27 mai 2019

La marque de Windfield de Ken Follet : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/la-marque-de-windfield-9782367626833

Roman de moeurs, La marque de Windfield fait évoluer ses personnages dans tous les milieux londoniens des années 1860 jusqu'aux années 1890. Nous pouvons suivre l'évolution de toute la famille Pilaster, riches banquiers, qui vit sous la domination d'Augusta. Ambitieuse, cruelle, elle manipule à son gré toute sa famille, ainsi que tous ceux qui s'approchent d'elle. Son fils Edward, Micky Miranda, un ami du Cordovay, et Hugh, un parent pauvre Pilaster, dont le père a fait faillite, sont témoins de la mort de Peter lorsqu'ils étaient encore pensionnaires dans le collège de Windfield. Sept ans plus tard, le frère de Peter, avocat vient inquiéter Augusta et Micky. Les agissements d'Augusta et Micky vont-ils être découverts ?

Ken Follet entend montrer l'hypocrisie de la bonne société londonienne, thème traditionnel des romans parlant de l'ère victorienne. Plusieurs meurtres sont commis dont un inaugural, qui marque le début de l'histoire, mais il n'y pas d'enquête à proprement parler : La marque de Windfield n'est pas un roman policier.

Les personnages simplistes et caricaturaux - Augusta l'ambitieuse, Hugh l'homme d'affaire de génie, April et Maisie, les prostituées au grand coeur - et l'intrigue sans grande originalité ne permettent pas d'éprouver le moindre intérêt pour ce roman. Ce récit présente les mêmes défauts qu'A l'orée du verger de Tracy Chevalier : les personnages sont antipathiques, sans intériorité et l'arrière-plan brossé à grands traits. L'intrigue est prévisible et quelle fin ! Manichéenne à souhait ! Après le déceptif Code Rebecca, La marque de Windfield est aussi un roman très oubliable... Le désintérêt pour l'histoire est indépendant de la lecture de Thierry Blanc, qui est énergique et dynamique. On peut écouter un extrait ici.

La marque de Windfield, Ken Follet, Audiolib, lu par Thierry Blanc, 16h33,  2018.

Partenariat Audiolib .

Autres romans : Code Rebecca,

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15 mai 2019

La mémoire assassine de Kim Young-ha : ISSN 2607-0006

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http://www.editions-picquier.com/ouvrage/ma-memoire-assassine-2/

Parmi les auteurs sud-coréens, voici encore un auteur à découvrir, dont vous trouverez la biographie sur le site Picquier et une bibliographie.

Un ancien tueur en série, Kim Byeong-su, croit qu'on veut tuer sa fille adoptive Eun-hee. Ce narrateur écrit dans un carnet comment malgré la maladie d'Alzheimer et ses soixante-dix ans, il décide de la sauver et de supprimer cet homme. Mais comment faire lorsqu'on ne souvient même plus de son nom ? "Ce matin, j'ouvre les yeux et me retrouve dans un endroit inconnu. Je me lève d'un bond et enfile à la va-vite mon pantalon avant de sortir en courant de la maison. Un chien que je vois pour la première fois aboie en me voyant. Tandis que je m'agite en tous sens pour retrouver mes chaussures, j'aperçois Eun-hee qui sort de la cuisine. En fait, je suis chez moi. Heureusement que je me souviens encore de Heun-Hee. (p. 51)".

A personnage atypique, histoire atypique. Tout en philosophant et en écrivant de la poésie, le vieillard qui cite Montaigne ("Nous troublons la vie par le soin de la mort, et la mort par le soin de la vie". (p. 12)) tente tant bien que mal - et plutôt mal - de commettre son dernier meurtre. La narration est fragmentaire, parcellaire et nous n'avons accès qu'à ce que note Kim. Rien de morbide, ni de macabre, l'auteur faisant de l'humour noir : " Lorsqu'on voit du sang goutter du coffre d'une Jeep de Chasse, on peut penser qu'il s'agit d'un chevreuil mort, mais moi, dans un cas comme celui-là, je pars plutôt de l'hypothèse qu'il contient un cadavre humain. Ca me paraît plus probable." ( p. 20). On retrouve beaucoup du ton et du style des films coréens comme The stranger de Na Hong-Jin ou Memories of murder, de Bong Joon Ho - cité par le narrateur - qui ont su renouveler le cinéma de genre. Ce court récit, savamment construit mais qui déconstruit les codes du roman policier, vous mènera à une fin surprenante  et donne envie de découvrir d'autres récits de cet auteur.

Kim Young-Ha, La mémoire assassine, Picquier Poche, 151 p.

Sur le web : A girl from earth,

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28 mars 2019

Sept yeux de chats de Choi Jae-hoon : ISSN 2607-0006

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http://www.editions-picquier.com/ouvrage/sept-yeux-de-chats/

Auteur coréen, Choi Jae-Hoon a publié un recueil de nouvelles Le baron du comte Curval en 2010 et Sept yeux du chat en 2012. Vous ne connaissez pas cet auteur ? N'hésitez pas à lire son roman ! 

Tout commence comme Les dix petits nègres coréens : 7 personnes sont réunis dans un chalet, ayant été invités par le Diable, qui tient un site web sur les tueurs en série. Leur hôte est absent et une tempête de neige les empêchent de quitter les lieux. Que faire ? Après une première nuit passée ensemble, un des hommes est retrouvé mort. Qui est le coupable ? Vous pensez que c'est un whodunit classique, mais il n'en est rien : " - Le jeu... a commencé" (p.33). A la fin de la première nouvelle ou chapitre " sixième rêve", commence un chapitre "Equation d'une vengeance" où nous comprenons que la première histoire est en réalité une pièce. Vraiment ? Mais c'est aussi l'histoire que traduit un certain M dans le troisième chapitre, intitulé "Pi". Le dernier chapitre "Les sept yeux de chats", parle du destin du livre qui a disparu... Mais ceci n'est pas un bon résumé. Dans chaque nouvelle, nous retrouvons des éléments similaires mais agencés de manière différente.

"Le nombre Pi se prolonge à l'infini sans qu'aucune de ses décimales ne se répète." (p. 324)

L'auteur nous invite dans un roman labyrinthique où les mêmes motifs et les mêmes personnages sont repris de manière vertigineuse et où on ne sait jamais quelle est la bonne version de l'histoire. Le narrateur est-il un fou enfermé dans une mine qui se raconte des histoires pour ne pas mourir ou est-il un traducteur qui change l'histoire des romans qu'on lui demande de traduire ? Tout en voulant créer le roman à suspense parfait ( p. 324), l'auteur coréen réfléchit sur la littérature, les pouvoirs de la fiction et notamment sur les sources de la création et de l'inspiration. Les personnages de fiction peuvent prendre vie et les références - Alice aux pays des merveilles, La jeune fille et la mort de Munch, Le baiser de Klimt - montrent talentueusement un jeu sur la fiction, la mort et le réel :  "Quelle différence entre la réalité et le fantasme du moment qu'on survit ? (p. 247). Le lecteur peut essayer de trouver la vérité, peut jouer et imaginer trouver la solution. Oui, c'est bien le roman à suspense parfait !

Jae-Hoon Choi, Sept yeux de chats, Espagne, Edition Phillippe Picquier, 2014.

Sur le web : A girl from earth, Niki,

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21 mars 2019

Le Maître et Marguerite de Boulgakov : ISSN 2607-0006

 

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-classique/Le-Maitre-et-Marguerite

En ouvrant le roman Le Maître et Marguerite de Boulgakov, on découvre deux personnages, Berlioz, rédacteur en chef d'une revue littéraire et Bezdomny, un poète, qui dialoguent et font la rencontre d'un individu qui a toutes les caractéristiques du diable : il aurait connu Ponce Pilate et raconte une anecdote sur Ponce Pilate, dont il aurait été témoin (chapitre II) tout en annonçant la mort de Berlioz. Evidemment, nos deux littérateurs refusent de le croire et pensent plutôt avertir la police politique. Cet incipit, ancré dans Moscou, est donc fantastique et plutôt étonnant. A cela s'ajoute un questionnement métaphysique :  " Si Dieu n'existe pas, alors, dites-moi, qui est ce qui gouverne la vie humaine et plus généralement l'organisation des choses terrestres ?" (p. 54), demande l'inconnu diabolique.

Mais continuons avec Likhodeïev, directeur des Variétés qui se retrouve face à l'inconnu, qui se fait appeler Woland. Il a deux comparses, dont un énorme chat noir qui marche sur ses deux pattes arrières. Likhodeïev partage justement son appartement avec le défunt Berlioz à cause de la crise du logement. "Ces derniers temps, d'ailleurs, Monsieur se conduit comme un fieffé cochon. Monsieur se saôule, Monsieur profite de sa position pour avoir des liaisons, Monsieur n'en fiche pas une rame et d'ailleurs il ne pourrait pas en ficher une rame car il ne connaît rien à la besogne qui lui a été confiée. Monsieur est un bluffeur qui trompe ses chefs !", dévoile le comparse de Woland (p. 161, chapitre XI). Et pour se débarrasser de lui, Woland le téléporte à Yalta. Nikanor Ivanovitch Bossoï, le président de l'association des occupants de l'immeuble 302 accepte un pot de vin de Woland, qui veut loger dans l'appartement de Likhodeïev, et se retrouve dénoncé pour trafic de devises étrangères.

Au chapitre XII, Woland devenu "mage" fait un spectacle avec ses deux acolytes et crée une hystérie collective, tout en dénonçant publiquement les hypocrisies d'Arkadi Apollonovitch Sempleïarov, le président de la Commission d'acoustique des théâtres de Moscou, aussitôt arrêté par des Miliciens. Vous l'aurez compris, la satire des milieux littéraires est féroce et celle de la police politique aussi, faisant disparaître tout le monde, sur simple dénonciation.

Nous arrivons au chapitre XIII, intitulé "Apparition du héros" ( p. 235). Nous sommes à nouveau en compagnie de Bezdomny, qui entre-temps a été interné ( chapitre VI). Jugez un peu : Ivan Nikolaïevitch ( dont le surnom est Bezdomny) déclare qu'il est dans cet asile à cause de Ponce Pilate, à un écrivain qui peut se promener dans la clinique psychiatrique, en passant par des balcons. "La description  de la mort horrible de Berlioz suscita de sa part [celle de l'écrivain] cette remarque énigmatique [...]. Puis dans un cri passionné mais étouffé il ajouta : " poursuivez !". Le chat essayant de payer sa place à la receveuse divertit le visiteur à l'extrême, et il étouffait silencieusement de rire tandis qu'Ivan, tout excité par le succès de sa relation s'accroupissait et bondissait sans bruit, mimait le chat tenant sa pièce de dix kopecks contre sa moustache" (p. 239). L'écriture est souvent comique et les personnages burlesques contribuent à la satire des milieux littéraires. Nous apprenons aussi que l'écrivain se faisant appeler le "Maître" a écrit un roman refusé par tous.

Mais j'en ai déjà trop dit tout en passant sous silence un nombre impressionnant de détails ! Ce roman foisonnant et satirique semble difficile d'accès mais il n'en est rien. Une fois entrés dans cet univers fantastique, réaliste et burlesque, nous rions - parfois jaune lors de la description en rêve des grands procès publiques, ou des lieux de détentions ( chap. XIX) ou de l'obligation de faire des activités collectives ( chap. XVII) - de la peinture de la vie moscovite des années 20-30. Un plan à la fin du livre permet de repérer les lieux évoqués. L'introduction par Françoise Flamant et une notice proposent des analyses sur la dimension religieuse du texte, sur l'histoire du manuscrit, sur les autobiographèmes et sur l'intertextualité.

L'écriture, rendue extrêmement visuelle par des annotations de gestes est aussi très érudite, même si la culture russe évoquée peut échapper sans les notes de bas de page : "Là ! Là ! Derrière l'armoire ! C'est lui ! Regardez, il rigole ! Il a même son lorgnon... Arrêtez-le ! Aspergez la pièce d'eau bénite !" (p. 278) est une parodie du Faust de Gounod et "sombre ciel où la tempête" (p. 145) est le premier vers d'un poème de Pouchkine... C'est la rencontre improbable entre le non-sense carrollien, la satire voltairienne sur fond de mythe faustien. Mais quelle oeuvre ! Une oeuvre incroyable !

Boulgakov, Le Maître et Marguerite, Edition et traduction de Françoise Flamant, Malesherbes, Folio, 2018.

Partenariat Folio.

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28 février 2019

L'unité alphabet de Jussi Adler Olsen : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/lunite-alphabet-9782367627823

Jussi Adler Olsen s'est-il lancé sur le même sentier que les autres auteurs de polars nordiques, à savoir des romans ayant pour arrière-plan la Seconde Guerre Mondiale comme Dans l'ombre d'Indridason ?

C'est ce que laisse penser le début du roman : deux officiers britanniques, Bryan et James, survolent les infrastructures allemandes lorsqu'ils sont repérés et leur avion touché. Roman d'espionnage ? Roman de guerre ? Ni l'un, ni l'autre ! Les deux hommes arrivent à prendre un train en marche où ils découvrent des officiers SS considérés comme fous. Là, ils sont soignés avant de regagner le front. Bryan parvient à s'échapper et apprend que l'hôpital psychiatrique a été bombardé. L'intrigue reprend en 1972, en Angleterre, où Bryan a abandonné son métier de médecin et s'occupe de produits pharmaceutiques. Lorsqu'on lui propose d'aller comme consultant aux J.O. de Munich et qu'il rencontre un homme ayant visité les sanatoriums à la fin de la Guerre, il reprend espoir : peut-être va-il retrouver James.

"Ce livre n'est pas un roman de guerre", nous indique l'auteur dans une note. Effectivement, l'auteur s'attarde davantage sur les méthodes employées dans les asiles que sur les faits historiques. D'ailleurs, le père de J. Adler Olsen était un psychiatre et le romancier a fréquenté des asiles d'aliénés dont les traitements radicaux de l'époque l'ont frappé. De même, la question de la pseudo-maladie de certains patients l'a longtemps fasciné. Une grande partie de l'intrigue repose sur des simulateurs, de criminels Nazis qui arrivent à s'en sortir. Et c'est la meilleure partie du roman.

J. Adler Olsen rompt avec le ton acerbe et sarcastique de sa série des Enquêtes du département V. Cela rend son roman un peu plus banal. Certes, la toile de fond est intéressante, mais la deuxième partie, qui consiste en une quête du corps de James, devient complètement invraisemblable et repose sur des facilités narratives. Un des personnages constate que tous ces événements - multiples meurtres en une ou deux heures, coincidences multiples - "dépassent l'entendement" ( "Il y avait vécu trop de choses dans cette dernière heure"), et celle du lecteur aussi. L'histoire s'écoute facilement mais ce n'est pas le meilleur opus de J. Adler Olsen. Cependant, la voix de Benjamin Junger ( on peut écouter un extrait ici) sait bien donner vie à tous ces personnages.

L'unité Alphabet, de Jussi Adler Olsen,  lu par Benjamin Jungers, Audiolib, 16h33, 2018.

Partenariat Audiolib .

Autres romans de l'auteur : Promesse, Selfies

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19 février 2019

Le facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain : ISSN 2607-0006

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http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio-cinema/Les-amants-diaboliques-Le-facteur-sonne-toujours-deux-fois

Ce roman noir de J.M. Cain se construit autour d'une passion intense entre un vagabond, Frank, et une femme, Cora, mal mariée, vivant dans un endroit isolé. Elle est mariée à un Grec, qu'elle déteste. Dès qu'il la voit, il sait qu'il ne pourra plus la quitter. Au bout de vingt pages, les deux amants projettent de tuer le mari. Malheureusement, le meurtre est empêché par l'électrocution du chat et le mari sort presque indemne de cette première tentative. Frank propose à Cora de s'enfuir avec lui, mais elle refuse de vivre sur les routes. Le hasard les réunit à nouveau. Vont-ils réussir à se débarrasser du mari encombrant ?

"Cora, c'est le destin. Nous avons tout essayé" (p. 51)

Cette sordide histoire d'adultère a une intrigue très resserrée. Plusieurs tentatives de meurtres, un procès, des séparations, créent une tension qui ne s'éteindra qu'au dénouement. Le narrateur, Frank, ne raconte que les faits et son point de vue. Ce récit, qui est la confession de Frank, par sa concision, ne laisse aucune place à psychologie, aux remord. Frank parle de meurtre comme de mécanique et Cora ne cherche qu'à s'enrichir. C'est un personnage singulier qui préfère le nomadisme à la vie de petit-bourgeois que Cora choisit. Alors qu'il choisit la liberté, être sur les routes, Frank ne cesse d'accuser le destin, présentant sa passion pour Cora comme une tragédie. Mais la fatalité a-t-elle un rôle dans leur histoire ? Peut-être, puisque le récit s'achève sur l'ironie du sort qui frappe le personnage masculin... Ce récit est une telle réussite qu'il a été adapté à quatre reprises !

OSSESSIONE - LUCHINO VISCONTI - 1943 - TRAILER

Comme dans Mort à Venise, Visconti métamorphose complètement la nouvelle de J.M. Cain. Au-delà de l'italianisation des noms et des lieux, le réalisateur Des amants diaboliques ne garde que l'histoire du couple adultère, qui veut se débarrasser du mari, et certains éléments comme le métier du Grec, appelé Bragana, ou le dénouement. On est proche des amants zoliens dans Thérèse Raquin avec l'amant hanté par le mari et sa dimension psychologique, absente de la nouvelle.

Surtout, Visconti initie le néoréalisme avec ce film. Pendant une période où le cinéma italien présente surtout un cinéma " téléphone blanc", symboles d'élégance, avec des comédies divertissantes, Visconti introduit les classes populaires, la pauvreté, la prostitution et la violence dans ce long-métrage. Là où la nouvelle présente une intrigue resserrée, Visconti amplifie des scènes populaires comme le bal dans la trattoria ou le concours de chant lyrique. C'est bien une recréation et non une simple adaptation.

Ossessione, Visconti,1942, avec Clara Calamai, Massimo Girotti et Juan De Landa,140 min

Cain J.M., Le facteur sonne toujours deux fois, folio cinéma, 151 p.

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05 février 2019

La dénonciation de Bandi : ISSN 2607-0006

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http://www.editions-picquier.com/ouvrage/la-denonciation/

 Bandi est un pseudonyme d'un auteur nord-coréen : l'anonymat de l'auteur est nécessaire dans un pays où la censure ne permet pas de publier tous les textes. Comment avons-nous eu connaissance de ce recueil composé de 7 nouvelles ? Il aurait fait passer deux recueils grâce à une femme qui a fui le pays. 

Un enfant pleure dès qu'il voit des images immenses de Marx ou du " cher leader" : les parents décident donc de mettre les double rideaux pour ne pas l'effrayer. Cela n'est pas pour aider sa mère qui doit préparer l'événement 1, c'est-à-dire une fête nationale. Cependant, on leur interdit de mettre ces double rideaux : ils sont alors dénoncés comme espions. la cérémonie ne semble plus possible car une tempête empêche tout rassemblement. Et pourtant, en quelques minutes, un million de personnes se réunit lorsque les haut-parleurs leur intiment l'ordre de venir. Pourquoi une telle obéissance ? "Le moindre comportement considéré comme ayant été nuisible à la bonne tenue des célébrations fut pointé du doigt et durement condamné. La sanction la plus grave était l'expulsion. Les gens étaient chassés sans pitié, comme des saletés jetées au loin à coup de pelle" (p. 70). Un homme veut se rendre au chevet de sa mère mourante mais on l'en empêche, un autre meurt de froid dans sa propre maison alors qu'il a consacré sa vie à la collectivité... Toutes ces nouvelles mettent en exergue la peur de la répression, les injustices et l'envie de fuir de son propre pays.

L'écriture est simple, voire maladroite, avec son vocabulaire pauvre et répétitif, et peu subtile : les symboles qui peuplent ces récits sont toujours lourdement explicités. Cependant, ce témoignage de la dictature n'en est pas moins poignant. Rédigé dans les années 70 et publié en 2014, ce texte est-il obsolète ? Il suffit de regarder des documentaires comme Corée du nord  la famille Kim ou écouter des émissions pour savoir que les textes de Bandi sont encore d'actualité. Considérée comme "une dictature d'opérette", comme les intervenants de l'émission du grain à moudre le rappelle, dans l'émission "comment raconter la Corée du Nord ?", néanmoins tous soulignent la souffrance des habitants (ci-dessous d'autres liens vers des émissions qui montrent la dureté du régime).

Bandi, La dénonciation, Picquier poche, 281 p.

Autres romans coréens : billet de Marilyne Celui qui revient Han Kang

Sur le web : Les idées claires, France culture. 2014. " Corée du Nord, terrifiant anachronisme". Animé par Bruce Couturier. Diffusé le 26 décembre 2014.

 Du grain à moudre. 2012. "L'univers concentrationnaire en Corée du Nord". Animé par Hervé Gardette. Diffusé le 1er mai 2012.

Franceinfo. 2016. "Bandi, écrivain critique... en Corée du Nord". Animé par F. Ojardias. Diffusé le 2 mars 2016.

Grappe Marjolaine, Les hommes de Kim, prix Albert-Londres, 2018. URL : https://info.arte.tv/fr/coree-du-nord-les-hommes-des-kim

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29 décembre 2018

Le colonel Chabert de Balzac : ISSN 2607-0006

9782081416154

https://editions.flammarion.com/Catalogue/etonnants-classiques/le-colonel-chabert

Le retour des personnages est l'une des inventions balzaciennes : dans Le colonel Chabert, nous retrouvons le notaire Derville, présent dans Gobseck. Ce dernier reçoit, dans son cabinet, un étrange vieillard à l'allure fantastique : " Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile que peut l'être une figure de cire de cabinet de Curtius ou Godeschal avait voulu mener ses camarades. cette immobilité n'aurait pas été un sujet d'étonnement, si elle n'eût complété le spectacle surnaturel que présentait l'ensemble du personnage. [...] Le visage pâle, livide, et en lame de couteau, s'il est permis d'emprunter cette expression vulgaire, semblait mort" ( p. 33).

Mais qui est ce pauvre homme ? Présenté et considéré comme un mort, nous prenons connaissance de Chabert, ancien grognard, soldat qui s'est illustré à la bataille d'Eylau, il cherche à reconquérir son identité. Mais comment faire ? sa femme s'étant remariée, elle ne souhaite plus partager son héritage. Cupide, manipulatrice, la comtesse de Ferraud prépare une comédie pour duper son ancien mari.

A quoi ressemble "la comédie humaine" pour Balzac ? A un drame judiciaire "où toute les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours en au dessous de la vérité" ( p. 97). Ancien fabriquant de mélodrames, Balzac sait créer le pathos autour de la figure de Chabert. Avec la fin de l'épopée napoléonienne, se clôt l'ère de l'héroïsme. Du champ de bataille, on aboutit à une bataille judiciaire. Il oppose "l'homme héroïque" à Mme de Ferraud qui "joua le rôle d'une femme à la mode" ( p. 67). A travers cette " scène de la vie privée", Balzac continue d'explorer l'envers sociétal de la Restauration, peint des milieux ( les études de clercs) et l'âme humaine. Avec Le colonel Chabert, n'a-t-il pas réussi ce qu'il ambitionnait à la fin de la préface de La comédie humaine "un plan qui embrasse à la fois l’histoire et la critique de la Société" ?

Lecture commune avec Claudia, Miriam, Cléanthe. Prochaines lectures communes en février (23.02) avec "L'elixir de longue de vie" et en mars ( 23.03) avec "Pierre Grassou".

Balzac, Le colonel Chabert, Etonnants classiques, 120 p.

La comédie humaine

1. Scènes de la vie de province : Engénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge

4. Scènes de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, "La bourse", Le colonel Chabert, "Gobseck"

5. Scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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06 octobre 2018

Gobseck de Balzac : ISSN 2607-0006

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Le peseur d'or, Gérard Dou, 1664

Ce petit récit est une oeuvre peu lue de Balzac mais emblématique de son oeuvre par son thème : l'argent ( "La vie n'est-elle pas une machine à laquelle l'argent imprime le mouvement ?" p. 35). Ernest, le fils du marquis de Restaud courtise Camille, la fille de la duchesse de Grandlieu. Cette dernière ne semble pas approuver cette liaison car la comtesse de Restaud - fille du père Goriot a ruiné sa famille. Cependant, Derville, leur notaire commence une narration pour rétablir la réputation du jeune homme et favoriser ce mariage d'amour.

Son histoire est donc une analepse, où il présente Gobseck : "Il s'était changé à mes yeux en une image fantastique où se personnifiait le pouvoir de l'or" (p. 35). Ce dernier lui a prêté de l'argent, pour qu'il achète son cabinet. Ensuite, il est témoin de diverses scènes, où la comtesse Restaud, son amant Maxime de Trailles viennent lui emprunter de l'argent. Au désespoir devant l'inconduite de sa femme, le comte Restaud veut déshériter ses fils illégitimes en faveur de son premier fils, Ernest. Gobseck et Derville lui proposent donc un fidéicommis. Au moment de son agonie, la comtesse cherche désespérement à récupérer l'argent de l'héritage...

Après une longue description de Gobseck et de son "milieu", le narrateur Derville décrit les mécanismes financiers sous la Restauration. Ces deux personnages, au coeur de l'intrigue, donnent une vision de la société dominée par l'or et les intérêts personnels.  En sociologue, Balzac peint aussi le type de l'usurier mais aussi de l'aristocratie avec les portraits des Restaud et de Maxime de Trailles et de la bourgeoisie dans le personnage de Derville, le notaire.

Gobseck s'inscrit clairement dans la veine du réalisme tout en gardant une touche fantastique dans la peinture du prêteur. Passion mélodramatique, logique financière, univers réaliste sont contenus dans Gobseck, qui subsument l'univers passionnant balzacien.

Balzac, Gobseck, Carrés classiques, Nathan, 147 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaines lectures communes où vous pouvez nous rejoindre : "La bourse" ( 13.10) et L'auberge rouge ( 10.11)...

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4. Scène de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

 

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28 septembre 2018

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste NG : ISSN 2607-0006

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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est un drame familial : dans les années 70, en Ohio, Lydie Lee est une jeune fille à qui tout semble réussir. Elle a d'excellents résultats et semble bien intégrée dans son lycée. Le jour où on la retrouve dans le fond d'un lac, commence une enquête qui permet à la romancière d'analyser les rapports sociaux dans cette famille, où le père est américain d'origine chinoise. Ce dernier est professeur dans une petite université et sa femme, mère au foyer. Est-ce Jack, son petit-ami et voisin, qui l'a tuée ? Est-ce que c'est un tueur en série qui sévit dans la région comme le pense la mère ?

Progressivement, on apprend à connaître cette famille, qui fonde tous ses espoirs sur la petite Lydia, centre du foyer, qui a pourtant un grand frère brillant et une petite soeur effacée. Le père projette ses rêves d'intégration sur sa fille aux yeux bleus, espérant qu'elle échappera au racisme qu'il a subit depuis l'enfance. Sa mère rêve d'en faire une physicienne, un médecin, la femme qu'elle n'a pas pu devenir dans cette société patriarcale. Au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête et de la remontée des souvenirs de chacun des membres de la famille, on découvre la réalité vécue par Lydia, qui déclare à Jack : "Les gens décident comment tu es avant même de te connaître [...] Ils pensent tout savoir de toi. Sauf que tu n'es jamais ce qu'ils croient" ( p. 224).

"Il comprend ce que c'est que d'être différent" (p. 50) :

Alternant les points de vue qui montrent une incompréhension et une incommunicabilité entre les êtres, Céleste NG analyse finement les relations familiales. Cette histoire, qui peut paraître banale, est enrichie de multiples thèmes gravitant autour de la cellule familaile comme l'intégration, la différence, les souffrances de l'adolescence, le destin des femmes, les préjugés raciaux... Céleste NG dresse un subtil tableau de la société américaine dans les années 80. Un excellent roman !

NG Céleste, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Pocket, 344 p.

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