06 juin 2017

Tandis que j'agonise de Faulkner/ Mud, sur les rives du Mississippi de Nichols : ISSN 2607-0006

 

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Voyez le Mississippi, au sud des Etats-Unis, c'est là que se déroulent les romans de Faulkner comme Le bruit et la fureur ou Tandis que j'agonise.

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 L'écrivain Ellen Glaqglow a forgé, en 1936, le terme de Southern Gothic pour qualifier les écrits de Faulkner, en référence au roman anglais noir. Mais quel est le rapport entre ces deux genres de littérature qui paraissent aussi éloignés ? Le southern gothic désigne moins le fantastique que les peurs et les superstitions d'un sud pauvre et décadent, d'une ruralité sauvage et violente.

Dès le titre, Tandis que j'agonise, on pressent une histoire lugubre, comme la pluie diluvienne qui ne cesse de s'abattre sur les tristes personnages de cette histoire. C'est celle d'une famille, dont la mère Addie est mourante. Alors que la mère est allitée, le fils Cash, charpentier, prépare son cercueil, sous ses yeux. Elle a émis le souhait d'être enterrée dans le cimetière près de la ville, ce qui va obliger les enfants, Darl le cadet, Jewel le plus jeune et la fille Dewey et leur père à entreprendre un voyage plein de péripéties glauques comme une jambe cimentée, un incendie, une charrette qui tombe à l'eau...

L'histoire est des plus banales et s'inscrit dans un quotidien rural. Mais ce qui n'est pas banal, c'est l'écriture de Faulkner. La déliquescence de cette famille transparaît dans l'écriture : par courts chapitres, l'auteur révèle grâce au monologue intérieur les pensées des personnages. Juste des bribes. Des fragments. Il instaure le procédé qu'il développera dans Le bruit et la fureur. Les chapitres étant très courts, et n'utilisant pas selon l'expression sartrienne "la technique du désordre", comme dans Le bruit et la fureur, où les temporalités sont mêlées, la lecture en est plus aisée pour découvrir les destins grotesques et sordides de tous ces personnages cernés par l'odeur de mort du cadavre qu'ils transportent. Voici un exemple d'un chapitre faulknerien, pas forcément représentatif puisqu'il s'interrompt au milieu d'une phrase et est particulièrement bref :

Numérisation_20170608Tandis que j'agonise, Faulkner, folio, 254 p.

 

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Ce sont sur les mêmes rives du Mississippi que vit Mud, découvert par Ellis, un jeune garçon naïf et idéaliste. Loin de l'insouciance d'un Tom Sawyer, Ellis est confronté à la dure réalité - il doit aider son père, vendeur de viande et de poisson, alors qu'il n'a que 14 ans, et il doit subir la désunion de ses parents, qui souhaitent divorcer. Mais Ellis est romantique et se réfugie souvent sur une île en quête d'aventures. C'est là, avec son meilleur ami, Neckbone, un orphelin, qu'il découvre un bateau surréalistement perché dans un arbre et un homme mystérieux : Mud.

Mud s'inscrit aussi dans la lignée du southern gothic : dans une nature lumineuse, Ellis et le spectateur font la découverte des dangers de la nature et de la nature humaine. Qui est Mud ? un menteur ou un amoureux ? Ellis va-t-il l'aider à retrouve l'amour de son enfance, Juniper, sachant que Mud est un meurtrier ? Tout en suivant Ellis dans un parcours initiatique, on peut voir des aventures dans la tradition du cinéma américain, la vie des habitants des bayous en train de disparaître ; une fusillade et une traque digne d'un thriller. Un univers à la fois sordide et merveilleux, trouble comme Mud et le fleuve sur lesquels vivent les personnages... Une belle découverte...

Mud, Jeff Nichols, 2012, avec Mattew McConaughey, Tye Sheridan, 2h10.

billet de Dasola

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07 mai 2017

Rompre le silence de Borrmann : ISSN 2607-0006

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Rompre le silence est le premier roman de Metchild Borrmann, paru en 2013 et qui a obtenu le prix du meilleur roman policier en Allemagne ( le Deutscher Krimipreis). Elle a depuis écrit cinq romans, dont Le violoniste. Effectivement, ce roman policier est efficace car il ne distille les renseignements que de manière parcimonieuses par des analepses. Le lecteur curieux attend donc avec impatience des informations. Robert Lubisch découvre, dans les papiers de son père décédé, avec lequel il ne s'entendait guère, une photographie d'une belle femme et une carte d'identité SS. Qui est cette femme ? A qui appartient ces papiers nazis ? Une journaliste décide d'aider Lubitsch mais elle est rapidement assassinée. Pourquoi a-t-on voulu la faire taire ?

L'intrigue nous pousse à tourner les pages. Pourtant, les personnages paraissent sans épaisseur, stéréotypés, prévisibles. On n'arrive pas à s'attacher à l'enquêteur, ni au personnage principal ( qui n'est pas Robert Lubisch), ni à leurs états d'âme. La deuxième déception dans ce roman vient du contexte historique. L'évocation de l'Allemagne nazie ne sert que d'arrière-fond à l'histoire : l'auteur a plus reconstitué une ambiance qu'une période historique ( on peut voir l'indulgence des autorités publiques lors de la dénazification, la propagande...). Une lecture entraînante mais qui n'est pas indispensable...

Rompre le silence, Borrmann, Livre de poche, 286 p.

Merci livre de poche pour ce partenariat.

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27 décembre 2016

Histoires de fantômes de Dickens : ISSN 2607-0006

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Quoi de mieux pour passer de bonnes fêtes de fin d'année que la compagnie de Dickens ? Depuis A christmas Carol, la tradition anglaise allie histoire de fantômes et période de Noël. D'ailleurs la couverture reprend une illustration du fantôme de Marley par John Leech. Ainsi pouvait-on lire dans All the year round, journal auquel collaboraient Gaskell ou Collins, "Fantômes de noël", qui est une suite d'anecdotes comportant des spectres ou "La maison hantée"

Mais toutes ces histoires ne sont pas liées à cette période. Pourquoi y a-t-il autant de fantômes dans les nouvelles de Dickens ? La vogue du roman gothique de la fin du XVIIIeme siècle et du spiritisme dans les années 1850, inspirent nombres de ces histoires. D'autres, comme "Confession trouvée dans une prison", raconte la dernière journée d'un meurtrier : une autre influence se fait sentir dans ces "histoires", celle du roman policier. Dans "Confession trouvée dans une prison", le narrateur tue un enfant pour capter son héritage et il l'enterre dans son jardin. Mais le crime ne restera pas impuni. Il est aussi question de meurtre et de revenants dans "La chambre de la mariée" et "Le procès pour meurtre". "Le portrait de la belle inconnue" thématise le motif du tableau qui vampirise la vie d'une femme. Cette nouvelle plus développée que les autres rivalise, en suspense et en mystère, avec Le portrait ovale de Poe.

" On n'en finirait pas d'évoquer ces vieux manoirs, avec leurs couloirs envahis d'échos, leurs sinistres appartements d'honneur, et leurs ailes hantées condamnés depuis des années, tous ces lieux où nous pouvons déambuler avec des frissons de plaisir et rencontrer d'innombrables fantômes - même si, conviendrait-il de noter, ceux-ci se ramènent en fait à quelques grands types ou grandes catégories ; car les fantômes manquent d'originalité, et "hantent" des sentiers" battus." (p. 56, "Fantômes de noël"). Et c'est bien là le problème de ces nouvelles : à part la nouvelle "La chambre de la mariée" qui met en scène deux personnages comiques rappelant les caricatures enlevées de Dickens auquels s'ajoutent une intrigue à tiroir, les autres nouvelles sont des pastiches qui rassemblent des anecdotes autour d'esprits, trop courtes pour qu'on arrive à s'y intéresser. Toutefois, "Confessions trouvée dans une prison", "La chambre de la mariée" et "Le portrait de la belle inconnue" développent des atmosphères aussi sombres et mystérieuses que l'univers de Poe...

Dickens, Des histoires de fantômes, folio, 314 p.

L'avis de Lewerentz

Dickens, Un chant de noel, livre de poche, 182 p.

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15 septembre 2016

Bal de givre à New York de Fabrice Colin : ISSN 2607-0006

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Fabrice Colin est un auteur étonnant tant la variété de ses écrits surprend. Il nous plonge dans un monde futuriste dans Projet Oxatan ou dans un roman sur la fiction et l'histoire dans La poupée de Kafka. Dans bal de givre à New York, nous découvrons un New York fantastique, comprenant des enchevêtrements de passerelles, des coupoles qui s'élèvent lorsqu'il pleut sur les parcs, des tours immenses... construits par le père  d'une jeune fille, Clara, qui vient d'avoir un accident. Le jeune homme, qui la sauve,  Wynter, est beau comme un prince, riche comme Crésus et tombe immédiatement amoureux de Clara. Commence une romance qui s'avère aussi mystérieuse que dangereuse.

Le personnage principal est tellement naïf qu'on est vite agacé par sa bluette avec son parfait prince charmant. Ridicule ! Une harlequinade ! Pourtant, des allusions nous font comprendre que c'est intentionnel : " Peu à peu, j'en vins à me considérer comme une princesse de roman à l'eau de rose" (p. 121) ou elle se qualifie elle-même "d'ingénue délaissée, incapable de mettre de l'ordre dans ses sentiments".

Alors pourquoi continuer à lire ce roman sentimental ? Pour New York ! La ville est magnifiquement imaginée, inventée. Souvent décrite, elle apparaît aérienne, cristaline, éblouissante. En voici un extrait : "Partout, des géants d'acier et de verre frayaient un chemin vertical entre des lacis de ponts aériens, des faisceaux argentés fouaillaient le ciel. La tour Seth-Smith se dressait là-bas, sur les bords d'un Central Park constellé de lacs obscurs, rayé de routes lumineuses. Un jeu de construction titanesque, coilà ce qu'était devenu New York, et sur ce plateau minéral, un homme - mon père - avait travé des lignes, jetés des passerelles, déroulé des toits plus larges que le monde. Dans le silence ombré, l'auguste dirigeable aux flancs nacrés de lune glissait sur le labyrinthe des buildings, par-delà les noires et souveraines contorsions du fleuve" ( p. 155). Et puis, la tension créée par une intrigue secondaire est admirablement maintenue : le Masque un énigmatique personnage, tente d'enlever Clara et de nombreux phénomènes étranges entourent l'héroïne d'un mystère qu'on voudrait bien élucider. La chute est particulièrement réussie bien que certains éléments tombent comme un cheveu sur la soupe. Bal de givre à New-York présente un bel imaginaire fantastique, poétique et merveilleux.

Fabrice Colin, Bal de givre à New York, Livre de poche, 282 p.

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12 juin 2016

Va et poste une sentinelle d'Harper Lee: ISSN 2607-0006

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 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur était le seul roman publié par Harper Lee, récompensé par le prix Pulitzer en  1961, qui raconte l'enfance de Jean Louise Finch, la fameuse "Scout", en Alabama. Cette dernière admire son père, un avocat qui défend un noir accusé du viol d'une femme blanche.

Récemment un manuscrit du même auteur a surgi d'un coffre fort. Quelles sont les raisons de cette publication tardive ? On n'en saura rien puisque la romancière vit comme une recluse.

C'est un livre culte, à tel point que des statues représentent les deux héros du roman à Monroeville ( ci-dessous, comme l'Angleterre qui a son Peter Pan). Mais oh ! Scandale !, disent les lecteurs. On a désacralisé ces héros américains dans Va et poste une sentinelle : Atticus Finch n'est plus l'avocat des droits civiques mais un homme trônant dans des réunions du KKK. Jean Louise, de retour dans sa ville natale, découvre avec invraisemblance, que ses proches sont rascistes. La véritable déception est dans l'écriture qui est banale et les personnages médiocres, sans intérêt, même si l'historie est racontée par la voix agréable de Cachou Kirsh. On est face à une description assez ordinaire d'une ville du Sud à l'époque de la ségrégation... Pourquoi ce manuscrit n'est-il pas resté dans son coffre-fort ?

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Harper Lee, Va et poste une sentinelle, 8h25, audiolib

Ecoutez un extrait ici, sur le site audiolib

Merci Audiolib pour ce partenariat

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22 mai 2016

Boussole de Mathias Enard : ISSN 2607-0006

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Lors d'un salon du livre, L'escale du livre à Bordeaux, j'ai pu écouter l'auteur venu parler de son livre, qui révélait avec humour, et moult anecdotes, avoir fait des études de langues orientales et avoir beaucoup voyagé dans le Moyen Orient. J'ai donc profité d'un partenariat Audiolib pour découvrir ce romancier dont je ne connaissais pas l'écriture. L'avantage d'une lecture faite par l'auteur lui-même, c'est qu'il connaît bien son texte pour le dire avec expressivité. On sent lorsqu'il évoque les " bavardages de couloir" des universitaires ou leur folie, tout leur ridicule dans le ton de la voix. D'autres moments, elle paraît plus mélancolique, à l'évocation d'un amour malheureux avec Sarah. A la fin de Boussole, un entretien avec l'auteur, nous permet d'en savoir davantage sur l'écriture du roman.

De quoi parle Boussole ? Cette "boussole" est nécessaire pour se repérer dans les méandres de ce récit : un musicologue malade, Frantz, se remémore des souvenirs de voyages, entrelacés de souvenirs amoureux. Le narrateur nous emmène dans des conversations, dans des lectures, dans des lieux exotiques, qui font surgir un Orient merveilleux, livresque mais aussi réel, avec la guerre en Irak. Pourtant, aucune pédanterie ne ressort de ce livre parce que la relation à Sarah est évoquée avec humour, et le narrateur ne manque pas d'autodérision. Delacroix, Flaubert, les traductions de Galand, Chateaubriand, Mozart, Liszt...  sont évoqués tour à tour : mais quel roman ! On reste étourdi devant un tel foisonnement ! On pense aux romans fin de siècle, où les narrateurs sans sortir de leur chambre font voyager par l'imaginaire...

Ce n'est pas un texte qu'on écoute en faisant d'autres activités. Elle nécessite une certaine concentration car le texte fourmille de références, de détails, de lieux, de personnages. Mais c'est une écoute qui laisse une certaine musique dans l'oreille, qui nous laisse rêveur, sous le charme d'un Orient lointain. "Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants" est un autre titre de cet auteur, dont les sonorités me plaisaient et qui j'espère me captivera autant que Boussole.

Mathias Enard, Boussole, 18h, audiolib

Extrait lu par l'auteur sur le site audiolib

Merci Audiolib pour ce partenariat.

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05 mai 2016

La physique des catastrophes de Pessl : ISSN 2607-0006

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C'est en lisant l'avis très attrayant et pertinent de Lilly - on pense effectivement au Maître des illusions de Donna Tartt et à lire son prochain roman, intitulé, Intérieur nuit -  que j'ai eu envie d'ouvrir La physique des catastrophes de Marisha Pessl.

On a l'impression d'entrer dans un campus novel en découvrant l'histoire de Bleue Van Meer. Celle-ci a perdu sa mère alors qu'elle n'était qu'une enfant et son père, un enseignant chercheur, va d'université en université, enseigner les sciences politiques. Enfant précoce, Bleue a des difficultés pour s'intégrer dans les écoles qu'elle fréquente mais son immense savoir lui permet de décrypter le monde. Mais la vie peut-elle se conformer à un film ou à un livre ou aux théories d'un père idéaliste, épris de liberté et critiquant le consumérisme ?

Son père décide de l'inscrire en terminale, dans l'université St Gallway de Stockton, pour une année. Là, elle découvre un professeur Hannah Schneider, qui s'intéresse vivement à elle, contrairement à la bande d'étudiants qui l'entoure. Pourtant, ces derniers et Hannah fascinent Bleue qui ne cesse de s'interroger sur eux :  " Un adulte à l'intérêt marqué  pour les jeunes ne peut pas être totalement sincère ni équilibré, écrivait-il page 424, dans le chapitre 22 intitulé "Le charme  des enfants". Une attitude de ce genre dissimule souvent un dessein noir".

D'emblée l'on sait qu'Hannah est morte. Quelles en sont les raisons ? Peu à peu, la narratrice lève le voile sur cette tragique histoire et l'auteur joue avec son lecteur, laissant des indices qu'on ne comprend que restropectivement... Quelle structure livresque ingénieuse ! Quelle intrigue palpitante !

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"Bleue" : quel prénom  ! "voir leptotes cassius, dictionnaire des papillons Meld éd., 2001", nous explique la narratrice, dans une parenthèse. Non seulement le style, rappelle celui d'un universitaire avec des notes de bas de page parfois et avec une obsession de la littérature, mais elle montre aussi la propension du personnage à analyser, comme un entomologiste, le monde. Des supports visuels ( image ci-dessus, dont je n'ai pas réussi à trouver le nom du dessinateur) contribuent à cette précision, ce souci de documentation bien que nombres de références (je ne les ai pas toutes cherchées) me semblent parfois fantaisistes.

Le premier chapitre s'intitule "Othello", le deuxième "Portrait de l'artiste en jeune homme", etc... sa prof est mystérieuse comme un personnage de Faulkner, et elle tombe amoureuse d'un Heathcliff... Comme le souligne la narratrice, elle est " portée sur la bibliographie", ce qui donne un charme inimitable à ce roman extrêmement drôle, intelligent, au style original. Seule la fin est improbable et inouïe, longue et inutile. Le reste est fabuleusement raconté.

Marisha Pessl, La physique des catastrophes, 817 p., Folio

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18 avril 2016

Plus haut que la mer de Melandri : ISSN 2607-0006

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"Deux choses remplissent mon coeur d'admiration et de vénérération : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi ( Kant)"

Dans les années 70, sur une île où se situe une prison de haute sécurité, trois destins vont se croiser. Luisa, agricultrice, vient rendre visite à son mari, qui est un homme violent et qui a, en outre, tué un gardien de prison. Quant à Paolo, c'est un professeur de philosophie, dont le fils a commis un acte terroriste tuant plusieurs personnes notamment une petite fille. Lorsqu'ils débarquent sur l'île, une tempête les empêche de regagner la terre ferme, les obligeant à rester sur les lieux, surveillés par un gardien du pénitencier, Nitti Pierfrancesco.

Au fur et à mesure de la narration, on découvre la vie de ces deux personnages ainsi que celle du gardien de prison. Leurs souvenirs, leurs souffrances nous sont décrites avec subtilité. Leur vie quotidienne et leur passé sont dévoilés peu à peu. Pensées, dialogues, descriptions sont développés au détriment de l'action. Comment vit-on lorsqu'un proche est en prison ? Comment faire face à la violence du monde pénitencier ? Pourtant leur rencontre va bouleverser leur vie mais sans aucune miévrerie. L'évocation de la vie carcérale et des " années de plomb" en Italie sont faites indirectement : c'est un roman d'ambiance où les noms des lieux et des événements ne sont pas nommément cités mais où se recrée obliquement toute une époque. Ce roman donne envie de découvrir le premier roman de cet auteur, Eva dort.

Plus haut que la mer, Francesca Melandri, folio, 220 p.

Merci folio pour ce partenariat.

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25 mars 2016

La poupée de Kafka de Fabrice Colin : ISSN 2607-0006

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Toute l'intrigue est bâtie autour d'une anecdote : une petite fille pleure, dans un parc de Berlin, en 1923, car elle a perdu sa poupée. Kafka l'aurait consolée en lui disant qu'elle lui avait écrit une lettre. Il lui apporte les lettres de la poupée de semaine en semaine. Mais que sont devenus ces écrits du célèbre auteur de La Métamorphose ? Qui est cette petite fille ? L'histoire est-elle véridique ? C'est ce que voudrait aussi savoir Abel Spieler, un spécialiste de la littérature germanique, un homme lâche, séducteur et menteur, qui se désintéresse de sa femme et de sa fille, Julie. L'incipit raconte les relations entre le père et la fille, Julie. Comme c'est banal ! Toute l'histoire familiale des Spieler m'a paru quelconque et ennuyeuse, aussi bien le divorce des parents que les relations ombrageuses entre Abel et sa fille.

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Photographie p. 32, La poupée de Kafka

"Ne dit-on pas que la littérature aide à vivre ?"

Quelques photographies de Kafka - et de jolis croquis de Sidonie Mangin - parsèment le livre. Mais Kafka est seulement le fil d'Ariane de cette histoire. En revanche, la littérature, le mensonge fictionnel est mis en exergue : Julie Spieler retrouve une vieille femme accariâtre, Else, qui semble être la petite fille à la poupée. Celle-ci lui raconte, comme dans Les mille et une nuits, "le livre de son enfance". Mais s'intercale vertigineusement, dans ce dédale de récits, une autre histoire écrite en italique. Telle Shéhérazade, Else arrive à retenir notre attention. Ment-elle ? A-t-elle vraiment rencontré Kafka ? Que lui a-t-il écrit ? A-t-elle encore les lettres ? La poupée de Kafka est une belle ode à la fiction et au rôle de la littérature, du mensonge fictionnel, même si je regrette qu'il y ait certains passages mélodramatiques comme la fin ou inutiles comme les relations familiales des Spieler.

La poupée de Kafka, Fabrice Colin, Acte Sud, 258p.

Autres romans de F. Colin  : Bal de givre à New York, Projet Oxatan

L'avis de Claudia ici.

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p. 129, croquis de Sidonie Mangin

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19 février 2016

Le café de Tresniek de Seethaler : ISSN 2607-0006

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photo de la couverture : visite d'Hermann Goering à Vienne, 1938

A quoi ressemble Vienne en 1937 ? Dans Le tabac de Tresniek, Seethaler l'évoque à travers l'histoire d'un adolescent de 18 ans, Frantz. Ce jeune garçon, originaire d'un petit village d'Autriche, Salzkammerzt, arrive dans cette ville, à une époque troublée : " C'était impressionnant. La ville bouillonnait comme une cocotte minute. Tout était perpétuellement en mouvement, rue, les murs mêmes avaient l'air de vivre, de respirer, d'onduler. C'était comme si on avait pu entendre les pavés gémir et les tuiles grincer".

Subtilement, Seethaler évoque l'ascension d'Hitler. A plusieurs reprises, Tresniek, un unijambiste qui s'est battu pour son pays en 1914, est inquiété par son voisin qui le considère comme l'ami des juifs. Un facteur ne se soucie pas de voir le courrier censuré par la Gestapo. Il se réjouit au contraire de voir son sac s'alléger. Dans les journaux, que lit Frantz, on apprend que chaque jour des communistes se suicident... De nombreuses évocations de la ville sont entrecoupées de descriptions extrêmement poétiques, richement évocatrices, de la campagne autrichienne, de la ville natale de l'adolescent.

Seul le personnage principal nuit partiellement à l'histoire : après la narration affligeante de son premier amour, on nous narre sa rencontre avec Freud, narration tout aussi insipide. Pourtant l'évolution du personnage, qui ressemble bien à un parcours iniatique, finit par le rendre moins insignifiant. Le tabac de Tresniek n'est pas un roman historique mais témoigne de l'ambiance d'une époque, à travers de splendides descriptions. Un livre moins anodin qu'il n'en a l'air.

Seethaler, Le tabac de Tresniek, 271 p., folio

Le billet de DasolaDominique

Merci pour ce partenariat Folio

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