19 février 2019

Le facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain : ISSN 2607-0006

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Ce roman noir de J.M. Cain se construit autour d'une passion intense entre un vagabond, Frank, et une femme, Cora, mal mariée, vivant dans un endroit isolé. Elle est mariée à un Grec, qu'elle déteste. Dès qu'il la voit, il sait qu'il ne pourra plus la quitter. Au bout de vingt pages, les deux amants projettent de tuer le mari. Malheureusement, le meurtre est empêché par l'électrocution du chat et le mari sort presque indemne de cette première tentative. Frank propose à Cora de s'enfuir avec lui, mais elle refuse de vivre sur les routes. Le hasard les réunit à nouveau. Vont-ils réussir à se débarrasser du mari encombrant ?

"Cora, c'est le destin. Nous avons tout essayé" (p. 51)

Cette sordide histoire d'adultère a une intrigue très resserrée. Plusieurs tentatives de meurtres, un procès, des séparations, créent une tension qui ne s'éteindra qu'au dénouement. Le narrateur, Frank, ne raconte que les faits et son point de vue. Ce récit, qui est la confession de Frank, par sa concision, ne laisse aucune place à psychologie, aux remord. Frank parle de meurtre comme de mécanique et Cora ne cherche qu'à s'enrichir. C'est un personnage singulier qui préfère le nomadisme à la vie de petit-bourgeois que Cora choisit. Alors qu'il choisit la liberté, être sur les routes, Frank ne cesse d'accuser le destin, présentant sa passion pour Cora comme une tragédie. Mais la fatalité a-t-elle un rôle dans leur histoire ? Peut-être, puisque le récit s'achève sur l'ironie du sort qui frappe le personnage masculin... Ce récit est une telle réussite qu'il a été adapté à quatre reprises !

OSSESSIONE - LUCHINO VISCONTI - 1943 - TRAILER

Comme dans Mort à Venise, Visconti métamorphose complètement la nouvelle de J.M. Cain. Au-delà de l'italianisation des noms et des lieux, le réalisateur Des amants diaboliques ne garde que l'histoire du couple adultère, qui veut se débarrasser du mari, et certains éléments comme le métier du Grec, appelé Bragana, ou le dénouement. On est proche des amants zoliens dans Thérèse Raquin avec l'amant hanté par le mari et sa dimension psychologique, absente de la nouvelle.

Surtout, Visconti initie le néoréalisme avec ce film. Pendant une période où le cinéma italien présente surtout un cinéma " téléphone blanc", symboles d'élégance, avec des comédies divertissantes, Visconti introduit les classes populaires, la pauvreté, la prostitution et la violence dans ce long-métrage. Là où la nouvelle présente une intrigue resserrée, Visconti amplifie des scènes populaires comme le bal dans la trattoria ou le concours de chant lyrique. C'est bien une recréation et non une simple adaptation.

Ossessione, Visconti,1942, avec Clara Calamai, Massimo Girotti et Juan De Landa,140 min

Cain J.M., Le facteur sonne toujours deux fois, folio cinéma, 151 p.

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05 février 2019

La dénonciation de Bandi : ISSN 2607-0006

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 Bandi est un pseudonyme d'un auteur nord-coréen : l'anonymat de l'auteur est nécessaire dans un pays où la censure ne permet pas de publier tous les textes. Comment avons-nous eu connaissance de ce recueil composé de 7 nouvelles ? Il aurait fait passer deux recueils grâce à une femme qui a fui le pays. 

Un enfant pleure dès qu'il voit des images immenses de Marx ou du " cher leader" : les parents décident donc de mettre les double rideaux pour ne pas l'effrayer. Cela n'est pas pour aider sa mère qui doit préparer l'événement 1, c'est-à-dire une fête nationale. Cependant, on leur interdit de mettre ces double rideaux : ils sont alors dénoncés comme espions. la cérémonie ne semble plus possible car une tempête empêche tout rassemblement. Et pourtant, en quelques minutes, un million de personnes se réunit lorsque les haut-parleurs leur intiment l'ordre de venir. Pourquoi une telle obéissance ? "Le moindre comportement considéré comme ayant été nuisible à la bonne tenue des célébrations fut pointé du doigt et durement condamné. La sanction la plus grave était l'expulsion. Les gens étaient chassés sans pitié, comme des saletés jetées au loin à coup de pelle" (p. 70). Un homme veut se rendre au chevet de sa mère mourante mais on l'en empêche, un autre meurt de froid dans sa propre maison alors qu'il a consacré sa vie à la collectivité... Toutes ces nouvelles mettent en exergue la peur de la répression, les injustices et l'envie de fuir de son propre pays.

L'écriture est simple, voire maladroite, avec son vocabulaire pauvre et répétitif, et peu subtile : les symboles qui peuplent ces récits sont toujours lourdement explicités. Cependant, ce témoignage de la dictature n'en est pas moins poignant. Rédigé dans les années 70 et publié en 2014, ce texte est-il obsolète ? Il suffit de regarder des documentaires comme Corée du nord  la famille Kim ou écouter des émissions pour savoir que les textes de Bandi sont encore d'actualité. Considérée comme "une dictature d'opérette", comme les intervenants de l'émission du grain à moudre le rappelle, dans l'émission "comment raconter la Corée du Nord ?", néanmoins tous soulignent la souffrance des habitants (ci-dessous d'autres liens vers des émissions qui montrent la dureté du régime).

Bandi, La dénonciation, Picquier poche, 281 p.

Autres romans coréens : billet de Marilyne Celui qui revient Han Kang

Sur le web : Les idées claires, France culture. 2014. " Corée du Nord, terrifiant anachronisme". Animé par Bruce Couturier. Diffusé le 26 décembre 2014.

 Du grain à moudre. 2012. "L'univers concentrationnaire en Corée du Nord". Animé par Hervé Gardette. Diffusé le 1er mai 2012.

Franceinfo. 2016. "Bandi, écrivain critique... en Corée du Nord". Animé par F. Ojardias. Diffusé le 2 mars 2016.

Grappe Marjolaine, Les hommes de Kim, prix Albert-Londres, 2018. URL : https://info.arte.tv/fr/coree-du-nord-les-hommes-des-kim

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29 décembre 2018

Le colonel Chabert de Balzac : ISSN 2607-0006

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Le retour des personnages est l'une des inventions balzaciennes : dans Le colonel Chabert, nous retrouvons le notaire Derville, présent dans Gobseck. Ce dernier reçoit, dans son cabinet, un étrange vieillard à l'allure fantastique : " Le colonel Chabert était aussi parfaitement immobile que peut l'être une figure de cire de cabinet de Curtius ou Godeschal avait voulu mener ses camarades. cette immobilité n'aurait pas été un sujet d'étonnement, si elle n'eût complété le spectacle surnaturel que présentait l'ensemble du personnage. [...] Le visage pâle, livide, et en lame de couteau, s'il est permis d'emprunter cette expression vulgaire, semblait mort" ( p. 33).

Mais qui est ce pauvre homme ? Présenté et considéré comme un mort, nous prenons connaissance de Chabert, ancien grognard, soldat qui s'est illustré à la bataille d'Eylau, il cherche à reconquérir son identité. Mais comment faire ? sa femme s'étant remariée, elle ne souhaite plus partager son héritage. Cupide, manipulatrice, la comtesse de Ferraud prépare une comédie pour duper son ancien mari.

A quoi ressemble "la comédie humaine" pour Balzac ? A un drame judiciaire "où toute les horreurs que les romanciers croient inventer sont toujours en au dessous de la vérité" ( p. 97). Ancien fabriquant de mélodrames, Balzac sait créer le pathos autour de la figure de Chabert. Avec la fin de l'épopée napoléonienne, se clôt l'ère de l'héroïsme. Du champ de bataille, on aboutit à une bataille judiciaire. Il oppose "l'homme héroïque" à Mme de Ferraud qui "joua le rôle d'une femme à la mode" ( p. 67). A travers cette " scène de la vie privée", Balzac continue d'explorer l'envers sociétal de la Restauration, peint des milieux ( les études de clercs) et l'âme humaine. Avec Le colonel Chabert, n'a-t-il pas réussi ce qu'il ambitionnait à la fin de la préface de La comédie humaine "un plan qui embrasse à la fois l’histoire et la critique de la Société" ?

Lecture commune avec Claudia, Miriam, Cléanthe. Prochaines lectures communes en février (23.02) avec "L'elixir de longue de vie" et en mars ( 23.03) avec "Pierre Grassou".

Balzac, Le colonel Chabert, Etonnants classiques, 120 p.

La comédie humaine

1. Scènes de la vie de province : Engénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, L'auberge rouge

4. Scènes de la vie privée : Mémoires de jeunes mariées, Le père Goriot, "La bourse", Le colonel Chabert, "Gobseck"

5. Scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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06 octobre 2018

Gobseck de Balzac : ISSN 2607-0006

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Le peseur d'or, Gérard Dou, 1664

Ce petit récit est une oeuvre peu lue de Balzac mais emblématique de son oeuvre par son thème : l'argent ( "La vie n'est-elle pas une machine à laquelle l'argent imprime le mouvement ?" p. 35). Ernest, le fils du marquis de Restaud courtise Camille, la fille de la duchesse de Grandlieu. Cette dernière ne semble pas approuver cette liaison car la comtesse de Restaud - fille du père Goriot a ruiné sa famille. Cependant, Derville, leur notaire commence une narration pour rétablir la réputation du jeune homme et favoriser ce mariage d'amour.

Son histoire est donc une analepse, où il présente Gobseck : "Il s'était changé à mes yeux en une image fantastique où se personnifiait le pouvoir de l'or" (p. 35). Ce dernier lui a prêté de l'argent, pour qu'il achète son cabinet. Ensuite, il est témoin de diverses scènes, où la comtesse Restaud, son amant Maxime de Trailles viennent lui emprunter de l'argent. Au désespoir devant l'inconduite de sa femme, le comte Restaud veut déshériter ses fils illégitimes en faveur de son premier fils, Ernest. Gobseck et Derville lui proposent donc un fidéicommis. Au moment de son agonie, la comtesse cherche désespérement à récupérer l'argent de l'héritage...

Après une longue description de Gobseck et de son "milieu", le narrateur Derville décrit les mécanismes financiers sous la Restauration. Ces deux personnages, au coeur de l'intrigue, donnent une vision de la société dominée par l'or et les intérêts personnels.  En sociologue, Balzac peint aussi le type de l'usurier mais aussi de l'aristocratie avec les portraits des Restaud et de Maxime de Trailles et de la bourgeoisie dans le personnage de Derville, le notaire.

Gobseck s'inscrit clairement dans la veine du réalisme tout en gardant une touche fantastique dans la peinture du prêteur. Passion mélodramatique, logique financière, univers réaliste sont contenus dans Gobseck, qui subsument l'univers passionnant balzacien.

Balzac, Gobseck, Carrés classiques, Nathan, 147 p.

Lecture commune avec Claudia. Prochaines lectures communes où vous pouvez nous rejoindre : "La bourse" ( 13.10) et L'auberge rouge ( 10.11)...

La comédie humaine :

1. Scène de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques

2. Scène de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin

4. Scène de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot, Gobseck

5. scène de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

 

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28 septembre 2018

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit de Céleste NG : ISSN 2607-0006

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Tout ce qu'on ne s'est jamais dit est un drame familial : dans les années 70, en Ohio, Lydie Lee est une jeune fille à qui tout semble réussir. Elle a d'excellents résultats et semble bien intégrée dans son lycée. Le jour où on la retrouve dans le fond d'un lac, commence une enquête qui permet à la romancière d'analyser les rapports sociaux dans cette famille, où le père est américain d'origine chinoise. Ce dernier est professeur dans une petite université et sa femme, mère au foyer. Est-ce Jack, son petit-ami et voisin, qui l'a tuée ? Est-ce que c'est un tueur en série qui sévit dans la région comme le pense la mère ?

Progressivement, on apprend à connaître cette famille, qui fonde tous ses espoirs sur la petite Lydia, centre du foyer, qui a pourtant un grand frère brillant et une petite soeur effacée. Le père projette ses rêves d'intégration sur sa fille aux yeux bleus, espérant qu'elle échappera au racisme qu'il a subit depuis l'enfance. Sa mère rêve d'en faire une physicienne, un médecin, la femme qu'elle n'a pas pu devenir dans cette société patriarcale. Au fur et à mesure de l'avancée de l'enquête et de la remontée des souvenirs de chacun des membres de la famille, on découvre la réalité vécue par Lydia, qui déclare à Jack : "Les gens décident comment tu es avant même de te connaître [...] Ils pensent tout savoir de toi. Sauf que tu n'es jamais ce qu'ils croient" ( p. 224).

"Il comprend ce que c'est que d'être différent" (p. 50) :

Alternant les points de vue qui montrent une incompréhension et une incommunicabilité entre les êtres, Céleste NG analyse finement les relations familiales. Cette histoire, qui peut paraître banale, est enrichie de multiples thèmes gravitant autour de la cellule familaile comme l'intégration, la différence, les souffrances de l'adolescence, le destin des femmes, les préjugés raciaux... Céleste NG dresse un subtil tableau de la société américaine dans les années 80. Un excellent roman !

NG Céleste, Tout ce qu'on ne s'est jamais dit, Pocket, 344 p.

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21 septembre 2018

Les revenants de Kasischke : ISSN 2607-0006

 

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"La scène de l'accident était exempt de sang et empreinte d'une grande beauté.[...] La pleine lune était accrochée dans la ramure humide et nue d'un frêne. L'astre déversait ses rayons sur la fille, dont les cheveux blond étaient déployés en éventail autour du visage [...]" (p. 11 prologue), ainsi commence le récit du point de vue de Shelly, une enseignante de musique de la petite université de Godwin Honors College. Elle a vu Nicole Werner et Craig Clement avoir un accident de la route, ce qui provoquera le décès de la jeune fille. Pourtant, ce n'est pas ce qu'a constaté Shelly.

A ce premier point de vue, s'ajoute celui de Craig, un jeune étudiant riche et cynique, qui ne cherche qu'à coucher avec des filles, jusqu'au jour où il rencontre Nicole, dont il tombe éperdument amoureux. Perry, le meilleur ami de Craig, est l'une des voix polyphoniques de ce récit. Excellent étudiant, il croit avoir vu Nicole vivante. De fait, il va consulter un professeur, spécialiste des cultes funéraires, Mira Polson. Cette dernière se débat entre sa difficile vie privée et une thèse qu'elle n'arrive pas à commencer. Elle accepte d'aider Perry dans sa quête de la vérité sur la mort de Nicole. Est-elle réellement revenue des morts comme le prétendent plusieurs étudiants ? Quel lien existe-t-il entre des morts et la sororité des Omega Thêta Tau ? 

Habilement, avec fluidité, Kasicshke tisse ces différents points de vue et différentes temporalités pour déployer les trois thèmes de la thèse à venir de Mira Polson : Superstition, sexualité et mort sur un campus américain. La romancière américaine déploie tous les caractères, les sentiments et les illusions liés à la jeunesse, aux sororités, à l'amour, "au délire collectif" des foules comme dans d'autres campus novels tels que La physique des catastrophes de Pessl, Délicieuses pourritures de Oates ou Le maître des illusions de Donna Tartt. Dommage, la fin s'essouffle un peu dans des invraisemblances. La mise en exergue des faux-semblants et de l'hypocrisie diffuse une image sombre et désespérée. Un bon campus novel à découvrir !

Kasischke, Les revenants, Livre de poche, 664 p.

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14 septembre 2018

Le cabinet des antiques de Balzac : ISSN 2607-0006

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Dans L'éducation sentimentale ( I, 5) de Flaubert, Deslauriers résume ainsi les mécanismes de la société telle que l'a décrite Balzac : "Il croyait aux courtisanes conseillant les diplomates, aux riches mariages obtenus par les intrigues, au génie des galériens, aux docilités du hasard sous la main des forts". Effectivement, Balzac dans Le cabinet des antiques se fait "l'annaliste de son temps" en décrivant la magistrature et " le Faubourg-Saint-Germain de Province" dont le sobriquet est "le cabinet des antiques"

Emile Blondet, fils illégitime du préfet, prend la parole pour raconter la terrible histoire des d'Esgrignon, vieille noblesse ruinée après 1789 et oubliée pendant la Restauration. Le marquis préside le "cabinet des antiques" : "Les hommes de ce salon offraient les couleurs grises et fanées des tapisseries, leur vie était frappée d'indécision ; [...] seulement leurs cheveux blancs, leurs visages flétris, leur teint de cire, leurs fronts ruinés, la pâleur des yeux donnaient à tous une ressemblance avec les demmes qui détruisait la réalité de leur costume" (p. 67). Cette vieille noblesse complètement anachronique lutte contre les riches bourgeois du Croissier, du parti des industriels.

L'histoire commence véritablement en 1822, lorsque l'unique fils d'Esgrignon, Victurnien,  monte à Paris pour trouver un emploi mais tombe amoureux de la duchesse de Maufrigneuse, qui mène une vie ruineuse qui va le mener à sa perte. Commence alors une lutte sans merci entre Chesnel, notaire dévoué corps et âme à la famille d'Esgrignon, sorte de père Goriot afflublé de l'énergie de Napoléon ( car comme le disait Baudelaire, chez Balzac, même les concierges ont du génie) et du Croissier, qui veut la ruine de Victurnien. Cette deuxième partie est dominée par le genre théâtral, avec des références à Célimène pour désigner la duchesse et avec des coups théâtre, digne d'un mélodrame. En apparence, les d'Esgrignon semble avoir sauvé leur honneur mais la dernière page affiche clairement la fin du "cabinet des antiques"... Dans ce roman de la " scène de la vie de province", inspiré de deux faits réels où des aristocrates ont commis des faux, l'auteur de La comédie humaine décrit admirablement l'"histoire de la vie provinciale sous l'Empire et la Restauration".

Balzac, Le cabinet des antiques, Folio, 308 p.

La comédie humaine :

1. Scènes de la vie de province : Eugénie Grandet, Le cabinet des antiques,

2. Scènes de la vie parisienne : La fille aux yeux d'or, La duchesse de Langeais

3. Etudes philosophiques : La peau de chagrin, 

4. scènes de la vie privée : Mémoires de deux jeunes mariées, Le père Goriot

5. Scènes de la vie de campagne : Le lys dans la vallée

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10 septembre 2018

Captive de Margaret Atwood : ISSN 2607-0006

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S'inspirant d'un fait divers qui a fait grand bruit au Canada, dans les années 1840, Margaret Atwood a imaginé la confession d'une jeune femme Grace Marks, condamnée à mort avec un jeune homme qui l'aurait aidée à tuer ses deux maîtres. Cependant, elle réussit à échapper à pendaison et sa peine est commuée en prison à perpétuité. Mais l'auteur de La servante écarlate ne rend pas compte de ce fait divers à la manière de l'historienne Kate Colquhoun dans Le chapeau de Mr Briggs : elle imagine là où les archives et témoignages font défauts. Elle cite d'ailleurs au début des 15 chapitres, des journaux, la déposition de Grace et de James, le témoignage de l'écrivain S. Mooddie...

Cette confession est faite au docteur Jordan, aliéniste, qui cherche plus à faire avancer la science qu'à la juger. De fait, la narratrice retrace ses souvenirs depuis son enfance pour aboutir au meurtre. Elle raconte ainsi comment ses misérables parents irlandais ont émigré au Canada et comment elle devient une servante au service de différentes familles, jusqu'à atterrir chez Mr Kinnear et sa gouvernante, qu'elle aurait assassinés. Est-elle véritablement amnésique ? Est-elle somnambule ? Aurait-elle une double personnalité ?

Des dossiers concernant la coupable étant déjà lacunaires, voire mensongers à l'époque, cette meurtrière restera jusqu'au bout énigmatique. Parallèlement à l'enquête, on peut découvrir la correspondance et la vie de Simon Jordan, notamment ses réflexions scientifiques. Ainsi le roman, tout en s'attardant sur le témoignage de la détenue, nous dépeint la société de l'époque, en évoquant la condition des femmes en détention, au service des nantis, ou dépendantes de leur mari ainsi que les mariages convenus. Quant à la vie du docteur Jordan, elle nous donne une idée de l'état de la science à l'époque, de la situation politique, du poids de la morale, de la vogue du spiritisme... M. Atwood donne remarquablement vie à cette histoire et à tout un pan du XIXeme siècle au Canada, tout en gardant le mystère entier autour de Grace Marks.

Alias Grace - Trailer - Bande annonce VO Captive | 2017 | saison 1 - Netflix Film HD

Captive a été adaptée en mini-série de six épisodes de 45 minutes par Sarah Polley : elle est particulièrement fidèle au roman malgré une simplication de la construction de l'histoire. Tout est centré autour de la vie de Grace Marks et on s'attarde moins que dans le roman sur la vie du docteur Jordan. L'actrice fait bien revivre l''héroïne principale, notamment ses dons de conteuse. Elle apparaît tout aussi ambigüe que dans le livre. Une bonne adaptation avec une photographie très belle !

Atwood Margaret, Captive, 10/18, 623 p.

Captive, de Sarah Polley, minisérie, Netflix, avec sarah Gadon, Edward Holcroft, 2017, 6 x 45 min

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29 juillet 2018

Ada d'Antoine Bello : ISSN 2607-0006

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Vous pensiez avoir tout lu sur les romans traitant des intelligences artificielles ? Bello arrive à nous surprendre avec son récit policier Ada. Le président de Turing corporation, Dunn, demande à Franck Logan d'enquêter sur la disparition d'Ada : cette dernière est un programme informatique inventé pour écrire un roman à l'eau de rose. Enfermée dans une salle, sans connexion internet, elle réussit toutefois à s'évader. Franck Logan pourra-t-il rivaliser d'intelligence face à la machine ? Une machine a-t-elle une conscience ?

Evidemment, le roman aborde le pouvoir et les dangers de la technologie mais sans utiliser la noirceur présente dans ce type de récit décrivant les dérives de la technologie. Au contraire, Bello use de l'humour et d'une tonalité ludique pour dénoncer les travers d'une corporation prête à tout pour engendrer du profit. Quant à l'intelligence artificielle, elle exploite les failles humaines pour arriver à ses fins. Ce sont les propres faiblesses de l'homme qui l'amènent à sa perte. Ada se révèle d'une grande complexité face à tous ces humains caricaturaux et imbus d'eux-mêmes.

Outre ces questions traditionnelles, Bello aborde aussi la littérature : Ada écrit un roman à l'eau de rose comportant des mots arogtiques et des scènes scatologiques. Qu'est-ce qu'un roman sentimental ? Quels sont les ingrédients à utiliser pour vendre 100 000 exemplaires ? Tout en décrivant les caractéristiques de ce type de roman, Bello en profite pour égratigner tout type de littérature reposant sur des clichés, des stéréotypes, les modes mais le sien y échappe. Et dans une dernière pirouette humoristique, le romancier n'hésite pas à commenter ses propres procédés. Un très bon roman !

Bello Antoine, Ada, Folio, 394 p.

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14 juillet 2018

Les filles au lion de Jessie Burton : ISSN 2607-0006

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" Une oeuvre d'art [Les filles au lion] qui a survécu à la guerre civile en Espagne et à une guerre mondiale, et que l'on retrouve dans une maison du Surrey voilà qui ouvre un tas de possiblités romanesques" ( p. 366), déclare un galeriste Edmund Reede, collaborateur d'une vieille dame Marjorie Quick et de sa secrétaire Odelle Bastien. Et c'est ce que va explorer Jessie Burton : elle architecture son roman autour de multiples secrets et d'un tableau peint supposément par un artiste espagnol Isaac Robles.

Nous commençons pas découvrir Odelle Bastien, jeune fille débarquée à Londres de Trinidad, qui tente d'écrire un roman tout en cherchant à survivre dans le Londre des années 60, confrontée au racisme. Celle-ci fait la rencontre de Lawrie Scott qui lui montre un tableau, Les filles au lion pour retenir son attention. Cette "oeuvre saisissante, sinistre, révolutionnaire" enthousiasme aussi d'Edmund Reed, qui souhaite faire une exposition autour de cette oeuvre dont le créateur a connu une vie énigmatique. Comment ce tableau est tombé entre les mains de la famille Scott ? Pourquoi Marjorie Quick s'enfuit à la vue de ce tableau ? Quel est le véritable sujet du tableau et qui en est l'auteur ?

Les filles au lion propose une intrigue fictionnelle digne des romans dumasiens. "Dumaficelé", il alterne deux périodes ( Londres en 1960 et l'Espagne des années 36) qui permettent assez vite de comprendre les "cables" qui relient toutes ces vies. On devine donc assez rapidement les secrets des personnages mais pourquoi continue-t-on à lire le roman ? Le mystère du tableau propose une réflexion autour de la condition des femmes et de la création artistique. "Les femmes en sont incapables, figure-toi. Elles n'ont pas de vision", déclare amèrement une jeune fille à son amie, au sujet des oeuvres d'art que vend son père. De plus, Odelle étant originaire de Trinidad, elle doit supporter des humiliations, tout en subissant les affres de la création. L'auteur évoque aussi le foisonnement artistique de ces années 30, reposant sur des recherches, comme le montre la formidable documentation qu'elle a effectuée ( une bibliographie monstrueuse se situe à la fin du roman). Malgré les facilités narratives, des personnages naïfs, on ressent un véritable plaisir romanesque à découvrir la machine livresque construite par Jessie Burton.

Burton Jessie, Les filles au lion, Folio, 506 p.

Sur le web : Les filles aux lions, Télérama, mis en ligne le 16 août 2017. URL : https://www.telerama.fr/livres/les-filles-au-lion,155608.php

Partenariat Folio .

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