24 décembre 2015

Calligrammes d' Apollinaire

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Cette branche de gui pour vous souhaiter une joyeuse année et de bonne fête de Noël !

"Afin que la beauté ne perdent pas ses droits" et " Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté" ("Chant d'honneur", Calligrammes)

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16 mai 2010

Hémisphères de Tamirace Fakhoury

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Hémisphères de Tamirace Fakhoury, Edition Dar An-Nahar, 121 p.

Quatrième de couverture : "La poésie de Tamirace Fakhoury est comme une longue lettre à un amoureux, mais qui situe cet amour dans le feu bruyant du monde, dans la folie des guerres, qui le voue au dépaysement de l'exil au bord de l'abîme et de la perte, sorte de danse de l'extrême mettant en jeu le destin d'une vie, d'une époque, de la mémoire inquiète.

(...)A-topie et utopie d'une résurgence d'un monde d'avant la fêlure constituent bien les axes thématiques dominants de Hémisphères, recueil dont les quatre parties témoignent d'une volonté irréductible de situer le poème dans le contenu fragmentaire d'une géographie de l'errance qui connaît là son étape ultime" (préface de Fabio Scotto).

La vanité

"Je redescends vers l'abîme
Mes doigts touchent le sommeil
Je recule
Les âges s'anéantissent
Ici ou là bas
La vanité est une lutte contre l'étoile
Qui a le pouvoir d'ensorceler
les places désertes et de figer les
mers arides ? Qui a le pouvoir de
transformer l'eau en étoiles filantes et
les maisons en fleurs liquides
?"

" La vanité est une lutte contre l'étoile" : les mots simples et des images "surréalistes"  expriment l'amour, l'attente, et l'absence, proche d'une poésie éluardienne. Les phrases courtes et les mots qui se répètent comme des leitmotiv créent une musicalité et signifie la fragmentation d'une identité, dans les quatre parties de ce recueil "hémisphère nord", "hémisphère sud, "planisphères gauches" et "fragments planétaires" où la guerre libanaise et Beyrouth sont évoqués. Les images prennent des raccourcis étonnants comme l'image des " fleurs liquides" ou des "pétales de la fuite" pour renouveler la poésie amoureuse. La femme, ici devient paysage, pays. La mer, le désert, La Méditerranée apparaissent au détour des mots, côtoyant aussi des villes telles que Paris ou l'Italie... Poésie sur l'amour, Hémisphères est aussi un recueil sur le voyage , la quête de l'autre, de soi-même, qui dit l'absence et l'exil.

La course

"Le temps court après l'étang

Et l'étang court après le sommeil

Je cours après la lumière

Et la lumière court après mon amant".

Quelques mots sur l'auteur : Poète libanaise,Tamirace Fakhoury a publié trois recueils de poèmes : Aubades en 1996, Contre-marées, 2000 et Poème absent en 2004. Elle a préparé un doctorat sur le Liban de l'après-guerre, en Allemagne. Elle vit actuellement en Italie.

Dimanche poétique de Celmoon, avec Mango,Emmyne, Armande, Saphoo, la plume et la page, l'or des chambres..

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04 février 2010

Corps et biens, Desnos

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Le nom de Desnos est associé au sommeil hypnotique et au surréalisme et Corps et bien s'inscrit dans cette révolution poétique. Les poèmes de Desnos oscillent entre rêves et déconstruction du langage, poésie émouvante ou ludique. Les surréalistes ont rejeté toutes les normes, les contraintes, au nom du hasard et de l'inconscient. "Le langage cuit" est un langage usé  : il faut lui donner plus de saveur et surprendre le lecteur. Se présentant comme des énigmes, chaque poème renouvelle le langage et brise les "formes prisons".

"langage cuit II"

d'une voix noire

d'une voix maigre

m'a séduite

dans la nuit mince

dans le jour des temps

se vêtir d'une crêpe de chevelure

la muse aux seins mourants

Et la voix ronde

dit que la voie est esclave

Quelle lumière cuite ce jour-là !

Voici un jeu sur les pléonasmes : "vent nocture"

" Sur la mer maritime se perdent les perdus
Les morts meurent en chassant
des chasseurs dansent en rond une ronde
Dieux divins! Hommes humains!
De mes doigts digitaux je déchire une cervelle
cérébrale.
Quelle angoissante angoisse!
Mais les maîtresses maîtrisées ont des cheveux chevelus
Cieux célestes
terre terrestre
Mais où est la terre céleste?"

Dans Corps et bien, Desnos redonne la vie aux mots figés dans des expressions lexicalisées, joue sur la matérialité du mots comme dans la section Rrose Sélavy, sur leur sonorité. Desnos manie les mots et en exploite toutes les richesses de la langue : anagramme, paronomase, contrepèterie, antonyme, homophone, les mots sont à l'honneur. Cependant, cette poésie n'est pas seulement ludique, surprenante mais elle est aussi une réflexion sur le langage. Les dernières sections comme A la mystérieuse laissent percer un certain lyrisme et onirisme. Le rêve imprègne aussi ce magnifique recueil hallucinatoire :

J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de
baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est
chère?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant
ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient
pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années, je
deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute
que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes
les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins
toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec
ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu'a être fantôme parmi les fantômes et plus ombre
cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera
allègrement sur le cadran solaire de ta vie.

Un recueil, mais aussi le portrait d'un homme...  Le rêve comme mode de vie...

Robert Desnos, Corps et biens, Poésie Gallimard, 202 p.

 

Posté par maggie 76 à 20:44 - - Commentaires [3] - Permalien [#]