24 juin 2020

Un début dans la vie de Balzac : ISSN 2607-0006

Un début dans la vie

L'histoire de la genèse de ce roman est aussi mouvementée que la vie de l'anti-héros d'Un début dans la vie. Lorsqu'en 1841, Piquée directeur du Musée des familles, réclame un texte à l'auteur de La comédie humaine, Balzac choisit un scénario fourni par sa soeur Laure ( Notice p. 224). Mais après une première version avec une fin morale, le romancier a ajouté des chapitres pour la publication en roman-feuilleton dans le journal (Notice). De fait, le roman final semble digressif et disparate.

Un début dans la vie commence comme bien des romans de Balzac par poser le cadre - l'histoire des transports dans la province - pour ensuite égréner la vie des différents protagonistes : ainsi découvre-t-on la vie du conducteur Pierrotin et du comte de Sérizy. Ce dernier, étant trahi par son régisseur Moreau (dont la vie nous est aussi dévoilée) décide de retourner dans son château de Presles, en prenant une voiture publique, incognito. Dans le coucou, plusieurs personnes engagent la conversation sur leur passé : George Mesrat, un jeune élégant, serait un ancien officier. Quant à J. Bridau - personnage de "La Bourse" -, il prend le nom du grand peintre Shinner... Chacun, comme Oscar Husson, un autre passager, s'invente une vie extraordinaire. Pourtant, les masques tombent lorsque tous se retrouvent au château de Presles. A partir de moment, on suit particulièrement le parcours d'Oscar punit par sa vanité et qui connaîtra moults rebondissements avant la fin du récit.

Tout d'abord, notons que la conversation, dans la voiture publique, est une succession de mystifications, émaillée de proverbes déformés par Mistrigris, l'apprenti peintre donnant une coloration drôlatique à toute cette première partie : "Châssez le naturel, il revient au jabot" (p. 88) ou "faire d'une pierre deux sous" (p. 103) etc... Mais le premier dénouement, qui se termine par une démonstration morale - ne pas être vaniteux, savoir être discret... -, se double par le parcours d'Oscar devenu notaire puis soldat : l'histoire se mue en récit d'apprentissage et prend une dimension historique dans la dernière ligne. Un début dans la vie révèle bien des surprises et une dimension sociale très balzacienne qui n'ont rien à envier à ses grands classiques.

Balzac, Un début dans la vie, folio, France, mars 2011,  288 p. 

Pierre Laforgue, « Par où commencer et comment finir : Un début dans la vie », Fabula / Les colloques, Le début et la fin. Roman, théâtre, B.D., cinéma. URL : http://www.fabula.org/colloques/document755.php, page consultée le 21 juin 2020.

  LC avec Miriam. Prochaine LC le 26 septembre avec Les chouans.

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La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province: " Pierrette", Le curé de Tours, Ursule Mirouet, Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. Scène de la vie parisienne : Ferragus, La maison Nucingen, "Pierre Grassou", La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etude philosophique : Maître Cornélius, Un drame au bord de la mer, Fascino cane, Louis Lambert, Melmoth réconcilié, La peau de chagrin, L'auberge rouge, L'élixir de longue vie.

4. Scène de la vie privée : Un début dans la vie, La vendetta, Une double famille, "Le bal de Sceaux", Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, La bourse, Le colonel Chabert, Gobseck

5. Scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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22 juin 2020

Les ferrailleurs 1, Le château de Carey : ISSN 2607-0006

ferailleurs couverture

Comme le romancier italien Dino Buzzati, E. Carey est un auteur britannique, qui est aussi illustrateur. De fait, le roman comporte des portraits des différents personnages qui prennent la parole pour raconter leur histoire (ci-dessous la première illustration). C'est en visitant un musée d'ojets récupérés en Chine qu'il a eu l'idée d'écrire ce roman dans lequel les choses ont une importance extrême.

Dans une Angleterre imaginaire, vit une famille noble au milieu d'une immense décharge. Chacun reçoit à sa naissance un objet, qu'il emmène toujours sur lui et qui semble même influencer leur caractère. A 16 ans, on les marie mais parmi nos personnages principaux, le chétif et maladif Clod diffère des autres membres très excentriques pourtant de sa famille. Non seulement, il entend les objets parler mais en plus, il refuse d'épouser celle qu'on a choisi pour lui. Mieux vaut ne pas dévoiler trop d'éléments de l'intrigue pour laisser aux lecteurs le plaisir de découvrir à quoi va lui servir son don et à qui il va donner son coeur...

unknownLes ferrailleurs tient à la fois de roman traditionnel où les serviteurs vivent dans un lieu bas, caché, et les nobles dans leur château et à la fois du roman de fantasy comme La passe-miroir de Christelle Dabos (l'auteur a bien évidemment dessiné un plan des lieux comme dans tous romans de fantasy). Les caractères des personnages et le décor sont des plus originaux, de même que le monde fantaisiste sorti de la plume de Carey.

Illustration p. 11 Les ferrailleurs © Carey

L'auteur a talentueusement entrelacé plusieurs intrigues secondaires, pour retenir l'attention du lecteur, comme la disparition d'une servante qu'on appelle indistinctement "les ferrayors", le mariage de Clod, la disparition d'objets, une maladie mystérieuse qui réifie les humains... Cependant, le monde décrit peut aussi rebuter le lecteur avec ses saletés, ses immondices et l'aspect glauque aussi bien des dessins que des descriptions sordides.

Carey Edward, Les ferrailleurs 1 "Le château", livre de poche, France, avril 2013, 470 p.

Lecture commune avec Ingannmic et A girl.

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04 mars 2020

Le discours de Fabrice Caro : ISSN 2607-0006

facebook le discours

 Si vous avez aimé la BD Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro,  vous deviez attendre avec impatience Le discours publié récemment aux éditions folio. L'auteur part d'un acte traditionnel, le discours à prononcer par le personnage principal le jour du mariage de sa soeur. Il en profite pour déconstruire et analyser de manière décalée les stéréotypes acceptés par tous.

Certes, l'auteur dénonce avec humour les conventions langagières, les phrases stéréotypées, les situations typiques. C'est vrai, il y a toujours quelqu'un pour vous dire le lundi, en allant au travail qu'il va bien " comme un lundi" ! Le midi, vos collègues ont toujours une petite anecdote à raconter sur les dernières frasques de leur progéniture ou il y a toujours un beau brun ténébreux jouant de la guitare dans une soirée...

On peut relever aussi, dans Le discours, les néologismes particulièrement savoureux. Sonia, la copine du narrateur, ou plutôt ex-copine veut faire une "pause". " Qu'ai-je fait de particulièrement pausifère ?", se demande le narrateur (p. 22) . Et lorsqu'on lui parle de chauffage au sol, il répond : " Ah oui dis donc ça a l'air pas mal... Ludo semble satisfait de ma réponse. Au fond on ne nous demande pas grand chose dans la vie. Deux trois réponses comme ça peuvent vous faire traverser l'existence sans trop de désagréments" (p. 39). Mais trop, c'est trop.

La struture des histoires de F. Caro est toujours la même (comme dans Figurec) - l'anti-héros raconte à la première personne, en de courts chapitres, une anecdote autour d'un texto, d'un repas, d'une rencontre - et on a l'impression de lire un scénario de film français : se succèdent des repas, des dispustes, des peines de coeur. Le personnage principal est un homme ayant dépassé la quarantaine, inadapté, ressemblant à un adolescent attardé. Cela réjouira certainement certains lecteurs de découvrir les aventures sentimentalo-satiriques d'un inadapté et la dénonciation des phrases toutes faites mais, on peut aussi vite se lasser de la systématisation des procédés d'écriture et des situations...

Caro Fabrice, Le discours, Folio, France, janvier 2020, 188 p.

Autres romans, BD : Zaï zaï zaï zaï

Partenariat Folio.

Sur le web : Cathulu, Partage de lecture

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08 décembre 2019

Civilizations de Laurent Binet : ISSN 2607-0006

Civilizations

Couverture : (d’après) Charles de Habsbourg dit Charles Quint, 1605. Juan Pantoja de la Cruz (1553-1608). Museo del Prado, Madrid. © FineArtImages / Leemage

Remarqué grâce à son très réussi premier roman Hhhh, Laurent Binet vient d'être récompensé par le Grand prix de l'Acamédie française pour son nouveau roman Civilizations. C'est encore une fiction qui parle d'Histoire et dont l'origine paraît bien surprenante : plus jeune, l'auteur déclare, dans un entretien final, qu'il jouait à un jeu "Civilisation" où chaque joueur pouvait construire son monde. Quel monde l'auteur a décidé de construire ?

incas1Ce récit historique commence par une exploration avec l'histoire de la fille d'Erick le rouge, aboutissant au Brésil. Quant à Colomb, il décède en Amérique. Atahualpa ne triomphe pas de son demi-frère et est obligé de traverser l'Océan pour aterrir au Portugal : là, il découvre l'inquisition, le christianisme, un tremblement de terre, les guerres...

https://www.courrierinternational.com/article/histoire-ainsi-ecrivaient-les-incas

Cela ne vous rappelle rien ? L. Binet réutilise le fameux regard décentré, celui des Persans de Montesquieu. A travers les yeux des Incas, nous découvrons l'Europe de Charles Quint, de la Renaissance et nous rencontrons des personnages aussi divers que Pizarro ou Marguerite de Navarre. Ces observateurs de "l'Ancien Monde", ne tardent pas à découvrir l'amour de l'or des Européens, les rituels religieux catholiques - dont l'Inquisition présentée de manière tout aussi absurde que dans Candide - les guerres et leurs alliances.

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Mais Civilizations n'est pas qu'une simple uchronie qui se contenterait d'inverser les rapports de force qui ont lieu au XVIeme siècle : avec jubilation et ludisme, Binet pastiche le journal de Colomb, les lettres des humanistes comme More ou Erasme, les sagas islandaises lors du périple de la fille d'Erick le rouge... Certains passages - comme l'énumération des lois incas - paraissent longs - surtout que la lecture de Bernard Gabay est un peu lente - mais le texte nous réserve bien des surprises comme la rencontre de Cervantes ou de Rabelais au détour d'une phrase ou d'un chapitre. S'appuyant sur des faits historiques réels, Binet imagine un monde dominé par le Dieu soleil des Incas. où la Mecque n'est plus la Mecque mais Cuzco.

Une revanche littéraire pour les peuples décimés ? Une critique des fanatismes religieux ? Réflexion sur les hasards du passé ? Un jeu littéraire ? Tout cela à la fois, pour notre plus grand plaisir d'écoute.

Binet Laurent, Civilizations, Audiolib, 12h43, lu par Bernard Gabay, France, septembre 2019.

Autres romans : HHhH

Sur le web : La grande librairie. "Cilizations : une inversion de l'histoire du monde signé Binet".  30.10. 2019. Extrait.

Partenariat Audiolib

Le prince Machiavel1011519-Cervantès838_054_bra02091

Ph. © Zefa/ Portrait de Michel Eyquem de Montaigne (1533-1592) © Photo Josse / Leemage - AFP

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24 octobre 2019

Un chemin de tables de Maylis de Kerangal : ISSN 2607-0006

116181086Quelle vision du réel nous livrent les romanciers du XXIeme siècle ? Lorsqu'Annie Ernaux évoque les grandes surfaces dans Regarde les lumières mon amour, elle mêle journal intime et études sociologiques. Toujours ses récits autobiographiques prennent une dimension collective : elle inscrit son moi dans le siècle comme dans La place ou Une femme. Avec son écriture qu'elle qualifie de "plate", elle dresse des portraits, retrace sa vie mais aussi le siècle dans lequel elle vit.

Dans Que font les rennes après Noël ?, l'enfance de la narratrice, qui souhaite avoir

71eejYPTFvLun animal de compagnie, est racontée alternativement avec des témoignages de soigneurs, de personnes travaillant dans les laboratoires... Deux histoires parallèles ? Non, la romancière tisse soigneusement des liens entre sa vie et celle des animaux. Habilement, elle mêle réflexions personnelles, vie intime et un travail documentaire sur la faune : " Avec le temps, vous en venez à remarquer qu'aucune des familles  que vos parents fréquentent ne possède d'animal domestique. Cela vous conforte dans l'idée qu'il vous faudra un jour rompre avec ceux qui vous élèvent, qui vous soignent, vous chouchoutent, vous cajolent, vous retiennent, vous possèdent. Vous voulez trahir, vous ne savez pas comment vous y prendre" (p. 46). De fines répététitions et variations permettent de suivre le parcours de la narratrice vers son émancipation. Passionnant !

Un chemin de tableDans Un chemin de table, Maylis de Kerangal allie aussi technique et sensations. Elle nous invite à suivre la vie de Mauro, un étudiant erasmus en science-économique, qui est attiré par le métier de cuisinier : "Suivre une recette c'est faire correspondre des perceptions sensorielles à des verbes, à des noms - et par exemple apprendre à distinguer ce qui croque de ce qui craque, et ce qui craque de ce qui croustille, apprendre à spécifier les différentes ations que sont dorer, brunir, blanchir, jaunir, roussir, blondir, réduire, ou encore apprendre à savoir raccorder la gamme chromatique des couleurs, la caritété des textures et des saveurs à celles, infiniment nuancées, du lexique culinaire" ( p. 24). Quelle saveur des mots ! Quel rythme ! D'abord, il faut s'habituer à la cadence des phrases, à son oralité. A les suivre, c'est épuisant, autant que ce métier de la restauration. Stages, achats des alliments, menu à élaborer, tout demande un effort considérable. Ensuite, une fois habitué à ce rythme saccadé, on peut se délecter de ce style et suivre le parcours atypique de ce passionné par la gastronomie. Ce livre qui dévoile les coulisses des cuisines est à dévorer !

Rosenthal, Que font les rennes après Noël ?, Editions Verticales, Clamecy, juin 2010, 211 p.

Kerangal, un chemin de tables, Folio, mai 2012, 224 p.

Ernaux, Regarde les lumières mon amour, Folio, 96 p.

Partenariat Folio.

Sur le web : piplo,

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26 septembre 2019

Le Mur invisible de Marlen Haushofer : ISSN 2607-0006

Le mur invisible

Illustration de couverture : © Jules Bastien-Lepage, 1879, The Metropolitan Museum of art, New York

 Même si vous avez déjà vu le film Le Mur invisible de Julian Roman Polsler (2012) adapté du roman de Marlen Haushofer (1963), on prend un immense intérêt à lire ce roman d'anticipation atypique. Pas de catastrophe atomique, pas d'aliens envahisseurs... Une femme tient un journal, dans une langue simple et descriptive. En voici l'incipit : "Je n'écris pas pour le seule plaisir d'écrire. M'obliger à écrire me semble le seul moyen de na pas perdre la raison. Je n'ai personne ici qui puisse réfléchir à ma place ou prendre soin de moi. Je suis seule et je dois essayer de survivre aux longs et sombres mois d'hiver".

Peu d'actions spectaculaires sont narrées mais l'héroïne décrit son quotidien, notamment les émotions qui furent les siennes lorsqu'elle constate qu'elle est seule face à une énigme insoluble. L'introspection menée dans la solitude comporte toutes sortes de réflexions sur notre société : la tyrannie des heures, la responsabilité des femmes au sein de leur famille.

Si l'on replace ce livre dans son contexte,  Le mur invisible a été écrit pendant la guerre froide, à une époque où l'on craignait une guerre atomique qu'elle évoque tout au début de son roman : " à cette époque, on parlait beaucoup d'une guerre atomique et de ses conséquences, ce qui poussa Hugo à stocker dans son chalet de chasse une provision de denrées alimentaires et d'objets de première nécessité" (p. 12).

Mais un lecteur du XXIeme siècle peut plaquer ses préoccupations sur ce livre. A l'inverse de notre consumérisme effrénée, la narratrice est obligée d'être attentive aux nombres d'allumettes, de cartouches utilisées lors de ses chasses :  "pourtant à cette époque déjà je ne souffrais plus autant d'envies impossibles à satisfaire. Mon imagination n'était plus alimentée de l'extérieur et les désirs s'apaisaient lentement. J'étais bien contente quand nous étions rassasiées, moi et mes bêtes, et quand nous n'avions pas à souffrir de la faim" (p. 238) et " maintenant que les hommes n'existent plus, les conduites de gaz, les centrales électriques et les oléoducs montrent leur vrai visage lamentable. On en avait fait des dieux au lieu de s'en servir comme des objets d'usage" (p. 259).

Ses actions quotidiennes provoquent d'innombrables réflexions sur sa condition de femme ("Quand je me remémore la femme que j'ai été, la femme au léger double menton qui se donnait beaucoup de mal pour paraître plus jeune que son âge, j'éprouve pour elle peu de sympathie. Mais je ne voudrais pas la juger trop sévèrement. Il ne lui a jamais été donné de prendre sa vie en main. Encore jeune fille, elle se chargea en toute inconscience d'un lourd fardeau et fona une famille, après quoi elle ne cessa plus d'être accablée par un nombre écrasant de devoirs et de soucis" p. 96) ou sur son rapport à la nature ( "Les gens qui peuplaient mes nuits pendant le premier hiver ont complètement disparu. Je ne les vois plus jamais. Il ne se montraient pas particulièrement aimables dans ces rêves, alors que les animaux y sont amicaux et plein d'entrain. Mais à la réflexion il n'y a là rien d'étonnant, cela montre tout au plus ce que j'ai toujours attendu des hommes et ce que j'ai toujours attendu des animaux", p. 174) et replace l'homme dans l'histoire du temps : "Les humains sont les seuls à être condamnés à courir après un sens qui ne peut exister. Je ne sais pas si j'arriverai un jour à prendre parti de cette révélation. Il est difficile de se défaire de cette folie des grandeurs ancrée en nous depuis si longtemps. Je plains les animaux et les hommes parce qu'ils sont jetés dans la vie sans l'avoir voulu" p. 277.

A lecture de ce livre, l'envie vient de noter toutes ces réflexions ( d'où ces interminables citations) et de mener sa propre introspection, sa propre réflexion sur le monde qui nous entoure. De nombreuses lectrices ont déjà lu ce roman comme le rappelle la journaliste A. Bonte dans son article " Le mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963" ? Tant mieux, continuons à parler de ce livre formidable...

Haushofer Marlen, Le Mur invisible, Babel, Avignon, Février 2019, 345 p.

Sur le web : Bonte Arièle, "Le Mur invisible" : des centaines de Françaises se passionnent pour ce livre de 1963", RTL, mis en ligne le 31 janvier 2019. URL : https://www.rtl.fr/girls/identites/le-mur-invisible-des-centaines-de-francaises-se-passionnent-pour-ce-livre-de-1963-7796385264

 Schmitt Amandine, "Comment "Le mur invisible" est devenu la nouvelle bible écoféministe", Bibliobs, mis en ligne le 25 février 2019. URL : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20190213.OBS0132/comment-le-mur-invisible-est-devenu-la-nouvelle-bible-ecofeministe.html

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05 septembre 2019

La servante écarlate de Margaret Atwood : ISSN 2607-0006

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Publié en 1985, La servante écarlate a permis à Margaret Atwood de connaître un succès international bien mérité. Ce roman de SF critique une société où la femme est aliénée. L'univers de La servante écarlate est vu à travers le point de vue interne et les sensations du personnage principal. Au gré de ses déplacements, elle décrit, raconte comment la société est devenue une tyrannie appellée la république de Gilead. Nous découvrons donc qu'elle est une Servante, destinée à la reproduction, qui vit chez un Commandant et sa femme. Dans cette société très hiérarchisée et surveillée, évoluent aussi des Martha, des Gardiens...

A quoi ressemble la République de Gilead ? Comment cette tyrannie a pu s'installer ? A travers une écriture extrêmement visuelle, Defred, la Servante, décrit les pendaisons des anciens médecins qui ont aidé des femmes à avorter, des guerre avec d'autres pays  - l'Amérique centrale est aux mains des Liberthos. L'évocation de son passé permet de comparer sa vie antérieure avec le présent et de critiquer sa nouvelle condition où elle doit se taire. Evidemment, on frémit en suivant le parcours de la servante !

Emprisonnée, isolée, utilisée comme un objet, l'héroïne nous livre ses pensées tout en détaillant l'arrivée au pouvoir de cette secte, qui n'est pas sans rappeler d'autres dictatures qui ont réellement existé au XXeme siècle. Cet état des choses - la stérélité des femmes, le manque de produits frais - est expliquée par la pollution et la surconsommation, donnant une dimension écologique à ce roman : " la pêche en mer est défunte depuis plusieurs années ; les quelques poissons que l'on trouve maintenant viennent d'élevages et ont un goût de boue. D'après les informations, les régions côtières sont "mises au repos". Les soles, je m'en souviens, et le haddock, l'espadon, les coquilles Saint-Jacques [...] auraient-il tous disparu, comme les baleines ?" (p. 275).

Le succès de ce roman, dont le discours contestataire est toujours d'actualité et peuvent faire écho à des manifestations qui ont lieu au Brésil en 2018 par exemple, ne s'est jamais démenti et se poursuit avec la diffusion d'une série réalisée par Bruce Miller (2017) et la publication d'une suite du roman intitulé Les testaments annoncée pour le 10 septembre 2019 dans cet article du Monde. Angoissant et effrayant, ce livre mérite sa place, à côté de 1984 d'Orwell, dans la littérature dystopienne...

Atwood Margaret, La servante écarlate, Pavillon poche, Robert Lafond, Espagne, Octobre 2015, p. 520 p.

Autres romans : Captive,

Sur le web : a girl from eart

" bientôt une suite pour "La servante écarlate", Le monde, mis en ligne le 20 juin 2019. URL : https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/06/20/margaret-atwood-sortira-en-septembre-la-suite-de-la-servante-ecarlate-et-racontera-l-avenir-de-defred_5479332_3246.html

"La cour suprême brésilienne se saisit du débat de sur l'IVG", Le monde, mis en ligne le 7 août 2018. URL : https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

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https://www.lemonde.fr/ameriques/article/2018/08/07/la-cour-supreme-bresilienne-se-saisit-du-debat-sur-l-ivg_5340080_3222.html

THE HANDMAID'S TALE Bande Annonce (2017) La Servante Écarlate, Série

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11 juillet 2019

La fille de la supérette de Sayaka Murata : ISSN 2607-0006

index

 Si autant de livres et de films parlent de la tolérance, de l'acceptation de l'autre, c'est qu'il ne va pas de soi d'accepter les différences au sein d'une société. Comme le montre Mona Chollet, dans Sorcières. La puissance invaincue des femmes, les femmes qui ne se plient pas attentes de la société sont considérées comme des "modèles interdits" : " la célibataire incarne l'indépendance féminine sous sa forme la plus visible, la plus évidente. Cela en fait une figure haïssable pour les réactionnaires, mais la rend aussi intimidante pour nombre d'autres femmes"*. C'est aussi ce que montre La fille de la supérette dans laquelle on découvre la vie de Keiko qui travaille dans un konbini depuis 18 ans. 18 ans ! Alors que ses rares amies se sont mariées ou ont changé de métier, Keiko reste vendeuse dans ce supermarché ouvert 24h sur 24h. Comment ? Elle n'a pas d'enfants ! Pour quelles raisons n'a-t-elle pas changé de métier ? Pourquoi ne s'est-elle pas mariée ?

Qu'est-ce qui rend notre héroïne si singulière dans cette société extrêmement rigide ? Keiko perçoit bien sa singularité dont elle fait part au lecteur à travers diverses anecdotes : "Un jour, peu de temps après mon entrée en primaire, pendant l'heure de sport, deux garçons commencèrent à se bagarrer.

- Appelez le maître !

- Arrêtez-les !

Bon, je vais m'en charger, pensai-je en entendant les cris. Attrapant une pelle dans le placard à outils à proximité, je courus rejoindre le lieu de la bataille pour taper sur la tête d'un des belligerants.  Sous les hurlements de la foule assemblée, le garçon porta la main à son crâne et fit volte-face. Voyant qu'il avait cessé de bouger, je m'apprêtai à frapper son adversaire afin de le neutraliser à son tour.

- Keiko-chan ! arrête ! Arête ! s'écrièrent les filles en pleurant." (p. 15-16). Elle analyse donc ce qui la différencie des autres, les mécanismes du conformisme et elle essaie d'adopter les codes. Parviendra-t-elle à s'adapter ?

" Les gens ordinaires n'aiment rien tant que juger ceux qui sortent de la norme"( p. 111) : après un malentendu, un ancien employé du konbini est hébergé par Keiko : aussitôt le gérant et les autres caissières se réjouissent. "Leur attitude me choque", pense la narratrice. Je n'arrive pas à croire que même un gérant de konbini trouve plus d'intérêt à échanger des ragots avec ses employés qu'à appliquer la promo sur le poulet frit" (p. 107).

Plus qu'une simple tranche de vie, la vie d'une employée dans la société nippone se déploie sous nos yeux : horaires, condition de travail, amitiés... Vendus à un million d'exemplaires au Japon, ce roman sur l'anticonformisme a permis à Sayaka Murata d'obtenir le prestigieux prix Akutagawa. Avec ce bref récit de S. Murata, introduisez-vous dans le Japon moderne à travers la vision d'un personnage atypique.

Murata Sayaka, La fille de la supérette, Folio, Barcelone, Mai 2019, 143 p.

* Chollet Mona, Sorcières. La puissances invaincues des femmes, Lisieux, septembre 2018, p.50

 LC avec A girl from earth

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26 juin 2019

En attendant le jour de Michael Connely : ISSN 2607-0006

 

Capture

Couverture : Rémi Pépin 2019 – Photographies : Silhouette © Mark Owen / Arcangel Images ; Lune © Garry Solomon / Getty Images ; Los Angeles © Naphat Photography / Getty Images

Après les enquêtes d'Harry Bosh, Connely nous présente une nouvelle héroïne dans En attendant le jour. Renée Ballard est une jeune femme, qui a été reléguée au quart de nuit du commissariat d'Hollywood. Son ancien coéquipier l'avait accusée de fautes graves pour pouvoir monter les échelons. Mais cela n'empêche pas Ballard de garder son intégrité et son audace même dans un service sans prestige. Lorsqu'elle découvre qu'une prostituée transgenre a été sauvagement agressée et probablement enlevée au préalable, elle décide de garder l'affaire malgré les réticences de ses coéquipiers et de ses supérieurs. Dans la même soirée, une autre affaire retient son attention : une fusillade dans un club. Renée, va-t-elle réussir à résoudre ses enquêtes ?

Toujours lu avec brio par Caroline Klaus, (Vous pouvez écouter un extrait sur le site audiolib), ce livre audio nous fait découvrir une nouvelle policière digne d'Harry Bosh. Intelligente, perspicace, Renée Ballard reste intègre dans un milieu où règne la corruption des policiers ou celle des journalistes. Audacieuse, elle ne recherche pas la gloire mais un peu plus de justice, rejoignant par là le caractère d'Harry Bosh. Tout au long de l'enquête, on en apprend davantage, dans ce premier opus, sur sa vie personnelle, son enfance malheureuse, ses amours pour en faire un personnage attachant.

Quant à l'enquête, le suspense est bien maintenu et l'auteur ménage quelques rebondissements. Elle paraît un peu millimétrée et trop huilée mais l'intérêt réside dans la mise en place du caractère du personnage principal, son courage et sa manière de résoudre ses deux affaires.

Quoi de nouveau dans ce roman policier ? En bon ancien journaliste et romancier, Connely sait intégrer les aspects nouveaux de la société contemporaine en utilisant les sms, les portables, des avancées scientifiques. En outre, il aborde obliquement la place des femmes dans la société ou celle des transgenres. Toutefois, il a gardé cette écriture détaillée, précise pour parler des démarches judiciaires et policières de Ballard. N'hésitez pas à découvrir la nouvelle héroïne de Connelly et on attend avec impatience de nouvelles enquêtes.

En attendant le jour, Michael Connely, Audiolib, 11h08, lu par Caroline Klaus, Audiolib, 2019.

Autres romans : Sur un mauvais adieu,

Partenariat Audiolib.

Sur le web : Ferniot, En attendant le jour, Télérama, mis en ligne le 26 mars 2019. URL : https://www.telerama.fr/livres/en-attendant-le-jour,n6190288.php

L'invité d'Ali Baddou. 2019. "L'écrivain américain Michael Connelly : " J'essaie de raconter des histoires qui sont justes, vraies". Diffusée le 29 mars 2019.

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19 juin 2019

La salle de bal d'Anna Hope : ISSN 2607-0006

G02464-1

http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio/La-salle-de-bal

Après le joli succès du chagrin des vivants, Anna Hope a écrit La salle de bal, qui, sous ce titre romanesque, aborde une réalité historique qui l'est moins. Le début chaotique, avec des phrases brèves, non verbales, nous fait entrer dans l'histoire de trois personnages, en 1911, en Irlande. Des sous-titres, les noms des personnages, introduisent trois points de vue différents. Ella :  jeune fille pauvre, elle travaille depuis l'âge de huit ans dans les fillatures. Progressivement, on découvre qu'elle est battue et abandonnée dans l'asile de Sharston. John : après avoir perdu sa fille et sa femme, John devient miséreux et se rend dans cet asile. Charles : Médecin médiocre, pour échapper à sa famille, il devient auxiliaire infirmier tout en jouant du violon comme thérapie pour les patients de l'asile. Mais attiré par les idées d'eugénisme, il développe des théories de l'homme supérieur en observant les indigents et les aliénés de l'asile.

 La plume de la romancière est aussi agréable et fluide à lire que celle de Tracy Chevalier, par exemple, mais elle présente les mêmes travers que cette dernière. Ellle inclut aussi l'histoire de ses personnages principaux dans le contexte historique de l'époque. Quel regard porte-t-on sur les aliénés ? Comment les soigne-t-on ? Le quotidien du personnel et des indigents, le bal thérapeutique, les activités des aliénés sont développés minutieusement. On peut regretter que le mélodrame sentimental prenne le pas sur l'aspect historique.

Dans ses remerciements et la note de l'auteur, H. Hope rend hommage à son grand-père qui a été interné dans cet hôpital. Elle décrit ses sources et la genèse de son roman. Elle explique aussi qu'elle a fait de nombreuses recherches en s'appuyant notamment sur les archives en ligne sur le site http://www.highroydshospital.com et les photographies de Mark Davis. De même, elle s'est intéressée à l'histoire de l'eugénisme et cite des documents fidèlement comme la Eugenics review. Le développement de ses recherches dans les archives de l'hôpital ou sur les fileuses de l'époque est bien plus passionnant que le roman lui-même.

Hope Anna, La salle de bal, Folio, Barcelonne, Mars 2019, 439 p.

Partenariat Folio.

Sur le web : Lu par Book'ing, Tania,

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http://www.highroydshospital.com

Posté par maggie 76 à 00:09 - - Commentaires [27] - Permalien [#]