19 avril 2019

Un gentleman à Moscou d'Amor Towles : ISSN 2607-0006

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Couverture : création graphique : Melissa Four - adaptation graphique : Jeanne de Nimes

Que faire lorsqu'on est reclus par un tribunal bolchévique dans une chambre d'hôtel de 9 mètres carré ? Se comparant à un Robinson Crusoé et non pas à Edmond Dantes, qui voulait se venger de ses ennemis, le comte Alexandre Ilitch Rostov organise ses journées autour de ses dîners, de sa coupe de cheveux... La rencontre avec une petite fillle bourgeoise prénommée Nina pousse le comte à visiter le luxueux hôtel Métropol dans ses moindres recoins, à raconter des souvenirs, à faire des aménagements...

" Lorsque la vie empêche un homme de poursuivre ses rêves, il fera tout pour les poursuivre quand même"

Comme ses mouvements sont restreints, le comte lit Les essais de Montaigne, qui aura un rôle ultérieur peu banal, évoque les moeurs de l'aristocratie russe, tout en invoquant des oeuvres littéraires : le duel - présent dans Eugénie Onéguine, des rencontres, notamment avec Micha, qui a écrit un livre et qui permet à l'auteur de citer plusieurs auteurs russes ou un couple de norvégiens qui va écouter l'opéra Boris Godounov.

Ce livre détonne dans le paysage littéraire actuel car on a l'impression d'être au coeur d'un roman du XIXeme siècle comme A rebours de Huysmans ou Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre dans lesquels des personnages parlent essentiellement d'art, tout en restant cloîtrés. A travers ces personnages solitaires, souvent les auteurs évoquent les aspects culturels de leur époque. C'est donc toute la Russie du début du XXeme siècle qui surgit à travers la vie du comte. Comme dans Le maître et Marguerite de Boulgakov, la fiction interroge le réel : le destin de Nina est lié aux goulags, celui du comte à la police politique. Des échos de l'opération Barbarossa ou de la Guerre froide transparaissent dans les tribulations du personnage principal. Non seulement l'auteur évoque la culture, les événements historiques du pays mais il s'interroge sur la spécificité de cette culture : la violence et la destruction sont-elles inhérentes au peuple russe ? Quelle est la quintessence de leur art ? En quoi se différencie-t-elle des autres pays ?

Comme dans Le Guépard de Lampedusa, Un gentleman à Moscou donne à voir le passage du temps : Toute une époque est réssuscitée en même temps que son déclin, ce que le comte appelle "les vestiges de sa Russie à lui". Et puis, un jour, Nina revient avec sa fille qu'elle doit laisser chez le comte amplifiant l'impression de l'écoulement du temps.

La voix du lecteur (Ecoutez un extrait), tout comme le récit, commence de manière monotone (en fait, seulement la première plage) pour devenir enlevée et on ne s'ennuie pas aux aventures livresques, esthétiques, immatérielles du comte, lues par Thibault de Montalembert. Sa belle voix grave convient parfaitement aux péripéties de la vie du comte, pas du tout fastidieuses, mais exprimant la distance par rapport aux événements, la résilience et parfois l'humour. D'abord, on craint l'ennui, puis comme les papillons de Manchester darwinien, évoquée vers la fin du roman, on voit l'évolution de l'aristocratique Alexandre, de son entourage et de son époque. Armor Towles réserve d'ailleurs de nombreuses révélations finales très romanesques, qui semblent surgir d'un roman d'espionnage ! Un très bon roman !

Un gentleman à Moscou d'Amor Towles, lu par Thibault de Montalembert, Audiolib, 16h58, 2019.

Audiolivre écouté dans le cadre du prix Audiolib 2019

Sur le web : La grande table. 2018. "Amor Towles : un gentleman à Paris". Animée par Olivia Gesberg. Diffusée le 11 septembre 2018.

Un gentleman à Moscou, Télérama, mis en ligne le 11 décembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/un-gentleman-a-moscou,n5930704.php

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11 avril 2019

Fief de David Lopez : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/fief-9782367628301

A quoi ressemble une certaine jeunesse d'aujourd'hui ? Comment s'exprime-elle ? D'emblée, on est projeté dans une conversation entre quelques jeunes qui fument du shit, jouent aux cartes, racontent leurs relations avec les filles. Ces scènes de la vie quotidienne alternent avec les séances de boxe de l'un des personnages.

L'imitation de la langue de ces jeunes est tout à fait novatrice dans un roman, entre mots en verlan et grossiéretés. Alors que le langage a évolué très rapidement ces dernières années, la prise en compte d'un nouveau vocabulaire est encore rare dans les romans, certainement parce qu'il ne correspond pas à un certain canon de la langue littéraire. "La gueule", "les meufs", "un ouf", "le toncar" ponctuent les dialogues de cette bande. La juxtaposition de scènes dialoguées, les phrases brèves, orales, rythment ce récit, dans lequel, comme l'auteur le précise dans l'entretien, à la fin du CD, il a voulu privilégier la forme. Mais le fond semble oublié !

Comme pour Avec toutes mes sympathies de O. de Lambertherie, le récit est lu par l'auteur lui-même. De fait, sa lecture est fluide, maîtrisée, très agréable à entendre ( vous pouvez écouter un extrait sur le site audiolib). Qui mieux que l'auteur sait quelles intonations prendre ? Il sait à merveille rendre vivant un texte où tout est monotone "comme un grand trottoir roulant" ( Proust à propos de L'éducation sentimentale de Flaubert)

Cependant, on peine à s'intéresser à ces personnages, et à toutes ces descriptions de leur vie médiocre et prosaique comme les règles du jeux de cartes, les coups à donner en boxe, le quotidien de ces jeunes qui cultivent l'ennui et l'auteur arrive parfaitement à nous faire ressentir ce vide et cet ennui.

Fief, David Lopez, lu par l'auteur, Audiolib, 6h57, 2018.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Fief, David Lopez, Télérama, mis en ligne le 1 septembre 2017. URL : https://www.telerama.fr/livres/fief,n5181783.php

Par Jupiter ! 2018. "David Lopez, lauréat du prix du livre Inter 2018". Animée par Charline Vanhoenacker. Diffusée le 28 août 2018 

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04 avril 2019

Ca raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/ca-raconte-sarah-9782367628400

Le premier roman de Pauline Delabroy-Allard a été rapproché de l'écriture durassienne, que l'auteur cite (Hiroshima, mon amour). Effectivement, par la représentation de la passion - comme dans L'amant - et par les répétitions, le style de l'auteur d'Un barrage dans le Pacifique ne paraît pas loin. Truffaut, Bonnard, Shakespeare, Bach, Dumas (La dame aux camélias) nombreuses sont les oeuvres qui nourrissent la prose de P. Delabroy-Allard.

Les jeux d'échos se font bien entendre dans la lecture de Clara Brajtman, qui de sa voix mélodieuse nous transporte dans l'histoire (Vous pouvez écouter un extrait ici). Mais elle reste sobre pour lire ces courts paragraphes qui composent ce texte parlant de passion. Malgré cette lecture harmonieuse, peut-être que la lecture du support papier permet-il de mieux revenir sur ces jeux de sonorités.

Qui est Sarah ? La narratrice, jeune professeur de français et mère d'une petite fille, rencontre une musicienne Sarah. D'emblée, c'est la "tempête" : les deux femmes s'aiment mais de manière fusionnelle, funeste. La narratrice parsème des définitions du terme "souffre" lors de l'aveu mutuel d'amour, de l'élément chimique à son étymologie, " la foudre"  ou " subir une peine". Un tel amour peut-il durer ?

Styliquement, les entralacs et les répétitions de Marguerite Duras dans L'amant disent l'obsession d'une image et les souvenirs labyrinthiques. Il n'y a rien de tel dans le roman de Ca raconte Sarah. Comme les allitérations du titre l'indiquent, on est davantage du côté de la musique - en lien avec le personnage de Sarah la musicienne - et des rimes poétiques, des anaphores, des leitmotivs : "Ca raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l'allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l'étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d'une seconde à peine. Ca raconte Sarah, de symbole : S". Les très brefs paragraphes et les répétitions imitent un rythme rapide, celui du coup de foudre, puis d'une passion frénétique, versatile, dévorante.

L'écriture travaillée manque un peu de pudeur - par rapport à un récit comme L'amant de Duras - et de retenue mais on peut comprendre le succès médiatique de cette oeuvre (Prix du style 2018, Prix de la poste 2018, Prix de des libraires de Nancy-Le point, Prix du roman des étudiants France Culture) qui n'a rien de banal, même si c'est parfois moins poétique dans la deuxième partie. Laissez-vous tenter par la petite musique de P. Dellabroy-Allard.

Ca s'appelle Sarah, Pauline Dellabroy-Allard, lu par Clara Brajtman, Audiolib, 4h40, 2019.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019

Sur le web : Le masque et la plume. 2018. Animée par Jérome Garcin. Diffusée le 25 novrembre 2018.

Landrot Marine, Ca raconte Sarah, Télérama, mis en ligne le 5 septembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livres/ca-raconte-sarah,n5791621.php

Landrot Marine, "Pauline delabroy-Allard remporte le prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama", Télérama, mis en ligne le 11 décembre 2018. URL : https://www.telerama.fr/livre/pauline-delabroy-allard-remporte-le-prix-du-roman-des-etudiants-france-culture-telerama,n5928075.php

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14 mars 2019

Frère d'âme de David Diop : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/frere-dame-9782367628516

Frère d'âme commence par une terrible scène, in medias res. Le lecteur est projeté au coeur de la Guerre de 14-18. Un soldat sénégalais, Alfa Ndiaye voit son ami Mademba Diop éventré, mourir sous ses yeux, au bout d'une longue agonie. Il regrette de ne pas l'avoir tué au moment où ce dernier le lui demandait. Miné par la culpabilité, Alfa effraie les autres soldats en coupant les mains de ses ennemis. La sauvagerie qu'il symbolise aux yeux des autres soldats blancs devient une seconde nature chez ce tirailleur devenu fou à cause de la culpabilité et de l'atrocité de la guerre.

La lecture paraît parfois pas assez nette, à cause de la voix grave de Babacar M'Baye Fall (Vous pouvez écouter un extrait sur le site) ou trop articulée, pour donner de la force à ses paroles, pour marteler son propos. Cependant, le roman est saisissant, émouvant. Les scènes décrites, le comportement d'Alfa ne sont pas édulcorées : le récit est dur, très dur, il montre la folie humaine née de la barbarie.

L'écriture très simple, anaphorique et répétitive reflète les actions sans cesse répétées, la folie d'Alpha confronté au traumatisme de la mort de son meilleur ami. "Toute chose comporte en elle son contraire", " toute chose est double" : d'abord considéré comme un héros de guerre, il est vu comme "un fou sanguinaire". On lui reproche de faire une guerre " peu civilisée" ! Mais qui est le barbare ?

Le narrateur évoque aussi les mutinés qui sont fusillés, un capitaine Armand amoureux de la guerre, les femmes, l'amour, son passé au Sénégal. Et puis, il évoque avec force, avec tendresse, son amitié avec Mademba, annoncée dès le titre programmatique. Qu'aurait pu penser un tirailleur sénégalais pendant la Grande Guerre ? Quels sentiments aurait-t-il éprouvés sous le feu des ennemis ? S'inspirant des Paroles de poilus de Guéno, David Diop fait entendre la voix d'Alpha, ses pensées, ses émotions, des expressions particulières et les coutumes peules. Un texte et une écriture à lire, à écouter et à découvrir !

Frère d'âme, David Diop, Audiolib, lu par Babacar M'Baye Fall, 2018, 3h40.

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Par Jupiter ! 2018. "David Diop". Animé par Charline Canhoenacker, Alex Vizoreck. Diffusé le vendredi 9 novembre 2018.

Propos recueillis par Gladys Marivat, "David Diop :" La France a construit l'image d'un tirailleur courageux, obéissant et parfois sanguinaire", Le monde, mise en ligne le 30 décembre 2018. URL : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/12/30/la-france-a-construit-l-image-d-un-tirailleur-courageux-obeissant-et-parfois-sanguinaire_5403714_3212.html

Kodjo-Grandvaux Séverine, "Centenaire du 11-Novembre : l'Afrique, l'autre scène de guerre", Le monde, mis en ligne 06 novembre 2018. URL : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/11/06/centenaire-du-11-novembre-l-afrique-l-autre-scene-de-guerre_5379416_3212.html

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07 mars 2019

La toile du monde d'Antonin Varenne : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/la-toile-du-monde-9782367628257

Une femme, Aileen Bowman, élevée dans un ranch du Nevada et journaliste du New-York Tribune, vient couvrir, afflubée de son pantalon et de ses bottes, l'exposition universelle de Paris de 1900. Monuments parisiens et personnalités historiques font l'objet des articles de la journaliste américaine. Les nuits parisiennes et les rencontres professionnelles ou amoureuses se succèdent pour dépeindre "la toile du monde".

Arrivée dans le "monde électrifié", Aileen va résider dans les locaux de la Fronde, dirigée par la féministe Marguerite Durand. Elle y rencontre d'autres femmes qui se battent, par exemple, pour qu'elles puissent exercer le métier d'avocat. "Cela ne m'empêche pas de me méfier des combats pour obtenir autant que les autres, parce que que les autres ne vous l'accordent jamais avant d'être certains que vous êtes devenues un des leurs, que vos différences sont effacées. Les hommes accorderont le droit de vote aux femmes quand ils seront sûrs  qu'elles voteront comme eux", déclare la femme américaine : cette phrase est certainement plus remarquable que bien des écrits féministes.

Aileen est un personnage fictionnel mais elle rencontre de nombreux personnages historiques comme l'inventeur du moteur Diesel (Rudolf Diesel), des peintres tels que Julius Stewart, des scientifiques, des critiques comme Royal Cortissoz... L'exposition universelle est ainsi évoquée de manière précise et documentée, à travers des dialogues et de couts paragraphes descriptifs. Les articles d'Aileen sont d'ailleurs une personnification de Paris qui énoncerait elle-même les changements advenus dans la ville lumière. L'auteur ne s'arrête pas là et continue à énumérer les métamorphoses du monde moderne au début du XXeme en narrant la vie d'Aileen de retour dans son ranch.

A cette première intrigue, d'autres s'ajoutent comme une relation amoureuse naissante entre Aileen et un ingénieur, puis avec sa femme. Parallèlement à ses articles, la journaliste recherche aussi ses racines ( sa mère est française) et son frère, Joseph, un métis indien participant aux spectacles des villages coloniaux. Et c'est là que le roman, à partir de la moitié du récit, se perd dans des thèmes inutiles au développement de l'intrigue : l'auteur semble se complaire dans l'évocation de scènes érotiques concernant la vie intime de son personnage et à décrire avec complaisance des scènes de bordel, utiliser de manière répétive les mots "catin", "putain". Dommage qu'on s'attarde autant sur l'émancipation sexuelle du personnage principal alors que le sujet était déjà si riche.

La lecture de Julien Defaye  - comédien et photographe - s'accorde parfaitement avec le sujet et ses personnages : sa voix est dynamique comme l'est le personnage principal et la vie trépidante parisienne. Elle devient solennelle lorsqu'il fait parler Paris personnifiée dans les articles de journaux. Il sait aussi changer de tonalité dans les nombreuses conversation et on est ainsi jamais perdu dans l'écoute des dialogues (Vous pouvez écouter un extrait ici). Une belle lecture bien rythmée !

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Neurdein frères, " Champ de Mars. Palais de l'électricité, fête de nuit"

BNF, Estampes et Photographie, D. L. 1900, Qb1 1900 folio, Exposition universelle, photographies de Neurdein, tome 3

 La toile du monde, Antonin Varenne, lu par Julien Defaye, 9h47, Audiolib.

Audiolivre lu dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Exposition virtuelle "Les Expositions universelles à Paris 1867-1900" Bibliothèque nationale de France.

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14 février 2019

Avec toutes mes sympathies d'Olivia de Lamberterie : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/avec-toutes-mes-sympathies-9782367628424

 "Le corbeau dit : jamais plus" ( "Le corbeau", E. Allan Poe)

C'est l'auteure elle-même qui lit son texte. L'avantage, c'est qu'elle sait bien mieux que tout autre lecteur quelle tonalité adopter, quel rythme choisir. La voix douce d'Olivia de Lamberterie convient parfaitement à la mélancolie du texte, aux thèmes qu'elle aborde : on ressent sa colère face à la mort, mais aussi la légèreté lorsqu'elle évoque des souvenirs plaisants du vivant de son frère (vous pouvez écouter ici un extrait).

"Elle me manquait tant que je voulais construire un mémorial de trente mètres de haut avec mes seules mains" (La douleur porte un costume de plumes, Max Porter)

Journaliste à Elle, Olivia de Lamberterie écrit pour conjurer la mort de son frère, "chérir son frère mort". Comme Simone de Beauvoir dans Mémoires d'une jeune fille rangée ou Annie Ernaux dans La place, à travers son autobiographie, elle dresse un tombeau littéraire pour son frère suicidé. Des médiations livresques - comme le Petit Prince, Rimbaud, E. Allan Poe, des personnages de films - lui permettent d'évoquer ce frère adoré. Des anecdotes lui redonnent voix.

Mais exprimer son désespoir, un questionnement face à la mort, ou le deuil d'une personne aimée ne suffiraient pas pour faire d'Avec toutes mes sympathies un bon livre. Autour de cette figure disparue, la romancière tisse plusieurs fils comme l'écriture, la place de la lecture, la dépression, le rapport des vivants et des morts. Des trouvailles stylistiques - Olivia de Lamberterie semble une adepte du zeugme - pontuent l'écriture de son journal de l'année de la mort de son frère, qui oscille entre autodérision et désespoir, mots familiers et références littéraires. Un intense hommage à un disparu et à la littérature !

Avec toutes mes sympathies, Olivia de Lamberterie, Audiolib, 6h32, lu par l'auteur (présentation sur le site audiolib)

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : billet d'Eimelle.

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09 février 2019

La daronne de Hannelore Cayre : ISSN 2607-0006

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https://www.audiolib.fr/livre-audio/la-daronne-9782367626789

La daronne est le premier audiolivre que j'écoute - plus précisément, c'est une réécoute - de la sélection du prix audiolib 2019. Pas étonnant que ce roman soit sélectionné : il a fait beaucoup de bruit à sa sortie et a reçu plusieurs prix, celui du Grand prix de la littérature policière et Le point du polar européen. Ces prix font penser que La daronne est un simple roman policier. Il n'en est rien : la police, quoique très présente, n'est qu'accessoire. C'est une manière aussi de dénoncer le système en mettant l'accent sur le destin de la "daronne" plutôt que que sur le système judiciaire et policier défaillant.

Mais qui est "la daronne" ? L'héroïne, Patience, est traductrice-interprète des écoutes de la brigade des stupéfiants, veuve sans le sous, mère de deux filles qu'elle ne voit que rarement et petite amie d'un flic. Fille d'un "PDG" véreux, elle décide de détourner une cargaison de drogue, tout en s'occupant de sa mère, qui est en EHPAD. Va-t-elle s'en sortir ? Arrivera-t-elle à écouler la drogue ? Pourra-t-elle cacher ses activités à Phillipe, son ami flic ?

En ce qui concerne le style, je ne peux que répéter ce que j'ai déjà dit dans mon précédent billet. Le sujet et le milieu ne m'ont pas intéressée. En revanche, l'écriture est humoristique, inventive ( par exemple le détournement d'un proverbe " Caméléon qui louche n'amasse pas mouche" ou des comparaisons comiques avec une vieille dame s'enfuyant "comme le raptor de Jurassik parK") surprenantes et novatrice. Le mélange des références, qui passe de la controverse de Valladolid au langage familier, donne un style plutôt réjouissant et caustique, en faisant la satire des institutions policières, médicales...

La voix douce et mélodieuse d'Isabelle de Botton (Elle est comédienne et a joué dans des films de Blier comme Merci la vie) donne de l'humanité au personnage effaçant ce qu'il peut y avoir d'agressif ou de déplaisant dans le personnage. Elle arrive à créer chez le lecteur de l'empathie pour l'héroïne, ce qui n'enlève en rien la causticité du texte. Sa voix s'écoute avec plaisir ( vous pouvez entendre un extrait). D'ailleurs, la réécoute n'a pas été pénible grâce à cette lecture de qualité. En outre, le livre étant court, de même, le CD La Daronne s'écoute facilement et rapidement en 16 plages et vous passerez un bon moment avec le style atypique d'Hannelore Cayre.

La daronne, Hannelore Cayre, Audiolib, 4h43, lu par Isabelle de Botton (Présentation sur le site audiolib)

Audiolivre écouté dans le cadre du Prix Audiolib 2019.

Sur le web : Flo and the books

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