de nombreux phénomènes étranges entourent l'héroïne d'un mystère qu'on voudrait bien élucider. La chute est particulièrement réussie bien que certains éléments tombent comme un cheveu sur la soupe. Bal de givre à New-York présente un bel imaginaire fantastique, poétique et merveilleux.

Fabrice Colin, Bal de givre à New York, Livre de poche, 282 p.

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12 juin 2016

Va et poste une sentinelle d'Harper Lee: ISSN 2607-0006

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 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur était le seul roman publié par Harper Lee, récompensé par le prix Pulitzer en  1961, qui raconte l'enfance de Jean Louise Finch, la fameuse "Scout", en Alabama. Cette dernière admire son père, un avocat qui défend un noir accusé du viol d'une femme blanche.

Récemment un manuscrit du même auteur a surgi d'un coffre fort. Quelles sont les raisons de cette publication tardive ? On n'en saura rien puisque la romancière vit comme une recluse.

C'est un livre culte, à tel point que des statues représentent les deux héros du roman à Monroeville ( ci-dessous, comme l'Angleterre qui a son Peter Pan). Mais les lecteurs crient au scandale. On a désacralisé ces héros américains dans Va et poste une sentinelle : Atticus Finch n'est plus l'avocat des droits civiques mais un homme trônant dans des réunions du KKK. Jean Louise, de retour dans sa ville natale, découvre avec invraisemblance, que ses proches sont rascistes. La véritable déception est dans l'écriture qui est banale et les personnages médiocres, sans intérêt, même si l'histoire est racontée par la voix agréable de Cachou Kirsh. On est face à une description assez ordinaire d'une ville du Sud à l'époque de la ségrégation... Pourquoi ce manuscrit n'est-il pas resté dans son coffre-fort ?

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Harper Lee, Va et poste une sentinelle, 8h25, audiolib

Ecoutez un extrait ici, sur le site audiolib

Merci Audiolib pour ce partenariat

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22 mai 2016

Boussole de Mathias Enard : ISSN 2607-0006

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Lors d'un salon du livre, L'escale du livre à Bordeaux, j'ai pu écouter l'auteur venu parler de son livre, qui révélait avec humour, et moult anecdotes, avoir fait des études de langues orientales et avoir beaucoup voyagé dans le Moyen Orient. J'ai donc profité d'un partenariat Audiolib pour découvrir ce romancier dont je ne connaissais pas l'écriture. L'avantage d'une lecture faite par l'auteur lui-même, c'est qu'il connaît bien son texte pour le dire avec expressivité. On sent lorsqu'il évoque les " bavardages de couloir" des universitaires ou leur folie, tout leur ridicule dans le ton de la voix. D'autres moments, elle paraît plus mélancolique, à l'évocation d'un amour malheureux avec Sarah. A la fin de Boussole, un entretien avec l'auteur, nous permet d'en savoir davantage sur l'écriture du roman.

De quoi parle Boussole ? Cette "boussole" est nécessaire pour se repérer dans les méandres de ce récit : un musicologue malade, Frantz, se remémore des souvenirs de voyages, entrelacés de souvenirs amoureux. Le narrateur nous emmène dans des conversations, dans des lectures, dans des lieux exotiques, qui font surgir un Orient merveilleux, livresque mais aussi réel, avec la guerre en Irak. Pourtant, aucune pédanterie ne ressort de ce livre parce que la relation à Sarah est évoquée avec humour, et le narrateur ne manque pas d'autodérision. Delacroix, Flaubert, les traductions de Galand, Chateaubriand, Mozart, Liszt...  sont évoqués tour à tour : mais quel roman ! On reste étourdi devant un tel foisonnement ! On pense aux romans fin de siècle, où les narrateurs sans sortir de leur chambre font voyager par l'imaginaire...

Ce n'est pas un texte qu'on écoute en faisant d'autres activités. Elle nécessite une certaine concentration car le texte fourmille de références, de détails, de lieux, de personnages. Mais c'est une écoute qui laisse une certaine musique dans l'oreille, qui nous laisse rêveur, sous le charme d'un Orient lointain. "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants" est un autre titre de cet auteur, dont les sonorités me plaisent et qui j'espère me captivera autant que Boussole.

Mathias Enard, Boussole, 18h, audiolib

Extrait lu par l'auteur sur le site audiolib

Merci Audiolib pour ce partenariat.

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