25 mars 2020

Dans la forêt de Jean Hegland : ISSN 2607-0006

Les dystopies et les romans post-apocalyptiques se multiplient reflétant les angoisses face aux catastrophes climatiques, industrielles, nucléaires... Aux célèbres romans tels que La servante écarlate de MArgaret Atwood, Le mur invisible de Haushofer, le paradoxe de Fermin de Boutine... s'ajoute Dans la forêt de Jean Hegland. En Amérique, il est devenu un best-seller adapté par Patricia Rozema.*

L'auteur imagine l'histoire de deux soeurs confrontées à l'extinction progressive de la civilisation - à commencer par l'absence d'électricité, puis l'absence de magasins, d'essence - et ne recherche pas le spectaculaire mais propose une vie pausible sans progrès scientifique. Une fois tout détruit, il ne reste que la nature, l'art et la littérature. L'art est incarnée par l'âinée Eva, qui s'est découverte une passion pour la danse très jeune et la littérature par la cadette Nell, passionnée par la lecture de l'encyclopédie. Malgré les difficultés, les deux soeurs apprennent à survivre dans leur maison isolée en Californie en s'appuyant sur la transmission des savoirs de leurs parents, qui vivaient déjà sans surconsommer, et des livres.

"La collaboration de la terre et de l'eau"

Cette fiction présente un modèle crédible de survie, dans une nature effrayante avec ses animaux sauvages mais aussi pleine de ressources. Elle s'inspire du destin de deux femmes réelles Sally Bell et Lone Woman, qui a survécu pendant une vingtaine d'années, seule sur une île de Californie. Le roman de Jean Hegland n'est pas particulièrement original - c'est lisse et même vaguement ennuyeux - mais il propose une vision optimiste de la fin de notre civilisation, avec un certain réalisme même si les dernières lignes sont porteuses de mysticisme...

Qui plus est, la lecture douce et fluide de Maia Baran nous fait immédiatement entrer dans cette histoire racontée par Nell, une jeune fille de 17 ans, qui tient un journal. Sa voix jeune convient parfaitement pour ce récit fait par une jeune fille encore naïve, pas sortie de l'adolescence.

Ce récit a l'avantage de rendre accessible la science-fiction et le roman de nature writting. C'est aussi un "miroir du réel, un outil de compréhension du monde"** rempli d'espoir contrastant avec des romans sensationnalistes ou pessimistes comme Je suis une légende de Matheson. Dans la forêt n'est pas un roman d'une grande orgininalité, les personnages ne sont pas particulièrement attachants, mais le récit rappelle l'importance de la nature et donne une place importance aux femmes tout en nous faisant penser le monde autrement, ce qui est déjà pas si mal !

Dans la forêt, Jean Hegland, Audiolib, lu par Maia Baran, France, 1 CD, 10h02, juillet 2019.

* Into the forest, Patricia Rozema, 2016, 1h41 avec Ellen Page et Evan Rachel Wood

** Estienne d'Orves Nicolas, "Et la science devint fiction", Hors-srie, Le point POP, Les chefs d'oeuvre de la science-fiction, novembre-décembre 2018.

Prix Audiolib 2020

Sur le web : billet de Claudia, Lirelyne

Fabuler la fin du monde de Jean-Paul Engelibert / Quand la forêt brûle de Joëlle Zask
Ce soir comme chaque semaine deux essais sous les feux de la critique : celui de Jean-Paul Engélibert, "Fabuler la fin du monde. La puissance critique" (la Découverte) et celui de Joëlle Zask, "C'est la forêt qui brûle : penser la nouvelle catastrophe écologique" (Premier Parrallèle)[...]
https://www.franceculture.fr

INTO THE FOREST Trailer (2016)

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18 mars 2020

Le bal des folles de Victoria Mas ; ISSN 2607-0006

Saviez-vous qu'au XIXeme siècle un bal avait lieu chaque année à la Salpétrière ? Les aliénées étaient heureuses de se montrer une fois dans l'année et les bourgeoises se réjouissaient de voir ces phénomènes... C'est cet événement particulier qui est un des thèmes du Bal des folles. Mais avant d'entreprendre le récit de cette soirée, l'auteur de ce premier roman entreprend, dans un roman choral, de nous présenter différentes femmes qu'on a enfermées dans cet établissement de sinistre réputation.

10 jours dans un asileLa salle de bal51GuEyer-tL

Avec un titre pareil, on craint d'entendre une histoire similaire à celle de La salle de bal d'Anna Hope : un drame romancé dans un hôpital psychiatrique. Le motif de la femme enfermée dans un asile apparaissait déjà dans les romans victoriens et M. Atwood s'en était emparée dans Captive pour raconter un fait divers, celui d'une meurtrière enfermée dans un asile pour échapper à la peine de mort.

Quant à Nellie Bly, elle infiltre l'asile de Blackwell's Island mais c'est pour dénoncer les traitements infligés aux pauvres femmes enfermées parfois à tort. Dans un récit à la première personne, elle décrit minutieusement ce qu'elle a vécu, enduré et vu dans de tel institut, non pas par goût du sensationnalisme mais elle exprime une véritable empathie pour celles qui sont considérées comme démentes : " Voici une grande joie apportée par mon travail : grâce à cette enquête, la commission des budgets de la ville de New York a octroyé un millon de dollars supplémentaire aux hopitaux psychiatriques de Blackwell's Island" (p. 124). Elle conclut ainsi son reportage, qui doit être absolument lu !

" Les vivants étaient plus dangereux que les défunts"

Mais revenons à V. Mas qui choisit plusieurs personnages féminins principaux pour montrer des points de vue différents sur les mêmes événements, autour de l'internement d'Eugénie, une fille de bonne famille. Elle tisse une histoire chorale où se dessine le destin de plusieurs femmes arrivées à la Salpêtrière : Louise a été abusée par son oncle, Eugénie voit des morts, l'infirmière Geneviève est hantée par sa défunte soeur... On est loin du ton factuel et descriptif de Nellie Bly, qui liste les objets et les personnes : les monologues intérieurs de tous ces personnages nous invitent à nous révolter face à l'injustice de ces enfermements abusifs, à compatir avec ces femmes malmenées par la vie ou par les médecins, à découvrir le regard d'une époque sur l'hystérie... Evidemment, avec un sujet pareil, la romancière a développé un arrière-plan historique bien intégré dans l'intrigue : le spiritisme, les séances de Charcot et le manque de connaissances sur la psychiatrie à l'époque et enfin l'émancipation des femmes. Le narrateur déclare : " Mais la majorité des aliénés le [internées] furent par des hommes. Sans mari, sans père, plus aucun soutien n'existe, plus aucune considération n'est accordées à son existence" ( plage 8).

Sur différents Audiolibs, des entretiens sont réalisés à la fin de l'écoute pour pouvoir connaître la genèse, les intentions de l'auteur, ses projets comme dans Civilizations de Binet ou dans Le bal des folles de V. Mas pour nous éclairer sur les intentions de l'auteur. La lecture d'Audrey Sourdive est très fluide et très agréable à écouter. Il faut dire qu'elle a commencé le théâtre à 5 ans et qu'elle a enregistré déjà plusieurs livres comme Mon amie Adèle, La goûteuse d'Hitler ou Ici n'est plus ici. Sa voix claire et nette permet de suivre avec plaisir cette histoire.

Ce livre qui a déjà reçu le Prix Première Plume 2019, le Prix Stanislas 2019, le Prix Patrimoine 2019 et le Prix Renaudot des Lycéens mériterait amplement d'être à nouveau récompensé !

Le bal des folles, Victoria Mas, Audiolib, lu par Audrey Sourdive, 2020, France, 1 CD, 6h45.

Bly Nelly, 10 jours dans un asile, reportage, Points, France, novembre 2016, 157 p.

Prix Audiolib 2020

Sur le web : Bloch-Lainé Virginie, "Le bal des folles" : spirite, es-tu là ?, Libération, mis en ligne le 13 décembre 2019.URL : https://next.liberation.fr/livres/2019/09/13/le-bal-des-folles-spirite-es-tu-la_1751194

Le corps exhibé - Ép. 1/2 - Le bal des folles de la Salpêtrière
A l'hôpital comme au dehors, le temps est scandé par des célébrations : on fête Noël, le Nouvel An, et le carnaval de la mi-carême. L'hôpital de la Salpêtrière, accueillant exclusivement des femmes jusqu'en 1968, organisait au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe un bal de la mi-carême auquel étaient conviées quelques personnes de la bonne société parisienne.
https://www.franceculture.fr

Une_leçon_clinique_à_la_Salpêtrière

Une leçon clinique à la Salpêtrière Crédits : PAr André Brouillet, 1887

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12 février 2020

Ici n'est plus ici de Tommy Orange : ISSN 2607-0006

orange

D'après le design de Tyler Comrie Oio/E+/Getty Images

Plusieurs "indiens urbains" racontent leur histoire, leur vie, leurs rêves à Oakland, à San Francisco... Dans une astucieuse mise en abyme, l'un des personnage présente son projet : il veut filmer les aveux, les témoignanges d'indiens mais sans que ces dernierssoient contraints par des règles. dE fait, le lecteur écoute donc plusieurs bribes de vie de Cheyennes : Blue est une femme battue qui tente d'échapper à son mari. Edwin est un ancien étudiant en littérature qui développe une addictio pour internet mais qui finit par organiser un pow wow. On entend aussi la voix d'Opale jeune, qui relate l'arrivée des Indiens à fort Alcatraz, pour réclamer des droits. Plus tard, nous la retrouvons grand-mère, ayant adoptés des Amérindiens... Paraissant dominées par le hasard, les vies de ces différents protagonistes sont agencées ingénieusement autour d'un évément fédérateur : un pow wow qui va finir dramatiquement.

Tous ces personnages se croisent et, sans pathos, Tommy Orange arrive à décrire la souffrance et les drames vécus par ces personnes, qui n'ont plus vraiment d'endroits où ils se sentent vraiment chez eux. Obliquement, il évoque la culture amérindienne avec ses auteurs comme Louise Erdrich. Qu'appelle-t-on l'identité indienne ? Que deviennent les Amérindiens dans cette Amérique profondément intolérante ? Quel héritage pour tous ces enfants nés hors réserves, parfois adoptés, parfois délaissés... Que reste-t-il des traditions ?

Trois lecteurs, Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive donnent une voix à ces différents personnages (extrait à écouter ici): ces multiples récits deviennent ainsi plus réalistes grâce à ces changements de lecteurs. Ils permettent de bien différencier l'entrelacement des récits. Le rythme de la lecture et les intonations disent la détresse de tout un peuple sans jamais tomber dans la plainte ou l'exagération.

Toutes ces histoires poignantes sont racontées par Tommy Orange qui a, comme ses personnages, grandi en Californie et qui appartient à la tribu des Cheyennes du Sud. Ici n'est plus ici est son premier roman. Et quel roman !

Orange Tommy, Ici n'est plus ici, Audiolib, lu par Sylvain Agaësse, Benjamin Jungers et Audrey Sourdive, 1 CD, 8h44, décembre 2019

Prix Audiolib 2020

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© Annie Starkey Photography

pow wow 2

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pow wow

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05 février 2020

PRIX AUDIOLIB 2020 : ISSN 2607-0006

Pour cette huitième édition du prix audiolib, nous serons 20 blogueurs pour choisir 5 finalistes parmi la sélection suivante de 10 livres audio :

belovedNé d'aucune femmeLe bal

dans la forêt

L'homme qui savait 001

Miroir 001

 

 

 

 

 

 

 

orangeQuelle belle sélection ! Je suis ravie de participer à ce prix et j'ai hâte de lire Beloved de Morrisson et Dans la forêt d'Hegland. Ce sera l'occasion, pour moi, de découvrir aussi des auteurs comme Gaëlle Noant ( La femme révélée), Pierre Lemaître ( Miroir de nos peines) ou Franck Bouysse (Née d'aucune femme). Il y a également Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz, L'homme qui savait la langue des serpents et Girl d'Edna O' Brien.

J'ai commencé à écouter Ici n'est plus ici de Tommy Orange et c'est vraiment une lecture dure mais passionnante pour en savoir davantage sur la culture des "indiens urbains", notamment les Cheyennes d'Oakland...

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© Annie Starkey Photography

Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.prix-audiolib.fr

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